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    :PG.Id: 42211
    :PG.Title: Histoire Sainte ou Histoire des Israélites
    :PG.Released: 2013-02-26
    :PG.Rights: Public Domain
    :PG.Producer: Enrico Segre
    :DC.Creator: Henri Loeb
    :DC.Title: Histoire Sainte ou Histoire des Israélites
    :DC.Language: fr
    :DC.Created: 1843
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Histoire Sainte ou Histoire des Israélites
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.. frontmatter::

[pg! 01]

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  | HISTOIRE SAINTE

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  | OU

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  | HISTOIRE DES ISRAÉLITES.

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[pg! 02]

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  .. class:: center small

  | IMP. DE BAUMAN ET C\ :superscript:`er`.—DELTOMBE, GÉRANT.
  
  .. class:: center small

  | Rue du Nord, 8.

..

[pg! 03]

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    | HISTOIRE SAINTE

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    | OU

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    | **HISTOIRE DES ISRAÉLITES**

    .. vfill::

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    | **DEPUIS LA CRÉATION,**
    
    .. vfill::

    .. class:: center
    
    | JUSQU'A LA DERNIÈRE DESTRUCTION DE JÉRUSALEM.
    
    .. class:: xx-small center

    .. vfill::

    | PAR
    
    .. vfill::

    .. class:: bold center large
    
    LE D\ :superscript:`r` HENRI LOEB,
    
    .. class:: xx-small center
    
    | GRAND-RABBIN DE BELGIQUE.
    
    .. vfill::

    .. class:: justify small

       .. epigraph::
   
            |nbs3| «Je me souviens des jours anciens, je médite
            sur toutes vos œuvres: et j'étends mes mains
            vers vous!»
        
                |nbs3| (Ps. 143.)
    
       .. I can't really align the epigraph block to the right like on page

    .. vfill::
   
    .. vfill::
   
    .. vfill::
   
    .. class:: center

    | |sepa3|
    
    .. vfill::
    
    .. vfill::
    
    .. vfill::
    
    .. class:: large center
    
    | BRUXELLES.
    
    .. class:: center

    | SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE
    
    .. class:: xx-small center

    | BAUMAN ET C\ :superscript:`er`.
    
    .. class:: center

    | |--|
    | 1843

..

.. mainmatter::

[pg I]

:larger:`PRÉFACE.`
==================

.. container:: large

    Dans un siècle comme le nôtre, où le matérialisme,
    ce puissant moteur de l'activité humaine,
    absorbe à un si haut degré la vie morale et
    religieuse, que souvent on serait tenté de dire
    avec un ancien sage: «Tout tend à un même
    point, tout est tiré de la terre et retourne à la
    terre;» dans un tel siècle, il est difficile que
    l'éducation ne se ressente pas de la tendance
    générale des esprits, et que les études de la
    [pg II]
    jeunesse n'aient pour objet principal de satisfaire
    aux exigences d'une vie matérielle. De cet
    état de choses, il résulte nécessairement que
    les moments employés à l'instruction religieuse
    et morale étant fort restreints, ne suffisent plus
    à nos enfants pour s'occuper, comme autrefois,
    de toute notre littérature sacrée; et dès lors ils
    sont privés du seul moyen qui puisse leur donner
    une idée juste et parfaite de l'existence historique
    et religieuse du peuple israélite.

    En publiant cet ouvrage, je me propose de
    remédier, au moins en partie, à cet inconvénient,
    et de donner à la jeunesse israélite une
    notion suffisante de l'histoire de la religion révélée
    et du peuple, choisi par la sagesse divine
    pour en être le dépositaire. La religion de
    Moïse est non-seulement basée sur l'histoire
    de sa révélation, mais elle est encore intimement
    unie à cette histoire; il faut donc faire
    connaissance avec celle-ci avant que celle-là
    puisse trouver accès. En d'autres termes, l'histoire
    de la religion doit ouvrir les portes de
    [pg III]
    l'âme de notre jeunesse avant que la religion
    elle-même puisse y entrer. L'Écriture Sainte
    seule nous présente, avec une noble simplicité,
    dans la véracité de ses traditions, cette histoire
    qui renferme et les plus beaux exemples de la
    vertu que l'homme puisse exercer sur la terre,
    et les preuves les plus éclatantes de l'existence
    d'une Providence divine: tous les devoirs qui
    nous incombent y puisent leurs motifs. Racontons-la
    donc à nos enfants, et soyons convaincus
    qu'elle exercera l'influence la plus salutaire sur
    leurs cœurs innocents.

    J'ai cru indispensable de faire suivre l'histoire
    de la Sainte Écriture d'un précis de l'histoire
    politique de la nation, en considérant que
    celle-ci est aussi inséparablement attachée à
    l'histoire de la révélation, que celle qui traite la
    partie cosmique et patriarcale.

    Pour les indications chronologiques, il m'a
    paru convenable de n'indiquer que l'ère de la
    création; mais une fois que les élèves savent le
    nombre d'années qui existent entre la création
    [pg IV]
    et l'ère vulgaire, ils peuvent facilement faire
    eux-mêmes la supputation.

    En ajoutant cet ouvrage à mon catéchisme,
    je crois remettre entre les mains de nos enfants
    un tout complet qui, avec l'assistance de Dieu,
    ne manquera pas de produire des fruits bienfaisants.

[pg 5]

.. _`CHAP.Ier`:

CHAPITRE PREMIER. 
=================

.. class:: center

| _`HISTOIRE GÉNÉALOGIQUE DU PEUPLE ISRAÉLITE.`
|
| |sepa|

.. _ib5:

La Création.
---------------

Mes amis, l'histoire de notre peuple, que j'ai l'intention
de vous faire connaître, est une des plus anciennes de la
terre; elle remonte aux premiers événements du monde,
elle touche aux temps les plus reculés. C'est vers ce lointain
obscur que nous devons diriger les yeux, si nous
aimons à remonter à notre origine. Nous devons partir de
la création du premier homme, de la formation de toute
créature, qui date de près de *six mille ans*. Mais pour
atteindre ce but, il n'y a pas un seul peuple, même le
plus ancien sur la terre, qui ait conservé des traditions
aussi symboliquement belles et en même temps aussi éternellement
vraies que celles que possède le peuple d'Israël
dans la Sainte Écriture laissée par Moïse, notre divin
législateur. C'est donc l'histoire de la Sainte Écriture que
je vais vous mettre sous les yeux. Écoutez, mes amis, de
quelle manière elle nous raconte toutes ces merveilles.

[pg 6]
Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Et la
terre était informe et en désordre, et les ténèbres étaient
sur la surface de l'abîme et l'esprit de Dieu planait sur la
surface des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit, et la
lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu
sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu nomma la lumière
jour et les ténèbres nuit. Il fut soir et il fut matin,
ce fut le premier jour. Dieu dit: Que le firmament soit
au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux.
Dieu fit le firmament et sépara les eaux qui étaient sous
le firmament d'avec les eaux qui étaient au-dessus du firmament;
il en fut ainsi. Dieu nomma le firmament ciel;
il fut soir, il fut matin; deuxième jour. Dieu dit: Que
les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul
lieu, et que l'élément solide paraisse; il en fut ainsi. Dieu
nomma l'élément solide terre, et le rassemblement d'eaux,
mers. Dieu vit que c'était bien; Dieu dit: Que la terre
fasse végéter toutes sortes de végétations: l'herbe portant
sa semence, l'arbre fruitier formant son fruit selon son
espèce, renfermant sa semence pour se reproduire sur la
terre; il en fut ainsi, et Dieu vit que c'était bien: il fut
soir, il fut matin, troisième jour. Dieu dit: Qu'il y ait
des astres dans l'étendue du ciel pour faire distinguer le
jour de la nuit; qu'ils servent de signes pour indiquer les
époques, les jours et les années; qu'ils servent de luminaires
dans l'étendue du ciel pour éclairer la terre; il en
fut ainsi; Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand
pour présider au jour, et le plus petit pour présider à la
nuit, avec les étoiles; Dieu les plaça dans l'étendue du
ciel pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la
nuit et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres; Dieu
[pg 7]
vit que c'était bien: il fut soir, il fut matin; quatrième
jour. Dieu dit: Que les eaux se peuplent d'êtres doués de
vie, et que des volatiles volent sur la terre sous le firmament
du ciel; Dieu créa les grands animaux de mer et
tout être animé rampant, dont les eaux sont peuplées, selon
leur espèce, ainsi que tous les volatiles ailés, selon leur
espèce; Dieu vit que c'était bien. Dieu les bénit et dit:
Soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez les eaux de
la mer, et que le volatile se multiplie sur la terre. Il fut
soir, il fut matin, cinquième jour. Dieu dit: Que la terre
produise des êtres animés selon leur espèce, le bétail,
les reptiles et les animaux sauvages terrestres selon leur
espèce; il en fut ainsi. Dieu fit les animaux sauvages terrestres
selon leur espèce, le bétail selon son espèce, les
reptiles terrestres selon leur espèce. Dieu vit que c'était
bien. Dieu dit: Faisons l'homme à notre image et à notre
ressemblance; et qu'il règne sur les poissons de la mer,
sur les oiseaux du ciel, sur les animaux, sur toute la terre
et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa
l'homme à son image, il le créa mâle et femelle.

.. class:: center

|
| |sepa|

Adam.
-----

Dieu forma l'homme de la poussière de la terre et lui
souffla dans les narines le souffle de la vie; ainsi l'homme
devint un être animé. Dieu vit tout ce qu'il avait fait et il
vit que cela était bien: il fut soir, il fut matin; sixième
jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre et tous leurs
ordres. Le septième jour, Dieu avait fini l'œuvre qu'il
avait faite, il se reposa le septième jour; il le bénit et le
[pg 8]
sanctifia, afin que pour nous aussi ce fût un jour de repos,
de bénédiction et de sanctification, que ce jour nous rappelât
à jamais qu'il n'y a qu'un Dieu, qui a créé le monde
et qui le gouverne, et que ce n'est que conformément
à la volonté divine que l'homme peut régner sur la terre.

.. class:: center

|
| |sepa|

Eve (Chava).
------------

L'Éternel Dieu planta un jardin dans Éden, du côté de
l'orient, il y plaça l'homme qu'il avait créé. Dieu fit sortir
de la terre tous les arbres agréables à la vue et bons à
manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que
l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Et un fleuve
sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait
pour former quatre principales branches. La première se
nommait *Pichon*, la seconde *Guichon*, la troisième *Hidekel*
et la quatrième *Euphrate*. L'Éternel Dieu prit l'homme et
le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le
garder, et lui donna des ordres en ces termes: De chaque
arbre du jardin vous pouvez manger. Mais vous ne mangerez
pas de celui de la science du bien et du mal; car dès
que vous en aurez mangé vous mourrez. Dieu dit aussi:
Il n'est pas bon à l'homme d'être seul, je lui donnerai une
compagne. L'Éternel Dieu fit tomber l'homme dans un
grand assoupissement, et il l'endormit; il prit ensuite une
de ses côtes dont il remplit la place par d'autre chair.
L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait
prise à l'homme, et l'amena à l'homme. L'homme alors
dit: C'est l'os de mes os, c'est la chair de ma chair.
[pg 9]
Celle-ci s'appellera du nom qui marquera l'homme parce
qu'elle a été tirée de l'homme. C'est pourquoi l'homme
quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme,
et ils ne feront qu'une seule chair. Tous deux, l'homme
et la femme étaient nus, et n'en avaient pas de honte.

.. class:: center

|
| |sepa|


_`Péché des premiers hommes`.
-----------------------------

Le serpent était le plus rusé de tous les animaux de la
terre que l'Éternel Dieu avait faits; il dit à la femme:
Quand même Dieu aurait dit: Ne mangez d'aucun fruit
de ce jardin... La femme répondit au serpent: Nous
pouvons manger du fruit des arbres du jardin; quant au
fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit:
N'en mangez pas, et n'y touchez pas, vous en mourriez.
Le serpent dit à la femme: Vous n'en mourrez pas; mais
Dieu sait qu'aussitôt que vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront,
vous serez comme des êtres divins, connaissant
le bien et le mal. La femme vit que le fruit était bon à
manger, beau et agréable à la vue; elle cueillit du fruit
et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui en mangea
également. Les yeux de tous les deux s'ouvrirent; ils remarquèrent
qu'ils étaient nus; alors ils tressèrent des feuilles
de figuier et s'en firent des ceintures. Ils entendirent la
voix de Dieu parcourant le jardin du côté de l'orient;
Adam et sa femme cherchèrent à se cacher devant l'Éternel
Dieu, au milieu des arbres du jardin. Dieu appela
Adam et lui dit: Où êtes-vous? Il répondit: J'ai entendu
votre voix dans le jardin, j'ai eu peur, car je suis nu, et
[pg 10]
je me suis caché. Dieu lui dit: Qui vous a dit que vous
étiez nu? Avez-vous mangé du fruit dont je vous ai
défendu de manger? Adam répondit: La femme que vous
avez mise près de moi m'a donné du fruit de cet arbre,
et j'en ai mangé. L'Éternel Dieu dit à la femme: Qu'avez-vous
fait? La femme répondit: Le serpent m'a séduite,
et j'en ai mangé. L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque
tu as fait cela, tu seras maudit parmi toutes les bêtes et
tous les animaux des champs; tu ramperas sur le ventre;
tu mangeras de la poussière pendant tous les jours de ta
vie. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre
sa race et la tienne; elle te brisera la tête, et tu la mordras
par le talon. Il dit à la femme: Je multiplierai les
douleurs et les souffrances de votre grossesse; vous enfanterez
avec douleur; vos désirs se tourneront vers votre
mari, et il vous dominera. Il dit à Adam: Puisque vous
avez écouté la voix de votre femme, et que vous avez
mangé de l'arbre dont je vous avais défendu de manger,
que la terre soit maudite à cause de vous: vous vous
en nourrirez péniblement pendant toute votre vie; elle
vous produira des épines et des ronces; vous mangerez
l'herbe des champs; vous mangerez votre pain à la sueur
de votre front jusqu'à ce que vous retourniez à la terre
d'où vous avez été tiré, car vous êtes poussière et vous
retournerez à la poussière. Adam nomma sa femme *Chava*
(Ève), parce qu'elle a été la mère de tous les vivants.
L'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des tuniques de
peau, et les en revêtit. L'Éternel Dieu dit: Maintenant
l'homme est comme l'un de nous, pour connaître le bien
et le mal, maintenant il pourrait étendre sa main, cueillir
du fruit de l'arbre de vie, en manger et vivre éternellement. 
[pg 11]
L'Éternel Dieu le renvoya du jardin d'Éden, pour
cultiver le sol dont il avait été tiré. Il chassa Adam, plaça
vers l'orient du jardin d'Éden, les chérubins et la lame
flamboyante du glaive qui tourne, pour garder le chemin
de l'arbre de vie.


.. class:: center

|
| |sepa|


Caïn et Abel (Hébel).
---------------------

Adam connut Ève, sa femme; elle conçut et enfanta
Caïn. Elle dit: J'ai acquis un homme de l'Éternel. Elle
enfanta de nouveau son frère Abel (Hébel). Abel fut
gardien de troupeaux, et Caïn laboureur. Au bout de
quelque temps, Caïn apporta un présent à l'Éternel, des
fruits de la terre. Abel apporta aussi des premiers-nés
de son plus beau bétail. L'Éternel fit attention à Abel
et à son oblation; mais il ne fit point attention à Caïn
ni à son offrande. Caïn en fut très-irrité, et son visage
en fut abattu. L'Éternel dit à Caïn: Pourquoi cela vous
irrite-t-il? et pourquoi êtes-vous si abattu? Certes, si vous
vous conduisez bien, vous serez considéré; si vous ne vous
conduisez pas bien, le péché vous assiégera à la porte; il
veut vous atteindre, mais vous pouvez le maîtriser. Caïn
parla à son frère Abel, et comme ils se trouvaient aux
champs, Caïn s'éleva contre son frère Abel et le tua. L'Éternel
dit à Caïn: Où est votre frère Abel? Il répondit:
Je ne le sais pas; suis-je le gardien de mon frère? Il dit:
Qu'avez-vous fait? La voix du sang de votre frère crie de
la terre vers moi; maintenant soyez maudit de dessus la
terre, qui a ouvert son sein pour recevoir de votre main
le sang de votre frère. Lorsque vous cultiverez le sol, il
[pg 12]
ne vous prêtera plus ses forces; vous serez agité et fugitif
sur la terre. Caïn dit à l'Éternel: Mon châtiment est trop
grand pour être supporté; puisque vous m'expulsez aujourd'hui
de cette contrée, je dois me cacher devant vous, et
être errant et fugitif sur la terre; quiconque donc me
trouvera, me tuera. Mais l'Éternel lui répondit: Celui qui
tuera Caïn sera exposé à une septuple vengeance. Ensuite
il mit sur Caïn un signe, pour que tout venant ne le tuât
pas. Caïn sortit de la présence de l'Éternel, et s'établit
dans le pays de Nod, vers l'orient d'Éden.


.. class:: center

|
| |sepa|


Suite des patriarches vivant avant le déluge.
---------------------------------------------

Caïn connut sa femme qui conçut et enfanta Henoch; il
bâtit ensuite une ville et nomma cette ville du nom de son
fils Henoch; Henoch engendra Irad; celui-ci engendra
Méhouiael; ce dernier engendra Métouchael, qui engendra
Lemech. Lemech prit deux femmes: le nom de l'une
fut Ada et le nom de la seconde Tzila; Ada enfanta Jabal:
il fut le père des peuples habitant sous des tentes, et des
pasteurs; le nom de son frère fut Joubal; celui-ci fut le
père de ceux qui jouaient de la harpe et de la flûte. Tzila
eut aussi un fils, Toubal Caïn, qui travaillait les instruments
de cuivre et de fer, la sœur de Toubal Caïn s'appela
Naéma. Lemech [#]_ dit à ses femmes: Ada et Tzila, écoutez
ma voix, femmes de Lemech, soyez attentives à mes
paroles: je tue un homme après avoir été blessé, je tue
un jeune homme après avoir été meurtri, (ne craignez
rien, car) si Caïn doit être vengé au septuple, Lemech le
sera soixante-dix-sept fois.

.. [#] Le but de ce récit semble être: l'invention des instruments métalliques
   (le couteau, le poignard, le glaive) rendait alors le meurtre plus
   facile et plus fréquent, de sorte qu'on commençait à craindre d'être
   massacré par le premier venu. Tel est le sens de ce passage: Lemech en
   rassurant ses femmes s'écrie: N'ayez pas peur, quiconque voudra nous tuer
   je l'assommerai; et certes je n'aurai pas alors à craindre la punition de
   Dieu, car, si Caïn, entraîné au meurtre par l'envie, la jalousie et la fureur,
   ne devait cependant pas être tué impunément, à plus forte raison
   ne le serai-je pas moi qui n'aurai commis un meurtre qu'en défendant
   notre vie.

[pg 13]

Voici le livre de la généalogie de l'homme. Adam, à
l'âge de cent trente ans, engendra à sa ressemblance, à
son image, un fils qu'il nomma Seth. Après la naissance
de Seth, Adam vécut encore huit cents ans, il eut encore
des fils et des filles; Adam ayant atteint l'âge de neuf
cent trente ans, mourut. Seth, à l'âge de cent cinq ans,
engendra Énosch; après avoir engendré Énosch, Seth
vécut encore huit cent sept ans, et il eut des fils et des
filles; 
|nbs2| :sidenote:`(930)` |nbs2| 
lorsque Seth eut atteint l'âge de neuf cent douze
ans, il mourut. Énosch, à l'âge de quatre-vingt-dix
ans, engendra Kénan; après avoir engendré Kénan,
Énosch vécut encore huit cent quinze ans, et il eut des
fils et des filles; 
|nbs2| :sidenote:`(1042)` |nbs2|
lorsque Énosch eut atteint l'âge de neuf
cent cinq ans, il mourut. Kénan, à l'âge de soixante-dix
ans, engendra Mahalalel; après avoir engendré
Mahalalel, 
|nbs2| :sidenote:`(1140)` |nbs2|
Kénan vécut encore huit cent quarante ans,
et il eut des fils et des filles; lorsque Kénan eut atteint
l'âge de neuf cent dix ans, il mourut. Mahalalel, à
l'âge de soixante-cinq ans, engendra Jéred; après avoir
engendré Jéred, Mahalalel vécut encore huit cent trente
ans, il eut des fils et des filles;
|nbs2| :sidenote:`(1235)` |nbs2|
après que Mahalalel eut
atteint l'âge de huit cent quatre-vingt-quinze ans, il mourut.
[pg 14]
|nbs2| :sidenote:`(1290)` |nbs2|
Jéred, à l'âge de cent soixante-deux ans, engendra
Hénoch; Jéred, après avoir engendré Hénoch, vécut
encore huit cents ans, il eut des fils et des filles; Jéred,
après avoir atteint l'âge de neuf cent soixante-deux
ans, mourut. 
|nbs2| :sidenote:`(1422)`  |nbs2|
Hénoch, à l'âge de soixante-cinq ans,
engendra Métouselah; Hénoch, après avoir engendré
Métouselah, marcha encore dans la voie de Dieu pendant
trois cents ans, il eut des fils et des filles; Hénoch
atteignit l'âge de trois cent soixante-cinq ans; Hénoch
marchait _`dans la voie de Dieu`, et il ne fut plus, car Dieu
l'avait pris. Métouselah, après avoir atteint l'âge de cent
quatre-vingt-sept ans, engendra Lemech; Métouselah,
après avoir engendré Lemech, vécut encore sept cent
quatre-vingt deux ans, il eut des fils et des filles; 
|nbs2| :sidenote:`(1656)` |nbs2|
Métouselah
mourut après avoir atteint l'âge de neuf cent
soixante-neuf ans. Lemech, à l'âge de cent quatre-vingt-deux
ans, engendra un fils; il le nomma *Noach*, disant:
Celui-ci nous consolera de nos travaux et des pénibles
occupations de nos mains et dans la terre que l'Éternel a
maudite. Lemech, après avoir engendré Noach, vécut
encore cinq cent quatre-vingt-quinze ans; il eut des fils
et des filles; après que Lemech eut atteint l'âge de sept
cent soixante-dix-sept ans, il mourut. Noach, à l'âge de
cinq cents ans, engendra Schem, Ham (Cham) et Japhet [#]_.

.. [#] En considérant la longue suite d'années que les patriarches ont
   vécu, on peut aisément conclure que dans les premiers temps, les révélations
   divines furent exactement communiquées et transmises de génération
   en génération.

[pg 15]


.. class:: center

|
| |sepa|


Noé (Noach) et le déluge.
-------------------------

Ces dix générations passées, les hommes commencèrent
à se répandre sur la terre, et les fils des grands voyant
que les filles du peuple étaient belles, prirent pour femmes
celles d'entre elles qui leur plurent. La corruption devint
de jour en jour plus grande et plus générale; la terre
était pleine de violence, chaque créature avait corrompu
sa voie. Alors l'Éternel vit que la malice de l'homme était
grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur
tendaient constamment vers le mal. L'Éternel dit: Mon
esprit ne combattra pas toujours dans l'homme, car dans
son erreur il est chair. Le temps de l'homme ne sera plus
que de six-vingts ans. (Ce terme lui fut encore accordé,
afin qu'il eût le temps de se repentir de ses péchés et de
s'amender; mais après ce laps de temps l'homme étant
demeuré dans son endurcissement), l'Éternel dit: Je veux
exterminer de dessus la terre l'homme que j'ai créé, les
animaux, les reptiles et jusqu'à l'oiseau du ciel, car je me
repens de les avoir faits.

*Noé*, homme droit et intègre dans son temps, et qui
marcha avec Dieu, trouva seul grâce aux yeux de l'Éternel.
Alors Dieu dit à Noé: La fin de toute créature est
venue devant moi, car la terre est remplie de violence à
cause d'eux. Je veux donc les détruire avec la terre. Faites-vous
une arche de bois de gopher: vous y ferez des cases;
enduisez-la de bitume en dedans et en dehors. Et voici
comment vous la ferez: elle aura trois cents coudées de
long, cinquante de large et trente de haut; vous ferez un
transparent à l'arche, et la réduirez au faîte jusqu'à une
[pg 16]
coudée; vous placerez la porte de l'arche sur le côté,
vous y pratiquerez un compartiment inférieur, un second
et un troisième. Je ferai venir sur la terre une confusion
d'eau pour détruire toute créature ayant un souffle de vie
sous le ciel; tout ce qui est sur la terre périra. J'établirai
mon pacte avec vous, vous viendrez dans l'arche, vous,
vos fils, votre femme et les femmes de vos fils. Et vous
ferez venir dans l'arche de tout ce qui vit, de toute chair,
deux de chaque espèce pour être conservés; qu'ils soient
mâle et femelle; du volatile selon son espèce, des quadrupèdes
selon leur espèce, de tous les reptiles de la terre,
ils doivent venir avec vous pour être conservés. Et vous,
prenez pour vous de tout comestible dont on se nourrit,
amassez-le, qu'il serve à vous et à eux de nourriture. Et
Noé fit ainsi; il fit tout, comme Dieu le lui avait ordonné.
Mais les hommes n'y firent aucune attention, ne se corrigèrent
point, et continuèrent à faire le mal comme auparavant.
Et l'arche fut construite. Alors Dieu dit à Noé: Entrez,
vous et votre famille, dans l'arche; car vous êtes le seul
que j'aie vu pur devant moi, dans ce siècle. De chaque
animal pur vous prendrez sept couples, le mâle et la
femelle; et de celui qui n'est pas pur, vous prendrez seulement
deux, le mâle et la femelle; du volatile, sous le
ciel, aussi sept, le mâle et la femelle, afin d'en conserver
le germe sur la terre; car sept jours encore, et je ferai
pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante
nuits; je détruirai toute substance que j'ai faite sur la
terre. Noé fit ainsi que Dieu le lui avait ordonné.

Noé avait six cents ans, lorsque le déluge couvrit toute
la surface de la terre. La six centième année de la vie de
Noé, le dix-septième jour du second mois, toutes les
[pg 17]
sources du grand abîme jaillirent, et les cataractes du
ciel s'ouvrirent; la pluie tomba sur la terre pendant quarante
jours et quarante nuits. Ce même jour, Noé entra
dans l'arche, avec Sem, Cham et Japheth ses fils, sa femme
et les trois femmes de ses fils, et de chaque créature y
entrèrent, mâle et femelle, selon l'ordre de Dieu; ensuite
l'Éternel ferma l'arche. Le déluge durait depuis quarante
jours sur la terre; les eaux s'élevant soulevaient l'arche qui
se mouvait sur les eaux. L'inondation s'éleva de plus de
quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes, en
sorte que toute chair qui se meut sur la terre périt, les
oiseaux, le bétail, les animaux et les reptiles rampant sur
la terre, ainsi que tout le genre humain. Tout ce qui avait
en ses narines un souffle de vie, tout ce qui se trouvait
sur le sol, mourut. Ainsi périt tout être qui se trouvait
sur la terre, il ne resta que Noé et ce qui était avec lui
dans l'arche. Les eaux s'accrurent sur la terre pendant cent
cinquante jours. Mais Dieu s'étant souvenu de Noé, de
tous les animaux et de toutes les bêtes qui étaient avec lui
dans l'arche, fit souffler un vent sur la terre, et les eaux
s'abaissèrent. Les sources de l'abîme et les écluses du ciel
se refermèrent, et la pluie ne tomba plus du ciel. Les
eaux se retirèrent de dessus la terre, agitées de côté et
d'autre, et diminuèrent au bout de cent cinquante jours.
Alors l'arche se posa sur les montagnes d'Ararate (Arménie),
le dix-septième jour du septième mois. Les eaux allèrent
en diminuant jusqu'au dixième mois; le premier jour
du dixième mois, le sommet des montagnes fut visible.
Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche
et lâcha un corbeau, qui sortit, allant et rentrant jusqu'à
l'entier desséchement du sol. Il envoya aussi une
[pg 18]
colombe afin de voir si les eaux avaient baissé sur la terre.
Mais la colombe ne trouvant pas d'appui pour se reposer,
revint à l'arche, car l'eau couvrait encore toute la terre;
Noé étendit sa main, la prit et la rentra dans l'arche. Il
attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la
colombe; la colombe revint près de lui vers le soir tenant
en son bec une branche d'olivier; alors Noé comprit que
les eaux avaient diminué sur la terre. Il attendit encore
sept autres jours, et il lâcha la colombe, qui alors ne revint
plus vers lui. Dans la six cent unième année de Noé,
le premier jour du premier mois, les eaux avaient disparu
de dessus la terre; Noé ôta la toiture de l'arche, et il vit
que la surface de la terre était sèche. C'était le vingt-septième
jour du second mois. Dieu parla a Noé et dit:
Sortez de l'arche, vous, votre femme, vos fils et les
femmes de vos fils avec vous; toute espèce d'animaux étant
avec vous, oiseaux, bêtes et reptiles rampant sur la terre,
sortez-les avec vous; qu'ils se perpétuent sur la terre, se
fécondent et se multiplient sur la terre. Et Noé sortit avec
ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, tout animal,
tout reptile, tout oiseau, tout ce qui rampe sur la terre
sortit de l'arche, par famille. Or, Noé construisit un autel
à l'Éternel, il prit de toute espèce d'animaux purs et de
toute espèce d'oiseaux purs, et les lui offrit en holocauste
sur cet autel. L'Éternel reçut ce sacrifice comme un encens
agréable, et il dit: Je ne maudirai plus la terre, à cause
de l'homme, quoique l'instinct du cœur de l'homme soit
mauvais dès sa jeunesse; je ne frapperai plus tout ce qui
vit, comme j'ai fait; pendant toute la durée de la terre,
les semailles, la moisson, le froid, le chaud, l'été, l'hiver,
le jour et la nuit ne s'arrêteront pas.

[pg 19]


Alliance de Dieu avec Noé.
--------------------------

Dieu dit à Noé et à ses fils: je vais faire alliance avec
vous et avec vos descendants après vous; avec toute créature
vivante qui se trouve avec vous, les oiseaux, les
bêtes, les animaux de la terre qui sont sortis avec vous de
l'arche et qui vivent sur la terre. Je ferai alliance avec
vous: le déluge ne détruira plus tout être; il n'y aura plus
de déluge pour détruire la terre. Dieu dit: Voici le signe
de l'alliance que j'établis entre moi, vous, et toutes les
créatures vivantes qui sont avec vous, à perpétuité. J'ai
placé mon arc dans le nuage; qu'il soit le signe entre moi
et vous. Il adviendra qu'en formant un nuage au-dessus
de la terre, l'arc étant apparent dans le nuage, je me rappellerai
alors cette alliance entre moi et vous, et toute
créature douée de vie; les eaux ne formeront plus un déluge
pour tout détruire; cet arc sera dans le nuage, et je le
regarderai pour me rappeler l'alliance perpétuelle entre
Dieu et toute créature vivante sur la terre. Dieu dit encore
à Noé: Ce sera là le signe de l'alliance que j'ai faite avec
toute chair qui est sur la terre.

Noé avait trois fils qui sortirent de l'arche, Sem, Cham
et Japheth; et c'est d'eux qu'est sortie toute la race des
hommes qui sont sur la terre. Noé vécut encore trois cent
cinquante ans depuis le déluge. Et tout le temps de sa vie
ayant été de neuf cent cinquante ans, il mourut. |nbs2| :sidenote:`(2006)`

[pg 20]


.. class:: center

|
| |sepa|


Tour de Babel et dispersion des hommes.
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Les hommes s'étant multipliés de nouveau sur la terre,
et celle-ci n'ayant qu'une seule langue et qu'une même
manière de parler, ils trouvèrent, en partant du côté de
l'orient, une vallée dans le pays de Sennaar et ils y habitèrent;
dans la crainte d'être un jour séparés, ils résolurent
de bâtir une ville et une tour qui s'élevât jusqu'au
ciel. Mais le Tout-Puissant, qui par sa sagesse souveraine
jugea bon et nécessaire que la dispersion de la race humaine
s'effectuât, confondit tellement leur langage, qu'ils
ne s'entendaient plus les uns les autres. C'est ainsi qu'ils
cessèrent de bâtir cette ville, appelée pour cette raison
*Babel*, c'est-à-dire, confusion, parce que c'est là que fut
confondu le langage de toute la terre. Dieu dispersa ensuite
les hommes dans toutes les régions du monde. C'est
ainsi que se formèrent les différents peuples et les divers
langages. Les descendants de Sem peuplèrent le centre et
le sud de l'Asie; les descendants de Cham, l'ouest de l'Asie
et l'Afrique; et les descendants de Japheth, l'Europe.

Le quatrième fils de Cham s'appela Chanaan; de lui
sont sortis les Chananiens; son petit-fils s'appela Nimrod,
c'était un ardent chasseur, il fut le premier roi de Babel.
Parmi les descendants de Sem, il y avait un homme qui
se nommait Tharé (Therach), il avait trois fils: Abram,
Nachor et Haran. Haran était le père de Lot. Abram et
Nachor se choisirent des femmes, le nom de la femme
d'Abram était: Saraï (plus tard Sarah), et le nom de
celle de Nachor était Milcha. Tharé ayant donc pris Abram
[pg 21]
son fils, Lot son petit-fils, et Saraï sa belle fille, les fit
sortir d'Ur en Chaldée, pour aller avec lui dans le pays de
Chanaan, et étant venus jusqu'à Haran, ils y habitèrent.
Et Tharé, après avoir vécu deux cent cinq ans, mourut
à Haran (Charan).

.. vfill::

.. footnotes:: Notes


[pg 22]

.. _CHAP.II:

CHAPITRE II.
============

.. _Depuis Abraham jusqu'à Moïse. (1948-2368).:

.. class:: center

| DEPUIS ABRAHAM JUSQU'A MOÏSE.
|
| (1948-2368)
|
| |sepa|


A cette époque la connaissance d'un seul vrai Dieu ne
se retrouvait plus chez tous ces peuples, qui, comme nous
l'avons vu, avaient été répandus par la volonté de Dieu
de la vallée de Sennaar (Babylonie) par toutes les régions
de la terre; tous étaient tombés dans l'idolâtrie, et par
suite dans le péché et dans le vice. Et comme le service
des faux dieux se continuait déjà depuis des siècles, l'Éternel,
toute bonté, résolut enfin d'introduire au milieu des
peuples un autre peuple qui, par les révélations divines
dont il serait le dépositaire, serait aussi, par sa vie et par
ses destinées remarquables, choisi pour conserver la vraie
connaissance de Dieu et pour la répandre parmi les hommes.
C'est alors que pour atteindre ce but élevé, Dieu
choisit pour tige de ce peuple l'homme le plus digne de
ses révélations et le plus apte à les communiquer. Cet
homme pieux, qui jouissait de la confiance et de l'amour
[pg 23]
de Dieu, cet homme par qui toutes les nations de la terre
devaient être bénies un jour, s'appelait alors Abram, et
plus tard Abraham.


.. class:: center

|
| |sepa|


Abraham.
--------

Déjà, le père d'Abraham, Tharé était sorti, comme
nous l'avons vu plus haut, de la Mésopotamie, sa patrie,
pour habiter le pays de Chanaan, mais il ne vint qu'à
Haran (Carra en Syrie) et y resta pendant tous les jours de
sa vie. Ce n'est qu'Abraham, qui, quittant pour toujours
sa patrie, entra en Chanaan lorsque l'Éternel lui apparut
et lui dit: Allez vous-en de votre pays, du lieu de votre
naissance et de la maison de votre père au pays que je vous
montrerai. Je ferai de vous une grande nation, je vous
bénirai, j'agrandirai votre nom, vous serez une bénédiction.
Je bénirai ceux qui vous béniront et je maudirai ceux
qui vous maudiront, et toutes les familles de la terre seront
bénies en vous. Abraham partit alors comme l'Éternel
le lui avait dit, Lot alla avec lui. Abraham était âgé
de soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Haran. Abraham
emmena sa femme Saraï, Lot son neveu, tout le bien
qu'ils avaient acquis, le personnel qu'ils avaient formé à
Haran; ils sortirent pour se rendre dans le pays de Chanaan,
où ils arrivèrent bientôt. Abraham traversa le pays
jusqu'à la contrée de Chechem, jusqu'au bocage de Moré.
Les Chananéens occupaient alors ce pays-là. Or l'Éternel
apparut à Abraham et lui dit: Je donnerai ce pays à votre
postérité. Abraham dressa en ce lieu un autel à l'Éternel,
comme souvenir de son apparition. Étant passé de là vers
[pg 24]
une montagne qui est à l'orient de Bethel, il y tendit ses
tentes, ayant Bethel à l'occident, et la ville d'Aï à l'orient.
Il dressa encore en ce lieu un autel et invoqua le nom de
l'Éternel. Abraham alla encore plus loin, marchant toujours
et s'avançant vers le midi. Il y parcourut avec ses
nombreux troupeaux les fertiles vallées et les plaines,
annonçant partout le nom de Dieu unique et éternel. Une
famine générale le força, quelque temps après, de se diriger
vers la fertile Égypte située dans ces environs. Toutefois,
après y avoir été éprouvé de Dieu à diverses reprises,
il se rendit bientôt de nouveau à Chanaan et demeura
d'abord à Bethel, et plus tard, au bocage de Mamré près
d'Hébron, abandonnant à Lot, son neveu, les contrées de
Sodome à cause d'une querelle qui s'était élevée entre
leurs pasteurs. Car leurs troupeaux s'étant multipliés de
jour en jour, le pays ne leur suffisait plus; de sorte qu'ils
se gênaient l'un l'autre. Abraham dit donc à Lot: Qu'il
n'y ait point, je vous prie, de dispute entre vous et moi,
ni entre mes pasteurs et les vôtres, parce que nous sommes
frères. Vous voyez devant vous tout le pays. Retirez-vous,
je vous prie, d'auprès de moi. Si vous allez vers la gauche,
je prendrai la droite: si vous choisissez la droite,
j'irai vers la gauche. Lot choisit alors sa demeure vers le
Jourdain, en se retirant du côté de l'orient. C'est ainsi
qu'ils se séparèrent l'un de l'autre. Abraham demeura dans
la terre de Chanaan, et Lot dans les villes qui étaient aux
environs du Jourdain: et il habita Sodome. Or, les habitants
de Sodome étaient devant Dieu des hommes perdus
de vices; et leur corruption était montée à son comble.
L'Éternel dit donc à Abraham, après que Lot se fut séparé
d'avec lui: Levez les yeux et regardez de l'endroit où vous
[pg 25]
êtes, vers le nord, le midi, le levant et le couchant; car
tout le pays que vous voyez, je le donnerai à vous et à
votre postérité, pour toujours: je rendrai votre postérité
comme la poussière de la terre: que si quelqu'un peut
compter la poussière de la terre, il pourra aussi compter
votre postérité; levez-vous, parcourez le pays en long et
en large, car c'est à vous que je le donnerai. Abraham
éleva alors un autel à l'Éternel pour le remercier de cette
prédiction.

A cette époque il arriva que le roi de Sodome fut vaincu
dans une guerre et que les vainqueurs ayant pris toutes les
richesses et les vivres de Sodome, se retirèrent, et emmenèrent
aussi Lot, fils du frère d'Abraham, qui demeurait
dans Sodome, et tout ce qui était à lui. Un fuyard vint
en apporter la nouvelle à Abraham. Et aussitôt que celui-ci
apprit que son parent avait été fait prisonnier, il arma
trois cent dix-huit serviteurs choisis parmi les plus habiles
de ceux qui étaient nés dans sa maison, et poursuivit les
vainqueurs jusqu'à Dane. Il forma deux corps de ses gens
et de ses alliés, et venant fondre sur les ennemis durant
la nuit, il les défit et les poursuivit jusqu'à Hoba qui est
à la gauche de Damas. Il ramena avec lui tout le butin
qu'ils avaient pris, Lot, son neveu, avec tout ce qui était
à lui, les femmes et tout le peuple. Et le roi de Sodome
sortit au-devant de lui dans la vallée de Savé appelée aussi
la vallée du Roi. Malchisedek, roi de Chalème, fit apporter
du pain et du vin; il était prêtre du Dieu suprême; il
bénit Abraham, en disant: Qu'Abraham soit béni du Dieu
très-haut, qui a créé le ciel et la terre: et que le Dieu
très-haut soit béni, lui qui par sa protection vous a mis
vos ennemis entre les mains. Il lui donna la dîme de tout
[pg 26]
ce qu'il avait. Or, le roi de Sodome dit à Abraham:
Donnez-moi les personnes, et prenez le reste pour vous.
Abraham lui répondit: Je lève la main et je jure par
l'Éternel, le Dieu très-haut, possesseur du ciel et de la
terre, que je ne recevrai rien de ce qui est à vous, depuis
le moindre fil jusqu'à un cordon de soulier; afin que vous
ne puissiez pas dire que vous avez enrichi Abraham. Rien
pour moi, seulement ce que mes gens ont pris pour leur
nourriture, et ce qui est dû à ceux qui sont venus avec
moi, Aner, Escol et Mamré, qui pourront prendre leur
part du butin.


.. class:: center

|
| |sepa|


Promesse de l'Éternel et piété d'Abraham.
-----------------------------------------

Ensuite l'Éternel parla à Abraham dans une vision, et
lui dit: Ne craignez point, Abraham; je suis votre protecteur,
votre récompense sera infiniment grande. Abraham
répondit: O Éternel, mon Dieu, que me donnerez-vous?
je marche sans enfants, et l'intendant de ma maison
est Eliézer de Damas. Abraham continua: Voyez! vous ne
m'avez pas donné d'enfants; ainsi mon serviteur sera mon
héritier. Alors l'Éternel lui répondit ainsi: Non, celui-ci
ne sera point votre héritier, mais celui qui sortira de vos
entrailles héritera de vous. Regardez donc vers le ciel, et
comptez les étoiles, si vous pouvez les compter; ainsi,
ajouta-t-il, sera votre postérité. Abraham crut à Dieu, et
sa foi lui fut imputée à justice. Il offrit un jour un sacrifice,
selon la demande de l'Éternel qui lui confirma ses
promesses par un signe sensible et continua ainsi: Sachez
dès maintenant que votre postérité demeurera dans un
[pg 27]
pays étranger, et qu'elle sera réduite en servitude et accablée
de maux pendant quatre cents ans. Mais j'exercerai
mes jugements sur le peuple auquel ils seront assujettis,
et ils sortiront ensuite de ce pays avec de grandes richesses.
Quant à vous, vous irez en paix auprès de vos pères,
vous serez enseveli après une vieillesse heureuse. Mais vos
descendants reviendront en ce pays-ci après la quatrième
génération, parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens
n'est pas encore remplie présentement.

En ce jour-là l'Éternel fit alliance avec Abraham en lui
disant: Je donnerai ce pays à votre postérité, depuis le
fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve d'Euphrate. Abraham
après avoir séjourné pendant dix ans dans le pays de
Chanaan, prit pour seconde femme sa servante, Hagar;
elle lui enfanta un fils, qu'il nomma Ismaël. Abraham
avait quatre-vingt-six ans lorsque Hagar lui enfanta Ismaël.


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| |sepa|


Alliance de la circoncision.
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Lorsque Abraham fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans,
l'Éternel lui apparut et lui dit: Je suis le Dieu Tout-Puissant,
marchez devant moi et soyez parfait; je ferai alliance
avec vous, et je vous multiplierai jusqu'à l'infini. Voici le
pacte que je fais avec vous, afin que vous l'observiez et
votre postérité après vous: tous les mâles d'entre vous
seront circoncis. Ce sera le signe de l'alliance entre moi et
vous. L'enfant de huit jours sera circoncis parmi vous; et
dans la suite de toutes les générations, tous les enfants
mâles, tant les esclaves qui seront nés en votre maison,
que tous ceux que vous aurez achetés, et qui ne seront
[pg 28]
point de votre race, seront circoncis. Mon alliance sera
pour votre chair une alliance perpétuelle. Tout mâle dont
la chair n'aura pas été circoncise, sera exterminé du milieu
de son peuple, parce qu'il aura violé mon alliance. Dieu
dit encore à Abraham: Je bénirai aussi votre femme Saraï,
je vous donnerai aussi un fils né d'elle, que vous nommerez
Isaac; et je ferai un pacte avec lui, et avec sa postérité
après lui, afin que mon alliance avec eux soit éternelle.
L'entretien de Dieu avec Abraham étant fini, celui-ci prit
Ismaël son fils, et tous les esclaves nés dans sa maison,
tous ceux qu'il avait achetés, et généralement tous les
mâles qui étaient parmi ses domestiques; il les circoncit
tous aussitôt en ce même jour, selon que Dieu le lui avait
commandé. Abraham avait quatre-vingt-dix-neuf ans,
lorsqu'il se circoncit; et Ismaël avait treize ans accomplis
lorsqu'il reçut la circoncision. Abraham et son fils Ismaël
furent circoncis en un même jour. En ce même jour encore
furent circoncis tous les mâles de sa maison, tant les
esclaves nés chez lui, que ceux qu'il avait achetés, et qui
étaient nés dans des pays étrangers.

C'est à cette occasion que le nom d'Abram, c'est-à-dire
*père élevé*, fut changé en celui d'Abraham, c'est-à-dire,
*père élevé de la multitude*, et que le nom de Saraï, c'est-à-dire
*ma princesse*, fut changé en celui de Sarah, *la princesse*.

[pg 29]

.. class:: center

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| |sepa|

Hospitalité d'Abraham. Naissance d'Isaac prédite pour la dernière fois. Intercession d'Abraham. Destruction de Sodome.
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L'Éternel apparut un jour à Abraham dans le bocage de
Mamré, lorsqu'il était assis à la porte de sa tente dans la
plus grande chaleur du jour. Abraham ayant levé les
yeux, trois hommes lui apparurent près de lui. Aussitôt
qu'il les eut aperçus, il courut de la porte de sa tente au-devant
d'eux, et se prosterna en terre, et dit: Seigneurs,
si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, ne passez pas la
maison de votre serviteur. J'apporterai de l'eau pour laver
vos pieds; et alors vous vous reposerez sous cet arbre,
jusqu'à ce que je vous serve un peu de pain pour reprendre
vos forces; car c'est pour cela que vous êtes venus
vers votre serviteur, et vous continuerez ensuite votre
chemin. Ils lui répondirent: Faites ce que vous avez dit.
Abraham entra promptement dans sa tente, et dit à Sarah:
Pétrissez vite trois mesures de farine, et faites-en des gâteaux.
Il courut en même temps à son troupeau, y prit un
veau d'une chair tendre et succulente, et le donna à un serviteur,
qui se hâta de le faire cuire. Ayant pris ensuite du
beurre et du lait, avec le veau qu'il avait fait cuire, il le
servit devant eux, et ils mangèrent, tandis qu'il se tenait
debout près d'eux. Ils lui dirent: Où est Sarah votre
femme? Il leur répondit: Elle est dans la tente. L'un
d'eux dit à Abraham: Je vous reviendrai voir dans un an,
à cette même époque: je vous trouverai tous deux en vie, et
Sarah votre femme aura un fils. Ce que Sarah ayant entendu,
elle se mit à rire derrière la porte de la tente. Car ils
[pg 30]
étaient tous deux vieux et fort avancés en âge. Elle rit
donc secrètement, disant en elle-même: Lorsque je suis
devenue vieille, et que mon seigneur est vieux aussi, aurais-je
de la volupté? Mais l'Éternel dit à Abraham: Pourquoi
Sarah a-t-elle ri, en disant: Serait-il bien vrai que je
puisse avoir un enfant, étant vieille comme je suis? Y
a-t-il rien de difficile à Dieu? Je vous reviendrai voir,
comme je vous l'ai promis, dans un an en ce même temps,
je vous trouverai tous deux en vie, et Sarah aura un fils.
Je n'ai point ri, répondit Sarah; et elle le nia, parce qu'elle
était tout épouvantée. Non, dit-il, cela n'est pas ainsi, car
vous avez ri.—Ces hommes s'étant donc levés de ce lieu,
tournèrent leurs pas vers Sodome, et Abraham allant avec
eux les reconduisit. Dieu lui fit connaître alors qu'il punirait
les villes de Sodome et d'Amora, à cause de leurs
grands péchés. Abraham intercéda pour les habitants de
ces villes et sollicita instamment auprès de Dieu pour qu'il
voulût leur pardonner et les ménager. Abraham avait tant
fait, qu'il lui fut promis que ces deux villes seraient épargnées
s'il s'y trouvait seulement dix justes. Mais ce petit
nombre de dix ne s'y trouva même pas; tous étaient
impies, tous viciés et corrompus. C'est pourquoi dès le lendemain
matin, lorsque le soleil se levait sur la terre, une
punition terrible leur fut infligée. Après que Lot, neveu
d'Abraham, eut été emmené avec sa famille, l'Éternel fit
descendre du ciel sur Sodome et sur Amora, une pluie de
soufre et de feu, et il perdit ces villes avec tous leurs habitants,
tout le pays d'alentour avec ceux qui l'habitaient, et
tout ce qui avait vie sur la terre. Depuis ce jour toute cette
contrée n'est qu'un lac salé et plein de soufre, en signe de
la malédiction du ciel que s'attirent les crimes des hommes.

[pg 31]


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| |sepa|


Naissance d'Isaac. Sacrifice d'Abraham.
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Après qu'Abraham eut changé de domicile, qu'il eut
habité en Gerar, où il fut de nouveau éprouvé de Dieu,
l'Éternel pensa à Sarah comme il avait dit; elle conçut et
enfanta un fils en sa vieillesse, dans le temps que Dieu lui
avait prédit. Abraham donna le nom d'Isaac (Jitzchak) à son
fils né de Sarah, et il le circoncit le huitième jour, selon
le commandement qu'il en avait reçu de Dieu, ayant alors
cent ans; car ce fut à cet âge-là qu'il devint père d'Isaac.
Et Sarah dit alors: Dieu m'a donné un sujet de ris et de
joie; quiconque l'apprendra, s'en réjouira avec moi. Et elle
ajouta: Qui croirait qu'on aurait jamais pu dire à Abraham,
que Sarah nourrirait de son lait un fils qu'elle lui
aurait enfanté lorsqu'il serait déjà vieux? Cependant l'enfant
crût, et on le sevra, et Abraham fit un grand festin
au jour qu'il fut sevré.

Après cela Dieu tenta Abraham, et lui dit: Abraham.
Abraham répondit: Me voici. Dieu ajouta: Prenez Isaac
votre fils unique, que vous aimez, et allez-vous en vers
le pays de Morya et là sacrifiez-le en holocauste sur une
des montagnes que je vous indiquerai. Abraham se leva de
bon matin, prépara son âne, et prit avec lui deux serviteurs
et son fils Isaac; il fendit aussi du bois pour l'holocauste,
et partit pour se rendre à l'endroit que Dieu lui avait
désigné. Le troisième jour, Abraham, levant les yeux,
aperçut cet endroit de loin. Abraham dit alors à ses
gens: Restez ici avec l'âne, tandis que moi et mon fils
nous irons jusque là-bas pour nous prosterner, et nous
[pg 32]
reviendrons près de vous. Abraham prit ensuite le bois
pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, prit le feu
et le couteau dans sa main, et ils marchèrent ensemble.
Isaac s'adressa ensuite à son père, et dit: Mon père!
celui-ci dit: Me voici, mon fils; l'autre reprit: Voici bien
le feu, le bois, mais où est donc l'agneau pour l'holocauste?
Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira
d'un agneau pour un holocauste; et ils marchèrent ensemble.
Ils arrivèrent à l'endroit que Dieu avait désigné;
Abraham y éleva un autel sur lequel il rangea le bois:
ensuite il lia Isaac et le plaça sur le bois; Abraham tendit
la main, prit le couteau pour immoler son fils. Alors un
ange cria vers lui du ciel, et dit: Abraham, Abraham!
celui-ci répondit: Me voici. L'ange reprit: Ne tendez pas
la main vers votre fils, et ne lui faites rien; car je sais
maintenant que vous êtes un homme pieux, puisque vous
ne m'avez pas même refusé votre fils, votre fils unique.
Abraham levant les yeux, vit un bélier retenu par les cornes
à un buisson; Abraham y alla, prit ce bélier et le
sacrifia en holocauste en place de son fils. Abraham appela
cet endroit Adonaï-Jiré (l'Éternel pourvoira). Un ange
appela du ciel Abraham, pour la seconde fois, et dit:
J'en jure par moi, que puisque vous avez obéi, et que
vous n'avez pas refusé votre fils unique, je vous bénirai
certainement, et je multiplierai vos enfants en aussi grand
nombre que les étoiles du ciel et le sable qui se trouve sur
le bord de la mer; votre postérité possédera la porte de
ses ennemis; et c'est par votre postérité que toutes les
nations de la terre seront bénies, parce que vous avez obéi
à ma voix. Abraham retourna vers ses gens; ils se levèrent
et allèrent ensemble à Beér-Chébâ, et Abraham s'y établit.

[pg 33]
Après ces événements, il fut annoncé à Abraham, que
Milca avait aussi donné des enfants à Nachor; savoir: son
premier-né Outs, et son frère Bouse; ainsi que Kémouel,
père d'Arame; et Késchède, Hazo, Pildach, Jidlaph et
Bethouel; et Bethouel qui engendra Rebecca (Ribka); tel
est le nom des huit enfants que Milca enfanta à Nachor,
frère d'Abraham.


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| |sepa|


Mort de Sarah.—Isaac épouse Rebecca.—Mort d'Abraham.
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Sarah ayant vécu cent vingt-sept ans, mourut à Kiriath-Arba,
qui est Hebron, au pays de Chanaan. Abraham la
pleura, en fit le deuil et l'enterra dans la caverne du
champ de Machpéla, devant Mamré; laquelle terre Abraham
avait achetée d'Ephron, en présence des enfants de
Heth, pour quatre cents sicles d'argent. Le champ avec la
caverne qui y était fut donc livré en cette manière, et
assuré à Abraham par les enfants de Heth, afin qu'il le
possédât comme un sépulcre qui lui appartenait légitimement.—Or
Abraham était vieux et fort avancé en âge, et
l'Éternel l'avait béni en toutes choses. Il dit donc au plus
ancien de ses domestiques, qui avait l'intendance sur toute
sa maison: Mettez votre main sous ma cuisse, afin que je
vous fasse jurer par l'Éternel, le Dieu du ciel et de la
terre, que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens
parmi lesquels j'habite, pour la faire épouser à mon
fils; mais que vous irez au pays où sont mes parents, afin
d'y prendre une femme pour mon fils Isaac. Son serviteur
lui répondit: Si la fille ne veut pas venir en ce pays-ci
avec moi, voulez-vous que je remène votre fils au lieu
[pg 34]
d'où vous êtes sorti? Abraham lui répondit: Gardez-vous
bien de remener mon fils en ce pays-là. L'Éternel, le
Dieu du ciel, qui m'a tiré de la maison de mon père et
du pays de ma naissance, qui m'a parlé et qui m'a juré en
me disant: Je donnerai ce pays à votre postérité, enverra
lui-même son ange devant vous, afin que vous preniez une
femme de ce pays-là pour mon fils. Si la fille ne veut pas
vous suivre, vous ne serez point obligé à votre serment;
seulement ne ramenez jamais mon fils en ce pays-là.
Ce serviteur mit donc sa main sous la cuisse d'Abraham son
maître, et s'engagea par serment à faire ce qu'il lui avait
ordonné. En même temps il prit dix chameaux du troupeau
de son maître, porta avec lui tous ses biens, et s'étant
mis en chemin, il alla droit à Arame Naharaïme en Mésopotamie,
à la ville de Nachor. Étant arrivé sur le soir
près d'un puits hors de la ville, au temps où les filles
avaient accoutumé de sortir pour puiser de l'eau, et ayant
fait reposer ses chameaux, il pria Dieu: Éternel, Dieu
d'Abraham, mon maître, assistez-moi aujourd'hui, je
vous prie, et faites miséricorde à Abraham mon seigneur.
Et Dieu l'assista, lui fit connaître d'une manière miraculeuse
*Rebecca*, fille de Béthouel, petite-fille de Nachor,
frère d'Abraham. Il lui demanda s'il pouvait loger dans
la maison de son père, elle lui répondit qu'il le recevrait
avec plaisir. Elle courut donc l'annoncer à sa famille, et
alla lui dire tout ce qu'elle avait entendu. Or Rebecca avait
un frère nommé Laban, qui sortit aussitôt pour aller
trouver cet homme près de la fontaine. Et ayant déjà vu
aux mains de sa sœur les pendants d'oreilles et les bracelets
que cet homme lui avait donnés, il vint à lui, lorsqu'il
était encore près de la fontaine avec ses chameaux, et lui
[pg 35]
dit: Vous qui êtes béni de Dieu, pourquoi demeurez-vous
dehors? Venez chez mon père, j'ai préparé la maison,
et un lieu pour vos chameaux. Il le fit aussitôt entrer dans
le logis; il déchargea ses chameaux, leur donna de la
paille et du foin; et fit laver les pieds de cet homme et
de ceux qui étaient venus avec lui. En même temps on lui
servit à manger. Mais le serviteur lui dit: Je ne mangerai
point jusqu'à ce que je vous aie proposé ce que j'ai à vous
dire. Vous pouvez le faire, lui dit Laban. Et il leur parla
ainsi: Je suis serviteur d'Abraham. L'Éternel a comblé
mon maître de bénédictions et l'a rendu grand et riche.
Il lui a donné des brebis, des bœufs, de l'argent, de l'or,
des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes.
Sarah, la femme de mon maître, lui a enfanté un fils dans
sa vieillesse, et mon maître lui a donné tout ce qu'il avait.
Et il m'a fait jurer devant lui en me disant: Promettez-moi
que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens
dans le pays desquels j'habite, pour la faire épouser à
mon fils, mais que vous irez à la maison de mon père,
et que vous prendrez parmi ceux de ma parenté une
femme pour mon fils... C'est pourquoi si vous avez véritablement
dessein d'obliger mon maître, dites-le-moi. Si
vous avez résolu autre chose, faites-le-moi connaître, afin
que j'aille chercher une fille ailleurs. Laban et Béthouel
répondirent: C'est Dieu qui parle en cette rencontre;
nous ne pouvons vous dire autre chose que ce qui paraît
conforme à sa volonté. Rebecca est entre vos mains, prenez-la
et l'emmenez avec vous, afin qu'elle soit la femme
du fils de votre maître, selon que l'Éternel s'en est déclaré.
Le serviteur d'Abraham ayant entendu cette réponse, se
prosterna contre terre, et adora l'Éternel. Il tira ensuite
[pg 36]
des vases d'or et d'argent, et de riches vêtements, dont
il fit présent à Rebecca. Il donna aussi des présents à son
frère et à sa mère. Ils firent ensuite le festin; ils mangèrent
et burent, et demeurèrent ensemble ce jour-là. Le lendemain
le serviteur s'étant levé le matin, leur dit: Permettez-moi
de retourner vers mon maître. Le frère et la mère
de Rebecca lui répondirent: Que notre enfant demeure
au moins quelques jours avec nous, et après elle s'en ira.
Je vous prie, dit le serviteur, de ne me point retenir davantage,
puisque l'Éternel m'a conduit dans tout mon chemin.
Permettez-moi d'aller retrouver mon maître. Ils lui dirent:
Appelons Rebecca et sachons d'elle-même son sentiment.
On l'appela donc; et elle, étant venue, ils lui demandèrent:
Veux-tu bien aller avec cet homme? Je le veux bien,
répondit-elle. Ils la laissèrent donc aller accompagnée de
sa nourrice, avec le serviteur d'Abraham et ceux qui l'avaient
suivi; et souhaitant toutes sortes de prospérités à
Rebecca, ils lui dirent: Notre sœur, crois en mille et
mille générations; et que ta postérité se mette en possession
des villes de ses ennemis. Rebecca et ses filles montèrent
donc sur les chameaux et suivirent cet homme, qui
s'en retourna en grande diligence vers son maître. En ce
même temps Isaac revenait du voyage au puits, appelé le
puits de celui qui vit et qui voit; car il demeurait au pays
du midi. Il était alors sorti dans le champ pour méditer,
le jour étant sur son déclin. Et ayant levé les yeux, il vit
de loin venir les chameaux. Rebecca ayant aussi aperçu
Isaac, descendit de son chameau, et dit au serviteur: Qui
est cette personne qui vient le long du champ au-devant
de nous? C'est mon maître, lui dit-il. Elle prit aussitôt
son voile et se couvrit. Le serviteur rendit compte à Isaac
[pg 37]
de tout ce qu'il avait fait. Alors Isaac fit entrer Rebecca
dans la tente de Sarah sa mère, et la prit pour femme; et
l'affection qu'il eut pour elle fut si grande, qu'elle tempéra
la douleur que la mort de sa mère lui avait causée.

Abraham épousa ensuite une autre femme nommée
Kétoura, qui lui enfanta plusieurs fils. Il donna à Isaac
tout ce qu'il possédait, fit des présents aux fils de ses autres
femmes, et de son vivant il les sépara de son fils Isaac,
les faisant aller dans le pays qui regarde l'orient. Tout
le temps de la vie d'Abraham fut de cent-soixante et
quinze ans, et les forces lui manquant, il mourut après
une heureuse vieillesse, étant fort âgé et rassasié de jours,
et il fut réuni aux siens. Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent
dans la caverne de Machpéla, située dans le champ
d'Ephrone, fils de Tsohar Héthéen, vis à vis de Mamré,
qu'il avait acheté des enfants de Heth. C'est là qu'il fut
enterré ainsi que Sarah, sa femme.

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| |sepa|



Naissance de Jacob et d'Ésaü.
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Après la mort de son père, Isaac continua la vie nomade,
vie habituelle aux Patriarches; il s'adonna aussi avec succès
à l'agriculture. Dieu l'éprouva bien des fois, ainsi
que son père Abraham, par la famine et par d'autres malheurs,
mais toujours reconnu pieux et juste, l'Éternel le
bénit comme il l'avait promis à Abraham. Isaac avait quarante
ans lorsqu'il épousa Rebecca, mais elle était stérile.
Il pria donc l'Éternel, et l'Éternel l'exauça en donnant à
Rebecca la vertu de concevoir. Lorsque le temps, où elle
devait être délivrée, fut arrivé, elle se trouva mère de
[pg 38]
deux enfants jumeaux. L'aîné des deux était roux, et tout
velu, et fut nommé Ésaü (Esave), c'est-à-dire homme
fait. Le second tenait de sa main le pied de son frère, et
fut nommé Jacob, c'est-à-dire supplantateur. Isaac avait
soixante ans lorsqu'il eut ces deux enfants. Quand ils furent
grands, Ésaü devint habile à la chasse, homme des champs:
Jacob, au contraire, homme simple, _`demeurait à la maison.`
Isaac aimait Ésaü; mais Rebecca aimait Jacob.


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| |sepa|


Primogéniture et bénédiction paternelle.
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Un jour que Jacob avait préparé des lentilles, Ésaü les
vit à son retour de la chasse, qui faisait son occupation
ordinaire et désira les manger. Il dit donc à Jacob: Donne-moi
de ce mets roux que tu as fait cuire, parce que je
suis extrêmement las. Jacob lui dit: Vends-moi ton droit
d'aînesse. Ésaü répondit: Je me meurs, de quoi me servira
mon droit d'aînesse? Jure-le-moi donc, lui dit Jacob;
Ésaü le lui jura, et lui vendit son droit d'aînesse. Et ainsi,
ayant pris du pain et ce plat de lentilles, il mangea et but,
et s'en alla, se mettant peu en peine d'avoir vendu son
droit d'aînesse. Depuis lors, il fut nommé Édom, c'est-à
dire roux (par allusion au plat de lentilles). Or, Ésaü ayant
quarante ans, épousa Judith, fille de Beeri Héthéen, et
Basemath, fille d'Elon du même pays; ce qui fut une cause
de contrariétés pour Isaac et Rebecca.

Isaac étant devenu fort vieux, ses yeux s'obscurcirent
de telle sorte, qu'il ne pouvait plus voir. Il appela donc
Ésaü son fils aîné, et lui dit: Mon fils. Me voici, dit
Ésaü. Son père ajouta: Tu vois que je suis fort âgé, et
[pg 39]
que j'ignore le jour de ma mort. Prends tes armes, ton
carquois et ton arc, et sors; et lorsque tu auras pris quelque
chose à la chasse, tu me l'apprêteras comme tu sais
que je l'aime, et tu me l'apporteras afin que j'en mange,
et que je te bénisse avant que je meure [#]_. Rebecca entendit
ces paroles, et Ésaü étant allé dans les champs pour
faire ce que son père lui avait commandé, elle conseilla à
son fils Jacob de lui apporter deux des meilleurs chevreaux.
Elle les prépara comme elle savait que les aimait Isaac. Elle
fit prendre ensuite à Jacob les plus beaux habits d'Ésaü,
qu'elle gardait elle-même au logis. Elle lui mit autour des
mains la peau de ces chevreaux, et lui en couvrit le cou,
partout où il était découvert. Puis elle lui donna ce qu'elle
avait préparé à manger. Jacob porta le tout devant Isaac
et lui dit: Mon père! Je t'entends, dit Isaac: Qui es-tu,
mon fils? Jacob lui répondit: Je suis Ésaü votre fils
aîné [#]_: j'ai fait ce que vous m'avez commandé. Levez-vous,
asseyez-vous et mangez ma chasse, afin que vous me
donniez votre bénédiction. Isaac dit encore à son fils: Mais
comment as-tu pu, mon fils, en trouver sitôt? Il lui répondit:
Dieu a voulu que ce que je désirais se présentât tout
d'un coup à moi. Isaac dit encore: Approche-toi d'ici, mon
fils, afin que je te touche, et que je reconnaisse si tu
es mon fils Ésaü ou non. Jacob s'approcha de son père, et
Isaac l'ayant tâté, dit: Pour la voix, c'est la voix de Jacob;
[pg 40]
mais les mains sont les mains d'Ésaü, et il ne le reconnut
point, parce que ses mains étant couvertes de poils, parurent
toutes semblables à celles de son aîné. Isaac le bénissant
donc, lui dit: Es-tu mon fils Ésaü? Je le suis, répondit
Jacob. Mon fils, ajouta Isaac, apporte-moi à manger de
ta chasse, afin que je te bénisse. Jacob lui en présenta;
et après qu'Isaac en eut mangé, il lui présenta aussi du vin
qu'il but, Isaac lui dit ensuite: Approche-toi de moi, mon
fils, et viens me baiser. Il s'approcha donc de lui et le
baisa. Et aussitôt qu'Isaac eut senti la bonne odeur qui
s'échappait de ses habits, il lui dit en le bénissant: L'odeur
qui sort de mon fils, est semblable à celle d'un champ que
l'Éternel a comblé de ses bénédictions. Que Dieu te donne
une grande abondance de blé et de vin, de la rosée du
ciel et de la graisse de la terre. Que les peuples te soient
assujettis et que les tribus t'adorent. Sois le seigneur de tes
frères, et que les enfants de ta mère s'abaissent profondément
devant toi. Que celui qui te maudira soit maudit lui-même;
et que celui qui te bénira, soit comblé de bénédictions.
Isaac ne faisait que d'achever ces paroles, et Jacob
était à peine sorti, qu'Ésaü entra; et que, présentant à son
père ce qu'il avait apprêté de sa chasse, il lui dit: Levez-vous,
mon père, et mangez de la chasse de votre fils, afin
que vous me donniez votre bénédiction. Isaac lui dit: Qui
es-tu donc? Ésaü lui répondit: Je suis Ésaü votre fils aîné.
Isaac fut grandement surpris de ce qui était arrivé; il lui
dit: Qui est donc celui qui m'a déjà apporté de ce qu'il
avait pris à la chasse, et qui m'a fait manger de tout avant
que tu vinsses? Je lui ai donné ma bénédiction, et il sera
béni. Ésaü, à ces paroles de son père, jeta un cri de
fureur, et dans une extrême consternation, il lui dit:
[pg 41]
Donnez-moi aussi votre bénédiction, mon père. Isaac lui répondit:
«Ton frère est venu me surprendre, et il a reçu la
bénédiction qui t'était due.—C'est avec raison, dit Ésaü,
qu'il a été appelé Jacob, c'est-à-dire supplantateur; car
voici la seconde fois qu'il m'a supplanté. Il m'a enlevé
auparavant mon droit d'aînesse; et présentement il vient
encore de me dérober la bénédiction qui m'était due. Mais,
mon père, ajouta Ésaü, ne m'avez-vous donc point réservé
aussi une bénédiction?» Isaac lui répondit: «Je l'ai établi
ton seigneur, et j'ai assujetti à sa domination tous ses frères;
je l'ai affermi dans la possession du blé et du vin; et
après cela, mon fils, que me reste-t-il que je puisse faire pour
vous?» Ésaü lui repartit: «N'avez-vous donc, mon père,
qu'une seule bénédiction? Je vous conjure de me bénir
aussi.» Il jeta ensuite de grands cris mêlés de larmes, et
Isaac en étant touché, lui dit: «Ta demeure sera dans la
graisse de la terre et dans la rosée du ciel qui vient d'en haut;
tu vivras de l'épée, tu serviras ton frère, et le temps viendra
que tu secoueras son joug, et que tu t'en délivreras.»

.. [#] Car Isaac, ce tendre père, ne pouvait s'imaginer qu'Ésaü son fils
   bien aimé eût agi d'une manière si méprisable à l'égard du droit d'aînesse,
   et qu'il l'eût vendu pour un plat de lentilles.


.. [#] Jacob a pu croire qu'il pouvait se permettre ce mensonge officieux
   pour ne pas affliger son vieux père en lui avouant la vérité et en lui
   disant: «Moi en effet je suis Jacob, toutefois je réclame la bénédiction
   comme fils aîné, parce qu'Ésaü m'a vendu le droit de primogéniture.

Ésaü haïssait donc toujours Jacob à cause de cette bénédiction
qu'il avait reçue de son père; et il disait en lui-même:
«Les jours de deuil de mon père approcheront, et
alors je tuerai mon frère Jacob.»


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| |sepa|


Voyage de Jacob.—Il arrive chez Laban et y demeure.
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Les paroles d'Ésaü ayant été rapportées à Rebecca, elle
envoya querir son fils Jacob, et lui dit: «Voilà ton frère
Ésaü qui menace de te tuer. Mais, mon fils, crois-moi,
hâte-toi de te retirer vers mon frère Laban qui est à Haran.
[pg 42]
Tu demeureras quelque temps avec lui, jusqu'à ce que la
fureur de ton frère s'apaise, que sa colère se passe, et
qu'il oublie ce que tu as fait contre lui. J'enverrai ensuite
pour te faire revenir ici. Pourquoi perdrais-je mes deux
enfants en un même jour?» Rebecca dit ensuite à Isaac: «La
vie m'est devenue ennuyeuse à cause des filles de Heth. Si
Jacob épouse une fille de ce pays-ci, je ne veux plus vivre.»
Isaac ayant donc appelé Jacob, le bénit, et lui fit ce commandement:
«Ne prends point, lui dit-il, de femme d'entre
les filles de Chanaan; mais va en Mésopotamie qui est en
Syrie, en la maison de Béthouel, père de ta mère, et
épouse une des filles de Laban, ton oncle. Que le Dieu
tout-puissant te bénisse, qu'il accroisse et qu'il multiplie
ta postérité; afin que tu sois le chef d'une assemblée de
peuples. Qu'il te donne, et à ta postérité après toi, les bénédictions
qu'il a promises à Abraham, et qu'il te fasse posséder
la terre où tu demeures comme étranger, et qu'il a
promise à ton aïeul.» Jacob ayant pris congé d'Isaac, partit
pour se rendre en Mésopotamie, chez Laban, et étant venu
en un certain lieu, comme il voulut s'y reposer après le coucher
du soleil, il prit une des pierres qui étaient là, et la mit
sous sa tête, et s'endormit dans ce même lieu. Alors il vit
en songe une échelle, dont le pied était appuyé sur la
terre, et dont le haut touchait au ciel, et des anges de
Dieu montaient et descendaient le long de l'échelle.
L'Éternel se tenait au-dessus, et dit: «Je suis l'Éternel, le
Dieu d'Abraham votre père, et le Dieu d'Isaac; je vous
donnerai, ainsi qu'à votre postérité, la terre sur laquelle
vous êtes couché. Votre postérité sera nombreuse comme
la poussière de la terre, vous vous étendrez à l'occident,
à l'orient, vers le nord et vers le midi; avec vous et votre
postérité seront bénies toutes les familles de la terre. Je
[pg 43]
serai votre protecteur partout où vous irez, je vous ramènerai
dans ce pays, et je ne vous quitterai point que je
n'aie accompli tout ce que je vous ai dit.» Jacob s'étant
éveillé après son sommeil, dit ces paroles: «L'Éternel est
vraiment en ce lieu-ci, et je ne le savais pas.» Et dans la
frayeur dont il se trouva saisi, il ajouta: «Que ce lieu est
redoutable! C'est véritablement la maison de Dieu, et voici
la porte du ciel.» Jacob se levant donc le matin, prit la
pierre qu'il avait mise sous sa tête, et l'érigea comme un
monument, répandant de l'huile dessus. Il donna aussi le
nom de Bethel, c'est-à-dire, maison de Dieu, à la ville
qui auparavant s'appelait Luze. Et il fit ce vœu en même
temps, disant: «Si Dieu est avec moi, s'il me protége dans
le chemin par lequel je marche, et me donne du pain pour
me nourrir, et des vêtements pour me vêtir; et si je retourne
heureusement en la maison de mon père, l'Eternel
sera mon Dieu; et cette pierre que j'ai dressée comme un
monument sera la maison de Dieu; et je vous offrirai,
Eternel, la dîme de tout ce que vous m'aurez donné.»

Jacob continua alors son chemin, et arriva au pays qui
était vers l'orient. Il entra dans un champ où il vit un puits,
et trois troupeaux de brebis qui se reposaient auprès; car
c'était de ce puits qu'on abreuvait les troupeaux, et l'entrée
en était fermée avec une grande pierre. C'était la
coutume de ne lever la pierre que lorsque tous les troupeaux
étaient assemblés; et après qu'ils avaient bu, on la
remettait sur l'ouverture du puits. Jacob dit donc aux
pasteurs: «Mes frères, d'où êtes-vous?» Ils lui répondirent:
«De Haran.» Jacob ajouta: «Ne connaissez-vous point Laban,
fils de Nachor?» Ils lui dirent: «Nous le connaissons. Se
porte-t-il bien?» dit Jacob. Ils lui répondirent: «Il se porte
bien, et voilà sa fille Rachel qui vient ici avec son troupeau.»
[pg 44]
Jacob leur dit: «Il reste encore beaucoup de jour, et
il n'est pas temps de remener les troupeaux dans l'étable:
faites donc boire présentement les brebis, et ensuite vous
les remènerez paître.» Ils lui répondirent: «Nous ne pouvons
le faire, jusqu'à ce que tous les troupeaux soient
assemblés, et que nous ayons ôté la pierre de dessus le
puits, pour leur donner à boire à tous ensemble.» Ils parlaient
encore, lorsque Rachel arriva avec les brebis de son
père, car elle menait paître elle-même le troupeau. Jacob
l'ayant vue, et sachant qu'elle était sa cousine germaine,
et que ces troupeaux étaient à Laban son oncle, ôta la
pierre qui fermait le puits. Et ensuite ayant fait boire son
troupeau, il l'embrassa en haussant sa voix et en pleurant;
car il lui avait dit qu'il était le fils de Rebecca, la sœur
de Laban. Rachel courut aussitôt le dire à son père,
lequel ayant appris que Jacob, fils de sa sœur, était venu
courut au-devant de lui, et l'ayant embrassé plusieurs fois,
le mena en sa maison. Lorsqu'il eut appris de lui-même le
sujet de son voyage, il lui dit: «Vous êtes ma chair et mon
sang,» et il le traita avec hospitalité. Jacob demeura donc
pendant plusieurs années dans la maison de Laban; il en
épousa les deux filles, *Léa et Rachel*, après s'être obligé
à servir sept ans pour chacune d'elle. Ces deux femmes,
avec leurs deux servantes *Bilha* et *Silpa*, donnèrent à Jacob
douze fils et une fille.


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| |sepa|


Retour de Jacob et sa rencontre avec Ésaü.
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Après avoir été vingt ans au service de Laban, Jacob
était devenu entièrement riche, il eut de grands troupeaux,
[pg 45]
des serviteurs et des servantes, des chameaux et
des ânes. Il entendit alors les enfants de Laban qui s'entre-disaient:
«Jacob a enlevé tout ce qui était à notre
père, et il est devenu puissant en s'enrichissant de son
bien. Il remarqua aussi que Laban ne le regardait pas
du même œil qu'auparavant. Et de plus Dieu lui fit
connaître sa volonté de retourner au pays de ses pères et
vers sa famille. Il envoya donc querir Rachel et Léa, et les
fit venir dans le champ où il faisait paître ses troupeaux;
et il leur dit: «Je vois que votre père ne me regarde plus
du même œil dont il me regardait ci-devant; cependant le
Dieu de mon père a été avec moi, et vous savez vous-mêmes
que j'ai servi votre père de toutes mes forces. Il a
même usé envers moi de tromperie, en changeant dix fois
ce que je devais avoir pour récompense, quoique Dieu ne
lui ait pas permis de me faire tort. Lorsqu'il a dit que les
animaux de diverses couleurs seraient pour moi, toutes
les brebis ont eu des petits de diverses couleurs. Et lorsqu'il
a dit au contraire que tout ce qui serait blanc serait
pour moi, tout ce qui est né des troupeaux a été blanc.
Ainsi Dieu a ôté le bien de votre père pour me le donner.
Et l'ange de Dieu m'a dit en songe: «Jacob, j'ai vu tout ce
que Laban vous a fait. Je suis le Dieu de Bethel, où vous
avez oint la pierre et où vous m'avez fait un vœu. Sortez
donc promptement de cette terre, et retournez au pays de
votre naissance.» Rachel et Léa lui répondirent: «Nous
reste-t-il quelque chose du bien et de la part que nous devions
avoir dans la maison de notre père? Ne nous a-t-il
pas traitées comme des étrangères? Ne nous a-t-il pas
vendues, et n'a-t-il pas mangé tout ce qui nous était dû
pour notre travail? Mais Dieu a pris les richesses de notre
père et nous les a données et à nos enfants: c'est pourquoi
[pg 46]
faites tout ce que Dieu vous a commandé.» Jacob fit donc
monter aussitôt ses femmes et ses enfants sur des chameaux;
et emmenant avec lui tout ce qu'il avait, ses troupeaux, et
généralement ce qu'il avait acquis en Mésopotamie, il se
mit en chemin pour s'en aller retrouver Isaac son père au
pays de Chanaan. Il envoya en même temps des gens devant
lui pour donner avis de sa venue à son frère Esaü en
la terre de Seïr au pays d'Edom; et il leur donna cet ordre:
«Voici la manière dont vous parlerez à Esaü mon seigneur:
Jacob votre frère vous envoie dire ceci: J'ai demeuré
comme étranger chez Laban, et j'y ai été jusqu'aujourd'hui.
J'ai des bœufs, des ânes, des brebis, des serviteurs et
des servantes; et j'envoie maintenant vers mon seigneur,
afin que je trouve grâce devant lui.» Ceux que Jacob avait
envoyés revinrent lui dire: «Nous avons été vers votre
frère Esaü, et le voici qui vient lui-même en grande hâte
au-devant de vous avec quatre cents hommes.» A ces mots
Jacob eut une grande peur; et dans la frayeur dont il fut
saisi, il divisa en deux bandes tous ceux qui étaient avec lui,
et les troupeaux, les brebis, les bœufs et les chameaux, en
disant: «Si Esaü vient attaquer une des troupes, l'autre qui
restera sera sauvée. Jacob dit ensuite: «Dieu d'Abraham
mon père, Dieu de mon père Isaac, Éternel qui m'as dit:
«Retournez dans votre pays, et au lieu de votre naissance,
et je vous comblerai de bienfaits;» je suis indigne de toutes
vos miséricordes, et de la vérité que vous avez gardée dans
toutes les promesses que vous avez faites à votre serviteur.
J'ai passé ce fleuve du Jourdain, n'ayant qu'un bâton, et
je retourne maintenant avec ces deux troupes. Délivrez-moi,
je vous prie, de la main de mon frère Esaü, parce
que je le crains extrêmement, de peur qu'à son arrivée il
ne passe au fil de l'épée la mère avec les enfants.
[pg 47]
Souvenez-vous que vous m'avez promis de me combler de biens,
et de multiplier ma postérité comme le sable de la mer,
dont la quantité est innombrable.» Jacob prit alors de ce
qu'il avait avec lui pour en faire un présent à son frère
Esaü. «Car, dit-il, je veux l'apaiser par le présent qui
marche devant moi, et ensuite je le verrai en face; peut-être
qu'il m'accueillera favorablement.» Jacob passa la nuit
en ce lieu-là, qu'il appela *Phanuel*, c'est-à-dire, la face
de Dieu (c'est en ce lieu qu'il reçut le nom d'Israël). Le
lendemain Jacob levant les yeux, vit Esaü qui s'avançait
avec quatre cents hommes, et il partagea les enfants de
Léa, de Rachel, et des deux servantes. Il mit à la tête les
deux servantes avec leurs enfants; Léa et ses enfants, au
second rang; Rachel et Joseph au dernier. Et lui, s'avançant
vers Esaü, se prosterna sept fois en terre jusqu'à ce
que son frère fût proche de lui. Alors Esaü courut au-devant
de son frère, l'embrassa, le serra étroitement,
en versant des larmes. Et ayant levé les yeux, il vit les
femmes et leurs enfants, et il dit à Jacob: «Qui sont
ceux-là? sont-ils à vous?» Jacob lui répondit: «Ce sont les
petits enfants que Dieu a donnés à votre serviteur.» Et les
servantes s'approchant avec leurs enfants, le saluèrent profondément.
Léa s'approchant ensuite avec ses enfants, le
salua aussi, Joseph et Rachel le saluèrent les derniers.
Alors Esaü lui dit: «Quelles sont ces troupes que j'ai rencontrées?»
Jacob lui répondit: «Je les ai envoyées pour
trouver grâce devant mon seigneur.» Esaü lui répondit:
«J'ai des biens en abondance, mon frère; gardez pour vous
ce qui est à vous.» Jacob ajouta: «N'en usez pas ainsi, je
vous prie; mais si j'ai trouvé grâce devant vous, recevez
de ma main ce petit présent, car j'ai vu aujourd'hui votre
face comme on voit la face de Dieu, vous m'avez accueilli
[pg 48]
avec bonté.» Esaü, après ces instances de son frère, accepta
ce qu'il lui donnait. Depuis lors les deux frères furent
donc de nouveau réconciliés. En se séparant l'un de l'autre
Jacob se dirigea vers Hébron pour voir son père, lequel
mourut bientôt après, à l'âge de cent quatre-vingts ans,
ensuite il s'établit dans les environs de Bethel.


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|
| |sepa|


Joseph vendu par ses frères.
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Jacob avait douze fils et une fille: les fils de Léa étaient
Ruben l'aîné de tous, Siméon (Schimon), Lévi, Juda,
Issachar et Zebulun. Les fils de Rachel étaient Joseph et
Benjamin. Les fils de Bilha, servante de Rachel, Dan et
Nephthali. Les fils de Zilpa, servante de Léa, Gad et Aser
(Ascher). La fille s'appelait Dina, Léa en était la mère.

Joseph, fils de Rachel, âgé de dix-sept ans, conduisait
le troupeau de son père avec ses frères, et il était avec
les enfants de Bilha et de Zilpa, femmes de son père. Il
rapportait alors à leur père leurs mauvais discours. Jacob
aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu'il
l'avait eu étant déjà vieux, et il lui avait fait faire une
robe de plusieurs couleurs. Ses frères voyant donc que
leur père l'aimait plus que tous ses autres enfants, le
haïssaient, et ne pouvaient lui parler avec douceur. Il arriva
aussi que Joseph rapporta à ses frères un songe qu'il
avait eu, ce qui fut encore la source d'une plus grande haine.
Car il leur dit: «Écoutez le songe que j'ai eu. Il me semblait
que je liais avec vous des gerbes dans les champs; que
ma gerbe se levait et se tenait debout, et que les vôtres étant
[pg 49]
autour de la mienne, se prosternaient devant elle.» Ses
frères lui répondirent: «Est-ce que tu seras notre roi, et
serons-nous soumis à ta puissance?» Ces songes et ces entretiens
allumèrent donc encore davantage l'envie et la haine
qu'ils avaient contre lui. Il eut encore un autre songe qu'il
raconta à ses frères en leur disant: «J'ai cru voir en songe
que le soleil et la lune et onze étoiles se prosternaient
devant moi.» Lorsqu'il eut rapporté ce songe à son père et à
ses frères, son père lui en fit réprimande, et lui dit: «Que
voudrait dire ce songe que tu as eu? Est-ce que ta mère,
tes frères et moi nous viendrons nous prosterner à terre
devant toi?» Ainsi ses frères étaient transportés d'envie
contre lui: mais le père considérait tout ceci avec attention
et dans le silence.—Il arriva alors que les frères de Joseph
s'arrêtèrent à Sichem, où ils faisaient paître les troupeaux
de leur père. Et Jacob dit à Joseph: «Tes frères font paître
nos brebis dans le pays de Sichem. Viens donc, et je t'enverrai
vers eux.»—«Je suis tout prêt, lui dit Joseph.» Jacob
ajouta: «Va voir si tes frères se portent bien, et si les troupeaux
sont en bon état; et tu me rapporteras ce qui se
passe.» Ayant donc été envoyé dans la vallée d'Hébron, il
vint à Sichem: et un homme l'ayant trouvé errant dans la
campagne, lui demanda ce qu'il cherchait. Il lui répondit:
«Je cherche mes frères; je vous prie de me dire où ils font
paître leurs troupeaux.» Cet homme lui répondit: «Ils se
sont retirés de ce lieu, et j'ai entendu qu'ils se disaient:
«Allons vers Dothain.» Joseph alla donc après ses frères;
et il les trouva dans la plaine de Dothain. Lorsqu'ils l'eurent
aperçu de loin, avant qu'il se fût approché d'eux ils résolurent
de le tuer: et ils se dirent les uns aux autres: «Voici
notre songeur qui vient. Allons, tuons-le, et le jetons dans
cette vieille citerne: nous dirons qu'une bête sauvage l'a
[pg 50]
dévoré; et après cela on verra à quoi ses songes lui auront
servi.» Ruben les ayant entendus parler ainsi, tâchait de le
tirer d'entre leurs mains, et il leur disait: «Ne le tuez point,
et ne répandez pas son sang; mais jetez-le dans cette citerne
qui est dans le désert, et conservez vos mains pures.»
Il disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains, et
de le rendre à son père. Aussitôt donc que Joseph fut arrivé
près de ses frères, ils lui ôtèrent sa robe de plusieurs
couleurs, qui le couvrait jusqu'en bas, et ils le jetèrent
dans cette vieille citerne qui était sans eau. S'étant ensuite
assis pour manger, ils virent des Ismaélites qui passaient,
et qui, venant de Giléad, portaient sur leurs chameaux des
parfums, de la résine et de la myrrhe, et s'en allaient en
Égypte. Alors Juda dit à ses frères: «Que nous servira d'avoir
tué notre frère et d'avoir caché sa mort? Il vaut mieux le
vendre à ces Ismaélites, et ne point souiller nos mains de
son sang; car il est notre frère et notre chair.» Ses frères
consentirent à ce qu'il disait. L'ayant donc tiré de la citerne,
et voyant ces marchands midianites qui passaient, ils le
vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites, qui le menèrent
en Égypte. Ruben étant retourné à la citerne, et
n'y ayant point trouvé Joseph, déchira ses vêtements, et
vint dire à ses frères: «L'enfant ne paraît plus, que deviendrai-je?»
Après cela ils prirent la robe de Joseph, et l'ayant
trempée dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient tué, ils
l'envoyèrent à son père, lui faisant dire par ceux qui la lui
portaient: «Voici une robe que nous avons trouvée, voyez
si c'est celle de votre fils, ou non.» Le père l'ayant reconnue,
dit: «C'est la robe de mon fils; une bête cruelle l'a
dévoré, une bête a dévoré Joseph!» Et ayant déchiré ses
vêtements, il se couvrit d'un cilice, pleurant son fils très-longtemps.
Alors tous ses enfants s'assemblèrent, pour
[pg 51]
tâcher de soulager leur père dans sa douleur: mais il ne
voulait point recevoir de consolation, et il leur dit: «Je pleurerai
tous les jours jusqu'à ce que je descende avec mon
fils au fond de la terre.» Ainsi il continua toujours de pleurer.—Cependant
les Midianites vendirent Joseph en Égypte
à Putiphar, seigneur de la cour de Pharaon, chef des
gardes du corps.


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|
| |sepa|

Joseph est mis en prison.
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Dieu était avec Joseph; celui-ci était un homme auquel
tout réussissait dans la maison de Putiphar, son maître.
Il trouva donc grâce devant son maître, se donna tout
entier à son service, et ayant reçu de lui l'autorité sur
toute sa maison, il la gouvernait et prenait soin de tout ce
qui lui avait été mis entre les mains. Or Joseph était beau
de visage, et très-agréable. Au bout de quelque temps sa
maîtresse jeta les yeux sur lui, et essaya de l'entraîner à
commettre une mauvaise action. Mais il n'y consentit pas,
il disait: «Comment pourrai-je commettre un si grand
crime, et pécher contre Dieu?» Or il arriva un jour que
Joseph étant entré dans la maison et y faisant quelque
chose sans que personne fût présent, sa maîtresse le prit
par son manteau, et voulut le forcer à pécher. Mais il lui
laissa son manteau entre les mains et s'enfuit. Cette femme
se voyant le manteau entre les mains, et dans la douleur d'avoir
été méprisée, appela les gens de sa maison, et leur dit
en parlant de son mari: «On nous a amené ici cet Hébreu
pour nous faire insulte; il est venu à moi dans le dessein
[pg 52]
de me corrompre, et m'étant mise à crier, lorsqu'il a entendu
ma voix, il m'a laissé son manteau que je tenais, et
s'en est enfui dehors.» Lors donc que son mari fut retourné
en sa maison, elle lui montra ce manteau qu'elle avait retenu
comme une preuve de sa fidélité, et lui dit: «Cet esclave
hébreu que vous nous avez amené, est venu pour me corrompre.»
Le maître de Joseph, trop crédule aux accusations
de sa femme, entra, à ces paroles, dans une grande colère,
et fit mettre Joseph en la prison où l'on gardait ceux
que le roi faisait arrêter.—Il était donc renfermé en ce
lieu-là. Mais Dieu fut avec Joseph: il en eut compassion, et
lui fit trouver grâce devant le gouverneur de la prison,
qui lui remit le soin de tous ceux qui y étaient enfermés.
Il ne se faisait rien que par son ordre. Et le gouverneur
lui ayant tout confié, ne prenait connaissance de quoi que
ce fût, parce que Dieu était avec Joseph, et qu'il le faisait
réussir en toutes choses.


.. class:: center

|
| |sepa|


Joseph explique des songes. Il est délivré et élevé à la dignité de prince.
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Il arriva ensuite que deux grands officiers du roi d'Égypte,
son grand échanson et son grand panetier, offensèrent
leur seigneur. Et Pharaon étant en colère contre
ces deux officiers, les fit mettre dans la prison du général
de ses troupes, où Joseph était prisonnier. Le gouverneur
de la prison les mit entre les mains de Joseph, qui les servait
et avait soin d'eux. Quelque temps se passa pendant
lequel ils demeurèrent toujours prisonniers. Il arriva qu'ils
[pg 53]
eurent, tous les deux, un songe dans une même nuit. Ce
songe marquait ce qui devait arriver à chacun d'eux. Joseph
étant entré le matin où ils étaient, et les ayant vus tristes,
leur en demanda le sujet, et leur dit: «D'où vient que vous
avez le visage plus abattu aujourd'hui qu'à l'ordinaire?» Ils
lui répondirent: «Nous avons eu cette nuit un songe, et nous
n'avons personne pour nous l'expliquer.» Joseph leur dit:
«N'est-ce pas à Dieu qu'il appartient de donner l'interprétation
des songes? Dites-moi ce que vous avez vu [#]_.» Le
grand échanson lui rapporta le premier son songe en ces
termes: «Il me semblait que je voyais devant moi un cep
de vigne, où il y avait trois provins, qui poussaient peu à
peu, premièrement des boutons, ensuite des fleurs, et à
la fin des raisins mûrs; et qu'ayant dans la main la coupe
de Pharaon, j'ai pris ces grappes de raisin, je les ai pressées
dans la coupe que je tenais et en ai donné à boire au
[pg 54]
roi.» Joseph lui dit: «Voici l'interprétation de votre songe:
Les trois provins de la vigne marquent trois jours, après
lesquels Pharaon se souviendra du service que vous lui
avez rendu: il vous rétablira dans votre première charge,
et vous lui présenterez à boire selon que vous étiez accoutumé
de le faire auparavant, dans le rang que vous teniez.
Seulement souvenez-vous de moi, je vous prie, quand ce
bonheur vous sera arrivé, et rendez-moi ce bon office,
de supplier Pharaon qu'il daigne me tirer de la prison où
je suis, parce que j'ai été enlevé par fraude et par violence
du pays des Hébreux et que l'on m'a renfermé ici innocent.»
Le grand panetier voyant qu'il avait interprété ce
songe si sagement, lui dit: «J'ai eu aussi un songe. Il me
semblait que je portais sur ma tête trois corbeilles de farine,
et qu'en celle qui était au-dessus des autres, il y
avait de tout ce qui se peut apprêter avec la pâte pour
servir sur une table, et que les oiseaux venaient en manger.»
Joseph lui répondit: «Voici l'interprétation de votre
songe. Les trois corbeilles signifient que vous avez encore
trois jours à vivre, après lesquels Pharaon vous fera couper
la tête, et vous fera ensuite attacher à une potence,
où les oiseaux déchireront votre chair.» Le troisième jour
suivant étant celui de la naissance de Pharaon, il fit un
grand festin à ses serviteurs, pendant lequel il se souvint
du grand échanson et du grand panetier. Il rétablit l'un
dans sa charge, et il fit attacher l'autre à une potence,
ce qui vérifia l'interprétation que Joseph avait donnée à
leurs songes. Cependant le grand échanson se voyant rentré
en faveur après sa disgrâce, ne se souvint plus de son interprète.

.. [#] Il est impossible que les différentes manières par lesquelles Dieu
   annonçait autrefois sa volonté et révélait souvent à ses saints ce qu'il
   voulait accomplir dans les temps les plus reculés, fussent inconnues à
   Joseph, cet homme pieux et vertueux, élevé et grandi dans l'amour paternel
   sous les yeux de Jacob. Joseph, le fils bien-aimé de son père, avait
   sans doute appris de Jacob comment l'Éternel lui avait déjà apparu bien
   des fois à lui-même et à ses pères, tantôt dans une vision et tantôt dans
   un rêve: c'est ainsi que, dans son propre songe, Joseph reconnut à l'instant
   l'intention divine. Il pouvait donc, à coup sûr, distinguer assez clairement
   la différence essentielle qu'il y a entre les songes *naturels* et les
   *surnaturels*. Les songes naturels ne sont sans doute autre chose qu'un
   jeu du hasard, résultat de l'agitation du sang et de ce qu'on a ordinairement
   et le plus souvent pensé et fait auparavant, et ce serait un
   péché d'y avoir confiance. Mais quant aux songes surnaturels, ils étaient,
   particulièrement à cette époque, de véritables inspirations divines et de
   circonstance. L'Éternel ne s'était-il pas, dès le commencement de la
   création, révélé aux hommes de la manière la plus merveilleuse et ne
   leur avait-il pas assuré en même temps que cette révélation émanait de
   lui!... C'est ainsi que Joseph, doué de cet esprit profond, interpréta les
   songes de ces deux officiers et celui de Pharaon.

Deux ans après Pharaon eut un songe. Il lui semblait
qu'il était sur le bord du fleuve du Nil, d'où sortaient sept
[pg 55]
vaches fort belles et extrêmement grasses, qui paissaient
dans des marécages; qu'ensuite il en sortit sept autres toutes
laides et extraordinairement maigres, qui paissaient aussi
sur le bord du même fleuve, et que ces dernières dévorèrent
les premières, qui étaient si grasses et si belles. Pharaon
s'étant éveillé, se rendormit, et il eut un second songe.
Il vit sept épis pleins de grains et très-beaux, qui sortaient
d'une même tige. Il en vit aussi paraître sept autres fort
maigres, qu'un vent brûlant avait desséchés, et ces derniers
dévorèrent les premiers, qui étaient si beaux. Pharaon
s'étant éveillé, fut saisi de frayeur; et ayant envoyé
dès le matin chercher tous les magiciens et tous les sages
d'Égypte, il leur raconta son songe, sans qu'il s'en trouvât
un seul qui pût l'interpréter. Le grand échanson s'étant
enfin souvenu de Joseph, dit au roi: «Je confesse ma faute.
Lorsque le roi, étant en colère contre ses serviteurs,
commanda que je fusse mis avec le grand panetier dans
la prison, nous eûmes tous deux en une même nuit un
songe, qui nous prédisait ce qui nous arriva ensuite. Il y
avait alors en cette prison un jeune homme hébreu à qui
nous racontâmes chacun notre songe. Il nous dit tout ce
que l'événement confirma depuis: car je fus rétabli dans
ma charge, et le grand panetier fut pendu.» Aussitôt Joseph
fut tiré de la prison par ordre du roi; on le rasa, on le fit
changer d'habits et on le présenta devant ce prince. Alors
Pharaon lui dit: «J'ai eu des songes, et je ne trouve personne
qui les interprète; mais l'on m'a dit que vous aviez
une grande lumière pour les expliquer.» Joseph lui répondit:
«Ce sera Dieu, et non pas moi, qui rendra au roi une
réponse favorable.» Pharaon lui raconta donc ses deux
songes, l'un des sept vaches grasses et des maigres, et
l'autre des épis pleins et des desséchés. Et il ajouta: «J'ai
[pg 56]
dit mon songe à tous les magiciens et à tous les sages, et
je n'en trouve point qui me l'explique. Joseph répondit:
«Les deux songes du roi signifient la même chose: Dieu a
montré à Pharaon ce qu'il fera dans la suite. Les sept
vaches si belles et les sept épis si pleins de grains, que le
roi a vus en songe, marquent la même chose, et signifient
sept années d'abondance. Les sept vaches maigres et défaites,
qui sont sorties du fleuve après les sept grasses, et les
sept épis maigres et frappés d'un vent brûlant, marquent
sept années d'une famine qui doit arriver. Et ceci s'accomplira
de cette sorte. Il viendra premièrement sept années
d'une fertilité extraordinaire dans toute l'Égypte, qui
seront suivies de sept autres d'une si grande stérilité,
qu'elle fera oublier toute l'abondance qui l'aura précédée,
car la famine consumera tout le pays; et cette fertilité si
extraordinaire sera comme absorbée par l'extrême indigence
qui doit la suivre. Quant au second songe que vous
avez eu, qui signifie la même chose, c'est une marque
que cette parole de Dieu sera ferme et qu'elle s'accomplira
infailliblement et bientôt. Il est donc de la prudence du
roi de choisir un homme sage et habile, à qui il donne le
commandement sur toute l'Égypte, afin qu'il établisse des
officiers dans toutes les provinces, qui, pendant les sept
années de fertilité qui vont venir, amassent dans les greniers
publics la cinquième partie des fruits de la terre;
que tout le blé ainsi amassé soit mis sous la puissance du
roi, et qu'on le conserve dans les villes, afin qu'il soit tout
préparé pour les sept années de la famine qui doit accabler
l'Égypte, et que ce pays ne soit pas consumé par la faim.»
Ce conseil plut à Pharaon et à tous ses ministres: et il
leur dit: «Où pourrions-nous trouver un homme comme
celui-ci, qui fût aussi rempli qu'il l'est de l'esprit de Dieu?»
[pg 57]
Il dit donc à Joseph: «Puisque Dieu vous a fait voir tout
ce que vous avez dit, où pourrais-je trouver quelqu'un
plus sage que vous, ou même semblable à vous? Ce sera
donc vous qui aurez l'autorité sur ma maison. Quand vous
ouvrirez la bouche pour commander, tout le peuple vous
obéira, et je n'aurai au-dessus de vous que le trône et la
qualité de roi.» Pharaon dit encore à Joseph: «Je vous
établis aujourd'hui pour commander à toute l'Egypte.» En
même temps il ôta son anneau de sa main et le mit en
celle de Joseph: il le fit revêtir d'une robe de fin lin et
lui mit au cou un collier d'or. Il le fit ensuite monter sur
l'un de ses chars, qui était le premier après le sien, et
fit crier par un héraut, que tout le monde eût à fléchir
le genou devant lui, et que tous reconnussent qu'il avait
été établi pour commander à toute l'Égypte. Le roi dit
encore à Joseph: «Je suis Pharaon; nul ne remuera ni le
pied ni la main dans toute l'Égypte que par votre commandement.»
Il changea aussi son nom, et l'appela en langue
égyptienne, *Tsaphnath Panéach*, c'est-à-dire, homme à
qui les choses cachées sont découvertes. Et il lui fit ensuite
épouser Aseneth, fille de Potiphéra, prêtre d'One. Après
cela, Joseph alla visiter l'Égypte (il avait trente ans lorsqu'il
parut devant le roi Pharaon). Les sept années de
fertilité vinrent donc; et le blé ayant été mis en gerbes,
fut serré ensuite dans les greniers d'Égypte. On mit aussi
en réserve, dans toutes les villes, une grande abondance
de grains. Car il y eut une si grande quantité de froment,
qu'elle égalait le sable de la mer, et qu'elle ne pouvait pas
même se mesurer. Avant que la famine vînt, Joseph
eut deux enfants de sa femme Aseneth. Il nomma l'aîné
Manassé (Menaché), qui signifie *oubli*, en disant: Dieu
m'a fait oublier toute ma peine et toute la maison de mon
[pg 58]
père.» Il nomma le second Ephraïm, qui signifie fructification
ou accroissement, en disant: «Dieu m'a fait croître
et fructifier dans le pays de mon affliction et de ma pauvreté.»
Ces sept années de la fertilité d'Egypte étant donc
passées, les sept années de stérilité vinrent ensuite, selon
la prédiction de Joseph. Une grande famine survint dans
tous les pays; mais il y avait du blé dans toute l'Egypte.
Le peuple étant pressé de la famine, cria à Pharaon et
lui demanda de quoi vivre. Alors il leur dit: «Allez trouver
Joseph et faites tout ce qu'il vous dira.» Cependant la
famine croissait tous les jours dans tous le pays; et Joseph
ouvrant tous les greniers, vendait du blé aux Egyptiens,
parce qu'ils étaient tourmentés eux-mêmes de la famine.
Et on venait de tous les pays en Egypte pour acheter de
quoi vivre et pour trouver quelque soulagement dans la
rigueur de cette famine.


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| |sepa|

Les frères de Joseph vont en Égypte.
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La famine se fit aussi sentir dans le pays de Chanaan.
Cependant Jacob ayant ouï dire qu'on vendait du blé en
Égypte, dit à ses enfants: «Pourquoi négligez-vous ce qui
regarde notre soulagement? J'ai appris qu'on vend du blé
en Egypte; allez-y acheter ce qui nous est nécessaire, afin
que nous puissions vivre, et que nous ne mourions pas
de faim.» Les dix frères de Joseph allèrent donc en Egypte
pour y acheter du blé; car Jacob retint Benjamin avec
lui, ayant dit à ses enfants qu'il craignait qu'il ne lui arrivât
quelque accident dans le chemin. Ils entrèrent dans
[pg 59]
l'Egypte avec les autres qui y allaient pour acheter du blé,
parce que la famine était dans tous les pays. Joseph commandait
dans toute l'Egypte, et le blé ne se vendait aux
peuples que par son ordre. Ses frères vinrent et se prosternèrent
devant lui la face contre terre. Joseph voyant
ses frères les reconnut, et leur parlant assez rudement,
comme à des étrangers, il leur dit: «D'où venez-vous?» Ils
lui répondirent: «Nous venons du pays de Chanaan pour
acheter ici de quoi vivre.» Et, quoiqu'il connût bien ses
frères, il n'en était pas néanmoins reconnu. Alors se souvenant
des songes qu'il avait eus autrefois, il leur dit:
«Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour examiner
les endroits les plus faibles de l'Egypte.» Ils lui répondirent:
«Seigneur, cela n'est pas ainsi; mais vos serviteurs
sont venus ici seulement pour acheter du blé. Nous sommes
tous enfants d'un seul homme; nous venons avec des pensées
de paix, et vos serviteurs n'ont aucun mauvais dessein.»
Joseph leur répondit: «Non, cela n'est pas; mais vous êtes
venus pour remarquer ce qu'il y a de moins fortifié dans
l'Egypte.» Ils lui dirent: «Nous sommes douze frères, tous
enfants d'un même homme dans le pays de Chanaan; le
dernier de tous est avec notre père, et l'autre n'y est plus.»—«Voilà,
dit Joseph, ce que je disais: vous êtes des espions.
Je vais éprouver si vous dites la vérité. Vive Pharaon! vous
ne sortirez point d'ici jusqu'à ce que le dernier de vos
frères y soit venu. Envoyez l'un de vous pour l'amener;
cependant vous demeurerez en prison jusqu'à ce que j'aie
reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux, autrement,
vive Pharaon! vous êtes des espions.» Il les fit donc mettre
en prison pour trois jours. Et le troisième jour il les fit
sortir de prison, et leur dit: «Faites ce que je vous dis, et
vous vivrez; car je crains Dieu. Si vous venez ici dans un
[pg 60]
esprit de paix, que l'un de vos frères demeure lié dans
la prison, et allez-vous-en vous autres; emportez en votre
pays le blé que vous avez acheté, et amenez-moi le dernier
de vos frères, afin que je puisse reconnaître si ce que
vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point.»
Ils firent ce qu'il leur avait ordonné. Et ils se disaient les
uns aux autres: «C'est justement que nous souffrons tout
ceci, parce que nous avons péché contre notre frère, et
que voyant la douleur de son âme, lorsqu'il nous priait
d'avoir compassion de lui, nous ne l'écoutâmes point:
c'est pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.»
Ruben, l'un d'entre eux leur disait: «Ne vous dis-je
point alors: Ne commettez point un si grand crime contre
cet enfant? Et cependant vous ne m'avez point écouté.
C'est son sang maintenant que Dieu nous redemande.»
En s'entretenant ainsi, ils ne savaient pas que Joseph les
entendait, parce qu'il leur parlait par un interprète. Mais
il se retira pour un moment, et versa des larmes. Et étant
revenu, il leur parla de nouveau. Il fit prendre Siméon
et le fit lier devant eux; et il commanda à ses serviteurs
d'emplir leur sac de blé et de remettre dans le sac de
chacun d'eux l'argent qu'ils avaient donné, en y ajoutant
encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin: ce
qui fut exécuté aussitôt. Les frères de Joseph s'en allèrent
donc, emportant leur blé sur leurs ânes. Et l'un d'eux
ayant ouvert son sac dans l'hôtellerie pour donner à
manger à son âne, vit son argent à l'entrée du sac, et il
dit à ses frères: «On m'a rendu mon argent; le voici dans
mon sac.» Ils furent tous saisis d'étonnement et de trouble;
et ils s'entre-disaient: «Qu'est-ce que Dieu nous a fait?»

Lorsqu'ils furent arrivés chez Jacob leur père, au pays
de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était
[pg 61]
arrivé, en disant: «Le seigneur de ce pays-là nous a parlé
durement, et il nous a pris pour des espions, qui venaient
observer le royaume. Nous lui avons répondu: Nous
sommes gens paisibles et très-éloignés d'avoir aucun mauvais
dessein. Nous étions douze frères, tous enfants d'un
même père; l'un n'y est plus, et le plus jeune est avec
notre père au pays de Chanaan. Il nous a répondu: Je
veux éprouver s'il est vrai que vous n'ayez que des pensées
de paix. Laissez-moi donc ici l'un de vos frères; prenez le
blé qui vous est nécessaire pour vos maisons, et vous en
allez; et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin
que je sache que vous n'êtes point des espions; que vous
puissiez ensuite ramener avec vous celui que je retiens
prisonnier, et qu'il vous soit permis à l'avenir d'acheter
ici ce que vous voudrez.» Après avoir ainsi parlé à leur
père, comme ils jetaient leur blé hors de leurs sacs, ils
trouvèrent chacun leur argent lié à l'entrée du sac, et ils
en furent tous épouvantés. Alors Jacob, leur père, leur
dit: «Vous me réduisez à être sans enfants; Joseph n'est
plus, Siméon n'est plus, et vous voulez encore m'enlever
Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.» Ruben
lui répondit: «Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous
le ramène pas. Confiez-le-moi, et je vous le rendrai certainement.»—«Non,
dit Jacob, mon fils n'ira point avec vous.
Son frère est mort, et je n'ai plus que lui. S'il lui arrive
quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez
ma vieillesse d'une douleur qui m'emportera dans le
tombeau.»

[pg 62]


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| |sepa|

Les enfants de Jacob retournent en Égypte avec Benjamin.
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Cependant la famine désolait extraordinairement tout
le pays, et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté
d'Egypte étant consommé, Jacob leur dit: «Retournez en
Egypte pour nous acheter encore un peu de blé.» Juda lui
répondit: «Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré
sa volonté avec serment, en disant: «Vous ne verrez point
mon visage, à moins que vous n'ameniez avec vous le plus
jeune de vos frères.» Si vous voulez donc l'envoyer avec
nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous
est nécessaire. Si vous ne voulez pas nous n'irons point: car
cet homme, comme nous vous l'avons dit plusieurs fois, nous
a déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous
n'avions avec nous notre jeune frère.» Israël leur dit: «C'est
pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez
encore un autre frère.» Mais ils lui répondirent: «Il nous
demanda par ordre toute la suite de notre famille: si notre
père vivait; si nous avions encore un frère: et nous lui
répondîmes conformément à ce qu'il nous avait demandé.
Pouvions-nous deviner qu'il nous dirait: Amenez avec
vous votre jeune frère?» Juda dit encore à son père: «Envoyez
l'enfant avec moi, afin que nous puissions partir et
avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas, nous
et nos petits enfants. Je me charge de cet enfant, et c'est
à moi que vous en demanderez compte. Si je ne le ramène,
et si je ne vous le rends pas, je consens que vous ne me
pardonniez jamais cette faute. Si nous n'avions point tant
[pg 63]
différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.» Israël
leur père dit donc: «Si c'est une nécessité absolue, faites ce
que vous voudrez. Prenez avec vous des meilleurs fruits
de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande;
un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de
térébenthine et d'amandes. Portez aussi deux fois autant
d'argent qu'au premier voyage, et reportez celui que vous
avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise.
Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet
homme. Je prie mon Dieu, le Dieu tout-puissant, de vous
le rendre favorable, afin qu'il renvoie avec vous votre
frère qu'il tient prisonnier, et Benjamin que je vous confie.
Quant à moi, si je dois être privé d'enfants, que j'en sois
privé.» Ils prirent donc avec eux les présents, et le double
de l'argent qu'ils avaient la première fois, avec Benjamin;
et étant partis, ils arrivèrent en Égypte, où ils se présentèrent
devant Joseph. Joseph les ayant vus, et Benjamin
avec eux, dit à son intendant: «Faites entrer ces hommes
chez moi; faites tuer quelque bête et faites-la préparer,
parce qu'ils mangeront à midi avec moi.» L'intendant exécuta
ce qui lui avait été commandé, et les fit entrer dans
la maison. Alors étant saisis de crainte, ils s'entre-disaient:
«C'est sans doute à cause de cet argent que nous avons remporté
dans nos sacs, qu'il nous a fait entrer ici, pour faire
retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous
réduisant en servitude, et s'emparant de nos ânes.» C'est
pourquoi étant encore à la porte, ils s'approchèrent de
l'intendant de Joseph, ils lui dirent: «Seigneur, nous vous
supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une
fois acheter du blé: et après l'avoir acheté, lorsque nous
fûmes arrivés à l'hôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y
trouvâmes notre argent, que nous vous rapportons
[pg 64]
maintenant au même poids. Et nous vous en rapportons encore
d'autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire: mais
nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet argent
dans nos sacs.» L'intendant leur répondit: «Ayez l'esprit
en repos; ne craignez point. Votre Dieu, et le Dieu de votre
père vous a donné des trésors dans vos sacs: car pour moi
j'ai reçu l'argent que vous m'avez donné; et j'en suis content.»
Il fit sortir aussi Siméon de la prison et le leur amena.
Après les avoir fait entrer dans la maison, il leur apporta de
l'eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs
ânes. Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, attendant
que Joseph entrât sur le midi, parce qu'on leur avait dit
qu'ils devaient manger en ce lieu-là. Joseph étant donc entré
dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents qu'ils tenaient
en leurs mains, et ils se prosternèrent devant lui la face
contre terre. Il les salua aussi en leur faisant bon visage,
et il leur demanda: «Votre père, ce bon vieillard dont vous
m'aviez parlé, vit-il encore? se porte-t-il bien?» Ils lui répondirent:
«Notre père votre serviteur est encore en vie,
et il se porte bien.» Ils s'inclinèrent et se prosternèrent.
Joseph levant les yeux, vit Benjamin son frère, fils de Rachel
sa mère, et il leur dit: «Est-ce là le plus jeune de vos
frères dont vous m'aviez parlé? Mon fils, ajouta-t-il, que
Dieu te soit miséricordieux!» Et il se hâta de sortir, parce
que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère,
et qu'il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc
dans une autre chambre, il pleura. Et après s'être lavé le
visage, il revint se faisant violence, et il dit à ses gens:
«Servez à manger.» On servit Joseph à part, et ses frères
à part, et les Égyptiens qui mangeaient avec lui furent aussi
servis à part (car il n'est pas permis aux Égyptiens de manger
avec les Hébreux; ils croient qu'un pareil festin serait
[pg 65]
profané). Ils s'assirent, donc en présence de Joseph, l'aîné
le premier selon son rang et le plus jeune selon son âge.
Et ils furent extrêmement surpris. On leur apporta des
portions de sa part, et il se trouva que la part de Benjamin
était cinq fois plus grande que les parts de tous les autres.
Ils burent ainsi avec Joseph, et firent grande chère.


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|
| |sepa|

Joseph fait mettre sa coupe dans le sac de Benjamin.
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Or Joseph donna cet ordre à l'intendant de sa maison,
et lui dit: «Mettez dans le sac de ces gens autant de blé
qu'ils pourront en contenir, et l'argent de chacun à l'entrée
du sac; et mettez ma coupe d'argent à l'entrée du sac du
plus jeune avec l'argent qu'il a donné pour le blé.» Cet
ordre fut donc exécuté, et le lendemain dès le matin on
les laissa aller avec leurs ânes chargés. Lorsqu'ils furent
sortis de la ville, comme ils n'avaient fait encore que peu
de chemin, Joseph appela l'intendant de sa maison, et
lui dit: «Courez vite après ces gens, arrêtez-les, et leur
dites: Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien? La
coupe que vous avez dérobée est celle dans laquelle mon
seigneur boit, vous avez fait une très-méchante action.»
L'intendant fit ce qui lui avait été commandé, et les ayant
arrêtés, il leur dit tout ce qu'il lui avait été ordonné de
leur dire. Ils lui répondirent: «Pourquoi notre seigneur
parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il capables d'une
action si honteuse? Nous vous avons rapporté du pays de
Chanaan l'argent que nous trouvâmes à l'entrée de nos sacs.
Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions
[pg 66]
dérobé et enlevé de la maison de notre seigneur de l'or ou
de l'argent? Que celui de vos serviteurs, quel qu'il puisse
être, à qui l'on trouvera ce que vous cherchez, meure; et
nous serons esclaves de mon seigneur.» Il leur dit: «Que
ce que vous prononcez soit exécuté, ou plutôt que celui
qui se trouvera avoir pris ce que je cherche, soit mon
esclave; pour vous, vous en serez innocents.» Ils déchargèrent
donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit
le sien; l'intendant les ayant fouillés en commençant depuis
le plus grand jusqu'au plus petit, trouva la coupe dans le
sac de Benjamin. Alors ils déchirèrent leurs vêtements,
chacun rechargea son âne et ils retournèrent à la ville.


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| |sepa|

Juda s'offre à demeurer esclave au lieu de Benjamin.
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Juda se présenta le premier avec ses frères devant Joseph
qui n'était pas encore sorti du lieu où il était; et ils se
prosternèrent tous ensemble à terre devant lui. Joseph leur
dit: «Pourquoi avez-vous agi ainsi avec moi?» Juda lui dit:
«Que répondrons-nous à mon seigneur? Que lui dirons-nous,
et que pouvons-nous lui représenter avec quelque
ombre de justice pour notre défense? Dieu a trouvé l'iniquité
de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de
mon seigneur, nous et celui sur qui on a trouvé la coupe.»
Joseph répondit: «Dieu me garde d'agir de la sorte, que
celui qui a pris ma coupe soit mon esclave; et pour vous
autres, allez en liberté retrouver votre père.» Juda s'approchant
alors plus près de Joseph, lui dit avec assurance:
[pg 67]
«Mon seigneur, permettez, je vous prie, à votre serviteur,
de vous adresser la parole, et ne vous mettez pas en colère
contre votre esclave, car après Pharaon, c'est vous qui
êtes mon seigneur. Vous avez demandé d'abord à vos serviteurs:
Avez-vous encore votre père ou quelque autre
frère? Et nous avons répondu: Mon seigneur, nous avons
un père qui est vieux, et un jeune frère qu'il a eu dans sa
vieillesse, dont le frère, qui était né de la même mère,
est mort; il ne reste plus que celui-là, et son père l'aime
tendrement. Vous disiez alors à vos serviteurs: Amenez-le-moi,
je serais bien aise de le voir. Mais nous vous répondîmes:
Mon seigneur, cet enfant ne peut quitter son père;
car s'il le quitte, il le fera mourir. Vous disiez à vos serviteurs:
Si le dernier de vos frères ne vient avec vous,
vous ne verrez plus mon visage. Lors donc que nous fûmes
retournés vers notre père, nous lui rapportâmes tout ce
que vous aviez dit; et notre père nous ayant dit quelque
temps après: Retournez en Egypte pour nous acheter
encore un peu de blé, nous lui répondîmes: Nous ne
pouvons y aller seuls. Si notre jeune frère vient avec nous,
nous irons ensemble: mais à moins qu'il ne vienne, nous
n'osons nous présenter devant celui qui commande dans ce
pays-là. Il nous répondit: Vous savez que j'ai eu deux fils
de Rachel ma femme: l'un d'eux étant allé aux champs,
vous m'avez dit qu'une bête l'avait dévoré, et il ne paraît
point jusqu'à cette heure. Si vous emmenez encore celui-ci,
et qu'il lui arrive quelque accident dans le chemin, vous
accablerez ma vieillesse d'une affliction qui la conduira
dans le tombeau. Si je me présente donc à mon père, et
que l'enfant n'y soit pas, il mourra, et vos serviteurs accableront
sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au
tombeau. Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre
[pg 68]
esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et
que j'en ai répondu à mon père, en lui disant: Si je ne
le ramène, je veux bien que mon père m'impute cette
faute, et qu'il ne me la pardonne jamais. Ainsi je demeurerai
votre esclave, et je servirai monseigneur en la place
de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères, car je ne
puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit
avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de
l'extrême affliction qui accablera notre père.»


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|
| |sepa|

Joseph se fait connaître à ses frères.
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Joseph ne pouvait plus se retenir; et parce qu'il était
environné de plusieurs personnes, il commanda que l'on
fît sortir tout le monde, afin que nul étranger ne fût présent
lorsqu'il se ferait connaître à ses frères. Alors les
larmes lui tombant des yeux, il éleva fortement la voix,
qui fut entendue des Égyptiens et de toute la maison de
Pharaon. Et il dit à ses frères: «Je suis Joseph. Mon père
vit-il encore?» Mais ses frères ne purent lui répondre, tant
ils étaient saisis de frayeur. Il leur parla donc avec douceur,
et leur dit: «Approchez-vous de moi.» Et tous s'étant
approchés de lui, il ajouta: «Je suis Joseph votre frère
que vous avez vendu à des marchands qui m'ont amené en
Égypte. Ne craignez point, et ne vous affligez point de ce
que vous m'avez vendu pour être conduit en ce pays-ci:
car Dieu m'a envoyé en Égypte avant vous pour votre salut.
Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur
la terre, il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne
pourra ni labourer ni recueillir. Dieu m'a fait venir ici
[pg 69]
avant vous pour vous conserver la vie, et afin que vous
puissiez avoir des vivres pour subsister. Ce n'est point par
votre conseil que j'ai été envoyé ici, mais par la volonté de
Dieu, qui m'a rendu comme le père de Pharaon, le grand
maître de sa maison, et le prince de toute l'Égypte.
Hâtez-vous d'aller trouver mon père, et dites-lui: Voici
ce que vous mande votre fils Joseph: Dieu m'a rendu
comme le maître de toute l'Égypte: venez me trouver, ne
différez point. Vous demeurerez dans la terre de Goschène,
vous serez près de moi, avec tout ce que vous possédez.
Et je vous nourrirai là, parce qu'il reste encore cinq années
de famine; de peur qu'autrement vous ne périssiez avec
toute votre famille et tout ce qui est à vous. Vous voyez
de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c'est moi-même
qui vous parle de ma propre bouche. Annoncez à
mon père quelle est la gloire dont je suis ici comblé, et
tout ce que vous avez vu dans l'Égypte. Hâtez-vous de me
l'amener.» Et s'étant jeté au cou de Benjamin son frère
pour l'embrasser, il pleura; et Benjamin pleura aussi en le
tenant embrassé. Joseph embrassa aussi tous ses frères, il
pleura sur chacun d'eux; et après cela ils se rassurèrent
pour lui parler. Aussitôt il se répandit un grand bruit dans
toute la cour du roi, et on dit publiquement que les frères
de Joseph étaient venus. Pharaon s'en réjouit avec toute
sa maison. Et il dit à Joseph qu'il donnât cet ordre à ses
frères: «Chargez vos ânes de blé, et retournez en Chanaan;
amenez de là votre père et toute votre famille, et venez
me trouver. Je vous donnerai tous les biens de l'Égypte,
et vous serez nourris de tout ce qu'il y a de meilleur dans
cette terre. Ordonnez-leur aussi d'emmener des chariots
de l'Égypte, pour faire venir leurs femmes et leurs petits
enfants, et dites-leur: «Amenez votre père, et hâtez-vous
[pg 70]
de revenir le plus tôt que vous pourrez, ne regrettez pas
vos ustensiles, car toutes les richesses de l'Égypte seront à
vous.»

Les enfants d'Israël firent ce qui leur avait été ordonné.
Et Joseph leur fit donner des chariots, selon l'ordre qu'il
en avait reçu de Pharaon, et des vivres pour le chemin.
Il commanda aussi que l'on donnât deux robes à chacun
de ses frères; mais il donna cinq des plus belles à Benjamin,
et trois cents pièces d'argent. Il envoya à son père
ce qui suit: dix ânes chargés de ce qu'il y avait de mieux
dans l'Égypte, et autant d'ânesses qui portaient du blé et
du pain pour le chemin. Il renvoya donc ainsi ses frères,
et leur dit en partant. «Ne vous mettez point en colère
pendant le chemin.» Ils vinrent donc de l'Égypte au pays
de Chanaan, vers Jacob leur père. Et ils lui dirent cette
grande nouvelle: «Votre fils Joseph est vivant, et commande
dans toute la terre de l'Égypte.» Ce que Jacob ayant
entendu, il se réveilla comme d'un profond sommeil, et
cependant il ne pouvait croire ce qu'ils lui disaient. Ses
enfants insistaient au contraire, en lui rapportant comment
toute la chose s'était passée. Enfin ayant vu les chariots, et
tout ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits; et il
dit: «Je n'ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph
vit encore: j'irai, et je le verrai avant que je meure.»


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| |sepa|

Jacob va en Égypte et s'y établit.
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Israël partit donc avec tout ce qu'il avait, et vint à
Beer-Scheba; et ayant immolé en ce lieu des victimes au
Dieu de son père Isaac, il l'entendit dans une vision pendant
la nuit, qui l'appelait et lui disait: «Jacob, Jacob.» Il
[pg 71]
répondit: «Me voici.» Et Dieu ajouta: «Je suis le Très-Fort,
le Dieu de votre père, ne craignez point, allez en Égypte,
car je vous y ferai devenir un grand peuple, j'irai là avec
vous, et je vous en ramènerai. Joseph aussi vous fermera
les yeux de ses mains.» Jacob étant donc parti de Beer-Scheba,
ses enfants l'amenèrent avec ses petits-enfants et
leurs femmes, dans les chariots que Pharaon avait envoyés
pour faire venir ce bon vieillard, avec tout ce qu'il possédait
au pays de Chanaan; et il arriva en Égypte avec toute sa
race, ses enfants et petits-enfants; toutes les personnes de
la maison de Jacob étaient au nombre de septante. Or
Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l'avertir de
sa venue, afin qu'il vînt au-devant de lui en la terre de
Goschène. Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit mettre les
chevaux à son chariot, et vint au même lieu au-devant de
son père: en le voyant, il se jeta à son cou, et l'embrassa
en pleurant. Jacob dit à Joseph: «Je mourrai maintenant
avec joie, puisque j'ai vu ton visage, et que tu vis encore.
Joseph dit à ses frères et à toute la maison de son père:
«Je vais dire à Pharaon que mes frères et tous ceux de la
maison de mon père sont venus me trouver de la terre de
Chanaan où ils demeuraient: que ce sont des pasteurs de
brebis, qui s'occupent à nourrir des troupeaux, et qu'ils
ont amené avec eux leurs brebis, leurs bœufs, et tout ce
qu'ils pouvaient avoir. Et lorsque Pharaon vous fera venir,
et vous demandera: Quelle est votre occupation? Vous
lui répondrez: Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur
enfance jusqu'à présent, et nos pères l'ont toujours été
comme nous, vous direz ceci pour pouvoir demeurer dans
la terre de Goschène, parce que les Égyptiens ont en
abomination tous les pasteurs de brebis.» Joseph étant donc
allé trouver Pharaon lui dit: «Mon père et mes frères sont
[pg 72]
venus du pays de Chanaan avec leurs brebis, leurs troupeaux
et tout ce qu'ils possèdent, et ils se sont arrêtés en
la terre de Goschène.» Il présenta aussi au roi cinq de ses
frères. Et le roi leur ayant demandé: «A quoi vous occupez-vous?»
Ils lui répondirent: «Vos serviteurs sont pasteurs de
brebis, comme l'ont été nos pères. Nous sommes venus
passer quelque temps dans vos terres, parce que la famine
est si grande dans le pays de Chanaan, qu'il n'y a plus
d'herbe pour les troupeaux de vos serviteurs. Et nous vous
supplions d'agréer que vos serviteurs demeurent dans la
terre de Goschène.» Le roi dit donc à Joseph: «Votre père
et vos frères sont venus vous trouver. Vous pouvez choisir
dans toute l'Égypte; faites-les demeurer dans l'endroit
du pays qui vous paraîtra le meilleur, et donnez-leur la
terre de Goschène. Si vous connaissez qu'il y ait parmi
eux des hommes habiles, donnez-leur l'intendance sur mes
troupeaux.» Joseph introduisit ensuite son père devant le
roi, et il le lui présenta. Jacob salua Pharaon, et lui souhaita
toute sorte de prospérités. Le roi lui ayant demandé
quel âge il avait, il lui répondit: «Les jours des années de
mes pèlerinages sont au nombre de cent trente; les jours
des années de ma vie ont été peu nombreux et mauvais, et
n'ont point atteint les jours des années de la vie de mes
pères, du temps de leurs pèlerinages.» Et après avoir souhaité
toute sorte de bonheur au roi, il se retira. Joseph,
selon le commandement de Pharaon, mit son père et ses
frères en possession de Ramassès dans le pays le plus fertile
de l'Égypte. Et il les nourrissait avec toute la maison
de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire
pour vivre.

[pg 73]

.. _ib73:

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|
| |sepa|

Le pieux désir de Jacob.
------------------------

Israël demeura donc en Égypte, c'est-à-dire dans la
terre de Goschène, dont il jouit comme de son bien propre,
et où sa famille s'accrut et se multiplia extraordinairement.
Il y vécut dix-sept ans; et tout le temps de sa vie
fut de cent quarante-sept ans. Comme il vit que le jour de
sa mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit:
«Si j'ai trouvé grâce devant toi, mets ta main sous ma
cuisse, et donne-moi cette marque de la bonté que tu as pour
moi, de me promettre avec vérité que tu ne m'enterreras
point dans l'Égypte; mais que je reposerai avec mes pères;
que tu me transporteras hors de ce pays, et me mettras
dans le sépulcre de mes ancêtres.» Joseph lui répondit:
«Je ferai ce que vous me commandez.»—«Jure-le-moi
donc,» dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait, Israël adora
Dieu, se tournant vers le chevet de son lit.


.. class:: center

|
| |sepa|

Jacob adopte les deux fils de Joseph.
-------------------------------------

Un jour on vint dire à Joseph que son père était
malade: alors prenant avec lui ses deux fils Manassé et
Ephraïm, il alla le voir. On dit à Jacob: «Voici votre fils
Joseph qui vient vous rendre visite.» Jacob reprenant ses
forces, se mit sur son séant, et il dit à Joseph lorsqu'il fut
entré: «Le Dieu tout-puissant m'a apparu à Luze qui est
au pays de Chanaan et m'ayant béni, il m'a dit: Je ferai
croître et multiplier votre race: je vous rendrai le chef
d'une multitude de peuples, et vous donnerai cette terre,
[pg 74]
et à votre race après vous, afin que vous la possédiez pour
jamais. C'est pourquoi tes deux fils Ephraïm et Manassé
que tu as eus en Egypte avant que je vinsse ici avec toi,
seront à moi; et ils seront mis au nombre de mes enfants,
comme Ruben et Siméon [#]_. Mais les autres que tu auras
après eux, seront à toi, et ils porteront le nom de leurs frères
dans les terres qu'ils posséderont.» Alors Jacob voyant
les fils de Joseph, lui demanda: «Qui sont ceux-ci?» Joseph
lui répondit: «Ce sont mes enfants, que Dieu m'a donnés
en ce pays.» Approchez-les de moi, dit Jacob, afin que je
les bénisse.» Car les yeux d'Israël s'étaient obscurcis à cause
de sa grande vieillesse, et il ne pouvait bien voir. Les
ayant donc fait approcher de lui, il les embrassa; et il dit
à son fils: «Dieu a voulu me donner la joie de te voir, et il y
ajoute encore celle de voir tes enfants.» Joseph les ayant
retirés d'entre les genoux de son père, se prosterna devant
lui à terre. Et ayant mis Ephraïm à sa droite, c'est-à-dire,
à la gauche d'Israël, et Manassé à sa gauche, c'est-à-dire,
à la droite de son père, il les approcha tous deux de
Jacob: celui-ci étendant la main droite, la mit sur la tête
d'Ephraïm qui était le plus jeune, et sa main gauche sur
la tête de Manassé qui était l'aîné, changeant ainsi ses
deux mains de place. Et bénissant les enfants de Joseph,
il dit: «Que le Dieu, en présence de qui ont marché mes
[pg 75]
pères Abraham et Isaac, le Dieu qui m'a nourri depuis ma
jeunesse jusqu'à ce jour; que l'ange qui m'a délivré de
tous maux, bénisse ces enfants: qu'ils portent mon nom,
et les noms de mes pères Abraham et Isaac, et qu'ils se
multiplient de plus en plus sur la terre.» Mais Joseph voyant
que son père avait mis sa main droite sur la tête d'Ephraïm,
en eut de la peine; et prenant la main de son père, il
tâcha de la lever de dessus la tête d'Ephraïm, pour la
mettre sur la tête de Manassé, en disant à son père: «Vos
mains ne sont pas bien, mon père; car celui-ci est l'aîné:
mettez votre main droite sur sa tête.» Mais refusant de le
faire, il lui dit: «Je le sais bien, mon fils, je le sais bien:
celui-ci sera aussi chef de peuples; et sa race se multipliera;
mais son frère qui est le plus jeune sera plus grand que lui,
et sa postérité se multipliera dans les nations.» Jacob les
bénit donc alors, et dit: «Israël sera béni en vous, et on
dira: Que Dieu vous bénisse comme Ephraïm et Manassé.»
Ainsi il mit Ephraïm devant Manassé. Il dit ensuite à Joseph
son fils: «Vous voyez que je vais mourir: Dieu sera avec
vous, et il vous ramènera au pays de vos pères. Je vous
donne de plus qu'à vos frères cette part de mon bien que j'ai
gagnée sur les Amorrhéens avec mon épée et mon arc.»

.. [#] C'est de cette manière qu'Éphraim et Manassé prennent la place
   de Joseph leur père dont, par conséquent, le nom ne se trouve mentionné
   nulle part dans l'exposé des tribus. Il y avait donc, en réalité, treize
   tribus; mais on n'en comptait cependant que douze, parce que celle de
   Lévi (l'administrateur du culte) n'avait pas d'héritage formé d'un seul
   tout. Les descendants de Lévi avaient leurs habitations dans les principales
   villes du royaume, pour qu'il se trouvât partout des hommes en
   état de surveiller le culte du vrai et unique Dieu; des hommes aptes à
   donner l'instruction religieuse et l'enseignement dans la loi de Moïse.


.. class:: center

|
| |sepa|

Mort de Jacob et de Joseph.
---------------------------

Or Jacob appela ses enfants, et leur dit: «Assemblez-vous
tous, afin que je vous annonce ce qui doit vous arriver
dans les derniers temps.» Il leur parla de cette sorte,
et il bénit chacun d'eux en leur donnant les bénédictions
qui leur étaient propres. Enfin il leur fit ce commandement,
[pg 76]
et leur dit: «Je vais être réuni à mon peuple; ensevelissez-moi
avec mes pères dans la caverne double, qui
est dans le champ d'Ephron Héthéen, qui regarde Mamré
au pays de Chanaan, et qu'Abraham acheta avec tout le
champ où elle est, pour y avoir son sépulcre. C'est là qu'il
a été enseveli avec Sara sa femme. C'est aussi là qu'Isaac
a été enseveli avec Rebecca sa femme, et que Léa est encore
ensevelie.» Après avoir achevé de donner ses ordres
et ses instructions à ses enfants, il joignit ses pieds sur son
lit et mourut; et il fut réuni avec son peuple. Joseph voyant
son père expiré, se jeta sur son visage, et le baisa en pleurant.
Il commanda aux médecins qu'il avait à son service
d'embaumer le corps de son père. Et ils exécutèrent l'ordre
qu'il leur avait donné; ce qui dura quarante jours, parce
que c'était la coutume d'employer ce temps pour embaumer
les corps morts. Et l'Égypte pleura Jacob soixante et
dix jours. Le temps du deuil étant passé, Joseph dit aux
principaux officiers de Pharaon: «Si j'ai trouvé grâce devant
vous, je vous prie de représenter au roi, que mon père
m'a dit en mourant: Tu vois que je meurs: promets-moi
avec serment que tu m'enseveliras dans le sépulcre que je
me suis préparé au pays de Chanaan. J'irai donc avec l'agrément
du roi ensevelir mon père, et je reviendrai aussitôt.»
Pharaon lui dit: «Allez et ensevelissez votre père
selon qu'il vous y a engagé par serment. Et lorsque Joseph
partit, les premiers officiers de la maison de Pharaon, et les
plus grands de l'Égypte l'accompagnèrent tous, avec la maison
de Joseph, et tous ses frères qui le suivirent, laissant au
pays de Goschène leurs petits enfants et tous leurs troupeaux.
Il y eut aussi des chariots et des cavaliers qui le suivirent; et
il se trouva là une grande multitude. Les enfants de Jacob
accomplirent donc ce qu'il leur avait commandé; et l'ayant
[pg 77]
porté au pays de Chanaan, ils l'ensevelirent dans la caverne
double qu'Abraham avait achetée d'Ephron Héthéen, pour
en faire le lieu de son sépulcre. Aussitôt que Joseph eut
enseveli son père, il retourna en Égypte avec ses frères et
toute sa suite. Après la mort de Jacob, les frères de Joseph
eurent peur, et ils s'entre-dirent: Joseph pourrait bien
présentement se souvenir de l'injure qu'il a soufferte, et
nous rendre tout le mal que nous lui avons fait. Ils lui envoyèrent
donc dire: Ton père avant de mourir nous a
commandé de te dire de sa part: Je te conjure d'oublier
le crime de tes frères, et cette noire perfidie dont ils ont
usé envers toi. Nous te conjurons aussi de pardonner cette
iniquité aux serviteurs du Dieu de ton père. Joseph pleura,
en entendant ces paroles. Et ses frères étant venus le trouver
se prosternèrent devant lui et lui dirent: Nous sommes
tes serviteurs. Il leur répondit: Ne craignez point; pouvons-nous
résister à la volonté de Dieu? Il est vrai que
vous avez eu dessein de me faire du mal: mais Dieu a
changé ce mal en bien, afin de m'élever comme vous voyez
maintenant, et de sauver plusieurs peuples. Ne craignez
donc point: je vous nourrirai vous et vos enfants. Et il
les consola en leur parlant avec beaucoup de douceur et de
tendresse. Il demeura en Égypte avec toute la maison de
son père, et il vécut cent dix ans. Il vit les enfants d'Ephraïm
jusqu'à la troisième génération. Joseph dit ensuite
à ses frères: Dieu se souviendra de vous après ma mort,
et il vous fera passer de cette terre à celle qu'il a juré de
donner à Abraham, à Isaac et à Jacob. Il ajouta: Transportez
mes os avec vous hors de ce lieu, et promettez-le-moi
avec serment. Il mourut ensuite âgé de cent dix ans accomplis;
et son corps ayant été embaumé, fut mis dans un cercueil
en Égypte.

[pg 78]

.. _ib78:
.. _CHAP.III:


CHAPITRE III.
=============

.. _Depuis Moïse jusqu'à l'occupation de Chanaan. (2368-2489).:

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| DEPUIS MOÏSE JUSQU'A L'OCCUPATION DE CHANAAN.
|
| (2368-2489)
|
| |sepa|


Israël en esclavage.
--------------------

Après la mort de Joseph et celle de tous ses frères, et
de toute cette première génération, les enfants d'Israël
s'accrurent et se multiplièrent extraordinairement; et étant
devenus extrêmement nombreux, ils remplirent le pays
où ils étaient. Cependant il s'éleva dans l'Égypte un roi
nouveau, à qui Joseph était inconnu; et il dit à son peuple:
Vous voyez que le peuple des enfants d'Israël est devenu
très-nombreux, et il est plus fort que nous. Opprimons-le
donc prudemment, de peur qu'il ne se multiplie
encore davantage; et que si nous nous trouvions surpris
par quelque guerre, il ne se joigne à nos ennemis, et
qu'après nous avoir vaincus, il ne sorte de l'Égypte. Il
[pg 79]
établit donc des intendants des travaux, afin qu'ils accablassent
les Hébreux d'ouvrages insupportables. Et ils bâtirent
à Pharaon, pour servir de magasins, des villes telles
que Phitom et Ramessès. Mais plus on les opprimait, plus
leur nombre se multipliait et croissait visiblement. Les
Égyptiens haïssaient les enfants d'Israël, ils les affligeaient,
les insultaient, et leur rendaient la vie pénible, en les
employant à de lourds travaux de mortier et de brique, et
à toutes sortes d'ouvrages de terre dont ils étaient accablés.

Le roi d'Égypte parla aussi aux sages-femmes qui accouchaient
les femmes des Hébreux, l'une d'elles se nommait
Sephora et une autre Phua, et il leur fit ce commandement:
Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, au moment
que l'enfant naîtra, si c'est un enfant mâle, tuez-le;
si c'est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes
furent touchées de la crainte de Dieu, et ne firent point
ce que le roi d'Égypte leur avait commandé; elles conservèrent
les enfants mâles. Dieu récompensa ces sages-femmes;
et le peuple s'accrut et se fortifia extraordinairement.
Alors Pharaon fit ce commandement à tout son peuple:
Jetez dans le fleuve tous les enfants mâles qui naîtront, et
ne réservez que les filles.


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|
| |4-|

Naissance de Moïse.
-------------------

Quelque temps après, un homme de la maison de Lévi
ayant épousé une femme de sa tribu, sa femme enfanta
un fils; et voyant qu'il était beau, elle le cacha pendant
trois mois. Mais comme elle vit qu'elle ne pouvait plus
tenir la chose secrète, elle prit un panier de jonc; et
[pg 80]
l'ayant enduit de bitume et de poix, elle mit dedans le
petit enfant, l'exposa parmi les roseaux sur le bord du
fleuve, et fit tenir la sœur de l'enfant loin de là,
pour voir ce qui en arriverait. En ce même temps la fille
de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagnée
de ses filles, qui marchaient le long du bord de l'eau. Et
ayant aperçu ce panier parmi les roseaux, elle envoya une
de ses filles qui le lui apporta. Elle l'ouvrit; et trouvant
dedans ce petit enfant qui criait, elle fut touchée de compassion,
et elle dit: C'est un des enfants des Hébreux.
La sœur de l'enfant s'étant approchée, lui dit: Vous
plaît-il que j'aille querir une femme des Hébreux qui puisse
nourrir ce petit enfant? Elle lui répondit: Allez. La fille
s'en alla donc, et fit venir sa mère. La fille de Pharaon
lui dit: Prenez cet enfant et me le nourrissez, et je vous
en récompenserai. La mère prit l'enfant et le nourrit; et
lorsqu'il fut assez fort, elle le donna à la fille de Pharaon,
qui l'adopta pour son fils, et le nomma Moïse (Mosché),
c'est-à-dire, tiré de l'eau, parce que, disait-elle, je l'ai
tiré de l'eau.


.. class:: center

|
| |4-|

La fuite de Moïse.
------------------

Lorsque Moïse fut devenu grand, il sortait pour aller
voir ses frères, et voyait l'affliction où ils étaient. Un jour,
trouvant que l'un d'eux était outragé par un Egyptien, il
regarda de tous côtés, et ne voyant personne près de lui,
il tua l'Egyptien, et le cacha dans le sable. Le lendemain
il trouva deux Hébreux qui se querellaient, et il dit à celui
qui outrageait l'autre: Pourquoi frappez-vous votre frère?
Cet homme lui répondit: Qui vous a établi sur nous pour
[pg 81]
prince et pour juge? Est-ce que vous voulez me tuer comme
vous tuâtes hier un Egyptien? Moïse eut peur, et il dit:
Comment cela s'est-il découvert? Pharaon, en ayant été
averti, cherchait à faire mourir Moïse. Mais il s'enfuit de
devant lui, et se retira au pays de Midian, où il s'assit
près d'un puits. Or le prêtre de Midian, nommé Jéthro,
avait sept filles, qui étant venues pour puiser de l'eau, et
en ayant rempli les canaux, voulaient faire boire les troupeaux
de leur père. Mais les pasteurs étant survenus, les
chassèrent. Alors Moïse se levant, et prenant la défense
de ces filles, fit boire leurs brebis. Lorsqu'elles furent
retournées chez leur père, il leur dit: Pourquoi êtes-vous
revenues plus tôt qu'à l'ordinaire? Elles lui répondirent:
Un Egyptien nous a délivrées de la violence des pasteurs; et
il a même tiré de l'eau avec nous, et a donné à boire à
nos brebis. Où est-il? dit leur père: pourquoi avez-vous
laissé aller cet homme? Appelez-le, afin que nous le fassions
manger. Moïse résolut alors de demeurer avec lui.
Il épousa ensuite sa fille, qui s'appelait Sephora. Et elle
lui enfanta un fils qu'il nomma Gerscham, car, disait-il:
J'ai été étranger dans une terre étrangère. Sephora lui
enfanta un second fils qu'il nomma Eliezer, c'est-à-dire,
Dieu est mon secours.

Cependant les enfants d'Israël gémissant sous le poids
des ouvrages qui les accablaient, crièrent vers le ciel, et
les cris que tirait d'eux l'excès de leurs travaux, s'élevèrent
jusqu'à Dieu. Il entendit leurs gémissements, il se souvint
de l'alliance qu'il avait faite avec Abraham, Isaac et Jacob,
et il les reçut en grâce.

[pg 82]


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|
| |4-|

Moïse est appelé de Dieu pour délivrer les Israélites.
------------------------------------------------------

Cependant Moïse conduisait les brebis de Jéthro son
beau-père, et ayant mené son troupeau au fond du désert,
il vint à la montagne de Dieu, nommée Horeb. Alors
un ange de l'Eternel lui apparut dans une flamme de feu
qui sortait du milieu d'un buisson; et il voyait brûler le
buisson sans qu'il se consumât. Moïse dit donc: Il faut
que j'aille reconnaître quelle est cette merveille que je
vois, et pourquoi ce buisson ne se consume point. Mais
l'Eternel le voyant venir pour considérer ce qu'il voyait,
l'appela du milieu du buisson, et lui dit: Moïse, Moïse.
Il lui répondit: Me voici: Et l'Eternel ajouta: N'approchez
pas d'ici: ôtez les souliers de vos pieds, parce que le
lieu où vous êtes, est une terre sainte. Il dit encore: Je
suis le Dieu de votre père, le Dieu d'Abraham, le Dieu
d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, parce
qu'il n'osait regarder la face de Dieu. L'Eternel lui dit:
J'ai vu l'affliction de mon peuple qui est en Egypte, j'ai
entendu le cri qu'il jette à cause de la dureté de ceux qui
ont l'intendance des travaux. Et sachant quelle est sa douleur,
je suis venu pour le délivrer des mains des Egyptiens,
et pour les faire passer de cette terre en une terre bonne
et spacieuse, en une terre où coulent des ruisseaux de lait
et de miel, au pays des Chananéens, des Amorrhéens, des
Phérézéens, des Gergésiens, des Héthéens, des Hévéens et
des Jébuséens. Le cri des enfants d'Israël est donc venu jusqu'à
moi; j'ai vu leur affliction et de quelle manière ils
sont opprimés par les Egyptiens. Mais venez, et je vous
[pg 83]
enverrai vers Pharaon, afin que vous fassiez sortir de
l'Egypte les enfants d'Israël, qui sont mon peuple...

Moïse obéit au commandement de l'Eternel. Mais ce
n'étaient que l'obéissance et l'humilité dues à une volonté
suprême, qui pussent l'engager à se charger de cette haute
et sainte mission. Il fit alors ses adieux chez Jéthro, son
beau-père, quitta le pays de Midian et se dirigea vers
l'Egypte. Il rencontra dans le désert Aaron, son frère. Il
lui fit part de sa mission; et, étant venus en Egypte, ils
firent rassembler tous les anciens d'entre les enfants d'Israël.
Aaron rapporta tout ce que l'Eternel avait dit à Moïse,
il fit des miracles devant le peuple, le peuple le crut et
comprit que l'Eternel regardait leur affliction, et se prosternant
en terre, ils l'adorèrent.


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|
| |4-|

Moïse et Aaron déclarent à Pharaon les ordres de Dieu.
------------------------------------------------------

Moïse et Aaron allèrent ensuite trouver Pharaon et lui
parlèrent en ces termes: Voici ce que dit l'Eternel, le Dieu
d'Israël: Laissez aller mon peuple, afin qu'il me sacrifie
dans le désert. Mais Pharaon répondit: Qui est l'Eternel,
pour que je sois obligé d'écouter sa voix et de laisser sortir
Israël? Je ne connais point l'Eternel, et je ne laisserai
point sortir Israël. Moïse, pour faire voir que c'était au
nom de l'Eternel qu'il parlait, fit alors plusieurs miracles
en présence de Pharaon. Il jeta sa verge par terre, et elle
fut changée en serpent. Mais le roi n'en tint pas grand
compte, et tourmentait le peuple encore plus qu'auparavant.
Moïse élevant sa verge, frappa l'eau du fleuve devant
Pharaon et ses serviteurs, et l'eau fut changée en sang. Les
[pg 84]
poissons qui étaient dans le fleuve moururent, le fleuve se
corrompit, et les Egyptiens ne pouvaient boire de ses eaux.
Cependant le roi se retira et ne se laissa point fléchir le
cœur pour cette fois. Toutes sortes de plaies couvrirent
alors, par une punition du ciel, la terre d'Egypte, il y
avait des grenouilles, des moucherons et des mouches partout,
à la campagne, dans les maisons, et même le palais
du roi en était rempli. Une peste terrible dévasta le pays;
des ulcères et des tumeurs se formèrent sur les hommes
et sur les animaux par toute l'Egypte. Un orage épouvantable,
mêlé de grêle et de feu, éclata sur l'Egypte; la grêle
frappa de mort tout ce qui se trouvait dans les champs,
depuis les hommes jusqu'aux bêtes, elle fit mourir toute
l'herbe de la campagne, et rompit tous les arbres. C'est
ainsi que des plaies de différentes sortes se succédèrent
jusqu'au nombre de neuf et devinrent toujours plus grandes
et plus terribles. Toutefois le cœur de Pharaon s'endurcit,
il n'écouta point Moïse et Aaron, et quoiqu'il promît, à
diverses reprises dans les moments de détresse, d'accorder
la liberté au peuple israélite, il ne tenait jamais parole,
lorsque la plaie avait cessé. C'est alors que Moïse et Aaron
se présentèrent pour la dernière fois devant Pharaon et le
menacèrent d'une dixième plaie en disant: Voici ce que
dit l'Eternel: Sur le minuit tous les premiers-nés mourront
dans les terres des Egyptiens. Mais parmi tous les enfants
d'Israël, depuis les hommes jusqu'aux bêtes, on n'entendra
pas seulement le cri d'un chien. Alors tous vos serviteurs
viendront à moi, et ils se prosterneront devant moi en
disant: Sortez, vous et tout le peuple qui vous est soumis.
Et après cela nous sortirons. Moïse et Aaron se retirèrent
de devant Pharaon dont le cœur s'endurcit néanmoins, et
ne permit point aux Israélites de sortir de ses terres.

[pg 85]


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|
| |4-|

Préceptes touchant la fête de la Pâque.
---------------------------------------

L'Eternel dit alors à Moïse et à Aaron: Ce mois-ci sera
pour vous le premier des mois: ce sera le premier des
mois de l'année. Parlez à toute l'assemblée des enfants
d'Israël, et dites-leur: Qu'au dixième jour de ce mois chacun
prenne un agneau pour sa famille et pour sa maison.
Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois;
et voici comment vous le mangerez; vous vous ceindrez
les reins, vous aurez des souliers aux pieds, et un bâton à
la main, et vous mangerez à la hâte: car c'est la Pâque
(c'est-à-dire, le passage) de l'Eternel. Je passerai cette
nuit-là par l'Egypte; je frapperai dans les terres des Egyptiens
tous les premiers-nés depuis l'homme jusqu'aux bêtes,
moi qui suis l'Eternel. Je passerai alors au delà de vos
maisons, et la plaie de mort ne vous touchera point lorsque
j'en frapperai toute l'Egypte. Ce jour vous sera un
monument éternel; et vous le célébrerez dans vos générations
futures par une fête à l'Eternel. Vous mangerez des
pains sans levain pendant sept jours. Dès le premier jour
il ne se trouvera point de levain dans vos maisons. Quiconque
mangera du pain avec du levain depuis le premier
jour jusqu'au septième, sera retranché d'Israël. Le premier
jour sera saint et solennel, et le septième une fête également
vénérable. Vous ne ferez aucune œuvre servile durant
ces deux jours, excepté ce qui regarde le manger.
Vous garderez donc cette fête du pain sans levain; car en
ce même jour je ferai sortir toute votre armée de l'Egypte,
et vous observerez ce jour à l'avenir comme *statut perpétuel*.
Depuis le quatorzième jour du premier mois, sur le
[pg 86]
soir, vous mangerez du pain sans levain jusqu'au soir du
vingt et unième jour de ce mois.


.. class:: center

|
| |4-|

Sortie de l'Égypte.
-------------------

Vers le milieu de la nuit, l'Éternel frappa tous les premiers-nés
de l'Egypte, depuis le premier-né de Pharaon
qui était assis sur son trône, jusqu'au premier-né de la
femme esclave qui était en prison, et jusqu'au premier-né
de toutes les bêtes. Pharaon s'étant donc levé la nuit,
aussi bien que tous ses serviteurs et tous les Egyptiens, un
grand cri se fit entendre dans toute l'Egypte, parce qu'il
n'y avait aucune maison où il n'y eût un mort. Et Pharaon
ayant fait venir cette même nuit Moïse et Aaron, il leur
dit: Retirez-vous promptement d'avec mon peuple, vous
et les enfants d'Israël; allez adorer l'Eternel, comme vous
le dites. Menez avec vous vos brebis et vos troupeaux,
selon que vous l'avez demandé, et en vous en allant priez
pour moi. Les Egyptiens pressaient aussi le peuple de sortir
promptement de leur pays, en disant: Nous mourrons
tous. Le peuple prit donc la farine qu'il avait pétrie avant
qu'elle fût levée; et la liant en des manteaux, la mit sur
ses épaules. (Moïse emporta aussi avec lui les os de Joseph,
selon que Joseph l'avait fait promettre avec serment aux
enfants d'Israël, en leur disant: Dieu se souviendra de
vous, alors vous emporterez d'ici mes os avec vous.) Les
enfants d'Israël partirent donc de Ramessès et vinrent à
Sucoth, au nombre de près de six cent mille hommes de
pied, sans les enfants. Ils furent suivis d'une multitude
innombrable de petit peuple, et ils avaient avec eux une infinité
de brebis, de troupeaux, et de bêtes de toutes sortes.
[pg 87]
Ils firent cuire la pâte qu'ils avaient emportée d'Egypte,
en gâteaux non levés, car ils ne l'avaient point fait lever,
parce que, chassés par les Egyptiens, ils n'avaient pu se
retarder, ni faire de provisions.

Le séjour que les enfants d'Israël avaient fait en Egypte
était de quatre cent trente ans. La nuit dans laquelle l'Eternel
les tira de l'Egypte, fut consacrée en l'honneur de
l'Eternel, et tous les enfants d'Israël doivent l'observer et
l'honorer dans la suite de tous les âges.


.. class:: center

|
| |4-|

Passage de la mer Rouge.
------------------------

L'Eternel parla à Moïse, et lui dit: Dites aux enfants
d'Israël, qu'ils se détournent, et qu'ils campent devant
Phihahiroth, qui est entre Migdal et la mer, vis-à-vis de
Baalsephon. Vous camperez vis-à-vis de ce lieu sur le bord
de la mer. Car Pharaon va dire des enfants d'Israël: Ils
sont embarrassés en des lieux étroits, et renfermés par le
désert. Je lui endurcirai le cœur, et il vous poursuivra: je
serai glorifié dans Pharaon et dans toute son armée, et les
Egyptiens sauront que je suis l'Eternel. Les enfants d'Israël
firent donc ce que l'Eternel avait ordonné. Et l'on vint dire
au roi des Egyptiens, que le peuple avait pris la fuite. En
même temps le cœur de Pharaon et de ses serviteurs fut
changé à l'égard de ce peuple, et ils dirent: A quoi avons-nous
pensé, de laisser ainsi aller les Israélites, pour qu'ils
ne nous fussent plus assujettis? Il fit donc préparer son
chariot de guerre, et prit avec lui tout son peuple. Il
emmena aussi six cents chariots choisis, et tout ce qui se
trouva de chariots de guerre dans l'Egypte, avec les chefs
de toute l'armée. L'Eternel endurcit le cœur de Pharaon,
[pg 88]
roi d'Egypte, et il se mit à poursuivre les enfants d'Israël;
mais ils étaient sortis sous la conduite d'une main puissante.
Les Egyptiens poursuivant donc les Israélites qui
étaient devant, et marchant sur leurs traces, les trouvèrent
dans leur camp sur le bord de la mer. Toute la cavalerie
et les chariots de Pharaon, avec toute son armée, étaient
à Phihahiroth, vis-à-vis de Baalsephon. Lorsque Pharaon
était déjà proche, les enfants d'Israël levant les yeux, et
ayant aperçu les Egyptiens derrière eux, furent saisis d'une
grande crainte. Ils crièrent à l'Eternel, et ils dirent à
Moïse: Est-ce parce qu'il n'y a pas de sépulcres en Egypte
que vous nous avez pris pour mourir dans le désert? Que
nous avez-vous fait en nous faisant sortir de l'Egypte?
N'est-ce pas ce que nous vous avons dit en Egypte: Laissez-nous,
nous voulons servir l'Egypte; car il vaut mieux pour
nous servir l'Egypte que de mourir dans le désert. Moïse
dit au peuple: Ne craignez rien, restez tranquilles, et
voyez le secours que l'Eternel vous donnera aujourd'hui;
car tels que vous avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous
ne les verrez plus jamais. L'Eternel combattra pour vous,
et vous, taisez-vous! Et Moïse implora Dieu, le pria de
l'assister dans cette détresse. L'Eternel lui dit: Pourquoi
criez-vous vers moi? parlez aux enfants d'Israël; qu'ils
marchent. Et vous, élevez votre verge, et étendez votre
main sur la mer, fendez-la, et que les enfants d'Israël
marchent à sec au milieu de la mer. Les Egyptiens vous
poursuivront, et je serai glorifié dans Pharaon et dans
toute son armée, dans ses chariots et dans sa cavalerie.
Toute la nuit se passa sans que les deux armées s'approchassent.
Moïse étendit sa main sur la mer; l'Eternel poussa
la mer toute la nuit par un violent vent de l'orient, et il
mit la mer à sec; ainsi les eaux furent séparées. Les enfants
[pg 89]
d'Israël marchèrent à sec au milieu de la mer, ayant l'eau
à droite et à gauche, qui leur servait comme de mur. Et les
Egyptiens marchant après eux, se mirent à les poursuivre
au milieu de la mer avec toute la cavalerie de Pharaon,
ses chariots et ses chevaux. Mais lorsque la *veille du matin*
fut venue, l'Eternel jeta un regard sur le camp des Egyptiens
à travers une colonne de feu et de nuées et mit en désordre
le camp des Egyptiens; il renversa les roues des chariots,
et ils furent entraînés dans le fond de la mer. Alors les
Egyptiens s'entre-dirent: Fuyons les Israélites, parce que
l'Eternel combat pour eux contre nous. En même temps
l'Eternel dit à Moïse: Etendez votre main sur la mer, afin
que les eaux retournent sur les Egyptiens, sur leurs chariots
et sur leur cavalerie. Moïse étendit donc la main sur la
mer; et aussitôt la mer reprit la place qu'elle avait auparavant.
Ainsi lorsque les Egyptiens s'enfuyaient, les eaux
vinrent au-devant d'eux, les couvrirent, et il n'en échappa
pas un seul. Mais les enfants d'Israël passèrent à sec au
milieu de la mer, ayant les eaux à droite et à gauche, qui
leur tenaient lieu de mur. En ce jour-là l'Eternel délivra
Israël de la main des Egyptiens. Et ils virent les corps morts
des Egyptiens sur le bord de la mer, et les effets de la main
puissante qui s'était appesantie sur eux. Alors le peuple
craignit l'Eternel, il crut à l'Eternel, et à Moïse son serviteur.
Moïse alors et les enfants d'Israël chantèrent un
cantique à l'Eternel. Miriame (Marie) la prophétesse, sœur
de Moïse et d'Aaron prit en main le tambour, et toutes
les femmes la suivirent avec des tambourins en formant des
danses et des chœurs de musique; elles mêlaient leur voix
au chant de victoire: «Chantez des hymnes à l'Eternel,
parce qu'il a signalé sa grandeur et sa gloire!»

[pg 90]


.. class:: center

|
| |4-|

Voyage vers le mont Sinaï. Murmures des Israélites. La manne.
-------------------------------------------------------------

Après donc que Moïse eût fait sortir les Israélites de la
mer Rouge, ils entrèrent dans le désert de Sur; et ayant
marché trois jours dans la solitude, ils ne trouvaient point
d'eau. Ils arrivèrent à Mara, et ils ne pouvaient boire des
eaux de Mara, parce qu'elles étaient amères. C'est pourquoi
on lui donna un nom qui lui était propre, en l'appelant
Mara, c'est-à-dire, amertume. Alors le peuple murmura
contre Moïse, en disant: Que boirons-nous? Mais Moïse
pria Dieu, qui lui montra un certain bois qu'il jeta dans
les eaux; et les eaux, d'amères qu'elles étaient, devinrent
douces. Dieu leur donna en ces lieux des préceptes et des
ordonnances, et il y éprouva son peuple, en disant: Si vous
écoutez la voix de l'Eternel, votre Dieu, et que vous fassiez
ce qui est juste devant ses yeux, si vous obéissez à ses commandements,
si vous gardez tous ses préceptes, je ne vous
frapperai point de toutes les langueurs dont j'ai frappé l'Egypte:
parce que je suis l'Eternel qui vous guéris. Les enfants
d'Israël vinrent ensuite à Elim, où il y avait douze fontaines
et soixante et dix palmiers; et ils campèrent auprès des
eaux. Etant partis d'Elim, ils vinrent au désert de Sin, qui
est entre Elim et Sinaï, le quinzième jour du second mois
depuis leur sortie d'Egypte. Et les enfants d'Israël étant
dans ce désert, murmurèrent tous contre Moïse et Aaron,
en leur disant: Plût à Dieu que nous fussions morts dans
l'Egypte par la main de l'Eternel, où nous étions assis près
de marmites pleines de viande, et où nous mangions du
pain tant que nous voulions! Pourquoi nous avez-vous
amenés dans ce désert, pour y faire mourir de faim tout le
[pg 91]
peuple? Alors l'Eternel dit à Moïse: Je vais vous faire
pleuvoir des pains du ciel: que le peuple en aille amasser
ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j'éprouve s'il
marche, ou non, dans ma loi. Qu'ils en ramassent le sixième
jour pour le garder chez eux, et qu'ils en recueillent deux
fois autant qu'en un autre jour. Alors Moïse et Aaron
dirent à tous les enfants d'Israël: Vous saurez ce soir que
c'est l'Eternel qui vous a tirés de l'Egypte; et vous verrez
demain matin éclater la gloire de l'Eternel, parce qu'il a
entendu vos murmures contre lui. Car qui sommes-nous
nous autres, pour que vous murmuriez contre nous? Moïse
ajouta: L'Eternel vous donnera ce soir de la chair à manger,
et le matin il vous rassasiera de pain; parce qu'il a
entendu les paroles de murmures que vous avez fait éclater
contre lui. Car pour nous, qui sommes-nous? ce n'est
point nous que vos murmures attaquent, c'est l'Eternel.
Il vint donc le soir un grand nombre de cailles qui couvrirent
tout le camp, et le matin il se trouva aussi une rosée
qui l'environnait, la surface de la terre en étant couverte;
on vit paraître dans le désert quelque chose de menu et
comme pilé au mortier, qui ressemblait à ces petits grains
de gelée blanche, qui pendant l'hiver tombent sur la terre.
Ce que les enfants d'Israël ayant vu, ils se dirent les uns
aux autres: Manhu? c'est-à-dire: Qu'est-ce que cela?
Car ils ne savaient ce que c'était. Moïse leur dit: C'est là
le pain que l'Eternel vous donne à manger. Et voici ce que
l'Eternel ordonne: Que chacun en ramasse ce qu'il lui en
faut pour manger; prenez-en un omor (mesure) pour
chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent
dans chaque tente. Moïse leur dit encore: Que personne n'en
garde jusqu'au lendemain matin. Mais ils ne l'écoutèrent
point; et quelques-uns en ayant gardé jusqu'au matin, ce
[pg 92]
qu'ils avaient réservé se trouva plein de vers et tout corrompu.
Chacun donc en recueillait le matin autant qu'il
lui en fallait pour se nourrir; et lorsque la chaleur du
soleil était venue, elle se fondait. Le sixième jour ils en
recueillirent une fois plus qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire,
deux omors pour chaque personne. Or, tous les princes
du peuple vinrent en donner avis à Moïse, qui leur dit:
C'est ce que l'Eternel a déclaré: Demain sera le jour du
sabbat, dont le repos est consacré à l'Eternel. Faites donc
aujourd'hui tout ce que vous avez à faire. Faites cuire tout
ce que vous aurez à cuire, et gardez pour demain matin ce
que vous aurez réservé d'aujourd'hui. Et étant fait ce que
Moïse avait commandé, la manne ne se corrompit point,
et l'on n'y trouva aucun ver. Moïse leur dit ensuite:
Mangez aujourd'hui ce que vous avez gardé; parce que
c'est le sabbat de l'Éternel, et que vous n'en trouverez
point aujourd'hui dans les champs. Recueillez donc pendant
les six jours la manne; car le septième jour, c'est le sabbat
de l'Eternel, c'est pourquoi vous n'en trouverez point. Le
septième jour étant venu, quelques-uns du peuple allèrent
pour recueillir de la manne; ils n'en trouvèrent point.
Alors l'Eternel dit à Moïse: Dites ceci aux enfants d'Israël:
Jusqu'à quand refuserez-vous de garder mes commandements
et ma loi? Considérez que l'Eternel a établi le sabbat
parmi vous, et qu'il vous donne pour cela le sixième jour
une double nourriture. Que chacun donc demeure chez
soi, et que nul ne quitte sa place au septième jour. Ainsi
le peuple garda le sabbat au septième jour. Et les enfants
d'Israël donnèrent à cette nourriture le nom de manne.
Elle ressemblait à la graine de coriandre; elle était blanche,
et elle avait le goût qu'aurait la plus pure farine mêlée
avec du miel. Moïse dit encore: Voici ce qu'a ordonné
[pg 93]
l'Eternel: Emplissez de manne un omor, et qu'on la
garde pour les générations à venir; afin qu'elles sachent
quel a été le pain dont je vous ai nourris dans le désert,
après que vous avez été tirés de l'Egypte. Aaron mit alors
un vase, empli d'un omor de manne, en réserve dans le
tabernacle. Or, les enfants d'Israël mangèrent de la manne
pendant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils vinssent dans la
terre où ils devaient habiter. C'est ainsi qu'ils furent nourris
jusqu'à ce qu'ils entrassent sur les premières terres du pays
de Chanaan.


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|
| |4-|

Continuation.
-------------

Tous les enfants d'Israël étant partis du désert de Sin,
campèrent à Raphidim, où il ne se trouva point d'eau à
boire pour le peuple. Alors ils murmurèrent contre Moïse
et lui dirent: Donnez-nous de l'eau pour boire! Pourquoi
nous avez-vous fait sortir de l'Egypte, pour nous faire
mourir de soif, nous et nos enfants, et nos troupeaux?
Moïse leur répondit: Pourquoi murmurez-vous contre
moi? pourquoi tentez-vous l'Eternel? Il pria l'Eternel et
lui dit: Que ferai-je à ce peuple? il s'en faut peu qu'il ne
me lapide. L'Eternel dit à Moïse: Marchez devant le peuple:
menez avec vous des anciens d'Israël; prenez en votre
main la verge dont vous avez frappé le fleuve, et allez jusqu'à
la pierre d'Horeb. Je serai avec vous; vous frapperez
la pierre, et il en sortira de l'eau, afin que le peuple ait à
boire. Moïse fit devant les anciens d'Israël ce que l'Eternel
lui avait ordonné. Et il appela ce lieu Massah, c'est-à-dire
*tentation*, et Méribah, c'est-à-dire *murmure*, à cause du
murmure des enfants d'Israël, et parce qu'ils tentèrent là
[pg 94]
l'Eternel, en disant: L'Eternel est-il au milieu de nous,
ou n'y est-il pas?

C'est en ce lieu qu'Israël fut attaqué avec acharnement
par la tribu des Amalécites et que Josué remporta une
victoire signalée. Il fut alors statué en Israël que l'on regarderait
désormais comme ennemi implacable toute la
tribu d'Amalec qui avait violé le droit des gens en attaquant
un peuple sans armes. Il arriva aussi en ce même lieu que
Moïse d'après le conseil de son beau-père Jéthro, choisit
d'entre tout le peuple, des hommes fermes et courageux
craignant Dieu, aimant la vérité et ennemis de l'avarice. Il
leur donna la conduite, aux uns de mille hommes, à d'autres
de cent, à ceux-ci de cinquante, aux autres enfin de
dix, afin qu'ils fussent occupés à rendre la justice au peuple
en tout temps, qu'ils jugeassent eux-mêmes les petites
affaires et qu'ils ne réservassent à Moïse que les choses
difficiles. Ainsi le fardeau des affaires qui l'accablait devint
plus léger, partagé avec d'autres.


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|
| |4-|

Révélation de l'Éternel sur le mont Sinaï.
------------------------------------------

La délivrance miraculeuse du pays d'Egypte ne rendit
aux enfants d'Israël que liberté d'action et indépendance matérielle.
Cependant, Dieu, dans sa toute-bonté, voulut aussi
qu'ils recouvrassent liberté d'esprit, indépendance morale
et spirituelle. Le peuple israélite sorti de l'esclavage devait
entrer en possession de la terre promise aux patriarches;
mais aussi devait-il avant tout s'assurer du royaume céleste
prédit à Abraham, afin *que toutes les familles de la terre
fussent bénies en lui*. C'est pourquoi l'Eternel, Dieu, se
révéla d'une manière si merveilleuse aux yeux de tout le
[pg 95]
peuple, afin que tout Israël le vît et en fût témoin; que
chacun en Israël fût pour ainsi dire *prêtre à son Dieu*. A
cet effet, il arriva que le troisième mois depuis la sortie de
l'Egypte, Moïse se rendit sur le mont Sinaï au pied duquel
les Israélites étaient campés, et que Dieu lui fit entendre
ces paroles: Voici ce que vous direz à la maison de Jacob
et ce que vous annoncerez aux enfants d'Israël: Vous avez
vu vous-mêmes ce que j'ai fait aux Egyptiens et de quelle
manière je vous ai portés comme l'aigle porte ses aiglons
sur ses ailes, et comment je vous ai pris pour être à moi.
Si donc vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance,
vous serez à moi, par prédilection au-dessus de tous les
peuples, car toute la terre est à moi. Vous serez pour moi
un royaume sacerdotal, un peuple saint... Moïse étant donc
venu vers le peuple, fit assembler les anciens et leur exposa
tout ce que l'Eternel lui avait commandé de leur dire. Le
peuple répondit tout d'une voix: Nous ferons tout ce que
l'Eternel a dit. Moïse fut alors chargé de préparer et de
sanctifier le peuple pour le troisième jour. Le troisième
jour étant arrivé sur le matin, on commença à entendre les
éclats du tonnerre, et à voir briller les éclairs; une nuée
très-épaisse couvrit la montagne, la trompette se fit entendre
avec un grand bruit, et le peuple qui était dans le camp fut
saisi de frayeur. Alors Moïse le fit sortir du camp pour
aller au-devant de l'apparition divine, et ils demeurèrent
au pied de la montagne. Tout le mont Sinaï était couvert
de fumée, la fumée s'en élevait dans les airs comme d'une
fournaise, et toute la montagne en fut fortement ébranlée.
C'est au milieu de ces phénomènes effroyables et majestueux
qu'Israël reçut la révélation des *dix commandements*, qui
qui nous indiquent les devoirs envers Dieu et envers les
hommes. Du reste, Moïse, au nom de l'Éternel, ajouta
[pg 96]
encore beaucoup d'autres lois et d'autres préceptes que
tout Israélite se regarde comme obligé d'observer tant
dans la vie morale que dans la vie religieuse [#]_.

.. [#] *La fête de la législation ou la Pentecôte.*—En mémoire de ce
   grand évènement, il est d'usage en Israël de célébrer le sixième et le
   septième jour du troisième mois (Siwan) par des fêtes solennelles. Ces
   fêtes s'appellent encore celles des semaines (Schebouoth) par rapport
   aux temps où le peuple israélite représentait encore une nation et habitait
   le pays de ses pères. Alors à la fin de la récolte du froment, qui avait lieu
   pendant les sept semaines de Pâque à Pentecôte, les prémices des blés
   étaient apportées le cinquantième jour, au temple à Jérusalem, et une
   fête de moisson était célébrée en l'honneur de l'Éternel.


.. class:: center

|
| |4-|

Le veau d'or.
-------------

Les dix commandements étant promulgués, Moïse remonta
le mont Sinaï pour recevoir les autres lois; il y
resta quarante jours et quarante nuits. Le peuple voyant
que Moïse différait longtemps à descendre de la montagne
et croyant qu'il était mort, s'assembla en s'élevant contre
Aaron et lui dit: Venez et faites-nous des dieux qui marchent
devant nous; car pour ce qui est de Moïse, cet homme
qui nous a tirés de l'Egypte, nous ne savons pas ce qui lui
est arrivé. Aaron leur répondit: Otez les pendants d'oreilles
de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les-moi.
Le peuple fit ce qu'Aaron lui avait commandé, et lui
apporta les pendants d'oreilles. Aaron les ayant pris, les
jeta au feu et en forma un veau d'or. Alors les Israélites
dirent: Voici vos dieux, ô Israël, qui vous ont tirés de
l'Egypte. Ce qu'Aaron ayant vu, il dressa un autel devant
le veau, et cria: Demain sera la fête solennelle de l'Eternel.
S'étant levés matin, ils offrirent des holocaustes et des sacrifices.
Tout le peuple s'assit pour manger et pour boire, et se
[pg 97]
leva ensuite pour se divertir. Pendant ces pratiques criminelles,
Moïse descendit de la montagne, portant en sa main
les deux tables du témoignage. Les dix commandements
étaient gravés sur ces tables. S'étant approché du camp,
il vit le veau d'or et les danses; alors saisi d'indignation,
il brisa les tables de la loi au pied de la montagne; et après
avoir prié l'Eternel d'avoir pitié de son peuple et de lui
pardonner cette grande aberration, il prit le veau d'or
qu'ils avaient fait, le mit dans le feu, le réduisit en poudre
et punit très-sévèrement les coupables. Ensuite Moïse se
rendit de nouveau sur le mont Sinaï où, d'après l'ordre de
Dieu il fit de nouvelles tables de pierre semblables aux
premières qu'il avait brisées, et il y grava de nouveau les
mêmes lois.


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|
| |4-|

Le séjour du peuple israélite près du mont Sinaï.
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Le peuple israélite ne demeura qu'une année environ
près du mont Sinaï. Moïse, cependant, fit beaucoup en ce
peu de temps. Il y régla bien des choses, au nom de l'Eternel,
et différentes lois et ordonnances y furent proclamées,
telles que: les lois touchant les esclaves, la propriété,
l'homicide et les sévices; les lois concernant le larcin, les
dommages, la subornation et l'idolâtrie; les défenses d'opprimer
l'étranger; la charité envers le pauvre; les lois
concernant les dîmes et les prémices; les devoirs des juges;
le repos de la septième année; les lois sur les sacrifices et
les prêtres, etc., et enfin les ordonnances touchant la construction
d'un *tabernacle*, les lois pour le *sabbat* et pour
*toutes les fêtes*.

[pg 98]


.. class:: center

|
| |4-|

Le tabernacle.
--------------

Moïse pour la construction du tabernacle demanda au
nom de l'Eternel, le concours de tous ceux qui voulaient
y contribuer de leur pleine volonté. Tout le monde vint
alors, les hommes avec leurs femmes donnèrent leurs chaînes,
leurs pendants d'oreilles, leurs bagues et leurs bracelets;
tous les vases d'or furent mis à part pour être présentés
à l'Eternel. On apporta des bois rares, de belles étoffes et
des pierres précieuses. Moïse fit alors venir Bezaléel et
Oholiab et tous les hommes habiles à qui Dieu avait donné
la sagesse et l'intelligence pour faire tout ce qui concernait
le sanctuaire. Moïse leur mit entre les mains toutes les
oblations des enfants d'Israël. Et pendant qu'ils s'appliquaient
à avancer cet ouvrage, le peuple offrait tous les
jours de nouveaux dons. C'est pourquoi les ouvriers furent
obligés de dire à Moïse: Le peuple offre plus de dons qu'il
n'est nécessaire. Moïse commanda donc qu'on fît cette
déclaration publiquement par la voix d'un héraut: Que
nul homme et nulle femme n'offrît plus rien à l'avenir
pour les ouvrages du sanctuaire. Ainsi l'on cessa d'offrir
des présents à Dieu. Et lorsque tous les ouvrages furent
achevés, Moïse les consacra et les bénit [#]_.

.. [#] Le tabernacle était destiné à des assemblées religieuses jusqu'au
   temps où il y aurait un temple dans un lieu déterminé à cet effet. Il était
   construit en tente portative de la forme d'un carré oblong, ayant trente
   coudées de longueur et dix de largeur. Le tout était divisé en deux parties:
   *le saint*, accessible seulement aux prêtres; *le saint des saints*,
   où le pontife seul pouvait pénétrer le jour des expiations, le dixième du
   septième mois (Tischri). Le tabernacle était entouré d'une enceinte qui
   avait cent coudées de longueur et cinquante de largeur, destiné à tout le
   peuple. C'est là qu'étaient placés l'autel des holocaustes et le bassin pour
   les prêtres. Dans *le saint* du côté du septentrion se trouvaient la table
   avec le pain de proposition et différents vases; du côté du midi le chandelier
   d'or avec ses lampes; et au milieu l'autel des parfums. L'arche
   d'alliance se trouvait placée dans *le saint des saints*. Ce n'est que devant
   le tabernacle qu'il était permis de sacrifier.

[pg 99]

.. class:: center

|
| |4-|

Le sabbat et les fêtes.
-----------------------

Moïse indiqua les solennités de l'Eternel aux enfants
d'Israël, en disant:

*Sabbat.* Vous travaillerez pendant six jours: le septième
jour s'appellera saint, parce que c'est le repos du sabbat.
Vous ne ferez ce jour-là aucun ouvrage; car c'est le *sabbat*
de l'Eternel, qui doit être observé partout où vous demeurerez.

*Pâque.* Au premier mois (Nisan), le soir du quatorzième
jour, c'est la pâque de l'Eternel, et le quinzième jour du
même mois, c'est la fête solennelle des azymes de l'Eternel.
Vous mangerez des pains sans levain pendant sept jours.
Le premier jour il y aura une convocation sainte pour
vous, vous ne ferez aucune œuvre servile; le septième
jour sera _`aussi une convocation sainte;` vous ne ferez
aucune œuvre servile. Moïse dit encore aux enfants d'Israël:
Lorsque vous serez entrés dans la terre que Dieu vous
donnera, et que vous aurez coupé les grains, vous porterez
au prêtre une gerbe d'épis (un omer), comme prémices de
votre moisson: et le lendemain de ce sabbat, qui est la
pâque [#]_, le prêtre élèvera devant l'Éternel cette gerbe,
et il la consacrera à l'Eternel, afin que l'Eternel vous soit
favorable en la recevant. Vous ne mangerez ni pain ni
bouillie, ni farine desséchée des grains nouveaux, jusqu'au
jour où vous en offrirez les prémices à votre Dieu. Vous
[pg 100]
compterez donc depuis le second jour du sabbat, auquel
vous avez offert la gerbe des prémices (l'omer), sept semaines
pleines jusqu'au jour d'après que la septième semaine
sera accomplie, c'est-à-dire, cinquante jours: et
alors vous offrirez à l'Eternel pour un sacrifice nouveau.

.. [#] C'est le seizième du mois de Nisan, le deuxième jour de la Pâque.

*Fête des semaines, ou Pentecôte* [#]_. Vous vous assemblerez
en ce même jour (la fête); ce sera pour vous
une convocation sainte; vous ne ferez aucun ouvrage servile.
Cette ordonnance sera observée éternellement dans
tous les lieux où vous demeurerez, et dans toute votre
postérité. Quand vous moissonnerez la moisson de votre
pays, vous laisserez inachevé le bout de votre champ en
moissonnant: et vous ne ramasserez point les épis qui
seront restés, mais les laisserez pour les pauvres et les
étrangers.

.. [#] Voyez plus haut: fête de la législation.

*Nouvel an.* Moïse parla encore aux enfants d'Israël, au
nom de l'Eternel: Au septième mois (Tischri), le premier
du mois sera pour vous un sabbat, un souvenir de jubilation,
une convocation sainte, vous ne ferez aucun ouvrage
servile [#]_.

.. [#] Cette fête est appelée celle du nouvel an parce que d'après l'ère ordinaire,
   qui commence par la création, le mois de Tischri est le premier
   de l'année. C'est par cette même raison que ce mois est quelquefois
   appelé *le mois des anciens*, c'est-à-dire, le premier mois de ceux qui ont
   vécu avant Moïse. Les deux premiers jours de ce mois sont célébrés
   d'une manière très-solennelle; beaucoup de prières ont lieu dans la synagogue
   et des hymnes sacrées y sont chantées. Cette fête se distingue
   encore de toute autre par le *Schofar* (trompette) qui est sonné dans la
   synagogue. La signification de cet usage est: 1º hommage de fidélité au
   Créateur notre Dieu dont nous reconnaissons le règne éternel, et auquel
   nous promettons notre soumission, par une marque de joie (selon
   Ps. 98, 6); 2º *rappel de la révélation divine* sur le mont Sinaï, où le
   son du Schofar se fit également entendre et où nos pères firent cette promesse:
   «Tout ce que l'Éternel a dit, nous le ferons» (II livre de
   Moïse 19); 3º *exhortation à la repentance et à l'amendement*, selon
   l'expression du prophète (Amos 3, 6).

*Jour d'expiation (Jom Kipour).* Toutefois le dixième
[pg 101]
jour de ce septième mois est un jour d'expiation; ce sera
pour vous une convocation sainte; vous vous mortifierez,
vous ne ferez aucun ouvrage en ce même jour-là, car c'est
un jour d'expiation pour attirer sur vous la clémence de
l'Eternel votre Dieu. Car toute personne qui n'aurait pas
été mortifiée en ce même jour-là, sera retranchée de ses
tribus, et toute personne qui ferait un ouvrage quelconque
en ce même jour-là Dieu la fera périr du milieu de son
peuple. Vous ne ferez aucun ouvrage en ce jour-là; et
cette ordonnance sera éternellement observée dans toute
votre postérité, et dans tous les lieux où vous demeurerez.
Ce jour-là vous sera un repos de sabbat. Vous vous mortifierez
le neuvième du même mois vers le soir; du soir au
soir, vous célébrerez votre sabbat (fête) [#]_.

.. [#] Ce jour est célébré dans tout Israël comme le jour le plus saint de
   toute l'année. Il est entièrement consacré à la dévotion et à l'amendement.
   L'indulgence divine et sa miséricorde sont annoncées à tous ceux
   qui, en ce jour, reconnaissent d'un cœur repentant leurs péchés devant
   Dieu, lui promettent amendement sincère, renoncent à tout sentiment
   de haine envers le prochain et tâchent de réparer les injustices exercées
   à son égard. (Voyez Isaïe, 58, qui est lu en ce jour dans la synagogue.)
   Le but de cette fête solennelle est donc: réconciliation de l'homme
   avec Dieu, et réconciliation de l'homme avec l'homme.


*Fête des tabernacles.* Moïse parla encore au nom de
l'Eternel, en disant: Le quinzième jour de ce septième
mois, fête des tentes [#]_, sept jours à l'Eternel. Le premier
jour est une convocation sainte, vous ne ferez aucun ouvrage
servile; le huitième jour (Schemini-azereth) sera aussi
pour vous un jour sanctifié, vous ne ferez aucun ouvrage
servile. (Cette fête devait être en même temps, pour la
[pg 102]
Palestine, une *fête de récolte*.) Le quinzième jour du septième
mois, continue Moïse, quand vous récolterez les produits
de la terre, vous célébrerez la fête de l'Eternel pendant
sept jours; le premier jour, repos, et le huitième jour,
repos. Vous prendrez, le premier jour, le fruit de l'arbre
hadar, les spathes des dattiers, une branche de l'arbre aboth
et des saules de rivière [#]_, et vous vous réjouirez pendant
sept jours devant l'Eternel votre Dieu. Vous célébrerez la
fête de l'Eternel pendant sept jours; c'est une loi qui sera
transmise à vos générations; vous la célébrerez dans le
septième mois, et alors vous demeurerez dans des tentes
pendant sept jours. Que chaque indigène, en Israël, demeure
sous des tentes, afin que vos générations sachent
que j'ai fait demeurer les enfants d'Israël dans des tentes
lorsque je les fis sortir de l'Egypte, moi l'Eternel, votre
Dieu.

.. [#] Les pratiques de cette fête ont pour but principal de nous rappeler
   _`l'obligation` de ne pas trop nous attacher aux biens de la terre, fragiles
   et inconstants qu'ils sont; mais de mettre toute notre confiance en Dieu
   notre protecteur. L'Israélite doit, pour ainsi dire, quitter sa maison
   remplie alors de tous les fruits de la récolte; il doit prendre pour demeure
   une chétive cabane, pour déclarer par cet acte qu'il est pénétré
   de reconnaissance envers son bienfaiteur céleste et qu'il est prêt, si Dieu
   l'exige, à abandonner tout ce qu'il possède sur la terre, en se souvenant
   de ces jours où nos pères ont tous demeuré dans des tentes, comblés des
   bienfaits de Dieu. «Vous vous souviendrez de tout le chemin par où
   l'Éternel votre Dieu vous a conduits dans le désert pendant quarante
   ans; il vous a donné pour nourriture la manne qui était inconnue à vous
   et à vos pères, pour vous faire voir que l'homme ne vit pas *seulement
   de pain*, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» (5. M.
   chap. 8.)

.. [#] Quelques-uns de nos sages voient dans les quatre différents fruits,
   le symbole de la concorde et de la bonne intelligence. Selon d'autres ces
   sortes de fruits sont des symboles pour nous indiquer les principaux
   membres du corps humain: le cœur, l'épine du dos avec les côtes, les
   yeux et les lèvres qui tous doivent célébrer la gloire de Dieu.

   Le neuvième et dernier jour de cette fête est appelé *Simchath-torah*,
   c'est-à-dire la joie de la loi, parce qu'on finit annuellement, en ce jour,
   la lecture du Pentateuque.

[pg 103]

.. class:: center

|
| |4-|

Départ de Sinaï et marche jusqu'aux confins de la terre promise.
----------------------------------------------------------------

Le vingtième jour du second mois de la seconde année
après la sortie de l'Egypte, les enfants d'Israël partirent
du désert de Sinaï, arrivèrent en un lieu appelé *Tabera*,
c'est-à-dire incendie, à cause d'une maladie inflammatoire
qui éclata au milieu du peuple, comme une juste punition
de Dieu, parce qu'ils avaient murmuré contre l'Eternel.
C'est aussi en ce lieu que le menu peuple qui était venu
de l'Egypte avec les Israélites, désirant manger de la
*chair*, s'assit en pleurant, et que les enfants d'Israël s'étant
joints à eux, ils commencèrent à dire: Qui nous donnera
de la chair à manger? Nous nous souvenons des
poissons que nous mangions en Egypte, presque pour rien:
les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et
l'ail nous reviennent dans l'esprit. Notre vie est languissante;
nous ne voyons que manne sous nos yeux. Un
vent excité alors par le Tout-Puissant, poussa des nuées
de cailles d'au delà de la mer Rouge, et les fit tomber dans
le camp et autour du camp. Le peuple se levant donc
ramassa durant tout ce jour, la nuit suivante et le lendemain,
une si grande quantité de cailles, que ceux qui en
avaient le moins, en avaient dix mesures. Ils avaient encore
la chair entre les dents, et ils n'avaient pas achevé de
manger cette viande, qu'une maladie affreuse se répandit
parmi le peuple et en dévora un très-grand nombre. C'est
pourquoi ce lieu fut appelé *Kibroth-hattavah*, c'est-à-dire
les Sépulcres de concupiscence, parce qu'ils y ensevelirent
le peuple qui avait désiré de la chair.

[pg 104]
Etant sortis des Sépulcres de la concupiscence, ils vinrent
à Haseroth et de là dans le désert de Pharan, situé
entre Sinaï, la Palestine et le pays d'Edom. De ce lieu
Moïse envoya, au nom de l'Eternel, douze hommes pour
examiner le pays de Chanaan et il leur dit: Montez du
côté du midi; et lorsque vous serez arrivés aux montagnes,
considérez quelle est cette terre, et quel est le peuple qui
l'habite; s'il est fort ou faible; s'il y a peu ou beaucoup
d'habitants. Considérez aussi quelle est la terre, si elle
est bonne ou mauvaise; quelles sont les villes, si elles
ont des murs ou si elles n'en ont point; si le terroir est
gras ou stérile; s'il est planté de bois ou s'il est sans
arbres. Soyez fermes et résolus, et apportez-nous des
fruits de la terre. Ces hommes étant donc partis, considérèrent
le pays de Chanaan et revinrent quarante jours
après. En faisant leur rapport, ces envoyés (Josué et
Caleb exceptés) excitèrent le peuple à la révolte contre
Moïse, en disant: Nous ne pouvons point aller combattre
ce peuple chananéen, parce qu'il est plus fort que
nous. Et ils décrièrent devant les enfants d'Israël le pays
qu'ils avaient vu. Tout le peuple se mit donc à crier, et
pleura toute la nuit, et tous les enfants d'Israël murmurèrent
contre Moïse et Aaron, en disant: Plût à Dieu que
nous fussions morts dans l'Egypte! et puissions-nous périr
dans cette vaste solitude, plutôt que l'Eternel nous fasse
entrer dans ce pays! de peur que nous ne mourions par
l'épée, et que nos femmes et nos enfants ne soient emmenés
captifs. Ne vaut-il pas mieux que nous retournions
en Egypte? Ils commencèrent donc à dire les uns aux
autres: Etablissons-nous un chef, et retournons en
Egypte. Moïse et Aaron rapportèrent alors, au nom de
l'Eternel, ces paroles au peuple d'Israël: Je jure par
[pg 105]
moi-même, dit l'Eternel, que je vous traiterai selon le
souhait que je vous ai entendu faire. Vos corps seront étendus
morts dans ce désert. Vous tous qui avez été comptés
depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, et qui avez murmuré
contre moi, vous n'entrerez point dans cette terre dans
laquelle j'avais juré que je vous ferais habiter, excepté
Caleb fils de Jophoné, et Josué fils de Nun. Mais j'y ferai
entrer vos petits-enfants, dont vous avez dit qu'ils seraient
la proie de vos ennemis, afin qu'ils voient cette terre qui
vous a déplu. Vos enfants seront errants dans ce désert
pendant quarante ans, selon le nombre de quarante jours

pendant lesquels vous avez considéré cette terre, en comptant
une année pour chaque jour. Vous recevrez donc
pendant quarante ans la peine de vos iniquités.

Pendant ces trente-huit ans qui restaient encore à passer
dans le désert, il n'arriva que peu d'événements remarquables.
La révolte de Coré (Corach) fut punie par l'Eternel
d'une manière tout à fait inattendue: la terre s'entr'ouvrit,
et les méchants furent engloutis. Arrivé dans le désert de
Sin, le peuple manquant d'eau s'assembla de nouveau
autour de Moïse et d'Aaron et se révolta. Dieu leur fit
alors sortir de l'eau d'un rocher, en sorte que le peuple
eut à boire. C'est à cette occasion que Moïse et Aaron,
n'ayant pas suivi exactement la volonté de l'Eternel, furent
punis, eux aussi, comme les autres: l'entrée dans la terre
promise leur fut interdite, et la mort prête à les frapper
tous les deux, leur fut annoncée. A la quarantième année
après la sortie d'Egypte, le peuple d'Israël demeura à
Cades où Marie (Miriam) la sœur de Moïse et d'Aaron vint
à mourir. Le roi des Iduméens refusant de laisser passer
Israël par son pays, Moïse se tourna vers l'Est pour pénétrer
dans le pays de Chanaan par la rive gauche du
[pg 106]
Jourdain, au delà de la mer Morte. Ayant décampé de Cades, les
Israélites vinrent à la montagne de Hor, située sur les
confins du pays d'Edom. Aaron y vint à mourir et fut remplacé
dans le pontificat par *Éléazar* son fils. Moïse forcé
de faire la guerre à *Sihan*, roi des Amorrhéens, de même
qu'à *Og*, roi de Basan, les vainquit tous les deux, et donna
leur pays aux enfants de Ruben et de Gad et à la moitié
de la tribu de Manassé qui le sollicitèrent pour y laisser
leurs troupeaux. *Balac*, roi de Moab, effrayé de l'approche
de ce peuple, fit venir un mage, nommé *Bileam*, pour
maudire les Israélites. Voyant que la malédiction prononcée
contre eux ne s'accomplissait point, Bileam conseilla
aux filles de Moab et de Midian de séduire Israël en
l'appelant à leurs sacrifices (dans l'intention peut-être
d'obtenir une alliance) et de l'engager à se consacrer au
culte de Baal-Peor. Effectivement elles réussirent dans
leur dessein: le peuple succomba à leur séduction, et
sacrifia au Baal-Peor (idole moabite dont le culte consistait
en actions immorales et impudiques). Moïse fit alors punir
les coupables, et *Phinéas*, fils d'Eléazar, à la tête de douze
mille hommes, marcha contre ces peuples idolâtres et les
vainquit.

.. class:: center

|
| |4-|

Mort de Moïse.
--------------

Moïse parvenu à l'âge de cent vingt ans, sentant approcher
l'heure de sa mort, prit les mesures nécessaires au bien
de son peuple: il choisit, au nom de l'Eternel, Josué,
fils de Nun, pour son successeur, lui remit devant tout
Israël le commandement sur le peuple et lui dit: Soyez
ferme et courageux; car c'est vous qui ferez entrer ce
[pg 107]
peuple dans le pays que l'Eternel a promis à ses pères,
c'est vous aussi qui le partagerez au sort entre les tribus.
L'Eternel sera avec vous, ne craignez point et ne vous
laissez point intimider. Moïse écrivit donc la loi et la
donna aux prêtres, enfants de Lévi, qui portaient l'arche
de l'alliance, et à tous les anciens d'Israël. Il leur donna
cet ordre: Tous les sept ans, lorsque l'année de la remise
sera venue, et au temps de la fête des tabernacles, quand
tous les enfants d'Israël s'assembleront pour paraître devant
l'Eternel votre Dieu, au lieu que l'Eternel aura choisi,
vous lirez les paroles de cette loi devant tout Israël attentif.
Tout le peuple sera assemblé, tant les hommes que les
femmes, les petits enfants et les étrangers qui se trouveront
dans vos villes, afin qu'en écoutant la loi ils l'apprennent;
qu'ils craignent l'Eternel votre Dieu; qu'ils observent
et accomplissent toutes les ordonnances de cette loi; et
que leurs enfants mêmes qui n'en ont encore aucune connaissance,
puissent les entendre, et craignent l'Eternel
leur Dieu, pendant tout le temps qu'ils demeureront dans
la terre que vous aller posséder au delà du Jourdain.
Après avoir exhorté pour la dernière fois son peuple à
l'amour de la vertu, à la crainte de Dieu et à la fidélité de
son alliance, Moïse bénit tous les enfants d'Israël selon
leurs tribus, et termina par ces paroles si expressives:
Tu es heureux, ô Israël; qui est semblable à toi, ô peuple,
qui trouves ton salut dans l'Eternel, l'Eternel qui te
sert de bouclier pour te défendre et d'épée pour te procurer
une glorieuse victoire!... Moïse monta ensuite sur
la montagne de *Nebo*, et du haut de cette montagne il jeta
un dernier regard sur le pays promis à son peuple et mourut
dans le pays de Moab selon l'ordre de l'Eternel. Nul
homme jusqu'aujourd'hui n'a connu le lieu où il a été
[pg 108]
enseveli. Sa vue ne baissa point et ses forces ne furent point
affaiblies jusqu'au dernier moment de sa vie. Les enfants
d'Israël le pleurèrent dans la plaine de Moab pendant
trente jours. Il ne s'éleva plus dans Israël de prophète
semblable à qui l'Eternel se révélât d'une manière si merveilleuse;
ni qui ait fait des miracles et des prodiges comme
ceux que l'Eternel fit faire par Moïse en Egypte aux yeux
de Pharaon, de ses serviteurs et de tout son royaume; ni
qui ait agi avec un bras si puissant, et qui ait fait des
œuvres aussi grandes et aussi merveilleuses que celles que
Moïse a faites devant tout Israël.

[pg 109]

.. _ib109:

.. _CHAP.IV:

CHAPITRE IV.
============

.. _Depuis la Conquête de Chanaan jusqu'à Saül. (2489-2882).:

.. class:: center

| DEPUIS LA CONQUÊTE DE CHANAAN JUSQU'A SAUL.
|
| (2489-2882.)
|
| |4-|

Entrée du peuple israélite dans la terre promise.
-------------------------------------------------

Après la mort de Moïse, Josué fils de Nun, rempli de
l'esprit de sagesse, fut reconnu pour chef, comme Moïse
l'avait ordonné. Josué fit alors ce commandement aux
préposés du peuple, et leur dit: Passez par le milieu
du camp, et donnez cet ordre au peuple, et dites-leur:
Faites provision de vivres; car dans trois jours vous passerez
le Jourdain, et vous irez prendre possession de la terre
que l'Eternel votre Dieu doit vous donner. Il dit aussi à
ceux de la tribu de Ruben, à ceux de la tribu de Gad, et
à la demi-tribu de Manassé: Souvenez-vous de ce que
vous a ordonné Moïse. (Moïse en leur donnant le pays
de *Sihon* et d'*Og* les avait engagés formellement à ne pas
quitter les autres tribus, mais à les secourir pour la conquête
du pays de Chanaan.) Ils lui répondirent: Nous
[pg 110]
ferons tout ce que vous nous ordonnerez, et nous irons
partout où vous nous enverrez. Comme nous avons obéi
à Moïse en toutes choses, nous vous obéirons aussi. Seulement
que l'Eternel votre Dieu soit avec vous, comme il a
été avec Moïse. Que celui qui contredira les paroles qui
sortiront de votre bouche, et qui n'obéira pas à tout ce
que vous lui ordonnerez, soit puni de mort. Soyez ferme
seulement, et agissez avec un grand courage.

Josué envoya donc secrètement de Schitim deux espions:
il leur dit: Allez et examinez bien le pays et particulièrement
la ville de Jéricho. Ils partirent aussitôt, examinèrent
le pays comme Josué le leur avait ordonné et
revinrent en faisant le rapport demandé. Josué, s'étant
donc levé avant le jour, décampa; et étant sorti de Schitim,
lui et tous les enfants d'Israël, ils vinrent jusqu'au
Jourdain, où ils demeurèrent trois jours. Ce temps expiré,
les hérauts passèrent par le milieu du camp, et commencèrent
à crier: Quand vous verrez l'arche de l'alliance,
les prêtres et les lévites qui la porteront, levez-vous aussi
vous autres, et marchez après eux; et qu'il y ait entre
vous et l'arche un espace de deux mille coudées, afin que
vous puissiez la voir de loin, et connaître le chemin par où
vous irez; parce que vous n'y avez jamais passé; et prenez
garde de ne vous point approcher de l'arche. Josué
dit aussi au peuple: Sanctifiez-vous; car l'Eternel fera
demain des choses merveilleuses parmi vous. Et il dit aux
prêtres: Prenez l'arche de l'alliance, et marchez devant
le peuple. Ils firent ce qu'il leur avait commandé; et
ayant pris l'arche, ils marchèrent devant le peuple. Et
Josué dit encore au peuple: Vous reconnaîtrez à ceci
que l'Eternel, le Dieu vivant, est au milieu de vous, et
qu'il expulsera à vos yeux les Chananéens et les autres
[pg 111]
habitants idolâtres de ce pays. L'arche de l'alliance du
Seigneur de toute la terre marchera devant vous au travers
du Jourdain. Tenez prêts douze hommes des douze tribus
d'Israël, un de chaque tribu. Et lorsque les prêtres qui
portent l'arche auront mis les pieds dans les eaux du Jourdain,
les eaux d'en bas s'écouleront et laisseront le fleuve
à sec; mais celles qui viennent d'en haut s'arrêteront et
demeureront suspendues. Le peuple sortit donc de ses
tentes pour passer le Jourdain; et les prêtres qui portaient
l'arche de l'alliance marchaient devant lui. Et aussitôt que
ces prêtres furent entrés dans le Jourdain, et que l'eau
commença à mouiller leurs pieds (c'était au temps de la
moisson, où le Jourdain regorgeait par-dessus ses bords),
les eaux qui venaient d'en haut s'arrêtèrent en un même
lieu; et s'élevant comme une montagne, elles paraissaient
de bien loin, depuis la ville qui s'appelle Adom jusqu'au
lieu appelé Sarthan; mais les eaux d'en bas s'écoulèrent
dans la mer du désert, qui est appelée maintenant la mer
Morte, jusqu'à ce qu'il n'en restât point du tout. Cependant
le peuple marchait vis-à-vis de Jéricho, et les prêtres
qui portaient l'arche de l'alliance, se tenaient toujours au
même état sur la terre sèche au milieu du Jourdain, et
tout le peuple passait au travers du canal qui était à sec.
Josué dit alors aux douze hommes choisis par les douze
tribus: Allez devant l'arche au milieu du Jourdain, et
que chacun de vous emporte de là une pierre, selon le
nombre des tribus des enfants d'Israël; afin qu'elles servent
de signe et de monument parmi vous; et à l'avenir
quand vos enfants vous demanderont: Que veulent dire
ces pierres? vous leur répondrez: Les eaux du Jourdain
se sont séparées devant l'arche de l'alliance, lorsqu'elle
passait au travers de ce fleuve. C'est pourquoi ces
[pg 112]
pierres ont été mises en ce lieu, pour servir aux enfants
d'Israël de monument éternel. Le peuple fit donc ce que
Josué avait ordonné. Ils prirent du milieu du lit du Jourdain
douze pierres; et les portant jusqu'au lieu où ils
campèrent, ils les y posèrent. Josué mit aussi douze autres
pierres au milieu du lit du Jourdain, où les prêtres qui
portaient l'arche s'étaient arrêtés, et elles y sont demeurées
jusqu'aujourd'hui. Or le peuple sortit du Jourdain le
dixième jour du premier mois (Nisan), et ils campèrent
à Gilgal vers le côté de l'orient de la ville de Jéricho. Josué
posa aussi à Gilgal les douze pierres qui avaient été prises
du fond du Jourdain. Les enfants d'Israël demeurant à
Gilgal y firent la Pâque le quatorzième jour du mois sur
le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain ils mangèrent
les fruits de la terre et des pains sans levain. Et
après qu'ils eurent mangé des fruits de la terre, la manne
cessa, et les enfants d'Israël n'usèrent plus de cette nourriture.

Josué se disposa donc à s'emparer d'une grande partie
de la Palestine méridionale, du centre de ce pays et en
outre de quelques parties de la Palestine septentrionale. Il
commença par la conquête de Jéricho, ville dont il se
rendit maître d'une manière tout à fait merveilleuse. Il fit
alors attaquer la ville d'Aï située dans les environs de Beth-El,
et fit alliance avec les Gibaonites. Il vainquit ensuite
les cinq rois de Jérusalem, d'Hébron, de Jarmoth, de
Lachis et d'Eglon, qui s'étaient tous réunis pour faire la
guerre aux Gibaonites à cause de leur alliance avec Israël,
et il finit par assujettir les peuples alliés habitant le nord
de la Palestine. Mais alors un des premiers préceptes de
la loi de Moïse fut violé. La loi recommandait d'expulser
tous les habitants du pays pour qu'ils ne pussent engager
[pg 113]
les Israélites à quitter l'Éternel et à servir les faux dieux.
Cette ordonnance ne fut point suivie, et beaucoup de
Chananéens, peuples idolâtres, restèrent dans le pays et
demeurèrent au milieu des Israélites.—Sept ans après
l'entrée des Israélites en Palestine, le pays conquis fut
partagé entre les tribus. Le partage des terres se fit par
le sort, eu égard toutefois au nombre des personnes de
chaque tribu et à la qualité du terrain. Chaque tribu occupa
ce qui lui était échu en partage et s'empara de ce qui restait
encore à conquérir. Quarante-huit villes du pays furent
assignées pour demeure aux Lévites qui n'entrèrent point
dans le partage.—Le pays étant ainsi conquis et divisé,
Josué fit venir ceux des tribus de Ruben et de Gad, et la
demi-tribu de Manassé, et il leur dit: Vous avez fait tout
ce que Moïse serviteur de l'Éternel vous avait ordonné:
vous m'avez aussi obéi en toutes choses; et dans un si long
temps vous n'avez point abandonné vos frères jusqu'à ce
jour. Puisque l'Eternel votre Dieu a donné la paix et le
repos à vos frères, selon qu'il avait promis, allez-vous-en,
et retournez dans vos tentes et dans le pays qui est à
vous, que Moïse vous a donné au delà du Jourdain. Ayez
soin seulement d'observer exactement et de garder avec
soin les commandements et la loi que Moïse serviteur de
l'Eternel vous a prescrite, qui est d'aimer l'Eternel votre
Dieu, de marcher dans toutes ses voies, de vous attacher à
lui, et de le servir de tout votre cœur et de toute votre âme.
Josué les bénit ensuite et les renvoya de Silo (Schilo),
endroit où était depuis lors le siége du sanctuaire, et ils
retournèrent à leurs tentes.

[pg 114]

.. class:: center

|
| |sepa|

Josué exhorte les Israélites à observer la loi.
-----------------------------------------------

Or, longtemps après que l'Eternel eut donné la paix à
Israël, et qu'il lui eut assujetti toutes les nations qui l'environnaient,
Josué étant déjà vieux et fort avancé en âge,
fit assembler tout Israël, les anciens, les chefs et les
magistrats, et il leur dit: Je suis vieux, et mon âge est
fort avancé. Vous voyez tout ce que l'Eternel votre Dieu
a fait à toutes les nations qui vous environnent, de quelle
sorte il a lui-même combattu pour vous. Fortifiez-vous donc
de plus en plus, et gardez avec grand soin tout ce qui est
écrit dans le livre de la loi de Moïse, sans vous en détourner
ni à droite ni à gauche; de peur que vous mêlant parmi ces
peuples qui demeureront parmi vous, vous ne juriez au
nom de leurs dieux, et que vous ne les serviez, et ne les
adoriez. Mais attachez-vous à l'Eternel votre Dieu, selon
que vous l'avez fait jusqu'à ce jour. Alors un seul d'entre
vous poursuivra mille de vos ennemis, parce que Dieu
combattra pour vous, comme il l'a promis. Prenez garde
seulement, et ayez soin sur toutes choses d'aimer l'Eternel
votre Dieu. Si vous voulez vous attacher aux erreurs de
ces peuples qui demeurent parmi vous, et vous mêler avec
eux par le lien du mariage, et par une union d'amitié,
sachez dès maintenant que l'Eternel ne les expulsera point
devant vous, mais qu'ils deviendront à votre égard comme
un piége et comme un filet, comme des pointes qui vous
perceront les côtés, et comme des épines dans vos yeux
jusqu'à ce qu'il vous enlève et vous extermine de cette
terre excellente qu'il vous a donnée. Pour moi, je suis
[pg 115]
aujourd'hui sur le point d'entrer dans la voie de toute la
terre; et vous devez considérer avec une parfaite reconnaissance
que tout ce que l'Eternel avait promis de vous
donner, est arrivé sans qu'aucune de ses paroles soit tombée
à terre. Comme donc Dieu a accompli tout ce qu'il vous
avait promis et que tout vous a réussi très-heureusement,
ainsi il fera tomber sur vous tous les maux dont il vous a
menacés, si vous violez l'alliance que l'Eternel a faite avec
vous; si vous servez et adorez des dieux étrangers, vous
serez alors promptement enlevés de cette excellente terre
que Dieu vous a donnée.

.. class:: center

|
| |sepa|

Josué fait assembler le peuple pour la dernière fois.
-----------------------------------------------------

Josué ayant ensuite assemblé toutes les tribus d'Israël à
Sichem, fit venir les anciens, les juges, les magistrats et les
préposés du peuple. Et lorsqu'ils furent tous présentés
devant l'Eternel, Josué leur raconta l'histoire de leurs
pères en disant: Vos pères jusqu'à Tharé, père d'Abraham,
ont habité dans les premiers temps au delà du fleuve d'Euphrate,
et ils ont servi des dieux étrangers. Mais l'Eternel
tira Abraham votre père de la Mésopotamie et l'amena au
pays de Chanaan. Il multiplia sa race.—Et Josué continua
à leur raconter tout ce qu'ils ont fait et tout ce qui leur
est arrivé jusqu'à ce jour. Maintenant donc, dit-il, craignez
l'Eternel, et servez-le avec un cœur parfait et sincère. Si
vous croyez que ce soit un malheur pour vous de servir
l'Eternel, vous êtes dans la liberté de prendre tel parti que
vous voudrez. Choisissez aujourd'hui ce qu'il vous plaira;
[pg 116]
et voyez qui vous devez plutôt adorer, ou les dieux que
vos pères ont servis dans la Mésopotamie, ou les dieux des
Amorrhéens au pays desquels vous habitez; mais pour ce
qui est de moi et de ma maison, nous servirons l'Eternel.
Le peuple lui répondit: A Dieu ne plaise que nous abandonnions
l'Eternel et que nous servions les dieux étrangers.
C'est l'Eternel notre Dieu qui nous a tirés, lui-même, nous
et nos pères du pays d'Egypte, de la maison de servitude;
qui a fait de très-grands prodiges devant nos yeux, qui
nous a gardés dans tout le chemin par où nous avons
marché, et parmi tous les peuples par où nous avons passé.
C'est lui qui a chassé toutes ces nations, et les Amorrhéens
qui habitaient le pays où nous sommes entrés. Nous servirons
donc l'Eternel, parce que c'est lui-même qui est notre
Dieu. Josué répondit alors au peuple: Vous êtes témoins
que vous avez choisi vous-mêmes l'Eternel pour le servir.
Ils lui répondirent: Nous en sommes témoins. Josué fit
donc alliance de la part de l'Eternel en ce jour-là avec le
peuple, et il lui présenta les préceptes et les ordonnances
de l'Eternel *à Sichem* [#]_. Il écrivit aussi toutes ces choses
dans le livre de la loi de l'Eternel, et il prit une très-grande
pierre qu'il mit sous un chêne placé dans le sanctuaire de
l'Eternel, et il dit à tout le peuple: Cette pierre que vous
voyez vous servira de monument et de témoignage qu'elle
a entendu toutes vos promesses de peur qu'à l'avenir vous
ne vouliez le nier, et mentir à l'Eternel votre Dieu.—Il
renvoya ensuite le peuple chacun dans ses terres.

.. [#] Sichem, l'endroit où Josué avait assemblé le peuple, se trouve près
   de Silo où le sanctuaire était alors déposé.

[pg 117]

.. _ib117:

.. class:: center

|
| |sepa|

Mort de Josué et d'Éléazar.
---------------------------

Après cela Josué fils de Nun, _`serviteur de l'Eternel,`
mourut étant âgé de cent dix ans; et ils l'ensevelirent dans
la terre qui lui appartenait à Thamnath-Saré, sur la montagne
d'Ephraïm, vers le septentrion du mont Gaas. Israël
servit l'Éternel pendant toute la vie de Josué et des anciens
qui vécurent longtemps après Josué, et qui savaient toutes
les choses merveilleuses que l'Eternel avait faites dans
Israël. Ils prirent aussi les os de Joseph, que les enfants
d'Israël avaient emportés d'Égypte, et ils les ensevelirent à
Sichem, dans cet endroit du champ que Jacob avait acheté
des enfants d'Hemor père de Sichem, pour cent Kesitah,
et qui fut depuis aux enfants de Joseph. Eléazar fils d'Aaron
mourut aussi, et ils l'ensevelirent sur une colline qui était
à Phinées son fils, et qui lui avait été donnée en la montagne
d'Ephraïm.

.. class:: center

|
| |sepa|

Les juges.
----------

Lorsque Josué et toute sa génération et les anciens qui
avaient été témoins des œuvres merveilleuses que l'Eternel
avait faites dans Israël, furent réunis à leurs pères, il s'en
éleva d'autres en leur place qui ne connaissaient ni l'Eternel,
ni les merveilles qu'il avait faites en faveur d'Israël. Les
enfants d'Israël firent donc le mal à la vue de l'Eternel, et
ils servirent Baal. Ils abandonnèrent le Dieu de leurs pères,
qui les avait tirés du pays de l'Egypte, et ils servirent des
dieux étrangers, les dieux des peuples qui demeuraient
[pg 118]
autour d'eux. Ayant ainsi abandonné l'Éternel, la juste
punition ne tarda pas à venir; Dieu les livra entre les mains
de leurs ennemis, il les vendit aux nations ennemies qui
demeuraient autour d'eux, et ils ne purent résister à ceux
qui les attaquaient. Cependant lorsqu'ils furent réduits à
la plus extrême misère, Dieu leur suscita des juges, pour
les délivrer des mains de ceux qui les opprimaient; car
Dieu écoutait les soupirs des affligés, et les délivrait de ceux
qui les avaient pillés et qui en avaient fait un grand carnage.
Mais après la mort de ces juges, ils retombaient aussitôt
dans leurs péchés, suivaient des dieux étrangers, les servaient
et les adoraient. Demeurant ainsi au milieu des
peuples idolâtres, qu'ils avaient laissés dans les pays, ils
épousèrent leurs filles, et leur donnèrent les leurs en mariage,
et ils adorèrent leurs dieux. Ils firent le mal aux
yeux de l'Eternel et ils oublièrent leur Dieu, adorant
Baalim et Astaroth. L'Éternel les livra donc entre les mains
de Chusan-Rasathaïm roi de Mésopotamie, auquel ils furent
assujettis pendant huit ans. Mais ayant fait pénitence
l'Éternel eut compassion de leurs maux, et il leur suscita
un sauveur qui les délivra, ce fut:

:sidenote:`JUGE 1`:sidenoteup:`er`:sidenote:`.` |nbs2|
*Othoniel* fils de Kenaz, frère puîné de Caleb. L'esprit
de l'Éternel fut en lui, et il jugea Israël. Et s'étant mis
en campagne pour combattre Chusan-Rasathaïm roi de
Syrie, l'Eternel le livra entre les mains d'Othoniel qui le
défit. Le pays demeura en paix durant quarante ans, et
Othoniel fils de Kenaz mourut ensuite. Alors les enfants
d'Israël commencèrent encore à faire le mal aux yeux de
l'Eternel, qui fortifia contre eux Eglon roi de Moab, parce
qu'ils avaient péché devant lui. Ce roi se joignit à Ammon
et Amalec, et s'étant avancé sur eux il défit Israël, et se
rendit maître de la ville des Palmes. Les enfants d'Israël
[pg 119]
furent assujettis à Eglon roi de Moab pendant dix-huit ans.
Après cela ils prièrent l'Éternel, et il leur suscita un sauveur
nommé

.. _Juge2e:

:sidenote:`JUGE 2`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Ehud* fils de Gera. Celui-ci vainquit les Moabites,
après avoir tué leur roi. Moab fut alors humilié sous la
main d'Israël, et le pays demeura en paix pendant quatre-vingts
ans. Après Ehud,

:sidenote:`JUGE 3`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Samgar* fils d'Anath fut en sa place. Celui-ci fut aussi le
défenseur et le libérateur d'Israël.


Les enfants d'Israël recommencèrent cependant encore
à faire le mal aux yeux de l'Éternel et furent livrés entre
les mains de Jabin, roi des Chananéens, qui régna dans
Chazor (ville située dans le district appartenant à la tribu
de Naphthali). Jabin, roi très-puissant, les opprima cruellement
pendant vingt ans. Il avait pour général de son armée
un nommé Sisara. Les enfants d'Israël prièrent donc l'Éternel,
et il les secourut de nouveau. La femme de Lapidoth,
prophétesse nommée

:sidenote:`JUGE 4`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Debora*, jugeait en ce temps-là le peuple d'Israël. Elle
s'asseyait sous un palmier qu'on avait appelé de son nom,
entre Rama et Bethel, sur la montagne d'Ephraïm, et
les enfants d'Israël venaient à elle, pour faire juger tous
leurs différends. Elle envoya donc vers Barac fils d'Abinoëm
de Cedès de Naphthali et l'ayant fait venir, elle lui
dit: Allez, et menez l'armée sur la montagne de Thabor.
Prenez avec vous dix mille combattants des enfants de
Naphthali et des enfants de Zabulon. Quand vous serez
au torrent de Cison, Dieu vous amènera Sisara général de
l'armée de Jabin avec ses chariots et toutes ses troupes,
et il vous les livrera entre les mains. Barac lui répondit:
Si vous venez avec moi, j'irai; si vous ne voulez point
venir, je n'irai point. Debora lui dit: Je veux bien aller
[pg 120]
avec vous; mais la victoire pour cette fois ne vous sera
point attribuée, parce que Sisara sera livré entre les mains
d'une femme. Debora partit donc aussitôt, et s'en alla à
Cedés avec Barac; lequel ayant fait venir ceux de Zabulon
et de Naphthali, marcha avec dix mille combattants, étant
accompagné de Debora. En même temps Sisara fut averti
que Barac fils d'Abinoëm s'était avancé sur la montagne de
Thabor. Et il fit assembler ses neuf cents chariots armés
de faux, et fit marcher toute son armée au torrent de
Cison. Alors Debora dit à Barac: Courage; car voici le
jour où l'Éternel a livré Sisara entre vos mains; c'est
l'Eternel qui vous conduit. Barac descendit donc de la montagne
de Thabor, et dix mille combattants avec lui. En
même temps l'Eternel frappa de terreur Sisara, tous ses
chariots et toutes ses troupes aux yeux de Barac; de sorte
que Sisara sautant de son chariot en bas, s'enfuit à pied.
Barac poursuivit les chariots qui s'enfuyaient et toutes les
troupes et les battit complétement. Sisara voulant se sauver
dans une maison _`y fut tué` par une femme. Dieu confondit
donc en ce jour-là Jabin roi de Chanaan devant les
enfants d'Israël, qui devenant chaque jour plus puissants, se
fortifièrent de plus en plus contre Jabin roi de Chanaan, et
l'accablèrent jusqu'à ce qu'il fût ruiné entièrement. En ce
jour-là Debora et Barac, fils d'Abinoëm, chantèrent un
cantique en l'honneur de l'Eternel, sauveur d'Israël. Le
pays demeura ensuite en paix pendant quarante ans.

Les enfants d'Israël commencèrent de nouveau à faire
mal aux yeux de l'Éternel, et il les livra pendant sept ans
entre les mains des Midianites. Ces peuples les tinrent dans
une si grande oppression, qu'ils furent obligés de se retirer
dans les antres et dans les cavernes des montagnes, et
dans les lieux les plus fortifiés pour pouvoir résister aux
[pg 121]
Midianites. Lorsque les Israélites avaient semé, les Midianites,
les Amalécites et les autres peuples de l'Orient
venaient sur leurs terres, dressaient leurs tentes, ruinaient
tous les grains et ne laissaient aux Israélites rien de tout
ce qui était nécessaire à la vie. Israël fut donc extrêmement
humilié sous Midian. Et il pria l'Éternel, lui demandant secours
contre les Midianites. Alors l'Eternel leur envoya un
prophète qui leur dit: «Voici ce que dit l'Eternel le Dieu
d'Israël: Je vous ai fait sortir d'Egypte, et je vous ai tirés
d'un séjour de servitude: je vous ai délivrés de la main
des Egyptiens, et de tous les ennemis qui vous affligeaient:
j'ai chassé les Amorrhéens de cette terre à votre entrée,
je vous ai donné le pays qui était à eux. Et je vous ai dit:
Je suis l'Eternel votre Dieu, ne craignez point les dieux des
Amorrhéens dans le pays duquel vous habitez: cependant
vous n'avez point voulu écouter ma voix.—Or l'Eternel ayant
pitié d'Israël lui envoya encore une fois un sauveur, nommé:

:sidenote:`JUGE 5`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Gidéon* fils de Joas. C'est aussi à ce libérateur que Dieu
révéla d'une manière merveilleuse sa volonté céleste.
Cet homme commença par détruire l'autel de Baal (c'est
pourquoi il fut aussi appelé *Jerobaal*), et construisit
un autel à l'Eternel, Dieu d'Israël. Or tous les Midianites,
les Amalécites et les peuples d'Orient se joignirent ensemble;
et ayant passé le Jourdain, ils vinrent se camper dans
la vallée de Jezraël. En même temps l'esprit de l'Éternel
remplit Gidéon, qui sonnant de la trompette assembla
toute la maison d'Abiezer, sa famille, afin qu'elle le suivît.
Il envoya aussi des gens dans toute la tribu de Manassé qui
le suivit aussi, et il en envoya d'autres dans la tribu d'Aser,
de Zabulon et de Naphthali: et ceux de ces tribus vinrent
au-devant de lui. Gidéon se leva donc et vint accompagné
de tout le peuple se camper à une fontaine nommée
[pg 122]
Charod. Quant aux Midianites, ils étaient campés dans la vallée,
vers le côté septentrional de la colline appelée Moreh. C'est
en ce lieu que Gidéon congédia une grande partie de son
armée, de sorte qu'il ne lui resta que trois cents hommes.
Gidéon en agissant ainsi se conforma à la volonté divine,
pour montrer aux Israélites que ce n'est que la main de Dieu
qui les secourt. La nuit suivante, Gidéon accompagné de
son serviteur Phura, s'en alla secrètement à l'endroit du
camp où étaient les sentinelles de l'ennemi. Et lorsqu'il se
fut approché du camp, il entendit un soldat qui contait son
songe à un autre, et qui lui rapportait ainsi ce qu'il avait
vu: J'ai eu un songe, disait-il, et il me semblait que je
voyais comme un pain d'orge cuit dans la cendre, qui roulait
en bas et descendait dans le camp des Midianites; et y
ayant rencontré une tente, il l'ébranla, la renversa par
terre. Celui à qui il parlait lui répondit: Tout cela n'est
autre chose que l'épée de Gidéon fils de Joas Israélite;
parce que l'Éternel lui a livré entre les mains les Midianites
avec toute leur armée. Gidéon ayant entendu ce songe et
l'interprétation qui en avait été donnée, adora Dieu. Et
étant retourné au camp d'Israël, il dit aux siens: Allons
promptement; car l'Eternel a livré entre nos mains le
camp de Midian. Et ayant divisé ses trois cents hommes
en trois bandes, il leur donna des trompettes à la main et
des pots de terre vides avec des lampes au milieu des pots,
et il leur dit: Faites ce que vous me verrez faire. J'entrerai
par un endroit du camp: faites tout ce que je ferai. Quand
vous me verrez sonner de la trompette que j'ai en main,
sonnez de même de la trompette tout autour du camp, et
criez tous ensemble: Pour l'Éternel et pour Gidéon!
Gidéon suivi de ses hommes entra donc par un endroit du
camp au commencement de la veille du milieu de la nuit.
[pg 123]
Et les gardes s'étant réveillés, Gidéon et ses gens commencèrent
à sonner de la trompette, et à heurter leurs pots
de terre les uns contre les autres. Faisant donc autour du
camp en trois endroits différents un bruit terrible, et ayant
rompu leurs pots de terre, ils tinrent leurs lampes de la
main gauche, et de la droite les trompettes dont ils sonnaient,
et crièrent tous ensemble: Pour l'Eternel et pour
Gidéon! Chacun resta à son poste autour du camp des ennemis.
Aussitôt le camp des Midianites se trouva tout en
désordre; ils jetèrent de grands cris, et ils s'enfuirent
tous. Les trois cents hommes continuèrent à sonner de la
trompette, et les ennemis tournèrent leurs épées les uns
contre les autres, et ils s'entre-tuèrent. Ils s'enfuirent jusqu'à
Bethsetta et jusqu'au bord d'Abelmehula en Tebbath.
Mais les enfants d'Israël des tribus de Naphthali et d'Aser,
et tous ceux de la tribu de Manassé se rassemblèrent et
poursuivirent les Midianites. Et Gidéon envoya des gens
sur toute la montagne d'Ephraïm, pour dire au peuple:
Marchez au-devant des Midianites, et saisissez-vous des
eaux jusqu'à Bethbera et de tous les passages du Jourdain.
C'est par suite de cet avis que l'ennemi fut complétement
battu. Gidéon ne se reposa qu'après avoir rejoint les princes
des armées ennemies et les avoir faits prisonniers. Les Midianites
furent donc humiliés devant les enfants d'Israël,
et ils ne purent plus lever la tête. Le pays demeura en paix
pendant quarante ans du temps de Gidéon. Après cette victoire
remportée sur Midian, tous les enfants d'Israël dirent
à Gidéon: Soyez notre prince, et commandez-nous, vous,
votre fils et le fils de votre fils, parce que vous nous avez
délivrés des mains des Midianites. Gidéon leur répondit:
Je ne serai point votre prince, et je ne vous commanderai
point, ni moi, ni mon fils, mais ce sera l'Éternel qui sera
[pg 124]
votre prince et qui vous commandera. Gidéon avait soixante
et dix fils, parce qu'il avait plusieurs femmes: et une autre
femme qu'il avait à Sichem, eut de lui un fils nommé Abimelech.
Gidéon fils de Joas mourut enfin dans une heureuse
vieillesse, et il fut enseveli dans le sépulcre de Joas son
père à Ephra. Après la mort de Gidéon, les enfants d'Israël
se détournèrent du culte de Dieu, et se prostituèrent à
l'idolâtrie de Baal. Ils oublièrent l'Éternel leur Dieu, qui
les avait délivrés des mains de tous leurs ennemis, dont ils
étaient environnés. Ils n'usèrent point de miséricorde envers
la maison de Gidéon, pour reconnaître tout le bien
qu'il avait fait à Israël.

:sidenote:`JUGE 6`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
Alors *Abimelech*, fils de Gidéon, s'en alla à Sichem
trouver les frères de sa mère, et tous ceux de sa famille,
et il leur parla à tous en ces termes: Représentez ceci,
leur dit-il, à tous les habitants de Sichem: Lequel est le
meilleur pour vous, ou d'être dominés par soixante et dix
hommes, tous enfants de Jerabaal, ou de n'avoir qu'un
seul homme qui vous commande? Et de plus, considérez
que je suis votre chair et votre sang. Tous les parents de
sa mère ayant donc parlé de lui en cette manière à tous
les habitans, ils gagnèrent leur cœur et leur affection pour
Abimelech. Ils lui donnèrent alors soixante et dix sicles
d'argent, qu'ils prirent du temple de Baal-berith. Abimelech
avec cet argent leva une troupe de gens misérables
et vagabonds qui le suivirent; et, étant venu en la maison
de son père, à Ephra, il tua sur une même pierre les
soixante-neuf fils de Jerobaal, ses frères: et de tous les
enfans de Jerobaal il ne resta que Joatham, le plus jeune
de tous, que l'on cacha. Alors tous les habitans de Sichem
s'étant assemblés avec toutes les familles de la ville de
Millo, allèrent établir roi Abimelech près du chêne qui
[pg 125]
est à Sichem. Joatham en ayant reçu la nouvelle, s'en alla
au haut de la montagne de Garizim, où, se tenant debout,
il cria à haute voix, et parla de cette sorte (voici une des
plus belles et des plus anciennes paraboles): Écoutez-moi,
habitants de Sichem, comme vous voulez que Dieu vous
écoute. Les arbres s'assemblèrent un jour pour s'élire un
roi, et ils dirent à l'olivier: Soyez notre roi. L'olivier leur
répondit: Puis-je abandonner mon suc et mon huile par
laquelle on honore Dieu et les hommes, pour venir m'établir
au-dessus des arbres? Les arbres dirent ensuite au
figuier: Venez régner sur nous. Le figuier leur répondit:
Puis-je abandonner la douceur de mon suc et l'excellence
de mes fruits, pour venir m'établir au-dessus des arbres?
Les arbres s'adressèrent encore à la vigne, et lui dirent:
Venez prendre le commandement sur nous. La vigne leur
répondit: Puis-je abandonner mon vin qui est la joie de
Dieu et des hommes, pour venir m'établir au-dessus des
arbres? Enfin tous les arbres dirent au buisson: Venez,
vous serez notre roi. Le buisson leur répondit: Si vous
m'établissez véritablement pour votre roi, venez vous reposer
sous mon ombre; si vous ne le voulez pas, que le
feu sorte du buisson et qu'il dévore les cèdres du Liban.
Considérez donc maintenant si vous avez agi avec justice
et innocence en établissant ainsi Abimelech pour votre
prince; si vous avez bien traité Jerobaal et sa maison; si
vous avez reconnu, comme vous le deviez, les grands services
de celui qui a combattu pour vous, et qui a exposé
sa vie à tant de périls pour vous délivrer des mains des
Midianites; et si vous avez dû vous élever, comme vous
l'avez fait, contre la maison de mon père, en tuant ses
soixante-neuf fils, et en établissant Abimelech, fils de
sa servante, pour prince des habitants de Sichem, parce
[pg 126]
qu'il est votre frère. Si donc vous avez traité comme vous
deviez Jerobaal et sa maison, et que vous ne lui ayez point
fait d'injustice, qu'Abimelech soit votre bonheur, et puissiez-vous
être aussi le bonheur d'Abimelech. Mais si vous
avez agi contre toute justice, que le feu sorte d'Abimelech,
qu'il consume les habitans de Sichem et la ville de Millo; et
que le feu sorte des habitants de Sichem et de la ville de Millo,
et qu'il dévore Abimelech... Ayant dit ces paroles, il s'enfuit,
et s'en alla à Bera, où il demeura, parce qu'il craignait
Abimelech, son frère. Abimelech fut donc prince d'Israël
pendant trois ans. Mais Dieu envoya un esprit de haine et
d'aversion entre Abimelech et les habitants de Sichem, qui
commencèrent bientôt à le détester. Ils lui dressèrent des
embûches; un homme qui s'appelait Gaal, se mit à la tête
de la révolte, Abimelech le vainquit, attaqua la ville, et
l'ayant prise, il en tua tous les habitants, et la détruisit
d'une telle sorte, qu'il sema du sel au lieu où elle avait été.
Abimelech marcha de là vers la ville de Thèbes, située à
trois lieues de distance, l'investit et l'assiégea avec son armée,
et la prit. Il y avait au milieu de la ville, une haute
tour, où tous les principaux de la ville, hommes et femmes,
s'étaient réfugiés: ils en avaient fermé et barricadé
la porte et étaient montés sur le haut de la tour pour se
défendre par les créneaux. Abimelech était au pied de la
tour combattant vaillamment; et, s'approchant de la porte,
il tâchait d'y mettre le feu. En même temps, une femme jetant
d'en haut un morceau d'une meule de moulin, cassa
la tête à Abimelech, et lui en fit sortir la cervelle. Aussitôt
il appela son écuyer, et lui dit: Tirez votre épée, et tuez-moi,
de peur qu'on ne dise que j'ai été tué par une femme.
L'écuyer, faisant ce qu'il lui avait commandé, le tua. Abimelech
étant mort, tous ceux d'Israël qui étaient avec lui
[pg 127]
retournèrent chacun en sa maison. Ainsi Dieu rendit à Abimelech
le mal qu'il avait commis contre son père, en tuant
ses soixante-neuf frères. Les Sichimites aussi reçurent la
punition de ce qu'ils avaient fait; et la malédiction que Joatham,
fils de Jerobaal, avait prononcée, tomba sur eux.

:sidenote:`JUGE 7`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
Après Abimelech, *Thola*, fils de Phua, de la tribu d'Issachar,
et qui demeurait à Schamir, en la montagne d'Ephraïm,
fut établi chef d'Israël; et après avoir jugé Israël pendant
vingt-trois ans, il mourut, et fut enseveli dans Schamir.

:sidenote:`JUGE 8`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Jaïr* de Galaad lui succéda, et il fut juge dans Israël
pendant vingt-deux ans. Jaïr mourut depuis, et fut enseveli
au lieu appelé Camon. Alors les enfants d'Israël recommencèrent
à commettre des crimes, firent le mal aux yeux
de l'Eternel, et adorèrent les idoles de Baal et d'Astaroth,
et les dieux de Syrie et de Sidon, de Moab, des enfants
d'Ammon et des Philistins; ils abandonnèrent l'Eternel et
cessèrent de l'adorer. La juste punition de Dieu ne tarda
donc pas à venir, l'Eternel les livra entre les mains des
Philistins et des enfants d'Ammon, qui les affligèrent en les
opprimant pendant dix-huit ans. Et lorsque les enfants d'Israël
reconnurent leurs péchés, abandonnèrent la mauvaise
voie et retournèrent à l'Eternel, le seul vrai Dieu, l'Eternel
fut de nouveau avec eux et leur suscita un sauveur qui
les délivra des mains de leurs oppresseurs.

:sidenote:`JUGE 9`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
Cet homme s'appelait *Jephté* (Jiphtach). Comme les
enfants d'Ammon combattaient contre Israël et le pressaient
vivement, les anciens de Galaad allèrent trouver
Jephté au pays de Tob, pour le faire venir à leur
secours. Il commença par envoyer des ambassadeurs au
roi des enfants d'Ammon en lui faisant remarquer l'injustice
de ses prétentions et des guerres qu'il ne cessait de
faire aux enfants d'Israël. Mais, voyant que ce roi ne
[pg 128]
voulait point se rendre à ces représentations amicales, Jephté
s'avança à la tête de son armée, passant de Mispha en
Galaad jusqu'aux enfants d'Ammon, et fit à l'Eternel ce
vœu inconsidéré: Dieu, si vous livrez entre mes mains les
enfants d'Ammon, je vous consacrerai le premier qui sortira
de la porte de ma maison, et qui viendra au-devant
de moi, lorsque je retournerai victorieux du pays des enfants
d'Ammon, et je vous offrirai un holocauste. Jephté
passa ensuite dans les terres des enfants d'Ammon pour les
combattre; et l'Eternel les livra entre ses mains. Il prit et
ravagea vingt villes depuis Aroër jusqu'à Mennith. Les enfants
d'Ammon perdirent dans cette défaite un grand nombre
d'hommes, et ils furent désolés par les enfants d'Israël.
Mais lorsque Jephté revenait dans sa maison, sa fille unique,
vint au-devant de lui en dansant au son des tambours.
Jephté l'ayant vue, déchira ses vêtements, et dit: Ah! malheureux
que je suis! ma fille, vous m'avez affligé, vous êtes
au nombre de ceux qui me ruinent; car j'ai fait vœu à l'Eternel
de lui offrir ce qui se présenterait à moi, et je ne
puis faire autre chose que ce que j'ai promis. Sa fille lui répondit:
Mon père, si vous avez fait un vœu à l'Eternel,
faites de moi tout ce que vous avez promis, après la grâce
que vous avez reçue de vous défaire de vos ennemis, et de
remporter sur eux une si grande victoire. Accordez-moi
seulement, ajouta-t-elle, la prière que je vous fais: Laissez-moi
aller sur les montagnes pendant deux mois, afin que
je pleure ma virginité avec mes compagnes. Jephté lui répondit:
Allez; et il la laissa libre pendant ces deux mois.
Elle alla donc avec ses compagnes et ses amies, et pleura
sa virginité sur les montagnes. Après les deux mois elle revint
trouver son père, et il accomplit le vœu qu'il avait fait
à l'égard de sa fille. En effet, elle ne connut point d'homme
[pg 129]
(il lui fut défendu de se marier). De là vint la coutume qui
s'est toujours depuis observée en Israël, que toutes les
filles d'Israël s'assemblent une fois l'année, pour pleurer
la fille de Jephté de Galaad pendant quatre jours.—Jephté
jugea le peuple d'Israël pendant six ans, et il mourut ensuite,
et fut enseveli dans une des villes de Galaad.

:sidenote:`JUGE 10`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Abezan* (Ibzan) de Beth-lehem fut après lui juge d'Israël;
et après avoir jugé Israël pendant sept ans, il mourut et
fut enseveli dans Beth-lehem.

:sidenote:`JUGE 11`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Ahialon* (Elon) de Zabulon lui succéda, et il jugea Israël
pendant dix ans; et, étant mort, il fut enseveli à Ahialon,
dans le pays de Zabulon.

:sidenote:`JUGE 12`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Abdon*, fils d'Illel de Pharathon, fut après lui juge
d'Israël pendant huit ans; et étant mort, il fut enseveli à
Pharathon, au pays d'Ephraïm, sur la montagne d'Amalec.
Les enfants d'Israël commirent encore le mal aux yeux de
l'Éternel, qui les livra aux mains des Philistins pendant quarante
ans. Alors il appela cette fois encore un héros à leur
secours pour les affranchir du joug accablant des Philistins.

:sidenote:`JUGE 13`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.` |nbs2|
*Samson* (Schimschon) était le nom de ce héros. Cet
homme était doué d'une force si prodigieuse qu'un jour il
mit en pièces un jeune lion furieux qui venait à lui. Il causa
beaucoup de pertes aux Philistins en leur faisant continuellement
la guerre. Un jour il prit trois cents renards
qu'il lia deux à deux par la queue en y attachant des flambeaux,
et, les ayant allumés, il chassa les renards, afin
qu'ils courussent de tous côtés. Ils allèrent courir au travers
des blés des Philistins, et y ayant mis le feu, les blés
qui étaient déjà en gerbes, et ceux qui étaient encore sur
pied, furent brûlés; et le feu même se mettant dans les
vignes et dans les plants d'oliviers, consuma tout. Une
autre fois il tua mille hommes, armé seulement d'une
[pg 130]
mâchoire d'âne. Il prit, un jour, les deux portes de la ville
d'Aza, les mit sur ses épaules, et les porta sur le haut d'une
montagne voisine.

Après avoir ainsi vengé son peuple des Philistins, il se
laissa entraîner par une femme des Philistins, nommée
Délila, qui le trompa en lui arrachant le secret de sa force
surnaturelle. Comme cette femme l'importunait sans cesse,
il ne put lui résister, et lui découvrant son secret, il lui dit:
Le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, parce que je suis
nazaréen, c'est-à-dire, consacré à Dieu dès le ventre de ma
mère. Si l'on me rase la tête, toute ma force m'abandonnera,
et je deviendrai faible comme les autres hommes.
Elle attendit donc qu'il se fût endormi, fit alors raser les
sept touffes de ses cheveux et le livra de cette manière
aux mains des Philistins ses ennemis. Ceux-ci l'ayant pris, lui
arrachèrent aussitôt les yeux; et, l'ayant mené à Aza chargé
de chaînes, ils l'enfermèrent dans une prison, où ils lui firent
tourner la meule d'un moulin. Or, ses cheveux commençaient
déjà à revenir, Samson ayant alors prié l'Éternel de
lui rendre sa première force, il prit les deux colonnes d'une
maison dans laquelle beaucoup de Philistins s'étaient assemblés
pour faire des festins de réjouissance à leur dieu Dagon,
et s'étant emparé de ces deux colonnes sur lesquelles la
maison était appuyée, il les ébranla fortement et la maison
tomba sur tous ces Philistins et sur Samson lui-même. Ses
frères et tous ses parents étant venus en ce lieu, prirent
son corps, et l'ensevelirent entre Saraa et Esthaol, dans le
sépulcre de son père Manué (Manoach), après qu'il eut été
juge d'Israël pendant vingt ans.

[pg 131]


.. class:: center

|
| |sepa|

.. _Remarque:

REMARQUE GÉNERALE.
------------------

.. class:: center

| |4-|


État du peuple israélite à l'époque des juges.
----------------------------------------------

Dans ce temps-là, comme nous venons de le voir, il n'y
avait pas encore de rois en Israël; chacun faisait ce que
bon lui semblait. Or partout où la religion et la justice
ne sont protégées par aucun pouvoir, le méchant fait ce
qu'il veut, et toute la société humaine tombe dans l'iniquité
et la honte. La nation manquait d'unité; des tribus,
des villes même agissaient de leur propre autorité. L'arche
d'alliance déposée par Josué à Silo, n'était pas en état
seule de maintenir le peuple dans son ensemble. Il y en
avait très-peu qui se rendissent à Silo avec leurs offrandes;
on préférait sacrifier dans la localité 
_`sans l'assistance des prêtres.`
Il en résulta que ceux-ci s'appauvrirent, l'enseignement
de la loi de Dieu ne se donna plus, la plus
grande ignorance et l'oubli de Dieu se répandirent partout,
et ce qui avait particulièrement contribué à ce résultat,
c'était la faiblesse qu'on avait montrée à l'égard des peuples
idolâtres en ne les dépossédant pas du pays, d'après
la volonté de l'Éternel dans la loi de Moïse. Il est donc
évident par tout cela, qu'Israël devait nécessairement se
trouver dans un triste état, et c'est en nous rappelant
seulement quelques événements arrivés à cette époque,
que nous en reconnaissons la profonde dépravation. Ainsi
le *simulacre de Micha*; *l'abomination des Benjaminites*.
[pg 132]
Il fut donc déterminé par la sagesse divine que cette condition
devait cesser, et en effet elle ne se prolongea que
pendant la vie du juge suivant, l'avant-dernier et dont le
nom était *Éli*, pontife. |nbs2|
:sidenote:`JUGE 14`:sidenoteup:`e`:sidenote:`.`

C'était un homme pieux, mais sans énergie, hors
d'état d'arrêter l'impiété et la méchanceté de ses propres
fils; il était insensible à leur conduite, et quand le
peuple s'en plaignait, ils en étaient quittes pour une légère
réprimande. Aussi Dieu fit annoncer de grands malheurs à
Éli et à sa maison. Ces malheurs arrivèrent en effet; car
lorsque, peu de temps après, la guerre eut éclaté entre les
Philistins et les Israélites, ceux-ci furent vaincus, l'arche
d'alliance, qu'ils avaient fait chercher à Silo pour les
accompagner dans la guerre, prise par l'ennemi, et les
deux fils d'Éli tués au milieu du combat. Le jour même
un homme de la tribu de Benjamin, échappé du combat,
vint en courant à Silo. Il avait ses habits déchirés et sa
tête couverte de poussière. Au moment que cet homme
arrivait, Éli était assis sur son siége et tourné vers le chemin:
car son cœur tremblait de crainte pour l'arche de
Dieu. Cet homme étant donc entré dans la ville, et ayant
dit les nouvelles du combat, il s'éleva des cris lamentables
parmi tout le peuple. Éli, à ces nouvelles, tomba de son
siége à la renverse et mourut. Il avait alors quatre-vingt-dix-huit
ans: ses yeux s'étaient obscurcis, et il ne pouvait
plus voir. Éli avait jugé Israël pendant quarante ans.

Les Philistins ayant donc pris l'arche de Dieu, la déposèrent
dans le temple de Dagon. Or la main de l'Éternel
s'appesantit sur eux, et les réduisit à une extrême désolation.
Dieu les frappa de différentes maladies. Les Philistins
attribuant ces malheurs à une punition divine, à l'arche
d'alliance qui se trouvait parmi eux, la renvoyèrent aux
[pg 133]
enfants d'Israël, à Cariath-iarim. Les habitants de Cariath-iarim
la mirent dans la maison d'Abinadab à Gabaa, et
consacrèrent son fils Eléazar, afin qu'il gardât l'arche de
l'Éternel. Il s'était passé beaucoup de temps depuis que
l'arche de Dieu demeurait à Cariath-iarim; il y avait déjà
vingt ans, lorsque toute la maison d'Israël commença à
chercher son repos dans l'Éternel.

.. class:: center

| *Samuël, quinzième et dernier juge d'Israël.*

Samuël, ce vrai serviteur de l'Éternel, fut dès son enfance
consacré par ses parents au service de Dieu. Il fut élevé
dans la maison d'Éli, et quoique jeune encore, l'Éternel
daigna lui faire connaître par une vision qu'il devait annoncer
à Éli la ruine de sa maison. Il se distingua dans l'accomplissement
de ses fonctions plus qu'aucun des juges
ses prédécesseurs. Il inspira aux Israélites un saint amour
et de la confiance en Dieu, rétablit le culte dans sa pureté
primitive, instruisit le peuple dans les préceptes de la loi
et, ce qui est peut-être le premier de ses mérites, il institua
des *écoles de prophètes* dans lesquelles des jeunes gens
capables étaient instruits dans la doctrine de la religion
et dans d'autres connaissances utiles, mais principalement
dans la poésie et dans l'art de chanter des hymnes religieuses.

En ces jours qu'Israël avait commencé à chercher son
repos dans l'Éternel, Samuël, connu par tout Israël comme
étant le fidèle prophète de l'Éternel, dit à toute la maison
d'Israël: «Si vous revenez à l'Éternel de tout votre cœur,
ôtez du milieu de vous les dieux étrangers Baal et Astaroth:
tenez vos cœurs prêts à obéir à l'Éternel, et ne
servez que lui seul; et il vous délivrera de la main des
[pg 134]
Philistins. Les enfants d'Israël rejetèrent donc Baal et
Astaroth, et ne servirent que l'Éternel. Et Samuël leur dit:
Assemblez tout Israël à Masphath (Mizpah), afin que je
prie l'Eternel pour vous. Et ils s'assemblèrent à Masphath,
ils se purifièrent de leur idolâtrie, jeûnèrent ce jour-là
et se repentirent de leurs péchés devant Dieu. Or Samuël
jugea les enfants d'Israël à Masphath.

Les Philistins ayant appris _`que les enfants d'Israël`
s'étaient assemblés à Masphath, leurs princes marchèrent
contre Israël; ce que les enfants d'Israël ayant appris, ils
eurent peur des Philistins. Et ils dirent à Samuël: Ne
cessez point d'invoquer pour nous l'Eternel notre Dieu,
afin qu'il nous sauve de la main des Philistins. Samuël
offrit alors un sacrifice à l'Eternel, le pria pour Israël, et
l'Éternel l'exauça. Lorsque Samuël offrait son holocauste,
les Philistins commencèrent le combat contre Israël, et
l'Éternel fit éclater en ce jour-là son tonnerre avec un
bruit épouvantable sur les Philistins, et les frappa de terreur.
Ainsi ils furent défaits par Israël. Les Israélites étant
sortis de Masphath, poursuivirent les Philistins jusqu'au
lieu qui est au-dessous de Bethchar. Et Samuël prit une
pierre qu'il mit entre Masphath et Sen; et il appela ce
lieu la Pierre de secours, en disant: L'Eternel est venu
jusqu'ici à notre secours. Les Philistins furent alors humiliés,
et ils n'osèrent plus venir sur les terres d'Israël. Car
la main de l'Eternel fut sur les Philistins tant que Samuël
gouverna le peuple. Samuël jugea Israël pendant tous les
jours de sa vie. Il alla tous les ans à Bethel, à Galgala et
à Masphath, et il y rendait la justice à Israël. Il retournait
de là à Ramatha, qui était le lieu de sa demeure, et où il
jugeait aussi le peuple. Il y bâtit même un autel à l'Eternel.

[pg 135]

.. _CHAP.V:


CHAPITRE V.
===========

.. _Histoire du peuple Israélite sous les rois Saül, 
   David et Salomon. (2882-2964).:

.. class:: center

| HISTOIRE DU PEUPLE ISRAÉLITE SOUS LES ROIS
| SAUL, DAVID ET SALOMON.
|
| |sepa|
|
| (2882-2964.)


Samuël étant devenu vieux, établit ses enfants pour
juges sur Israël. Son fils aîné s'appelait Joël, et le second
Abia. Ils exerçaient les fonctions de juges dans Bersabée.
Mais ils ne marchèrent point dans les voies de leur père;
ils se laissèrent corrompre par l'avarice, reçurent des
présents, et rendirent des jugements injustes. Tous les
anciens d'Israël s'étant donc assemblés, vinrent trouver
Samuël à Ramatha, et lui dirent: Vous voilà devenu
vieux, et vos enfants ne marchent point dans vos voies.
Établissez donc sur nous un roi, comme en ont toutes
les nations, afin qu'il nous juge. Cette proposition déplut
à Samuël, mais obéissant à la voix de Dieu, il céda à leur
[pg 136]
demande, et *Saül*, fils de Cis (Kisch), de la tribu de Benjamin,
campagnard, fut élu roi d'Israël. Le prophète Samuël
ayant fait la connaissance de cet homme d'une manière
tout à fait extraordinaire, assembla le peuple, jeta le sort
sur toutes les tribus d'Israël et le sort tomba sur la tribu
de Benjamin, sur la personne de Saül, fils de Cis. On le
chercha donc, mais il ne se trouva point. Sa modestie était
si grande, qu'à la nouvelle de son élection il se cacha dans
sa maison. On y courut donc, on le prit et on l'emmena;
et lorsqu'il fut au milieu du peuple, il parut plus grand
que tous les autres de toute la tête. Samuël dit alors au
peuple: Vous voyez quel est celui que Dieu a choisi, et
qu'il n'y en a point dans tout le peuple qui lui soit semblable.
Et tout le peuple s'écria: Vive le roi. Samuël
prononça ensuite devant le peuple la loi du royaume, qu'il
écrivit dans un livre et il la mit en dépôt devant l'Eternel.
Après cela Samuël renvoya tout le peuple, chacun chez
soi. Saül s'en retourna aussi chez lui à Gabaa, accompagné
d'une partie de l'armée, ceux dont Dieu avait touché le
cœur. Mais il y avait aussi parmi eux des gens d'une basse
condition qui commencèrent à dire: Comment celui-ci
pourrait-il nous sauver? Et ils le méprisèrent, et ne lui
firent point de présents; mais Saül feignait de ne pas les
entendre.

Quelque temps après, Naas (Nachasch) roi des Ammonites
se mit en campagne et attaqua Jabès en Galaad. Les
habitants de cette ville dirent à Naas: Recevez-nous à composition,
et nous vous serons assujettis. Mais Naas leur
répondit: La composition que je ferai avec vous, sera de
vous arracher à tous l'œil droit, et de vous rendre l'opprobre
de tout Israël. Saül entendit ce rapport lorsqu'il retournait
de la campagne en suivant ses bœufs. Or, l'esprit de
[pg 137]
l'Eternel se saisit de lui, il prit ses deux bœufs, les coupa
en morceaux, et les envoya par les courriers de Jabès
dans toutes les terres d'Israël, en disant: C'est ainsi qu'on
traitera les bœufs de tous ceux qui ne se mettront point en
campagne pour suivre Saül et Samuël. Alors le peuple fut
frappé de la crainte de l'Eternel, et ils sortirent tous en
armes, comme s'ils n'eussent été qu'un seul homme. Saül
en ayant fait la revue à Bezech, il se trouva dans son armée
trois cent mille hommes des enfants d'Israël, et trente
mille de la tribu de Juda. Saül s'avança à leur tête, marcha
contre les Ammonites, les vainquit et détruisit toute leur
armée. Alors le peuple dit à Samuël: Qui sont ceux qui
ont dit: Saül sera-t-il notre roi? Donnez-nous ces gens-là,
et nous les ferons mourir présentement. Mais Saül leur dit:
On ne fera mourir personne en ce jour, parce que c'est le
jour dans lequel l'Eternel a sauvé Israël.

Après cela Samuël dit au peuple: Venez, allons à Galgala,
et y renouvelons l'élection du roi. Tout le peuple alla
donc à Galgala, et y reconnut de nouveau Saül pour roi
en la présence de l'Eternel. Ils y offrirent des sacrifices à
l'Eternel, et Saül et tous les Israélites firent en ce lieu-là
une très-grande réjouissance.—Alors Samuël dit à tout
le peuple d'Israël: Vous voyez que je me suis rendu à tout
ce que vous m'avez demandé, et que je vous ai donné un
roi. Votre roi maintenant marche à votre tête. Pour moi
je suis vieux et déjà tout blanc, et mes enfants sont avec
vous. Ayant donc vécu parmi vous depuis ma jeunesse
jusqu'à ce jour, me voici prêt à répondre de toute ma vie.
Déclarez devant l'Eternel et devant son oint si j'ai pris le
bœuf ou l'âne de personne; si j'ai imputé à quelqu'un de
faux crimes; si j'ai opprimé quelqu'un par violence; si j'ai
reçu des présents de qui que ce soit; et je vous ferai
[pg 138]
connaître le peu d'attache que je lui porte en vous le rendant présentement.
Ils lui répondirent: Vous ne nous avez point opprimés
ni par de fausses accusations, ni par violence, et vous
n'avez rien pris de personne. Samuël ajouta: L'Eternel m'est
donc témoin aujourd'hui contre vous, et son oint m'est aussi
témoin, que vous n'avez rien trouvé en moi qu'on puisse me
reprocher. Le peuple lui répondit: Oui, ils en sont témoins.

Alors Samuël donna des exhortations au peuple, il lui
parla avec énergie, il leur retraça en peu de mots l'histoire
du passé, leur rappela tout le mal qu'ils avaient fait aux
yeux de l'Eternel et finit par ces mots: Ne quittez plus
l'Éternel votre Dieu, servez-le de tout votre cœur. Et
l'Eternel n'abandonnera point son peuple à cause de son
grand nom; parce qu'il a juré qu'il vous rendra son peuple.
Craignez donc l'Eternel, et servez-le dans la vérité et de
tout votre cœur; car vous avez vu les merveilles qu'il a
faites parmi vous. Si vous persévérez à faire le mal, vous
périrez tous ensemble, vous et votre roi.

.. class:: center

|
| |sepa|

Saül agit contre la volonté de l'Éternel, il est rejeté.
--------------------------------------------------------

Saül régnait depuis un an sur Israël, lorsqu'il choisit trois
mille hommes du peuple d'Israël. Il en prit deux mille avec
lui à Michmas, et sur la montagne de Bethel, et en donna
mille à Jonathan à Gabaa dans la tribu de Benjamin.
Jonathan avec ses mille hommes battit la garnison des
Philistins qui était à Gabaa. Les Philistins en ayant été
aussitôt avertis, s'assemblèrent pour combattre Israël. Ils
avaient trente mille chariots, six mille chevaux, et une
[pg 139]
multitude de gens de pied aussi nombreuse que le sable
qui est sur le rivage de la mer. Et ils vinrent se camper à
Michmas. Les Israélites se voyant ainsi réduits à l'extrémité,
le peuple fut tout abattu, et ils allèrent se cacher dans les
cavernes, dans les lieux les plus secrets, dans les rochers,
dans les antres et dans les citernes. Les autres Hébreux
passèrent le Jourdain, et vinrent au pays de Gad et de
Galaad. Saül était encore à Galgala où le reste du peuple
alla le suivre. Il attendit sept jours, comme Samuël lui
avait ordonné. Cependant Samuël ne venait point à Galgala,
et peu à peu le peuple l'abandonnait. Saül dit donc:
Apportez-moi l'holocauste et les sacrifices. Et il offrit
l'holocauste. Lorsqu'il achevait d'offrir l'holocauste,
Samuël arriva. Et Saül alla au-devant de lui pour le saluer.
Samuël lui dit: Qu'avez-vous fait? Saül lui répondit:
Voyant que le peuple me quittait; que vous n'étiez point
venu au jour que vous aviez dit; et que les Philistins
s'étaient assemblés à Michmas; j'ai dit en moi-même: Les
Philistins vont venir m'attaquer à Galgala, et je n'ai point
encore prié l'Eternel. Étant donc contraint par cette
nécessité, j'ai offert l'holocauste. Samuël dit à Saül:
Vous avez commis une faute, et vous n'avez point gardé
les ordres que l'Éternel vous avait donnés. Si vous n'aviez
point fait cette faute, l'Éternel aurait maintenant affermi
pour jamais votre règne sur Israël. Mais votre règne ne
subsistera point à l'avenir. L'Éternel s'est pourvu d'un
homme selon son désir, et il a ordonné qu'il fût le chef de
son peuple: parce que vous n'avez point observé les ordres
qu'il vous a donnés.

[pg 140]

.. class:: center

|
| |sepa|

Action héroïque de Jonathan.
----------------------------

Il sortit alors trois partis du camp des Philistins pour
aller piller. Or il ne se trouvait point de forgeron dans
toutes les terres d'Israël. Car les Philistins avaient pris cette
précaution, pour empêcher que les Hébreux ne forgeassent
ni épées ni lances. Et lorsque le jour du combat fut venu,
hors Saül et Jonathan son fils, il ne se trouva personne de
tous ceux qui les avaient suivis, qui eût une lance ou une
épée à la main. Et la garde avancée des Philistins étant
sortie de Michmas, s'avança vers Gabaa.

Un jour il arriva que Jonathan fils de Saül, dit à un
jeune homme, qui était son écuyer: Viens avec moi, et
passons jusqu'à cette garde avancée des Philistins; peut-être
que l'Eternel combattra pour nous; car il lui est également
aisé de donner la victoire avec un grand ou avec
un petit nombre. Lors donc que la garde des Philistins
les eut aperçus tous deux, les Philistins dirent: Voilà
les Hébreux qui sortent des cavernes où ils s'étaient cachés.
Et les plus avancés de leur camp, s'adressant à Jonathan et
à son écuyer, leur dirent: Montez ici, et nous vous ferons
voir quelque chose. Car le lieu par où Jonathan tâchait
de monter au poste que les Philistins occupaient, était
bordé de côté et d'autre de deux rochers fort hauts et fort
escarpés. Jonathan monta donc, grimpant avec les mains
et les pieds, et son écuyer derrière lui: aussitôt on vit les
uns tomber sous la main de Jonathan, et son écuyer qui
le suivait tuait les autres. L'effroi se répandit aussitôt dans
la campagne, par toute l'armée des Philistins. Tous les
[pg 141]
gens de leur camp qui étaient allés pour piller, furent
frappés d'étonnement, tout le pays fut en trouble, et il
parut que c'était Dieu qui avait fait ce miracle. Les sentinelles
de Saül jetant les yeux de ce côté-là, virent un grand
nombre de gens étendus sur la place, et d'autres qui
fuyaient en désordre çà et là. Saül s'avança donc à la tête
d'un grand nombre d'Israélites, poursuivit les ennemis qui
s'enfuirent bien loin. C'est en ce jour-là que l'Eternel sauva
Israël. Or le peuple étant extrêmement las, se jeta sur
le butin, prit des brebis, des bœufs et des veaux, et les tua
sur la place; et le peuple mangea de la chair avec le sang.
Saül en fut averti, et on lui dit que le peuple avait péché
contre l'Eternel en mangeant des viandes avec le sang.
Saül leur dit: Vous avez violé la loi: qu'on me roule
ici une grande pierre, égorgez ici vos bœufs et vos béliers,
et après cela vous en mangerez, afin que vous ne péchiez
plus contre l'Eternel en mangeant de la chair avec le sang.
Alors Saül bâtit un autel à l'Eternel: et ce fut donc là la
première fois qu'il lui éleva un autel.

Saül ayant ainsi affermi son règne sur Israël, combattait
de tous côtés contre tous ses ennemis; contre Moab, contre
les enfants d'Ammon, contre Edom, contre les rois de
Soba et contre les Philistins. Et de quelque côté qu'il tournât
ses armes, il en revenait victorieux. Ayant assemblé
son armée, il défit les Amalécites, et délivra Israël de la
main de ceux qui pillaient toutes ses terres.

Or, Saül eut trois fils, Jonathan, Jischvi et Malchisua,
et deux filles, dont l'aînée s'appelait Merab et la plus jeune
Michol. La femme de Saül se nommait Achinoam, et était
fille d'Achimaas. Le général de son armée était Abner, fils
de Ner, cousin germain de Saül. Car Cis, père de Saül, et
Ner, père d'Abner, étaient tous deux fils d'Abiel. Pendant
[pg 142]
tout le règne de Saül il y eut une forte guerre contre les
Philistins. Et aussitôt que Saül avait reconnu qu'un homme
était vaillant et propre à la guerre, il le prenait auprès
de lui.

.. class:: center

|
| |sepa|

Saül ne remplit pas exactement la volonté de Dieu, en est sévèrement blâmé.
---------------------------------------------------------------------------

Après cela Samuël vint dire à Saül: C'est moi que
l'Eternel a envoyé pour vous sacrer roi sur Israël son peuple.
Écoutez donc maintenant ce que l'Éternel vous commande:
Marchez contre Amalec, détruisez tout ce qui est à lui,
et ne désirez rien de ce qui lui appartient. Saül commanda
donc au peuple de prendre les armes; et en ayant fait la
revue, il se trouva deux cent mille hommes de pied, et
dix mille hommes de la tribu de Juda. Il marcha ensuite
jusqu'à la ville d'Amalec, et dressa des embuscades le long
du torrent. Et il dit aux Cinéens: Allez, retirez-vous,
séparez-vous des Amalécites, de peur que je ne vous enveloppe
avec eux. Car vous avez usé de miséricorde envers
tous les enfans d'Israël lorsqu'ils revenaient de l'Égypte.
Les Cinéens se retirèrent donc du milieu des Amalécites.
Saül attaqua alors les Amalécites, les vainquit et les détruisit.
Il prit vif Agag, roi des Amalécites, l'épargna et réserva
aussi ce qu'il y avait de meilleur dans les troupeaux
de brebis et de bœufs, dans les béliers, dans les meubles
et les habits, et généralement tout ce qui était le plus beau;
et Saül et le peuple ne voulurent point le perdre, ils détruisirent
seulement tout ce qui se trouva de vil et de
méprisable.

[pg 143]
L'Éternel adressa alors sa parole à Samuël, et lui dit:
Je me repens d'avoir fait Saül roi, parce qu'il m'a abandonné,
et qu'il n'a point exécuté mes ordres. Samuël en fut
attristé, et il pria l'Éternel toute la nuit. Et s'étant levé
avant le jour pour aller trouver Saül le matin, on vint lui
dire que Saül était venu sur le Carmel, où il s'était dressé
un arc de triomphe, et qu'au sortir de là il était descendu
à Galgala. Samuël s'étant approché de Saül, Saül lui dit:
Béni soyez-vous de l'Éternel. J'ai accompli la parole de
l'Éternel. Samuel lui dit: D'où vient donc ce bruit de
troupeaux de brebis et de bœufs que j'entends ici, et qui
retentit à mes oreilles? Saül lui dit: On les a amenés d'Amalec;
car le peuple a épargné ce qu'il y avait de meilleur
parmi les brebis et les bœufs pour les offrir à l'Éternel
votre Dieu. _`Samuël dit à Saül:` Permettez-moi de vous
dire ce que l'Eternel m'a dit cette nuit. Dites, répondit
Saül. Samuël ajouta: Si vous vous croyez petit à vos yeux,
n'êtes-vous pas devenu le chef de toutes les tribus d'Israël?
L'Éternel vous a sacré roi sur Israël; il vous a envoyé à
cette guerre, pourquoi donc n'avez-vous point écouté la
voix de l'Eternel? Pourquoi vous êtes-vous laissé aller au
désir du butin, et pourquoi avez vous péché aux yeux de
l'Éternel? Sont-ce des holocaustes et des victimes que
l'Éternel demande? et ne demande-t-il pas plutôt que l'on
obéisse à sa voix? L'obéissance est meilleure que les victimes,
et il vaut mieux se rendre à sa voix que de lui offrir
les béliers les plus gras. Car la désobéissance aux ordres
de l'Éternel est un péché égal à celui de la magie; et la résistance
à sa volonté est un crime égal à l'idolâtrie. Donc
puisque vous avez rejeté la parole de l'Eternel, l'Éternel
vous a rejeté, et il ne veut plus que vous soyez roi. Saül
dit alors à Samuël: J'ai péché, mais honorez-moi maintenant
[pg 144]
devant les anciens de mon peuple et devant Israël, et
revenez avec moi, afin que j'adore l'Eternel notre Dieu.
Samuël retourna donc, suivit Saül, et Saül adora l'Eternel.
Alors Samuël fit exécuter Agag, roi d'Amalec, et lui dit:
Comme votre épée a ravi les enfants à tant de mères; ainsi
votre mère parmi les femmes sera sans enfants. Samuël s'en
retourna ensuite à Ramatha, et Saül s'en alla en sa maison
à Gabaa. Depuis ce jour-là Samuël ne vit plus Saül jusqu'au
jour de sa mort, mais il le pleurait sans cesse.

.. class:: center

|
| |sepa|

David est sacré roi d'Israël.
-----------------------------

Enfin Dieu se révéla à Samuël, et lui dit: Jusqu'à quand
pleurerez-vous Saül, puisque je l'ai rejeté, et que je ne
veux plus qu'il règne sur Israël? Emplissez d'huile la corne
que vous avez, et venez, afin que je vous envoie à Isaï de
Beth-lehem; car je me suis choisi un roi entre ses enfants.
Et lorsque Samuël craignit que Saül ne l'apprît et ne le
fît mourir, il lui fut conseillé de prendre un veau en prétextant
de vouloir sacrifier à l'Eternel, d'appeler Isaï avec
ses fils au festin du sacrifice et de sacrer celui que Dieu lui
montrerait. Samuël fit donc tout ce que lui fut ordonné;
il sacra le plus jeune d'entre les fils d'Isaï, nommé *David*,
berger, d'une mine avantageuse, qui s'entendait parfaitement
dans la musique et dans la poésie, et se distinguait
particulièrement par son courage et sa bravoure. Or, depuis
le moment qu'il fut sacré, l'esprit de l'Eternel fut toujours
en David; mais en même temps l'esprit de l'Eternel se
retira de Saül, qui était agité du malin esprit (de la
[pg 145]
mélancolie). Alors les officiers de Saül lui dirent: Vous voyez
que le malin esprit vous inquiète. S'il plaît au roi notre
seigneur de l'ordonner, vos serviteurs chercheront un
homme qui sache toucher la harpe, afin qu'il en joue lorsque
le malin esprit vous agitera, et que vous en receviez
du soulagement. Saül dit à ses officiers: Cherchez-moi
donc quelqu'un qui sache bien jouer de la harpe, et
amenez-le-moi. L'un d'entre eux lui répondit: J'ai vu l'un
des fils d'Isaï de Beth-lehem, qui sait fort bien jouer de
la harpe. C'est un jeune homme très-fort, propre à la guerre,
sage dans ses paroles, d'une mine avantageuse, et l'Eternel
est avec lui. Saül fit donc dire à Isaï: Envoyez-moi votre
fils David, qui est avec les troupeaux. Isaï aussitôt prit un
âne qu'il chargea de pain, d'une bouteille de vin et d'un
chevreau, et il les envoya à Saül par son fils David. David
vint donc trouver Saül, et se présenta devant lui. Saül
l'aima fort et le fit son écuyer. Il envoya ensuite dire à Isaï:
Que David demeure auprès de ma personne; car il a trouvé
grâce devant mes yeux. Ainsi toutes les fois que l'esprit
malin se saisissait de Saül, David prenait sa harpe et en
jouait, et Saül en était soulagé et se trouvait mieux.

.. class:: center

|
| |sepa|

David triomphe du géant Goliath.
--------------------------------


Les Philistins s'assemblèrent de nouveau pour combattre
Israël, ils se rendirent tous à Socho, dans la tribu de Juda.
Saül d'autre part et les enfants d'Israël s'étant aussi assemblés,
vinrent en la vallée du Térébinthe, et mirent leur
armée en bataille pour combattre les Philistins. Les Philistins
étaient d'un côté sur une montagne, Israël était de
[pg 146]
l'autre sur une autre montagne; et il y avait une vallée
entre eux. Or, il arriva qu'un géant sortit du camp des
Philistins. Il s'appelait Goliath, il avait six coudées et un
palme de haut. Il avait en tête un casque d'airain et était revêtu
d'une cuirasse à écailles, qui pesait cinq mille sicles
d'airain. Il avait sur les cuisses des cuissards d'airain, et
un bouclier d'airain lui couvrait les épaules. La hampe de
sa lance était comme ces grands bois dont se servent les
tisserands, et le fer de sa lance pesait six cents sicles de
fer; et son écuyer marchait devant lui. Cet homme vint se
présenter devant les bataillons d'Israël, et leur criait:
Pourquoi venez-vous donner bataille? Ne suis-je pas Philistin,
et vous serviteurs de Saül? Choisissez un homme
d'entre vous, et qu'il vienne se battre seul à seul. S'il ose
se battre contre moi et qu'il m'ôte la vie, nous serons vos
esclaves; mais si j'ai l'avantage sur lui, et que je le tue,
vous serez nos esclaves, et vous nous serez assujettis. C'est
ainsi que ce Philistin se présentait au combat le matin et
le soir, et cela dura pendant quarante jours.—Saül et
tous les Israélites entendant ce Philistin parler de la sorte,
étaient frappés d'étonnement, et tremblaient de peur. Or
David, fils d'Isaï, avait quitté Saül et s'en était retourné à
Beth-lehem pour mener paître les troupeaux de son père.
Trois de ses frères, les plus grands, avaient suivi Saül à
l'armée. Il arriva qu'au même temps Isaï dit à David son
fils: Prends pour tes frères une mesure de farine d'orge
et ces dix pains, et cours à eux jusqu'au camp. Porte aussi
ces dix fromages pour leur mestre de camp: vois comment
tes frères se portent. David s'étant donc levé dès la
pointe du jour, laissa à un homme le soin de son troupeau,
et s'en alla, chargé, au camp, selon l'ordre qu'Isaï lui avait
donné. Il courut au lieu du combat et s'enquit de l'état
[pg 147]
de ses frères. Lorsqu'il leur parlait encore, ce Philistin,
appelé Goliath, sortit du camp des Philistins, et David lui
entendit répéter ses provocations habituelles. Tous les
Israélites ayant vu Goliath, fuirent devant lui tremblants
de peur. Mais David dit à ceux qui étaient auprès de lui:
Que donnera-t-on à celui qui tuera ce Philistin et qui ôtera
l'opprobre d'Israël? Car, qui est ce Philistin pour insulter
ainsi l'armée du Dieu vivant? _`Et le peuple lui répondit:`
S'il se trouve un homme qui puisse le vaincre, le roi le
comblera de richesses, lui donnera sa fille en mariage, et
rendra la maison de son père exempte de tribut dans Israël.
Or, ces paroles de David ayant été entendues, elles furent
rapportées à Saül. Et Saül l'ayant fait venir devant lui,
David lui parla de cette sorte: Que personne ne s'épouvante
de ce Philistin; votre serviteur est prêt à aller le
combattre. Saül lui dit: Vous ne sauriez résister à ce
Philistin, ni combattre contre lui; parce que vous êtes encore
tout jeune, et que celui-ci est un homme nourri à la
guerre depuis sa jeunesse. David répondit à Saül: Lorsque
votre serviteur menait paître le troupeau de son père, il
venait quelquefois un lion ou un ours qui emportait un
bélier du milieu du troupeau. Alors je courais après eux,
je les battais et je leur arrachais le bélier d'entre les dents;
et lorsqu'ils se jetaient sur moi, je les prenais à la gorge,
je les étranglais et je les tuais. C'est ainsi que votre serviteur
a tué un lion et un ours, et il en sera autant de ce
Philistin; l'Eternel, qui m'a délivré des griffes du lion et de
la gueule de l'ours, me délivrera encore de la main de ce
Philistin. Saül dit donc à David: Allez, et que l'Eternel
soit avec vous. Il le revêtit ensuite de ses armes, lui mit
sur la tête un casque d'airain, et l'arma d'une cuirasse. Et
David s'étant mis une épée au côté, commença à essayer
[pg 148]
s'il pourrait marcher avec ses armes, ne l'ayant point fait
jusqu'alors. Et il dit à Saül: Je ne saurais marcher ainsi,
parce que je n'y suis pas accoutumé. Ayant donc quitté ses
armes, il prit le bâton qu'il avait toujours à la main, choisit
dans le torrent cinq pierres très-polies, et les mit dans sa
panetière qu'il avait sur lui; et tenant à la main sa fronde,
il marcha contre le Philistin. Le Philistin s'avança aussi et
s'approchant de David, il le méprisa et lui dit: Suis-je un
chien, pour que tu viennes à moi avec un bâton? Et ayant
maudit David en jurant par ses dieux, il ajouta: Viens à
moi, et je donnerai ta chair à manger aux oiseaux du ciel
et aux bêtes de la terre. Mais David dit au Philistin: Tu
viens à moi avec l'épée, la lance et le bouclier; mais moi je
viens à toi au nom de l'Eternel, du Dieu des troupes d'Israël,
auxquelles tu as insulté aujourd'hui. L'Eternel te
livrera entre mes mains; je te tuerai, afin que toute la
terre sache qu'il y a un Dieu dans Israël, et que toute multitude
d'homme reconnaisse que ce n'est point par l'épée
ni par la lance que l'Eternel sauve; parce qu'il est l'arbitre
de la guerre, et ce sera lui qui vous livrera entre nos mains.
Le Philistin s'avança donc, et marcha contre David. Et
lorsqu'il en fut proche, David se hâta et courut contre lui
pour le combattre. Il mit la main dans sa panetière, il en
prit une pierre, la lança avec sa fronde, et en frappa le
Philistin dans le front. La pierre s'enfonça dans le front du
Philistin, et il tomba le visage contre terre. Ainsi David
remporta la victoire sur le Philistin avec une fronde et une
pierre seule, il le renversa par terre, et le tua. Et comme
il n'avait point d'épée à la main, il courut, et se jeta sur le
Philistin: il prit son épée, la tira du fourreau, et acheva
de lui ôter la vie.—Les Philistins voyant que le plus vaillant
d'entre eux était mort, s'enfuirent. Et les Israélites
[pg 149]
s'élevant avec un grand cri, les poursuivirent jusqu'à la
vallée et aux portes d'Accaron, et pillèrent le camp de
leurs ennemis.

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|
| |sepa|

David et Saül: bravoure et droiture d'un côté, jalousie et ruse de l'autre.
---------------------------------------------------------------------------

Depuis ce moment Jonathan fils de Saül devint l'ami
de David; car Jonathan l'aimait comme lui-même, et l'âme
de Jonathan s'attacha étroitement à celle de David. Or
quand David revint après avoir vaincu le Philistin, les femmes
sortirent de toutes les villes d'Israël au-devant du roi Saül
en chantant et en dansant, témoignant leur réjouissance
avec des tambours et des timbales. Et les femmes dans
leurs danses et dans leurs chansons se répondaient l'une à
l'autre, et disaient: Saül en a tué mille, et David en a
tué dix mille. Cette parole irrita Saül et le mit dans
une grande colère. Ils ont donné, dit-il, dix mille
hommes à David, et à moi mille: que lui reste-t-il après
cela que d'être roi? Depuis ce jour-là Saül ne regarda
plus David de bon œil. Le lendemain il arriva que l'esprit
malin se saisit de Saül, et il était agité au milieu de sa
maison, comme un homme qui a perdu le sens. David
jouait de la harpe devant lui, comme il avait accoutumé
de faire; et Saül ayant la lance à la main, la poussa contre
David, dans le dessein de le percer d'outre en outre contre
la muraille: mais David se détourna, et évita le coup par
deux fois. Saül commença donc à craindre David, voyant
que l'Eternel était avec David, et qu'il s'était retiré de lui.
C'est pourquoi il l'éloigna d'auprès de sa personne, et lui
[pg 150]
donna le commandement de mille hommes. Ainsi David
menait le peuple à la guerre et le ramenait. David aussi se
conduisait dans toutes ses actions avec une grande prudence,
et l'Eternel était avec lui. Saül voyant donc qu'il
était très-prudent, commença à s'en défier davantage. Mais
tout Israël et tout Juda aimait David, parce que c'était lui
qui allait en campagne avec eux, et qui marchait à leur
tête. Alors Saül dit à David: Vous voyez Merob ma fille
aînée; c'est elle que je vous donnerai en mariage: soyez
seulement courageux, et combattez pour le service de l'Eternel.
Et en même temps il disait en lui-même: Je ne
veux point le tuer de ma main; mais je veux qu'il meure
par la main des Philistins. David répondit à Saül: Qui
suis-je moi? quelle est la vie que j'ai menée, et quelle est
dans Israël la famille de mon père, pour que je devienne
gendre du roi? Mais le temps étant venu que Merob fille
de Saül devait être donnée à David, elle fut donnée en mariage
à Hadriel Molathite. Michal seconde fille de Saül avait
de l'affection pour David: ce qui ayant été rapporté à Saül,
il en fut bien aise, et fit dire à David qu'il était prêt à lui
donner celle-ci en mariage, pourvu qu'il frappât seulement
cent Philistins. (Le dessein de Saül était de faire tomber
David entre les mains des Philistins.) Les serviteurs de Saül
ayant rapporté à David ce que Saül leur avait dit, il agréa
la proposition qu'ils lui faisaient, pour devenir gendre du
roi. Peu de jours après il marcha avec les gens qu'il commandait
et vainquit deux cents Philistins. Saül lui donna
donc en mariage sa fille Michal. Et il comprit clairement
que l'Eternel était avec David. Quant à Michal sa fille, elle
avait beaucoup d'affection pour David. Saül commença à le
craindre de plus en plus; et son aversion pour lui croissait
tous les jours. Les princes des Philistins se mirent de
[pg 151]
nouveau en campagne. Et dès qu'ils se présentèrent, David fit
paraître plus de prudence que tous les officiers de Saül; de
sorte que son nom devint très-célèbre.

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| |sepa|

Jonathan avertit David de la colère de Saül. David se sauve, et se retire auprès de Samuel.
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Or Saül parla à Jonathan son fils et à tous ses officiers
pour les porter à tuer David: mais Jonathan, qui aimait
extrêmement David, vint lui en donner avis; et étant avec
Saül son père, il lui dit: Seigneur roi, ne faites point de
mal à David votre serviteur, parce qu'il ne vous en a point
fait, et qu'il vous a rendu au contraire des services très-importants.
Il a exposé sa vie à un grand péril; il a vaincu
le Philistin, et l'Eternel a sauvé tout Israël d'une manière
pleine de merveilles. Vous l'avez vu, et vous en avez eu de
la joie. Pourquoi donc voulez-vous maintenant faire une
faute en répandant le sang innocent, et en tuant David qui
n'est point coupable? Saül ayant entendu ce discours de
Jonathan, fut apaisé par ses raisons, et lui répondit: Je
vous promets qu'il ne mourra point. Jonathan ensuite
fit venir David, lui rapporta tout ce qui s'était passé, le
présenta de nouveau à Saül; et David demeura auprès de
Saül comme il avait été auparavant. La guerre ensuite recommença,
et David marcha contre les Philistins, les combattit,
les vainquit et les mit en fuite. Alors le malin esprit
se saisit encore de Saül: il était assis dans sa maison une
lance à la main. Et comme David jouait de la harpe, Saül
tâcha de le percer de sa lance; mais David qui s'en aperçut,
[pg 152]
se détourna, et la lance sans l'avoir blessé donna dans la
muraille. Il s'enfuit aussitôt, et se sauva ainsi pour cette
nuit-là. Saül envoya donc ses gardes en la maison de David
pour s'assurer de lui, et pour le tuer le lendemain dès le
matin. Michal femme de David lui rapporta tout ceci, et
lui dit: Si tu ne te sauves cette nuit, tu es mort demain
matin. Elle le descendit aussitôt en bas par une fenêtre.
David s'échappa, s'enfuit et se sauva auprès de Samuel à
Ramatha. David rapporta à Samuel la manière dont Saül
l'avait traité, et ils s'en allèrent ensemble à Naïoth (ville
libre des prophètes), où ils demeurèrent quelque temps.

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| |sepa|

Sainte inspiration.
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Quelques gens vinrent en donner avis à Saül. Il envoya
alors des archers pour prendre David: mais les archers
ayant vu une troupe de prophètes qui prophétisaient, et
Samuel qui présidait parmi eux, ils furent saisis eux-mêmes
de l'esprit de Dieu, et ils commencèrent à prophétiser
comme les autres. Saül en ayant été averti, envoya d'autres
gens, qui prophétisèrent aussi comme les premiers. Il en
envoya pour la troisième fois, et ils prophétisèrent encore.
Alors il s'en alla lui-même à Ramatha, y demanda
en quel lieu étaient Samuel et David; on lui répondit: Ils
sont à Naïoth de Ramatha. Aussitôt il s'y en alla, et fut
saisi lui-même de l'esprit de Dieu, et il prophétisait durant
tout le chemin, jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Naïoth près de
Ramatha. Il se dépouilla de ses vêtements royaux, prophétisa
avec les autres devant Samuel, et demeura nu par terre
tout le jour et toute la nuit: ce qui donna lieu à ce
[pg 153]
proverbe: Saül est-il donc aussi devenu prophète? Or David
s'enfuit de Naïoth.

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| |sepa|

David et Jonathan renouvellent leur union.
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David en s'enfuyant rencontra Jonathan. Jonathan se lia
de nouveau à David par serment, tâcha de le consoler en
lui disant: Non vous ne mourrez point; car mon père ne
fait aucune chose, ni grande ni petite, sans m'en parler.
Mais David lui dit: Votre père sait très-bien que je
suis honoré de vos bonnes grâces. C'est pourquoi il
aura dit en lui-même: Il ne faut point que Jonathan sache
ceci, afin qu'il ne s'en afflige point; car je vous jure qu'il
n'y a pour ainsi dire qu'un point entre ma vie et ma mort.
Jonathan lui répondit: Je ferai pour vous tout ce que
vous me direz. David l'engagea alors à retourner auprès
de Saül son père, à tâcher de le réconcilier avec lui.
Jonathan retourna; et David se cacha en attendant dans la
campagne. Cependant le projet de réconciliation échoua,
Jonathan avait à peine commencé à en parler à son père,
que celui-ci se mit en colère contre Jonathan et peu s'en
fallut qu'il ne le perçât de sa lance. Jonathan reconnut
donc que son père était résolu à faire mourir David. Le
lendemain dès la pointe du jour Jonathan vint dans le
champ, selon qu'il en était demeuré d'accord avec David
et à un signal, donné d'avance, David sortit de sa retraite,
fit par trois fois une profonde révérence à Jonathan, et
s'étant salués en s'embrassant, ils pleurèrent tous deux.
Jonathan dit donc à David: Allez en paix; que ce que nous
avons juré tous deux au nom de l'Eternel (l'amitié) demeure
[pg 154]
ferme; et que l'Eternel, comme nous l'avons dit, soit témoin
entre vous et moi, et entre votre race et ma race pour
jamais. David en même temps se retira, et Jonathan
rentra dans la ville.

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| |sepa|

David se retire à Nobé vers Achimelech et de là chez Achis.
-----------------------------------------------------------

Après cela David alla à Nobé chez le prêtre Achimelech.
Achimelech fut surpris de sa venue, et lui dit: D'où vient
que vous venez seul, et qu'il n'y a personne avec vous?
David répondit au prêtre: Le roi m'a donné un ordre,
et m'a dit: Que personne ne sache pourquoi je vous envoie,
ni ce que je vous ai commandé. J'ai même donné
ordre à mes gens de se trouver en tel et tel lieu. Si donc
vous avez quelque chose à manger, quand ce ne serait que
cinq pains, ou quoi que ce soit, donnez-le-moi. Le prêtre
répondit à David: Je n'ai point ici de pain pour le peuple;
je n'ai que du pain qui est saint, pourvu que vos gens
soient purs. David lui répondit qu'ils étaient purs. Alors
le prêtre lui donna du pain sanctifié; car il n'y en avait
point là d'autre que les pains exposés devant l'Eternel. Or
un certain homme des officiers de Saül se trouva alors au-dedans
du tabernacle de l'Eternel. C'était un Iduméen
nommé Doëg, et le plus puissant d'entre les bergers de
Saül. David dit encore à Achimelech: N'avez-vous point
ici une lance ou une épée? Car je n'ai apporté avec moi
ni mon épée ni mes armes, parce que l'ordre du roi pressait
fort. Le prêtre lui répondit: Voilà l'épée de Goliath
le Philistin, que vous avez vaincu dans la vallée de
[pg 155]
Térébinthe. Elle est enveloppée dans un drap derrière
l'éphod. Si vous la voulez, prenez-la; parce qu'il n'y en a
point d'autre ici. David lui dit: Il n'y en a point qui
vaille celle-là, donnez-la-moi. David partit donc alors; et
s'enfuyant de devant Saül, il se réfugia vers Achisch roi des
Philistins. Les officiers d'Achisch ayant vu David, dirent au
roi: N'est-ce pas là ce David qui est célèbre comme roi dans
son pays? N'est-ce pas de lui qu'on a chanté dans les danses
publiques: Saül en a vaincu mille, et David dix mille?
David fut frappé de ces paroles jusqu'au cœur; et il commença
à craindre extrêmement Achisch roi des Philistins.
C'est pourquoi il se contrefit le visage devant les Philistins,
il se laissait tomber entre leurs mains, il se heurtait contre
les poteaux de la porte, et sa salive découlait sur sa barbe.
Achisch dit donc à ses officiers: Vous voyez bien que
cet homme est fou; pourquoi me l'avez-vous amené? Est-ce
que nous n'avons pas assez de fous sans nous amener
celui-ci, pour qu'il fasse des folies en ma présence? Doit-on
laisser entrer un tel homme dans ma maison?

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|
| |sepa|

David se cache en différents lieux. Saül fait tuer Achimelech.
--------------------------------------------------------------

David sortit donc ainsi de la présence du roi des Philistins,
et se retira dans la caverne d'Odollam. Ses frères et
toute la maison de son père l'ayant appris, vinrent l'y
trouver. Et tous ceux qui avaient de méchantes affaires, et
ceux qui étaient accablés de dettes ou mécontents s'assemblèrent
près de lui. Il devint leur chef, et il se trouva avec
lui environ quatre cents hommes. Il s'en alla de là à
[pg 156]
Maspha, qui est au pays de Moab; et il dit au roi de Moab:
Je vous prie de permettre que mon père et ma mère demeurent
avec vous, jusqu'à ce que je sache ce que Dieu
ordonnera de moi. Il les laissa auprès du roi de Moab, et
ils y demeurèrent tout le temps que David fut dans cette
forteresse. Ensuite le prophète Gad dit à David: Ne demeurez
point dans ce fort; sortez-en, et allez en la terre
de Juda. David partit donc de ce lieu-là, et vint dans le
bois de Haret. Or cet Iduméen appelé Doëg, qui se trouvait
à Nobé lorsque David vint voir Achimelech, alla rapporter
à Saül tout ce qu'il avait vu, en lui disant: J'ai
vu le fils d'Isaï à Nobé, chez le prêtre Achimelech, qui lui
a donné des vivres, et l'épée même de Goliath le Philistin.
Saül croyant alors qu'Achimelech était d'intelligence avec
David, le fit tuer, lui et toute la maison de son père, quatre-vingt-cinq
prêtres, tous en ce même jour, et fit détruire
en même temps tout ce qui se trouvait à Nobé, ville des
prêtres. Seulement l'un des fils d'Achimelech, qui s'appelait
Abiathar, s'échappa de ce carnage, s'enfuit vers David
et vint lui dire que Saül avait tué les prêtres de l'Eternel.
David répondit à Abiathar: Je savais bien que Doëg l'Iduméen
s'étant trouvé là lorsque j'y étais, ne manquerait
pas d'avertir Saül. Je suis cause de la mort de toute la
maison de votre père. Demeurez avec moi, et ne craignez
rien. Il faudra entreprendre sur ma vie, pour entreprendre
sur la vôtre; et si je suis en sûreté, vous y serez
aussi.

[pg 157]

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|
| |sepa|

David est persécuté par Saül, mais Dieu le protége et le sauve de tous dangers.
-------------------------------------------------------------------------------

Un jour on vint dire à David: Voilà les Philistins qui
attaquent Këila (ville voisine de l'endroit où David s'était
établi et qui lui fournissait ses vivres) et qui pillent les
granges. Il entra alors en conseil avec le prêtre Abiathar
pour savoir si c'était la volonté de Dieu d'aller faire la
guerre aux Philistins. Le prêtre lui répondit au nom de
l'Eternel: Allez, vous déferez les Philistins, et vous sauverez
Këila. David s'en alla donc avec ses gens à Këila;
il combattit contre les Philistins, les défit, emmena leurs
troupeaux, et sauva les habitants de Këila. Lorsque Saül
eut appris que David était venu à Këila, il dit: Dieu me
l'a livré entre les mains. Il est pris, puisqu'il est entré dans
une ville où il y a des portes et des serrures (forteresse).
Il commanda donc à tout le peuple de marcher contre
Këila, et d'y assiéger David et ses gens. David fut
averti que Saül se préparait secrètement à le perdre; il
entra alors de nouveau en conseil avec le prêtre Abiathar,
consulta l'Eternel, pria Dieu d'être avec lui, et s'en alla
aussitôt avec ses gens, _`qui étaient environ` six cents; et étant
partis de Këila, ils erraient çà et là, sans savoir où s'arrêter.
Saül ayant appris que David s'était retiré de Këila et s'était
sauvé, il ne parla plus d'y aller. Or David demeurait dans
le désert, en des lieux presque inaccessibles; et il se retira
sur la montagne du désert de Ziph, qui était toute couverte
d'arbres. Saül le cherchait sans cesse, mais Dieu ne le livra
point entre ses mains. David sut que Saül s'était mis en
[pg 158]
campagne pour trouver moyen de le perdre: c'est pourquoi
il demeura toujours au désert de Ziph dans la forêt.
Jonathan fils de Saül vint l'y trouver, et le fortifia en Dieu,
en lui disant: Ne craignez point; car Saül mon père,
quoi qu'il fasse, ne vous trouvera point. Vous serez roi
d'Israël, et je serai le second après vous; et mon père le
sait bien lui-même. Ils firent donc tous deux alliance devant
l'Eternel. Et David demeura dans la forêt, et Jonathan
retourna en sa maison. Cependant ceux de Ziph vinrent
trouver Saül, et lui dirent: Ne savez-vous pas que David
est caché parmi nous, dans l'endroit le plus fort de la
forêt? Puis donc que vous désirez de le trouver, vous n'avez
qu'à venir, et ce sera à nous à le livrer entre les mains du
roi. Saül les remercia et leur dit: Allez donc, je vous
prie; faites grande diligence; cherchez avec tous les soins
possibles; considérez bien où il peut être: car il se doute
bien que je l'observe, et que je l'épie pour le surprendre.
Examinez et remarquez tous les lieux où il a accoutumé
de se cacher: et lorsque vous vous serez bien assurés de
tout, revenez me trouver, afin que j'aille avec vous.
Quand il se serait caché au fond de la terre, j'irai l'y chercher
avec tout ce qu'il y a d'hommes dans Juda. Ceux de
Ziph s'en retournèrent ensuite chez eux avant Saül. Or
David et ses gens étaient alors dans le désert de Maon. Saül
accompagné de tous ses gens alla donc l'y chercher. David
en ayant eu avis, se retira aussitôt au rocher du désert de
Maon dans lequel il demeurait. Saül en fut averti, et il
entra dans le désert de Maon pour l'y poursuivre. Saül
côtoyait la montagne d'un côté et David avec ses gens la
côtoyait de l'autre. David désespérait de pouvoir échapper
des mains de Saül; car Saül et ses gens tenaient David et
ceux qui étaient avec lui, environnés comme dans un cercle
[pg 159]
pour les prendre. Mais en même temps un courrier vint dire
à Saül: Hâtez-vous de venir, car les Philistins sont entrés
en grand nombre sur les terres d'Israël. Saül cessa donc
de poursuivre David, pour aller tenir tête aux Philistins.

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| |sepa|

David caché dans une caverne empêche qu'on ne tue Saül.
-------------------------------------------------------

David étant sorti de ce lieu-là, se retira vers le nord et
demeura à Engaddi dans des lieux très-sûrs. Et Saül étant
revenu après avoir poursuivi les Philistins, on vint lui dire
que David était dans le désert d'Engaddi. Il prit donc avec
lui trois mille hommes choisis de tout Israël, et il se mit
en campagne, résolu d'aller chercher David et ses gens
jusque sur les rochers les plus escarpés, où il n'y a que les
chèvres sauvages qui puissent monter. Et étant venu à des
parcs de brebis qu'il rencontra dans son chemin, il se trouva
là une caverne, où il entra par suite d'une nécessité naturelle.
Or David et ses gens s'étaient cachés dans le fond de
la même caverne. Les gens de David lui dirent: Voici le
jour dont l'Eternel vous a dit: Je vous livrerai votre ennemi,
afin que vous le traitiez comme il vous plaira.
David s'étant donc avancé, coupa doucement le bord de la
casaque de Saül. Et aussitôt il se repentit en lui-même de
ce qu'il lui avait coupé le bord de son vêtement. Et il dit
à ses gens: Dieu me garde de commettre cet excès à
l'égard de celui qui est mon maître, que de mettre la main
sur lui, puisqu'il est l'oint de l'Eternel. David par ces
paroles arrêta la violence de ses gens, et les empêcha de se
jeter sur Saül. Saül étant sorti de la caverne continua son
[pg 160]
chemin. David le suivit; et étant sorti de la caverne il cria
après lui, et lui dit: Mon seigneur et mon roi. Saül
regarda derrière lui, et David fit une profonde révérence
en se baissant jusqu'à terre, et lui dit: Pourquoi écoutez-vous
les paroles de ceux qui vous disent: David ne
cherche qu'une occasion de vous perdre? Vous voyez
aujourd'hui de vos yeux que l'Eternel vous a livré entre
mes mains dans la caverne. On a voulu me porter à vous
ôter la vie, mais je n'ai point voulu le faire. Car j'ai dit:
Je ne porterai point la main sur mon maître, parce que
c'est l'oint de l'Eternel. Voyez vous-même, mon père,
et reconnaissez si ce n'est pas là le bord de votre casaque
que je tiens dans ma main, et qu'en coupant l'extrémité de
votre vêtement, je n'ai point voulu porter la main sur vous.
Après cela considérez, et voyez vous-même que je ne suis
coupable d'aucun mal ni d'aucune injustice, et que je n'ai
point péché contre vous. Et cependant vous cherchez tous
les moyens de m'ôter la vie. Que l'Eternel soit le juge entre
vous et moi. Que l'Eternel me rende justice lui-même de
vous: mais pour moi je ne porterai jamais la main sur
vous. C'est aux impies à faire des actions impies, selon
l'ancien proverbe. Que l'Eternel considère ce qui se passe
entre vous et moi, qu'il prenne la défense de ma cause, et
me délivre de vos mains. Après que David eut parlé de
cette sorte à Saül, Saül lui dit: N'est-ce pas là votre voix
que j'entends, ô mon fils David? En même temps il jeta un
grand soupir, et versa des larmes; et il ajouta: Vous êtes
plus juste que moi; car vous ne m'avez fait que du bien,
et je ne vous ai rendu que du mal. Et vous m'avez fait
connaître aujourd'hui la bonté de votre cœur à mon égard,
lorsque l'Eternel m'ayant livré entre vos mains, vous m'avez
conservé la vie. Saül continua en disant: Comme je sais
[pg 161]
que vous régnerez très-certainement, et que vous posséderez
le royaume d'Israël, jurez-moi par l'Eternel que vous
ne détruirez point ma race après moi, et que vous n'exterminerez
point mon nom de la maison de mon père. David
le jura à Saül. Ainsi Saül retourna en sa maison; et David
et ses gens se retirèrent en des lieux plus sûrs.

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| |sepa|

Conduite de David à l'égard de Nabal.
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Or il y avait dans le désert de Maon un homme qui avait
son bien sur le Carmel. Cet homme était extrêmement
riche. Il s'appelait Nabal et sa femme Abigaïl, très-prudente
et fort belle. Nabal était un homme dur, brutal et
très-méchant. David ayant donc appris dans le désert que
Nabal faisait tondre ses brebis, lui envoya dix jeunes
hommes auxquels il dit: Allez-vous-en sur le Carmel
trouver Nabal, saluez-le de ma part civilement, et dites-lui:
J'ai su que vos pasteurs qui étaient avec nous dans le
désert, tondent vos brebis; nous ne leur avons jamais fait
aucune peine; et ils n'ont rien perdu de leur troupeau
pendant tout le temps qu'ils ont été avec nous sur le Carmel.
Demandez-le à vos gens, et ils vous le diront. Maintenant
donc que vos serviteurs trouvent grâce devant vos yeux:
car nous venons à vous dans un jour de joie. Donnez à vos
serviteurs et à David votre fils tout ce qu'il vous plaira.
Les gens de David étant venus trouver Nabal, lui dirent
toutes ces mêmes paroles de la part de David, et attendirent
sa réponse. Mais Nabal leur répondit: Qui est David,
et qui est le fils d'Isaï? On ne voit autre chose aujourd'hui
que des serviteurs qui fuient leurs maîtres. Quoi donc!
[pg 162]
J'irai prendre mon pain et mon eau et la chair des bêtes
que j'ai fait tuer pour ceux qui tondent mes brebis, et je
les donnerai à des gens que je ne connais point! Les gens
de David étant retournés sur leurs pas, vinrent le retrouver,
et lui rapportèrent tout ce que Nabal leur avait dit.
Alors David se mit en marche à la tête de quatre cents
hommes, résolu de punir sévèrement Nabal. Cependant la
prudente Abigaïl, n'en disant rien à son mari, prit en
grande hâte deux cents pains, deux vaisseaux pleins de vin,
cinq moutons tout cuits, cinq boisseaux de farine d'orge,
_`cent paquets de raisins secs`, et deux cents cabas de figues
sèches. Elle mit tout cela sur des ânes, et elle dit à ses
gens: Allez devant moi, je vais vous suivre. Étant donc
montée sur un âne, comme elle descendait au pied de la
montagne, elle rencontra David et ses gens, qui venaient
dans le même chemin. David disait alors: C'est bien en vain
que j'ai conservé dans le désert tout ce qui était à cet homme,
sans qu'il s'en soit rien perdu, puisque après cela il me rend
le mal pour le bien. Que Dieu traite les ennemis de David
dans toute sa sévérité. Or Abigaïl n'eut pas plus tôt aperçu
David, qu'elle descendit de son âne. Elle lui fit une profonde
révérence, et se jetant à ses pieds, elle lui dit: Que
cette iniquité, mon seigneur, tombe sur moi. Permettez
seulement, je vous prie, à votre servante de vous parler,
et ne refusez pas d'entendre les paroles de votre servante.
Que le cœur de mon seigneur ne soit point sensible à l'injustice
de Nabal. Car pour moi, mon seigneur, je n'ai point
vu les gens que vous avez envoyés. Maintenant donc, je vous
prie, recevez ce présent que votre servante vous apporte à
vous, et faites-en part aux gens qui vous suivent. Remettez
l'iniquité de votre servante: car l'Eternel très-certainement
établira votre maison, parce que vous combattez pour lui.
[pg 163]
Lors donc que l'Eternel vous aura fait tous les grands biens
qu'il a prédits de vous, et qu'il vous aura établi chef sur
Israël, le cœur de mon seigneur n'aura point ce scrupule
ni ce remords, d'avoir répandu le sang innocent, et de
s'être vengé lui-même. Et quand Dieu vous aura comblé
de biens, vous vous souviendrez, mon seigneur, de votre
servante. David répondit à Abigaïl: Que l'Eternel le Dieu
d'Israël soit béni de vous avoir envoyée aujourd'hui au-devant
de moi. Que votre parole soit bénie, et soyez bénie
vous-même de ce que vous m'avez empêché de répandre
le sang et de me venger de ma propre main. David reçut
donc de la main d'Abigaïl tout ce qu'elle avait apporté, et
lui dit: Allez en paix en votre maison; j'ai fait ce que vous
m'avez demandé, et j'ai eu de la considération pour votre
personne. Abigaïl ensuite vint à Nabal, et elle trouva qu'il
faisait dans sa maison un festin de roi. Son cœur nageait
dans la joie; car il avait tant bu qu'il était tout ivre. Abigaïl
ne lui parla de rien jusqu'au matin. Mais le lendemain,
lorsqu'il eut un peu dissipé les vapeurs du vin, sa femme
lui rapporta tout ce qui s'était passé; _`et son cœur` fut comme
frappé de mort en lui-même, et demeura insensible comme
une pierre. Dix jours s'étant passés, l'Eternel frappa Nabal,
et il mourut. Plus tard David fit demander Abigaïl en
mariage, elle consentit et devint son épouse. David épousa
aussi Achinoam qui était de Jezrahel. Mais Saül de son côté
donna Michal sa fille, femme de David, à Phalti fils de Laïs,
qui était de Gallim.

[pg 164]

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| |sepa|

David a de nouveau l'occasion de pouvoir tuer son ennemi et ne le tue pas.
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Cependant ceux de Ziph vinrent trouver Saül à Gabaa,
et lui dirent: David est caché dans nos environs. Saül
aussitôt prit avec lui trois mille hommes choisis de tout
Israël, et alla chercher David dans le désert de Ziph. Il
campa sur la colline d'Hachila, qui est vis-à-vis du désert
sur le chemin. David demeurait alors dans ce désert.
Comme on lui dit que Saül venait l'y chercher, il envoya
des gens pour le reconnaître, et il apprit qu'il était venu
en effet. Il partit donc sans bruit, et s'en vint au lieu où
était Saül; il remarqua l'endroit où était la tente de Saül,
et d'Abner fils de Ner, général de son armée. Et voyant
que Saül dormait dans sa tente, et tous ses gens autour de
lui, il alla donc la nuit, accompagné d'Abisaï, parmi les
gens de Saül, et ils trouvèrent Saül couché et dormant
dans sa tente: sa lance était à son chevet fichée en terre,
et Abner avec tous ses gens dormaient autour de lui. Alors
Abisaï dit à David: Dieu vous livre aujourd'hui votre ennemi
entre les mains, je vais donc avec ma lance le percer jusqu'en
terre d'un seul coup, et il n'en faudra pas un second.
David répondit à Abisaï: Ne le tuez point; car qui lèvera
la main sur l'oint de l'Eternel, et sera innocent? Et il
ajouta: A moins que l'Éternel ne frappe lui-même Saül,
ou que le jour de sa mort n'arrive, ou qu'il ne soit tué
dans une bataille, il ne mourra point. Dieu m'a défendu
de porter la main sur l'oint de l'Éternel. Prenez seulement
sa lance qui est à son chevet, et sa coupe; et allons-nous-en.
[pg 165]
David prit donc la lance et la coupe, et ils s'en
allèrent. Il n'y eut personne qui les vît, ni qui sût ce qui
se passait, ou qui s'éveillât; mais tous dormaient, parce
que l'Eternel les avait assoupis d'un profond sommeil.
David étant passé de l'autre côté, s'arrêta sur le haut d'une
montagne qui était fort éloignée du camp. Il appela de là
à haute voix les gens de Saül, et Abner fils de Ner, et lui
cria: Abner ne répondrez-vous donc point? Abner répondit:
Qui êtes-vous qui criez de la sorte, et qui troublez le
repos du roi? David dit à Abner: N'êtes-vous pas un
homme de cœur? et y a-t-il quelqu'un dans Israël qui vous
soit égal? Pourquoi donc n'avez-vous pas gardé le roi
votre seigneur? car il est venu quelqu'un d'entre le peuple
pour tuer le roi votre seigneur. Ce n'est pas là bien faire
votre devoir. Vous méritez tous la mort, pour avoir si mal
gardé votre maître, qui est l'oint de l'Eternel. Voyez donc
maintenant où est la lance du roi, et la coupe qui était à
son chevet. Saül reconnut la voix de David, et lui dit:
N'est-ce pas là votre voix que j'entends, mon fils David?
David lui dit: C'est ma voix, mon seigneur et mon roi. Et
il ajouta: Pourquoi mon seigneur persécute-t-il son serviteur?
Qu'ai-je fait? de quel mal ma main est-elle souillée?
Que mon sang ne soit donc point répandu sur la terre.
Saül lui répondit: J'ai péché; revenez, mon fils David, je
ne vous ferai plus de mal à l'avenir, puisque ma vie a été
aujourd'hui précieuse devant vos yeux. Car il paraît que
j'ai agi comme un insensé, et que j'ai été mal informé de
beaucoup de choses. David dit ensuite: Voici la lance du
roi; que l'un de vos gens passe ici, et qu'il l'emporte. Au
reste l'Éternel rendra à chacun selon sa justice et selon sa
fidélité; car l'Éternel vous a livré aujourd'hui entre mes
mains, et je n'ai point voulu porter la main sur l'oint de
[pg 166]
l'Éternel. Comme donc votre âme a été aujourd'hui précieuse
devant mes yeux, qu'ainsi mon âme soit précieuse
devant les yeux de l'Éternel, et qu'il me délivre de tous les
maux. Saül répondit à David: Béni soyez-vous, mon fils
David; vous réussirez certainement dans vos entreprises,
et votre puissance sera grande. David ensuite s'en alla,
et Saül s'en retourna chez lui.

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| |sepa|

La pythonisse d'Endor.
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Or Samuel était mort; tout Israël l'avait pleuré, et il
avait été enterré dans la ville de Ramatha, lieu de sa naissance.
En ce temps-là les Philistins assemblèrent de nouveau
leurs troupes et se préparèrent à combattre contre
Israël. Saül de son côté assembla toutes les troupes d'Israël.
Et ayant vu l'armée des Philistins, il fut frappé d'étonnement,
et la crainte le saisit jusqu'au fond du cœur. Alors il
dit à ses officiers: Cherchez-moi une femme qui ait un
esprit de python, afin que j'aille la trouver, et que par son
moyen je puisse le consulter. Ses serviteurs lui dirent: Il y
a à Endor une telle femme (or Saül avait antérieurement
chassé, lui-même, les magiciens et les devins de son
royaume). Saül se déguisa donc, prit d'autres habits, et
s'en alla accompagné de deux hommes seulement. Il vint
la nuit chez cette femme, et lui dit: Découvrez-moi l'avenir
par l'esprit de python, qui est en vous, et faites-moi
venir celui que je vous dirai. Cette femme lui répondit:
Vous savez tout ce qu'a fait Saül, et de quelle manière
il a exterminé les magiciens et les devins de toutes ses
terres: pourquoi donc me tendez-vous un piége pour
[pg 167]
me faire perdre la vie? Saül lui jura et lui dit: Il ne
vous arrivera de ceci aucun mal. La femme lui dit: Qui
voulez-vous que je fasse venir? Il lui répondit: Faites-moi
venir Samuel. La pythonisse, rusée qu'elle était, fit
alors croire à Saül, par différentes fascinations qu'elle
pratiquait devant ses yeux, que Samuël sortait effectivement
de la tombe, et lui annonçait toutes sortes de malheurs.
Saül tomba aussitôt, et demeura étendu sur la terre:
car les paroles qu'il croyait avoir entendues par la bouche
de Samuel l'avaient épouvanté; et les forces lui manquèrent,
parce qu'il n'avait point mangé de tout ce jour-là.
La magicienne vint trouver Saül dans le grand trouble où
il était, et lui dit: Permettez que je vous serve un peu
de pain, afin qu'ayant mangé vous repreniez vos forces, et
que vous puissiez vous mettre en chemin. Saül le refusa,
et lui dit: Je ne mangerai point. Mais ses serviteurs et
cette femme le contraignirent de manger. Après donc que
Saül et ses serviteurs eurent mangé, ils s'en allèrent, et
marchèrent toute la nuit.

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| |sepa|

Mort de Saül et de ses fils.
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Cependant la bataille se donna entre les Philistins et les
Israélites. Les Israélites furent mis en fuite devant les Philistins,
et il en fut tué un grand nombre sur la montagne
de Gilboa. Les Philistins vinrent fondre sur Saül et sur ses
fils; ils tuèrent Jonathan, Abinadab et Malchisua fils de
Saül, et tout l'effort du combat tomba sur Saül. Les archers
le joignirent, et il les craignait excessivement. Alors
Saül dit à son écuyer: Tirez votre épée et tuez-moi, de
[pg 168]
peur que ces Philistins ne m'insultent encore en m'ôtant
la vie. Mais son écuyer, tout épouvanté de ces paroles, ne
voulut point le faire. Saül prit donc son épée, et se jeta
dessus. Et son écuyer voyant qu'il était mort, se jeta lui-même
sur son épée, et mourut auprès de lui. Ainsi Saül
mourut en ce jour-là, et avec lui trois de ses fils, son
écuyer et tous ceux qui se trouvèrent auprès de sa personne.

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| |sepa|

Charité des habitants de Jabès.
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Le lendemain les Philistins vinrent dépouiller ceux qui
avaient été tués à la bataille, et ils trouvèrent Saül avec
ses trois fils étendus morts sur la montagne de Gilboa. Ils
coupèrent la tête de Saül, et lui ôtèrent ses armes; et ils
envoyèrent des courriers par tout le pays des Philistins,
pour publier cette nouvelle dans le temple de leurs idoles,
et la répandre parmi tous les peuples. Ils mirent les armes
de Saül dans le temple d'Astaroth, et ils pendirent son
corps sur la muraille de Bethsan. Les habitants de Jabès
de Galaad ayant appris le traitement que les Philistins
avaient fait à Saül, tous les plus vaillants d'entre eux sortirent,
marchèrent toute la nuit; et ayant enlevé le corps de
Saül et de ses fils qui étaient sur la muraille de Bethsan,
ils revinrent à Jabès, où ils les brûlèrent. Ils prirent leurs
os, les ensevelirent dans le bois de Jabès, et jeûnèrent
pendant sept jours. David aussi, lorsqu'on vint lui apporter
la nouvelle de la mort de Saül et de ses fils, s'abandonna
au deuil et aux larmes, et tous ceux qui étaient auprès de
lui firent la même chose; ils jeûnèrent jusqu'au soir, à
[pg 169]
cause de la mort de Saül et de Jonathan son fils, et du
malheur du peuple, dont un si grand nombre avait été
passé au fil de l'épée. Or David fit une touchante complainte
sur la mort de Saül et de Jonathan: Saül et Jonathan,
s'écria-t-il, ces princes qui pendant leur vie étaient
si aimables, et d'une si grande majesté, n'ont point été
divisés dans leur mort même... Votre mort me perce de
douleur, Jonathan mon frère, le plus beau des princes.
Comment les forts sont-ils tombés? Comment la gloire
des armes a-t-elle été anéantie?

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| |sepa|

David règne sur Juda, et Isboseth sur Israël. Combat entre les deux armées.
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Après cela David consulta l'Éternel, s'il devait aller dans
quelqu'une des villes de Juda, et, d'après la volonté de
Dieu, il alla à Hebron, avec ses deux femmes, Achinoam
et Abigaïl, et il y mena aussi tous ses gens. Alors ceux de
la tribu de Juda étant venus à Hebron, y sacrèrent David,
afin qu'il régnât sur la maison de Juda. D'un autre côté,
Abner fils de Ner, général de l'armée de Saül, prit Isboseth
fils de Saül, et l'ayant fait mener dans tout le camp,
l'établit roi sur Galaad, sur Ephraïm, sur Benjamin et sur
tout Israël. Une guerre acharnée s'ensuivit. Abner sortit
de son camp avec les gens d'Isboseth; Joab marcha contre
lui avec les troupes de David. Ils se rencontrèrent près de
la piscine de Gabaon. Les armées s'étant approchées, s'arrêtèrent
l'une devant l'autre: l'une était d'un côté de la
piscine, et l'autre de l'autre. Alors Abner dit à Joab: Que
[pg 170]
quelques jeunes gens s'avancent, et qu'ils s'exercent devant
nous. Joab répondit: Qu'ils s'avancent. Aussitôt douze
hommes de Benjamin du côté d'Isboseth parurent et se
présentèrent; il en vint aussi douze du côté de David. Et
chacun d'eux ayant pris par la tête celui qui se présenta
devant lui, ils se passèrent tous l'épée au travers du corps,
et tombèrent morts tous ensemble. Il se donna aussitôt un
rude combat, et Abner fut défait avec ceux d'Israël par les
troupes de David. Asaël frère de Joab, ayant poursuivi
Abner avec acharnement, fut tué par ce dernier. Au bout
de quelque temps une querelle éclata entre Isboseth et
Abner, ils se séparèrent, et Abner envoya des courriers à
David pour lui dire de sa part: Si vous voulez me donner
part à votre amitié, je prendrai votre parti, et je ferai que
tout Israël se réunira à vous. David lui répondit: Je le
veux bien; je ferai amitié avec vous; mais je vous demande
une chose: Vous ne me verrez point que vous ne m'ayez
ramené auparavant Michal fille de Saül; à cette condition
vous pouvez venir et me voir. David ensuite envoya des
courriers à Isboseth fils de Saül, et lui fit dire: Rendez-moi
Michal ma femme que j'ai épousée pour cent Philistins.
Isboseth envoya querir aussitôt Michal et l'enleva à son mari
Phalti fils de Laïs. Après cela Abner parla aux anciens d'Israël,
et leur dit: Il y a déjà longtemps que vous souhaitiez
avoir David pour roi. Faites-le donc maintenant; puisque
l'Éternel a parlé à David, et a dit de lui: Je sauverai par
David mon serviteur Israël mon peuple de la main des
Philistins et de tous ses ennemis. Abner parla aussi à ceux
de Benjamin, et il alla trouver David à Hebron, pour lui
dire tout ce qu'Israël et tous ceux de la tribu de Benjamin
avaient résolu. Il y arriva accompagné de vingt hommes.
David lui fit un festin et à ceux qui étaient venus avec lui.
[pg 171]
Alors Abner dit à David: Je vous rassemblerai tout Israël
afin qu'il vous reconnaisse, ainsi que moi, pour seigneur et
pour roi; qu'ils fassent tous alliance avec vous, et que
vous régniez sur eux tous comme vous le désirez. David
ayant donc reconduit Abner, et Abner s'en étant allé en
paix, les gens de David survinrent aussitôt avec Joab,
revenant d'un combat entrepris contre des brigands, et
rapportant un très-grand butin. Joab apprit donc qu'Abner
fils de Ner était venu parler au roi; que le roi l'avait
renvoyé, et qu'il s'en était retourné en paix. Joab aussitôt
alla trouver le roi, et lui dit: Qu'avez-vous fait? Abner
vient de venir vers vous, pourquoi l'avez-vous renvoyé, et
l'avez-vous laissé aller? Ignorez-vous quel est Abner, et
qu'il n'est venu ici que pour vous tromper, pour reconnaître
toutes vos démarches, et pour savoir tout ce que vous
faites? Joab étant donc sorti d'avec David, envoya des
courriers après Abner, et le fit revenir, sans que David le
sût. Et lorsqu'il fut arrivé à Hebron, Joab le tira à part
au milieu de la porte pour lui parler, et il le frappa dans
le côté, et le tua pour venger la mort de son frère Asaël.
David ayant su ce qui s'était passé, dit: Je suis innocent
pour jamais devant l'Éternel, moi et mon royaume, du
sang d'Abner fils de Ner. Que son sang retombe sur Joab.
Alors David dit à Joab et à tout le peuple qui était avec
lui: Déchirez vos vêtements, couvrez-vous de sacs, et
pleurez aux funérailles d'Abner. Et le roi David marchait
après le cercueil. Après qu'Abner eut été enseveli à Hebron,
le roi David éleva sa voix, et pleura sur son tombeau, tout
le peuple pleurant aussi avec lui. Et le roi témoignant son
deuil par ses larmes, dit ces paroles: Abner, vous n'êtes
point mort comme les lâches ont coutume de mourir. Vos
mains n'ont point été liées et vos pieds n'ont point été
[pg 172]
chargés de fers; mais vous êtes mort comme les hommes
de cœur, qui tombent devant les enfants d'iniquité. Tout
le peuple à ces mots redoubla ses larmes. Et tous étant revenus
pour manger avec David, lorsqu'il était encore grand
jour, David jura et dit: Que Dieu me traite avec toute sa
sévérité, si je prends une bouchée de pain, ou quoi que
ce soit, avant que le soleil soit couché. Tout le peuple
entendit ces paroles; et tout ce que le roi avait fait, lui
plut extrêmement. Et le peuple et tout Israël fut persuadé
ce jour-là que le roi n'avait aucune part à l'assassinat
d'Abner. Le roi dit aussi à ses serviteurs: Ignorez-vous
que c'est un prince et un grand prince qui est mort aujourd'hui
dans Israël. Pour moi je ne suis roi que par l'onction,
et encore peu affermi; et ces gens-ci, ces enfants de Zeruïa,
(Joab et les siens) sont trop violents pour moi. Que l'Éternel
traite celui qui fait le mal selon sa malice.

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| |sepa|

Isboseth est tué. David venge sa mort.
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Isboseth fils de Saül ayant appris qu'Abner avait été tué
à Hebron, perdit courage, et tout Israël se trouva dans un
grand trouble. Isboseth avait à son service deux chefs de
troupes dont l'un s'appelait Baana, l'autre Rechab, ils
étaient fils de Rimmon de Beroth, de la tribu de Benjamin.
Ces deux hommes entrèrent dans la maison d'Isboseth,
lorsqu'il dormait sur son lit vers le midi en la plus
grande chaleur du jour, le tuèrent, prirent sa tête, et
ayant marché toute la nuit par le chemin du désert, ils la
présentèrent à David dans Hebron, et lui dirent: Voici la
[pg 173]
tête d'Isboseth fils de Saül votre ennemi, qui cherchait à
vous ôter la vie. David répondit à Rechab et Baana: Vive
l'Éternel qui a délivré mon âme, de tous les maux dont
elle était pressée. Vous êtes des méchants. Vous avez tué
un homme innocent dans sa maison, sur son lit; je vengerai
son sang sur vous qui l'avez répandu de vos mains,
et je vous exterminerai de dessus la terre. David commanda
donc à ses gens de les tuer; ils prirent aussi la tête
d'Isboseth, et l'ensevelirent dans le sépulcre d'Abner à
Hebron.

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| |sepa|

David est reconnu roi par tout Israël. Il prend la forteresse de Sion.
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Alors toutes les tribus d'Israël vinrent trouver David à
Hebron, et lui dirent: Nous sommes vos os et votre chair.
Il y a déjà longtemps que lorsque Saül était notre roi,
vous meniez Israël au combat, et vous l'en rameniez: et
l'Éternel vous a dit: C'est vous qui serez le pasteur d'Israël
mon peuple, c'est vous qui serez le chef d'Israël. Les
anciens d'Israël vinrent aussi trouver David à Hebron.
David y fit alliance avec eux devant l'Éternel; et ils le
sacrèrent roi sur Israël. David avait trente ans lorsqu'il
commença à régner, et il régna quarante ans. Il régna
sept ans et demi à Hebron sur Juda, et trente-trois ans
dans Jérusalem sur Juda et sur Israël. Alors le roi, accompagné
de tous ceux qui étaient avec lui, marcha vers Jérusalem
contre les Jébuséens qui y habitaient, les assiégea,
prit la forteresse de Sion et l'appela la ville de David; il
la fit environner, et fit bâtir au dedans. David s'avançait
[pg 174]
toujours et croissait de plus en plus, et l'Éternel était avec
lui. Hiram roi de Tyr envoya aussi des ambassadeurs à
David, avec du bois de cèdre, des charpentiers et des
tailleurs de pierres; et ils bâtirent la maison de David.

Les Philistins ayant appris que David avait été sacré roi
sur Israël, s'assemblèrent tous pour lui faire la guerre.
Cependant, David les défit. Les Philistins revinrent encore
une autre fois, et ils se répandirent dans la vallée de
Raphaïm; mais David, secouru par l'Éternel, les battit et
les poursuivit depuis Gabaa jusqu'à Gezer.

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| |sepa|

Jérusalem devient la capitale et le siége du temple national.
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David assembla encore toute l'élite d'Israël au nombre
de trente mille hommes, et s'en alla accompagné de tous
ceux qui se trouvèrent avec lui, pour amener l'arche de
Dieu en présence de laquelle est invoqué le nom de l'Eternel.
Ils mirent l'arche de Dieu sur un chariot tout neuf,
et l'emmenèrent de la maison d'Abinadab habitant de
Gabaa. Oza et Ahio fils d'Abinadab conduisaient le chariot.
Cependant David et tout Israël jouaient devant l'Eternel
de toutes sortes d'instruments de musique, de la harpe,
de la lyre, du tambour, des sistres et des timbales. Mais
lorsqu'on fut arrivé près de l'aire de Nachon, les bœufs
regimbant, faisaient pencher l'arche, Oza y porta la main,
la retint et tomba mort sur la place devant l'arche de
Dieu. David en fut affligé et fit entrer l'arche dans la maison
d'Obededom de Geth. L'arche de Dieu demeura donc
trois mois dans cette maison qui fut bénie de l'Eternel.
[pg 175]
Alors David en amena l'arche de Dieu en la ville de David
avec une grande joie. Il offrit beaucoup de sacrifices à
l'Éternel, revêtu d'un éphod de lin, il dansait devant
l'arche. Lorsque l'arche fut entrée dans la ville de David,
Michal fille de Saül regardant par la fenêtre, vit le roi
David qui dansait et qui sautait: et elle s'en moqua en
elle-même. Ils firent donc entrer l'arche dans la tente que
David avait fait dresser, et la posèrent en la place qui lui
avait été destinée: et David bénit le peuple au nom de
l'Éternel, donna à chacun du pain, de la viande et du vin.
Ensuite il se retira en son palais pour faire part à sa maison
de la bénédiction de ce jour. Et Michal fille de Saül étant
venue au-devant de David, lui dit: Que le roi d'Israël a
eu de gloire aujourd'hui, en se découvrant devant les servantes
de ses sujets, et paraissant nu comme ferait un
bouffon! David répondit à Michal: Oui, devant l'Éternel
qui m'a choisi plutôt que votre père et que toute sa maison,
et qui m'a commandé d'être chef de son peuple dans
Israël, je danserai et je paraîtrai vil encore plus que je n'ai
paru; je serai méprisable à mes yeux, et par là, j'aurai
plus de gloire devant les servantes dont vous parlez.—Or
Michal fille de Saül n'eut point d'enfants jusqu'à sa
mort.

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| |sepa|

David veut bâtir un temple. Dieu lui fait déclarer que ce sera son fils qui le bâtira.
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Le roi s'étant établi dans sa maison, et l'Éternel lui
ayant donné la paix de tous côtés avec tous ses ennemis,
il dit au prophète Nathan: Ne voyez-vous pas que je demeure
dans une maison de cèdre, et que l'arche de Dieu
[pg 176]
ne loge que sous des peaux? Nathan dit au roi: Allez,
faites tout ce que vous avez dans le cœur, parce que
l'Éternel est avec vous. Mais la nuit le prophète Nathan
eut une vision pendant laquelle Dieu lui dit: Allez vers
mon serviteur David, et dites-lui: Vous ne me bâtirez pas
de maison; mais lorsque vous vous serez endormi avec vos
pères, je mettrai sur votre trône après vous votre fils, ce
sera lui qui bâtira une maison à mon nom; et j'établirai
pour jamais le trône de son royaume. Je serai son père, et
il sera mon fils; et s'il commet quelque chose d'injuste, je
le châtierai avec la verge dont on châtie les hommes. Mais
je ne retirerai point ma miséricorde de lui, comme je l'ai
retirée de Saül. Votre maison sera stable, vous verrez
votre royaume subsister éternellement, et votre trône s'affermira
pour jamais. Nathan parla donc à David, et lui
rapporta tout ce que Dieu lui avait révélé. Alors le roi
David alla se présenter devant l'Eternel et dit: Qui suis-je,
ô Éternel mon Dieu, et quelle est ma maison, pour que
vous m'ayez élevé à l'état où je me trouve aujourd'hui?
Mais cela même a paru peu de chose à vos yeux, ô Eternel
mon Dieu, si vous n'assuriez encore votre serviteur de
l'établissement de sa maison pour les siècles à venir: car
c'est là la loi des enfants d'Adam, ô Eternel mon Dieu.
Maintenant donc accomplissez pour jamais la parole que
vous avez prononcée sur votre serviteur et sur sa maison,
et exécutez ce que vous avez dit; afin que votre nom soit
éternellement glorifié, et que l'on dise: L'Eternel est le
Dieu d'Israël; et que la maison de votre serviteur David
demeure stable devant l'Eternel; car puisque vous la bénissez,
Eternel, elle sera bénie pour jamais.

[pg 177]

.. _ib177:

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| |sepa|

Victoires de David. Noms de ses officiers supérieurs.
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Après cela David battit les Philistins, les humilia, et
s'empara d'une de leurs places appelée Meteg-Amah. Il
défit aussi les Moabites, les assujettit et les força à lui
payer tribut. Il vainquit ensuite beaucoup de rois qui faisaient
alliance contre lui; et l'Éternel le conserva dans
toutes les guerres qu'il entreprit. Il mit des garnisons dans
la Syrie à Damas: la Syrie lui fut assujettie, et lui paya
tribut. Il mit de plus des officiers et des garnisons dans
l'Idumée; et toute l'Idumée lui fut assujettie. Toutes les
armes et les vases d'or, d'argent et d'airain qu'il enleva
dans ces guerres furent consacrées à l'Eternel.—David régna
donc sur tout Israël, et dans les jugements qu'il rendait,
il faisait justice à tout son peuple. Joab fils de Zeruïa était
général de ses armées; et Josaphat fils d'Ahilud avait la
charge des requêtes. Zadoc fils d'Achitob et Achimelech
fils d'Abiathar étaient prêtres; Saraïa était secrétaire.
Banaïa fils de Joïada commandait les Cerethiens et les
Phelethiens; et les fils de David étaient les officiers les plus
puissants.

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| |sepa|

David honore le souvenir de son ami Jonathan en Miphiboseth, fils de ce dernier.
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David dit alors: N'est-il point resté quelqu'un de la
maison de Saül, à qui je puisse faire du bien, à cause de
Jonathan? Or il y avait un serviteur de la maison de Saül,
[pg 178]
qui s'appelait Ziba. Le roi l'ayant fait venir, lui dit: Est-il
resté quelqu'un de la maison de Saül, que je puisse
combler de grâces? Ziba répondit au roi: Il reste encore
un fils de Jonathan, qui est incommodé des jambes. Où
est-il? dit David. Il est, dit Ziba, à Lodabar dans la maison
de Machir fils d'Ammiel. Le roi David envoya donc des
gens, et le fit venir de Lodabar. Miphiboseth fils de Jonathan
étant venu devant David, lui fit une profonde révérence
en se prosternant en terre. David lui dit: Miphiboseth,
ne craignez point, parce que je suis résolu de vous
traiter avec toute sorte d'affection, à cause de Jonathan
votre père. Je vous rendrai toutes les terres de Saül votre
aïeul, et vous mangerez toujours à ma table. Miphiboseth
se prosterna devant lui et le remercia. Le roi fit donc venir
Ziba serviteur de Saül et lui dit: J'ai donné au fils de votre
maître tout ce qui était à Saül. Faites donc valoir ses terres
pour lui, afin que le fils de votre maître ait de quoi subsister;
or, Miphiboseth mangera toujours à ma table.

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| |sepa|

Hanon outrage les ambassadeurs de David. Défaites des Syriens et des Ammonites.
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Il arriva que quelque temps après le roi des Ammonites
vint à mourir; et Hanon son fils régna en sa place. Alors
David dit: Je veux témoigner de l'affection envers Hanon
fils de Naas, comme son père m'en a témoigné. Il lui envoya
donc des ambassadeurs pour le consoler de la mort de
son père. Mais lorsqu'ils furent arrivés sur les terres des
Ammonites, les plus grands du pays dirent à Hanon leur
maître: Croyez-vous que ce soit pour honorer votre père
[pg 179]
et pour vous consoler, que David vous ait envoyé ici des ambassadeurs?
et ne voyez-vous pas qu'il ne l'a fait que pour
reconnaître la principale ville de vos Etats, pour y remarquer
toutes choses, et pour la détruire un jour? Hanon
fit donc prendre les serviteurs de David, leur fit raser la
moitié de la barbe, et leur fit couper la moitié de leurs
habits, et les renvoya. David ayant reçu la nouvelle qu'ils
avaient été outragés si honteusement, envoya au-devant
d'eux, et leur donna cet ordre: Demeurez à Jéricho jusqu'à
ce que votre barbe soit crue; et après cela vous reviendrez.
Or les Ammonites voyant qu'ils avaient offensé David,
envoyèrent vers les Syriens qui firent lever à leurs dépens
trente-trois mille hommes. David en ayant été averti,
envoya contre eux Joab avec toutes ses troupes. Les
Ammonites s'étant mis en campagne, rangèrent leur armée
en bataille à l'entrée de la porte de la ville, appelée Midba;
et les Syriens étaient dans un corps séparé dans la plaine.
Joab voyant donc les ennemis préparés à le combattre de
front et par derrière, choisit des gens de toutes les meilleures
troupes d'Israël, et marcha en bataille contre les
Syriens. Il donna le reste de l'armée à Abisaï, son frère,
qui marcha pour combattre les Ammonites. Et Joab dit à
Abisaï: Si les Syriens ont de l'avantage sur moi, vous viendrez
à mon secours; et si les Ammonites en ont sur vous,
je viendrai aussi vous secourir. Agissez en homme de cœur,
et combattons pour notre peuple et pour la cité de notre
Dieu; et l'Eternel ordonnera de tout comme il lui plaira.
Joab attaqua donc les Syriens avec les troupes qu'il commandait;
et aussitôt les Syriens fuirent devant lui. Les
Ammonites voyant la fuite des Syriens, s'enfuirent aussi
eux-mêmes devant Abisaï, et se retirèrent dans la ville.
Joab après avoir battu les Ammonites, s'en retourna, et
[pg 180]
revint à Jérusalem. Les Syriens voyant qu'ils avaient été
défaits par Israël, s'assemblèrent tous, et donnèrent à un
général nommé Sobach le commandement de leurs armées.
David en ayant reçu nouvelle, assembla toutes les troupes
d'Israël, passa le Jourdain, et vint à Helam. Les Syriens
marchèrent contre David, et lui donnèrent bataille. Mais
ils s'enfuirent dès qu'ils furent en présence de l'armée
d'Israël, et David tailla en pièces sept cents chariots de
leurs troupes, et quarante mille chevaux, et blessa tellement
Sobach, général de l'armée, qu'il mourut sur-le-champ.
Les Syriens se voyant vaincus par les Israélites,
firent la paix avec eux, et leur furent assujettis. Depuis ce
temps-là les Syriens appréhendèrent de donner secours aux
Ammonites.

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| |sepa|

Péché de David avec Bathseba.
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L'année suivante, David envoya Joab avec ses officiers
et toutes les troupes d'Israël, qui ravagèrent le pays des
Ammonites, et assiégèrent Rabba. Mais David demeura à
Jérusalem. Pendant que ces choses se passaient, il arriva
que David se promenant sur la terrasse de son palais, vit
une femme vis-à-vis de lui, sur la terrasse de sa maison;
et cette femme était fort belle. Le roi envoya donc savoir
qui elle était. On vint lui dire que c'était Bathseba, femme
d'Urie Hethéen, un de ses officiers. David ayant envoyé
des gens, la fit venir. Il envoya à Joab, par Urie même,
une lettre écrite en ces termes: Mettez Urie à la tête de
vos gens où le combat sera le plus rude; et faites en sorte
qu'il soit abandonné, et qu'il y périsse. Joab exécuta cet
ordre, et Urie fut tué dans le combat. La femme d'Urie
[pg 181]
ayant appris que son mari était mort, le pleura. Et après
que le temps du deuil fut passé, David la fit venir en sa
maison, et l'épousa. Elle lui enfanta un fils. Et cette action
qu'avait faite David déplut à l'Éternel. Or Joab continua à
battre Rabbath, ville des Ammonites; et étant près de
prendre cette ville royale, il envoya des courriers à David
avec ordre de lui dire: J'ai battu jusqu'ici Rabbath; et
cette ville environnée d'eau va être prise. Faites assembler
le reste du peuple, et venez au siége de la ville, et la prenez;
de peur que lorsque je l'aurai détruite, on ne m'attribue
l'honneur de cette victoire. David assembla donc tout le
peuple, et marcha contre Rabbath; et après quelques
combats, il la prit. Il ôta de dessus la tête du roi des
Ammonites le diadème qui pesait un talent d'or, et était
enrichi de pierreries très-précieuses; et il fut mis sur la
tête de David. Il remporta aussi de la ville un fort grand
butin et revint ensuite à Jérusalem avec toute son armée.

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| |sepa|

David est repris de son péché, et marque son repentir. Naissance de Salomon.
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Alors le prophète Nathan vint trouver David au nom
de l'Eternel, et lui dit: Il y avait deux hommes dans une
ville, dont l'un était riche et l'autre pauvre. Le riche avait
un grand nombre de brebis et de bœufs. Le pauvre n'avait
rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée et
avait nourrie; qui était crue parmi ses enfants en mangeant
de son pain, buvant de sa coupe, et dormant dans son
sein; et il la chérissait comme sa fille. Un étranger étant
venu voir le riche, celui-ci _`ne voulut point toucher à` ses
brebis ni à ses bœufs pour lui faire festin; mais il prit la
[pg 182]
brebis de ce pauvre homme, et la donna à manger à son
hôte. David entra dans une grande indignation contre cet
homme, et dit à Nathan: Vive l'Eternel, celui qui a fait
cette action est digne de mort. Il rendra la brebis au quadruple,
pour en avoir usé de la sorte, et pour n'avoir
point épargné ce pauvre. Alors Nathan dit à David: C'est
vous-même qui êtes cet homme. Voici ce que dit l'Eternel
le Dieu d'Israël: Je vous ai sacré roi sur Israël, et vous
ai délivré de la main de Saül. Je vous ai mis entre les
mains la maison de votre seigneur, et vous ai rendu maître
de toute la maison d'Israël et de Juda. Pourquoi donc
avez-vous méprisé ma parole, jusqu'à commettre le mal
devant mes yeux? Vous avez fait perdre la vie à Urie
Hethéen; vous lui avez ôté sa femme, et l'avez prise pour
vous; et vous l'avez tué par l'épée des enfants d'Ammon.
C'est pourquoi elle ne sortira jamais de votre maison;
parce que vous m'avez méprisé et que vous avez pris pour
vous la femme d'Urie Hethéen. Voici ce que dit l'Eternel:
Je vais vous susciter des maux qui naîtront de votre
propre maison; vous avez fait cette action en secret, mais
moi je ferai accomplir ce malheur à la vue de tout Israël,
et à la vue du soleil. David dit à Nathan: J'ai péché contre
l'Eternel! Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande
miséricorde: et effacez mon iniquité selon la multitude de
vos bontés. Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité;
et purifiez-moi de mon péché. Car je reconnais mon iniquité;
et j'ai toujours mon péché devant les yeux. Nathan
lui dit alors: L'Eternel aussi a transféré votre péché; et
vous ne mourrez point. Mais néanmoins parce que vous
avez été cause par votre péché que les ennemis de l'Eternel
ont blasphémé contre lui, le fils qui vous est né va certainement
perdre la vie. Nathan retourna ensuite en sa
[pg 183]
maison. En même temps l'Eternel frappa l'enfant que la
femme d'Urie avait eu de David, et le roi fut désespéré.
David pria l'Eternel pour l'enfant; il jeûna; il resta dans
la solitude, et demeura couché sur la terre. Les principaux
de sa maison vinrent le trouver et lui firent de grandes
instances pour l'obliger à se lever de terre; mais il le refusa,
et ne mangea point avec eux. Le septième jour l'enfant
mourut et les serviteurs de David n'osaient lui dire qu'il
était mort; car ils s'entre-disaient: Lorsque l'enfant vivait
encore et que nous lui parlions, il ne voulait pas nous
écouter: combien donc s'affligera-t-il encore davantage,
si nous lui disons qu'il est mort? David voyant que ses
officiers parlaient tout bas entre eux, reconnut que l'enfant
était mort; et le leur ayant demandé, ils lui répondirent
qu'il était mort. Aussitôt il se leva de terre, alla au bain,
prit de l'huile de parfum; et ayant changé d'habit, il entra
dans la maison de l'Éternel, et l'adora: il revint ensuite
en sa maison, il demanda qu'on lui servît à manger et il
prit de la nourriture. Alors ses officiers lui dirent: D'où
vient cette conduite si extraordinaire? Vous jeûniez et vous
pleuriez pour l'enfant lorsqu'il vivait encore; et après qu'il
est mort, vous vous êtes levé, et vous avez mangé. David
leur répondit: J'ai jeûné et j'ai pleuré pour l'enfant tant
qu'il a vécu; parce que je disais: Qui sait si l'Éternel ne
me le donnera point, et s'il ne lui sauvera point la vie?
Mais maintenant qu'il est mort, pourquoi jeûnerais-je?
Est-ce que je puis encore le faire revivre? C'est moi plutôt
qui irai à lui; et il ne reviendra jamais à moi. David ensuite
consola sa femme Bathseba. Bathseba eut ensuite un fils,
qu'on appela Salomon; David le remit entre les mains du
prophète Nathan, qui lui donna le nom Jedidja, c'est-à-dire,
aimable à l'Éternel, parce que l'Éternel l'aimait.

[pg 184]

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| |sepa|

Inceste d'Amnon. Vengeance d'Absalom.
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David avait beaucoup de femmes et beaucoup d'enfants.
L'aîné fut Amnon, qu'il eut d'Achinoam de Jezrahel. Le
second Cheleab qu'il eut d'Abigaïl veuve de Nabal du Carmel.
Le troisième, Absalom qu'il eut de Moacha fille de
Tholmaï roi de Gessur. Le quatrième, Adonia fils d'Haggith.
Le cinquième, Saphatia fils d'Abital. Le sixième,
Jethraam fils d'Egla; et le septième, Salomon fils de Bathseba.—Or
il n'y avait point d'homme dans tout Israël qui
fût si bien fait ni si beau qu'était Absalom: depuis la pointe
des pieds jusqu'à la tête, il n'y avait pas en lui le moindre
défaut. Il avait aussi une très-belle sœur qui s'appelait
Thamar. Amnon aimait Thamar, et son amour se déclara
d'une manière qui n'est pas permise dans Israël. Dès lors
Absalom conçut une grande haine contre Amnon. Deux
ans après il arriva qu'Absalom fit tondre ses brebis à Baalhasor,
qui est près de la tribu d'Éphraïm; et il invita tous
les enfants du roi à venir chez lui. Absalom fit préparer
un festin de roi. En même temps il donna cet ordre à ses
officiers: Prenez garde quand Amnon commencera à être
troublé par le vin, et que je vous ferai signe: frappez-le,
et le tuez. Ne craignez point, car c'est moi qui vous le
commande. Les officiers d'Absalom exécutèrent donc à
l'égard d'Amnon le commandement que leur maître leur
avait fait; et aussitôt tous les enfants du roi se levant de
table, montèrent chacun sur leur mule, et s'enfuirent.
Absalom ayant pris la fuite, se retira chez Thalmaï, roi de
Gessur, et y demeura trois ans. David cessa alors de le
[pg 185]
poursuivre, et cédant aux instances de Joab qui demanda
la grâce pour Absalom, David lui accorda la permission de
retourner à Jérusalem. (La femme de Thecua.)

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| |sepa|

Révolte d'Absalom: David s'enfuit de Jérusalem.
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Après cela Absalom se fit faire des chariots, prit avec lui
des cavaliers, et cinquante hommes qui marchaient devant
lui. Et se levant dès le matin, il se tenait à l'entrée du
palais; il appelait tous ceux qui avaient des affaires, et qui
venaient demander justice au roi. Et il disait à chacun
d'eux: D'où êtes-vous? Chacun lui répondait: Votre serviteur
est d'une telle tribu d'Israël. Et Absalom lui disait:
Votre affaire me paraît bien juste. Mais il n'y a personne
qui ait ordre du roi de vous écouter. Et il ajoutait: Oh!
qui m'établira juge dans le pays, afin que tous ceux qui ont
des affaires viennent à moi, et que je les juge selon la
justice! Et lorsque quelqu'un venait lui faire la révérence,
il lui tendait la main, le prenait et le baisait. Il traitait ainsi
ceux qui venaient de toutes les villes d'Israël demander justice
au roi: et il s'insinuait par là dans l'affection de tout
Israël.—Un jour Absalom dit au roi David: Permettez-moi
d'aller à Hebron, pour y accomplir les vœux que j'ai faits
en l'honneur de l'Éternel. Car lorsque j'étais à Gessur en
Syrie, j'ai fait ce vœu à Dieu: Si l'Éternel me ramène à
Jérusalem, je lui offrirai un sacrifice. Le roi David lui dit:
Allez en paix. Et aussitôt il partit, et il s'en alla à Hebron.
En même temps Absalom envoya dans toutes les tribus
d'Israël des gens qu'il avait gagnés, avec cet ordre: Aussitôt*
[pg 186]
que vous entendrez sonner la trompette, publiez qu'Absalom
règne dans Hebron.

Absalom emmena avec lui deux cents hommes de Jérusalem,
qui le suivirent simplement sans savoir en aucune
sorte le dessein de ce voyage. Absalom fit venir aussi de la
ville de Gilo Achitophel conseiller de David. Et lorsqu'on
offrait des victimes, il se forma une puissante conspiration;
et la foule du peuple qui accourait de toutes parts pour
suivre Absalom, croissait de plus en plus. Il vint aussitôt
un courrier à David, qui lui dit: Tout Israël suit Absalom
de tout son cœur. David dit à ses officiers: Allons-nous-en,
fuyons d'ici: car nous ne pourrions éviter de tomber entre
les mains d'Absalom. Hâtons-nous de sortir, de peur qu'il
ne nous prévienne, qu'il ne nous accable de maux, et qu'il
ne fasse passer toute la ville au fil de l'épée. Le roi sortit
donc avec toute sa maison; et laissa dix de ses femmes
pour garder son palais. Il passa le torrent de Gédron, et
tout le peuple allait le long du chemin qui regarde le désert.
En même temps le prêtre Zadoc vint accompagné de tous
les lévites, qui portaient l'arche de Dieu, et ils la posèrent
sur un lieu élevé. Abiathar monta, en attendant que tout
le peuple qui sortait de la ville fût passé. Alors le roi dit à
Zadoc: Reportez à la ville l'arche de Dieu. Si je trouve
grâce devant l'Éternel, il me ramènera, et il me fera voir
son arche et son tabernacle. S'il me dit: Vous ne m'agréez
point; je suis tout prêt; qu'il fasse de moi ce qu'il lui
plaira. Le roi dit encore en parlant à Zadoc: Si vous le
jugez convenable, retournez aussi à la ville avec Achimaas
votre fils, et Jonathan fils d'Abiathar; retournez l'un et
l'autre avec vos deux fils. Pour moi je vais me cacher dans
les plaines du désert, jusqu'à ce que vous m'envoyiez des
nouvelles de l'état des choses. Zadoc et Abiathar
[pg 187]
reportèrent donc à Jérusalem l'arche de Dieu, et y demeurèrent.
Cependant David montait la colline des Oliviers, et pleurait
en montant. Il allait nu-pieds et la tête couverte: et tout
le peuple qui était avec lui montait la tête couverte et en
pleurant. Or David reçut nouvelles qu'Achitophel même
était aussi dans la conjuration d'Absalom; et il dit à Dieu:
O Eternel, renversez les conseils d'Achitophel. Car les
conseils que donnait Achitophel étaient regardés alors
comme des oracles de Dieu même. Lorsque David arrivait
au haut de la montagne où il devait adorer l'Eternel,
Chusaï d'Arach vint au-devant de lui, ayant ses vêtements
déchirés, et la tête couverte de terre. David lui dit: Si
vous venez avec moi, vous me serez à charge; mais si vous
retournez à la ville, vous pouvez contribuer à dissiper le
conseil d'Achitophel. Chusaï ami de David retourna donc
à Jérusalem, et Absalom y entrait en même temps.

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| |sepa|

Ziba, Simeï. C'est dans l'adversité que l'on reconnaît les hommes.
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A peine David avait-il dépassé le haut de la montagne,
que Ziba, serviteur de Miphiboseth, vint au-devant de lui
avec deux ânes chargés de deux cents pains, de cent paquets
de raisins secs, de cent cabas de figues, d'un vaisseau
plein de vin. Le roi lui dit: Que voulez-vous faire de cela?
Ziba lui répondit: Les ânes sont pour servir de monture à
la famille royale, les pains et les figues pour donner à ceux
qui vous suivent; et le vin, afin que si quelqu'un se trouve
faible dans le désert, il puisse en boire; le roi lui dit: Où
est le fils de votre maître? Il est demeuré, dit Ziba, dans
[pg 188]
Jérusalem, en disant: La maison d'Israël me rendra aujourd'hui
le royaume de mon père. Le roi dit à Ziba: Je vous
donne tout ce qui était à Miphiboseth. Ziba lui répondit:
Ce que je souhaite, mon seigneur et mon roi, c'est d'avoir
quelque part à vos bonnes grâces.

Le roi David étant venu jusqu'auprès de Bahurim, il en
sortit un homme de la maison de Saül, appelé Semeï fils
de Gera, qui s'avançant dans son chemin maudissait David,
lui jetait des pierres et à tous ses gens. Il maudissait le roi
en ces termes: Sors, sors, homme de sang, homme bas.
Dieu a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de
Saül, à la place de laquelle tu as régné. Et maintenant
Dieu fait passer le royaume entre les mains d'Absalom ton
fils; et tu te vois accablé des maux que tu as faits, parce
que tu es un homme de sang. Alors Abisaï fils de Zeruïa dit
au roi: Faut-il que celui-ci maudisse le roi mon seigneur?
Je vais le tuer. Mais le roi dit à Abisaï: Laissez-le faire;
car l'Eternel lui a ordonné de maudire David; et qui osera
lui demander pourquoi il l'a fait? Le roi dit encore à Abisaï,
et à tous ses serviteurs: Vous voyez que si mon fils
cherche à m'ôter la vie, combien plus un fils de Jemini
peut-il me traiter de cette sorte! Laissez-le faire, laissez-le
me maudire, selon l'ordre qu'il en a reçu de l'Eternel; et
peut-être que l'Eternel regardera mon affliction, et qu'il
me fera quelque bien pour ces malédictions que je reçois
aujourd'hui. David continua donc son chemin accompagné
de ses gens et arriva enfin à Bahurim très-fatigué, et ils
prirent là un peu de repos.

Cependant Absalom entra dans Jérusalem suivi de tous
ceux de son parti, et accompagné d'Achitophel. Chusaï
d'Arach ami de David vint lui faire la révérence, et lui dit:
Mon roi, Dieu vous conserve! Dieu vous conserve, mon
[pg 189]
roi! Absalom lui répondit: Est-ce donc là la reconnaissance
que vous avez pour votre ami? D'où vient que vous n'êtes
pas allé avec votre ami? Dieu m'en garde, dit Chusaï;
car je serai à celui qui a été élu par l'Éternel, par tout ce
peuple et par tout Israël, et je demeurerai avec lui. Et de
plus, qui est celui que je viens servir? n'est-ce pas le fils
du roi? Je vous obéirai comme j'ai obéi à votre père.
Absalom dit alors à Achitophel: Consultons pour voir ce
que nous avons à faire. Achitophel dit à Absalom: Abusez
des femmes de votre père, qu'il a laissées pour garder son
palais; afin que lorsque tout Israël saura que vous avez
déshonoré votre père, ils s'attachent plus fortement à votre
parti. On fit donc dresser une tente pour Absalom sur la
terrasse du palais du roi; et il abusa devant tout Israël des
femmes de son père.

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| |sepa|

Achitophel: orgueil, projets manqués, désespoir, suicide.
---------------------------------------------------------

Achitophel dit donc à Absalom: Si vous l'agréez, je
vais prendre deux mille hommes choisis; j'irai poursuivre
David cette nuit même; et fondant sur lui et sur ses gens
qui sont tous las et hors de défense, je les battrai sans
peine. Tout le monde fuira, et le roi se trouvant seul, je
m'en déferai. Je ramènerai tout ce peuple comme si ce
n'était qu'un seul homme; car vous ne cherchez qu'une
personne; et après cela tout sera en paix. Cet avis plut à
Absalom, et à tous les anciens d'Israël. Néanmoins Absalom
dit: Faites venir Chusaï d'Arach, afin que nous sachions
aussi son avis. Chusaï étant venu devant Absalom, Absalom
[pg 190]
lui dit: Voici le conseil qu'Achitophel vient de nous donner;
devons-nous le suivre? que nous conseillez-vous?
Chusaï répondit à Absalom: Le conseil qu'a donné Achitophel
ne me paraît pas bon pour cette fois. Vous n'ignorez
pas, ajouta-t-il, quel est votre père; que les gens qui sont
avec lui sont très-vaillants, et que maintenant ils ont le
cœur irrité. Votre père aussi, qui sait parfaitement la guerre,
ne s'arrêtera point avec ses gens. Il est peut-être maintenant
caché dans une caverne, ou dans quelque autre lieu
qu'il aura choisi. Si quelqu'un de vos gens est tué d'abord,
on publiera aussitôt partout que le parti d'Absalom a été
battu. Et en même temps les plus hardis de ceux qui vous
suivent, seront saisis d'effroi; car tout le peuple d'Israël
sait que votre père et tous ceux qui sont avec lui sont très-vaillants.
Voici donc, ce me semble, le meilleur conseil
que vous puissiez suivre: Faites assembler tout Israël depuis
Dan jusqu'à Bersabée, marchez à la tête de votre armée.
Et en quelque lieu que puisse être David, nous irons nous
jeter sur lui; nous l'accablerons par notre grand nombre,
et nous ne laisserons pas un seul de tous les gens qui sont
avec lui. Alors Absalom et tous les principaux d'Israël
dirent: L'avis de Chusaï est meilleur que celui d'Achitophel.
Mais ce fut par la volonté de l'Eternel que le conseil
d'Achitophel, qui était le plus sage, fut ainsi détruit, afin
que l'Eternel fît tomber Absalom dans le malheur dont il
était digne. Achitophel, voyant qu'on n'avait point suivi le
conseil qu'il avait donné, s'en alla à la maison qu'il avait
en sa ville de Gilo; et ayant mis ordre à toutes ses affaires,
il se pendit, et fut enseveli dans le sépulcre de son père.

[pg 191]

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|
| |sepa|

Absalom est tué.
----------------

Cependant, David instruit de tout ce qui se passait
auprès d'Absalom, passa le Jourdain avec tous ses gens
et arriva dans la ville de Mahanaïm. Absalom de son côté
passa aussi le Jourdain, et se campa avec son armée dans
le pays de Galaad. David ayant fait la revue de ses gens,
leur dit: Je veux me trouver au combat avec vous. Mais
ses gens lui répondirent: Vous ne viendrez point avec nous;
car quand les ennemis nous auraient fait fuir, ils ne croiraient
pas avoir fait grand'chose; et quand ils auraient
taillé en pièces la moitié de nos troupes, ils n'en seraient
pas fort satisfaits; parce que vous êtes considéré vous seul
comme dix mille hommes. Il vaut donc mieux que vous
demeuriez dans la ville, afin que vous soyez en état de nous
secourir. Le roi leur dit: Je ferai ce que vous voudrez.
Il se tint donc à la porte de la ville, pendant que toute
l'armée en sortait en diverses troupes de cent hommes et
de mille hommes. En même temps il donna cet ordre aux
chefs de l'armée: Conservez-moi mon fils Absalom. Et
tout le peuple entendit le roi qui recommandait Absalom
à tous ses généraux. L'armée marcha donc en bataille
contre Israël, et la bataille fut donnée dans la forêt
d'Ephraïm. L'armée de David tailla en pièces celle d'Israël.
La défaite fut grande, et vingt mille hommes demeurèrent
sur la place. Les gens d'Absalom fuyant après le combat,
furent dispersés de tous côtés; et il y en eut beaucoup plus
qui périrent dans la forêt, qu'il n'y en eut qui moururent
par l'épée en ce jour-là. Absalom même fut rencontré par
les gens de David: car lorsqu'il était sur sa mule, et qu'il
[pg 192]
passait sous un grand chêne fort touffu, sa chevelure
s'embarrassa dans les branches du chêne; et sa mule continuant
sa course, il demeura suspendu entre le ciel et la
terre. Un soldat le vit en cet état, et vint dire à Joab:
J'ai vu Absalom pendu à un chêne. Joab dit à celui qui
lui avait apporté cette nouvelle: Si tu l'as vu, pourquoi
ne lui as-tu pas passé ton épée au travers du corps? je
l'aurais donné dix sicles d'argent et un baudrier. Il répondit
à Joab: Quand vous me donneriez présentement mille
pièces d'argent, je me garderais bien de porter la main
sur la personne du fils du roi; car nous avons tous entendu
l'ordre que le roi vous a donné, lorsqu'il vous a dit:
Conservez-moi mon fils Absalom. Et si je m'étais hasardé
à faire une action si téméraire, elle n'aurait pu être cachée
au roi; et vous seriez-vous opposé à lui? Joab lui dit: Je
ne m'en rapporterai pas à toi; mais je l'attaquerai moi-même
en ta présence. Il prit donc en sa main trois dards,
dont il perça le cœur d'Absalom. Et lorsqu'il respirait
encore, toujours pendu au chêne, dix jeunes écuyers de
Joab accoururent, le percèrent de coups et l'achevèrent.
Aussitôt Joab fit sonner la retraite; et voulant épargner
le peuple, il empêcha ses gens de poursuivre davantage
les Israélites qui fuyaient. Ainsi les Israélites se retirèrent
chacun chez soi. On emporta Absalom, et on le jeta dans
une grande fosse qui était dans le bois, sur laquelle on
éleva un grand monceau de pierres.

[pg 193]

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| |sepa|

David pleure la mort d'Absalom; il se montre gracieux après sa réintégration.
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Cependant David était assis entre les deux portes de la
ville; et la sentinelle qui était sur la muraille au haut de
la porte levant les yeux, vit un homme qui courait, il en
avertit le roi. Arrivé près du roi, celui-ci lui demanda:
Mon fils Absalom est-il en vie? Cet homme lui répondit:
Lorsque Joab m'a envoyé vers vous, j'ai vu s'élever un
grand tumulte: c'est tout ce que je sais. Passez, lui dit
le roi, et tenez-vous là. Lorsqu'il fut passé, un autre parut,
et il dit en arrivant: Mon seigneur et mon roi, je vous
apporte une bonne nouvelle; car l'Eternel a jugé aujourd'hui
en votre faveur, et vous a délivré de la main de tous
ceux qui s'étaient soulevés contre vous. Le roi lui dit: Mon
fils Absalom est-il en vie? L'homme lui répondit: Que les
ennemis de mon roi, et tous ceux qui se soulèvent contre
lui pour le perdre, soient traités comme il l'a été. Le roi
étant donc saisi de douleur, se retira dans son appartement
et se mit à pleurer. Il s'écriait: Mon fils Absalom,
Absalom mon fils! que ne puis-je donner ma vie pour la
tienne! mon fils Absalom, Absalom mon fils! En même
temps on avertit Joab que le roi était dans les larmes, et
qu'il pleurait son fils. Joab vint le consoler.

Or toutes les tribus reconnurent de nouveau David
comme leur roi; et il gagna le cœur de tous ceux de Juda,
qui tous unanimement lui envoyèrent dire: Revenez, vous,
et tous ceux qui sont demeurés attachés à votre service. Le
roi retourna donc, et s'avança jusqu'au Jourdain; et tout
[pg 194]
Juda vint au-devant de lui jusqu'à Galgala, pour lui faire
passer le fleuve. Lorsque le roi eut passé le Jourdain,
Semeï fils de Gera se prosternant devant lui, lui dit: Ne
me traitez point selon mon iniquité, mon seigneur, oubliez
les injures que vous avez reçues de votre serviteur le jour
que vous sortîtes de Jérusalem; et que votre cœur, ô mon
seigneur et mon roi, n'en conserve point de ressentiment.
Abisaï _`fils de Zeruïa` dit alors: Ces paroles suffiront-elles
donc pour sauver la vie de Semeï, après qu'il a maudit
l'oint de l'Eternel? Mais David répondit à Abisaï: Pourquoi
me devenez-vous aujourd'hui des tentateurs? Est-ce
ici un jour à faire mourir un homme d'entre Israël? et
puis-je ignorer que je deviens aujourd'hui roi d'Israël?
Alors il dit à Semeï: Vous ne mourrez point; et il le lui
jura. Miphiboseth fils de Jonathan vint aussi au-devant du
roi. Le roi lui dit: Miphiboseth, pourquoi n'êtes-vous point
venu avec moi? Miphiboseth lui répondit: Mon seigneur
et mon roi, mon serviteur n'a point voulu m'obéir; car
étant incommodé des jambes, comme je le suis, je lui avais
dit de me préparer un âne pour vous suivre. Et au lieu
de le faire, il est venu m'accuser devant mon seigneur. Le
roi lui répondit: Ce que j'ai ordonné subsistera. Vous et
Ziba vous partagerez vos biens. Miphiboseth répondit au
roi: Je consens volontiers qu'il ait tout, puisque je vois
mon seigneur et mon roi revenu heureusement en sa
maison.

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| |sepa|

Murmure d'Israël contre Juda.
-----------------------------

Lorsque le roi passa le Jourdain, il fut accompagné de
toute la tribu de Juda; et il ne s'y trouva que la moitié du
[pg 195]
peuple d'Israël. Tous ceux d'Israël s'adressèrent donc en
foule au roi, et lui dirent: Pourquoi nos frères de Juda
nous ont-ils enlevé le roi sans nous attendre, avant de lui
faire passer le Jourdain avec sa maison et toute sa suite?
Tous ceux de Juda leur répondirent: C'est que le roi nous
touche de plus près; quel sujet avez-vous de vous fâcher?
Avons-nous vécu aux dépens du roi; ou nous a-t-on fait
quelques présents? Ceux d'Israël leur répondirent: Le roi
nous considère comme étant dix fois plus que vous; et
ainsi David nous appartient plus qu'à vous. Pourquoi nous
avez-vous fait cette injure; et pourquoi n'avons-nous pas
été avertis les premiers pour ramener notre roi? Mais ceux
de Juda répondirent un peu durement à ceux d'Israël.

Un méchant qui s'appelait Seba, Benjamite, excita
alors à la révolte, en disant: Nous n'avons que faire
de David, et nous n'attendons rien du fils d'Isaï: Israël,
retournez chacun dans votre maison. Tous les hommes
choisis d'Israël s'étaient ralliés auprès de ce traître. Joab
et ses gens vinrent donc l'assiéger dans une ville appelée
Abela-Beth-Maacha. Une femme habitant cette ville fit tuer
Seba, et tout rentra dans l'ordre.

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| |sepa|

Salomon est établi successeur de David.
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Le roi David qui, pendant tout son règne, fut forcé de
faire la guerre à tant d'ennemis, dut encore, dans les derniers
jours de sa vie, marcher à différentes reprises contre
les Philistins et leur donner bataille. Cependant l'Éternel
son Dieu venait toujours à son secours, et toujours et
partout David remportait la victoire. Aussi remercia-t-il
[pg 196]
l'Éternel; et après que l'Éternel l'eut délivré de la main
de tous ses ennemis, ainsi que de la main de Saül, il composa
un grand nombre de cantiques en actions de grâces.

Or David étant vieux et dans un âge fort avancé, son fils
Adonia vint à lui en disant: Ce sera moi qui régnerai.
Et il se fit construire des chariots, il avait cinquante
hommes pour courir devant lui. Jamais son père ne l'en
reprit. (David avait cependant juré, antérieurement déjà,
que Salomon, fils de Bethseba, régnerait après lui.) Adonia
s'était lié avec Joab, chef de l'armée, et avec le prêtre
Abiathar, qui soutenait son parti. Mais le prêtre Zadoc,
Banaïa, fils de Joïada, le prophète Nathan, Semeï et Reï,
ni les plus vaillants de l'armée de David n'étaient point
pour Adonia. Adonia convia donc à un festin tous ses frères,
les fils du roi, et tous ceux de Juda qui étaient au service
de David. Mais il n'y convia point le prophète Nathan ni
Banaïa, ni tous les plus vaillants de l'armée, ni Salomon
son frère. Alors Nathan dit à Bethseba, mère de Salomon:
Savez-vous qu'Adonia, fils d'Haggith, s'est fait roi, sans
que David notre seigneur le sache? Venez donc, et suivez
le conseil que je vous donne; sauvez votre vie et celle de
votre fils Salomon. Allez vous présenter au roi David, et
dites-lui: O roi mon seigneur, ne m'avez-vous pas juré en
me disant: Salomon votre fils régnera après moi; et c'est
lui qui sera assis sur mon trône? Pourquoi donc Adonia
règne-t-il? Pendant que vous parlerez encore au roi, je
surviendrai et j'appuierai tout ce que vous aurez dit. Bethseba
alla donc trouver le roi. Le roi lui dit: Que désirez-vous?
Elle lui répondit: Monseigneur, vous avez juré à
votre servante, et vous m'avez dit: Salomon votre fils
régnera après moi. Cependant voilà Adonia qui s'est fait
roi, sans que vous le sachiez. Or tout Israël a maintenant
[pg 197]
les yeux sur vous, afin que vous leur déclariez, vous qui
êtes mon seigneur et mon roi, qui est celui qui doit être
assis après vous sur le trône. Car après que le roi mon seigneur
se sera endormi avec ses pères, nous serons traités
comme criminels, moi et mon fils Salomon. Elle parlait
encore au roi, lorsque le prophète Nathan arriva. Et l'on
dit au roi: Voilà le prophète Nathan. Nathan s'étant présenté
devant le roi se baissa profondément en terre, et lui
dit: O roi mon seigneur, avez-vous dit: Qu'Adonia règne
après moi, et que ce soit lui qui soit assis sur mon trône?
Car il a convié aujourd'hui tous les fils du roi, les généraux
de l'armée et le prêtre Abiathar, qui ont mangé et bu
avec lui, en disant: Vive le roi Adonia. Mais pour moi,
il ne m'a point convié, ni le prêtre Zadoc, ni Banaïa fils
de Joïada, non plus que Salomon votre serviteur. Cet
ordre est-il venu de la part du roi mon seigneur? et ne
m'avez-vous point déclaré, à moi votre serviteur, qui était
celui qui devait être assis après le roi mon seigneur, sur
son trône? Le roi David dit: Vive l'Eternel qui a délivré
mon âme de toute sorte de périls, ainsi que je vous ai juré,
Bethseba, en vous disant: Salomon votre fils régnera après
moi; je le ferai aussi, et je l'exécuterai dès aujourd'hui.
Bethseba baissant le visage jusqu'en terre, remercia le roi,
et lui dit: Que David mon seigneur, vive à jamais. Le roi
David dit encore: Faites-moi venir le prêtre Zadoc, et
Banaïa fils de Joïada. Lorsqu'ils se furent présentés devant
le roi, il leur dit: Prenez avec vous les serviteurs de votre
maître; faites monter sur ma mule mon fils Salomon, et
menez-le à la fontaine de Gihon, et que Zadoc le prêtre,
et Nathan le prophète le sacrent en ce lieu, pour être roi
d'Israël; et vous sonnerez aussi de la trompette, et vous
crierez: Vive le roi Salomon! Vous retournerez en le
[pg 198]
suivant, et il viendra s'asseoir sur mon trône; il régnera en
ma place, et je lui ordonnerai de gouverner Israël et
Juda. Les ordres du roi furent ainsi exécutés; et tout le
peuple s'assembla autour de Salomon, plusieurs jouaient
de la flûte, et donnaient toutes les marques d'une grande
joie.

Adonia, et tous ceux qu'il avait conviés, entendirent ce
bruit lorsque le festin était déjà achevé; et Joab ayant ouï
sonner de la trompette, dit: Que veulent dire ces cris et
ce tumulte de la ville? Et lorsqu'on vint leur apporter la
nouvelle, ils se levèrent tous saisis de frayeur, et chacun
s'en alla de son côté. Adonia craignant Salomon, se leva
de même, sortit au plus tôt, et s'en alla embrasser la corne
de l'autel. Alors on vint dire à Salomon: Voilà Adonia
qui, craignant le roi Salomon, se tient attaché à la corne
de l'autel, et qui dit: Que le roi Salomon me jure aujourd'hui
qu'il ne fera point mourir son serviteur par l'épée.
Salomon répondit: S'il se conduit en homme de bien, il
ne tombera pas en terre un seul cheveu de sa tête; mais
s'il se conduit mal, il mourra. Le roi Salomon envoya donc
vers Adonia, et le fit tirer de l'autel; et Adonia s'étant
présenté devant le roi Salomon, le remercia; et Salomon
lui dit: Allez-vous-en en votre maison.

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| |sepa|

Avis de David à Salomon et à Israël. Sa mort.
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Or le jour de la mort de David étant proche, il donna
ces avis à Salomon son fils, et lui dit: Me voici près du
terme où tous les hommes doivent arriver. Armez-vous
de fermeté, et conduisez-vous en homme de cœur. Vous
[pg 199]
savez de quelle manière m'a traité Joab fils de Zeruïa, et
ce qu'il a fait à deux généraux de l'armée d'Israël, à Abner
fils de Ner, et à Amasa fils de Jether, qu'il a assassinés,
ayant répandu leur sang durant la paix comme il aurait
fait durant la guerre. Vous ferez donc selon votre sagesse.
Vous témoignerez aussi votre reconnaissance aux fils de
Barzellaï de Galaad, et ils mangeront à votre table, parce
qu'ils sont venus au-devant de moi lorsque je fuyais devant
Absalom votre frère. Vous avez de plus auprès de vous
Semeï fils de Gera, qui prononça des malédictions contre
moi, et me dit les outrages les plus sanglants; mais parce
qu'il vint au-devant de moi quand je passai le Jourdain,
je lui jurai que je ne le ferais pas mourir par l'épée. Vous
êtes assez sage pour savoir comment vous devez le traiter.

Or David assembla à Jérusalem tous les princes d'Israël,
les chefs des tribus, les généraux des troupes et les officiers
du domaine du roi. Il leur présenta Salomon comme
roi destiné à régner sur Israël d'après la volonté de Dieu.
Et s'étant levé, il leur dit: Mes frères et mon peuple, je
vous conjure maintenant, en présence de toute l'assemblée
du peuple d'Israël et devant notre Dieu qui nous entend,
de garder avec fidélité tous les commandements de l'Eternel
notre Dieu, et de chercher à les connaître, afin que
vous possédiez cette terre qui est remplie de biens, et que
vous la laissiez pour jamais à vos enfants après vous. Et
vous, mon fils Salomon, appliquez-vous à reconnaître le
Dieu de votre père, et servez-le avec un cœur parfait et
une pleine volonté; car l'Eternel sonde tous les cœurs, et
il pénètre toutes les pensées de l'esprit. Si vous le cherchez,
vous le trouverez; mais si vous l'abandonnez, il vous
rejettera.

Le roi David dit ensuite: J'avais eu la pensée de bâtir
[pg 200]
un temple pour y faire reposer l'arche de l'alliance de
l'Eternel, et j'ai préparé tout ce qui était nécessaire pour
la construction de cet édifice; mais Dieu m'a dit: Vous ne
bâtirez point une maison à mon nom, parce que vous êtes
un homme de guerre, et que vous avez répandu le sang.
Donc puisque l'Eternel vous a choisi pour bâtir la maison
de son sanctuaire, armez-vous de force et accomplissez son
ouvrage.

Or David donna à son fils Salomon le plan du temple
et de toutes les choses consacrées au temple. Il lui remit
aussi l'ordre et la distribution des prêtres et des lévites
destinés à remplir toutes les fonctions de la maison de
l'Eternel. Il lui remit aussi un grand nombre d'objets
nécessaires à la construction du temple: de l'or, de l'argent,
du cuivre, du fer, du bois, du marbre et toutes sortes
de pierres précieuses. Et les plus considérables parmi le
peuple offrirent aussi leurs présents en grande quantité.
Et tout le monde témoigna une grande joie en faisant ses
offrandes volontaires, parce qu'ils les offraient de tout leur
cœur à l'Eternel. Le roi David était aussi tout transporté
de joie. C'est pourquoi il commença à louer Dieu devant
toute cette multitude, et il dit: Eternel, qui êtes le Dieu
d'Israël notre père, vous êtes béni dans tous les siècles.
C'est à vous, Eternel, qu'appartient la grandeur, la puissance,
la gloire et la victoire, et c'est à vous que sont dues
les louanges. Car tout ce qui est dans le ciel et sur la terre
est à vous. C'est pourquoi nous vous rendons maintenant
nos hommages à vous qui êtes notre Dieu, et nous donnons
à votre saint nom les louanges qui lui sont dues. Je
sais, mon Dieu, que vous sondez les cœurs, et que vous
aimez la simplicité. C'est pourquoi je vous ai aussi offert
toutes ces choses dans la simplicité de mon cœur et avec
[pg 201]
joie; et j'ai été ravi de voir aussi tout ce peuple rassemblé
en ce lieu vous offrir de même ses présents. Eternel, qui
êtes le Dieu de nos pères, Abraham, Isaac et Israël, conservez
éternellement cette volonté dans leur cœur, et faites
qu'ils demeurent toujours fermes dans cette résolution de
vous rendre toute la vénération et tout le culte qu'ils vous
doivent. Donnez aussi à mon fils Salomon un cœur parfait,
afin qu'il garde vos commandements et vos paroles, qu'il
observe et accomplisse tous vos ordres; qu'il bâtisse votre
maison, pour laquelle j'ai préparé toutes les choses nécessaires.
David dit ensuite à toute l'assemblée: Bénissez
l'Eternel notre Dieu; et toute l'assemblée bénit l'Eternel
le Dieu de leurs pères; et se prosternant ils adorèrent
Dieu, et rendirent ensuite leurs hommages au roi. Et le
lendemain ils offrirent de nombreux sacrifices en l'honneur
de l'Éternel; ils firent de grandes réjouissances, et sacrèrent
une seconde fois Salomon fils de David pour être roi
sur Israël.

David s'endormit donc avec ses pères, et il fut enseveli
dans la ville de David. Le temps du règne de David sur
Israël fut de quarante ans. Il régna sept ans à Hebron, et
trente-trois dans Jérusalem.

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|
| |sepa|

Salomon demande à Dieu la sagesse.
----------------------------------

Dans ce temps le peuple sacrifiait toujours sur les hauteurs,
parce que jusqu'alors on n'avait point encore bâti
de temple au nom de l'Eternel. Salomon s'en alla donc à
Gabaon pour y sacrifier, parce que c'était là le plus considérable
de tous les hauts lieux. L'Eternel lui apparut
[pg 202]
alors en songe pendant la nuit, et lui dit: Demandez-moi
ce que vous voulez que je vous donne. Salomon lui répondit:
Vous avez usé d'une grande miséricorde envers David
mon père, selon qu'il a marché devant vous dans la vérité
et dans la justice, et que son cœur a été droit à vos yeux;
vous lui avez conservé votre grande miséricorde, et vous
lui avez donné un fils qui est assis sur son trône. Maintenant
donc, ô Eternel mon Dieu, vous m'avez fait régner,
moi qui suis votre serviteur, en la place de David mon
père; mais je ne suis encore qu'un enfant qui ne sait de
quelle manière il doit se conduire. Et votre serviteur se
trouve au milieu de votre peuple que vous avez choisi,
d'un peuple infini qui est innombrable à cause de sa multitude.
Je vous supplie donc de donner à votre serviteur un
cœur docile, afin qu'il puisse juger votre peuple, et discerner
entre le bien et le mal: car qui pourra rendre la justice à
votre peuple, à ce peuple qui est si nombreux? L'Eternel fut
donc satisfait que Salomon lui eût fait cette demande. Et il
dit à Salomon: Parce que vous m'avez fait cette demande,
et que vous n'avez point désiré que je vous donnasse un
grand nombre d'années, ou de grandes richesses, ou la vie
de vos ennemis: mais que vous m'avez demandé la sagesse
pour discerner ce qui est juste, je fais ce que vous m'avez
demandé, et je vous donne un cœur si plein de sagesse
et d'intelligence, qu'il n'y a jamais eu d'homme avant vous
qui vous ait égalé, et qu'il n'y en aura point après vous qui
vous égalera. Mais de plus je vous donne ce que vous ne
m'avez point demandé, savoir les richesses et la gloire, de
sorte qu'aucun roi ne vous aura jamais égalé en cela dans
tous les siècles passés. Si vous marchez dans mes voies,
et que vous gardiez mes préceptes et mes ordonnances,
comme votre père les a gardés, je vous donnerai aussi une
[pg 203]
longue vie. Salomon s'étant éveillé, réfléchit au songe
qu'il avait eu: et étant venu à Jérusalem, il se présenta
devant l'arche de l'alliance et offrit des sacrifices en l'honneur
de l'Eternel.

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| |sepa|

Jugement rendu par Salomon.
---------------------------

Deux femmes de mauvaise vie vinrent trouver le roi, et
se présentant devant lui, l'une d'elles dit: Je vous prie,
mon seigneur, faites-moi justice. Nous demeurions, cette
femme et moi, dans une même maison, et je suis accouchée
dans cette maison. Elle est accouchée aussi trois
jours après moi; nous étions ensemble, et il n'y avait
personne dans la maison, que nous deux. L'enfant de
cette femme est mort pendant la nuit, parce qu'elle l'a
étouffé en dormant; et se levant dans le silence de la nuit
pendant que je dormais, elle m'a pris mon fils que j'avais
à mon côté; et l'ayant placé auprès d'elle, elle a mis auprès
de moi son fils qui était mort. M'étant levée le matin pour
donner à teter à mon fils, j'ai reconnu qu'il était mort;
et le considérant avec plus d'attention au grand jour, j'ai
reconnu que ce n'était point le mien, celui que j'avais enfanté.
L'autre femme lui répondit: Ce que vous dites n'est
point vrai; mais c'est votre fils qui est mort, et le mien
est vivant. La première au contraire répliquait: Vous mentez;
car c'est mon fils qui est vivant, et le vôtre est mort:
et elles se disputaient ainsi devant le roi. Alors le roi dit:
Celle-ci dit: Mon fils est vivant, et le vôtre est mort. Et
l'autre répond: Non; mais c'est votre fils qui est mort, et
le mien est vivant. Apportez-moi une épée. Lorsqu'on eut
apporté une épée devant le roi, il dit à ses gardes: Coupez
[pg 204]
en deux cet enfant qui est vivant, et donnez-en la moitié
à l'une et la moitié à l'autre. Alors la femme dont le fils
était vivant dit au roi (car ses entrailles furent émues de
tendresse pour son fils): Seigneur, donnez-lui, je vous
supplie, l'enfant vivant, et ne le tuez point. L'autre disait
au contraire: Qu'il ne soit ni à moi ni à vous; mais qu'on
le divise. Alors le roi prononça cette sentence: Donnez à
celle-là l'enfant vivant, et qu'on ne le tue point; car c'est
elle qui est sa mère.—Tout Israël ayant donc su la manière
dont le roi avait jugé cette affaire, ils eurent tous de la
crainte et du respect pour lui, voyant que la sagesse de
Dieu était en lui pour rendre la justice.

Le roi Salomon vivait en paix avec tous les peuples qui
l'environnaient, il n'y avait plus d'ennemi qui s'élevât
contre lui, ni qui l'attaquât. Dans Juda et dans Israël tout
homme vécut sans aucune crainte, chacun sous sa vigne et
sous son figuier, depuis Dan jusqu'à Bersabée, pendant
tout le règne de Salomon. Dieu donna de plus à Salomon
une sagesse et une prudence prodigieuses, et des connaissances
étendues. Et la sagesse de Salomon surpassait la
sagesse de tous les Orientaux et de tous les Égyptiens. Il
était plus sage que tous les hommes, plus sage que les poëtes
lyriques Ethan, Ezrahite, Heman, Chalcol et Darda; et sa
réputation était répandue dans toutes les nations voisines.
Salomon composa aussi trois mille paraboles, et fit mille
et cinq cantiques. Il venait des gens de tous les pays pour
entendre la sagesse de Salomon; et tous les rois envoyaient
vers lui, pour être instruits par sa sagesse. Salomon avait
sous sa domination tous les royaumes depuis le fleuve
d'Euphrate jusqu'au pays des Philistins, et jusqu'à la frontière
d'Égypte. Ils lui offrirent tous des présents, et lui
demeurèrent assujettis pendant tout le cours de sa vie.

[pg 205]

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| |sepa|

Salomon pense à bâtir le temple.
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Hiram, roi de Tyr, envoya aussi ses serviteurs vers
Salomon, ayant appris qu'il avait été sacré roi en la place
de son père; car Hiram avait toujours été ami de David.
Or Salomon envoya vers Hiram, et lui fit dire: Vous savez
quel a été le désir de David mon père, et qu'il n'a pu bâtir
une maison au nom de l'Eternel, à cause des guerres et
des ennemis qui le menaçaient de toutes parts, jusqu'à ce
que l'Eternel les eût tous mis sous ses pieds. Mais maintenant
Dieu m'a donné la paix avec tous les peuples qui
m'environnent. C'est pourquoi j'ai dessein maintenant de
bâtir un temple au nom de l'Eternel, selon qu'il l'a
ordonné à David mon père, en lui disant: Votre fils que
je ferai asseoir en votre place sur votre trône, sera celui
qui bâtira une maison à la gloire de mon nom. Donnez
donc ordre à vos serviteurs qu'ils taillent pour moi des
cèdres du Liban, et mes serviteurs seront avec les vôtres,
et je donnerai à vos serviteurs telle récompense que vous
me demanderez; car vous savez qu'il n'y a personne parmi
mon peuple qui sache tailler le bois comme les Sidoniens.
Hiram ayant entendu ces paroles de Salomon, en eut une
grande joie, et dit: Béni soit aujourd'hui l'Eternel Dieu
qui a donné à David un fils si sage pour gouverner un si
grand peuple. Et il envoya dire à Salomon: J'ai entendu
tout ce que vous m'avez fait dire; j'exécuterai tout ce que
vous désirez pour les bois de cèdre et de sapin. Mes serviteurs
les porteront du Liban sur le bord de la mer; et je
les ferai mettre sur mer en radeaux pour les transporter
[pg 206]
jusqu'au lieu que vous m'aurez marqué; je les y ferai
débarquer, et vous aurez soin de les faire prendre; et pour
cela vous me ferez donner tout ce qui me sera nécessaire
pour nourrir ma maison. Hiram donna donc à Salomon
des bois de cèdre et de sapin autant qu'il en désirait. Et
Salomon donnait à Hiram pour l'entretien de sa maison
vingt mille mesures de froment et vingt mille mesures
d'huile très-pure: ce sont là les provisions que Salomon
envoyait chaque année à Hiram. Le roi Salomon choisit
aussi des ouvriers dans tout Israël, et il ordonna que l'on
prendrait pour cet ouvrage trente mille hommes. Il les
envoyait au Liban tour à tour, dix mille chaque mois, de
sorte qu'ils demeuraient deux mois dans leurs maisons.
Adoniram avait l'intendance sur tous ces gens-là. Salomon
avait soixante et dix mille manœuvres qui portaient les
fardeaux, et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres
sur la montagne; sans compter ceux qui avaient l'intendance
sur chaque ouvrage, qui étaient au nombre de trois
mille trois cents, et qui donnaient les ordres au peuple et
à ceux qui travaillaient. Et le roi leur commanda aussi de
prendre de grandes pierres, des pierres d'un grand prix,
pour les fondements du temple, et de les préparer pour
cet effet; et les ouvriers de Salomon, de Hiram et les
Giblims eurent soin de les tailler et ils apprêtèrent les bois
et les pierres pour bâtir la maison de l'Eternel.

.. class:: center

|
| |sepa|

Description du temple bâti par Salomon.
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La quatrième année du règne de Salomon et la quatre
cent quatre vingtième après la  sortie de l'Egypte, on
[pg 207]
commença à bâtir un temple à l'Eternel. Ce fut sur la
montagne Moria, colline orientale du mont Sion qu'il fut
construit. Il était entouré de deux murs, un mur extérieur
et un mur intérieur; cette dernière enceinte était aussi
appelée l'enceinte des prêtres. L'intérieur du temple, décoré
avec la plus grande magnificence, avait la même
distribution que le tabernacle: le *saint* et le *saint des
saints*. Toutes les murailles étaient parées de feuillage en
bois de cèdre, et de fleurons en or. L'autel, les candélabres
et les différents vases pour le service étaient d'un
or très-pur. Le plancher même et les portes étaient revêtus
d'or. C'était le temple le plus splendide qu'il y eût jamais
eu sur la terre. On employa à la construction du temple
dans toutes ses parties et dans tout ce qui devait servir au
culte de Dieu, sept années entières.

.. class:: center

|
| |sepa|

Dédicace du temple. Prière de Salomon.
--------------------------------------

Alors tous les anciens d'Israël avec les princes des tribus,
et tous les chefs des familles des enfants d'Israël
s'assemblèrent, et vinrent trouver le roi Salomon dans
Jérusalem, pour transporter l'arche de l'alliance de
l'Eternel de la ville de David, c'est-à-dire, de Sion. On
s'assembla en un jour solennel, lors de la fête des tabernacles,
qui a lieu dans le septième mois. Tous les anciens
d'Israël étant venus, les prêtres prirent l'arche de l'Eternel
et la portèrent avec le tabernacle de l'alliance, et tous
les vases du sanctuaire qui étaient dans le tabernacle, et
les prêtres et les lévites les portèrent. L'arche de l'alliance
fut placée au lieu qui lui était destiné, dans le saint des
[pg 208]
saints, sous les ailes des chérubins. Or il n'y avait dans
l'arche que les deux tables de pierre que Moïse y avait
mises à Horeb, lorsque l'Eternel fit alliance avec les enfants
d'Israël, aussitôt après leur sortie d'Egypte. Salomon se
plaça ensuite devant l'autel de l'Eternel, à la vue de toute
l'assemblée d'Israël; et tenant ses mains étendues vers le
ciel, il dit: Eternel Dieu d'Israël, il n'y a point de Dieu
qui vous soit semblable, ni au plus haut du ciel, ni sur toute
la face de la terre. O Dieu! j'ai bâti cette maison, afin
qu'elle vous tienne lieu de demeure, et que votre trône y
soit établi pour jamais. Est-il donc croyable que Dieu
habite véritablement sur la terre? Car si les cieux et le ciel
des cieux ne peuvent vous comprendre, combien moins
cette maison que j'ai bâtie! Mais soyez propice, ô Eternel
mon Dieu, aux vœux de votre serviteur et à ses prières;
écoutez l'hymne et l'oraison que votre serviteur vous offre
aujourd'hui, afin que vos yeux soient ouverts jour et nuit
sur cette maison, de laquelle vous avez dit: C'est là que
sera mon nom; afin que vous exauciez la prière que votre
serviteur vous offre en ce lieu; que vous l'exauciez du lieu
de votre demeure dans le ciel, et que l'ayant exaucée vous
fassiez miséricorde. Lorsqu'un homme aura péché contre
son prochain; lorsqu'Israël votre peuple péchera contre
vous; lorsqu'il viendra sur la terre, ou famine, ou peste,
ou corruption de l'air, et que faisant pénitence et rendant
gloire à votre nom, on étendra les mains vers vous dans
cette maison: vous l'exaucerez du ciel, du lieu de votre
demeure, vous vous rendrez de nouveau propice, et vous
ferez miséricorde, selon que vous verrez la disposition du
cœur, rendant à chacun selon toutes ses œuvres et ses
désirs, parce qu'il n'y a que vous seul qui connaissiez le
fond du cœur de tous les hommes. Lorsqu'un étranger,
[pg 209]
qui ne sera point d'Israël votre peuple, viendra d'un pays
fort éloigné, attiré par votre nom, parce que la grandeur
de votre nom, la force de votre main et la puissance de
votre bras se feront connaître de tous côtés; lorsqu'un
étranger, dis-je, sera venu prier en ce lieu, vous l'exaucerez
du ciel, du firmament où vous demeurez, et vous
ferez ce que l'étranger vous aura prié de faire; afin que
tous les peuples de la terre apprennent à craindre votre
nom, comme fait Israël votre peuple, et qu'ils éprouvent
eux-mêmes que votre nom a été invoqué sur cette maison
que j'ai bâtie. Salomon ayant achevé d'offrir à l'Eternel
cette oraison et cette prière, se leva de devant l'autel de
l'Eternel, car il avait mis les deux genoux en terre, et il
tenait les mains étendues vers le ciel. Etant donc debout
devant le peuple, il bénit toute l'assemblée d'Israël, en
disant à haute voix: Béni soit l'Eternel, qui a donné la
paix à Israël son peuple, selon toutes les promesses qu'il
avait faites. Tous les biens qu'il nous avait promis par
Moïse son serviteur, nous sont arrivés, sans qu'il soit
tombé une seule de ses paroles à terre. Que l'Eternel notre
Dieu soit avec nous, comme il a été avec nos pères; qu'il
ne nous abandonne et ne nous rejette point: mais qu'il
incline nos cœurs vers lui, afin que nous marchions dans
toutes ses voies, et que nous gardions ses préceptes et
toutes les ordonnances qu'il a prescrites à nos pères. Que
les paroles de cette prière que j'ai faite devant l'Eternel,
soient présentes jour et nuit à l'Eternel notre Dieu, afin
que chaque jour il fasse justice à son serviteur et à Israël
son peuple, en sorte que tous les peuples de la terre
sachent que c'est l'Eternel qui est le vrai Dieu, et qu'après
lui il n'y en a point d'autre. Le roi et tout Israël offrirent
une grande quantité de sacrifices en l'honneur de
[pg 210]
l'Eternel, et le roi avec les enfants d'Israël consacrèrent
ainsi le temple à l'Eternel. Salomon fit de ce jour une
grande solennité et tout Israël se réunit à lui pendant quatorze
jours. Les jours de fêtes étant passés, Salomon
renvoya le peuple, qui bénissant le roi s'en retournaient
en leurs maisons avec une allégresse publique, ayant le
cœur plein de joie pour tous les biens que l'Eternel avait
faits à David son serviteur, et à Israël son peuple.

.. class:: center

|
| |sepa|

Dieu se révèle une seconde fois à Salomon.
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Salomon ayant achevé de bâtir la maison de l'Eternel
et tout ce qu'il avait souhaité, et qu'il avait voulu faire,
Dieu se révéla une seconde fois, comme il s'était révélé
à Gabaon, et lui dit: J'ai exaucé votre prière et la supplication
que vous m'avez faite. J'ai sanctifié cette maison
que vous avez bâtie pour y établir mon nom à jamais, et
mes yeux et mon cœur y seront toujours attentifs. Si vous
marchez en ma présence comme votre père y a marché,
dans la simplicité et la droiture de votre cœur; si vous faites
tout ce que je vous ai commandé, et que vous gardiez mes
lois et mes ordonnances, j'établirai votre trône et votre
règne sur Israël pour jamais, selon que je l'ai promis à
David votre père, en lui disant: Vous aurez toujours de
votre race des successeurs qui seront assis sur le trône
d'Israël. Mais si vous vous détournez de moi, vous et vos
enfants, si vous cessez de me suivre et de garder mes préceptes
et les lois que je vous ai prescrites, et que vous
alliez servir et adorer les dieux étrangers, j'exterminerai
les Israélites de la terre que je leur ai donnée, et je
[pg 211]
rejetterai loin de moi ce temple que j'ai consacré à mon nom.

Salomon bâtit encore un grand palais, fortifia plusieurs
villes et se fit construire des maisons de campagne.

Quant à tout ce qui était demeuré de ces peuples que
les enfants d'Israël n'avaient pu exterminer, Salomon
rendit tributaires leurs enfants et les assujettit. Il équipa
aussi une flotte à Esiongaber sur le rivage de la mer Rouge
au pays d'Idumée: et Hiram envoya avec cette flotte
quelques-uns de ses gens, gens de mer qui entendaient
fort bien la navigation, qui se joignirent aux gens de Salomon;
et étant allés en Ophir (dans l'Afrique?), ils y
prirent quatre cent vingt talents d'or qu'ils apportèrent au
roi Salomon. L'argent était en abondance sous le règne
de Salomon et l'on ne faisait presque aucun cas de ce
métal.

.. class:: center

|
| |sepa|

La reine de Saba vient trouver Salomon et admire sa sagesse.
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La reine de Saba (dans l'Arabie) ayant entendu parler
de la grande réputation que Salomon s'était acquise par
tout ce qu'il faisait au nom de l'Eternel, vint en faire
expérience en lui proposant des questions obscures et des
énigmes; et étant entrée dans Jérusalem avec une grande
suite et un riche équipage, elle se présenta devant le roi
Salomon, et lui découvrit tout ce qu'elle avait dans le
cœur. Salomon l'instruisit sur toutes les choses qu'elle lui
avait proposées; et il n'y en eut aucune que le roi ignorât,
et sur laquelle il ne la satisfît par ses réponses. Or la reine
de Saba voyant toute la sagesse de Salomon, admirant
les édifices qu'il avait construits, la somptuosité de sa
[pg 212]
table, les logements de ses officiers, le bel ordre avec
lequel ils le servaient, la magnificence de leurs habits,
les sacrifices qu'ils offraient dans la maison de l'Eternel,
était toute hors d'elle-même; et elle dit au roi: Ce qu'on
m'avait rapporté dans mon royaume de vos entretiens et
de votre sagesse est véritable; et je n'ai pas cru néanmoins
ce qu'on m'en disait, jusqu'à ce que je sois venue moi-même,
et que je l'aie vu de mes propres yeux; et j'ai
reconnu qu'on ne m'avait pas dit la moitié de la vérité.
Votre sagesse et votre conduite passent tout ce que la renommée
m'en avait appris. Heureux ceux qui sont à vous;
heureux vos serviteurs qui jouissent toujours de votre
présence, et qui écoutent votre sagesse! Béni soit l'Eternel
votre Dieu qui a mis son affection en vous, qui vous a fait
asseoir sur le trône d'Israël, et qui vous a établi roi pour
régner avec équité, et pour rendre la justice. La reine de
Saba donna ensuite au roi beaucoup d'or, une quantité
infinie de parfums, et de pierres précieuses. On n'a jamais
apporté depuis à Jérusalem autant de parfums que la reine
de Saba en donna au roi Salomon. Or le roi Salomon
donna à la reine de Saba tout ce qu'elle désira et ce qu'elle
lui demanda, outre les présents qu'il lui fit de lui-même
avec une magnificence royale; et la reine s'en retourna en
son royaume avec ses serviteurs.

.. class:: center

|
| |sepa|

Les femmes étrangères font tomber Salomon dans l'idolâtrie. Mort de ce prince.
------------------------------------------------------------------------------

Or le roi Salomon aima passionnément plusieurs femmes
étrangères, il se maria à la fille de Pharaon, aux femmes
de Moab et d'Ammon, aux femmes d'Idumée, de Sidon
[pg 213]
et du pays des Hethéens, qui étaient toutes des nations
dont l'Eternel avait dit aux enfants d'Israël: Vous ne prendrez
point pour vous des femmes de ces pays-là, et vos
filles n'en épouseront point les hommes; car ils vous pervertiront
le cœur très-certainement, pour vous faire suivre
leurs dieux. Salomon s'attacha donc à ces femmes avec
une passion ardente. Il était déjà vieux, lorsque les femmes
lui corrompirent le cœur pour lui faire suivre des dieux
étrangers: et son cœur n'était point parfait devant l'Eternel
son Dieu, comme avait été le cœur de David son père.
Mais Salomon servait Astarté déesse des Sidoniens, et
Molach l'idole des Ammonites. L'Eternel dit donc à Salomon:
Puisque vous vous comportez ainsi, et que vous
n'avez point gardé mon alliance, ni les commandements
que je vous avais faits, je déchirerai et diviserai votre
royaume, et je le donnerai à l'un de vos serviteurs. Je ne
ferai point néanmoins cette division pendant votre vie, à
cause de David votre père; mais je la ferai lorsque le
royaume sera entre les mains de votre fils. Je ne lui ôterai
pas néanmoins le royaume tout entier; mais j'en donnerai
une tribu à votre fils, à cause de David mon serviteur, et
de Jérusalem que j'ai choisie.

Or l'Eternel suscita pour ennemis à Salomon, Adad
Iduméen de la race royale, qui était dans Edom, Razon fils
d'Eliada, roi à Damas, et ensuite *Jeroboam* fils de Nabat
Ephrathéen, serviteur de Salomon, jeune homme intelligent
et très-capable en affaires. Il arriva en ce même
temps que Jeroboam sortit de Jérusalem, et qu'Ahia
Silonite, prophète, ayant sur lui un manteau tout neuf,
_`rencontra Jeroboam` dans le chemin. Ils n'étaient qu'eux
deux dans le champ. Et Ahia prenant le manteau neuf qu'il
avait sur lui, le coupa en douze parts, et dit à Jeroboam:
[pg 214]
Prenez dix parts pour vous; car voici ce que dit l'Eternel le
Dieu d'Israël: Je diviserai et arracherai le royaume des
mains de Salomon, et je vous en donnerai dix tribus; j'en
donnerai une tribu à son fils, afin que mon serviteur David
règne toujours devant moi dans la ville de Jérusalem, que
j'ai choisie afin que mon nom y soit honoré. Mais pour
vous, je vous prendrai, et vous régnerez sur tout ce que
votre âme désire, et vous serez roi dans Israël. Si vous
écoutez donc tout ce que je vous ordonne; si vous marchez
dans mes voies, et que vous fassiez ce qui est juste et droit
devant mes yeux en gardant mes ordonnances et mes préceptes,
comme a fait David mon serviteur, je serai avec
vous, je vous ferai une maison qui sera stable et fidèle,
comme j'en ai fait une à mon serviteur David, et je vous
mettrai en possession du royaume d'Israël. Et j'affligerai
en ce point la race de David, mais non pour toujours.

Salomon voulut donc faire mourir Jeroboam; mais il
s'enfuit en Egypte vers Sesac roi d'Egypte, et y demeura
jusqu'à la mort de Salomon. Tout le reste des actions
de Salomon, tout ce qu'il a fait et tout ce qui regarde sa
sagesse, est écrit dans le livre du règne de Salomon. Le
temps pendant lequel il régna dans Jérusalem sur tout
Israël fut de quarante ans: et Salomon s'endormit avec ses
pères et il fut enseveli en la ville de David son père; et
Roboam (*Rechabeam*) son fils régna en sa place.

.. class:: center

|
| |sepa|

Division du royaume.
--------------------

Jusqu'à cette époque tout Israël ne forma qu'un seul
peuple, toutes les douze tribus furent libres et unies. On
avait l'habitude, comme il avait été ordonné par la loi de
[pg 215]
Dieu, de se voir rassemblé à Jérusalem trois fois par an,
pendant les jours des trois grandes fêtes publiques, de
Pâque, de Pentecôte et des Tabernacles. Ces occasions
resserraient toujours plus étroitement les liens religieux,
fortifiaient l'esprit général de la nation et facilitaient les
relations intérieures. Et bien que ce ne fussent pas tous
les Israélites qui prissent part à ces saintes assemblées,
cependant ils ne laissaient pas que d'être fidèles à leur
alliance avec Dieu et de se distinguer ostensiblement de
tout autre peuple, et par leurs maximes, et par certaines
lois concernant la pureté extérieure et la pudeur (défense
de plusieurs aliments, lois de purification, défenses touchant
le mariage, etc.). Mais cet état de choses devait
changer, et la vie nationale se modifier après la mort de
Salomon. Car il arriva lorsque Roboam vint à Sichem, où
tout Israël s'était assemblé pour l'établir roi, que Jeroboam
y vint avec tout le peuple d'Israël trouver Roboam,
et lui dit: Votre père nous avait chargés d'un joug très-dur.
Diminuez donc maintenant quelque chose de l'extrême
dureté du gouvernement de votre père, et de ce joug
très-pesant qu'il nous avait imposé, et nous vous servirons.
Roboam leur répondit: Allez-vous-en maintenant et dans
trois jours revenez me trouver. Le peuple s'étant retiré,
le roi Roboam tint conseil avec les vieillards, qui étaient
auprès de Salomon son père, lorsqu'il vivait encore; et il
leur dit: Quelle réponse me conseillez-vous de faire à ce
peuple? Ils lui répondirent: Si vous obéissez maintenant
à ce peuple, et que vous leur cédiez en vous rendant à leur
demande, et en leur parlant avec douceur, ils s'attacheront
pour toujours à votre service. Mais Roboam n'approuvant
point le conseil que les vieillards lui avaient
donné, voulut consulter les jeunes gens qui avaient été
[pg 216]
élevés avec lui, et qui étaient toujours auprès de sa personne,
il leur dit: Quelle réponse me conseillez-vous de
faire à ce peuple? Ils lui répondirent: Vous lui direz:
Mon père, à ce que vous dites, vous a imposé un joug
pesant, et moi je le rendrai encore plus pesant; mon père
vous a battus avec des verges, et moi je vous châtierai
avec des verges de fer. Jeroboam vint donc avec tout le
peuple trouver Roboam le troisième jour, et le roi répondit
durement au peuple, et abandonnant le conseil
que les vieillards lui avaient donné, il leur parla selon
que les jeunes gens lui avaient conseillé. Le roi ne se rendit
donc point à la volonté du peuple, parce que l'Eternel
s'était détourné de lui, pour vérifier _`la parole qu'il avait dite`
à Jeroboam fils de Nabat par Ahia Silonite. Or
le peuple voyant que le roi n'avait point voulu les écouter,
commença à dire: Qu'avons-nous de commun avec David?
Quel héritage avons-nous à espérer du fils d'Isaï? Israël
retirez-vous dans vos tentes; et vous, David, pourvoyez
maintenant à votre maison. C'est ainsi qu'Israël se sépara
de Roboam, ils choisirent alors Jeroboam pour leur roi.
Il n'y eut que deux tribus, celles de Juda et de Benjamin
qui restèrent fidèles à la maison de David. Israël
forma depuis ce jour deux royaumes séparés, celui d'*Israël*
ou d'Ephraïm, et celui de *Juda*; celui-ci beaucoup plus petit,
l'emportait cependant sur le premier par la possession
de Jérusalem, du temple et de l'institution des prêtres.

[pg 217]

.. _ib217:
.. _CHAP.VI:


CHAPITRE VI.
============

.. _Histoire des deux royaumes jusqu'à leur ruine. (2964-3338).:

.. class:: center

| HISTOIRE DES DEUX ROYAUMES JUSQU'A LEUR RUINE.
|
| (2964-3338.)
|
| |sepa|

Les deux rois.
--------------

Après cet événement Roboam revint à Jérusalem, assembla
toute la tribu de Juda et la tribu de Benjamin, et
vint avec cent quatre-vingt mille hommes de guerre choisis,
pour combattre la maison d'Israël, et pour réduire le
royaume sous son obéissance. Mais Seméia homme de Dieu
lui adressa la parole de l'Eternel et lui dit: Voici ce que
dit l'Eternel: Vous ne vous mettrez point en campagne,
et vous ne ferez point la guerre contre les enfants d'Israël
qui sont vos frères. Que chacun retourne en sa maison;
car c'est moi qui ai fait ceci. Ils écoutèrent la parole de
l'Eternel, et ils s'en retournèrent selon que l'Eternel le
leur avait commandé. Or Jéroboam rebâtit Sichem sur la
montagne d'Ephraïm, et il y établit sa demeure; et étant
sorti de là, il bâtit Phanuel. Mais Jéroboam dit en lui-même:
Le royaume retournera bientôt à la maison de
[pg 218]
David, si ce peuple va à Jérusalem pour y offrir des sacrifices
en la maison de l'Eternel; le cœur de ce peuple se
tournera alors vers Roboam roi de Juda; et ils me tueront
et retourneront à lui. Et après y avoir bien pensé, il fit deux
veaux d'or, les mit, l'un à Bethel (le sud du pays), et
l'autre à Dan (le nord du pays), et dit au peuple: N'allez
plus à l'avenir à Jérusalem. Israël, voici vos dieux qui vous ont
tirés de l'Egypte. Il fit aussi des temples dans les hauts lieux,
et il établit pour prêtres les derniers du peuple, qui n'étaient
point enfants de Lévi. Il ordonna aussi qu'on célébrerait
un jour solennel dans le huitième mois, qui serait le quinzième
du même mois, pour répondre à la fête des Tabernacles
qui se célébrait dans le septième mois en Juda. Ce
culte devint un sujet de scandale et de péché; car le peuple
allait jusqu'à Dan pour y adorer ce veau d'or. L'Eternel
Dieu fit alors sévèrement reprimander le roi Jeroboam, et
lui fit annoncer par ses prophètes des punitions et des
malheurs épouvantables; cependant le méchant ne se corrigea
point et ne quitta point le service des faux dieux. Sa
maison fut alors tellement corrompue, qu'à la deuxième
génération déjà toute la race de Jeroboam fut entièrement
exterminée de la terre.—Cependant Roboam fils de Salomon
régnait sur Juda; il avait quarante et un ans lorsqu'il
commença à régner, et il régna dix-sept ans en la ville de
Jérusalem. Et Juda fit aussi le mal devant l'Eternel, ils
commirent encore plus de péchés que leurs pères. Eux
aussi, ils élevèrent des autels, et se firent des statues sur
toutes les collines élevées et sur tous les arbres touffus;
ils commirent en général toutes les abominations de ces
peuples que l'Eternel avait détruits à la vue des enfants
d'Israël. Ce fut dans la cinquième année du règne de Roboam,
que Sesac roi d'Egypte vint à Jérusalem, enleva
[pg 219]
les trésors du roi, et pilla tout. Il prit aussi les boucliers
d'or que Salomon avait faits. Or il y eut toujours guerre
entre Roboam et Jeroboam. Et Roboam s'endormit avec
ses pères; il fut enseveli avec eux dans la ville de David,
et Abiam son fils régna en sa place. Il régna trois ans dans
Jérusalem, marcha dans tous les péchés de son père, et
son cœur n'était point parfait avec l'Eternel son Dieu
comme l'avait été le cœur de David son père. La guerre
qui avait éclaté entre Roboam et Jéroboam continua
encore. Mais Israël fut enfin vaincu par Juda. Jeroboam,
roi d'Israël, mourut ensuite dans la vingt-deuxième année
de son règne, et Nadab son fils régna en sa place.

.. class:: center

|
| |sepa|

Les deux royaumes.
------------------

(*Juda.*) La vingtième année de Jeroboam roi d'Israël,
*Asa* roi de Juda commença son règne. Asa fils d'Abiam
régna quarante et un ans dans Jérusalem. Et Asa fit ce qui
était droit et juste aux yeux de l'Eternel, comme avait fait
David son père. Il purgea Jérusalem de toutes les infamies
des idoles que ses pères y avaient dressées, et il commanda
à Juda de chercher l'Eternel le Dieu de leurs pères, et
d'observer la loi et tout ce qui était ordonné. Il ôta aussi
les autels et les temples de toutes les villes de Juda, et il
régna en paix.—Un jour Zara, roi d'Éthiopie, vint l'attaquer
avec une armée d'un million d'hommes et trois cents
chariots de guerre, et s'avança jusqu'à Maresa. Asa marcha
au-devant de lui, et rangea son armée en bataille dans la
vallée de Sephata, près de Maresa; et il invoqua Dieu, et
dit: Eternel, quand vous voulez secourir, le petit nombre
[pg 220]
et le grand nombre sont la même chose devant vous. Secourez-nous
donc, Eternel; car c'est parce que nous nous
confions en vous et en votre nom, que nous sommes venus
contre cette multitude. Eternel, vous êtes notre Dieu, ne
permettez pas que l'homme l'emporte sur vous. Ainsi
l'Eternel jeta l'épouvante parmi les Ethiopiens qui étaient
en présence d'Asa et de Juda; et les Ethiopiens prirent la
fuite et furent défaits.—Alors Azaria fils d'Oded fut rempli
de l'esprit de Dieu. Il alla au-devant d'Asa, et lui dit:
Ecoutez-moi, Asa, et vous tous, peuples de Juda et de
Benjamin. L'Eternel vous a assisté, parce que vous vous
êtes tenus attachés à lui. Si vous le cherchez, vous le trouverez;
mais si vous le quittez, il vous abandonnera. Alors
Asa assembla tous ses sujets de la tribu de Juda et de Benjamin,
et avec eux plusieurs étrangers des tribus d'Ephraïm,
de Manassé et de Siméon; car beaucoup d'Israélites étaient
venus se rendre à lui, voyant que l'Eternel son Dieu était
avec lui. Et lorsqu'ils se furent rendus à Jérusalem le troisième
mois, et l'an quinzième du règne d'Asa, ils offrirent
des sacrifices à l'Eternel et promirent de nouveau de chercher
le Dieu de leurs pères de tout leur cœur et de toute
leur âme. Et il n'y eut point de guerre jusqu'à la trente-cinquième
année du règne d'Asa. Mais l'an trente-sixième,
Baasa roi d'Israël vint en Juda, et fortifia Rama, afin que
nul du royaume d'Asa ne pût sûrement ni entrer ni sortir.
Alors Asa prit l'or et l'argent qui étaient dans les trésors
de la maison de l'Eternel, et dans les trésors du roi, et
les envoya à Benadad roi de Syrie pour l'engager de rompre
l'alliance faite avec Baasa roi d'Israël, et de l'obliger
de se retirer des états de Juda. En ce même temps le
prophète Hanani vint trouver le roi Asa, et lui dit: Les
yeux de l'Eternel sont ouverts sur toute la terre, et ils
[pg 221]
inspirent de la force à ceux qui se confient en lui d'un cœur
parfait. Vous avez donc agi follement en mettant votre confiance
dans le roi de Syrie, et non dans l'Eternel votre
Dieu; et pour cela même, il va s'allumer des guerres
contre vous. Asa, s'emportant contre le prophète, commanda
qu'on le mît en prison; car la remontrance de ce
prophète l'avait irrité au dernier point: il opprima aussi
plusieurs d'entre le peuple. Ensuite Asa tomba malade la
trente-neuvième année de son règne, d'une très-violente
douleur aux pieds, et cependant il n'eut point recours à
l'Eternel dans son mal; mais il mit plutôt sa confiance dans
la science des médecins. Et il mourut la quarante et unième
année de son règne, fut enterré dans la sépulture qu'il s'était
fait faire en la ville de David, et on le mit sur son lit tout
rempli d'odeurs et de parfums exquis, où les parfumeurs
avaient employé toute leur science; et ils les brûlèrent sur
lui avec beaucoup d'appareil et de pompe.—*Josaphat* son
fils régna en sa place, et il eut toujours l'avantage sur Israël.
L'Eternel fut avec Josaphat, parce qu'il marcha dans les
premières voies de David son père, et qu'il ne mit point sa
confiance dans les idoles. Comme son cœur était plein de
force et de zèle pour l'observation des préceptes de l'Eternel,
il fit abattre dans Juda les hauts lieux et les bois consacrés
aux idoles. La troisième année de son règne il
envoya plusieurs hommes des premiers seigneurs de la
cour, pour instruire les villes de Juda. Il joignit à ces
hommes plusieurs lévites et les prêtres Elisama et Joram:
et ils instruisaient tout le peuple de Juda, et portaient avec
eux le livre de la loi de Dieu; ils allaient dans toutes les
villes de Juda, et y enseignaient le peuple. Ainsi Dieu
affermit le royaume dans la main de ce roi, de sorte que
tous les royaumes qui étaient aux environs de Juda,
[pg 222]
n'osaient prendre les armes contre Josaphat. Les Philistins
même venaient faire des présents à Josaphat, et ils lui
payaient un tribut d'argent. Les Arabes lui amenaient des
troupeaux de menu bétail. Et Josaphat devint puissant, et
s'éleva jusqu'à un très-haut point de grandeur. Il bâtit des
forteresses dans Juda en forme de tours, et fit de grandes
choses dans toutes les villes de Juda.

(Israël.) *Nadab*, fils de Jeroboam, régna deux ans sur
Israël. Il fit le mal devant l'Eternel, et il marcha dans les
voies de son père, et dans les péchés qu'il avait fait commettre
à Israël. Mais Baasa, de la tribu d'Issachar, fit une
entreprise secrète contre sa personne, et le tua. *Baasa*
étant devenu roi, tua tous ceux de la maison de Jeroboam.
Il n'en laissa pas vivre un seul de sa race, jusqu'à ce qu'il
l'eût exterminée entièrement, selon que l'Eternel l'avait
fait prédire par Ahia Silonite son serviteur. Baasa fit aussi
le mal devant l'Eternel, il marcha dans les voies de Jeroboam,
et dans les péchés qu'il avait fait commettre à
Israël. Or l'Eternel adressa sa parole à Jehu fils d'Hanani,
contre Baasa, et lui fit dire: Parce que vous avez marché
dans la voie de Jeroboam et vous avez fait pécher Israël
mon peuple, je retrancherai de dessus la terre la postérité
de Baasa, et je ferai de votre maison ce que j'ai fait de la
maison de Jeroboam. Et Baasa mourut, fut enseveli à
Thersa et *Éla* son fils régna en sa place, dans la vingt-sixième
année d'Asa roi de Juda.—Ela régna sur Israël à
Thersa, et son règne ne dura que deux ans; car *Simri* son
serviteur, qui commandait la moitié de sa cavalerie, se
révolta contre lui, et se jetant sur lui tout d'un coup, il le
frappa et le tua. Et lorsqu'il fut établi roi, il extermina
toute la maison de Baasa, sans épargner aucun de ses
proches ou de ses amis. C'est ainsi que la maison de Baasa
[pg 223]
fut détruite, selon la parole que l'Eternel avait fait dire à
Baasa par le prophète Jehu. Cependant, *Simri* ne régna à
Thersa que pendant sept jours. L'armée d'Israël qui assiégeait
alors Gebbethon ville des Philistins, ayant appris
que lui, Simri, s'était révolté et avait tué le roi, établit
roi *Amri*, général de l'armée, qui était alors dans le camp.
Amri, quittant donc Gebbethon, marcha avec l'armée
d'Israël, et vint assiéger Thersa. Simri, voyant que la ville
allait être prise, entra dans le palais, où il fit mettre le
feu et périt dans les flammes avec la maison royale. Alors
le peuple d'Israël se divisa en deux partis. La moitié du
peuple suivit Thebni fils de Gineth pour l'établir roi, et
l'autre suivait Amri. Mais le parti d'Amri eut l'avantage
sur celui de Thebni; et Thebni étant mort, *Amri* régna
seul. La trente et unième année d'Asa roi de Juda, Amri
régna sur Israël. Son règne dura douze ans, dont il régna
six à Thersa. Il acheta alors la montagne de Samarie de
Somer, et y bâtit une ville qu'il appela Samarie, du nom
de Somer à qui avait été la montagne. Amri fit le mal devant
l'Eternel, et les crimes qu'il commit surpassèrent
encore ceux de tous ses prédécesseurs. Il marcha entièrement
dans la voie de Jeroboam fils de Nabat, et dans les
péchés par lesquels il avait fait pécher Israël. Et Amri mourut,
fut enseveli à Samarie, et *Achab* son fils régna en sa
place.—Ce roi fit aussi le mal devant l'Eternel, et surpassa
même en impiété tous ceux qui avaient été avant lui.
Il ne se contenta pas de marcher dans les péchés de Jeroboam;
mais il épousa Jezabel fille du roi des Sidoniens,
et il alla servir Baal, et l'adora, lui bâtit un temple à
Samarie, et ajouta toujours crime sur crime. Jezabel son
épouse fit tuer tous les prophètes de l'Eternel, il n'en resta
que cent, qui furent cachés par Obadiahu, intendant de
[pg 224]
la maison d'Achab, et nourris par lui. Or l'Eternel Dieu
fit annoncer au roi Achab toutes sortes de malheurs, lui
envoya à différentes reprises le prophète Elie, homme
plein d'amour et de ferveur pour la vérité et le culte du
seul vrai Dieu. Achab fut exhorté et averti par des merveilles
et des présages: cependant tout cela fut inutile. Un
jour qu'il marchait accompagné de Josaphat roi de Juda,
contre le roi de Syrie, Achab fut frappé par une flèche qui
vint le percer entre le poumon et l'estomac et il mourut.
On le porta à Samarie, où il fut enseveli.—*Achasiahu*
son fils lui succéda sur le trône. Celui-ci marcha dans la
voie de son père et de sa mère, et ne régna que deux ans
sur Israël. Il mourut des suites d'une chute qu'il avait
faite de la fenêtre d'une chambre haute qu'il avait à Samarie.
Et, comme il n'avait point de fils, *Joram* son frère
régna en sa place. Ce roi secouru par Josaphat roi de Juda,
et par le roi d'Edom, vainquit les Moabites qui avaient
refusé de lui payer leur tribut, consistant en cent mille
agneaux et cent mille moutons avec leur toison.—Les
Syriens étaient alors en guerre contre Israël, cependant,
ils ne réussirent point, Elisée le prophète ayant toujours
dénoncé leurs projets d'attaque au roi d'Israël. Un jour que
les Syriens s'étaient avancés jusqu'à Samarie et assiégeaient
cette ville, le bruit de l'approche des troupes auxiliaires
venant de l'Egypte au secours d'Israël, les effraya tellement
qu'ils s'enfuirent pendant la nuit, abandonnant leur camp
et tout ce qu'ils y avaient, ne pensant qu'à sauver leur vie.
Or, Joram ayant assiégé Ramoth de Galaad, qui était
alors dans les mains des Syriens, y fut blessé, et bientôt
après il fut tué par Jehu, son général, qui déjà avait été
sacré secrètement roi d'Israël par Elisée le prophète. Jehu
fit mourir ensuite tout ce qui restait de la maison d'Achab,
[pg 225]
tous les grands de sa cour, ses amis et les prêtres qui
étaient à lui, sans qu'il restât rien de ce qui avait appartenu
de près ou de loin à sa personne. Ainsi fut accompli
tout ce que l'Eternel avait fait prédire par Elie son serviteur.
Jehu fit aussi tuer Achasia roi de Juda, qui se trouvait
en ce moment auprès de Joram roi d'Israël. Ensuite
il fit exterminer par ses serviteurs tous les prêtres et les
prophètes de Baal, et fit détruire le temple et la statue de
Baal. Ainsi Jehu extermina Baal d'Israël; mais il ne se
retira point des péchés de Jeroboam; il ne quitta point les
veaux d'or qui étaient à Bethel et à Dan. Et parce qu'il
n'eut pas soin de marcher de tout son cœur dans la loi de
l'Eternel, le Dieu d'Israël, l'Eternel n'était pas toujours
avec lui: et il arriva que déjà pendant son règne les Syriens,
sous le commandement de Hazaël, se rendirent
maîtres de tout le pays de Galaad.—Joachaz, qui succéda
à Jehu son père, n'eut pas moins à souffrir des attaques
des Syriens ses ennemis; ceux-ci lui détruisirent presque
tout son royaume. *Joas* son fils fut plus heureux que lui:
il vainquit Amasias roi de Juda, s'empara de la ville de
Jérusalem et en remporta un riche butin. Encouragé par
le prophète Elisée, il fit la guerre aux Syriens, les battit
par trois fois, et rendit à Israël les villes qui lui avaient été
prises. Joas régna pendant seize ans sur Israël, il ne se détourna
point de tous les péchés de Jeroboam fils de Nabat,
et fit le mal devant l'Eternel.

[pg 226]

.. class:: center

|
| |sepa|

Israël en captivité dans l'Assyrie.
-----------------------------------

Sous le règne de tous ces rois que nous venons de voir,
ainsi que sous les rois qui se succédèrent depuis, Israël
fut toujours entraîné vers le mal. Suivant les exemples de
leurs princes idolâtres ils quittèrent tous la voie de Dieu.
Ils adoraient des abominations, contre la défense expresse
que l'Eternel leur en avait faite par tous ses prophètes.
Ils avaient abandonné toutes les ordonnances, toutes les
lois de l'Eternel leur Dieu. Ils sacrifiaient leurs fils et leurs
filles et les faisaient passer par le feu (Moloch, idole des
Ammonites). Ils s'attachaient aux divinations et aux augures,
et s'abandonnaient à des actions criminelles, qu'ils
commettaient devant l'Eternel. C'est pourquoi à peine
quelques rois se furent-ils succédé que le moment de la
juste punition de l'Eternel arriva.

*Jeroboam II*, fils de Joas, succéda à son père, et régna
quarante et un ans à Samarie. Il fit le mal devant l'Eternel,
et s'endormit avec les rois d'Israël ses pères. *Zacharias*
son fils régna en sa place. Il fit le mal, comme avaient fait
ses pères. Dans le sixième mois de son règne *Sallum* fils
de Jabès forma une conspiration contre lui, le tua publiquement
et régna en sa place. Sallum régna un mois
seulement à Samarie; car *Manahem* fils de Gadi étant venu
de Thersa à Samarie, attaqua Sallum, le tua dans la même
ville, et régna en sa place. Manahem fit le mal devant
l'Eternel, et pendant tout son règne il ne se retira point
des péchés de Jeroboam fils de Nabat, qui avait fait pécher
Israël. Phul roi des Assyriens étant venu dans la terre
[pg 227]
d'Israël, Manahem lui donna mille talents d'argent, afin
qu'il le secourût, et qu'il affermît son règne. Manahem
leva cet argent dans Israël sur toutes les personnes puissantes
et riches, qu'il taxa à cinquante sicles d'argent par
tête. Le roi d'Assyrie retourna alors dans son pays. Manahem
mourut après avoir régné dix ans sur Israël, et
*Phaceïa* (Pekachia) son fils régna en sa place. Il régna
deux ans sur Israël, fit le mal devant l'Eternel, et ne se
retira point des péchés de Jeroboam fils de Nabat. Alors
*Phacée* (Pekach) fils de Romelie, général de ses troupes,
fit une conspiration contre lui; il l'attaqua à Samarie dans
la tour de la maison royale, le tua et régna en sa place.
Phacée régna dans Israël à Samarie pendant vingt ans, et fit
le mal devant l'Eternel.

Theglath-Phalasar, roi des Assyriens, vint alors en
Israël, et prit Aion, Abel-Beth-Maacha, Janoé, Cedès,
Asor, Galaad, la Galilée, et tout le pays de Nephthali, et
*en transporta tous les habitants en Assyrie*.

Or Osée (Hoschéa) fils d'Ela, forma une conspiration
contre Phacée pour le surprendre; il l'attaqua, le tua, et
régna en sa place. Il fit le mal devant l'Eternel, mais non
comme les rois d'Israël qui avaient été avant lui. *Salmanasar*,
roi des Assyriens, marcha contre lui, et Osée fut
asservi à Salmanasar et lui payait tribut. Mais le roi des
Assyriens ayant découvert qu'Osée pensait à se révolter
contre lui, et que pour s'affranchir du tribut qu'il lui payait
tous les ans, il avait envoyé des ambassadeurs à Sua roi
d'Egypte, il l'assiégea; et l'ayant pris, il le chargea de
chaînes et l'envoya en prison. Salmanasar fit d'abord des
courses par tout le pays; et étant venu ensuite à Samarie,
il la tint assiégée pendant trois ans. La neuvième année
d'Osée, le roi des Assyriens prit Samarie, 
[pg 228] 
*transféra les
Israélites au pays des Assyriens*, et les fit demeurer dans
Hala et dans Habor près du fleuve de Gozan et dans les
villes des Mèdes (l'an 3205). Or le roi des Assyriens fit venir
des habitants de Babylone, de Cutha, d'Avah, d'Emath
et de Sepharvaïm, et les établit dans les villes de Samarie
en la place des enfants d'Israël. Ces peuples possédèrent
Samarie, et habitèrent dans ses villes.

.. class:: center

|
| |sepa|

Origine de la secte des Samaritains.
------------------------------------

Ces nations étrangères s'étant établies peu à peu dans
le pays dépeuplé de Samarie, furent souvent inquiétées
par des lions qui dévoraient beaucoup de monde. Ces nations
en attribuaient la cause à ce qu'on avait déplacé le
culte du pays, et firent dire au roi des Assyriens: Les peuples
que vous avez transférés en Samarie, ignorent la manière
dont le dieu de ce pays-là veut être adoré; et ce dieu
a envoyé contre eux des lions qui les tuent, parce qu'ils ne
savent pas la manière dont le dieu de cette terre veut être
adoré. Alors le roi des Assyriens donna cet ordre: Envoyez
en Samarie l'un des prêtres que vous en avez emmenés
captifs, qu'il y retourne, et demeure avec ces peuples, afin
qu'il leur apprenne le culte qui doit être rendu au dieu
du pays. Ainsi l'un des prêtres qui avaient été emmenés
captifs de la province de Samarie, y étant revenu, demeura
à Bethel, et il leur apprenait la manière dont ils devaient
honorer l'Eternel. Ensuite chacun de ces peuples, quoiqu'il
adorât l'Eternel, servait en même temps ses dieux, selon
la coutume des nations du milieu desquelles ils avaient été
transférés en Samarie. La religion de ces nouveaux
[pg 229]
habitants du pays ne cessait donc pas d'être celle de l'idolâtrie.
Les sectateurs en sont ordinairement appelés *Samaritains*,
quelquefois aussi *Cuthéens*.

.. _ib229:

.. class:: center

|
| |sepa|

Le royaume de Juda.
-------------------

Ce royaume aussi tombe de plus en plus dans les péchés
et les crimes, et la fin en est la même.

.. class:: center

|
| |sepa|

Captivité de Babylone.
----------------------

Après la mort de Josaphat, *Joram* son fils monta sur
le trône, et régna huit ans dans Jérusalem. Il marcha dans
les voies des rois d'Israël, comme la maison d'Achab y avait
marché, parce que sa femme était fille d'Achab; et il fit
le mal devant l'Eternel. Pendant le temps de son règne,
Edom secoua le joug de Juda pour ne lui être plus assujetti,
et il s'établit un roi. En ce même temps Lobna se
retira aussi de la domination de Juda.

Joram s'endormit, fut enseveli dans la ville de David,
et son fils Ochozias (Achasia) régna en sa place, dans la
douzième année de Joram fils d'Achab, roi d'Israël. Ochozias
régna un an dans Jérusalem; il marcha dans les voies
de la maison d'Achab et fit le mal devant l'Eternel, comme
la maison d'Achab, parce qu'il en était parent. Il marcha
aussi avec Joram fils d'Achab, pour combattre contre Hazaël
roi de Syrie. Joram fut alors blessé par les Syriens, et
revint à Jezrahel pour se faire traiter de sa blessure. Et
[pg 230]
lorsque Ochozias roi de Juda y vint pour voir Joram, qui
était malade, il fut frappé par les serviteurs de Jehu et
mourut. Il fut porté à Jérusalem et enseveli avec ses pères
dans la ville de David.—Athalie fille d'Amri roi d'Israël,
mère d'Ochozias, voyant son fils mort, s'éleva contre les
princes de la race royale, et les fit tous tuer. Mais Josaba
fille du roi Joram, sœur d'Ochozias, prit *Joas* fils d'Ochozias
avec sa nourrice, qu'elle fit sortir de sa chambre, et
le déroba du milieu des enfants du roi lorsqu'on les tuait,
et lui sauva la vie, le tenant caché sans qu'Athalie pût le
savoir. Il fut six ans caché avec sa nourrice dans la maison
de l'Eternel. Et Athalie cependant régnait sur la terre de
Juda. La septième année le prêtre Joïada envoya querir
les centeniers et les soldats. Il les fit entrer dans le temple
de l'Eternel, et fit un traité avec eux, leur fit prêter le
serment de fidélité en leur montrant le fils du roi. Il leur
donna ensuite les lances et les armes du roi David, qui
étaient dans la maison de l'Eternel. Ils se tinrent donc
tous rangés auprès du roi, les armes à la main. Joïada leur
présenta le fils du roi, mit sur sa tête le diadème et le livre
de la loi. Ils l'établirent roi, le sacrèrent, et ils crièrent:
Vive le roi! Athalie entendit ce bruit, et entrant parmi la
foule dans le temple de l'Eternel, elle vit le roi assis sur
son trône. Alors elle déchira ses vêtements, et s'écria:
Trahison, trahison! En même temps Joïada la fit emmener
hors du temple, afin qu'on ne la tuât pas dans le temple
de l'Eternel, et les soldats la tuèrent auprès du palais.
Joïada fit alors une alliance entre l'Eternel, le roi et le
peuple, afin qu'il fût désormais le peuple de l'Eternel. Tout
le peuple entra ensuite dans le temple de Baal, ils renversèrent
ses autels, brisèrent ses images et tuèrent Mathan
prêtre de Baal devant l'autel.—Joas avait sept ans lorsqu'il
[pg 231]
commença à régner, et il fit ce qui était juste devant l'Eternel
tant qu'il fut conduit par le prêtre Joïada. Il ne supprima
pas néanmoins les hauts lieux, et le peuple y offrait ses
offrandes. Or, c'est sous son règne, et par ses ordres
qu'il fut statué: que les prêtres prendraient tout l'argent
consacré et apporté dans le temple pour l'employer aux
réparations de la maison de l'Eternel. Cependant, les prêtres
n'ayant point fait ces réparations du temple jusqu'à
la vingt-troisième année du règne de Joas, le roi les fit
venir, et leur dit: Pourquoi ne faites-vous point les réparations
du temple? N'en recevez donc plus l'argent selon
l'ordre de votre ministère; mais rendez celui que vous
avez reçu, afin qu'on l'emploie aux réparations du temple.
Alors le prêtre Joïada prit un tronc, le mit auprès de l'autel,
et les prêtres qui gardaient les portes, y mettaient
tout l'argent qui s'apportait au temple de l'Eternel. Et
cet argent était employé pour tout ce qui était nécessaire
aux réparations et au rétablissement du temple.—Alors
Hazaël roi de Syrie vint mettre le siége devant Geth, la prit,
puis se détourna pour marcher vers Jérusalem. C'est pourquoi
Joas roi de Juda prit tout l'argent consacré, que Josaphat,
Joram et Ochozias ses pères, et lui-même, avaient
offert au temple, et tout ce qui put se trouver d'argent
dans les trésors du temple et dans le palais du roi, et il
l'envoya à Hazaël roi de Syrie, qui se retira de Jérusalem.
Dans la quarantième année du règne de Joas, ses officiers
firent une conspiration entre eux, se soulevèrent contre lui
et le tuèrent en Beth-Mello. Il fut enseveli dans la ville de
David, et *Amasias* son fils régna en sa place. Ce roi fit ce qui
était juste devant l'Éternel, mais non comme David; il se
conduisit en tout comme Joas son père s'était conduit. Lorsqu'il
eut affermi son règne, il fit mourir ceux de ses officiers
[pg 232]
qui avaient tué le roi son père; mais il ne fit point mourir
les enfants de ces meurtriers, selon ce qui est écrit au livre
de la loi de Moïse, et selon cette ordonnance de l'Eternel:
Les pères ne mourront pas pour les fils, et les fils ne
mourront point pour les pères, mais chacun mourra dans
son péché. Ce fut lui qui battit dix mille Iduméens dans
la vallée des Salines, et qui prit d'assaut une forteresse
qu'il appela Jectehel.—Alors Amasias envoya des ambassadeurs
vers Joas roi d'Israël, et lui fit dire: Venez, et
voyons-nous l'un l'autre (c'est-à-dire combattons-nous).
Mais Joas lui fit répondre: Le chardon du Liban envoya
vers le cèdre qui est au Liban, et lui fit dire: Donnez votre
fille pour épouse à mon fils. Mais les bêtes de la forêt du
Liban passèrent et foulèrent aux pieds le chardon... Parce
que vous avez eu l'avantage sur les Iduméens et que vous
les avez battus, votre cœur s'est gonflé d'orgueil. Soyez
content de votre gloire, et demeurez en repos dans votre
maison. Pourquoi cherchez-vous votre malheur, pour périr
vous-même et faire périr Juda avec vous? Mais Amasias
ne voulut point écouter cette remontrance, et Joas roi
d'Israël marcha contre lui; l'armée de Juda fut taillée en
pièces par celle d'Israël, Amasias fut pris par Joas qui l'emmena
à Jérusalem. Joas fit une brèche à la muraille de Jérusalem
de quatre cents coudées de long. Il emporta tout l'or
et l'argent, et tous les vases qui se trouvèrent dans la maison
de l'Eternel et dans tous les trésors du roi; il prit des otages,
et retourna à Samarie. Amasias régna encore quinze ans
après la mort de Joas roi d'Israël, et dans la vingt-neuvième
année de son règne, il se fit une conjuration contre lui à Jérusalem,
qui l'obligea de s'enfuir à Lachis. Mais ils envoyèrent
après lui à Lachis, et ils le tuèrent en ce même lieu. Son
corps fut alors transporté à Jérusalem et enseveli en la ville de
[pg 233]
David. Tout le peuple de Juda prit ensuite Azarias (nommé
aussi Ozias) âgé de seize ans, qui fut établi roi en la place
de son père Amasias.—Azarias régna cinquante-deux ans
dans Jérusalem, il fit ce qui était agréable à l'Eternel, et
se conduisit en tout comme Amasias son père. Il ne ruina
pas néanmoins les hauts lieux, et le peuple y sacrifiait ses
offrandes. Dieu frappa ce roi, qui demeura lépreux jusqu'au
jour de sa mort. Il vivait à part dans une maison
écartée; cependant Joatham son fils était grand maître du
palais, et jugeait le peuple. Et Azarias s'endormit avec ses
pères, il fut enseveli dans la ville de David, et *Joatham*
son fils régna en sa place. Ce roi fit ce qui était agréable à
l'Éternel, et se conduisit en tout comme avait fait Ozias
son père. Il ne détruisit pas néanmoins les hauts lieux; car
le peuple y sacrifiait encore. Ce fut lui qui bâtit la plus
haute porte de la maison de l'Éternel. En ce même temps
l'Éternel commença à envoyer en Juda Rasin roi de Syrie,
et Phacée roi d'Israël. Joatham, après avoir régné pendant
seize ans dans Jérusalem, s'endormit avec ses pères, fut
enseveli avec eux dans la ville de David, et *Achaz* son fils régna
en sa place.—Achaz régna aussi seize ans à Jérusalem;
mais il ne fit point ce qui était agréable à l'Éternel, comme
David son père; il marcha dans la voie des rois d'Israël,
et consacra même son fils, le faisant passer par le feu,
suivant l'idolâtrie des nations que l'Éternel avait détruites
à l'entrée des enfants d'Israël. Alors Rasin roi de Syrie,
et Phacée roi d'Israël, vinrent mettre le siége devant Jérusalem,
et tenant Achaz assiégé, ils ne purent néanmoins
le prendre. En ce même temps Rasin roi de Syrie reconquit
*Elath* et en chassa les Judéens. Phacée roi d'Israël
tua cent vingt mille hommes de Juda en un seul jour, et
en emmena captifs deux cent mille, tant femmes que
[pg 234]
garçons et filles, avec un butin infini. D'après le conseil du
prophète *Oded*, on renvoya ensuite les captifs et on leur
rendit tout ce dont ils avaient besoin. Alors Achaz amassa
l'or et l'argent qui se trouva dans le temple et dans les
trésors du roi, il en fit des présents au roi des Assyriens,
qui se nommait *Theglath-Phalasar*, et lui fit dire: Venez
me sauver des mains du roi de Syrie et des mains du roi
d'Israël, qui se sont ligués contre moi. Le roi des Assyriens
s'étant rendu à ce qu'il désirait de lui, vint à Damas, ruina
la ville, en transféra les habitants à Cyrène, et tua Rasin.
Alors le roi Achaz alla à Damas au-devant de Theglath-Phalasar,
et ayant vu l'autel qui était à Damas, il en envoya
au prêtre Urie un modèle qui en présentait exactement
tout l'ouvrage. Urie reçut l'ordre de faire bâtir le même
autel à Jérusalem, et Achaz, revenu de Damas, y offrit des
sacrifices. Il transféra l'autel d'airain consacré à l'Eternel,
et ordonna au prêtre de sacrifier sur le nouvel autel. Le
roi Achaz fit en outre beaucoup de ravages dans l'intérieur
du temple, et fit dresser des autels dans toutes les places
de Jérusalem et dans toutes les villes de Juda. Enfin il
mourut et fut enseveli dans la ville de Jérusalem; mais on
ne le mit pas dans les tombeaux des rois d'Israël. *Ézéchias*
son fils régna en sa place.—Ezéchias régna vingt-neuf ans
dans Jérusalem, fit ce qui était bon et agréable à l'Eternel,
selon tout ce qu'avait fait David son père. Il détruisit les
hauts lieux, brisa les statues et fit mettre en pièces le
serpent d'airain (que Moïse avait fait en mémoire d'un
malheureux événement), parce que le peuple lui avait
offert des sacrifices jusqu'alors, et il rétablit le culte de
l'Eternel. C'est pourquoi l'Eternel était avec lui, et ce
prince se conduisait avec sagesse dans toutes ses entreprises.
Il secoua aussi le joug du roi des Assyriens, battit les
[pg 235]
Philistins et ruina leurs terres. La quatorzième année du roi
Ezéchias (huit ans après qu'Israël eut été transféré en Assyrie),
*Sennacherib* roi des Assyriens vint attaquer toutes les
villes fortes de Juda et les prit. Alors Ezéchias lui envoya
des ambassadeurs à Lachis, et lui fit dire: Si vous vous
retirez de dessus mes terres, je souffrirai tout ce que vous
m'imposerez. Le roi des Assyriens ordonna à Ezéchias de
lui donner trois cents talents d'argent et trente talents
d'or. Ezéchias amassa donc tout l'argent qui se trouva
dans le temple et dans les trésors du roi, détacha même
les lames d'or des battants des portes du temple, et les
donna au roi des Assyriens. Le roi des Assyriens revint
néanmoins avec une grande armée et fit assiéger Jérusalem.
Le roi Ezéchias en fut alarmé, et pria l'Eternel de le
sauver des mains de Sennacherib. Le prophète Isaïe le
consola, lui inspira de la confiance et ranima son esprit en
Dieu. Et en effet, bientôt après l'armée ennemie fut forcée
de se retirer: la peste se déclara dans ses rangs, et en consuma
une très-grande partie. Sennacherib retourna alors
avec le reste de son armée, et se retira en son pays.—Quelque
temps après Merodach-Baladan, roi des Babyloniens,
envoya des ambassadeurs à Ezéchias pour le féliciter de
son rétablissement d'une grave maladie (et peut-être dans
l'intention de se lier avec lui contre les attaques des Assyriens).
Ezéchias eut la vanité et l'imprévoyance de montrer
aux ambassadeurs du roi de Babylone tous ses trésors et
toutes ses richesses. Le prophète Isaïe lui en fit alors de
vifs reproches, en lui disant: Il viendra un temps où tout
ce qui est dans votre maison, et tout ce que vos pères y
ont amassé jusqu'à ce jour, sera transporté à Babylone,
sans qu'il en demeure rien. Le prophète ajouta: Vos
enfants même que vous aurez engendrés, seront pris alors
[pg 236]
pour être serviteurs dans le palais du roi de Babylone.
Prédiction qui fut bientôt accomplie.

Après la mort d'Ezéchias, son fils *Manassé* monta sur
le trône de Juda. Manassé avait alors douze ans. Il régna
cinquante-cinq ans dans Jérusalem, fit le mal devant l'Eternel,
et adora des idoles. Il rebâtit les hauts lieux que son
père Ezéchias avait détruits, il dressa des autels à Baal, fit
passer son fils par le feu, aima les divinations, observa les
augures, institua ceux qu'on appelle pythons, et séduisit
ainsi le peuple, de sorte qu'il commit le mal aux yeux de
l'Eternel. Les prophètes de l'Eternel dirent alors en son
nom: Parce que Manassé roi de Juda a commis ces abominations,
et qu'il a fait pécher Juda par ses infamies, je
vais faire fondre de tels maux sur Jérusalem et sur Juda,
que les oreilles en seront étourdies à quiconque les entendra.
J'étendrai sur Jérusalem le cordeau de Samarie et le
poids de la maison d'Achab. J'abandonnerai les restes de
mon héritage, et je les livrerai entre les mains de leurs
ennemis; et tous ceux qui les haïssent les pilleront et les
ravageront. Manassé répandit des ruisseaux de sang innocent,
jusqu'à en remplir toute la ville de Jérusalem. C'est
pourquoi Dieu fit venir sur lui les généraux de l'armée du
roi des Assyriens, qui après avoir pris Manassé, lui mirent
les fers aux pieds et aux mains, et l'emmenèrent à Babylone.
Manassé réduit à cette grande extrémité pria l'Eternel
son Dieu, et il conçut un très-vif repentir en la présence du
Dieu de ses pères. Il lui adressa ses gémissements et ses
instantes supplications: et l'Éternel exauça sa prière, et le
ramena à Jérusalem dans son royaume. Manassé reconnut
alors que l'Éternel était le vrai Dieu, il ôta les dieux
étrangers et l'idole de la maison de l'Eternel, détruisit les
autels, et fit jeter tout hors de la ville. Il rétablit aussi
[pg 237]
l'autel de l'Eternel, et il ordonna à tout le peuple de Juda
de servir l'Eternel le Dieu d'Israël. Cependant le peuple
sacrifiait encore sur les hauts lieux. Manassé mourut ensuite,
fut enseveli dans le jardin de sa maison; et *Amon* son
fils régna en sa place.—Amon fit le mal devant l'Eternel,
abandonna le Dieu de ses pères, et ne marcha point dans
la voie de l'Eternel. Il ne régna que deux ans dans Jérusalem.
Ses serviteurs lui dressèrent alors des embûches, le
tuèrent dans sa maison, et le peuple établit *Josias* son fils
pour régner en sa place.—Josias avait huit ans lorsqu'il
commença à régner, et il régna trente et un ans à Jérusalem.
Il fit ce qui était agréable à l'Eternel, et marcha
dans toutes les voies de David son père, sans se détourner
ni à droite ni à gauche. La dix-huitième année de son
règne il envoya Saphan, le secrétaire du temple, vers le
prêtre Helcias avec l'ordre d'amasser tout l'argent qui avait
été porté au temple, et d'y faire toutes les réparations et
tout ce qui était nécessaire pour rétablir la maison de
l'Eternel. Alors le prêtre Helcias dit à Saphan: J'ai trouvé
un livre de la loi dans le temple de l'Eternel. Et il donna
ce livre à Saphan qui le lut. Saphan revint ensuite trouver
le roi pour lui rendre compte de ce qu'il lui avait commandé,
et lui dit encore: Le prêtre Helcias m'a donné un
livre. Et il le lut devant le roi. Le roi ayant entendu ces
paroles du livre de la loi de l'Eternel, déchira ses vêtements,
et dit à Helcias, à Saphan et à ses serviteurs: Allez,
consultez sur les paroles de ce livre. Ils allèrent alors trouver
*Holda* la prophétesse, femme de Sellum, et lui parlèrent
selon l'ordre du roi. Holda leur répondit: Dites à
l'homme qui vous a envoyé vers moi: Voici ce que dit
l'Eternel: Je vais faire tomber sur ce lieu et sur ses habitants
tous les maux que le roi de Juda a lus dans ce livre
[pg 238]
de la loi; parce qu'ils m'ont abandonné et qu'ils ont sacrifié
à des dieux étrangers. Mais pour le roi de Juda, qui
vous a envoyé me consulter, vous lui direz: Parce que vous
avez écouté les paroles de ce livre, que votre cœur en a été
épouvanté, que vous vous êtes humilié devant l'Eternel,
après avoir appris les maux dont il menace cette ville et
ses habitants, j'ai écouté votre prière, dit l'Eternel. C'est
pourquoi je vous ferai reposer avec vos pères, et vous serez
enseveli en paix, afin que vos yeux ne voient point les
maux que je dois faire tomber sur cet endroit. Alors le roi
fit assembler tout le peuple de Juda, alla avec lui au temple,
et on lut devant lui toutes les paroles de ce livre de
l'alliance, qui avait été trouvé dans la maison de l'Eternel.
Le roi se tint debout sur un lieu élevé, et fit alliance avec
l'Eternel, afin que ses sujets marchassent dans la voie de
l'Eternel, qu'ils observassent ses préceptes et ses ordonnances
de tout leur cœur et de toute leur âme, et qu'ils
accomplissent toutes les paroles de l'alliance qui étaient
écrites dans ce livre. Et le peuple consentit à cet accord.
Le roi ordonna alors au pontife Helcias, aux prêtres du
second ordre et aux portiers, de jeter hors du temple tous
les vaisseaux qui avaient servi à Baal, et il les brûla hors
de Jérusalem dans la vallée de Cedron, et en emporta la
poussière à Bethel. Il extermina aussi tous les prêtres qui
sacrifiaient à Baal, au soleil, à la lune, aux douze signes et
à toutes les étoiles du ciel. Le roi souilla et profana pareillement
le lieu de Topheth, qui est dans la vallée des fils
d'Ennom, afin que personne ne sacrifiât son fils ou sa fille
à Moloch, en les faisant passer par le feu. Outre tout cela
Josias détruisit tous les temples des hauts lieux qui étaient
dans les villes de Samarie, et que les rois d'Israël avaient
bâtis pour le service des faux dieux. Josias dit ensuite à
[pg 239]
tout le peuple: Célébrez la Pâque en l'honneur de l'Eternel
votre Dieu, en la manière qui est écrite dans ce livre
de l'alliance. Josias extermina aussi les pythons, les devins
et les figures des idoles, les impuretés et les abominations
des pays de Juda et de Jérusalem, pour accomplir les
paroles de la loi qui étaient écrites dans ce livre que Helcias
pontife avait trouvé dans le temple de l'Eternel. Il n'y avait
point eu avant Josias de roi qui lui fût semblable, et qui
fût retourné comme lui à l'Eternel de tout son cœur et de
toute son âme, selon tout ce qui est écrit dans la loi de
Moïse, et il n'y en a point eu non plus après lui.—Cependant
la ruine de Juda était décidée par l'Eternel, et bientôt
cette parole de l'Eternel fut accomplie: Je rejetterai aussi
Juda de devant ma face, comme j'ai rejeté Israël, et j'abandonnerai
Jérusalem.—En ce temps-là Pharaon Nechao roi
d'Egypte marcha contre le roi des Assyriens vers le fleuve
d'Euphrate; et Josias marcha pour s'opposer à lui. Pharaon
lui fit dire: Qu'avez-vous à démêler avec moi, roi de Juda?
Ce n'est pas contre vous que je viens aujourd'hui. Cependant
Josias ne voulut point s'en retourner; mais il continua
sa marche pour lui livrer bataille dans le champ de Magedo;
il y fut blessé et mourut. Ses serviteurs le rapportèrent
mort à Jérusalem, et l'ensevelirent dans son sépulcre; et
tout Juda et Jérusalem le pleurèrent, particulièrement le
prophète Jérémie, dont les lamentations sur la mort de
Josias se chantèrent bien longtemps dans le pays, car cette
coutume était comme une espèce de loi établie dans Israël.
Le peuple fit alors sacrer *Joachaz* fils de Josias, et l'établit
roi en la place de son père. Il fit le mal devant l'Eternel
et commit tous les mêmes crimes que ses pères. Il ne régna
que pendant trois mois dans Jérusalem, lorsque Pharaon
Nechao y étant venu, le déposa, et condamna le pays à
[pg 240]
lui donner cent talents d'argent et un talent d'or. Nechao
établis en même temps *Joakim* l'autre fils de Josias, roi
sur Juda, et emmena Joachaz avec lui en Egypte où il
mourut.—Joakim régna onze ans à Jérusalem, mais il fit
le mal devant l'Eternel son Dieu. *Nabuchodonosor* (Nebukadnezar)
roi de Babylone marcha alors contre Juda, et
Joakim lui fut assujetti pendant trois ans; et après cela il
ne voulut plus lui obéir. Nabuchodonosor revint donc, le
chargea de chaînes et l'emmena à Babylone, où il transporta
aussi les vases du temple de l'Eternel, et les mit dans
son temple.—*Joachin* fils de Joakim monta sur le trône de
Juda. Il régna trois mois et dix jours dans Jérusalem, et il
commit le mal en présence de l'Eternel. En ce temps-là
Nabuchodonosor revint assiéger Jérusalem. Joachin sortit
de la ville, et vint se rendre au roi de Babylone, qui le
transporta à Babylone _`avec les principaux de Jérusalem`,
tous les princes et tous les vaillants de l'armée, au nombre
de dix mille captifs: il emmena aussi tous les artisans,
et ne laissa que les plus pauvres d'entre le peuple. (Au
nombre de ces captifs se trouva aussi le prophète *Ezéchiel*.)

Or Nabuchodonosor roi de Babylone établit roi en la
place de Joachin, *Mathanias* son oncle; et il l'appela
*Sedecias* (c'est-à-dire justice divine). Celui-ci régna onze
ans à Jérusalem, et fit le mal devant l'Éternel. C'est pourquoi
l'Eternel Dieu rejeta enfin Juda et Jérusalem de
devant sa face et tout le royaume fut détruit: Sedecias se
révolta contre le roi Nabuchodonosor, et méprisa les remontrances
du prophète Jérémie, qui lui parlait de la part
de l'Eternel. Le roi Nabuchodonosor revint donc en Juda,
marcha avec toute son armée contre Jérusalem, mit le
siége devant la ville, le dixième jour du dixième mois
[pg 241]
(Tebath [16]_), y fit la brèche le neuvième jour du quatrième
mois (Tamus [16]_), et, après avoir assiégé la ville si longtemps,
il y pénétra enfin le septième jour du cinquième mois (Ab [16]_).
Sedecias s'enfuit, mais l'ennemi le poursuivit et le prit.
Les enfants de Sedecias furent tués aux yeux de leur père;
et quant à lui, on lui creva les yeux, le chargea de chaînes,
et l'emmena à Babylone. Or *Nabuzardan*, général du roi
de Babylone, vint à Jérusalem, brûla le temple de l'Eternel
et le palais du roi, consuma tout ce qu'il y avait de
maisons dans Jérusalem et en abattit les murailles (l'an
3338). Ensuite il transporta à Babylone tout le reste du
peuple, qui était demeuré dans la ville, les transfuges qui
étaient allés se rendre au roi de Babylone, et le reste de
la populace. Il laissa seulement les plus pauvres du pays
pour labourer les vignes et pour cultiver les champs. Après
cela Nabuchodonosor donna le commandement du peuple
qui était demeuré au pays de Juda, à *Godolias* fils d'Achicam.
Or Ismahel fils de Nathanie de la race royale, (jaloux
de cette préférence que le roi de Babylone avait accordée
à Godolias), vint quelque temps après (le septième mois,
appelé Tischri [16]_) accompagné de dix hommes, attaqua
Godolias, le tua avec ses gens et les Chaldéens qui étaient
[pg 242]
avec lui. Et tout le peuple depuis le plus grand jusqu'au
plus petit, avec les officiers de guerre, appréhendant les
Chaldéens, sortirent de Juda, s'en allèrent en Egypte et
forcèrent le prophète Jérémie d'aller avec eux.

.. [16] Ce sont les quatre jours de jeûne qu'Israël a établis en mémoire de
   ces malheureux événements. Ainsi qu'il est écrit dans le prophète Zacharie:
   «Voici ce que dit l'Éternel: Les jeûnes du *quatrième*, du *cinquième*,
   du *septième* et du *dixième* mois, seront changés, pour la maison
   de Juda, en des jours de joie et d'allégresse, et en des fêtes éclatantes
   et solennelles, si vous aimez la vérité et la paix.»

   Remarque. Le jour de jeûne du quatrième mois est observé le dix-septième
   jour de ce mois, parce que c'est le jour où les Romains se sont emparés
   de Jérusalem, au temps du second temple. Le jour de jeûne du cinquième
   mois est observé le neuvième jour de ce mois, parce que c'est le
   jour où le premier et le second temple ont été détruits et réduits en cendres.
   Le jeûne en mémoire de *Godolias*, est observé le troisième jour
   du septième mois (Tischri).


.. class:: center

|
| |sepa|

.. _LesProphètes:

Les :small-caps:`Prophètes`, leur :small-caps:`Vocation`, en quel :small-caps:`lieu` ils ont vécu et à quelle :small-caps:`époque`.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Dieu voulant conserver la vraie croyance et la répandre
parmi toutes les nations de la terre, par l'entremise du
peuple israélite, quoiqu'il retombât si souvent dans l'idolâtrie,
dut faire paraître des hommes saints, nommés
*Prophètes* qui, dans ces temps de superstition et de corruption
générale, fussent des gardiens fidèles de la vraie
croyance. Ces hommes qu'on nommait aussi *Voyants*, à
cause de leur habitude de prédire l'avenir, s'élevaient par
le zèle le plus sain, par la ferveur la plus pure contre
l'idolâtrie et le vice. Le but de leurs efforts tendait à présenter
la croyance d'un seul et unique Dieu de la manière
la plus pure et la plus claire; ils prêchaient la pénitence et
l'amendement en public et en particulier; ils annonçaient
la bénédiction et la malédiction à raison de la fidélité ou
de l'infidélité envers Dieu; et ils encourageaient les affligés
par la prédiction d'un temps plus heureux.

C'est sous le règne d'Achab et d'Ochozias que s'éleva le
prophète *Élie* de Thesbé. Il blâma avec une hardiesse
peu commune, à la cour même, la défection du vrai Dieu
d'Israël. *Élisée* son disciple, son compagnon, et son successeur,
fut moins sévère et par cela même eut plus d'influence;
il vivait sous le règne de Joram, Jehu, Joachaz
et Joas, rois d'Israël.—Parmi les prophètes qui se
[pg 243]
distinguèrent pendant les règnes d'Azarias, roi de Juda, et de
Jeroboam II roi d'Israël, nous connaissons principalement
*Amos*, *Joël* et *Osée* (Hochea). Le premier était pasteur;
dans sa sainte inspiration il se rendit à Bethel, endroit où
les Israélites qui voulaient sacrifier avaient coutume de
s'assembler. C'était là qu'il prêchait avec énergie contre la
corruption et l'injustice alors si générales en Juda et en
Israël, à Damas et à Gaza, à Tyr et dans le pays d'Edom,
de Moab et d'Ammon; or en faisant comprendre que la
décadence de tous ces peuples étrangers était la suite de
leur démoralisation et de l'abjection des mœurs, il annonçait
le même sort à sa patrie, dont les crimes étaient
d'autant plus impardonnables qu'ils avaient des prophètes
inspirés de Dieu, pour leur montrer continuellement la
bonne voie.—*Joël* prêchait encore avec plus d'éloquence et
d'élévation d'esprit. La grande affliction provoquée par
un fléau de sauterelles et par une sécheresse universelle lui
fournit l'occasion d'exhorter son peuple à la pénitence.
Cette pénitence aura non-seulement pour effet de ramener
l'ancienne affluence de biens, mais encore d'accélérer le
siècle d'or, où tous les peuples limitrophes respecteront
de nouveau le nom du peuple israélite.—*Osée* s'éleva avec
énergie contre l'idolâtrie, contre le luxe des princes,
l'immoralité du peuple et contre quelques autres vices et
fautes particulières. Il prévit déjà que l'alliance avec l'Egypte
et l'Assyrie finirait par la ruine du règne d'Israël.—Le
prophète *Isaïe* l'emportait encore sur tous ces hommes
éclairés. Il exerça l'influence la plus salutaire pendant les
règnes des rois Ozias, Joatham, Achaz et Ézéchias; tantôt
il blâmait la démoralisation du peuple, tantôt il exhortait
à la pénitence qui devait se manifester non pas dans la
pratique des usages inutiles et insensés, mais dans l'exercise
[pg 244]
de la vérité, de la vertu et de la justice; tantôt il
critiquait les voies et moyens, les mesures pernicieuses des
princes. Il annonçait aux méchants des punitions sévères,
et par contre il annonçait des temps heureux et pleins de salut
aux hommes justes.—Le prophète *Michée* était contemporain
d'Isaïe. Il prédisait de grands événements qui étaient
sur le point d'arriver en Israël et en Juda. Il parlait des
exactions des grands, de la bassesse des faux prophètes,
de l'injustice des juges et des mauvais prêtres. Il prophétisait
la ruine de la patrie, la destruction de Jérusalem et
du temple comme la juste punition de leurs crimes et de
leurs forfaits: mais ces jours d'adversité et de malheur
étant passés, il leur présentait l'avenir sous l'aspect le plus
heureux.—Le prophète *Nahum* (Nachum) vivait quelque
temps après la captivité des dix tribus d'Israël. Cet homme
menaçait d'une ruine complète et la ville de Ninive, résidence
des rois de l'Assyrie, et l'Assyrie tout entière,
dont les habitants maltraitaient impitoyablement le peuple
israélite.—C'était au commencement du règne de Josias,
fils d'Amon, que le prophète *Sophonie* (Zephania) annonçait
la ruine de la ville de Jérusalem, et prédisait en même
temps le rétablissement de la patrie après que le peuple
se serait corrigé.—*Habacuc* vivait peu de temps avant la
captivité de Babylone. Dans son esprit élevé, il prévoyait
déjà les horreurs que les Chaldéens exerceraient plus tard
par leur force brutale dans le pays de Juda, et il pressentait
en même temps le châtiment que s'attirerait cet ennemi.—Le
prophète Jérémie fut témoin de la destruction de
Jérusalem. Dans son zèle il ne se laissait arrêter ni par les
dérisions les plus grandes, ni par les mauvais traitements.
Il déplorait avec amertume l'iniquité du peuple, la défection
de la loi de Dieu et la fausse politique des princes.
[pg 245]
Il annonçait la destruction de Jérusalem et la ruine de
l'État à moins que le peuple ne se corrigeât et ne changeât
totalement de vie. Cependant ses discours ne produisant
pas d'effet salutaire, le malheur qu'il prédit arriva.—*Ézéchiel*,
qui se trouvait au nombre des captifs emmenés pour
la Chaldée avec le roi Joachin, débuta la septième année
avant la destruction de Jérusalem. Il faisait des prédictions
à ses frères en Chaldée, vers la même époque que
Jérémie prophétisait en Palestine. C'est aussi à Ézéchiel
que Dieu a révélé figurativement, dans une vision, la résurrection
des morts.—Plus tard lors du retour dans la
patrie, c'étaient les prophètes *Aggée* (Chaggai), *Zacharie*
et *Malachie* qui instruisaient le peuple dans la loi. Le premier
prophétisait lors de la deuxième année de Darius roi
de Perse. Il encourageait à la reconstruction du temple en
annonçant que le second temple serait encore plus illustre
que le premier.—*Zacharie* était le contemporain d'Aggée.
Ses prophéties sont tantôt des discours instructifs et exhortatifs,
tantôt des descriptions sur la position future et heureuse
du peuple israélite.—*Malachie*, qui fut le dernier
prophète d'Israël, était contemporain de Néhémias. Il
prophétisait après la reconstruction du temple. Ses discours
sont des exhortations au peuple pour l'engager à se
contenter de sa position; ils renferment et des réprimandes
au peuple, et des instructions pour les prêtres. Voici quelques-unes
de ses exhortations: «Que le fils honore son
père et le serviteur révère son seigneur; si je suis votre
père, où est l'honneur que vous me rendez? Et si je
suis votre seigneur, où est la crainte respectueuse que
vous me rendez? dit l'Eternel. Je m'adresse à vous, ô
prêtres, qui méprisez mon nom! Les lèvres du prêtre
doivent être les dépositaires de la science; et c'est de sa
[pg 246]
bouche que l'on cherche la connaissance de la loi, car
il est l'ange de l'Eternel.» En parlant au nom de Dieu
il finit en ces termes: «Souvenez-vous de la loi que j'ai
donnée à Moïse mon serviteur, sur la montagne d'Horeb,
afin qu'il portât à tout le peuple d'Israël mes préceptes
et mes ordonnances. Je vous enverrai le prophète Elie,
avant que le grand et épouvantable jour de l'Eternel
arrive: et il réunira le cœur des pères à celui de leurs
enfants, et le cœur des enfants à celui de leurs pères;
de peur qu'en venant je ne frappe la terre d'anathème.»

.. class:: center

|
| |sepa|

État du peuple pendant le temps de l'exil.
------------------------------------------

La plus grande partie des habitants de Juda qui allèrent
alors en captivité, s'établirent dans les environs de l'Euphrate,
où se trouvaient déjà en exil un grand nombre
d'Israëlites. Les restes de Juda et d'Israël formèrent de nouveau
un seul peuple. C'est là que Jérémie adressa aux
Israélites, au nom de l'Eternel, ces paroles remarquables:
«Voici ce que dit l'Eternel, le Dieu d'Israël, à tous les
captifs que j'ai transférés de Jérusalem à Babylone:
Bâtissez-vous des maisons, et habitez-les; plantez des
jardins, et nourrissez-vous de leurs fruits. Recherchez
la paix de la ville dans laquelle je vous ai transférés,
et priez l'Eternel pour elle parce que votre paix se
trouve dans la sienne.» Les Israélites obéissaient à ces
paroles, et beaucoup d'entre eux se distinguèrent par
l'observance religieuse des lois de Moïse.

Il y avait parmi les exilés quatre jeunes gens d'une éducation
distinguée qui se nommaient *Daniel*, *Ananias*,
[pg 247]
*Misaël* et *Azarias*. Le roi leur fit donner l'instruction
dans toutes les sciences et dans tous les arts, et ordonna
qu'on leur servît chaque jour des viandes qu'on servait
devant lui, et du vin dont il buvait lui-même; mais ne
voulant pas prendre de nourriture défendue par la loi de
Moïse, ils se contentaient de légumes, et quoique ces
aliments ne fussent guère nourrissants, ils s'en trouvaient
toujours très-bien; du reste ils remplissaient leurs devoirs
avec fidélité. Ces hommes se distinguèrent autant par leur
savoir que par leur beauté et furent élevés aux charges
les plus éminentes de l'État. Mais dans leur position distinguée
ils purent sans préjudice pour leurs devoirs envers
le souverain, rester toujours fidèlement et sincèrement
attachés à la religion de leurs pères. L'insolent Nabuchodonosor
se fit un jour dresser une statue d'or et ordonna
que chacun se prosternât devant lui et l'adorât, et que
celui qui s'y refuserait fût jeté au milieu des flammes d'une
fournaise. Ces trois hommes, Ananias, Misaël et Azarias
fidèles à leurs croyances ne voulurent point rendre les
honneurs divins à une idole et furent jetés par l'ordre du
roi dans les flammes de la fournaise. Mais Dieu le Tout-Puissant
protégea ses serviteurs, ils restèrent intacts au
milieu des flammes et le feu ne les dévora point. Nabuchodonosor
reconnut alors la puissance de l'Eternel et
défendit, sous peine de mort, de diffamer la religion des
Israélites.—Aussi Daniel observait-il toujours les préceptes
de sa croyance, au risque même de ses jours. Il était le
favori de Darius, roi des Mèdes et conquérant de Babylone.
Les courtisans en devinrent jaloux, lui portèrent
envie et tâchèrent de le perdre. Comme il leur était impossible
de découvrir quelque faute dans les affaires de son
administration, ils cherchèrent les moyens de le conduire
[pg 248]
à sa perte. Son attachement à la religion de ses pères les
favorisa dans leur dessein. D'après leurs instigations le roi
ordonna que tout homme qui, durant l'espace de trente
jours, demanderait quoi que ce fût à quelque dieu ou à
quelque homme que ce put être sinon au roi seul, fût jeté
dans la fosse aux lions. Or, Daniel ayant appris la promulgation
de cette loi, entra dans sa maison, et ouvrant les
fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchit les
genoux et adora son Dieu, lui rendit ses actions de grâces,
comme il le faisait auparavant, et continua d'agir ainsi
pendant quelques jours à trois différentes heures de la
journée. Ces hommes donc, qui épiaient avec grand soin
toutes les actions de Daniel, le trouvèrent priant et adorant
son Dieu, et en firent rapport au roi. Le roi ne pouvant
révoquer en faveur de Daniel l'édit publié, se vit forcé de
faire exécuter l'arrêt, et Daniel fut jeté dans la fosse aux
lions. Le lendemain matin lorsque le roi se rendit à la
fosse, il le trouva encore sain et sauf et ordonna qu'on le
retirât. Il commanda en même temps qu'on fît venir ceux
qui l'avaient accusé, et qu'on les jetât dans la même fosse.
Depuis cet événement Daniel fut toujours en dignité et
élevé successivement aux plus grands honneurs. Il mourut
enfin après une vie longue et heureuse. (Daniel était prophète;
il explique le songe du roi, et prouve en différentes
circonstances qu'il est inspiré par l'esprit de l'Eternel.)

La position du peuple israélite en Babylonie, à en juger
par ces faits, n'était donc nullement triste et malheureuse.
Il y en avait même, parmi les exilés, qui vivaient dans
l'aisance et possédaient des biens-fonds. Les Israélites y
exerçaient leur culte en toute liberté, ils conservaient leur
constitution primitive et, comme nous venons de le voir,
les esprits capables parmi eux pouvaient même parvenir
[pg 249]
aux plus grandes dignités de l'Etat.—C'est là, dans la
captivité, qu'Israël commença par réfléchir mûrement sur
sa destinée et qu'il reconnut l'absurdité de l'idolâtrie. Il
regretta alors sa défection, qu'il devait regarder comme
l'unique cause de son exil. La connaissance de Dieu et
l'idée de le servir d'une manière plus digne ne tardèrent
pas à se faire jour et à se développer de plus en plus. Des
assemblées générales, ayant pour but d'adorer l'Eternel
par des *prières ferventes*, se multipliaient.

*Nabuchodonosor* vint enfin à mourir dans la quarante-troisième
année de son règne. *Évilmerodach*, son successeur,
mit en liberté le roi Joachin et lui rendit les honneurs
dus à son rang.—La Babylonie devint alors la proie de
*Darius* le Mède. Sous son règne et pendant la durée du
royaume Médo-Perse les Israélites en général ne subissaient
pas plus de vexations particulières. Cependant c'est
sous le règne de *Cyaxares*, père d'Astyages (selon d'autres,
dans les temps de Xercès) que l'événement raconté
dans le livre d'Esther se passa: tout Israël se trouvait
alors en danger d'être massacré. Un des ministres du roi
nommé Aman (Haman), alors irrité contre un Israélite
appelé Mardochée dont il se croyait insulté, résolut de
se venger non-seulement de cet homme, mais même de
tout le peuple israélite. Il se procura, à cet effet, une
ordonnance royale qui fut envoyée dans toutes les provinces
du royaume, afin qu'on tuât et qu'on exterminât
tous les Israélites depuis les plus jeunes jusqu'aux plus
vieux, jusqu'aux femmes et aux petits enfants, en un
même jour, c'est-à-dire, le treizième jour du douzième
mois appelé Adar, et qu'on pillât tous leurs biens. Mais
la reine nommée *Esther*, qui était elle-même israélite et
parente de Mardochée, faisait de son côté des instances
[pg 250]
près du roi, son époux, et le peuple israélite fut sauvé
d'une mort imminente. Le tyran Aman fut attaché à la
même potence qu'il avait préparée à Mardochée. En mémoire
de cet événement tous les Israélites s'obligèrent,
eux et leurs enfants d'en faire chaque année dans toute la
postérité une fête solennelle appelée *Purim* (c'est-à-dire,
les sorts) [#]_.

.. [#] La célébration de cette fête se fait de la manière suivante: le treizième
   jour du mois d'Adar est un jour de jeûne; le but en est de nous
   rappeler le jeûne de la reine Esther et des Israélites qui se trouvaient
   alors à Suse, capitale de l'empire. Le jour suivant (le quatorzième) est
   consacré à la joie. Le livre d'Esther est lu dans la synagogue le soir et
   le matin. Des festins de famille et d'autres réjouissances ont ordinairement
   lieu; mais c'est principalement dans _`la distribution des aumônes`
   et dans d'autres œuvres de charité que consiste la solennité du jour.

[pg 251]

.. _ib251:
.. _CHAP.VII:

CHAPITRE VII.
=============

.. _Les Israélites vivent sous la domination étrangère jusqu'à la guerre de la
   délivrance. (3408-3610).:

.. class:: center

| LES ISRAÉLITES VIVENT SOUS LA DOMINATION ÉTRANGÈRE
| JUSQU'A LA GUERRE DE LA DÉLIVRANCE.
|
| (3408-3610.)
|
| |sepa|


Retour de la captivité de Babylone.
-----------------------------------

Les soixante et dix ans de l'exil prédits par le prophète
Jérémie, étant passés, Dieu toucha le cœur de Cyrus roi
de Perse (la Babylonie faisait alors partie de son empire)
de manière que dès la première année de son règne, il fit
publier dans tout son empire cette ordonnance: Voici
ce que dit Cyrus, roi de Perse: L'Eternel, le Dieu du
ciel, m'a donné tous les royaumes de ce pays, et m'a
commandé de lui bâtir une maison dans la ville de Jérusalem,
qui est en Judée. Que celui d'entre vous qui
est de son peuple, aille à Jérusalem. Que son Dieu soit
avec lui, et qu'il rebâtisse la maison de l'Éternel, le
Dieu d'Israël. Que tous les autres, en quelques lieux
qu'ils habitent, les assistent du lieu où ils sont, soit en
argent et en or, soit de tous leurs autres biens, outre
[pg 252]
ce qu'ils offriront volontairement pour le temple de
Dieu qui est à Jérusalem. Alors les chefs de famille
de Juda et de Benjamin, les prêtres et les lévites, et tous
ceux dont Dieu toucha le cœur, se préparèrent à s'en retourner.
Les autres, qui demeuraient aux environs, les
assistèrent de leurs biens. Le roi Cyrus leur remit aussi
entre les mains les vases du temple que Nabuchodonosor
avait emportés de Jérusalem: trente bassins d'or, mille
bassins d'argent et beaucoup d'autres vases sacrés. Il y
avait cinq mille quatre cents vases tant d'or que d'argent.

C'est ainsi qu'ils se rétablirent de nouveau dans leur pays,
et tout le peuple d'Israël demeura chacun dans sa ville. Ils
étaient pour le moment, tout compté, environ cinquante
mille et parmi eux il y avait deux cents chantres, hommes
et femmes. Leurs chefs étaient *Zorababel* prince de Juda,
gouverneur du roi de Perse, *Josué* pontife et dix princes de
tribu.—Le septième mois étant venu, les enfants d'Israël
qui étaient dans leurs villes, s'assemblèrent tous comme
un seul homme dans Jérusalem, et commencèrent à bâtir
un autel pour y offrir à l'Eternel des holocaustes le matin
et le soir. Ils posèrent l'autel de Dieu sur ses bases, pendant
que tous les peuples voisins s'efforçaient de les en
empêcher. Ils célébrèrent la fête des Tabernacles, en la
manière qu'il est commandé dans la loi de Moïse. Ce n'est
que dans la seconde année de leur arrivée qu'ils jetèrent les
fondements du temple de l'Eternel. Les prêtres revêtus de
leurs ornements se présentèrent alors accompagnés des lévites,
pour louer Dieu avec les paroles de David, roi d'Israël. Ils
chantaient tous ensemble des hymnes, et publiaient la gloire
de l'Eternel, en disant: Louez l'Eternel parce qu'il est
bon, et que sa miséricorde s'est répandue pour jamais sur
Israël. Et plusieurs des prêtres et des lévites, des chefs
[pg 253]
de famille, et des anciens, qui avaient vu le premier temple,
considérant les fondements de celui-ci, qui était devant
leurs yeux, jetaient de grands cris mêlés de larmes, et
plusieurs aussi élevant leur voix poussaient des cris de réjouissance:
et l'on ne pouvait discerner les cris de joie
d'avec les plaintes de ceux qui pleuraient, parce que tout
était confus dans cette grande clameur de peuple, et le
bruit en retentissait au loin.—Or leurs ennemis (les Samaritains)
apprenant que les Israélites revenus de leur captivité
bâtissaient un temple à l'Eternel, le Dieu d'Israël,
vinrent trouver Zorobabel et les chefs des familles, et leur
dirent: Laissez-nous bâtir avec vous; parce que nous cherchons
votre Dieu comme vous, depuis qu'Asor-Haddan roi
d'Assyrie nous a envoyés en ce lieu. Zorobabel, Josué et
les autres chefs des familles d'Israël leur répondirent:
Nous ne pouvons bâtir avec vous une maison à notre Dieu;
nous bâtirons seuls un temple à l'Eternel notre Dieu,
comme Cyrus roi des Perses, nous l'a ordonné. Alors les
ennemis mécontents de cette réponse empêchèrent les
Israélites autant qu'ils le purent de bâtir le temple. Ils
gagnèrent par argent les ministres du roi, et pendant le
règne de Cyrus, roi des Perses, ils purent s'opposer au
dessein du peuple israélite. Ce n'est que sous le gouvernement
de *Darius Hystaspe* que les Israélites continuèrent
de bâtir, et le temple de Dieu fut achevé le troisième
jour du mois d'Adar la sixième année du règne du roi
Darius. Les enfants d'Israël, les prêtres et les lévites firent
alors la dédicace du temple avec de grandes réjouissances.
Les prêtres furent rétablis dans leurs ordres et les lévites
en leur rang pour faire l'œuvre de Dieu dans Jérusalem
selon qu'il est écrit dans le livre de Moïse.

Les Israélites demeuraient donc de nouveau à Jérusalem
[pg 254]
et dans les villes du pays d'Israël. Ils étaient gouvernés par
les pontifes et par les gouverneurs des rois de Perse.
L'Eternel leur envoya encore des prophètes et des hommes
inspirés de l'amour de la vérité: des hommes qui, sans
cesse, montraient au peuple la bonne voie, lui donnaient
l'instruction dans la loi de Moïse et le rendaient de plus
en plus capable de se pénétrer de l'esprit de la parole de
Dieu. Au nombre de ces grands hommes se trouvait le
savant *Esdras* (Esra) descendant d'Aaron. Cet homme était
fort habile dans la loi, zélé et très-pieux; il partit de
Babylone et arriva à Jérusalem avec une grande colonie,
forte de plus de dix-sept cents hommes, sans compter les
femmes et les enfants; il apporta en même temps avec lui
de l'argent, de l'or et des vases pour le service du temple à
Jérusalem.

*Néhémie*, l'échanson du roi, dévoué à son Dieu, désirait
aussi retourner dans le pays de ses pères. Et lorsqu'on lui
en apporta des nouvelles, et qu'il apprit que les murailles
de Jérusalem étaient encore en ruine, il se mit à pleurer,
jeûna et pria l'Eternel d'exaucer ses vœux. Or, il s'adressa
ainsi au roi son maître: Si ma demande ne déplaît pas au
roi, et si votre serviteur vous est agréable, envoyez-moi,
je vous prie, en Judée, à la ville des sépulcres de mes pères,
afin que je la fasse rebâtir. Le roi lui accorda sa demande;
Néhémie partit pour Jérusalem et y rendit beaucoup de
services à ses frères. Les ennemis ayant appris qu'on rebâtissait
les murailles, en devinrent jaloux et tâchèrent, par
tous les moyens possibles, d'en empêcher l'exécution. Mais
les Israélites ne perdaient pas confiance en Dieu; ils priaient
l'Eternel et mettaient en même temps des gardes jour et
nuit sur la muraille pour s'opposer aux efforts de leurs
ennemis: ils travaillaient d'une main et tenaient l'épée de
[pg 255]
l'autre. C'est de cette manière que les murailles furent rebâties
et achevées en peu de temps. Le premier jour du
septième mois (Tischri) tous les pères de famille s'assemblèrent
avec leurs femmes, leurs fils et leurs filles dans une
des grandes places de Jérusalem. Esdras apporta la loi
devant l'assemblée, lut dans ce livre clairement et distinctement,
au milieu de la place, depuis le matin jusqu'au
midi. Les lévites et beaucoup d'autres personnes instruites,
interprétaient la loi à tout le peuple et lui expliquaient les
paroles de Dieu. On célébra ensuite la fête des Tabernacles,
et pendant la durée de cette fête Esdras lisait journellement
dans le livre de la loi. Cette solennité dura sept jours,
et le huitième jour ils firent l'assemblée du peuple _`selon la coutume`
(Schemini-Azereth). Le vingt-quatrième jour de
ce même mois, ils s'assemblèrent, jeûnèrent, firent pénitence
et s'engagèrent de la manière la plus solennelle à
observer religieusement toutes les lois de Dieu, données
par Moïse, son serviteur.

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|
|
| FIN DE L'ECRITURE SAINTE.

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[pg 256]

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[pg 257]

SUITE DU CHAPITRE VII.
======================


Le peuple israélite vécut en ces jours, et pendant quelque
temps encore, paisible et tranquille. Quoiqu'il se trouvât
sous la dépendance des rois de Perse, cependant l'administration
immédiate en était confiée à ses grands prêtres, aux
anciens et aux hommes les plus distingués du peuple. L'état
des choses resta dès lors le même et aucun changement n'y
fut introduit sous les dominations différentes qui vinrent
bientôt succéder à celle des rois de Perse. Les *Macédoniens*,
les *Égyptiens* et les *Syriens*, tous consentirent à
laisser au peuple israélite son administration antérieure.—Jérusalem
était généralement regardée comme la patrie
commune, même par ceux d'entre les Israélites qui demeuraient
en grand nombre dans d'autres pays. Le temple
reconstruit semblait à tous être le centre de l'assemblée
nationale, le symbole de l'unité, et ils y faisaient parvenir
[pg 258]
leurs offrandes et leurs dons des pays même les plus éloignés.—Tout
cela ne manquait pas d'exercer l'influence la
plus salutaire à l'égard de leur vie religieuse. Bien qu'il n'y
eût plus de prophètes après la mort de *Malachie*, le penchant
à l'idolâtrie avait cependant complétement disparu;
heureux effet de la bonne instruction que le peuple recevait
alors. L'ordre et la majesté qui régnaient dans leur
temple et partout dans le service divin; leur union et leur
fidélité envers leurs souverains; leur zèle et leur activité,
tout cela les relevait aux yeux des nations étrangères et
rendait la dignité à leur religion qui les obligeait à tous ces
devoirs. Partout où ils demeuraient, ils trouvaient l'occasion
de montrer que l'obéissance et la fidélité envers le souverain
passaient à leurs yeux pour les premiers devoirs, et
ils s'appliquaient en outre à répandre la connaissance de
Dieu parmi tous ces peuples païens.

Un témoignage honorable d'estime leur fut accordé par
*Alexandre le Grand*, roi de Macédoine. Ce grand conquérant,
lors de son invasion dans la Phénicie, enjoignit au
pontife de Judée de lui fournir des vivres pour son armée
et de lui faire parvenir en même temps tous les impôts que
les Israélites avaient à payer à *Darius Kodomanus*, roi de
Perse. Mais le pontife lui répondit au nom du peuple
israélite, qu'ayant prêté serment de fidélité à Darius son
souverain, il devait être fidèle à ce prince. Cette réponse
inattendue irrita tellement le roi Alexandre qu'il s'avança
vers Jérusalem, résolu à punir les Israélites et à les forcer
à lui obéir. Cependant, lorsque le pontife, accompagné du
peuple, alla à sa rencontre, Alexandre lui fit un bon accueil,
entra en paix dans la ville de Jérusalem, visita le temple,
en examina les trésors sans y toucher, approuva la constitution
israélite et garantit à tous ceux qui voudraient
[pg 259]
prendre du service dans son armée, la pleine liberté d'exercer
leur culte. Beaucoup d'entre les Israélites se confiant à
cette promesse se présentèrent alors à Alexandre et lui
demandèrent l'admission dans son armée.

.. class:: center

|
| |sepa|

Émigration pour l'Égypte.
-------------------------

Après la mort d'Alexandre, ses généraux, ainsi que les
gouverneurs placés à la tête des provinces qu'il avait conquises,
s'érigèrent en rois de ces provinces. Il en résulta
des guerres nombreuses, qui firent aussi beaucoup de mal
à la Palestine. *Ptolomâus Lagi*, gouverneur d'Egypte, fut
le premier qui s'empara de la Palestine. Ptolomâus s'étant
convaincu de la fidélité des Israélites, qui avaient observé
si fidèlement le serment autrefois prêté aux rois de Perse,
les obligea à lui prêter le même serment. Il en emmena
un grand nombre avec lui en Egypte, et beaucoup d'autres
l'y suivirent volontairement. Il les mit, en partie,
dans les forteresses comme garnison, les autres s'établirent
à Alexandrie, jouissant des mêmes droits que les
Egyptiens et les Grecs. *Seleucus Nicator*, roi de l'Asie
Mineure, aimait aussi les Israélites à cause de leur fidélité,
et il parvint à en attirer un grand nombre en leur accordant
les mêmes droits qu'aux Grecs et en les élevant au
rang des premiers citoyens. C'est principalement à Antiochie,
la capitale, que beaucoup d'Israélites s'établirent.
Ils se répandirent en général à cette époque bien avant
dans l'Asie Mineure, dans la Syrie et dans la Grèce.

*Ptolomâus Philadelphus*, protecteur des sciences, possédait
à Alexandrie une bibliothèque de plus de deux cent
[pg 260]
mille ouvrages. Il fit prier le pontife à Jérusalem de lui
remettre une copie des saintes Ecritures et de lui envoyer
en même temps quelques savants pour en faire la traduction
en grec. *Éliésar*, alors pontife, lui envoya une magnifique
copie accompagnée de soixante-douze hommes savants,
qui en accomplirent la traduction, ordinairement appelée
*traduction des septante* ou des *soixante-dix interprètes*.
Cette traduction était très-considérée par les Israélites qui
demeuraient hors de la Palestine. Ils s'en servaient pour
expliquer la loi et pour en faire la lecture dans les synagogues,
tandis que les Israélites en Palestine se servaient,
pour le même usage, d'une traduction chaldéenne.

Le peuple israélite jouit de la paix pendant le long règne
de Ptolomâus, il s'adonna alors en grande partie aux
sciences, se familiarisa avec la littérature grecque et embrassa
les usages et les coutumes de cette nation.

*Antigonus*, président du grand conseil, enseignait entre
autres préceptes, qu'on ne peut servir Dieu, comme le serviteur
sert son maître, en espérant d'être récompensé; mais
qu'il faut le servir par l'amour le plus pur. Cette doctrine fut
mal comprise par deux de ses élèves qui se nommaient *Sadoc*
et *Baithos*. Ils en répandirent la maxime erronée, qu'il
n'y a, après la mort, ni récompense ni punition. Les
partisans de cette doctrine fausse, funeste et hérétique,
étaient appelés la secte des *Saducéens*.

[pg 261]

.. _ib261:
.. _CHAP.VIII:

CHAPITRE VIII.
==============

.. _Depuis la guerre de la délivrance jusqu'aux temps de l'indépendance. 
   (3610-3634):

.. class:: center

| DEPUIS LA GUERRE DE LA DÉLIVRANCE JUSQU'AUX
| TEMPS DE L'INDÉPENDANCE.
|
| (3610-3634)
|
| |4-|

Cruautés d'Antiochus Épiphanes.
-------------------------------

Le règne d'Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, rejeta
de nouveau les Israélites au milieu des souffrances et des
persécutions. Il y avait déjà un assez grand nombre d'années
que la Palestine était assujettie à la Syrie, lorsque ce roi
monta sur le trône. Dans la fausse idée de maintenir plus
sûrement les Israélites dans son obéissance, Antiochus se
proposa d'anéantir leur religion et de les forcer à embrasser
celle des païens. Il y avait alors deux grands prêtres à
Jérusalem, l'un se nommait *Jason* et l'autre *Ménélaus*.
Ces hommes, ainsi qu'une grande partie du peuple, étaient
entièrement portés à embrasser les mœurs des Grecs. Ils
établirent à Jérusalem des jeux gymniques et dépouillèrent
le temple pour payer les contributions promises au
roi Antiochus. Peu de temps après cette spoliation, Antiochus
envahit l'Egypte, et le faux bruit de sa mort se
[pg 262]
répandit. Alors le peuple irrité de la spoliation du sanctuaire,
se révolta contre les deux prêtres sacriléges. A ces
nouvelles, Antiochus se dirigea vers Jérusalem. Arrivé en
cette ville, il tua une grande partie du peuple, en vendit
quatre mille comme esclaves, enleva tous les vases d'or et
d'argent consacrés au temple, et pour insulter au peuple,
il profana le temple en y faisant égorger un porc sur
l'autel. Quelque temps après, ce même roi, forcé par les
Romains à quitter l'Egypte, exerça de nouveau toute sa
rage contre la Palestine; il envoya à Jérusalem une armée
qui pilla la ville et en massacra sans pitié les malheureux
habitants. Il défendit, sous peine de mort, d'exercer la
religion de quelque manière que ce fût; il fit déchirer les
livres de la loi et dressa partout des temples d'idoles. Il
envoya à cet effet un prêtre grec à Jérusalem pour instruire
le peuple dans la religion païenne. Ce prêtre viola
le temple de Jérusalem en le consacrant à Jupiter et en y
plaçant la statue de cette idole, puis il sacrifia sur l'autel
de Dieu à la manière grecque.

Beaucoup d'Israélites abandonnèrent alors leur religion;
mais aussi il y en eut beaucoup qui s'enfuirent ou moururent
de la mort des martyrs. Au nombre de ces derniers
se trouva un vieillard qui se nommait *Eliasar*. Celui-ci
préféra mourir que de transgresser les commandements de
Dieu lors même que le tyran ne lui demandait qu'une
transgression apparente. Il y eut aussi une femme, nommée
*Hanna*, qui se montra tellement attachée aux devoirs
de sa religion, qu'elle ne chancela pas un instant dans la
foi en voyant même de ses propres yeux, qu'on égorgeait
ses sept fils les uns après les autres, qui se refusèrent tous
à sacrifier aux faux dieux. Le dernier de ses fils, très-jeune
encore, fut même encouragé à l'idolâtrie par le tyran,
[pg 263]
qui lui promit de le sauver, s'il fléchissait seulement le
genou devant l'idole, ne fût-ce que pour l'apparence.
Mais ce jeune homme qui avait vu mourir courageusement
ses six frères n'hésita point et, rendant le dernier soupir
sous la main de son bourreau, il s'écria: «Ecoute Israël!
l'Eternel est notre Dieu, l'Eternel est unique!» Cette
mère ayant ainsi vu mourir tous ses enfants de la mort
des martyrs, mort à laquelle elle les avait encouragés
elle-même, ne se sentit plus de douleur; elle se précipita
du haut d'une maison et mourut.

.. class:: center

|
| |sepa|

Les Machabées.
--------------

Il y avait alors un prêtre, nommé *Mathatias*, qui avait
cinq fils: Jochanan Gadi, Simon Thassi, Juda Machabée,
Eleasar Havran et Jonathan Haphus. Cet homme, témoin
des maux de son peuple, s'enfuit avec ses fils pour aller
demeurer dans la petite ville appelée *Modin*. Cependant
les agents syriens y vinrent aussi. Ils lui parlèrent et lui
firent les plus grandes promesses s'il voulait renoncer aux
croyances de ses pères. Voyez, lui dirent-ils, vous êtes
l'homme le plus distingué dans cette ville et père d'une
famille nombreuse, soyez donc aussi le premier en faisant
tout ce que le roi ordonne; suivez l'exemple de toutes les
nations et d'une foule d'Israélites. Le roi vous regardera
alors comme son ami, et vous et vos fils seront largement récompensés,
vous aurez de l'or et de l'argent et de riches
présents. Or Mathatias répondit: Quand même tout le
monde abandonnerait la loi de Dieu, moi et mes fils nous
lui resterons fidèles. Que Dieu nous préserve de jamais
[pg 264]
consentir à l'exigence d'Antiochus, jamais nous ne servirons
les faux dieux. Pendant que Mathatias parlait ainsi,
un Israélite s'avança aux yeux de tout le peuple pour sacrifier
aux idoles dans la ville de Modin. Mathatias en voyant
cet acte d'idolâtrie fut entraîné par son ardeur: il se précipita
sur cet homme, le terrassa près de l'autel, tua l'agent
du roi, détruisit l'autel et s'écria de toutes ses forces:
Que quiconque brûle d'amour pour Dieu et la loi, me suive!
Ses fils et tous ceux qui aimaient la justice et la vérité le
suivirent alors avec leurs femmes et leurs enfants et tout ce
qu'ils possédaient, ils s'enfuirent dans le désert et s'y établirent,
car la misère les entourait de tous côtés et la tyrannie
était à son comble. Cependant, à mesure que la cruauté
d'Antiochus s'augmentait, le parti de Mathatias devenait
plus fort et plus nombreux. Ce digne prêtre parcourut le
pays, renversa les autels des faux dieux, punit les apostats
et souvent fit essuyer des pertes nombreuses aux généraux
d'Antiochus. Cet homme courageux venant à mourir,
Juda son fils, obéissant à la dernière volonté de son père,
se mit à la tête du peuple et remporta les plus grandes victoires.
Antiochus en devint furieux et jura la ruine complète
du peuple israélite. Cependant, étant sur le point de
se charger lui-même du commandement de ses troupes, il
tomba de son char et mourut dans les douleurs les plus
atroces. Déchiré par la souffrance et tourmenté par la
crainte de la mort, il promit de faire pénitence, fit même
le vœu de se faire israélite dès qu'il serait rétabli; tout
fut vain. *Eupator* son fils, et *Démétrius Soter* successeur
de ce dernier, continuèrent à faire la guerre aux
Israélites, et tous les deux, ils furent vaincus par Juda
Machabée qui défit leurs armées, les expulsa de Jérusalem,
purifia le temple, réorganisa le culte, et ordonna en
[pg 265]
mémoire de ces grands événements, la célébration de la fête
ordinairement appelée *Chanouka*, c'est-à-dire, consécration
du temple [#]_.

.. [#] Cette fête commence le vingt-cinquième du neuvième mois (Chislow.)
   Elle est célébrée pendant huit jours par une espèce d'illumination qui a
   lieu chaque soir dans la synagogue et dans les maisons et qui est accompagnée
   de cantiques en actions de grâces et à la louange de Dieu.

Juda Machabée [#]_ est le premier chef du peuple israélite
qui fit alliance avec les Romains. Il succomba dans la
guerre, entreprise contre Bacchides, général de Démétrius.
Jonathan, le plus jeune de ses frères lui succéda dans le
commandement de l'armée. C'était un homme sage et
vaillant comme Juda son frère. Les Romains le reçurent
dans leur alliance et les rois d'Egypte et de Syrie ambitionnèrent
son amitié. Cependant, un homme rusé appelé
Tryphon, tuteur du jeune prince Antiochus Theos, invita
Jonathan avec ses fils à se rendre à Ptolomâus, prétextant
vouloir lui donner cette ville comme gage de son amitié.
Mais il l'y retint prisonnier et le tua avec ses fils.

.. [#] C'est par ses vertus et ses exploits que *Juda Machabée* a mérité
   de donner son nom à toute cette famille, à laquelle le peuple d'Israël dut
   ses derniers jours de gloire et de prospérité.


.. class:: center

|
| |sepa|

Construction du temple égyptien.
--------------------------------

Pendant ces victoires remportées par les Machabées,
Ménélaus, ce prêtre sacrilége, se réfugiait en Syrie où il
mourut d'une mort honteuse. Un autre prêtre nommé
*Onias*, croyant avoir des titres au pontificat, se retira en
Egypte lorsqu'il vit qu'un autre lui était préféré. Arrivé
dans ce pays, il s'y lia intimement avec un autre Israélite
[pg 266]
appelé *Dositheus*, et tous les deux, ils surent, par leurs
talents et par leurs artifices, s'attirer tellement les égards
et la considération du roi d'Egypte, Ptolomäus Philometer,
qu'ils furent nommés par ce prince chefs de toute l'armée
égyptienne. C'est sur leur proposition qu'un temple fut
construit à *Léontopolis*, où s'exerçait le même culte qu'à
Jérusalem. Ce temple se conserva pendant de longues
années; il existait encore lorsque celui de Jérusalem était
déjà détruit. Ce n'est que sous le règne de Trajan, l'empereur
romain, qu'il fut ruiné.

.. class:: center

|
| |sepa|

Simon investi par la nation du pontificat et du trône.
------------------------------------------------------

Après la mort de Jonathan, Simon son frère fut chargé
du commandement de l'armée tout en remplissant les
fonctions de pontife. Il renouvela l'alliance avec les Romains
et fit la paix avec Démétrius roi de Syrie. Ce fut alors
que le peuple israélite, voulant témoigner toute sa reconnaissance
envers cette noble famille des Machabées, résolut,
dans une assemblée générale, que toutes les dignités,
dont Simon était revêtu temporairement, lui restassent
héréditaires. Les Romains, ainsi que le roi de Syrie, adhérèrent
à cet arrêté et le peuple israélite fut de nouveau
reconnu comme nation indépendante. Les Israélites, en
mémoire de cet événement glorieux, frappèrent une
nouvelle monnaie et établirent une nouvelle ère à dater de
l'époque de la délivrance.

Simon fut assassiné avec deux de ses fils au milieu d'un
festin par Ptolomäus son gendre, gouverneur de Jéricho.
*Jean Hyrcan*, son fils, lui succéda.

[pg 267]
Ce prince s'empara de beaucoup de villes, qui avaient
appartenu aux Israélites avant d'être enlevées par les
Syriens et les Grecs. Il assujettit les Samaritains et détruisit
leur temple, établi sur le mont Garizim. Il vainquit les
Iduméens, qui embrassèrent alors la religion des Israélites
et se confondirent avec cette nation.

.. class:: center

|
| |sepa|

État de la religion.
--------------------

Les cruelles persécutions religieuses d'une part et les
relations fréquentes avec les païens de l'autre, devaient
nécessairement exercer une grande influence sur les opinions
religieuses du peuple. Aussi, vers cette époque, différentes
sectes se firent-elles remarquer: les *Hellènes*, ou
Israélites qui demeuraient en Egypte et exerçaient leur
culte dans le temple de Léontopolis. Les *Saducéens*
(*voyez* plus haut). Les *Esséniens* qui pour la plupart, habitaient
dans la solitude, menant une vie retirée tout en
admettant la communauté des biens. Ils croyaient à une
récompense et à une punition future; mais ils expliquaient
l'Ecriture sainte dans un sens figuré. Les *Pharisiens* prétendaient
que Dieu, en se révélant à Moïse, lui avait communiqué
*la Loi écrite* et lui en avait donné en même
temps *une explication orale*; ils supposaient, par conséquent,
que ces deux parties ne formaient qu'un seul tout.
Cette *explication*, ou *Loi orale*, pour qu'elle ne fût pas un
jour exposée à des exégèses erronées et à des interprétations
arbitraires, ne pouvait être communiquée qu'à quelques
hommes, les plus distingués de la nation, afin qu'ils
conservassent ces doctrines pures et intactes. Ce n'est que
[pg 268]
plus tard, dans les temps d'oppression et de persécution,
lorsqu'il était à craindre que ces traditions orales ne tombassent
dans l'oubli, qu'un homme remarquable par sa
piété et sa science, *Rabbi Jéhuda Hanasi*, se chargea enfin
de les écrire. Cet ouvrage, formant six parties, s'appelle
*Mischna*. Ce ne fut que trois cents ans après, que le commentaire
de la Mischna fut recueilli (les cinq cent vingt-neuf
chapitres de la Mischna s'y étendent en douze volumes
in-folio) et conservé par écrit. L'ensemble de la Mischna
et de son commentaire est ordinairement appelé *Talmud*
ou *Gamara*.

[pg 269]

.. _ib269:
.. _CHAP.IX:


CHAPITRE IX.
============

.. _Depuis la conquête de l'indépendance jusqu'à la Destruction de Jérusalem.
   (3634-3828).:

.. class:: center

| DEPUIS LA CONQUÊTE DE L'INDÉPENDANCE JUSQU'A
| LA DESTRUCTION DE JÉRUSALEM.
|
| (3634-3828.)
|
| |4-|

_`Aristobule, Alexandre Janäus`, Alexandra.
-------------------------------------------

Après la mort d'Hyrcan, *Aristobule* son fils s'empara du
trône. Il traita sa mère et sa famille d'une manière très-cruelle
et retint en prison trois de ses frères. Mais son
règne fut de courte durée, il ne se prolongea pas au delà
d'une année. Lorsque Aristobule vint à mourir, ses frères
furent mis en liberté par son épouse, et *Alexandre
Janäus*, l'aîné d'entre eux, monta sur le trône. Il étendit
les bornes de son royaume; mais d'un caractère violent et
emporté et professant les doctrines pernicieuses des Saducéens,
il persécuta les Pharisiens qui lui suscitaient des
embarras, et en fit massacrer un grand nombre. Il mourut
enfin dans la vingt-septième année de son règne, des suites
de son intempérance. Il remit lui-même avant sa mort les
rênes de l'Etat à *Alexandra* son épouse, en lui conseillant
la réconciliation avec les Pharisiens.

[pg 270]

.. class:: center

|
| |sepa|

Hyrcan II, ou le royaume sous l'influence des Romains.
------------------------------------------------------

Alexandra, suivant le conseil de son époux, se réconcilia
avec les Pharisiens et régna pendant neuf ans, soutenue
par cette secte puissante. Elle chargea Hyrcan son
fils du pontificat. C'était un homme d'un caractère doux et
souple, dévoué à la secte des Pharisiens. Lorsque Alexandra
vint à mourir, *Hyrcan II* fut élu à Jérusalem roi
d'Israël. Mais Aristobule son frère, attaché à la secte des
Saducéens, fut poussé par ces derniers à s'emparer du
trône. Ces deux princes à la tête de leur parti se firent
bientôt la guerre. Hyrcan fut vaincu et forcé de céder au
vainqueur le pontificat et le trône.

Aristobule s'était à peine emparé du royaume qu'il commença
à persécuter ceux qui avaient été partisans d'Hyrcan.
C'est alors, qu'un de ces derniers, nommé *Antipater*
(Iduméen de naissance qui avait embrassé la religion
israélite) persuada Hyrcan de recommencer la guerre et
de ressaisir le gouvernement. Les deux frères ennemis
cherchèrent, chacun de leur côté, le secours des princes
étrangers. Hyrcan s'adressa à *Pompée*, général romain, qui
se trouvait en ce moment dans l'Arabie à la tête d'une
armée. Pompée vint à son aide, vainquit Aristobule, l'emmena
avec lui à Rome pour relever son entrée triomphale
par la présence de ce captif, et remit à Hyrcan les dignités
de l'Etat et du pontificat en lui enjoignant que le gouvernement
israélite fût dorénavant soumis au peuple romain et
qu'il eût à lui payer un tribut annuel.

[pg 271]

.. class:: center

|
| |sepa|

Hérodes.
--------

Après son avénement au pouvoir, Hyrcan ne se chargea
que des fonctions de pontife, laissant les soins de l'Etat
à Antipater son ami. Ce dernier, pour se mettre dans les
bonnes grâces des Romains, ne songea qu'à se signaler
par quelque service. Le peuple mécontent d'Hyrcan, de
la négligence de son gouvernement, et fatigué des troubles
continuels excités par Aristobule, sollicita le Romain
Gabynius, proconsul de Syrie, de changer la constitution
du pays. Cet homme, cédant volontiers à cette demande,
confirma Hyrcan dans le pontificat, mais lui retira les dignités
royales, divisa le pays en cinq districts et remit le
gouvernement de chacun à un haut conseil, composé
d'hommes les plus distingués du pays.

C'est de cette manière que la *constitution monarchique*
fut changée en *constitution aristocratique*.

*Antigonus*, fils d'Aristobule, recouvra le trône quelques
années plus tard; cependant, son règne ne fut que
de courte durée, il en fut privé par *Hérodes* fils d'Antipater
(l'Iduméen nommé plus haut), qui secouru par les Romains,
le vainquit et le tua.

C'est ainsi que finit le règne des Machabées après une
durée de cent vingt ans.

Hérodes, homme rusé et intrépide, était allé à Rome
se présenter devant le sénat et solliciter le trône. Sa demande
lui fut accordée; et, secondé par Antoine et Octave,
il réussit à se faire nommer roi d'Israël. Arrivé de cette
manière au pouvoir et voyant le peuple mécontent de son
[pg 272]
règne, il exerça beaucoup de cruautés pour s'assurer du
trône. Il fit tuer l'ex-roi Hyrcan quoiqu'il en eût épousé
une des parentes nommée Mariane, et fit massacrer sans
pitié tous les descendants de cette célèbre famille des Machabées.
Pour gagner les bonnes grâces du peuple, il fit
restaurer le temple de Jérusalem et ajouta à son ancienne
magnificence. Or, toute la vie de ce roi ne fut qu'une série
d'adversités et d'infortunes; souvent accablé par le malheur,
il fut sur le point de se donner la mort. La cause
première de ses afflictions fut la discorde et la division qui
régnaient dans sa famille. Entraîné par la défiance, et sur
les rapports calomnieux de sa sœur, l'infâme Salomé, il
fit tuer son épouse Mariane et plusieurs de ses fils. Cinq
jours seulement avant sa mort, il fit massacrer son fils
aîné, Antipater, désigné dans son testament comme héritier
du trône. Il mourut enfin d'une maladie chronique
des plus douloureuses, à l'âge de soixante-dix ans,
dans la trentième année de son règne. La postérité lui
donna le nom d'*Hérodes le Grand*. Cependant sa grandeur
ne fut qu'une profonde misère cachée sous les apparences
d'une splendeur extérieure; car toutes ses actions
n'eurent pour but que celui de satisfaire à son faux
honneur.

.. class:: center

|
| |sepa|

Remarques générales.
--------------------

On ne doit pas douter que l'établissement des synagogues
pour l'exercice régulier du culte, ne soit une
institution qui date d'une époque très-ancienne. L'usage
de réciter dans ces lieux de prières, à certains jours de la
semaine, quelques chapitres des livres de Moïse, est attribué
[pg 273]
à Esdras, cet infatigable restaurateur de la loi de
Moïse. La grande assemblée, ordinairement appelée *la
grande synagogue*, florissait dans le temps des derniers
prophètes. C'est de cette assemblée que sont émanées nos
prières journalières: principalement le *Schema*, une partie
de la Tephila, les dix-huit bénédictions et, en outre, les
grâces avant et après le repas.

Sous le règne de Simon Machabée, fut institué à Jérusalem
le *Sanhédrin*, à qui l'on confia l'administration de la
justice et l'interprétation de la loi. Le chef de cette assemblée
s'appelait *Nasi*.

L'état des savants se divisait en trois classes. 1º Les
*Sopherim*, qui s'occupaient de copier et de commenter
l'Ecriture sainte. En leur qualité de membres de l'assemblée
législative, on les appelait *Chachamim* (sages). 2º Les
*Rabbanim*, qui instruisaient le peuple et prononçaient des
discours publics. 3º Les *Talmidim* (élèves) qui, parvenus
à un certain degré de science, étaient appelés *Chaberim*,
c'est-à-dire, collègues de la société des savants.

La grande partie de la nation en Palestine et dans les
environs de l'Euphrate s'occupait de l'agriculture et de
l'industrie; ceux qui demeuraient dans l'Egypte, dans
l'Asie Mineure et dans la Grèce faisaient pour la plupart
le commerce.

C'est du temps d'Hérodes que nous trouvons les affaires
intérieures du pays dans l'état le plus déplorable, première
conséquence des cruautés de ce prince. Bien qu'il
fît embellir le sanctuaire, il ne le fit pas administrer
comme la religion l'exigeait: il disposa du pontificat à
son bon plaisir, ne porta pas l'attention requise à cette
grande institution des Sanhédrins, seul il fit les lois, et
établit, selon sa volonté, des cours de justice.

[pg 274]
Pendant ce malheureux état des choses, le peuple se
divisait en *trois partis*. 1º Les Zélateurs, ou les défenseurs
de la liberté, qui s'opposaient à tout ce qui était étranger
soit à la religion, soit aux habitudes de la nation. Croyant
à une restauration complète du royaume israélite, ils
excitèrent la révolte et contribuèrent à la ruine du pays.
2º Ceux d'entre le peuple qui prétendaient que le Messie,
tel qu'il était prédit par les prophètes, était près de venir.
Ces hommes croyaient voir dès cette époque l'accomplissement
d'une prophétie, qui, de nos jours encore, est
loin de s'accomplir: car le temps où le *royaume de Dieu
sera établi sur la terre* est encore bien reculé; ce temps
où tous les hommes connaîtront et adoreront le seul vrai
Dieu, où tous vivront entre eux en paix et en concorde.
3º La grande partie de la nation, qui était sincèrement
attachée aux préceptes de la religion, se joignit aux savants
interprètes de l'Ecriture sainte en professant leurs
doctrines.—A la tête des écoles où étaient enseignées ces
doctrines, se trouvaient deux grands hommes *Hillel* et
*Schammai*, qui contribuèrent de tout leur pouvoir à développer
la Loi et à relever le Rabbinisme. Cette école
continua de travailler pendant quelques siècles à l'édifice
du culte israélite.

La mission du Rabbinisme consistait à donner aux principes
fondamentaux de la loi divine une enveloppe telle
que cette vérité éternelle, révélée à Israël, pût braver les
siècles et tous les orages qui attendaient la nation.

[pg 275]

.. class:: center

|
| |sepa|

Archelaus. Agrippa.
-------------------

Après la mort d'Hérodes, Archelaus son fils lui succéda
sur le trône. Ce prince mécontenta le peuple par ses actes
arbitraires et par ses empiètements sur la religion. Des
plaintes nombreuses ayant été portées à sa charge, il fut
exilé à Vienne dans la Gaule par l'empereur Auguste. La
Palestine fut alors réunie à la Syrie et administrée par des
gouverneurs romains. Quoique le petit-fils d'Hérodes le
Grand, *Agrippa* parvînt au trône quelque temps après,
l'état des choses ne changea presque plus. Car le règne de
ce dernier roi ne fut que de courte durée: Agrippa vint
bientôt à mourir et, comme son fils était alors trop jeune
pour monter sur le trône, le pays retomba de nouveau
sous la domination immédiate des Romains et son administration
fut confiée à leurs représentants. Ces gouverneurs
étaient, pour la plupart, des hommes barbares qui
opprimaient le peuple, le volaient et le traitaient tyranniquement.
Il y en eut un du temps de l'empereur Néron,
nommé Gesius Florus, dont la rapacité et la cruauté excitèrent
le peuple à la révolte, malgré les efforts des plus
sages qui voulaient arrêter l'insurrection en faisant entrevoir
au peuple les tristes conséquences auxquelles ils
allaient s'exposer. Ces hommes échouèrent dans leurs
efforts devant les intrigants qui, placés à la tête de la
révolte, savaient remuer adroitement les passions et forcer
même les plus pacifiques à se ranger de leur parti. C'est
ainsi que le soulèvement se répandant dans le pays fit des
progrès rapides et devint enfin des plus menaçants. L'empereur
Néron, pour étouffer la révolte, envoya alors une
[pg 276]
armée nombreuse sous les ordres de *Vespasien* et de *Tite*
fils de ce dernier. Ce général rencontra souvent une résistance
vigoureuse, dont il fut tellement exaspéré qu'il tua
beaucoup d'Israélites, en vendit un plus grand nombre
encore comme esclaves, et ravagea presque toutes les
villes et tous les villages. Etant sur le point de marcher
sur Jérusalem, Vespasien reçut la nouvelle de la mort de
Néron et fut rappelé à Rome pour monter sur le trône.
En quittant la Palestine, il remit le commandement des
troupes à Tite son fils, lui enjoignant de s'emparer de
Jérusalem et de ce qui restait encore à soumettre dans le
pays. Lorsque Tite mit le siége devant Jérusalem, il y
avait dans cette ville une grande affluence de peuple;
les uns s'y étaient rendus pour chercher un refuge,
les autres pour assister aux fêtes qui se célébraient
à cette époque. Les Israélites se défendirent avec une
grande bravoure et opposèrent aux Romains une si terrible
résistance que Tite lui-même commençait à désespérer
de la conquête de cette ville. Mais la dissension qui
régnait parmi les différents chefs des partis, fit bientôt
éclater la guerre civile dans l'intérieur de la ville. Les partis
ne songèrent qu'à se nuire. Les crimes les plus atroces et
les plus horribles forfaits s'y commirent alors. Les hommes
les plus distingués et les plus nobles furent tués ou massacrés,
toutes les munitions et provisions de bouche furent
brûlées ou détruites et la famine commença à se déclarer
d'une manière affreuse. Quoique épuisés par la guerre civile,
exténués par la famine et par de nombreuses maladies,
les Israélites ne cessèrent de se défendre avec une
grande bravoure et une grande adresse; mais les Romains
parvinrent enfin à escalader les murs de Jérusalem et à
pénétrer dans l'intérieur de la ville où ils firent un carnage
[pg 277]
horrible. Le nombre de ceux qui périrent pendant le
siége et lors de la prise de la ville, est porté à *un million
cent mille hommes*, et ceux qui furent pris et vendus
comme esclaves à quatre-vingt-dix-sept mille. Le temple
fut réduit en cendres, le pays entièrement dépeuplé et
les habitants dispersés dans toutes les parties du monde.

C'est depuis lors qu'Israël a perdu toute nationalité,
qu'il a cessé d'être un seul peuple. Dix-huit siècles presque
se sont écoulés, et pendant ce long espace de temps, Israël
vit encore dispersé parmi les différentes nations de la terre,
participant à leur histoire et partageant avec elles un sort
commun. Bien qu'il eût beaucoup à souffrir au milieu
de toutes ces nations; que la tyrannie, l'ignorance et le
fanatisme lui attirassent beaucoup de maux; que l'injustice
prolongeât son règne pendant de longues années et se
soutînt de siècle en siècle: grâce à la providence divine,
cette oppression honteuse, ce mépris des droits de l'homme
a cessé à l'approche de la vraie connaissance de Dieu, aux
approches d'une civilisation éclairée. C'est au dernier siècle
surtout, qu'il fut réservé de faire triompher la raison sur
la prévention, et la justice sur l'aveugle arbitraire. A l'heure
qu'il est, une grande partie des nations ont commencé à
avouer leurs torts et se hâtent de réparer leurs fautes.
Confondu et assimilé à la société humaine, Israël n'a donc
plus qu'une seule tâche à remplir sur la terre, savoir: de
conserver *son indépendance religieuse*; de ne jamais cesser
d'entretenir la pureté de sa croyance révélée à Sinaï; de
la nourrir au sein de ses familles, afin qu'il continue d'être
le dépositaire de la Loi divine, un prêtre de Dieu, placé à
tous les coins de la terre pour enseigner et pour répandre
la connaissance de l'Eternel, du vrai, seul et unique Dieu,
et alors seront accomplies ces paroles divines à Abraham:
[pg 278]
«Toutes les familles de la terre seront bénies en toi.»
Qu'Israël continue à remplir cette mission sainte et glorieuse,
jusqu'à l'entier accomplissement de la parole du
prophète et alors arrivera le jour dont il est dit: «Dans
les derniers temps, la montagne de la maison de l'Eternel
sera fondée sur le haut des monts, et s'élèvera au-dessus
des collines: les peuples y accourront, et les nations
se hâteront d'y venir en foule, en disant: Allons à la montagne
de l'Eternel, à la maison du Dieu de Jacob; il
nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses
sentiers; parce que la Loi sortira de Sion; et la parole de
l'Eternel de Jérusalem.»

.. vfill::

.. class:: smallest center

| FIN.

.. vfill::

.. footnotes:: Notes

[pg 279]




TABLE DES MATIÈRES.
===================

.. table::
   :class: norules
   :width: 100%
   :widths: 2 7 1
   :aligns: left left right
   :vertical-aligns: top top bottom

   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        |                                 | Pages.    |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |Préface.|_            |                                 |   [pg I]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.Ier|_            | `Histoire généalogique du peuple|   [pg 5]_ |
   |                        | israélite.`_                    |           |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `La Création.`_                 |  |ib5|_   |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Adam.`_                        |   [pg 7]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Eve (Chava).`_                 |   [pg 8]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Péché des premiers hommes.`_   |   [pg 9]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Caïn et Abel (Hébel).`_        |  [pg 11]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | .. _`Suite des         | `Suite des patriarches vivant   |           |
   |      patriarches`:     | avant le déluge.`_              |  [pg 12]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Noé (Noach) et le déluge.`_    |  [pg 15]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Alliance de Dieu avec Noé.`_   |  [pg 19]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Tour de Babel et dispersion    |           |
   |                        | des hommes.`_                   |  [pg 20]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.II|_             | `Depuis Abraham jusqu'à         |           |
   |                        | Moïse. (1948-2368).`_           |  [pg 22]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Abraham.`_                     |  [pg 23]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Promesse de l'Éternel et piété |           |
   |                        | d'Abraham.`_                    |  [pg 26]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Alliance de la circoncision.`_ |  [pg 27]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Hospitalité d'Abraham.         |           |
   |                        | Naissance d'Isaac prédite pour  |           |
   |                        | la dernière fois. Intercession  |           |
   |                        | d'Abraham. Destruction de       |           |
   |                        | Sodome.`_                       |  [pg 29]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Naissance d'Isaac. Sacrifice   |           |
   |                        | d'Abraham.`_                    |  [pg 31]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Mort de Sarah.—Isaac épouse    |           |
   |                        | Rebecca.—Mort d'Abraham.`_      |  [pg 33]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |   [pg 280]             |`Naissance de Jacob et d'Ésaü.`_ |  [pg 37]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Primogéniture et bénédiction   |           |
   |                        | paternelle.`_                   |  [pg 38]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Voyage de Jacob.—Il arrive     |           |
   |                        | chez Laban et y demeure.`_      |  [pg 41]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Retour de Jacob et sa          |           |
   |                        | rencontre avec Ésaü.`_          |  [pg 44]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Joseph vendu par ses frères.`_ |  [pg 48]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Joseph est mis en prison.`_    |  [pg 51]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Joseph explique des songes. Il |           |
   |                        | est délivré et élevé            |           |
   |                        | à la dignité de prince.`_       |  [pg 52]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Les frères de Joseph vont en   |           |
   |                        | Égypte.`_                       |  [pg 58]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Les enfants de Jacob retournent|           |
   |                        | en Égypte avec Benjamin.`_      |  [pg 62]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Joseph fait mettre sa coupe    |           |
   |                        | dans le sac de Benjamin.`_      |  [pg 65]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Juda s'offre à demeurer        |           |
   |                        | esclave au lieu de Benjamin.`_  |  [pg 66]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Joseph se fait connaître à     |           |
   |                        | ses frères.`_                   |  [pg 68]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Jacob va en Égypte et s'y      |           |
   |                        | établit.`_                      |  [pg 70]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Le pieux désir de Jacob.`_     |  [pg 73]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Jacob adopte les deux fils de  |           |
   |                        | Joseph.`_                       | |ib73|_   |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Mort de Jacob et de Joseph.`_  |  [pg 75]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.III|_            | `Depuis Moïse jusqu'à           |           |
   |                        | l'occupation de Chanaan.        |           |
   |                        | (2368-2489).`_                  |  [pg 78]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Israël en esclavage.`_         |  |ib78|_  |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Naissance de Moïse.`_          |  [pg 79]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `La fuite de Moïse.`_           |  [pg 80]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Moïse est appelé de Dieu pour  |           |
   |                        | délivrer les Israélites.`_      |  [pg 82]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Moïse et Aaron déclarent à     |           |
   |                        | Pharaon les ordres de           |           |
   |                        | Dieu.`_                         |  [pg 83]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Préceptes touchant la fête de  |           |
   |                        | la Pâque.`_                     |  [pg 85]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Sortie de l'Égypte.`_          |  [pg 86]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Passage de la mer Rouge.`_     |  [pg 87]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Voyage vers le mont Sinaï.     |           |
   |                        | Murmures des Israélites.        |           |
   |                        | La manne.`_                     |  [pg 90]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Continuation.`_                |  [pg 93]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Révélation de l'Éternel sur le |           |
   |                        | mont Sinaï.`_                   |  [pg 94]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Le veau d'or.`_                |  [pg 96]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Le séjour du peuple israélite  |           |
   |                        | près du mont Sinaï.`_           |  [pg 97]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Le tabernacle.`_               |  [pg 98]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Le sabbat et les fêtes.`_      |  [pg 99]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Départ de Sinaï et marche      |           |
   |      [pg 281]          | jusqu'aux confins de la         |           |
   |                        | terre promise.`_                | [pg 103]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Mort de Moïse.`_               | [pg 106]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |       |CHAP.IV|_       | `Depuis la Conquête de Chanaan  |           |
   |                        | jusqu'à Saül. (2489-2882).`_    | [pg 109]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Entrée du peuple israélite     |           |
   |                        | dans la terre promise.`_        | |ib109|_  |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Josué exhorte les Israélites à |           |
   |                        | observer la loi.`_              | [pg 114]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Josué fait assembler le peuple |           |
   |                        | pour la dernière fois.`_        | [pg 115]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Mort de Josué et d'Éléazar.`_  | [pg 117]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Les juges.`_                   | |ib117|_  |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | |Remarque|_                     | [pg 131]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.V|_              | `Histoire du peuple Israélite   |           |
   |                        | sous les rois Saül, David       |           |
   |                        | et Salomon. (2882-2964).`_      | [pg 135]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Saül agit contre la volonté de |           |
   |                        | l'Éternel, il est rejeté.`_     | [pg 138]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Action héroïque de Jonathan.`_ | [pg 140]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Saül ne remplit pas exactement |           |
   |                        | la volonté de Dieu,             |           |
   |                        | en est sévèrement blâmé.`_      | [pg 142]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David est sacré roi d'Israël.`_| [pg 144]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David triomphe du géant        |           |
   |                        | Goliath.`_                      | [pg 145]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David et Saül: bravoure et     |           |
   |                        | droiture d'un côté,             |           |
   |                        | jalousie et ruse de l'autre.`_  | [pg 149]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Jonathan avertit David de la   |           |
   |                        | colère de Saül. David           |           |
   |                        | se sauve, et se retire auprès   |           |
   |                        | de Samuel.`_                    | [pg 151]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Sainte inspiration.`_          | [pg 152]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David et Jonathan renouvellent |           |
   |                        | leur union.`_                   | [pg 153]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David se retire à Nobé vers    |           |
   |                        | Achimelech et de là chez        |           |
   |                        | Achis.`_                        | [pg 154]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David se cache en différents   |           |
   |                        | lieux. Saül fait tuer           |           |
   |                        | Achimelech.`_                   | [pg 155]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David est persécuté par Saül,  |           |
   |                        | mais Dieu le protége            |           |
   |                        | et le sauve de tous dangers.`_  | [pg 157]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David caché dans une caverne   |           |
   |                        | empêche qu'on ne tue Saül.`_    | [pg 159]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Conduite de David à l'égard de |           |
   |                        | Nabal.`_                        | [pg 161]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David a de nouveau l'occasion  |           |
   |                        | de pouvoir tuer son ennemi et   |           |
   |                        | ne le tue pas.`_                | [pg 164]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `La pythonisse d'Endor.`_       | [pg 166]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Mort de Saül et de ses fils.`_ | [pg 167]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Charité des habitants de       |           |
   |                        | Jabès.`_                        | [pg 168]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David règne sur Juda, et       |           |
   |                        | Isboseth sur Israël. Combat     |           |
   |                        | entre les deux armées.`_        | [pg 169]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Isboseth est tué. David venge  |           |
   | [pg 282]               | sa mort.`_                      | [pg 172]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David est reconnu roi par tout |           |
   |                        | Israël. Il prend la             |           |
   |                        | forteresse de Sion.`_           | [pg 173]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Jérusalem devient la capitale  |           |
   |                        | et le siége du temple           |           |
   |                        | national.`_                     | [pg 174]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David veut bâtir un temple.    |           |
   |                        | Dieu lui fait déclarer que ce   |           |
   |                        | sera son fils qui le bâtira.`_  | [pg 175]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Victoires de David. Noms de    |           |
   |                        | ses officiers supérieurs.`_     | [pg 177]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David honore le souvenir de son|           |
   |                        | ami Jonathan en Miphiboseth,    |           |
   |                        | fils de ce dernier.`_           |  |ib177|_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Hanon outrage les ambassadeurs |           |
   |                        | de David. Défaites des          |           |
   |                        | Syriens et des Ammonites.`_     | [pg 178]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Péché de David avec Bathseba.`_| [pg 180]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David est repris de son péché, |           |
   |                        | et marque son repentir.         |           |
   |                        | Naissance de Salomon.`_         | [pg 181]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Inceste d'Amnon. Vengeance     |           |
   |                        | d'Absalom.`_                    | [pg 184]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Révolte d'Absalom: David       |           |
   |                        | s'enfuit de Jérusalem.`_        | [pg 185]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Ziba, Simeï. C'est dans        |           |
   |                        | l'adversité que l'on reconnaît  |           |
   |                        | les hommes.`_                   | [pg 187]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Achitophel: orgueil, projets   |           |
   |                        | manqués, désespoir, suicide.`_  | [pg 189]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Absalom est tué.`_             | [pg 191]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `David pleure la mort d'Absalom;|           |
   |                        | il se montre gracieux           |           |
   |                        | après sa réintégration.`_       | [pg 193]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Murmure d'Israël contre Juda.`_| [pg 194]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Salomon est établi successeur  |           |
   |                        | de David.`_                     | [pg 195]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Avis de David à Salomon et à   |           |
   |                        | Israël. Sa mort.`_              | [pg 198]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Salomon demande à Dieu la      |           | 
   |                        | sagesse.`_                      | [pg 201]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Jugement rendu par Salomon.`_  | [pg 203]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Salomon pense à bâtir le       |           | 
   |                        | temple.`_                       | [pg 205]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Description du temple bâti     |           |
   |                        | par Salomon.`_                  | [pg 206]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Dédicace du temple. Prière de  |           |
   |                        | Salomon.`_                      | [pg 207]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Dieu se révèle une seconde     |           |
   |                        | fois à Salomon.`_               | [pg 210]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `La reine de Saba vient trouver |           |
   |                        | Salomon et admire sa sagesse.`_ | [pg 211]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Les femmes étrangères font     |           |
   |                        | tomber Salomon dans l'idolâtrie.|           |
   |                        | Mort de ce prince.`_            | [pg 212]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Division du royaume.`_         | [pg 214]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.VI|_             | `Histoire des deux royaumes     |           |
   |                        | jusqu'à leur ruine.             |           | 
   |                        | (2964-3338).`_                  | [pg 217]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Les deux rois.`_               |  |ib217|_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | [pg 283]               | `Les deux royaumes.`_           | [pg 219]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | .. _`Israël en         | `Israël en captivité dans       |           |
   |     captivité`:        | l'Assyrie.`_                    | [pg 226]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Origine de la secte des        |           |
   |                        | Samaritains.`_                  | [pg 228]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Le royaume de Juda.`_          | [pg 229]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Captivité de Babylone.`_       |  |ib229|_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | |LesProphètes|_                 | [pg 242]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `État du peuple pendant le      |           |
   |                        | temps de l'exil.`_              | [pg 246]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.VII|_            | `Les Israélites vivent sous la  |           |
   |                        | domination étrangère            |           |
   |                        | jusqu'à la guerre de la         |           |
   |                        | délivrance. (3408-3610).`_      | [pg 251]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Retour de la captivité de      |           |
   |                        | Babylone.`_                     |  |ib251|_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.VIIsuite|_       | `(Suite.)`_                     | [pg 257]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Émigration pour l'Égypte.`_    | [pg 259]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | |CHAP.VIII|_           | `Depuis la guerre de la         |           |
   |                        | délivrance jusqu'aux temps de   |           |
   | .. _`(3610-3634)`:     | l'indépendance. (3610-3634)`_   | [pg 261]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Cruautés d'Antiochus           |           |
   |                        | Épiphanes.`_                    |  |ib261|_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Les Machabées.`_               | [pg 263]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Construction du temple         |           |
   |                        | égyptien.`_                     | [pg 265]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Simon investi par la nation du |           |
   |                        | pontificat et du trône.`_       | [pg 266]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `État de la religion.`_         | [pg 267]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |  |CHAP.IX|_            | `Depuis la conquête de          | .. _269:  |
   |                        | l'indépendance jusqu'à la       |           |
   |                        | Destruction de Jérusalem.       | [pg 269]_ |
   |  .. _`(3634-3828)`:    | (3634-3828).`_                  |           |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   | .. _`Alexandre Janäus`:| `Aristobule, Alexandre          |           |
   |                        | Janäus, Alexandra.`_            | |ib269|_  |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Hyrcan II, ou le royaume sous  |           |
   |                        | l'influence des Romains.`_      | [pg 270]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Hérodes.`_                     | [pg 271]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Remarques générales.`_         | [pg 272]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+
   |                        | `Archelaus. Agrippa.`_          | [pg 275]_ |
   +------------------------+---------------------------------+-----------+

.. |Remarque| replace:: :small-caps:`Remarque générale.`—État
                         du peuple israélite à l'époque des juges
.. |Préface.| replace:: :small-caps:`Préface`\ .
.. |LesProphètes| replace::  Les :small-caps:`Prophètes`, leur 
                :small-caps:`Vocation`, en quel :small-caps:`lieu` 
                ils ont vécu et à quelle :small-caps:`époque`. 
.. |CHAP.Ier| replace:: CHAP. I\ :superscript:`er`.—
.. |CHAP.II| replace:: CHAP. II\ .—
.. |CHAP.III| replace:: CHAP. III\ .—
.. |CHAP.IV| replace:: CHAP. IV\ .—
.. |CHAP.V| replace:: CHAP. V\ .—
.. |CHAP.VI| replace:: CHAP. VI\ .—
.. |CHAP.VII| replace:: CHAP. VII\ .—
.. |CHAP.VIIsuite| replace:: CHAP. VII\ .—
.. _CHAP.VIIsuite: `SUITE DU CHAPITRE VII.`_
.. _(Suite.): `SUITE DU CHAPITRE VII.`_
.. |CHAP.VIII| replace:: CHAP. VIII\ .—
.. |CHAP.IX| replace:: CHAP. IX\ .—
.. |ib5| replace:: *ib.*
.. |ib73| replace:: *ib.*
.. |ib78| replace:: *ib.*
.. |ib109| replace:: *ib.*
.. |ib117| replace:: *ib.*
.. |ib177| replace:: *ib.*
.. |ib217| replace:: *ib.*
.. |ib229| replace:: *ib.*
.. |ib251| replace:: *ib.*
.. |ib261| replace:: *ib.*
.. |ib269| replace:: *ib.*


.. class:: center

|
|
| FIN DE LA TABLE.

.. backmatter::

.. topic:: Note de Transcription

   Cette livre présente plusieurs variantes orthographiques, qui ont
   été fidèlement reproduites. Les accents sur la lettre `E` sont souvent
   omis, en particulier dans les noms.
   Il'y'a *l'Eternel* a côté de *l'Éternel*, ainsi que
   *Esaü/Ésaü*, *Hébron/Hebron*, *Égypte/Egypte*, *Samuël/Samuel*,
   *Jéroboam/Jeroboam*, *Éla/Ela* (page [pg 222]_),
   *Ézéchias/Ezéchias* (page [pg 234]_), *Élie/Elie*.

   Il'y'a aussi autres variantes dans les noms propres:
   *Bathseba/Bethseba*, *Jerabaal/Jerobaal* (page [pg 124]_),
   *Simeï/Semeï* (page [pg 187]_\ -\ [pg 188]_).  Dans la plupart des
   cases, l'une ou l'autre transcription peut être acceptable comme 
   reddition de l'hébreu, et l'écriture originelle a été préservé.

   On trouve aussi parfois *habitans*, *enfans*, et autrefois
   *habitants*, *enfants*.

   Les notes de bas de page ont été renumérotés consécutivement au 
   long du livre.

   Les erreurs d'imprimeur suivants ont été corrigés:

   - **p.14 l.10**: dans la voix de Dieu |-->| `dans la voie de Dieu`_

   - **p.38 l.8**: demeurait à la maison, |-->| `demeurait à la maison.`_

   - **p.99 l.15**: guillelmets superflues apres 
     `aussi une convocation sainte;`_

   - **p.101, derniere ligne de la note**: j'obligation |-->| 
     `l'obligation`_

   - **p.117 l.2**: serviteur de l'Eternel; |-->| 
     `serviteur de l'Eternel,`_

   - **p.119, commentaire a marge a côté du l.4**: puncte manquant apres  
     |Juge2e|_

   - **p.120 l.19**: y fût tué |-->| `y fut tué`_

   - **p.131 l.13**: sans l'assistance. des prêtres. |-->| 
     `sans l'assistance des prêtres.`_

   - **p.134 l.8**: que les enfants d'·sraël |-->| 
     `que les enfants d'Israël`_

   - **p.143 l.15**: Samuël dit à Saul |-->| `Samuël dit à Saül:`_

   - **p.147 l.8**: Et le peuple lui répondit. |-->| 
     `Et le peuple lui répondit:`_

   - **p.157 l.-8**: quiétaient environ |-->| `qui étaient environ`_

   - **p.162 l.11**: cent paquet de raisins secs |-->|
     `cent paquets de raisins secs`_

   - **p.163 l.-8**: et son c\ *œ*\ ur [*œ* en italique] |-->| 
     `et son cœur`_

   - **p.181 l.-2**: ne voulut point toucherà |-->| 
     `ne voulut point toucher à`_

   - **p.194 l.8**: fils de Zeruia |-->| `fils de Zeruïa`_

   - **p.214 l.-3:** rencontra Joroboam |-->| `rencontra Jeroboam`_ 

   - **p.216 l.13-14**: la parole qu'il avait avait dite |-->|
     `la parole qu'il avait dite`_ 

   - **p.240 l.17**: avec les pricipaux de Jérusalem |-->| 
     `avec les principaux de Jérusalem`_

   - **p.250, note, l.-2**:  la distribution des aumômes |-->|  
     `la distribution des aumônes`_

   - **p.255 l.13**: selon le coutume |-->| `selon la coutume`_

   - **p.279 l.9 (Table des Matières)**: Suite de patriarches |-->|  
     `Suite des patriarches`_

   - **p.283 l.2 (Table des Matières)**: Israël en cativité |-->|  
     `Israël en captivité`_

   - **p.283 l.15 (Table des Matières)**:  CHAP. VIII.—...(3610-3624) 
     |-->| CHAP. VIII.—... `(3610-3634)`_

   - **p.283 l.23 (Table des Matières)**:  CHAP. IX.—... (3634-3830.)... 
     169 |-->|  CHAP. IX.—... `(3634-3828)`_ ... 269_

   - **p.283 l.24 (Table des Matières)**:  Alexandre Jansaüs |-->|  
     `Alexandre Janäus`_

   .. |Juge2e| replace:: JUGE 2\ :superscript:`e`


.. pgfooter::
