Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3695, 20 Dcembre 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3695, 20 Dcembre 1913

Author: Various

Release Date: August 22, 2010 [EBook #33489]

Language: French

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L'Illustration, No. 3695, 20 Dcembre 1913

[Illustration: LA REVUE COMIQUE par Henriot]

[Illustration: Frontispice]

[Illustration: M. Luigi Cavenaghi. M. Corrado Ricci. M. Poggi.
LA JOCONDE RECONNUE
Le prcieux tableau vient d'tre transport  la Galerie des Offices,
dans la salle des Gemmes, et plac sur deux tabourets; avec M. Poggi,
directeur de la Galerie, et M. Corrado Ricci, directeur gnral des
Beaux-Arts, ne sont encore admis  l'examiner que le peintre Luigi
Cavenaghi, qui restaura la "Cne", et le correspondant de
"L'Illustration", qui prit cette photographie.
_Phot. Robert Vaucher.--Voir l'article, page 503._]

Nous invitons de nouveau ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire 
la fin de dcembre  bien vouloir ne pas attendre les derniers jours du
mois pour le renouveler. (France et Colonies: 40 francs; tranger: 52
francs.) Cette chance est en effet une des plus importantes de
l'anne. En nous adressant le plus tt possible leur renouvellement, ils
pargneront un surmenage excessif  nos employs au moment des ftes de
Nol et du Jour de l'An, et ils viteront en mme temps tout retard dans
la rception des premiers numros de 1914.

COURRIER DE PARIS

A BUC

Pgoud enjambe le bord du monoplan. Il y reste un instant, debout. Je me
demande s'il ne va pas partir et s'lancer dans cette position, car,
avec cet homme incroyable, tout me semble possible. Mais non. Ce sera
pour l'anne prochaine. Il s'assoit, attache ses lunettes, rabat contre
son visage le billon qui doit lui protger la bouche,--et, sur son
Blriot tout blanc, la tte ainsi habille de noir, pareil  un Touareg
de l'espace, il pose, comme un mhariste sur le pommeau de la selle, ses
deux mains sur le volant. Je suis  10 mtres de lui et je ne permets
pas  un seul de ses mouvements de m'chapper... Mais cela ne m'empche
pas non plus de tout voir, de tout accrocher  la fois,  tel point la
curiosit poignante du spectacle veille, arme et dcuple en moi la
force attentive de tous mes sens, et fouette mon esprit dj galvanis.
Je vois donc l'appareil, braqu vers la libre tendue, et puis l'herbe
d'automne,  et l broute  leur passage par les roues grles, ainsi
que celles d'un jouet mcanique... et le sol ncessaire, indispensable
en ce moment  la chose immobile, inerte et pesante, et qui dans une
minute, quand il lui aura donn cong, la regrettera, n'en possdera
plus rien, mme pas l'empreinte... Cependant le petit groupe des
privilgis vient de s'carter avec un brusque respect. L'aviateur se
rassemble, et, sous la laine du chandail il redresse le rein... Il n'y a
plus sur l'emplacement dgag que _l'homme_ et son _quipe... L'quipe_,
ce sont les compagnons qui, jusqu' la dernire minute, assurent la
manoeuvre. D'attaque et dgourdis, graisseux, dpeigns, accoutrs de
loques de travail, avec des faces courageuses et des mains de mcano,
ils sont l, huit, posts deux par deux, comme pour une faction de vingt
secondes, aux diffrentes parties du monoplan contre lequel ils
s'arc-boutent d'avance... aussi typiques dans leur caractre que des
terre-neuves qui vont mettre  l'eau la _Jeannette-de-Paimpol_, ou des
servants de batterie poussant  la roue... Groups, agripps 
l'appareil, et ne bougeant plus, comme si une voix avait cri: Fixe,
ils attendent, aussi srieux que des soldats. L'instant dcisif se
rapproche, se rtrcit... Un silence observ, plein, nombreux, survole
la foule contenue plus loin par les barrages,... et tout  coup, crevant
ce silence et ce recueillement... le moteur clate et met l'air en
lambeaux... La machine, secoue, ronfle, trpide et dtone comme une
mitrailleuse. Les hommes, tenant bon, tendus et doigts crisps, tournent
la tte de ct, pour ne pas recevoir en pleine figure le paquet de vent
de l'hlice... mais ce vent terrible d'Apocalypse les bat, emporte leurs
casquettes, saccage leurs cheveux, fait claquer les toffes contre leurs
flancs et leurs jambes comme des toiles dans la tempte, ils ferment les
yeux, suffoqus, ahuris, hrisss par l'assourdissante bourrasque, et
puis, tous ensemble...--Pgoud a lev le bras--ils lchent...

Et voici la machine inerte et gauche, qui, anime, dlivre, se met 
courir  petites roulettes sur le sol,  courir, courir plus vite, plus
fort, souleve par d'imperceptibles mouvements ondulatoires, puis elle
effleure la terre, la frle, la caresse, la quitte... avec quelle
dlicieuse aisance!... et aussitt devient plume, flocon, libellule,
chose impondrable arienne et d'essence nouvelle. Tout en elle semble
avoir chang: la forme, et la matire. Elle est partie, entre dans son
vritable lment qui l'a reconnue et qu'elle aussi, dans son vol de
joie, semble avoir retrouv.

Il est un peu plus de 3 heures... Le temps resplendit d'une beaut que
je veux croire volontaire. Un ciel qui se dploie, qui se fait large
exprs, qui prodigue toute la magnificence de son tendue,... un
gigantesque rideau de nuages d'un violet ple broch de pourpre, 
moiti tir dans les bleus de l'horizon, au-dessus des bois lointains...
un soleil tour  tour cach et dmasqu comme une montgolfire d'or,...
la majest paisible d'une nature interloque elle-mme par la grandeur
et la hardiesse des attentats dont elle est force d'tre la complice et
le tmoin... et toujours ce silence sacr des hommes levant la tte, des
hommes n'ayant plus en bas que leurs corps, parce que leur esprit, leur
rve, leurs penses, sont l-haut, dans le sillage de la colossale
alouette au chant rauque et victorieux... Aprs tant d'autres, avant
tant d'autres, Pgoud, de nouveau, joue dans les airs sa vie,  sa faon
qu'il a comme invente. Il triomphe en virtuose des dangers qu'il brave
et qu'il cre. L'aroplane en ses mains devient un magique instrument.
Et son jeu est si mthodique et si sr, son doigt si fin, son mcanisme
si accompli, ses ailes, jusque dans leurs carts les plus inattendus,
sont toujours si bien poses, qu'en tremblant on est pourtant plein de
confiance en lui... Il la mrite tant! avec une autorit si franchement
gagne qu'on ne peut pas, qu'on ne veut pas, qu'on ne doit pas la lui
refuser... Avoir peur pour lui me semblait une injustice, une offense
envers son candide courage... Et puis c'tait trop surprenant, trop
unique, trop beau pour ne pas russir, pour ne pas durer. Et cela
durait, se prolongeait. A chaque renversement,  chaque spirale, 
chaque inclinaison,  chaque chute retenue et dompte de sa docile
monture, l'homme enlev par sa foi prenait et confirmait la revanche
d'Icare, il aplanissait le pril, il l'moussait, le vulgarisait, il
rassurait nos coeurs qui ne battaient plus que pour nous, et seulement
parce que nous pensions  ce rien que nous serions, le temps de nous
abmer, si nous tions  sa place. Aussi, au fur et  mesure que Pgoud
accumulait les prouesses en les variant, avec une matrise toujours plus
lgitime et qui tait comme la rcompense du prcdent effort, je
sentais, en moi, l'pouvante fondre et s'vaporer... Je ne connaissais
plus qu'une admiration, qu'une tranquillit sereine, un orgueil
incommensurable et permis, justifis par tant de volont, d'abord, et
aussi de bonne volont... souriante, aimable... sage, honnte,... et
justement  cause de cela assure du triomphe... Je me disais: Ce jeune
homme qui accomplit aujourd'hui coup sur coup, dans l'espace, un peu
avant que le soleil se couche, des exploits presque miraculeux, tels
qu'ils dconcertent la raison... et que les gnrations passes, si
elles se rveillaient, n'en pourraient croire leurs pauvres yeux
rouverts... blouis,... ce jeune homme est une me simple comme tous
ceux de ses pareils, il n'est pas tourdi par l'orgueil, sans quoi il
tomberait, il ne suppose pas qu'il change la face du monde, il ne pense
pas, comme quelques-uns se l'imaginent faussement, qu'oser de pareilles
entreprises c'est tenter Dieu... et il a bien raison. Quel est
d'ailleurs le croyant, assez petit d'intelligence, pour se figurer que
la crature soit coupable de s'lancer autant qu'elle le peut, de toutes
ses forces et par toutes les issues nouvellement ouvertes, vers les
sommets entr'aperus d'heure en heure dans la marche des temps... et
pour se figurer que Dieu va trouver mauvais que le moucheron s'lve 
un millimtre de plus sur la terre?... Non... l'homme ne tente pas Dieu.
C'est Dieu qui le tente, en mettant  sa porte, pour le conduire  Ses
desseins, des moyens nouveaux de faire Sa connaissance, des moyens plus
frappants et plus tendus.

Voil, direz-vous peut-tre, de bien graves spculations... que ne
suffit pas  justifier la boucle de Pgoud!... Je vous assure,
cependant, que le spectacle atteignit,  certaines minutes, une beaut
d'un si rare et pur idal et d'une telle spiritualit, malgr l'clat de
l'vidence matrielle, qu'il pouvait donner le vol aux penses les plus
planantes, les plus dtaches, les plus vades de la terre... Combien
d'entre nous, rveurs perdus, emports et ravis dans un firmament
d'ides, y volaient les pieds dans la boue, s'y plongeaient, s'y
laissaient tomber, s'y retournaient en tous sens! Plus peut-tre que
n'auraient pu le faire croire les visages impntrs. Nos mes prenaient
de l'altitude, voluaient, faisaient, elles aussi, la double boucle 
leur manire. Tandis que l'aviateur, comme enivr de scurit, ne
cessait pas d'tonner la nue... d'autres, apaiss,  des distances et 
des hauteurs diffrentes, mais trs grandes, suivaient leur nigmatique
chemin, allaient, venaient, comme pour un parcours mystrieux et
dtermin, sans s'occuper en rien de celui qui, pour un instant, telle
qu'une hirondelle en folie, cabriolait dans l'azur... On les voyait...
plusieurs... un biplan trs haut.... sublime de ddain, de majest
lointaine, passant tout droit, d'un air migrateur, un second... presque
au ras de l'horizon, qui semblait rder, patiner sur la cime des bois
rouilles, un troisime... un quatrime... Ils voguaient petits, fins...
prcis... avec la suavit mystique significative et profonde d'un
symbole, d'une pense... d'une prire. On les accompagnait d'un oeil
submerg qui se dfendait des pleurs... ils formaient une espce de
tableau des temps futurs et d'approche du jugement dernier, peint et
compos par un Orcagna qui natrait dans mille ans... Arriva enfin
l'heure de vitrail, d'assoupissement, de solitude, l'heure inexprimable
du soir, puisante de beaut...

Rien alors ne prenait plus le coeur que la flottille de ces petites
lignes noires, errantes et persistantes... qui toujours... continuaient
de cingler, de croiser l-bas, l-haut... indiffrentes  tout... tandis
qu'ici prs Pgoud,  force de s'tre tremp dans l'espace et assimil
au ciel, avait l'air, en y renonant tout  coup, d'en venir tout droit,
d'en tomber, quand il fondait sur nous, brutal comme un archange...

Henri Lavedan.

[Illustration: Bon du Trsor au porteur.]

LES BONS DU TRSOR

On a annonc que le nouveau gouvernement renoncerait, tout au moins pour
l'instant,  demander aux Chambres de voter le projet d'emprunt qu'avait
dpos le cabinet Barthou et dont la discussion amena, comme on sait, la
crise rcente. C'est  une mission de bons du Trsor que M. Caillaux
aurait recours pour se procurer les ressources considrables
actuellement ncessaires  la fois pour les besoins de la dfense
nationale et pour le bon quilibre du budget.

Qu'est-ce donc que ces bons du Trsor qui permettraient ainsi de
liquider, sans faire crier le contribuable, une situation financire
trs difficile?

Rectifions tout d'abord une erreur qui se produit trop souvent dans
l'esprit du public, lequel est enclin  confondre les bons du Trsor et
les obligations  court terme, dont chaque anne, lors de la discussion
du budget, on entend parler. Bons du Trsor et obligations  court terme
ont bien un caractre commun: ce sont des valeurs, produisant un intrt
variable, que le ministre des Finances est autoris  mettre dans des
conditions et des limites dtermines par la loi de finances. Et les
unes comme les autres sont destines  permettre  l'administration des
Finances d'attendre la rentre des impts, sur lesquels elles sont, pour
ainsi dire, gages. Ce sont les sommes produites par ceux-ci, en effet,
qui permettront, lorsqu'elles seront sorties des poches du public pour
entrer dans les caisses de l'tat, de rembourser les obligations et les
bons mis temporairement en circulation. Voici, par contre, les
diffrences qui distinguent les obligations  court terme des bons du
Trsor:

Les obligations  court terme sont mises  des dates dtermines sous
forme de coupures de valeur trs leve, dix mille francs au minimum, et
portant intrts. Aucune publicit n'entoure cette mission, qui n'est
connue seulement que des gros clients du Trsor, tels que les
Etablissements de crdit et la Caisse des Dpts et Consignations. On
garde cependant, aux Finances, le souvenir d'un riche Parisien, mort
aujourd'hui, qui affectionnait tout particulirement ce genre de
placement et venait lui-mme  la Caisse centrale des Finances plusieurs
fois dans l'anne, acheter, pour d'assez fortes sommes, des obligations
 court terme.

[Illustration: Obligation  court terme.]

Tout autres sont les bons du Trsor. A l'encontre des obligations 
court terme, ils sont mis  jet continu, selon les besoins de la
Trsorerie. La rentre des impts se fait-elle mal et le ministre des
Finances a-t-il besoin d'argent? Il fait inscrire au _Journal Officiel_
un avis ainsi conu:

Par dcision ministrielle en date du ______ l'intrt
des Bons du Trsor a t fix,  partir du _____:
A 1 1/2% pour les bons du Trsor d'un mois  moins de trois mois;
A 2 3/4% pour les bons de trois mois  moins de six mois:
A 2% pour les bons de six mois  un an.

Ces bons sont dlivrs:

A Paris,  la caisse centrale du Trsor, au ministre des Finances.

Dans les dpartements,  la caisse des trsoriers-payeurs gnraux et
receveurs particuliers des finances, ainsi que dans les succursales et
bureaux auxiliaires de la Banque de France.

On remarquera les variations irrgulires du taux d'intrt que contient
l'avis ci-dessus. La raison en est assez curieuse. Les impts, comme on
sait, rentrent de faon ingale: et c'est surtout  la fin de l'anne
que les contribuables, comme s'ils ne pouvaient s'y rsoudre auparavant,
se dcident  se librer. D'autre part, au dbut de l'anne, le budget
n'est souvent point vot; et les rles, en tout cas, ne sont point
prpars. Le Trsor, par suite, s'il est plein  la Saint-Sylvestre,
est, au contraire, presque vide dans le premier trimestre. Or, l'intrt
fix aux bons du Trsor est prcisment destin  corriger ces
ingalits. Inutile de chercher de l'argent lorsqu'il doit y en avoir
dans les caisses: le taux sera alors fix trs bas, pour dtourner le
public de prendre des bons. En revanche, lorsqu'il faut le pousser 
apporter son numraire dans les coffres du ministre, on dcide que le
bon rapportera 2%, ou 3, et mme davantage. C'est ainsi qu' la dernire
mission le taux de l'intrt a atteint 3% pour six mois.

On trouve ces bons, avons-nous dit,  la Caisse centrale du Trsor, rue
de Rivoli. Quoique, ici encore, les gros acheteurs soient les
tablissements de crdit, le public ne se fait pas faute d'en prendre,
surtout lorsque l'intrt en est lev. Chacun peut donc aller au
ministre des Finances, o,  partir de 500 francs, et ensuite par
fractions de 100 francs, il recevra la coupure demande, laquelle peut
tre nominative ou au porteur. En outre, l'acheteur fixe lui-mme la
date  laquelle il entend tre rembours,  la condition que cette
chance ne dpasse pas un an. Le caissier indique, ds la souscription,
la somme d'intrts que le bon produira, et c'est le chiffre total qu'il
transcrit sur le reu qu'il remet  l'intress, lequel, au jour voulu,
n'aura qu' prsenter ce reu pour toucher. Ajoutons que le titre est
transmissible par endossement, s'il est au porteur, ou par transfert,
s'il est nominatif.

Un dtail curieux pour finir: les jours d'mission, il n'est pas rare
que le ministre se mette en relations constantes avec le caissier
principal pour se tenir au courant des rsultats de la souscription
publique. S'il juge qu'il a suffisamment de numraire pour assurer les
besoins de la Trsorerie, il donne l'ordre de fermer les guichets. Et,
le lendemain, par un nouvel avis dans _l'Officiel_, le taux d'intrt
est immdiatement ramen au plus bas, pour dcourager les preneurs: M.
le ministre a assez d'argent.

Tel est le mcanisme des bons du Trsor: il a l'avantage de permettre 
la trsorerie de conserver la souplesse qui lui est indispensable pour
le rle qu'elle doit jouer dans le mouvement gnral des fonds publics.

PAUL HREM

[Illustration: Amiral Marin-Darbel. Amiral Colville. Sir Francis Bertie.
Pt du Synd. des Commerants. Prfet du Var. Amiral Chocheprat.
UNE MANIFESTATION FRANCO-ANGLAISE A TOULON.--L'amiral anglais Colville
haranguant les marins des deux nations au vin d'honneur du Syndicat des
Commerants de la ville.--_photographies Marius Bar._]

La premire escadre de la _Home Fleet_, commande par l'amiral Stanley
Colville, vient--aprs s'tre rencontre,  la fin du mois dernier, en
vue des ctes grecques, avec la premire escadre franaise--de faire un
bref sjour, du 13 au 16 dcembre, dans les eaux de Toulon. Ce furent
trois journes de ftes, qui permirent aux marines des deux nations
d'changer les tmoignages de la plus cordiale fraternit d'armes: elle
eut maintes occasions de se manifester, soit aux rceptions organises 
bord du _Collingwood_, soit aux dners offerts  nos htes par l'amiral
Chocheprat  la prfecture maritime et par l'amiral Marin-Darbel sur le
cuirass _Patrie_. Nos photographies voquent ici l'un des pisodes les
plus russis de ces ftes. Le 15 dcembre, dans la matine, les
tats-majors et les quipages des navires anglais taient invits par le
Syndicat des Commerants toulonnais  un vin d'honneur, qui fut servi
dans le jardin de la ville, brillamment dcor pour la circonstance:
aprs des toasts ports successivement par M. Hudelo, prfet du Var, et
sir Francis Bertie, ambassadeur de la Grande-Bretagne, l'amiral
Colville, en manire de remerciement pour l'accueil qui lui avait t
fait, convia ses marins  pousser, en notre honneur, trois chaleureux
hourras.

[Illustration: La cit du Hron, dans le quartier de
l'Hpital-Saint-Louis, o Perugia logea la _Joconde_,  Paris.--_Phot.
Matin_]

[Illustration: L'htel de Tripoli, o la _Joconde_ sjourna,  Florence,
avec son ravisseur. (La fentre de la chambre est marque d'une croix.)]

LA JOCONDE RETROUVE

Quelle ne fut pas la stupfaction de Paris--bientt partage par le
monde--quand, le 22 aot 1911, on apprit, en ouvrant le _Temps_, que la
_Joconde_, l'un des deux miracles de la peinture, au dire de
Saint-Victor, avait soudainement disparu, enleve la veille, au matin,
du Salon Carr du Louvre, dont elle tait la perle radieuse, par un
mystrieux ravisseur! Ce fut une motion universelle. La foule, pour une
fois, partagea le sentiment de l'lite. Des gens qui n'avaient jamais
franchi le seuil du Muse eurent la vague conscience de la perte
peut-tre irrparable que venaient de faire l'Art et le patrimoine
national.

Or la _Joconde_, au moment o l'on dsesprait de jamais plus la revoir,
vient d'tre retrouve  Florence, sa patrie mme, sa ville natale, et
la nouvelle de cette heureuse fortune n'apparut pas d'abord moins
incroyable que celle du rapt ancien.

Au lendemain de ce troublant enlvement, _L'Illustration_, bien sre, en
l'occurrence, d'tre d'accord avec le sentiment public, et convaincue de
seconder les voeux ardents que formaient tous ses lecteurs pour le
retour  la cimaise dserte de l'inoubliable fugitive, faisait une
offre dont elle pouvait escompter le succs.

Comme il est  peu prs certain, disait l'avis publi dans ses colonnes
et reproduit dans la presse entire, que celui qui a commis le rapt n'en
pourra tirer aucun avantage, on doit redouter qu'effray de l'motion
souleve par son forfait, et dans la crainte d'tre dcouvert, il ne
dtruise le frle panneau de bois, _L'Illustration_ espre empcher un
pareil crime par l'appt d'une somme importante et s'engage  verser:
10.000 francs  la personne dont les indications permettront de
retrouver le dtenteur du tableau ou l'endroit o il est recel; 40.000
francs  la personne qui rapportera la _Joconde_  _L'Illustration_. Cet
engagement est valable pour un mois. Et _L'Illustration_ augmentera de
5.000 francs la seconde prime si la restitution a lieu avant le 15
septembre.

Le nombre formidable de lettres qui nous parvinrent ds les premiers
jours o fut connue notre offre attesta, quelles que fussent d'ailleurs
les considrations qui guidaient nos correspondants, combien la question
passionnait.

[Illustration: La _Joconde_ et les agents prposs  sa garde, dans la
salle des Portraits italiens  la Galerie des Offices de lourds bancs de
chne ont t disposs pour maintenir le public admis  dfiler devant
le tableau.--_phot. Robert Vaucher_.]

Hlas! aucune de ces communications qui nous arrivaient,  chaque
distribution, par brasses, n'apporta la rvlation si ardemment
dsire! Ces volumineux courriers, examins avec les soins les plus
attentifs, ne nous donnrent, non plus qu' la police, aucun indice qui
permt de souponner la piste du ravisseur. Le dlai d'un mois que nous
avions imparti aux informateurs bnvoles, aux dtectives amateurs pour
nous transmettre leurs indications, leurs soupons, passa sans nous
avoir donn, touchant le vol et le voleur, la moindre lumire. Nous
n'emes point, et nous le regrettmes,  verser les primes offertes.

En prsence de cet insuccs, et le temps fix par nous s'tant coul,
la Socit des Amis du Louvre, reprenant notre ide, mettait  la
disposition du prfet de police une somme de 25.000 francs qui serait
attribue  la personne dont les renseignements dcisifs auraient amen
le retour au Louvre du tableau drob. Aucune condition de temps, cette
fois, et l'antiquaire Geri, de Florence,  qui nous devons la
restitution du chef-d'oeuvre, pourra,  juste titre, a dclar M.
Raymond Kochlin, prsident des Amis du Louvre, entrer en possession de
la rcompense promise.

Quel criminel audacieux, nous demandions-nous au lendemain du vol, quel
mystificateur, quel maniaque de la collection, quel fou d'amour,
peut-tre, a commis cet enlvement?

Ni l'un, ni l'autre: un pauvre hre auquel il ne fallut pas, pour
accomplir son coup, grande audace; un ouvrier italien, parfaitement
insensible, d'ailleurs, aux sortilges de la beaut, et qui n'eut en
vue--du moins l'a-t-il prtendu--que de restituer patriotiquement  sa
patrie une des oeuvres d'art que lui avait enleves Napolon! Les mnes
du Vinci durent en tressaillir, lui qui, d'un coeur fervent de plerin,
tait jadis retourn en Italie pour en ramener en France cette fille
entre toutes prfres de son gnie, celle que son pinceau avait le plus
amoureusement caresse.

Le ravisseur de la _Joconde_ s'appelle Vincenzo Perugia, n  Dumenza,
dans la province de Cme, g de trente-deux ans. Il est, de son tat,
peintre dcorateur, dans une certaine mesure un artiste, dit-il en sa
candide vanit. Il avait travaill quelque temps au Louvre--encore qu'il
ft tranger et repris de justice-- la mise sous verre des tableaux les
plus prcieux. Il en connaissait donc les atres. Il tait, d'autre
part, connu, si vaguement que ce ft, du personnel. Il n'prouva donc
pas de difficults  pntrer, le lundi matin 21 aot 1911, dans le
muse, o, il revenait quelquefois, sous le prtexte d'y voir des
camarades.

Il avait depuis longtemps choisi, entre les oeuvres dont la reprise par
l'Italie lui semblait souhaitable--pour suivre sa version--le
chef-d'oeuvre de Lonard, dans lequel est si vive l'expression du bel
art italien. Elle lui souriait, comme  tant d'autres. Il avait tudi
la faon dont le tableau tait fix au mur, et, comme on dit, prpar
son affaire. Quand il eut caus un instant avec ses anciens compagnons
de travail, il s'en revint vers le Salon Carr.

La salle, a-t-il racont, tait dserte, et la _Joconde_ me souriait.
J'tais dsormais bien dcid  la voler. En un rien de temps j'eus
dcroch le tableau du mur. J'enlevai le cadre et je me rendis aussitt
sous un escalier que je connaissais o je le dposai. Je le rpte, il
ne m'avait fallu que quelques instants pour excuter mon vol. Quelques
minutes aprs, je retournai dans la salle o tait la _Joconde_. Je pris
alors le tableau et le cachai sous ma blouse. Je m'en allai sans
veiller de soupon.

Alors commena pour la divine Monna Lisa un obscur roman.

Du palais des rois elle tomba dans une humble htellerie du quartier de
l'Hpital-Saint-Louis, cit du Hron. Son ravisseur la soignait: il
avait fait confectionner une belle caisse  double fond, o elle
reposait entre deux ls de velours. Le gaillard connaissait la valeur de
son butin.

Il semble bien qu'il ait tent quelques dmarches en vue de s'en
dbarrasser. En vain! il dut la garder ainsi plus de deux ans. Puis,
dcouvrant un jour, dans une gazette italienne, une annonce o M. Alfred
Geri, antiquaire  Florence, demandait  acheter, en vue d'une
exposition prochaine, des objets d'art de n'importe quel genre, il lui
crivit pour lui proposer... la _Joconde_! Il signait sa lettre
Leonardi Vincenzo.

M. Geri est de ces antiquaires cultivs qui ont, depuis quelques
lustres, renouvel et relev ce qu'on appelait autrefois un peu
ddaigneusement la brocante. Il a t, dix-huit annes durant, le
rgisseur de la grande tragdienne italienne Eleonora Duse. Trs
aimablement il a expos, en franais lgant,  notre correspondant de
Rome, M. Robert Vaucher--que nous avions pri,  la grande nouvelle, de
se transporter  Florence, o il devana les journalistes parisiens--les
circonstances qui amenrent la dcouverte de l'admirable portrait.

Au dbut, M. Geri n'attacha pas grande importance  cette stupfiante
lettre, date et timbre de Paris, 29 novembre. Pourtant, le mobile que
donnait, du vol dont il s'accusait, ce Leonardi, affirmant, ds lors,
qu'il avait agi dans le but de rendre  l'Italie une oeuvre d'art ravie
par Napolon, l'amusa. Il en fit part, en riant,  M. Poggi,
conservateur du muse des Offices. Celui-ci vit sans doute plus loin. Il
conseilla  M. Geri de rpondre  son mystrieux correspondant: le drame
se nouait.

[Illustration: M. Alfred Geri, l'antiquaire de Florence, auquel fut
propose la _Joconde_.]

[Illustration: La foule devant la Galerie des Offices  Florence,
pendant l'exposition de la _Joconde_. _Phot. M. G. Walter_.]

[Illustration: Le premier groupe admis  dfiler le dimanche 14 dcembre
devant la _Joconde_. _Phot. Robert Vaucher._]

Le pseudo Leonardi se dclara tout aussitt prt  se rendre en Italie,
avec le tableau. Mais M. Geri remarque ici que ce voleur patriote est un
peu brouill avec le calendrier:

Le 6 dcembre, une de ses lettres me parvenait, date du 13 dcembre,
et m'annonait l'arrive de son signataire  Milan pour le mercredi
prochain 17; il voulait dire, probablement, le 10. Mais M. Poggi et moi
ne pouvions en avoir la certitude, et comme, le 17, nous n'tions libres
ni l'un ni l'autre, nous convnmes de demander un rendez-vous pour le
20. Or, le 9 dcembre, avant que j'eusse eu le temps de rcrire, un
tlgramme m'annonait que Leonardi serait  Florence le 10.
Rapidement je fis prvenir M. Poggi, qui tait all  Bologne et qui me
promit d'tre chez moi, le lendemain  3 heures.

Ce mercredi-l, dans l'aprs-midi, se prsentait  mon bureau un homme
jeune, maigre, aux moustaches noires, vtu modestement, qui me dclara
tre le possesseur de la _Joconde_ et qui m'invita  l'accompagner  son
htel pour voir le tableau. Il rpondit avec beaucoup d'assurance 
toutes mes questions et me dit vouloir de son tableau 500.000 francs. Je
me dclarai prt  payer cette somme et l'invitai  revenir le lendemain
 3 heures. Nous irions alors, avec un de mes amis grand connaisseur,
vrifier l'authenticit du tableau.

Le lendemain, vers 3 heures, M. Poggi tait chez moi. A 3 heures 10,
l'homme n'tait pas encore l. L'affaire tait-elle manque?
L'impatience nous gagnait. Enfin,  3 heures 15, Leonardi arriva. Nous
partmes tous trois ensemble. M. Poggi et moi tions assez nerveux,
anxieux mme. Leonardi, au contraire, semblait indiffrent. Arrivs dans
la petite chambre qu'il occupait au troisime tage de l'htel, il tira
de dessous son lit une caisse de bois blanc o se trouvaient, ple-mle,
des pinceaux, des instruments de pltrier, des blouses blanches de
chaux, et mme une mandoline. Enlevant le premier fond, il dcouvrit un
objet envelopp de velours rouge. Nous le prmes, le posmes sur le lit,
et,  nos yeux tonns et ravis, la Joconde apparut, intacte et
merveilleusement conserve. Nous approchmes le tableau de la fentre
pour le confronter avec une photographie que nous avions apporte. M.
Poggi dclara  Leonardi qu'il serait bon de porter le tableau  la
_Galleria degli Uffizi_ o nous trouverions tout ce qui serait
ncessaire pour en vrifier l'authenticit. Il accepta volontiers et
prit sous son bras le tableau toujours envelopp dans le velours rouge.

Imaginez, dit alors en riant M. Geri, que, comme nous allions monter en
voiture, notre compagnon fut interpell. A sa sortie de l'htel, le
concierge lui demanda ce qu'il portait sous le bras et o il allait avec
cela. Leonardi rpondit que c'tait un tableau qu'il portait aux
Offices.

Et, comme nous tions connus, il passa. Ah! si les gardiens du Louvre
avaient eu la mme curiosit!... jamais la _Joconde_ ne serait venue 
Florence!...

Au muse, M. Poggi ferma  double tour son cabinet, puis prit un
certain nombre de photographies faites au Louvre, afin d'examiner si
l'on se trouvait rellement en face de la vraie Joconde. Plus nos
confrontations avanaient, plus augmentait notre certitude: les
inscriptions au dos du tableau taient conformes, les rparations faites
pour empcher de s'aggraver une fissure de bois s'y trouvaient
galement. Il n'y avait plus de doute: c'tait le chef-d'oeuvre mme de
Lonard de Vinci que cet ouvrier, qui avait en poche, pour toute
fortune, un franc quatre-vingts centimes, voulait me vendre pour 500.000
francs.

Le dnouement fut prompt:  7 heures, le mme soir, le questeur,
accompagn d'un commissaire de police et d'agents, se prsentait 
l'htel Tripoli-Italia et se faisait conduire  la chambre occupe par
le voyageur qui s'tait fait inscrire sous le nom de Vincenzo Leonardi.
Celui-ci bouclait sa valise,--s'apprtant sans doute  repartir. Il se
laissa docilement arrter.

Son premier interrogatoire rvla son vritable tat civil.

Vincenzo Perugia donna, immdiatement des mobiles de son vol la version
sentimentale que nous avons indique et qui laissa sceptiques et les
magistrats, et les journaux, et l'opinion en grande partie,  part
quelques optimistes qui voulurent bien admettre que peut-tre on se
trouvait en prsence d'un fanatique du patriotisme. Perugia protesta
encore trs haut qu'il avait agi seul et n'avait eu aucun complice. Le
service de la Sret a quelque peine  le croire sur ce point.

On ne saurait exprimer la joie que produisit, aprs quelques
incrdulits, aussi bien en Italie qu'en France, la nouvelle de
l'heureux vnement. La _Joconde_ tait retrouve! Il suffit que le
ministre de l'Instruction publique du roi Victor-Emmanuel, M. Credaro,
l'annont  la Chambre italienne pour apaiser soudain une discussion
parlementaire fort orageuse.

Le gouvernement franais, par les soins de M. le marquis de San
Giuliano, ministre des Affaires trangres, et l'intermdiaire de M.
Camille Barrre, ambassadeur de la Rpublique  Rome, tait aussitt
avis de la bonne fortune qui lui advenait: la _Joconde_ allait lui tre
rendue, au moment o personne n'y comptait plus. Le gouvernement
italien, en cette circonstance, se montrait d'une bonne grce accomplie.

En change, il demandait qu'on voult bien lui permettre d'exposer
pendant quelques jours,  Florence, puis  Rome, le tableau
providentiellement retrouv.

La souriante effigie avait t dpose d'abord, comme en un sanctuaire,
joyau parmi tant de joyaux, dans la salle des Gemmes, aux Offices. Ce
fut l, dans une blonde et douce lumire, que M. Corrado Ricci,
directeur gnral des Antiquits et des Beaux-Arts d'Italie, le peintre
Cavenaghi, dont les mains pieuses restaurrent la _Cne_  Milan, et qui
est renomm par sa parfaite connaissance de l'oeuvre du Vinci, et M.
Poggi, achevrent de l'identifier. Pour l'ostension--on peut bien
employer ce mot en faveur d'une oeuvre quasi divine--elle fut
transporte, avec quelles infinies prcautions! dans une des salles o
sont groups les portraits, par eux-mmes, des peintres de toutes les
coles, les _Autoritratti_, dans la salle des peintres italiens. Une
foule immense, au dehors, attendait dj d'tre admise  dfiler, par
groupes, devant l'adorable image.

La _Joconde_, pare d'un cadre ancien, fut dispose sur un chevalet
drap de velours grenat. Une barrire improvise, forme de lourdes
banquettes sculptes, fut dispose en avant, pour la dfendre contre
d'irrespectueux contacts. Des policiers veillrent alentour, mls aux
gardiens. Le public impatient fut enfin introduit, et, dans la seule
journe de dimanche, plus de 30.000 personnes purent contempler
l'nigmatique regard des yeux bruns, le divin sourire des lvres
dcolores de Monna Lisa.

Dj le prestigieux portrait est en route vers nous, en prenant le
chemin de Rome. Remise, non sans solennit  M. Barrre, elle sera
confie par lui au gouvernement italien qui la fera exposer pendant cinq
jours  l'admiration des Romains. Aprs quoi, dans une huitaine, une
quinzaine au plus, ce sera notre tour de revoir la belle exile. G. B.

_Voir aux pages 512-513_ LE VOLEUR DE LA JOCONDE ET L'ANTHROPOMTRIE.

[Illustration: (Bande dessine s'tendant sur deux pages.) PROJET POUR LE
RETOUR DE MONNA LISA par Henriot.]

LE PEINTRE DE LA VIE SOUS-MARINE

M. MATHURIN MHEUT

M. Mathurin Mheut n'tait connu, jusqu' prsent, que d'un petit
nombre. Si deux recueils de documents d'art, _l'Encyclopdie de la
Plante_ et les _Etudes d'animaux_, l'avaient plac trs haut dans
l'estime de matres dcorateurs tels que M. Eugne Grasset; si
quelques-uns de ses bois l'avaient impos  l'attention et  la
sympathie des amateurs de belle gravure, il demeurait  peu prs ignor
du grand public, qui n'a gure le loisir, ni le got, de se lancer, aux
Salons annuels,  la recherche de l'original et de l'indit, et qui
d'ailleurs aurait peine  les dcouvrir, dans quelque galerie mal
claire, surtout quand l'artiste qui les enfante s'exprime dans la
sobre langue du blanc et noir. Dsormais, quand sera close l'exposition
de son oeuvre actuellement ouverte au pavillon de Marsan, son nom hier
obscur sera crit en bonne place dans la mmoire de quiconque
s'intresse peu ou prou au mouvement d'art contemporain,--d'autant qu'un
magnifique volume, la _Mer_, en prparation chez l'diteur Emile Lvy,
l'un des premiers qui devinrent ce mle et consciencieux temprament,
demeurera pour fixer le souvenir de cette attachante manifestation.

L'ensemble, auquel les membres du Comit de l'Union centrale des Arts
dcoratifs ont accord d'enthousiasme l'hospitalit sous leurs somptueux
lambris, est d'une intressante varit. On s'est appliqu  y montrer
les aspects divers du fertile talent du jeune peintre, depuis ses
premires recherches dcoratives pour les deux recueils que nous citions
plus haut, jusqu'aux larges et puissantes compositions dans lesquelles
il a synthtis la vie de l'Ocan et de ses rudes riverains, pcheurs ou
paysans des ctes, les excdants labeurs et les joies incertaines des
humbles conqurants de l'onde hostile et de la glbe ingrate, pages
expressives o ce Breton fervent se rvle comme l'un des meilleurs
peintres de sa Bretagne, l'un des plus attentifs et des plus loquents.

Mais, surtout, ce qui domine cette exposition, la note nouvelle,
imprvue et singulirement attrayante qu'elle nous apporte, et par o
s'affirme une personnalit profondment sympathique, c'est cette suite
d'tudes, aquarelles, gouaches, cursives esquisses au pinceau, alertes
bauches ayant le mouvement, l'inattendu, la vrit mme du clich
photographique--ou mieux, de ces prestigieux croquis japonais o
l'exactitude de la ligne se rehausse de ce quelque chose
d'indfinissable et d'irrsistible qu'est le style--dans lesquelles M.
Mathurin Mheut a voqu la faune et la flore des eaux glauques, toute
la mystrieuse vie sous-marine.

Pour exprimer d'un coup la seule restriction que m'imposent, en prsence
de ces sduisantes planches, mon got personnel, mes prfrences, j'en
trouve le dessin parfois un peu roide, la couleur un peu vibrante. Un
rien de souplesse et de grce en plus dans les lignes, de fondu, de
moelleux dans les tons, leur communiquerait, j'imagine, un charme
accompli qu'elles ne revtent pas toujours. Je songeais, en les
contemplant,  ces calvaires vnrables de Plougastel, de
Saint-Thgonnec, aux figures rigides, mais si expressives, si pensantes,
tailles dans le solide granit d'Armor par d'autres imagiers bretons,
anctres lointains, qui sait? du peintre actuel de la Mer. Et puis, je
me remmorais aussi des heures passes,  jamais inoubliables... une
grotte ombreuse, o venaient dfaillir doucement les derniers
haltements des temptes du large, berant au sein d'une fluide meraude
d'onduleuses chevelures, brunes et blondes, au rythme de vers
harmonieux:

      _Un soir ramnera vers Lesbos qui pardonne_
      _Le cadavre ador de Sapho, qui partit_
      _Pour savoir si la mer est indulgente et bonne..._

L'art qui suggre de ces rappels mrite qu'on l'aime. Aucun de ceux qui
ont dvou un peu de leur coeur  la mer ne saurait demeurer
indiffrent, en prsence de l'oeuvre de M. Mheut;--aucun de ceux qui se
sont penchs de longues heures, amuss, curieux, rveurs, sur une flaque
d'azur marge de roc o passaient les reflets des nuages d't, o
couraient de furtives bestioles, ruminait au soleil un crabe sournois,
s'panouissait quelque vivante anmone, somnolaient, droites, immobiles,
se reposant des assauts du flot, de frles algues. Ils retrouveront l,
devant ces chatoyantes pages, le fil de leurs songeries d't.

[Illustration: Le peintre Mheut au travail.]

J'incline  penser que ceux qui ont travaill  rsoudre le problme de
la navigation sous-marine ont fait davantage pour la satisfaction des
vieux rves humains que les Icares qui conquirent le ciel. L-haut, quel
mystre depuis qu'on nous a dpeupl l'empyre? Sur ce pauvre monde et
d'autres qui, sans doute, ne valent pas beaucoup mieux, une vue un peu
diffrente, un peu plus leve, voil tout... Qu'est-ce que cela doit
tre, alors, de Sirius? pour reprendre une parole fameuse. Quoi encore?
la joie d'une victoire sur les forces, la ralisation, certes, d'un trs
ardent dsir qui hanta de tous temps les cervelles, une griserie de
vitesse et d'espace... Dans les profondeurs abyssales, au contraire, que
de secrets joyaux, de merveilles insouponnes  dcouvrir! quelles
apparitions vierges! quelles feries! On nous parlait ici, nagure, de
je ne sais quel projet d'observatoire sous-marin, install pour le
plaisir de quelques oisifs. Il faut s'tonner qu'en ces temps
entreprenants personne n'ait song  crer un sous-marin, non plus engin
de mort et de dvastation, mais navire de plaisance, o des privilgis
avides de beaut rare exploreraient le fond des ocans, non pour en
ramener des organismes bientt morts et mconnaissables, mais pour aller
les surprendre dans leurs abmes familiers, en pleine vie, en plein
rayonnement;--que personne, enfin, n'ait tent de raliser le _Nautilus_
de Jules Verne, o notre enfance promenait de si beaux songes. Dans la
mesure o il tait possible de satisfaire nos curiosits touchant ce
domaine inviol, M. Mathurin Mheut l'a fait.

Ce Breton ne pouvait qu'adorer la mer. Ce dcorateur-n devait entrevoir
en elle le plus prodigieux rservoir de couleurs magnifiques, de formes
inexploites qui soit au monde. Tout le reste de la nature avait t
explor. Le dernier, Ren Binet nous avait montr le parti que peut
tirer un artiste de l'infiniment petit, des cristaux, des infusoires.
Mais le domaine immense et insondable entre tous demeurait  peu prs
inviol.

Le laboratoire de biologie marine de Boscoff fut la premire tape de M.
Mheut sur le chemin des dcouvertes. Ses viviers, bien amnags, bien
pourvus, permettent de voir vivre toutes les espces des eaux
littorales, de les saisir dans leurs volutions, non point  l'tat de
pauvres choses inertes, dcolores, comme en des vitrines, mais pares
de ces irisations plus phmres, plus fugaces que la poussire mme
d'une aile de papillon, dont les revt l'lment liquide, blutant et
divisant comme un prisme la lumire. Pourtant ils sont un peu l encore
comme des fauves en cage, bientt familiers, d'ailleurs, et, mme les
plus dfiants, s'habituant vite  venir,  l'appel du gardien, chercher
la proie quotidienne qu'ils n'ont plus  traquer. Dans leurs prisons de
cristal, de ciment, jamais de perturbations. Pas de rise qui passe,
plissant de vaguelettes le miroir poli des eaux et historiant le sable
d'or des fonds de capricieuses moires. Pas de nuage transmuant soudain
les aigus, les bryls en opales, en saphirs, en turquoises. Pas de
lueurs de couchant traversant, au soir, de subtiles flammes le beau
vitrail immobile du flot.

Mais la mer entire, avec ses falaises dchiquetes, sa plage, est
l'annexe du laboratoire. Chaque jour, des lves accourus des quatre
vents partent  pied le long des grves, en barques vers le large,  la
recherche d'observations plus directes sur l'habitat, les moeurs de la
gent innombrable des eaux. L'artiste ne fut pas long  les suivre.
Bientt il leur montrait la voie, audacieux, brave et risque-tout comme
un vrai gars d'Armor.

On le voyait en trange attirail, charg d'un ingnieux matriel de
peintre combin tout exprs pour rendre possible le travail exceptionnel
auquel il se livrait, studieux dans quelque humide anfractuosit,
parfois plong dans l'eau jusqu' mi-corps, ne se proccupant du soleil
qu'autant qu'il faisait scintiller, au fond, les cailles, les
carapaces, les tentacules, accrochait des perles aux fines chevelures
des algues, insoucieux du vent s'il ne malmenait pas son papier, du
hle, de l'embrun,--trop indiffrent, hlas!  sa sant, qui ne devait
pas tarder  prouver de ce labeur anormal de cruelles atteintes.

Que lui importe? dit-il. Sa moisson est faite. Des yeux et des bras,
selon le mot du pote, il a embrass l'Ocan. Quelle varit infinie
d'tres de couleurs et de formes n'y a-t-il pas rencontre.

Les dcors, d'abord, o il a vu combattre et s'entre-dvorer,--vivre,
enfin, le peuple aquatique, sont d'une tonnante vhmence de ton,... On
douterait de tant d'clats et de splendeurs, si l'on n'tait certain
d'avance de la haute probit de l'artiste: l'homme qui cerne un contour
avec cette prcision est incapable de faillir en quoi que ce soit  la
vrit pure.

Ici, des lits de roches noires comme des houilles, bleues comme des
ardoises, stries de bandes plus claires ou plus sombres, que viennent
revtir, encroter comme d'une moisissure rose ple, mamelonne, des
algues calcaires; et, sur ce champ, cette trame de beau tapis,
s'panouissent des gorgones, d'un incarnat de corail, des actinies rouge
capucine, blanches avec des coeurs de chrome, telles des pquerettes,
vertes autour d'un bouton de velours brun, et faisant songer aux
monstrueux chinocactus des terres chaudes, rayonnent des oursins jaune
d'or, vert mousse, pourpre sombre, ponctus de flamme et d'or,
rivalisant d'clat avec les chrysanthmes de nos automnes, des toiles
de mer dfiant la splendeur des laques, des cadmiums, des cobalts les
plus riches, tandis que de modestes moules, vtues d'piscopal violet ou
de bleu de roi, cristallisent leurs colonies en dcoratives rosaces.
Plus loin, voici des prairies verdoyantes de zostres, longues et frles
lanires qui sont les gramens de la mer, tout toiles par les
spirographes de corolles jaunes: on dirait quelque ptis terrestre,
jonch de pissenlits, au printemps; mais ces fleurs panouies sont
vivantes, tranges animaux qui,  la moindre alerte, rentreront leurs
tentacules d'ocre, qu'on prendrait pour les ptales tubuliformes de
quelque bizarre reine-marguerite, et refermeront leur petit couvercle de
nacre.

[Illustrations: quatre pages de tableaux en couleur.]

L, un semis de botrylles toiles, sur un fond mauve cendr, donne
l'impression parfaite d'une belle soie japonaise, brode
d'aristocratiques blasons. L encore, ce sont des fourrs denses o les
anatifes s'agrippent en pendeloques bleutres, des halliers o
s'entremlent, comme dans la fort, des essences diverses: les
laminaires, semblables  des intestins flasques dvids, les fucus
jaunes, affectant des lgances d'iris, et les himantalies qu'on foule
aux pieds sur les sables, inertes, gaufres en savantes volutes, qu'on
regarde inquiets, se demandant si la tempte ne les a pas arraches de
la toison boucle de quelque sirne intrpide.

En d'autres lieux, l o les eaux douces se dversent dans les ondes
sales, les flexibles zostres viennent se mler, dans un miroitant
tapis vert, aux prcieuses lentilles des mares, unies comme par des
points de dentelle.

Le soir, quand le soleil plongeant darde des feux exalts, les
profondeurs rutilent et s'embrasent; la banale ponge elle-mme semble
une flamme dont les langues vermeilles viennent lcher les poissons
errants, pareils alors  d'insensibles salamandres.

Tels sont les milieux o volue la vie des eaux marines superficielles.
Les htes sont dignes des gtes qu'ils animent.

Ces jungles ont leurs fauves, leurs btes de proie et de rapine, les
unes formidablement armes pour la lutte, audacieuses, agressives; les
autres cauteleuses, lchement embusques et multipliant sur le passage
de leurs inoffensives victimes les embches et les guets-apens.

Les seiches, macules de jaune, de brun ou de noir, glissant d'un souple
mouvement parmi les zostres frissonnants  la houle, ne suggrent-elles
pas, imprieusement,  la pense, la vision de tigres ou de lopards
rampant dans les hautes herbes, tandis que les syngnathes fusiformes
seraient les crotales, et les congres voraces les pythons de cette fort
submerge?

Mais il est d'autres espces de structure si falote et si dconcertante
qu'elles semblent modeles par quelque fantaisiste en veine d'humour.
Les artistes qui ont voulu imaginer des monstres ou reprsenter des
dragons ou des hydres n'ont rien cr de plus paradoxal ni de plus
effrayant que cette baudroie, si fantastiquement hideuse, qu'avant de la
mettre en vente, sur le carreau des halles, on la dcapite, comme si
l'on redoutait d'effrayer les mnagres en leur montrant sa gueule
dmesure, ses yeux en cubiers, sa tte de gargouille flanque
d'oreillettes verdtres et le flabellum baroque  l'aide duquel elle
guette ses proies. Et l'hippocampe! quelle trange apparition qu'une
mre cramponne  une algue, avec tous ses enfants autour d'elle agitant
leurs petites nageoires de gaze qui les font ressembler  des angelots!
Et les crabes sournois, digrant contre un caillou, les pattes ramasses
sous le ventre,  la manire des chats, les crabes, pars de toutes les
couleurs des plus fameuses cramiques, des turquins aux vermillons,
nuancs de complmentaires exquises qui semblent harmonises par le plus
raffin des coloristes, un bleu vibrant aviv de jaune, un gris cladon
soutenu de rouge vif, leurs carapaces blasonnes de capricieux dcors
rticuls, ponctus, toiles... imitant jusqu' des masques grimaants
de guerriers nippons.

Enfin, quelle bte d'effroi, de cauchemar, que la pieuvre, lanant comme
un ressort sa tentacule sur la bestiole qui passe, l'agrippant, lui
injectant  l'aide de son bec crochu d'oiseau un venin mortel, puis
dardant sur son agonie un oeil de reptile ou de flin, et guettant
l'heure o elle pourra la dvorer, l'aspirer, plutt, comme fait un
enfant d'une orange,--la pieuvre apocalyptique, la plus horrifique
cration de la nature, peut-tre.

Auprs de la hideur, voici la grce, releve souvent de tous les
sortilges de la couleur et de la lumire.

La baudroie, la hideuse baudroie, elle-mme, avec ses ailerons bleus,
bruns, lilas, son ventre flamm, sa gorge irise de mille reflets,
rachte amplement la laideur de sa forme par la splendeur de son
vtement; les mduses diaphanes arborent des aigrettes dlicates autant
que les plumes les plus rares que puissent convoiter nos lgantes; le
cottu chatoie comme un oiseau des tropiques; les papillons les plus
fastueusement diaprs pliraient auprs de telles raies mouchetes de
taches versicolores, et ces minuscules tortues aux carapaces incrustes
de pierreries, qu'un caprice de jolie femme mit nagure  la mode, sont
moins coruscantes que les galates, paves de gemmes. Mme, parmi ces
htes de l'onde, il en est, comme le blennus, pit, au repos, sur ses
nageoires abdominales, comme un yacht chou sur ses bquilles, qui
peuvent se donner le luxe de changer de robe suivant le temps, l'tat
des eaux, la nuance des fonds o ils errent, ou bien, comme les calmars,
au hasard de leurs motions, avec la rapidit de l'clair. Mais,
d'ailleurs, n'est-ce pas au fond des mers que s'labore magiquement la
perle, qui semble emprisonner dans sa nacre toutes les clarts laiteuses
parses dans l'abme?...

L'Ocan est vraiment la mine inpuisable, et il faut rendre grces 
l'artiste ingnieux qui en a t le pionnier. La merveilleuse dextrit
de son crayon, habile  mettre en place d'un seul trait une masse, de
son pinceau, assez alerte pour crire d'une touche l'ondulation, le
friselis d'une algue, le bref frtillement d'une nageoire lui a permis
de fixer avec une merveilleuse prcision les aspects, les allures, les
gestes, si l'on peut ainsi parler des tres qu'il observait.

A vrai dire, il a surtout fait oeuvre de portraitiste vridique, sans
perdre jamais de vue, toutefois, le parti dcoratif qu'il pourrait, dans
l'avenir, tirer des matriaux qu'il amassait, mais en faisant le plus
souvent abstraction de l'insidieux et changeant lment qui enveloppe de
son mystre, de son sortilge toute cette vie cache aux yeux des
profanes. Les artistes lui devront une durable reconnaissance. Et quant
aux savants, voici l'opinion de l'un d'eux, et d'une autorit, M. Yves
Delage, le directeur de la Station biologique de Roscoff, qui, ds la
premire heure, encouragea ses travaux, le, suivit, le soutint au cours
de son ardu labeur:

Ce livre, a-t-il crit dans la prface de la _Mer_, n'est ni l'oeuvre
sche d'un naturaliste peu soucieux des questions d'art, ni l'oeuvre
fantaisiste d'un artiste ignorant de la biologie. Le naturaliste y
rencontrera, sur l'anatomie des formes, des notions assez prcises pour
lui permettre d'aller jusqu' la dtermination de l'espce. Le
dcorateur y verra des structures si nettement exprimes, des
connexions, des agencements si solidement tablis, qu'il aura toute
facilit pour les styliser et en tirer des dcorations originales sans
risquer de perdre pied et de tomber dans la divagation.

GUSTAVE BABIN.

RITES FUNBRES DANS LA CHINE MODERNISE

[Illustration: CRMONIAL FUNBRE EN CHINE.--La chapelle ardente o
furent exposs les cercueils du gnral Ou-Lou-Tchen, et de ses
lieutenants Tcheng et Tcheou,  l'endroit mme o ils furent assassins,
 Cheu-Kia-Tchouang.]

On clbrait, au dbut du mois dernier, dans le Chansi, les funrailles
solennelles d'un gnral chinois et de ses deux officiers d'ordonnance,
assassins il y a deux ans alors que, convertis aux ides nouvelles, ils
se disposaient  mettre en marche leurs troupes sur Pkin.

Le gnral Ou-Lou-Tcheng, la premire victime, n'tait g que de
trente-deux ans. Ses tudes militaires au Japon avaient t brillantes.
Il avait, en 1909, visit l'Europe puis occup de hautes fonctions
militaires en Mandchourie. Le 29 octobre 1911, la Rvolution ayant
clat  Ta-Yuen-Fou, capitale de la province du Chansi, le gnral
Ou-Lou-Tcheng tait envoy  Cheu-Kia-Tchouang avec deux divisions pour
rprimer la rvolte.

Le 5 novembre de la mme anne, un dcret imprial nommait
Ou-Lou-Tcheng, gouverneur et pacificateur de la province. Mais le
gouverneur et pacificateur s'tait converti aux ides rpublicaines, et
il songeait  utiliser son arme pour ce qu'il pensait tre le salut de
la Chine, lorsque, le soir du 6 novembre 1911, il fut assassin
lchement avec ses deux officiers d'ordonnance.

Ce sont les funrailles de ces trois soldats--devenus trois martyrs de
la cause rpublicaine--que l'on clbrait rcemment  l'endroit mme o,
deux ans auparavant, ils taient tombs. Notre photographie montre la
chapelle ardente au fond de laquelle sont dposs les trois cercueils.
On distingue les photographies avec les noms et titres des disparus. Il
y a aussi des inscriptions logieuses sur fond blanc. Devant les
cercueils sont des tables-autels avec brle-parfums, cierges, objets
rituels et mets  l'usage des dfunts.

Et si, en somme, il y a peut-tre une tentative de modernisation dans
cet appareil funraire, on y peut voir aussi le souci de ne pas heurter
trop violemment la vieille tradition chinoise...

[Illustration: Recto de la fiche anthropomtrique de Vincenzo Perrugia.
Le nom du voleur de la _Joconde_ s'orthographie en ralit Perugia, et
il est n  Dumenza, et non Domenza, dans la province de Cme et non
dans celle de Coni.]

[Illustration: Verso de la fiche anthropomtrique de Vincenzo Perugia.
UN DOCUMENT QUI AURAIT PU FAIRE RETROUVER LA JOCONDE IL Y A DEUX ANS.]

LE VOLEUR DE LA JOCONDE ET L'ANTHROPOMTRIE

L'imprvu dnouement de ce qu'on pourrait appeler le mystre de la
_Joconde_ a eu pour premire consquence la reprise de l'instruction
ouverte, au lendemain du vol, par M. Drioux, juge d'instruction au
tribunal de la Seine. En mme temps, on s'inquitait de rechercher ce
qui avait t fait, alors, par l'autorit judiciaire, seconde par la
police, pour retrouver les traces du coupable.

Vincenzo Perugia, on l'a vu plus haut, avait t, antrieurement  ce
haut fait qui vient de le signaler  l'attention universelle, condamn 
deux reprises par les tribunaux franais: une premire fois, le 23 juin
1908,  Mcon,  vingt-quatre heures de prison pour tentative de vol;
une seconde  Paris, le 9 fvrier 1909,  huit jours de prison, pour
violences et port d'arme prohibe.

Or,  l'occasion de l'affaire qui l'amena devant le tribunal
correctionnel de la Seine, il avait t, fatalement, conduit 
l'anthropomtrie. Et donc le service de l'identit judiciaire, le
service de M. Bertillon, devait avoir sa fiche. Il l'avait. Il l'a
retrouve ds qu'il a connu le nom du voleur.

Alors on s'est demand comment il se faisait que la trace de l'auteur du
sensationnel rapt n'et pas t plus tt dcouverte.

Car le signalement anthropomtrique comporte les impressions digitales
de tout individu qui a t une fois bertillonn. Or, en examinant le
cadre et la vitre de la _Joconde_, qu'on retrouva, on se le rappelle,
dans un escalier conduisant de la salle des Primitifs italiens  la cour
Visconti, on y avait relev plusieurs marques de doigts qu'on
photographia.

On compta d'abord sur ce mode d'investigations pour orienter
l'instruction. Que si l'on avait pu, en effet, rapprocher, identifier
les empreintes qu'avaient d laisser sur le cadre les pouces du voleur
et celles de la fiche de Perugia, d'emble l'on retrouvait le coupable,
qui n'avait pas quitt Paris. Seulement on ignora Perugia, ou du moins
on ne songea pas  recueillir de nouveau ses impressions digitales.

Une liste de 257 noms avait t fournie au juge d'instruction et
transmise au service d'identit. Celui-ci recueillit ponctuellement,
pour les comparer, les empreintes des 257 personnes vises: mme les
conservateurs du Louvre, avec une dfrence mritoire, consentirent 
apposer leurs pouces sur les fiches administratives. Seul, peut-tre, le
vrai coupable chappa  la formalit qui et t, pour lui, si
compromettante.

Et ici il parat bien qu'il y ait eu dans la conduite de l'instruction
une grave lacune.

Perugia avait travaill au Louvre, non de son mtier de peintre
dcorateur, mais comme miroitier,  la mise sous verre des plus prcieux
tableaux du Muse, dcide  la suite d'un acte de vandalisme. Or une
lettre adresse au _Figaro_ par M. Pierre Marcel, professeur  l'cole
des Beaux-Arts, nous rvle que, ds octobre 1911, la piste des
miroitiers tait, pour quiconque connaissait le Muse, la seule
vraisemblable. Sitt qu'il avait eu connaissance du vol, M. Jean
Guiffrey, conservateur adjoint au Louvre et conservateur du muse de
Boston, avait crit  M. Pierre Marcel en le priant de la signaler  la
justice, indiquant en mme temps qu'on retrouverait les noms de ces
ouvriers sur les feuilles d'margement qu'on leur faisait signer. M.
Pierre Marcel s'acquitta fidlement de la mission.

De son ct, M. Leprieur, conservateur des peintures, prvenu en mme
temps, se mit personnellement en campagne. Il appela le contrematre
miroitier et obtint de lui les noms de ses collaborateurs: celui de
Perugia figurait bien sur la liste. Mais il ne travaillait plus dans la
mme maison.

M. Leprieur poussa le zle jusqu' le rechercher, retrouva l'atelier o
il tait. Il transmit au juge le rsultat de cette enqute
personnelle... Perugia,  ce moment, frisa de bien prs la prison. Il
et suffi, pour qu'il ft pris, que son nom ft transmis au service de
l'identit judiciaire.

Mais, faute de cette indication, l'anthropomtrie demeurait impuissante.
Son directeur, M. Bertillon, en a donn la raison: La fiche
anthropomtrique et la mthode de classement, c'est un livre dans une
bibliothque avec un catalogue. S'il manque au catalogue une indication,
le livre peut rester introuvable.

L'empreinte qu'avait laisse Perugia sur la vitre de la _Joconde_ tait
celle de son pouce _gauche_. Or, si la fiche anthropomtrique contient
bien l'empreinte des deux pouces, c'est l'empreinte du pouce _droit_
qui, avec diverses mensurations, sert pour la classification; c'est donc
la comparaison de deux empreintes droites qui permet une identification
rapide. Ds lors il tait impossible, dans les conditions o l'on se
trouvait, d'identifier le ravisseur. Il et fallu examiner l'une aprs
l'autre les 750.000 fiches classes  l'anthropomtrie, en confrontant
tour  tour l'empreinte du verre avec toutes les empreintes des fiches,
gauches et droites, besogne titanesque.

Au contraire, ds que le service d'identification eut connaissance du
nom de Perugia, il acquit immdiatement la certitude qu'il tait bien le
coupable: la ressemblance, l'identit des deux empreintes digitales
gauches tait flagrante et saute  l'oeil le moins exerc: neuf
bifurcations de papilles exactement pareilles; une autre papille,
numrote 16, qui, aprs avoir bifurqu, se referme en forme d'amande;
une douzaine d'autres, enfin, qui ne se continuent pas, ce sont l des
caractristiques probantes. Et la seule chose inconcevable est que
Vincenzo Perugia--qui fut recherch et interrog, pourtant, par un
inspecteur de la Sret, dit-on--ait pu chapper  une formalit qu'on
avait inflige  des hommes aussi insouponnables que M. Homolle
lui-mme, qui fut la premire victime de cette affaire, que M. Leprieur
et leurs plus proches collaborateurs.

[Illustration: Agrandissement de l'empreinte, prise en 1909, du pouce
gauche de Perugia. Agrandissement de la trace retrouve en 1911 sur le
cadre de la _Joconde_.]

[Illustration: Les chiffres correspondants sur l'une et l'autre empreinte dsignent
les fourches et les dparts de lignes, caractristiques, que le service
anthropomtrique a relevs sur les agrandissements et sertis d'un trait
de plume, et qui ont servi de repres pour l'identification.]

[Illustration: La chambre de Vincenzo Perugia  Paris. Le rduit ou la
_Joconde_ passa deux ans. _Phot. Matin._]

[Illustration: LA GUERRE CIVILE AU MEXIQUE.--Un convoi d'insurgs
blesss  la bataille de Juarez.]

La lutte se poursuit, au Mexique, entre les troupes du gouvernement
fdral, aux destines duquel continue  prsider, en dpit des essais
d'intimidation des tats-Unis, le gnral Huerta, et les insurgs. C'est
une guerre farouche, sauvage, dont on ne connatra jamais, peut-tre,
toutes les horreurs. Un des derniers pisodes de cette guerre
civile--pour ne pas parler de quelques pendaisons en masse excutes par
l'un et l'autre des partis belligrants--a t une bataille livre 
Ciudad-Juarez  la fin du mois dernier. Elle a dur trois ou quatre
jours, et aurait mis en prsence des forces values  10.000 hommes. Il
est d'ailleurs bien difficile d'en connatre les rsultats, chacun des
adversaires prtendant  la victoire. D'aprs l'auteur de la
photographie reproduite ici, le gnral Pancho Villa, que nous avons, il
y a quelque temps, prsent  nos lecteurs, aurait repouss l'attaque
des fdraux et les aurait mis en droute en leur prenant nombre de
canons.

Quoi qu'il en soit, on juge par ce clich combien cette guerre doit tre
rude: voici comment sont traits les blesss, recueillis et transports
sur de simples plates-formes, sans couchettes, sans abri, et soigns par
des infirmires bnvoles qui accompagnent l'arme. Qu'on s'tonne,
aprs cela, de la cruaut des reprsailles!

[Illustration: Mme SARAH BERNHARDT DANS UN DRAME DE M. TRISTAN BERNARD.
Jeanne Dor, portant dj ses vtements de deuil, devant le cachot de
son fils condamn  mort.--_Phot. A. Bert._]

M. Tristan Bernard, qui recueille en ce moment sur deux thtres de
Paris les plus joyeux applaudissements avec _Triplepatte_ et avec les
_Deux Canards_, a voulu, dans une troisime salle, faire couler des
larmes et il y a pleinement russi, avec un drame trs pathtique:
_Jeanne Dor_. La simplicit mme du titre indique la sobrit un peu
sche avec laquelle M. Tristan Bernard, suivant une formule nouvelle et
toute personnelle, a compos ses sept tableaux, ce qui ne l'a pas
empch d'atteindre, vers le dnouement,  de la relle motion
tragique. On y voit, en effet, une mre doublement crucifie par son
fils, condamn  mort,  qui elle vient accorder le rconfort d'une
suprme entrevue, et qui, tout  d'autres penses, la prend,  travers
le guichet de la porte, pour la femme passionnment aime qui fut la
cause initiale du crime qu'il va expier... Mme Sarah Bernhardt a,
notamment dans cette scne, soulev les acclamations du public. Elle a
pour partenaire le fils mme de l'auteur, M. Raymond Bernard, qui a fait
l, devant le grand public parisien et dans un rle important, des
dbuts tout  fait remarquables.

CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'TRANGER A PARIS

Donc, nous voil revenus au Grand Palais!

On ne peut plus vivre  Paris quinze jours sans que surgisse une raison
de retourner au Grand Palais. Ce mois-ci, c'est-- ct du Salon
d'automne--le Salon de locomotion arienne qui nous y rappelle. Il
convient que les retardataires se pressent. Le Salon de locomotion
arienne ferme ses portes dans cinq jours,--exactement jeudi prochain;
et, puisque les ensembles dcoratifs sont  la mode, je dirai qu'au
seul point de vue esthtique il est indispensable de l'avoir vu, ce
Salon, et de s'tre empli les yeux du spectacle qu'il donne, car peu
d'ensembles sont aussi prodigieusement dcoratifs que celui-l. Et
voici ce qui est admirable: le Salon de locomotion arienne est
dcoratif, srement, sans le savoir; il est une chose trs belle  son
insu. Ceux qui l'ont organis n'ont voulu apporter l que des documents;
disposer dans l'ordre le plus commode, et sans particulier souci de
beaut, le matriel un peu encombrant dont leur science toute neuve se
compose; et cet outillage aux complications duquel le passant ne
comprend gnralement rien. Il ne comprend pas, mais il admire; il
admire un mystre, voil tout. Il rve, avec une sorte de ravissement
respectueux, devant ces carcasses; devant ces choses provisoirement
inanimes, o les hommes mettront une me quand il leur plaira, et qui
soudain deviendront des tres dans l'espace.

Et peu  peu, si l'on songe  un tel prodige, n'est-il pas vrai que ces
ailes ployes, ces hlices, ces voilures, ces vhicules ariens, dont
quelques-uns semblent les sarcophages ou les gaines d'oiseaux gants, et
qui, si lgrement poss sur leurs roues minuscules, font penser au vers
de Lemierre:

         Mme quand l'oiseau marche on sent qu'il a des ailes;

n'est-il pas vrai que ces choses ont une beaut; qu'elles sont belles
par leur prestige mme, par tout ce qu'elles expriment de noblesse,
d'harmonie, de miraculeuse vaillance?

                               *
                              * *

Les Rtrospectives sont trs  la mode depuis quelque temps; et il faut
rendre cette justice  nos peintres: leur prodigieuse fcondit ne les
dtourne point du respect des gloires ou, tout au moins, des mrites du
pass. Il semble mme--et cela est assez plaisant--qu' mesure qu'ils
peignent davantage ils prouvent plus de plaisir  honorer ceux qui,
avant eux, surent bien peindre. La dernire en date de ces
Rtrospectives est celle de Gaston Latouche, au Salon de la Comdie
humaine, qui s'est ouvert il y a quelques jours, rue de Sze, et qu'on
peut visiter jusqu' la fin du mois. Gaston Latouche n'est reprsent au
Salon de la Comdie humaine que par huit toiles; mais l'trange et
amusant panneau! L'organisateur de ce Salon, notre distingu confrre
Arsne Alexandre, admire en Gaston Latouche un dlicieux lyrique. Et
il voudrait nous faire aimer cette oeuvre qui, dit-il, tudie dans son
ensemble, apparatra un jour pleine de grandes vises, de saines
tendresses, de justes colres et de mlodieuse piti, avec ces soudaines
escapades dans le comique,  la faon des intermdes de Shakespeare et
des feries de Marivaux. Allez donc voir les singeries de Latouche,
et, tout autour d'elles, les deux cents petites toiles o se dploie si
curieusement la verve satirique de nos contemporains. Je n'ose nommer
personne, de peur d'oublier injustement quelqu'un; d'autant qu'on peut
ici remercier tout le monde. Il fut un temps, pas bien loign de nous,
o la Peinture croyait dchoir  se montrer joyeuse, fantaisiste, voire
caricaturale un peu; et Latouche fut prcisment un de ceux qui
prouvrent qu'on peut tre un pamphltaire et philosopher trs
comiquement,  l'aide d'un pinceau. Une lgion d'artistes suit
aujourd'hui cet exemple. Nous avions nos auteurs gais; nous avons
dsormais nos peintres gais. C'est fort bien. Et les Salons de la
Comdie humaine contribueront heureusement au succs que mrite une si
spirituelle et si bienfaisante entreprise. Et puissions-nous y voir,
dans l'avenir, plus de poupes encore! Les Parisiennes qu'on nous y
montre, chaque hiver, sont de petits chefs-d'oeuvre d'ingniosit et de
grce. Mais ne pourrait-on pas tendre  d'autres catgories sociales un
art si dlicat, et faire servir la Poupe  la description, je ne dis
pas seulement vestimentaire, mais psychologique et morale aussi, d'une
socit tout entire? Est-ce que, prsents sous cette forme le
bourgeois, le dandy, le paysan, l'ouvrier, observs et dcrits dans la
stricte ralit de leurs attitudes et de leurs costumes, ne
constitueraient pas pour l'historien, le sociologue et l'artiste, des
documents du plus savoureux intrt?

                               *
                              * *

Ce qu'il faut aller voir aussi, et sans tarder, c'est le muse
Jacquemart-Andr, qui est dsormais ouvert au public deux jours par
semaine, le jeudi et, gratuitement, le dimanche.

Des collections comme celle-ci--et il faut esprer qu'elle ne restera
pas unique en son genre,  Paris--prsentent un attrait particulier que
les muses ordinaires n'ont pas. Elles font mieux que nous montrer de
belles choses; elles nous donnent le rgal d'un spectacle rare et que
nous ne nous tions point attendus  jamais connatre: le spectacle du
dcor mme o vcut la personne illustre, ou puissante, ou simplement
envie, qui possda ces trsors; elles nous donnent, pour une heure,
l'illusion amusante d'avoir t mls  son intimit... Et ce qui
tonne, ce qui meut le plus, en effet, le passant,  l'aspect des
richesses de ce prodigieux muse Jacquemart, c'est justement la pense
qu'un tel amoncellement de merveilles fut le cadre familier, quotidien,
d'une existence humaine; c'est qu'un tel rve d'art ait pu tre
paisiblement ralis par quelqu'un, au numro 158 du boulevard
Haussmann, dans un immeuble quelconque, le long duquel circulait, depuis
tant d'annes, la foule indiffrente.

Remercions ceux qui, ayant possd de tels biens, ont voulu qu'aprs eux
ils fussent  nous... Remercions-les, mais surtout envions-les. Car ils
se sont donn  eux-mmes la plus profonde et la plus noble des joies:
celle de se survivre  soi-mme, et de se survivre dans de la beaut.
Ils ont bti une maison que leur souvenir seul habitera; ils ont cr un
trsor o leur me s'est rpandue, et qui demeurera  la place mme o
ils l'ont mis. Ils ont chapp  l'horreur de la grande vente, qui
disperse tout, profane tout, achve l'anantissement du pauvre riche...
Ils ne sont pas morts, puisque leur foyer est toujours l, et que nous
le gardons.

UN PARISIEN.

AGENDA (20-27 dcembre 1913).

Expositions.--Grand Palais: Salon d'automne.--Galerie Brunner (11, rue
Royale): exposition de la Socit des Peintres et Graveurs de Paris.
(Clture le _24 dcembre_).--Galerie des Artistes modernes (19, rue
Caumartin): exposition de la Socit l'Eclectique.--Galerie Georges
Petit (8, rue de Sze): exposition de la Comdie humaine.--Salons de
l'toile (17, rue de Chateaubriand): oeuvres de Mlle Magdeleine Popelin.
--Galerie La Botie (64, rue La Botie): exposition des peintres du
Paris moderne.

Confrences.--Universit des _Annales_ (51, rue Saint-Georges),  5
heures: le _20 dcembre. Comment mouvoir?_ par M. Reynaldo Hahn; le
_23, Notre-Dame de Paris_, par M. Jean Richepin, et _Au pays du Christ_,
par M. l'abb Gaffre (projections autochromes).--Ecole des Hautes Etudes
sociales (rue de la Sorbonne): le _22 dcembre_,  4 h. 15, _Feuilleton
parl_, de M. Camille Le Senne, sur le _Veau d'or_, de M. Lucien Gleize.

Fte de bienfaisance.--Le _20 dcembre_, au thtre du Chtelet, matine
de bienfaisance, au bnfice de la Socit de Secours mutuels les
Prvoyants du thtre, avec le concours de la Comdie-Franaise.

Concerts.--A l'glise de la Sorbonne, le _21 dcembre_, oratorio de Nol
de J.-S. Bach, excut par l'Association des concerts spirituels de la
Sorbonne.--Salle des concerts du Conservatoire (2, rue du
Conservatoire): le _20 dcembre_, concert avec orchestre au bnfice de
la Socit mutuelle des professeurs du Conservatoire.

Les Trente Ans de thtre.--Le _24 dcembre_,  la salle Gaveau (rue La
Botie): soire de gala donne par la Socit des Trente Ans de thtre.

Sports.--_Courses de chevaux_: les _21, 23, 25, 28 et 30 dcembre_,
courses  Vincennes (trot).--_Aronautique_: au Grand Palais, le _25
dcembre_, clture de l'exposition de l'aronautique.--Boxe: le _20
dcembre_,  Luna-Park, championnat du monde, Sam Langford contre Joe
Jeannette.--Salle Wagram, le _24 dcembre_, Villie Lewis contre
Moreau.--_Football rugby_: le _27 dcembre_,  Colombes, match de
slection pour la rencontre France contre Irlande.--Le _1er janvier_, au
vlodrome du Parc des Princes, France contre Irlande.--_Natation_: le
_25 dcembre_,  Magic-City, championnat international d'hiver.--Du _24
dcembre au 4 janvier_, au Nouveau-Cirque, concours de sauvetage et
d'appareils de sauvetage.

LES LIVRES ET LES CRIVAINS

LES BEAUX LIVRES

La srie continue!

En son amusante couverture suranne, un livre, riche en vignettes de
jadis: _Papeterie et Papetiers de l'ancien temps_, se vend en
l'Officine de Georges Putois, marchand papetier colleur, ancien jur et
garde de la communaut,  Paris, 3, rue Turbigo. Cet ouvrage devait, 
l'origine, nous dit son auteur, M. J. Grand-Carteret, tre un rapport,
une sorte de catalogue explicatif et dtaill d'une Exposition
spciale. Il se prsente, aujourd'hui, sous l'aspect et avec la
substance d'un volume agrablement crit et prcieusement document. Ce
n'est point d'ailleurs l'histoire d'une corporation crite au jour le
jour d'aprs ses registres, mais bien l'historique du commerce de la
papeterie, la nomenclature des objets qui se vendaient en la boutique
des _marchands-merciers, des marchands papetiers-colleurs de feuilles,
des marchands cartiers-cartonniers_, la recherche, l'tude et la
reconstitution de toutes les industries accessoires. Ce travail est
d'une rudition, ingnieuse et charmante, qui sera trs gote des
amateurs du Livre.

L'histoire du costume intresse,  divers titres, tous les esprits. En
un fort volume orn de 700 illustrations, M. Camille Piton a runi et
reli par un texte savant les gravures de modes les plus expressives
du treizime au dix-neuvime sicle inclus. Entendez que l'auteur du
_Costume civil en France_ (1) n'a retenu que des documents originaux,
d'une authenticit indiscutable. Il a supprim toute interprtation
intermdiaire du dessinateur, graveur ou lithographe. Seule la
photographie a t employe; elle a permis de reproduire tels quels les
costumes choisis parmi les sceaux, les sculptures, les peintures
murales, les tapisseries, les vitraux, les tableaux, les miniatures des
manuscrits jusqu'aux quinzime et seizime sicles, alors que la gravure
sur bois ou sur cuivre fait son apparition.

Aprs les habits, les meubles.

Pour les esprits amoureux de notre pass national, il n'est peut-tre
pas d'tudes plus captivantes que celle des meubles, ces tmoins
discrets de la vie de tous les ges, ces survivants des socits
disparues, qui nous redisent non seulement les besoins de nos pres,
mais encore leurs tendances d'esprit, l'volution de leur got et nous
rvlent leurs aptitudes physiques et morales. Car tout se tient dans
l'existence d'une nation. Un rudit des choses d'art, un fervent des
reliques du pass, M. l'abb Arnaud d'Agnel, de qui nous avons eu le
plaisir dj de signaler un magnifique ouvrage sur la _Faence et la
Porcelaine de Marseille_, nous prsente en une dition, fastueusement
illustre, une histoire trs complte de _l'Ameublement provenal_ (2).

Dans les deux premires parties de cet norme travail, l'auteur a
retrac la marche et les transformations successives de l'Ameublement
provenal et comtadin, d'abord au cours du moyen ge et de la
renaissance, puis durant les temps modernes, c'est--dire jusqu' la
Rvolution. Le caractre local est prcis dans une troisime partie,
purement descriptive.

Ensuite, pour donner une ide entire de l'ameublement, M. l'abb
d'Agnel a consacr des dveloppements, formant la quatrime partie de
l'ouvrage, aux _Toiles peintes  la dtrempe_ dont les Provenaux du
dix-huitime sicle aimaient  dcorer les murs de leurs appartements.
Enfin, dans une cinquime partie, sont runis et comments des modles
des consoles en fer forg, qui jourent un rle si important dans
l'ameublement provenal. La division des matires si complexes
qu'embrasse ce volume, leur rpartition en chapitres successifs sont
tablies avec une mthode et une prudence et surtout une clart qui en
rendent l'tude et la lecture aussi faciles qu'attrayantes. Une
excellente prface de M. Henry Havard, inspecteur gnral des
Beaux-Arts, a t crite pour cet ouvrage.

(1) Librairie Flammarion, 15 fr.

(2) Editions Lucien Lareur,  Paris, et Alexandre Jauvne,  Marseille.
2 vol. 80 fr.

                               *
                              * *

Les grandes expditions scientifiques donnent leurs sujets, en cette fin
1913,  deux belles ditions Hachette. C'est d'abord l'mouvant journal
de route de l'hrc que capitaine Scott: le _Ple meurtrier_ (3).

Il y a quelques mois  peine le tlgraphe apportait en Europe la fatale
nouvelle du dsastre de l'expdition anglaise au Ple Sud. Le capitaine
Scott, commandant l'expdition, et les quatre compagnons qui l'avaient
suivi au Ple avaient trouv la mort pendant leur voyage de retour. Le
testament admirable de grandeur d'me et de simplicit crit par le chef
de l'expdition, au seuil mme de la mort, publi en mme temps que
l'annonce de la catastrophe, donnait les raisons de cet insuccs et
laissait deviner les angoisses et les luttes qu'eurent  supporter les
explorateurs.

Ce que furent ces luttes et ces angoisses, les carnets de notes trouvs
sur le cadavre de Scott nous les ont fait connatre.

La _Carrire d'un navigateur_ (4), c'est la carrire maritime et
scientifique de l'auteur mme de l'ouvrage, S. A. S. le prince Albert
Ier de Monaco. Le rcit des diverses croisires accomplies par le prince
savant, toujours en qute de dcouvertes scientifiques, prsente un
intrt intense. Qu'il s'agisse de la chasse aux grands ctacs, de la
recherche des infiniment petits dans les vertigineuses profondeurs de la
mer, des grands drames se jouant sur la scne immense de l'lment
liquide, toujours la vivante et sincre narration de l'auteur nous meut
par la grandeur des spectacles incomparables qu'il voque en mme temps
que la facilit de son style en rend la lecture attrayante pour tous les
amateurs, grands et petits, qui s'intressent aux choses de la mer.

La _Suisse illustre_, le substantiel et sduisant volume que publie la
maison Larousse(5), continue la belle srie dans laquelle ont dj paru
la _France, la Belgique illustre, l'Italie illustre_. D  la plume
d'un crivain, M. Albert Dauzat, qui connat  fond la Suisse, et qui
nous l'explique en un texte trs, imag, et trs vivant, ce livre,
abondamment et richement illustr par la photographie d'aprs nature,
est, avec le volume sur la _Mer_ de M. Clerc-Rampal(6), un intressant
cadeau  faire aux jeunes gens curieux, de voyages, comme aux amateurs
de beaux livres.

                               *
                              * *

Les belles ditions Flammarion s'enrichissent, ce mois de dcembre, d'un
admirable _Romo et Juliette_, qui succde dans la mme srie  _Hamlet_
et au _Marchand de Venise_, toujours dans l'excellente traduction de M.
Georges Duval. L'ouvrage est illustr de 24 planches en couleurs de
Hatterel(7). Et la mme maison nous offre encore, pour les adolescents,
en un beau livre  gravure, la _Belle Nivernaise_ (8), d'Alphonse
Daudet.

Aux lettrs, s'offrent aussi de dlicates ditions de bibliophiles. Il y
a la merveilleuse collection Louis Conard--si souvent loue ici--des
_Oeuvres compltes de Balzac_, illustres par Huard. Et il y a aussi la
merveilleuse bibliothque du XVe sicle, de l'diteur Champion, ce
Mcne des lettres franaises du temps pass. La srie vient de
s'enrichir d'un trs important ouvrage sur _Villon_ en deux volumes par
M. Pierre Champion, l'un de nos plus sympathiques chartistes. On connat
sur Villon l'excellent petit livre de Gaston Paris. On sait aussi les
prcieuses dcouvertes d'Auguste Longnon et les patientes et prcises
recherches de Marcel Schwob, mort  la tche. D'autres sources indites
ont permis  M. Pierre Champion de nous donner des conclusions toutes
nouvelles sur les frquentations du pote, le milieu dans lequel il a
volu. Et l'on saura gr  l'rudit biographe de s'tre ingni  si
agrablement promener ses lecteurs  travers ce Paris o Villon a
beaucoup err, en leur disant au passage les particularits de la rue et
de la vie parisienne que mentionna le pote. Et ce n'est point l un
voyage de pure imagination puisqu'il est tout entier justifi par les
documents.

(3) Edit Hachette, 20 fr.--(4) Mme librairie. 20 fr.

(5) Edit. Larousse, br. 19 fr., rel. 25 fr.--(6) Mme librairie, br. 20
fr. rel. 26 fr.

(7) Edit. Flammarion, 25 fr.--(8) Mme librairie. 5 fr. 50. Voir les
autres nouveauts Flammarion dans _La Petite Illustration_ jointe  ce
numro...

Enfin, n'oublions point de mentionner que l'dition des Mille (9) nous
donne, pour nos trennes, en d'exquis volumes de bibliophiles, de vrais
joyaux, les _Sonnets  Laure_, de Ptrarque, traduction Guinguen, revue
par Landry, et _l'Art d'aimer_, d'Ovide, traduction Le Maistre de Sacy.

_Voir dans_ La Petite Illustration _le compte rendu des livres et albums
pour la jeunesse_.

LES STATUES DE PARIS

A la suite de la publication de nos pages sur les statues parisiennes,
quelques-uns de nos lecteurs ont paru s'tonner que nous n'y ayons pas
fait figurer, en bonne place, celles de Napolon Ier (colonne Vendme),
de Saint-Louis et de Philippe-Auguste (colonnes de la barrire du
Trne). Cette omission tait volontaire. Dans ces monuments, en effet,
la colonne, et non la statue, est l'lment principal: les photographies
reproduites au bas de cette page en sont la dmonstration vidente. Pas
plus que la colonne de Juillet, que surmonte un gnie, la colonne
Vendme ne nous paraissait donc devoir figurer dans nos tableaux.

[Illustration: La statue du roi Edouard VII.]

Omission volontaire de notre part, galement, en ce qui concerne
d'autres statues, telles que le Voltaire du Thtre-Franais, le
Napolon Ier des Invalides, l'Ingres de l'cole des beaux-arts, qu'un
autre de nos lecteurs s'est tonn de ne pas avoir trouves dans notre
numration. Notre liste, disions-nous, ne comprend que les statues qui
se dressent sur la voie publique ou les lieux de promenade. Ce qui
excluait, tout naturellement, celles que l'on ne peut voir qu'en
pntrant dans les monuments ou les muses.

On nous a signal galement l'oubli de Louise Michel,  Montmartre, et
du roi Edouard VII, dans la nouvelle voie qui sera prochainement
inaugure prs de la Madeleine. Pour la premire, toutes nos recherches
ont t vaines, et tout ce qu'il nous a t permis de savoir, c'est que
la clbre rvolutionnaire aura, un jour, son effigie sur une des places
de la Bitte. Quant au roi Edouard, sa statue existe, mais d'une
existence qui n'est pas encore officielle, ainsi qu'en tmoigne le
clich que nous reproduisons ci-dessus.

(9) Rue Jacques-Callot, ch. vol. 10 fr.

Au surplus, nous nous sommes servis, pour nous guider, dans notre
travail, du seul ouvrage  peu prs exact qui existt en la matire:
c'est _l'tat des promenades et jardins, oeuvres d'art, fontaines,
statues et monuments_, dress en mai 1910, par les soins de M. de
Selves, alors prfet de la Seine, ouvrage fort incomplet d'ailleurs,
mais que l'obligeance de M. Hourticq, inspecteur des Beaux-Arts de la
Ville de Paris, nous a fort opportunment permis de mettre  jour.

[Illustration: La colonne Vendme avec la statue de Napolon et les
colonnes de la place du Trne, avec les statues de Saint-Louis et de
Philippe-Auguste.]

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA PLUS GRANDE COUVEUSE ARTIFICIELLE DU MONDE.

Les couveuses artificielles, dont l'usage est de plus en plus frquent
dans les fermes, sont en gnral de dimensions modestes. Mais il en
existe une, qu'un leveur amricain, M. P. Hall, a installe  Pembroke,
prs New-York, et qui est bien probablement la plus colossale du monde,
puisqu'elle a t construite pour contenir et faire clore quinze mille
oeufs  la fois. Ses dimensions sont normes, 30 mtres de longueur sur 1
m. 20 de largeur et autant de hauteur: elle est divise et subdivise
par des cloisons en 200 compartiments, dans chacun desquels peuvent
trouver place 75 oeufs dposs sur des paniers en mtal. L'intrieur de
la couveuse est chauff au moyen d'une canalisation d'eau chaude: des
rgulateurs  huile assurent la constance absolue de la temprature en
agissant sur des barres mtalliques dont la dilatation ou la contraction
ouvrent ou ferment les arrives d'air frais, en mme temps qu'elles
augmentent ou diminuent le dbit des conduites chauffantes. Grce  ce
dispositif ingnieux, on ne constate jamais, disent les revues agricoles
amricaines, aucun accident dans le fonctionnement de cet norme
incubateur qui est,  lui seul, capable de remplacer mille poules
couveuses dont l'activit ne se dmentirait jamais.

LA LIMITATION DES DBITS DE BOISSON EN ANGLETERRE.

Les statistiques officielles apportent la preuve que la campagne
antialcoolique, vigoureusement mene, en Angleterre, par le parti
libral, a dj port ses fruits.

Au cours de l'anne 1909-1910, les Anglais auraient en effet consomm
412.100 barils de bire de moins que pendant l'exercice prcdent; et la
diminution de la consommation des liqueurs alcooliques serait encore
plus remarquable: elle ne serait pas infrieure  33 1/2%.

Le gouvernement ne se dclare pas d'ailleurs encore satisfait; et il a
l'intention de prsenter d'ici peu  la Chambre des communes un projet
de loi _(Licensing Bill)_ qui amnerait la suppression d'un nombre
considrable de dbits de boissons.

L'GE DE LA TERRE

M. Rudki expose dans _Scientia_ les rsultats fournis par les
diffrentes mthodes employes pour valuer l'ge de la terre. En
comparant l'paisseur des couches anciennes  l'paisseur de la couche
annuelle qui se forme aujourd'hui dans les valles d'alluvions, on
trouve un minimum de cent millions d'annes. Cette mthode est un peu
incertaine, car on ignore si la vitesse de dnudation du sol et
d'accumulation dans les bas fonds est la mme aujourd'hui qu'autrefois.

Le professeur Joly base ses calculs sur la salure de la mer. Il suppose
que tout le sel des ocans a t amen de la terre ferme par les pluies.
Or, on croit connatre la quantit de sel contenu dans la mer et celle
que les rivires y ajoutent chaque anne. En supposant que l'eau des
ocans tait douce  l'origine, on peut donc valuer la date
approximative o commencrent les apports de sel. M. Joly trouve ainsi,
pour l'ge de notre plante, 95 millions d'annes; Romer, avec le mme
procd, arrive  160 millions.

Par une mthode trs complique, base sur la dsintgration des
matires radioactives, on atteint les chiffres de 710 millions et 1.025
millions d'annes.

L'cart formidable que prsentent ces divers chiffres montre la
difficult d'un problme dont il semble un peu tmraire de chercher une
solution mme approximative.

LE PAYS DES HOMICIDES.

On croit assez gnralement que l'Italie est le pays o l'assassinat et
l'homicide sont le plus en faveur; c'est une erreur. Le pays o l'on tue
le plus, c'est celui o traditionnellement tout est sur une plus grande
chelle qu'ailleurs, les Etats-Unis.

La moyenne, en Italie, est de 3,9 pour 100.000; aux Etats-Unis, de 5,9.
A Londres la proportion en 1912 a t de 1,31;  New-York de 6,8.

Les Amricains s'en meuvent. Quelques-uns accusent l'immigration. Mais
 tort, car la proportion des homicides est la plus forte dans les Etats
du Sud o il y a le moins d'immigration. La ville la plus meurtrire est
Memphis (64,3 pour 100.000 en 1912). La rgion la plus meurtrire est
celle des Etats du Sud (20.2 pour 100.000 de population); puis viennent
les Etats de l'Ouest (10,8), les Etats du Centre (8,9) et les Etats de
l'Est (4,6).

Memphis a une population ngre abondante, et les ngres sont le plus
souvent les victimes. Les assassins sont gnralement de la mme race.
De sorte qu'en somme il ne faut pas accuser la population blanche.

THE BEST IN THE WORLD.

Une regrettable coquille nous a fait imprimer inexactement,  la fin de
l'article sur le Centre Mondial, paru dans notre dernier numro, un
mot anglais d'usage courant, que tous nos lecteurs auront certainement
corrig d'eux-mmes, tant il est familier, mme  nos oreilles. Ce n'est
point the beast in the world, mais the _best_ in the world qu'il
fallait lire. L'erreur est d'autant plus dplorable qu'elle pouvait
prter  une absurde quivoque.

UN MONUMENT A HENRI HEINE

Un monument vient d'tre lev  Henri Heine dans sa patrie: pour la
premire fois, une ville allemande s'est avise, non sans, parat-il,
quelque courage, de glorifier la mmoire du pote de _l'Intermezzo_, du
grand satiriste, ami de la France, dont il fut l'hte si longtemps.
Jamais l'ironie mordante, l'esprit libre et hardi d'Henri Heine ne
furent trs gots, du moins officiellement, en Allemagne; et l'on s'y
souvient encore du geste retentissant de Guillaume II, qui, il y a
quelques annes, exila de sa villa Achilleion,  Corfou, une effigie du
pote, place l par l'impratrice Elisabeth d'Autriche. Un admirateur
d'Henri Heine acheta, dit-on, pour une somme fort modique, la statue
indsirable, et aprs l'avoir offerte, sans succs,  plusieurs
municipalits allemandes, la fit mettre dans son jardin,  Hambourg.

C'est, aujourd'hui, l'ancienne ville indpendante de
Francfort-sur-le-Mein qui a pris l'initiative de rendre publiquement
hommage  l'auteur des _Reisebilder_. Le monument qui lui est consacr
est l'oeuvre du sculpteur Georges Kolbe: il symbolise, d'une manire
assez originale, par deux figures, l'une lgre, dresse, semble-t-il,
en quilibre, l'autre douloureuse, meurtrie, la fantaisie et l'amertume
de l'crivain; un mdaillon, o revivent ses traits, est plac sur le
pidestal, au-dessus d'une simple inscription: Au pote Heine.

[Illustration: Le monument d'Henri Heine  Francfort. _Phot. Hans
Fohr._]

LES THTRES

M. Gabriele d'Annunzio, aprs avoir crit directement en franais des
mystres et des pices lgendaires tels que le _Martyre de Saint
Sbastien_ et la _Pisanelle_, s'est enhardi jusqu' crire dans notre
langue une oeuvre moderne, le _Chvrefeuille_, que la Porte-Saint-Martin
s'est hte de reprsenter. C'est une tragdie en prose toute charge de
haute posie; l'action, pre et violente, se droule dans une pnombre
illumine  et l de lueurs; l'hrone est une sorte d'lectre qui se
serait elle-mme arme du glaive d'Oreste, ou encore une soeur d'Hamlet.
On a cout avec une respectueuse attention cette oeuvre franaise du
grand pote italien; on en a applaudi les beaux passages, et ils sont
nombreux; on a applaudi de mme les interprtes, qui ont harmonieusement
adapt leur jeu  la noblesse du texte. Mmes Berthe Bady, Henriette
Roggers, Nelly Cormon, Andre Pascal, MM. Le Bargy et Renoir.

Un vaudeville qui peut tre vu par tout le monde,--ou presque--c'est
_Mon Bb_, au thtre des Bouffes-Parisiens, qui a pour auteur une
femme, une Amricaine, miss Margaret Mayo, et pour adaptateur en
franais M. Maurice Hennequin. Les quiproquos les plus rebondissants,
les situations les plus abracadabrantes s'y succdent sans interruption
autour de trois bbs de huit jours, lesquels, tant en carton, se
laissent manipuler avec une inpuisable bonne grce. M. Max Dearly se
dpense  travers ces trois actes avec la plus exhilarante fantaisie.
Mlle Monna-Delza, Mlle Saint-Bonnet et Mme Marcelle Barry, M. Mauloy,
contribuent  la joyeuse tenue de l'ensemble.

L'Oeuvre, toujours  l'afft des tentatives les plus originales, nous a
fait connatre cette semaine une des productions les plus fameuses du
thtre irlandais, le _Baladin du monde occidental_, de John-Millington
Synge. Cette pice, qui tient de la comdie et du drame, ne saurait
pourtant tre qualifie de comdie dramatique; c'est plutt un drame
comique. L'humour en est plus que britannique; il est vraiment trs
irlandais; et il a paru au public parisien un peu fruste et rude. La
prsentation en avait t faite cependant avec soin et par d'excellents
artistes.

Le thtre Djazet, o se joua plus de mille fois le lgendaire
_Tire-au-flanc_ reprsente depuis quelque temps un vaudeville militaire
auquel on peut prdire sans crainte d'erreur une longue carrire. Les
_Dgourdis de la 11e._ de MM. Mouezy-Eon et Ch. Daveillans (pseudonyme
qui dissimule une personnalit politique de l'Isre) se livrent au cours
de ces trois actes  mille facties plus rjouissantes les unes que les
autres, interprtes avec le plus vif entrain.

[Illustration: Le nouveau ministre de Chine  Paris, M. Hoo-Wei-Teh, et
les membres de la Lgation portant pour la premire fois le costume des
diplomates  l'europenne.--_Phot. Chusseau-Flaviens._]

LES DIPLOMATES CHINOIS CHEZ NOUS

Lundi dernier,  4 heures, le prsident de la Rpublique a reu au
palais de l'lyse, avec le crmonial d'usage, le nouveau ministre de
Chine  Paris, M. Hoo-Wei-Teh. Cette brve information, qu'ont donne
les journaux quotidiens, valait d'tre commente par l'image: c'tait,
en effet, la premire fois que, pour la crmonie de la prsentation au
chef de l'tat, le ministre et les membres de la Lgation de Chine,
renonant au traditionnel costume de leur pays, avaient revtu
l'uniforme assez guerrier des diplomates d'Occident. Les reprsentants
de la jeune Rpublique seront dsormais habills, dans les rceptions
officielles,  l'europenne.

LA MORT DU CARDINAL RAMPOLLA

[Illustration: Le cardinal Rampolla.--Phot. J. Felici.]

A peu de semaines de distance, le Sacr Collge a perdu deux de ses plus
minentes figures. Ce fut d'abord, tout rcemment, le cardinal
camerlingue Oreglia qui s'en alla, terrass par l'ge, aprs une longue
et magnifique carrire dans la pourpre romaine. Le cardinal Rampolla ne
devait pas tarder  le suivre. Le clbre secrtaire d'tat de Lon
XIII, le ministre francophile du Vatican, le pape dsign du dernier
Conclave et que, seul, le veto de l'Autriche empcha de monter sur le
trne de Saint-Pierre, est dcd, presque subitement, mercredi dernier,
un peu aprs minuit, dans son palais Sainte-Marthe, derrire
Saint-Pierre.

Le cardinal Rampolla tait n, il y a soixante-dix ans,  Polizzi, dans
le diocse de Cefalu, en Sicile. En 1867, il tait entr  l'acadmie
des nobles ecclsiastiques qui prpare les futurs diplomates de
l'glise. Il fit la premire partie de sa carrire dans les nonciatures
et dans l'administration romaine. Ses succs diplomatiques comme nonce
en Espagne lui valurent le rang de cardinal en 1887 et peu aprs le
premier poste politique de l'glise. On sait l'esprit de conciliation et
d'entente dont il fit preuve durant ce long ministre. Depuis l'lection
de Pie X, le cardinal Rampolla vivait dans une retraite pleine de
dignit et de grandeur. Il ne cessa jamais d'tre un ami sincre de la
France.

APRS LES INCIDENTS DE SAVERNE

Outre le dplacement des deux bataillons du 99e rgiment caserns 
Saverne, des sanctions-- double tranchant--devaient constituer
l'pilogue des incidents de la petite garnison. Les premiers frapps
auront t les soldats alsaciens qui se plaignirent des agissements du
lieutenant von Forstner.

Le 11 dcembre, en effet,  Strasbourg, ont comparu devant le conseil de
guerre de la 30e division trois jeunes soldats du 99e, nomms Henk,
Scheibel et Blelly, et appartenant tous trois  la 5e compagnie. L'acte
d'accusation leur reprochait d'avoir dsobi  un ordre formel du
colonel von Reutter qui, en prsence de tout le rgiment, le 18 novembre
dernier, avait interdit  ses soldats de parler  l'extrieur des
incidents qui pourraient se passer  la caserne. Les prvenus, en outre,
avaient sign une dclaration publie nagure par l'_Elsoesser_ et dans
laquelle ils affirmaient en leur me et conscience que le lieutenant von
Forstner avait tenu sur le drapeau franais les propos orduriers que
l'on sait.

Le conseil de guerre de Strasbourg a condamn, pour dsobissance, le
soldat Henk  six semaines d'arrts moyens et les soldats Scheibel et
Blelly  trois semaines de la mme peine. Aux termes de l'art. 25 du
Code pnal militaire allemand, l'homme condamn aux arrts moyens doit
coucher sur le bois et reoit comme nourriture du pain et de l'eau. Ces
mesures de rigueur sont adoucies tous les quatre jours. Le conseil de
guerre n'a pas voulu dfalquer de la peine les quinze jours de prison
prventive des accuss,--jeunes recrues qui taient entres seulement 
la caserne le 15 octobre dernier.

[Illustration: Henk. Scheibel. Blelly. LES TROIS JEUNES SOLDATS
ALSACIENS DU 99e RGIMENT D'INFANTERIE CONDAMNS A LA SUITE DES
INCIDENTS DE SAVERNE.--_Phot. A. Merckling._]

[Illustration: LA MNAGERIE DU MTRO, par Henriot.]

[Illustration: La Petite Illustration.]

Note du transcripteur: Les supplments ne font pas partie des ditions
relies de 26 numros. Par ailleurs, ils ont t gars et demeurent
introuvables dans les ditions uniques que nous avons utilises comme
source de certains numros.








End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3695, 20 Dcembre
1913, by Various

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     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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