The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde;  travers la Perse
Orientale, by Various

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Title: Le Tour du Monde;  travers la Perse Orientale
       Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: September 10, 2009 [EBook #29950]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PERSE ORIENTALE ***




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                    LE TOUR DU MONDE




                         PARIS
                IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
                  20, rue du Dragon, 20




                NOUVELLE SRIE--11e ANNE
                       2e SEMESTRE




                    LE TOUR DU MONDE

                         JOURNAL
              DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS




                     Le Tour du Monde
             a t fond par douard Charton
                         en 1860




                         PARIS
              LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie
             79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
         LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
                          1905

Droits de traduction et de reproduction rservs.




TABLE DES MATIRES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

  I. De Paris  Srnagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay 
     Lahore. -- Premiers prparatifs. -- En _tonga_ de
     Rawal-Pindi  Srnagar. -- Les Kachmiris et les matres du
     Kachmir. -- Retour  la vie nomade.                             1

  II. La Valle heureuse en _dounga_. -- Bateliers et
     batelires. -- De Baramoula  Srnagar. -- La capitale du
     Kachmir. -- Un peu d'conomie politique. -- En amont de
     Srnagar.                                                      13

  III. Sous la tente. -- Les petites valles du Sud-Est. --
     Histoires de voleurs et contes de fes. -- Les ruines de
     Martand. -- De Brahmanes en Moullas.                           25

     IV. Le plerinage d'Amarnth. -- La valle du Lidar. -- Les
     plerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacre.
     -- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles.           37

  V. Le plerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funbre et
     hydrothrapie religieuse. -- Les temples de Vangth. --
     Frissons d'automne. -- Les adieux  Srnagar.                  49


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.

  I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motso.
     -- La route dans un ruisseau. -- Dengura. -- Kodioso. --
     Villes et villages abandonns. -- O est donc Betti? --
     Arrive  Dioubasso.                                           61

  II. Dans le territoire de Mop. -- Coutumes du pays. -- La
     mort d'un prince hritier. -- L'preuve du poison. -- De
     Mop  Betti. -- Bnie, roi de Betti, et sa capitale. --
     Retour  Petit-Alp.                                          73

  III. Rapports et rsultats de la mission. -- Valeur
     conomique de la cte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --
     Supriorit de la faune.                                       85

  IV. La fivre jaune  Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --
     Retour en France.                                              90


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

  I. L'le d'Elbe et le canal de Piombino. -- Deux mots
     d'histoire. -- Dbarquement  Porto-Ferraio. -- Une ville
     d'opra. -- La teste di Napoleone et le Palais imprial.
     -- La bannire de l'ancien roi de l'le d'Elbe. -- Offre 
     Napolon III, aprs Sedan. -- La bibliothque de l'Empereur.
     -- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du pote. -- Un
     enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules
     blanches. Dans la paix des limbes. -- Les diffrentes routes
     de l'le.                                                      97

  II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir
     temptueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte
     Giove. -- Un village dans les nues. -- L'Ermitage de la
     Madone et la Sedia di Napoleone. -- Le vieux gardien de
     l'infini. Bastia, Signor!. Vision sublime. -- La cte
     orientale de l'le. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge
     de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer.             109

  III. Napolon, roi de l'le d'Elbe. -- Installation aux
     Mulini. -- L'Empereur  la gorge de Monserrat. -- San
     Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond
     aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et
     le miroir de la Vrit. -- L'Empereur transporte ses pnates
     sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --
     L'ancien Muse de San Martino. Essai de reconstitution par
     le propritaire actuel. Le lit de Madame Mre. -- O il faut
     chercher  Elbe les vraies reliques impriales. Apollon
     gardant ses troupeaux. ventail et bijoux de la princesse
     Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de
     la signorina Squarci. -- L'glise de l'archiconfrrie du
     Trs-Saint-Sacrement. La Pieta de l'Empereur. Les
     broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de
     Porto-Ferraio.                                                121


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes._

  I. -- Alexandrette et la monte de Belan. -- Antioche et
     l'Oronte; excursions  Daphn et  Soueidieh. -- La route
     d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperu
     d'Alep.                                                       133

  II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --
     Premire rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --
     Souvenirs des Htens. -- Excursion  Resapha. -- Comment
     atteindre Ras-el-An? Comment le quitter? -- Enfin  Orfa!    145

  III. -- Sjour  Orfa. -- Samosate. -- Valle accidente de
     l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Antab. -- Court repos  Alep.
     -- Saint-Symon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --
     Conclusion pessimiste.                                        157


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

      qui les Nouvelles-Hbrides: France, Angleterre ou
     Australie? Le condominium anglo-franais de 1887. --
     L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des les. --
     L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des
     Nouvelles-Hbrides. -- Leur avenir.                           169


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

  I. -- Moscou. -- Une dception. -- Le Kreml, acropole
     sacre. -- Les glises, les palais: deux poques.             182

  II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie
     moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le
     Kreml et la ville.                                            193

  III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --
     L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. --  bord du
     _Sviatoslav_. -- Une visite  Kazan. -- La sainte mre
     Volga.                                                       205

  IV. -- De Samara  Tomsk. -- La vie du train. -- Les
     passagers et l'quipage: les soires. -- Dans le steppe:
     l'effort des hommes. -- Les migrants.                        217

  V. -- Tomsk. -- La mle des races. -- Anciens et nouveaux
     fonctionnaires. -- L'Universit de Tomsk. -- Le rle de
     l'tat dans l'oeuvre de colonisation.                         229

  VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La
     Grande-Russie. -- Conclusion.                                 241


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

     La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu
     d'histoire et de gographie. -- La cathdrale de
     Saint-Laurent. -- L'glise Sainte-Marie-des-Anges. --
     Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --
     Procds employs pour le transfert des fresques.             253


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_

  I. -- Woo-Sung. -- Au dbarcadre. -- La Concession
     franaise. -- La Cit chinoise. -- Retour  notre
     concession. -- La police municipale et la prison. -- La
     cangue et le bambou. -- Les excutions. -- Le corps de
     volontaires. -- meutes. -- Les conseils municipaux.          265

  II. -- L'tablissement des jsuites de Zi-ka-oue. --
     Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie
     d'opium. -- Le charnier des enfants trouvs. -- Le
     fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --
     Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --
     Fou-tchou-road. -- Statistique.                              277


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_

     Le problme de la civilisation des ngres. -- L'Institut
     Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --
     L'cole professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --
     Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des ngres et la
     casuistique de la Constitution.                               289


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan_.

  I. -- Arrive  Astrabad. -- Ancienne importance de la
     ville. -- Le pays des Turkomans:  travers le steppe et les
     Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosque;
     son commerce. -- Le dsert de Lout. -- Sur la route de
     Kirman.                                                       301

  II. -- La province de Kirman. -- Gographie: la flore, la
     faune; l'administration, l'arme. -- Histoire: invasions et
     dvastations. -- La ville de Kirman, capitale de la
     province. -- Une saison sur le plateau de Sardou.             313

  III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la cte du golfe
     Arabique. -- Histoire et gographie du Makran. -- Le Sarhad.  325

  IV. -- Dlimitation  la frontire perso-baloutche. -- De
     Kirman  la ville-frontire de Kouak. -- La Commission de
     dlimitation. -- Question de prsance. -- L'oeuvre de la
     Commission. -- De Kouak  Klat.                              337

  V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --
     Comparaison du Seistan et de l'gypte. -- Excursions dans le
     Helmand. -- Retour par Yezd  Kirman.                         349


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

     De Sagon  Pnm-penh et  Compong-Chuang. --  la rame sur
     le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Rap.
     -- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Dcadence de la
     civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.
     -- Oudong-la-Superbe, capitale du pre de Norodom. -- Le
     palais de Norodom  Pnm-penh. -- Pourquoi la France ne
     devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor.        361


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

  I. -- De Budapest  Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La
     valle du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le march
     de Targu Jiul. -- Le monastre de Tismana.                    373

  II. -- Le monastre d'Horezu. -- Excursion  Bistritza. --
     Romnicu et le dfil de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges
      Campolung. -- Dfil de Dimboviciora.                       385

  III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de
     Slanic. -- Les sources de ptrole de Doftana. -- Sinaa,
     promenade dans la fort. -- Busteni et le domaine de la
     Couronne.                                                     397


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._

  I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.
     -- Les _boerin_. -- La maison. -- L'clusier. -- Le march.
     -- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons
     aubergistes. -- Une soire locale. -- Les sabots des petits
     enfants. -- La kermesse. -- La pit du Hollandais.           410

  II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un
     djeuner dcevant. -- Le pre Kick.                           421

  III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --
     La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la
     Hollande. -- Une nuit  Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq
     jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur
     l'eau.                                                        423

  IV. -- Le pcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --
     Les marmots. -- Les canards. -- La pche au hareng. -- Le
     fils du pcheur. -- Une le singulire: Marken. -- Au milieu
     des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes
     filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbires. --
     Produit national. -- Les tourbires hautes et basses. --
     Houille locale.                                               433


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

     Lgende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos  travers les
     dynasties,  l'poque chrtienne. -- Ses monuments et leur
     spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs.         445


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

  I. -- De Tachkent  Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --
     En tarentass. -- Tchimkent. -- Aouli-Ata. -- Tokmak. -- Les
     gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un
     chef kirghize.                                                457

  II. -- La valle de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La
     traverse du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une
     valle dserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --
     Troupeaux de chevaux. -- La valle de Kachkateur. -- En vue
     du Khan-Tengri.                                               469

  III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La
     valle d'Inghiltchik. -- Le tchiou mouz. -- Un chef
     kirghize. -- Les gorges d'Attialo. -- L'aoul d'Oustchiar.
     -- Arrts par les rochers.                                   481

  IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --
     En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqus
     par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la valle
     de l'Irtach. -- Chez le kaltch. -- Cuisine de Kirghize. --
     Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize.   493

  V. -- L'heure du retour. -- La valle d'Irtach. -- Nous
     retrouvons la douane. -- Arrive  Prjevalsk. -- La
     dispersion.                                                   505

  VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et
     Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume
     khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.
     -- Mariages khirghizes. -- Conclusion.                        507


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_

     Premire escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de
     l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La
     vie vgtative des Feroens. -- La pche aux dauphins. -- La
     pche aux baleines. -- Excursions diverses  travers
     l'Archipel.                                                   517


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_

     Accs difficile de Pondichry par mer. -- Ville blanche et
     ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les htels
     de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;
     les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --
     L'avenir de Pondichry. -- Le march. -- Les coles. -- La
     fivre de la politique.                                       529


UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

  I. -- Gographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --
     Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois.      541

  II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --
     Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --
     Astrologie. -- L'criture. -- L'art. -- Le vtement et la
     parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La
     posie.                                                       553


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_

     Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.
     -- La fort de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --
     Le Bou Hedma. -- Un groupe mgalithique. -- Renseignements
     indignes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La
     plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir
     Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.
     -- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --
     Sidi Abd el-Aziz.                                             565


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

  I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en
     _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses potes. -- La
     Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine
     hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux
     palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolde. --
     Un souvenir de l'inondation du Tage.                          577

  II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --
     Les pupilles de l'vque Siliceo. -- Santo Tom et l'oeuvre
     du Greco. -- La mosque de Tolde et la reine Constance. --
     Juan Guaz, premier architecte de la Cathdrale. -- Ses
     transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.
     -- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique
     est son excutrice testamentaire. -- Ximns. -- Le rite
     mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannire d'Isabelle
      la bataille de Toro.                                        589

  III. -- Entre d'Isabelle et de Ferdinand, d'aprs les
     chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hpital de Santa
     Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les
     portraits fameux de l'Universit. -- L'ange et la peste. --
     Sainte-Locadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil
     couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes.           601

  IV. -- Les cigarrales. -- Le pont San Martino et son
     architecte. -- Dvouement conjugal. -- L'inscription de
     l'Htel de Ville. -- Cordoue, l'Athnes de l'Occident. -- Sa
     mosque. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de
     Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.
     -- Doa Maria de Pardes. -- L'industrie des cuirs repousss
     et dors.                                                     613




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--26e LIV.      N 26.--1er Juillet 1905.

[Illustration: Une foule curieuse nous attendait sur les places de
Mechhed (page 308).--D'aprs une photographie.]




 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._

     I. -- Arrive  Astrabad. -- Ancienne importance de la ville. --
     Le pays des Turkomans:  travers le steppe et les
     Collines-Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosque; son
     commerce. -- Le dsert de Lout. -- Sur la route de Kirman.


[Illustration: Un poney persan et sa charge ordinaire.--D'aprs une
photographie.]

La Perse a toujours exerc une grande fascination sur mon esprit.
J'avais servi longtemps dans les Indes, sans avoir l'occasion de la
visiter. Ce ne fut qu'en janvier 1893, aprs avoir pass mes vacances
de Nol en Angleterre, que je pus mettre enfin mes projets  excution
et rejoindre, en passant par la Perse, le btiment qui m'attendait 
Bouchir.

Ma route me conduisit en chemin de fer, par Vienne,  Odessa, o je
m'embarquai pour Batoum; de Batoum  Bakou je suivis la ligne bien
connue de Transcaucasie, puis je m'embarquai  Bakou, non pas pour
Enzeli et Recht, ce qui est la voie ordinaire, mais pour Bandar-Gaz.

Le vapeur devait d'abord stopper  Ouzoun-Ada,  ce moment encore
point de dpart du chemin de fer Transcaspien. Aprs une rude
traverse qui prit tout un jour, nous remontmes lentement l'troit
chenal, dans lequel un bateau  l'ancre nous avertit d'tre prudents,
et, bien que notre tirant d'eau ne ft que de neuf mtres, nous fmes
continuellement requis de nous loigner du bord, de peur d'chouer. La
mer, peu profonde, tait couverte d'une pellicule de glace.  tous
gards, Ouzoun-Ada me parut tre une trs mauvaise base pour un chemin
de fer. Aussi ai-je t heureux d'apprendre, un an plus tard, que
Krasowodsk, beaucoup plus rapproch de la haute mer, et possdant un
port en eau profonde, avait t finalement choisi pour remplacer
Ouzoun-Ada.

Nous ressortmes pniblement du chenal et nous mmes le cap au sud,
pour atteindre, aprs quinze heures, la ville russe frontire de
Chikichliar. Le mouillage est presque hors de vue de la ville; je ne
pus donc la visiter. Mais elle n'offre pas grand'chose  voir, et elle
a une mauvaise rputation au point de vue du sol et du climat. Elle
est relie par Astrabad au rseau tlgraphique de la Perse, mais le
chemin de fer Transcaspien lui a enlve son ancienne importance comme
poste militaire.

Continuant notre route vers le sud, nous vmes bientt le climat
changer rapidement. Aprs djeuner, nous tions au large de la station
navale russe d'Achour Ada, ayant devant nous le pays d'Iran, couvert
d'un pais brouillard.

Les les d'Achour Ada sont, en ralit, des parties d'un banc de sable
form par le vent du nord, qui domine dans ces parages; derrire elles
s'tend une vaste lagune appele ici mme _Murdal_, ou eau morte, o
se dversent des cours d'eau chargs d'alluvions. On trouve plusieurs
de ces lagunes le long de la cte; celle d'Enzeli est la plus connue;
mais la baie d'Astrabad, pour nous servir de l'appellation qui figure
communment sur les cartes, est la plus profonde; les bateaux  vapeur
peuvent naviguer tout prs des ctes, et ne sont pas contraints
d'oprer leur dchargement en dehors de la barre, comme  Enzeli.

Achour Ada, qui doit tre une station terriblement malsaine, fut
occupe en 1838 par la Russie, dtermine alors  craser la piraterie
turkomane. Le Gouvernement du tsar a t invit  se retirer de ce
qui,  parler en termes stricts, est encore territoire persan; mais
s'il le faisait, la piraterie ne tarderait pas  relever la tte.
Comme en vertu du trait de Gulistan, le pavillon persan ne peut
flotter sur la Caspienne, toute la police est faite par la grande
puissance du Nord.

Trois pontons taient ancrs devant l'le, qui est si troite que
l'embrun des vagues la traverse par le mauvais temps. Aprs une lente
navigation dans la tranquille lagune, nous finmes par aborder  un
ponton ancr  un mille environ au large de Bandar-Gaz. Nous
rassemblmes nos bagages, et nous nous vmes bientt transports, 
coups de rames,  un port qui tait parvenu  son dernier tat de
vtust, et,  la tombe de la nuit, nous tions nous-mmes sur le sol
de la Perse, form d'une boue paisse et gluante.

[Illustration: Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de
l'auteur d'Astrabad  Kirman.]

Je ne savais trop o aller; mais Yousuf Abbas, un Persan instruit, que
j'avais engag  Odessa et qui doit avoir voyag plus qu'aucun homme
de son ge, me dit que nous pourrions trouver  nous loger chez le
fonctionnaire du tlgraphe; celui-ci nous reut, en effet, trs
aimablement; je pus bientt savourer chez lui un _pilaf_ persan.

Au jour, Bandar-Gaz me parut un endroit mlancolique. La boue y est si
profonde qu'une paire d'chasses y serait trs utile. Les cabanes en
troncs d'arbres paraissaient sales et misrables.

Le Mazandran, qui occupe avec le Ghilan la cte mridionale de la mer
Caspienne, est une province d'un grand intrt, ne serait-ce que par
le contraste frappant qu'elle offre avec les autres parties de la
Perse, ou mme les autres districts bordant la mer intrieure. En
quittant les lagunes, couvertes d'une vgtation pourrie, on traverse
une bande de jungle, de largeur variable, trs dense et infeste de
toutes sortes de vermine et de moustiques, qui y rendent la vie
insupportable en t. On dit que les tigres y abondent, mais il arrive
rarement qu'on en tue. Lorsqu'on atteint les montagnes, le pays change
soudain d'aspect, et le voyageur peut se croire dans le Kachmir; il y
trouve les mmes arbres, les mmes prairies, et, au-dessus, les pentes
nues de la montagne. Ce pays est galement l'habitat d'un cerf
magnifique.

Les Mazanderanis sont des individus au teint jauntre, mais nullement
rabougris, comme on pourrait l'attendre du pays qu'ils habitent. Ils
se vtent de laine et se nourrissent de riz, dont ils consomment
d'normes quantits. Ils sont heureux de vivre et jamais ne dsirent
quitter leur province. En fait, ils ne prosprent pas dans les autres
parties de la Perse.

En deux jours, nous atteignmes Astrabad par une route lamentable. Le
soleil se couchait; nous entrmes en ville par un passage galement
dpourvu de porte et de garde, et le premier tre que nous apermes
fut un chacal. Nous finmes par trouver un homme dans les rues
abandonnes, et il nous guida fort aimablement jusqu' la maison de
Mirza Taki, l'agent britannique, o nous emes la grande satisfaction
de pouvoir endosser des vtements secs. La combinaison de l'humidit
et du froid est trs dsagrable, pour ne pas dire dangereuse, plus
encore en Orient qu'ailleurs, et je me sentais heureux d'avoir pass
sans malaise la zone de la fivre et d'avoir atteint une des plus
fameuses cits de la Perse.

[Illustration: Les femmes persanes s'enveloppent la tte et le corps
d'amples toffes.--D'aprs une photographie.]

Astrabad, surnomme, dans le style hyperbolique de l'Orient,
_Dar-ul-Muminin_, ou Demeure des Fidles, n'est pas, autant que nous
pouvons le savoir, une ancienne ville, bien que, d'aprs la lgende,
elle ait t fonde par Nochirevan, avec l'argent donn par Azad
Mahan, gouverneur des Keronan. Son intrt pour les Anglais vient
surtout de la tentative malheureuse qu'on fit, au XVIIIe sicle, pour
y ouvrir un trafic anglo-persan.

Au commencement du IXe sicle, on s'tait beaucoup exagr
l'importance d'Astrabad. Napolon et le tsar Paul avaient form un
projet d'invasion de l'empire des Indes par cette route. Il fut repris
par la Russie durant la guerre de Crime, mais  l'une et l'autre
priode, l'excution en aurait presque infailliblement abouti  un
dsastre. Aujourd'hui le chemin de fer Transcaspien a enlev  la
ville toute l'importance qu'elle a pu avoir, quoique dans le cas d'une
attaque de la Perse par le nord, la capture de Chahroud faite par la
voie d'Astrabad sparerait Mechhed de la capitale.

Astrabad remplit peut-tre une moiti de sa superficie primitive, et
l'on me dit que sa population ne dpasse pas dix mille habitants. La
plupart des rues ont t paves, probablement par Chah Abbas, et les
maisons sont construites en briques ou en pierre, avec des toits de
toiles rouges ou de chaume, dont l'aspect est gai, mme en hiver; au
printemps, comme les crtes des murs sont plantes de fleurs, l'effet
doit tre trs joli. La ville fabrique du savon en grande quantit. La
potasse est extraite d'une plante curieuse qui crot sur les bords de
la rivire. Enfin on fabrique aussi de la poudre. Ce sont l toutes
les industries locales.

Une lourde chute de neige survint, qui fit paratre plutt bizarres
les oranges dans les arbres. Je partis pour la chasse, esprant que la
neige ferait descendre les cerfs des hauteurs. Je n'en vis pas un,
malgr mes efforts, pendant toute une semaine. En revanche, j'aperus
quelques daims et de nombreux sangliers, dont je ne tuai qu'un, pour
essayer un nouveau fusil.

Quand je revins  Astrabad, les prparatifs de ma petite expdition
dans le pays turkoman taient termins, et je me mis en route dans la
direction du nord. Tandis que la fort atteint presque le ct sud de
la ville, le pays, au nord, est tout  fait plat et ouvert, avec
beaucoup de cultures. Aprs avoir dpass quelques hameaux, nous
atteignmes le Kara-Sou, ou Eau-Noire, au cours lent et boueux. Un
pont le traverse, qui mne en plein pays turkoman. Quelques milles
d'une plaine admirablement fertile nous conduisirent jusqu'aux bords
du Gurgan, un fleuve dont le nom a la mme racine que le mot
d'_Hyrcanie_. Un second pont, aussi solide que le premier, est
command par le fort d'Akkala, ou le Fort-Blanc, une des anciennes
places des Kadjars, encore occup par une garnison, et d'une apparence
imposante. Nous ne franchmes pas le fleuve, mais nous longemes sa
rive gauche, et, dpassant divers groupes d'_alachouk_, nous parvnmes
au camp de Mousa khan, chef des Ak-Atabai, pour lesquels j'avais une
lettre du colonel Stewart.

Pour vous reprsenter un _alachouk_, imaginez un cadre de branches
recourbes ressemblant  une ruche d'abeilles et d'environ 20 pieds de
diamtre; du feutre noir est tendu sur ce cadre, et le rsultat est
une maison mobile qui, au moins par les temps froids, est prfrable 
une tente.  l'intrieur, les lares et les pnates sont rassembls en
normes paquets, tandis que la carabine du matre de l'habitation est
suspendue  porte de la main. Des morceaux de tapis sont disposs sur
les interstices du feutre, et quand le feu est allum sur le foyer
dcouvert, on prouve l-dedans l'impression d'un confort rel, un peu
gte, il est vrai, par la tome. Chaque camp tait occup par un
nombre de familles allant de dix  trente; elles passent cinq mois au
sud du Gurgan, font leurs moissons, puis mnent leurs troupeaux patre
prs de l'Atrek.

On peut considrer comme la patrie des Turkomans une bande de terrain
qui partant de la baie d'Astrabad aboutit aux confins des trois tats:
la Russie, la Perse et l'Afghanistan.

Leur premire apparition importante dans l'histoire date du XIIe
sicle, poque o ils renversrent le sultan Sandjar.

Chah Abbas, lors de son accession au trne, tablit de grandes
colonies de Kurdes notamment  Boujnourd, et  Koutchan; ce fut
videmment un coup pour les bandits turkomans; mais jusqu' leur chute
dfinitive, aprs la prise de Khiva et celle de Merv, ils furent un
vritable flau pour la Perse. On n'en peut juger que lorsque, comme
moi, on a vu de leurs anciens prisonniers et su ce qu'ils eurent 
supporter; d'autant plus qu' la frocit naturelle des Turkomans
s'ajoutait la haine des Sunnites pour les Chiites. M. Vambry m'a
racont que, quoique trs bien trait lui-mme lors de son sjour sur
l'Atrek, les spectacles dont il fut tmoin lui firent maudire ses
htes.

[Illustration: Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravag, une
rivire presque  sec; au fond, des constructions  l'aspect de
fortins.--D'aprs une photographie.]

 ma grande contrarit, j'appris que Mousa khan tait all pour la
nuit  Astrabad. Je mis  profit le jour de l'attente que je dus
passer l pour visiter les ruines d'une ville nomme aujourd'hui
Kizil-Alan. Il y a aussi des monticules, disperss le long de la
valle du Gurgan, qui ont intrigu les voyageurs. Quelques-uns y ont
vu des sries de postes  signaux. Il est plus simple de supposer que
ce sont des ruines de villages ou de villes. Nous n'en pouvons dire
plus, avant qu'on ait fait des fouilles systmatiques. Alors une riche
moisson rcompensera les explorateurs de l'ancienne Hyrcanie.

Ds son arrive, Mousa khan me fit savoir par Yousouf qu'il ne pouvait
prendre sur lui de me laisser passer  travers le pays turkoman.
J'tais certain d'tre tu ou vol, et lui en serait tenu comme
responsable par le Gouvernement persan. J'eus beaucoup de peine  le
faire revenir sur sa dcision; enfin, au bout de trois jours, il cda
sur la menace que sa rputation d'autorit en souffrirait en Europe,
et consentit  me faire escorter jusqu' l'Atrek par trois de ses
parents, qui organiseraient mon voyage plus loin.

Je me sparai ainsi de mon hte au passage du Gurgan, et nous prmes au
nord,  travers le steppe neigeux. D'abord il tait tout  fait plat,
mais en approchant de l'Atrek, nous passmes une chane de collines
basses, connues sous le nom de Kara-Tapa, les Collines-Noires. Le
soir, au milieu d'une tempte de neige, nous atteignmes  Tengli un
camp d'Ataba, o nous couchmes. La tribu des Ataba compte environ
deux mille familles en Perse et mille en Russie. Nous continumes
ensuite  longer l'Atrek, guids, pendant quelques tapes, par un
_mullah_ turkoman, Hak Nafas, qui se trouva fort peu sur. J'appris de
Yousouf qu'il tait un bandit rclam  la fois par Astrabad et par
Boujnourd. C'tait beaucoup pour un seul homme.

[Illustration: Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et
les plus visits de l'Asie (page 308).--D'aprs une photographie.]

Un peu avant de nous quitter, il avait eu  mi-voix une confrence
avec quelques hommes de notre escorte. Le soir de ce jour, ayant
franchi la rivire, nous campmes auprs d'un groupe de cinq tentes.
On ne nous invita pas, comme d'ordinaire,  entrer dans les
_alachouk_, et nous devinmes sans peine que quelque chose se
prparait contre nous. Je barricadai donc ma tente et je veillai, ce
qui me fut facile, tant tourment par un violent mal de dents. Vers
minuit, les Turkomans se mirent  ramper vers nos tentes avec leurs
carabines; quand ils furent  cinquante mtres, Yousouf alla trs
poliment s'enqurir de leur sant. Sur quoi, sans dire un mot, ils
disparurent. Nous chargemes nos mules avant le lever du soleil, et
Yousouf, qui montra pendant tout ce temps l une crnerie splendide,
harangua nos voleurs _in partibus_, en leur reprochant leur violation
des lois de l'hospitalit et les menaant de toutes sortes de
chtiments. Finalement, ils disparurent et nous laissrent en paix. Le
mme jour, nous faillmes tre attaqus par nos guides de
l'avant-veille, qui nous suivaient sur l'autre rive de l'Atrek. Mais
ils se retirrent, persuads que le _Sahib_ devait avoir de puissants
protecteurs, et que, sans cela, il ne se serait jamais hasard dans ce
pays.

 Akchanim, en aval d'une gorge de l'Atrek, j'arrivais sur le
territoire des Turkomans Goklan. C'est le premier endroit o je fus
l'objet d'une rception aimable. Mon hte, Moustafa Kouli, avait t
attach en 1874  la mission de l'Hon. G. Napier au Gurgan.

Nous franchmes ensuite, par une pente trs raide, le passage connu
sous le nom de passe Hanaki; son sommet est  1020 mtres d'altitude.
De l, la valle que nous venions de remonter apparaissait comme une
carte en relief; derrire, se dressait le Sonar-Dagh. Au sud, il y
avait de la neige partout, avec des prsages de chute nouvelle. Nous
htmes donc le pas; ce ne fut pas nanmoins avant le coucher du
soleil que nous atteignmes le fort en ruines d'Amend, autour duquel
se groupaient quelques tentes des Toktimach.

Le lendemain, nous remontmes pniblement la valle de l'Incha, pour
passer ensuite un second col, et le surlendemain, nous atteignions,
dans un district cultiv et sur la route d'Astrabad  Boujnourd, le
village de Semalgan, probablement le _Samangan_ du Chah Nameh, un des
nombreux villages appartenant aux Kurdes. Inutile de dire que j'tais
enchant d'avoir derrire moi le pays des Turkomans, mais aussi
d'avoir eu un coup d'oeil sur leurs coutumes et leurs ides, ce que je
n'aurais jamais pu obtenir si j'avais voyag avec une escorte.

Les Kurdes me reurent aimablement. Ils avaient gard de bons
souvenirs du colonel Napier. Mais j'tais un peu embarrass de venir
aprs lui: il avait gnreusement distribu des cadeaux, et moi je
passais les mains vides.

Franchissant la passe de Halinur, qui s'ouvre dans une haute chane de
montagnes, nous arrivmes enfin  la petite ville de Boujnourd. J'y
fus reu trs aimablement par le gouverneur, qui me flicita d'avoir
accompli sans encombre un aussi prilleux voyage. Et de fait, je ne me
rendis compte qu' ce moment des risques que j'avais courus. Le
colonel Yate, qui parcourut cette contre l'anne suivante avec
soixante-dix hommes et une escorte arme, l'appelle la partie la plus
sauvage et la plus insoumise de tout le territoire turkoman, o les
Persans n'osent pas mettre le pied.

La province de Khorassan, dans laquelle nous venions d'entrer, est
dans l'angle nord-est de la Perse; son nom signifie Pays du Soleil.
Elle occupait autrefois un espace norme; elle s'tendait de la mer
Caspienne  Samarkand, et au sud, jusqu'aux confins du Sind.
Aujourd'hui, elle va de la Transcaspie, au nord, au Seistan au sud, et
de l'Afghanistan  l'est jusqu' Astrabad  l'ouest. Sa superficie est
value par lord Curzon de 375000  435000 kilomtres carrs.

Le soir de mon arrive, je rendis visite au _Saham-u-dola_, qui est
gardien des Marches depuis de longues annes, et qui jouit d'une
grande rputation. Je ne lui dis pas tout d'abord que j'tais un
officier voyageant pour mon plaisir; mais voyant qu'il me considrait
comme employ  quelque extraordinaire mission, je lui rvlai le
fait. Il ne me crut pas, naturellement: un Oriental ne voyageant
jamais que pour gagner de l'argent ou comme plerin.

[Illustration: La cour principale du sanctuaire de Mechhed (page
308).--D'aprs une photographie.]

Boujnourd est une petite ville qui compte peut-tre dix mille
habitants et une longue rue, et qui est relie  Mechhed par une ligne
tlgraphique et par une poste hebdomadaire. La rue est borde de
boutiques pleines de samovars russes et de calicot de Manchester.
J'achetai trois tapis turkomans pour une somme quivalant  sept
livres. La fortune favorisa mon ignorance: ils valaient quatre ou cinq
fois cette somme en Angleterre.

Trois jours nous ayant suffi  puiser les curiosits de Boujnourd,
nous engagemes de nouvelles mules et nous partmes pour Koutchan.
Sortis par la porte de Mechhed, nous passmes  ct de l'ancienne
ville, aujourd'hui en ruines, et nous descendmes  l'Atrek. Parmi les
nombreux villages que nous traversmes, quelques-uns avaient des tours
carres ressemblant,  distance,  celles des glises anglaises; il y
avait partout un air de prosprit que nous n'avions pas trouv dans
le district, mieux dou de richesses naturelles, d'Astrabad. Le
lendemain, nous traversions la rivire sur un pont en bon tat, et
passant  Sissah, nous entrions dans le territoire de Koutchan. La
valle s'largit, la terre est trs fertile, et les villages sont
aussi serrs que dans diverses parties du Pendjab.

[Illustration: Enfants nomades de la Perse Orientale.--D'aprs une
photographie.]

Pendant notre marche, nous fmes tmoins de la survivance de cette
trs ancienne coutume, le mariage par capture. Nous rencontrmes
d'abord l'escorte d'une fiance allant  cheval, dans un somptueux
costume blanc et rouge. Un peu plus loin se trouvaient des cavaliers,
et,  l'approche de la dame, on organisa une sorte d'escarmouche,
jusqu' ce qu'elle et fait mine de se rendre.

 Chirwan, je me retrouvai en terrain explor, et j'arrivai  la route
de Koutchan  l'endroit o se fait videmment un important trafic avec
Geok-Tapa, le point le plus rapproch du chemin de fer Transcaspien.
L'Atrek tait maintenant rduit aux dimensions d'un large ruisseau.
Une marche de 35000 milles,  travers une des valles les plus
fertiles de la Perse, nous mena jusqu  Koutchan. Le district dont
cette ville est le chef-lieu est le plus important des trois districts
kurdes; jusqu' ces dernires annes, il tait semi-indpendant. Nadir
Chah fut assassin en 1747, en essayant de le rduire. L'_Ilkhani_ a
t dcrit de trs amusante faon par lord Curzon; il est gnralement
dans un tel tat d'brit, par l'effet de l'opium ou de l'alcool,
qu'il est ncessaire de lui annoncer sa visite trois jours  l'avance.
Je m'abstins d'aller le voir, dsireux de ne pas perdre de temps.

Je trouvai  Koutchan une lettre du consul gnral britannique 
Mechhed, M. Elias, qui m'annonait fort aimablement qu'il avait envoy
 ma rencontre,  une tape de la ville, un _sowar_ et deux chevaux.
Nous frtmes une voiture pour nous transporter, nous et nos biens,
jusqu' la ville.

Le pays tait fertile, mais monotone. Par suite de la forte gele, la
chausse tait dure et unie. Dans l'aprs-midi du troisime jour,
j'aperus un homme au sommet d'un caravansrail. C'tait le _sowar_,
et, en moins de cinq minutes, je trottais dans la direction de
Mechhed, laissant Yousouf suivre en voiture. Devant nous,  plusieurs
milles de distance, le magnifique dme dor brillait comme une flamme
sous les rayons du soleil couchant.

[Illustration: Jeunes filles kurdes des bords de la mer
Caspienne.--D'aprs une photographie.]

Une foule curieuse nous attendait sur les places de la ville. Par le
_Khiaban_, l'avenue principale, l'_Unter den Linden_ de l'endroit,
puis par les rues enchevtres, nous arrivmes au Consulat gnral, o
nous remes un accueil chaleureux. Sans nouvelles du monde extrieur
depuis deux mois, j'tais inexprimablement heureux de me trouver dans
un milieu ami.

Mechhed, dont le nom signifie la Tombe d'un Martyr, est ainsi
appele parce qu'elle renferme la tombe d'un saint, Reza, le huitime
iman. Son sanctuaire est parmi les plus riches et les plus visits de
l'Asie. Le trsor qu'il possde absorbe non seulement de larges
tributs annuels en argent et en bijoux, mais reoit encore en dons et
en legs, des terres et des jardins de toutes les classes de la
socit. Il n'est pas ouvert aux visiteurs chrtiens, ce qui est en
Perse une rgle presque gnrale. Cependant elle n'a pas toujours t
exactement observe, et l'ambassadeur espagnol  la cour de Timour,
Ruy Gonzalez de Clavijo, nous raconte qu'il visita prcisment la
mosque de Mechhed.

Le sanctuaire actuel,  ce que j'appris, est au centre de trois belles
cours. Ses briques, ses lampes ouvrages et ses grilles d'or mettent
autour de lui une atmosphre de beaut bien calcule pour
impressionner les dvots.

Aujourd'hui, l'importance politique et commerciale de Mechhed est
considrable. Au point de vue britannique, c'est un bon poste pour
surveiller l'Afghanistan occidental, et aussi un entrept du commerce
anglo-indien. Mais pour la Russie, le poste est encore beaucoup plus
important, Mechhed tant la capitale de la province du Khorassan, dont
Askhabad dpend pour sa subsistance. Comme on peut le supposer, les
bazars sont presque entirement remplis par des marchandises russes,
mais les objets de provenance anglaise sont galement trs apprcis.
On trouve donc l l'image de la lutte entre les deux pays qui se
disputent l'influence.

[Illustration: Les prparatifs d'un campement dans le dsert de
Lout.--D'aprs une photographie.]

Lors de ma visite, le poste de consul gnral britannique tait occup
par M. Ney Elias (mort depuis), le doyen d'une srie de grands
voyageurs dans l'Asie centrale. Les intrts de la Russie taient
confis  M. Vlassof, qui devait trouver une sphre d'activit plus
vaste en Abyssinie. Comme cela arrive souvent, lui et son secrtaire
avaient pous des Anglaises, ce qui ajoutait beaucoup pour moi aux
plaisirs de la socit. Je n'ai jamais trouv un meilleur accueil que
dans cette petite colonie europenne. Aussi quand je partis, au bout
d'une semaine, pour me rendre  Kirman par le dsert de Lout, je me
sentis tout  fait malheureux de quitter des amis, dont huit jours
auparavant je ne connaissais pas un seul.

En quittant Mechhed, nous suivmes la route de Thran jusqu'
Chrifabad. Elle traverse une rgion ondule et tourne  un point d'o
les plerins, venant du sud, peuvent contempler pour la premire fois
le dme sacr.

Le surlendemain, nous emes  franchir la passe Bidar, o,  notre
grand tonnement, nous trouvmes une neige paisse. De ce passage, qui
a prs de 2000 mtres d'altitude, nous descendmes dans la valle
d'une rivire, dont le cours infrieur porte le nom de _Kal-i-Sala_.
Elle est traverse par un pont rcemment construit, ce qui est rare en
Perse.

Aprs avoir de nouveau franchi une rgion accidente, nous arrivmes 
Turbat, ville de 15000 habitants, appele encore archaquement
_Turbat-i-Haidari_, de la tombe en briques rouges d'un saint rput,
Kutb-u-Din-Haider. Actuellement, on la nomme plutt Turbat-i-Ichak-Khan,
du nom d'un chef des Kara, mis  mort aprs avoir essay de conqurir
Mechhed,  la tte d'une confdration de tribus. Turbat, entoure de
jardins, est devenue, depuis 1901, un centre russe important; un mdecin
russe y a t tabli, sous la protection des cosaques, pour surveiller
les pidmies de peste, ou peut-tre de cholra. La soie tait autrefois
le principal produit de la rgion; sa culture est redevenue prospre.
Mais dans cette rgion comme dans d'autres, la famine ayant suivi la
maladie du ver  soie lui a port un coup qui se fait sentir encore.

Aprs Turbat, nous longemes le Kal-i-Sala, en changeant plusieurs
fois de direction. Il tait intressant de noter que tous les villages
marqus sur la carte taient en ruines, de nouveaux hameaux ayant t
construits  ct, tandis que, surprise plus grande encore, la
rivire, qui tourne  l'ouest, tait figure comme se dirigeant vers
le sud-est.

Nous passmes ensuite  Djangal, Bimurgh, Beidukht, ce dernier village
connu comme la demeure d'un des rares grands _murschid_ de Perse. Ce
matre, qui exerce une immense influence, spcialement sur les
marchands de Thran, est appel Hadji Mulla sultan Al; il a
construit une belle _mderss_ o collge, o il enseigne et prche
tous les jours. On le dit g d'environ soixante ans.

Djouncin, le petit chef-lieu du district de Gunabab, administr par
le gouverneur de Turbat, a une population de 8000 habitants environ
et un petit bazar. Il a pour spcialit une fabrication de poteries si
grossires et si laides que je m'abstins d'en acheter une seule.

La plaine de Gunabad est au pied d'une chane montagneuse, qui va du
sud-est au nord-ouest, et spare ici le pays relativement lev que
j'avais travers du funbre dsert de Lout, o j'allais bientt
entrer. Plus loin  l'ouest, elle se confond avec la partie nord de ce
dsert. Aprs avoir travers cette chane nous arrivmes  Toun, ville
mure, de 4000 habitants. Dans l'enceinte mme, il y a de nombreuses
cultures. L'aspect gnral n'est pas dplaisant.

J'avais ainsi atteint la lisire nord du grand dsert, que j'allais
traverser pour la premire fois et parcourir souvent dans la suite.
Une courte description en paratra ici  sa place. Je dirai d'abord
que divers gographes ont, sans raison suffisante, divis le grand
dsert de Perse en deux rgions, celle du nord, le _Dacht-i-Kavir_ et
celle du sud, le _Dacht-i-Lout_. Lord Curzon citant, d'aprs le
gnral Houtum Schindler, trois drivations possibles du mot _kavir_,
choisit avec raison l'arabe _hafr_, qui signifie marais salin. Ce
mot arabe est encore communment en usage dans la Perse mridionale.
Pour le terme _Lout_, il est srement driv de Lot, et les guides
montrent souvent, dans le grand dsert, des Chahr-i-Lout, ou cits de
Lot. Ils expliquent que le Tout-Puissant les dtruisit par les feux
du ciel, comme les villes sur lesquelles psent aujourd'hui les eaux
de la mer Morte.

Aprs de nombreuses recherches, je suis arriv  cette conclusion que
le dsert de Perse tout entier ne porte que l'unique nom de Lout
(_Dacht-i-Lout_ est une redondance rarement employe) et qu'il
renferme un nombre considrable de _kavir_, dont les caractres sont
partout identiques. J'admets cependant qu'ils sont plus nombreux dans
la partie nord, qui reoit une plus grande abondance d'eau. Un Persan,
lev en Angleterre, m'a dit qu'il avait bien vu la route Yezd-Pabas
indique sur la carte comme le point o se rencontrent deux dserts,
mais que toutes ses tentatives pour s'assurer sur les lieux de
l'existence d'un dsert de _Dacht-i-Kavir_ avaient chou. Cela avait
diminu son respect pour la cartographie europenne.

[Illustration: Le dsert de Lout n'est surpass, en aridit, par aucun
autre de l'Asie.--D'aprs une photographie.]

Le grand dsert de Lout s'tend du voisinage de Thran jusqu' la
frontire du Baloutchistan britannique, sur une distance dpassant
1100 kilomtres. C'est le rebord oriental de cette vaste tendue,
dont le point le plus haut, le village de Basiran, que j'ai visit en
1899, s'lve  1400 mtres. L'altitude moyenne est d'environ 600
mtres; les points les plus bas, prs de Khabis, sont  300 mtres. La
plus mauvaise partie du Lout est celle qui s'tend entre la Perse
orientale et Khabis, et qui fut traverse par M. Khemikoff vers le
milieu du XIXe sicle. Voici ce qu'il crit: On peut imaginer
facilement notre plaisir de nous trouver sains et saufs, aprs avoir
travers un dsert qui n'est surpass en aridit par aucun autre de
l'Asie; compars au Lout, le Gobi et le Kizil-Koum sont, on effet, de
fertiles prairies. J'ai vu l'aspect dsol de l'isthme de Suez. Bien
des parties de cette aride rgion semblent frappes de la mme
strilit que le Lout, mais ce caractre ne s'tend jamais  d'aussi
vastes surfaces.

Il est admis gnralement que le Lout est le fond d'une ancienne mer
intrieure. Cette opinion s'appuie entre autres sur l'existence d'un
volcan actif  Sarhad, du volcan teint de Kouh-i-Bazamn... et sur
beaucoup de lgendes.

Je suis aussi d'avis que, par suite des guerres d'extermination dont
la Perse a souffert, les limites dsertiques se sont tendues. La
Perse est un dsert, avec des villages spars par des intervalles de
quelques milles, et pniblement entretenus en vie par le moyen de
l'irrigation. Quand l'eau vient  cesser, les villageois s'en vont;
inversement, quand les villageois ont t tus, les canaux
s'obstruent, l'eau manque et le dsert s'agrandit.

En dehors du Lout, il y a bien des rgions en Perse o, pendant trois
ou quatre tapes, on ne rencontre pas de villages. Tous ces dserts en
miniature reproduisent les traits du grand. Je dois ajouter encore
que, comme tout l'indique, la chute de pluie a diminu. La cause  la
fois et la consquence de ce fait, c'est que le pays est  peu prs
dpourvu d'arbres. Les deux grandes ncessits pour la rgnration
matrielle de la Perse sont donc l'eau et la reforestation.

[Illustration: Avant d'arriver  Kirman, nous avions  traverser la
chane de Kouhpaia (page 312).--D'aprs une photographie.]

J'ai la prtention, que je crois justifie, d'tre le premier Europen
qui ait travers cette partie du Lout, bien que, au moment o
j'tudiais la question, je fusse persuad que je suivais les traces de
Marco Polo. D'ailleurs, avec des arrangements convenables, la route
n'offre pas de grandes difficults, au moins pendant sept mois de
l'anne. C'est la principale route de Kirman  Mechhed, et elle est
suivie en consquence par des milliers de voyageurs, spcialement par
des plerins.

Au del de Toun, nous prmes la direction du sud et, aprs avoir
quitt la zone cultive, nous entrmes dans un district de collines
basses, noires, brles de soleil. Tous les quatre milles, nous
rencontrions des rservoirs d'eau, connus sous le nom de _hauz_, et
consistant en votes souterraines, o l'on entre par des escaliers.
L'eau qui s'y trouve est gnralement souille; ils en manquent tout 
fait dans les annes sches.

Pendant la seconde journe, tandis que nous rampions pniblement dans
la plaine, nous vmes apparatre une chane de montagnes neigeuses qui
n'tait marque sur aucune carte. Le lendemain, nous tions au village
de Duhuk, dans une dpression de cette chane, dont la hauteur doit
bien atteindre 2700 mtres et qui s'appelle le Mour Kouch.

Les habitants montraient une curiosit intense et bien naturelle 
voir les premiers Europens venus dans leur pays. Elle tait encore
augmente, nous dirent-ils, par ce qu'ils avaient entendu des plerins
sur les miracles accomplis, plus ou moins extraordinaires, par les
Farangis, spcialement  Bombay.

Cette partie du Lout se trouvait beaucoup plus peuple que nous ne
l'avions cru. Nous passmes par les villages d'Arababad et de
Zenagoun, d'o une route de 50 milles nous mena  Naband. Nous fmes
halte  Ab-i-Garm, qui tait un vrai _kavir_, quoique d'un type un peu
anormal. Le district environnant se drainait dans le marais, dans
lequel on trouvait des eaux saumtres. Les tamaris taient en
abondance; quelques btes  cornes paissaient l'herbe grossire, et
nous levmes quelques canards.

Le soir, une tempte nous fit perdre de vue la piste qui formait la
route. Voyant que nous n'avions plus d'eau et ne sachant pas  quelle
distance tait Naband, je partis le lendemain, ds l'aurore, et
j'allai en avant  cheval, afin de renvoyer de l'eau  mes compagnons.

 un dtour du chemin, j'eus tout d'un coup la vision d'un pays de
ferie. Les montagnes opposes taient couvertes de palmiers qui se
balanaient dans l'air, et avec lesquels les bls verts faisaient un
contraste exquis. Au sommet, un vieux fort rouge se dressait
pittoresquement. En entrant dans le bois de palmiers, je vis des cours
d'eau coulant dans toutes les directions. De vastes grottes
compltaient le tableau qui tait vraiment magnifique.

J'envoyai une provision d'eau  mes compagnons, qui ne tardrent pas 
arriver. Nous tablmes notre camp au sommet de la montagne, d'o nous
voyions, entre les palmes vertes, le dsert jaune et brlant de Lout
s'tendre jusqu'au bout de l'horizon. J'appris que le village de
Naband a t fond il y avait deux sicles comme poste avanc contre
les Baloutches. Nous allions entrer dans la sphre des dprdations de
ce peuple.

Les mules ayant besoin de repos, je passai deux jours  explorer la
chane de montagnes voisine, dont la hauteur est d' peu prs 2800
mtres. Elle est presque entirement dpourvue d'eau.

L'tape suivante devait tre de 40 milles. Elle nous mena  travers de
vritables cits de Lot, collines aux flancs escarps, donnant des
visions de tours, de maisons et de formes humaines, sous le brillant
clair de lune. Nous atteignmes, ce jour-l, le caravansrail de
Darband, gard par un soldat solitaire, qui gagne sa vie en vendant
des provisions  des prix de famine. Le lendemain, nous arrivions  la
petite ville de Rawar, qui a 8000 habitants, et qui est renomme pour
ses figues et ses grenades; c'est aussi un centre de l'industrie des
tapis.  Ab-Bid, nous nous vmes entours soudain d'une bande
d'Arabes, qui, aprs nous avoir inutilement demand de l'argent, se
mirent en devoir de piller le caravansrail. Deux hommes vinrent nous
raconter la chose, nous priant de les aider  recouvrer leurs biens.
Volontiers, rpondmes-nous. Ce fut un vrai plaisir de faire
dgorger leur vol  ces bandits. Tout d'abord, ils tirrent leurs
couteaux; mais la vue de deux revolvers les terrorisa, et finalement,
ils rendirent tout ce qu'ils avaient pris.

Notre campement suivant fut tabli  Hur, petit hameau occup 
l'origine par quelques familles de soldats, mis l pour garder le pays
contre les Baloutches. Puis vinrent les tapes de Gwark et de Tejen.
Avant d'atteindre Khabis, la route traverse le fameux Kar-i-Chikan, ou
dfil de la Destruction des nes. Un immense rocher la barre, de
telle sorte qu'il faut dcharger tous les animaux et prendre leurs
charges  la main. Un peu de dynamite suffirait pour remdier
promptement au mal.

La petite ville de Khabis, o nous arrivmes ensuite, a 8000
habitants environ; elle produit d'excellentes dattes, des oranges, du
henn, et c'est une station d'hiver frquente. Elle fut plusieurs
fois au pouvoir des Afghans, avant que la dynastie Kadjar ft
solidement tablie en Perse. Le Rev. A. R. Blackett, de la _Church
Missionary Society_, qui a visit Khabis en 1900, me raconte qu'il y a
trouv les ruines de ce qui tait probablement une glise chrtienne,
dans un groupe de constructions connu sous le nom d'_Akus_,  un mille
 l'est de la ville.

Avant d'arriver  Kirman, nous avions encore  traverser la chane de
Kouhpaia, par le col de Goudai-i-Khouchab, qui s'lve  2200 mtres;
nous campmes au petit village d'Amaristan, et le lendemain matin,
nous nous levions jusqu'au Gudar-i-Galgazut, d'o nous ne tardmes
pas  descendre par degrs sur la plaine de Kirman.

Au point o cessent les montagnes, se dresse un vieil rable, 
l'ombre duquel le voyageur fatigu peut contempler une des grandes
cits de la Perse. Cependant l'aspect de Kirman n'offre pas une
apparence imposante, les maisons et le sol tant uniformment de
couleur khaki. Prs des limites de la ville, le quartier des
zoroastriens, qui a t dtruit par les Afghans, montrait tous les
signes d'une mlancolique dcadence, tandis qu' gauche des collines
de calcaire taient couvertes par des forts en ruines. Aprs avoir
travers une bande de jardins et de maisons, nous atteignmes les
murailles, et j'entrai pour la premire fois  Kirman, ne pensant
gure que je devais avoir, plus tard, de si nombreux rapports avec
cette ville.

  (_ suivre._)     _Adapt de l'anglais par_ H. JACOTTET.

[Illustration: Rien n'gale la dsolation du dsert de Lout (page
310).--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rserves.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--27e LIV.         N 27.--8 Juillet 1905.

[Illustration: La communaut zoroastrienne de Kirman vint en chemin
nous souhaiter la bienvenue (page 318).--D'aprs une photographie.]




 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE[1]

         [Note 1: _Suite. Voyez page 301._]

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._

     II. -- La province de Kirman. -- Gographie: la flore, la faune;
     l'administration; l'arme. -- Histoire: invasions et
     dvastations. La ville de Kirman, capitale de la province. -- Une
     saison sur le plateau de Sardou.


[Illustration: Un marchand de Kirman.--D'aprs une photographie.]

La province de Kirman a toujours eu, depuis qu'elle est apparue dans
l'histoire, une importance considrable, sinon de premier ordre.
Peut-tre, tant donn la configuration physique du pays, son tendue
est-elle approximativement aujourd'hui ce qu'elle tait il y a deux
mille ans. D'autre part, la diffrence est minime entre le nom
classique de _Kermania_ et celui de Kirman.

Au point de vue gographique, la province, qui est presque aussi
grande que la France, offre un rel intrt, ne ft-ce que pour la
diffrence des climats, des productions naturelles et des populations
que l'on y rencontre. Sur une grande tendue, le pays est plat, les
palmiers prosprent; le froment et l'orge poussent en hiver et sont
moissonns au premier printemps. Dans quelques rgions, le Djiruft,
par exemple, de beaux plateaux, montant jusqu' 2700 mtres,
constituent la partie la plus mridionale du principal systme
orographique de la Perse, dans lequel les chanes se dirigent
approximativement vers le nord-ouest. Dans la partie sud du Kirman, on
trouve des pics qui atteignent presque 5000 mtres. Dans le nord et
dans l'est de la province, l'altitude dcrot progressivement;
cependant les montagnes qui avoisinent la capitale sont leves, mais
au del s'tendent les basses dpressions dsertes du Lout.

La meilleure description qu'on puisse donner de l'ensemble de la
province est d'ailleurs qu'elle consiste en partie en dsert pur et
simple, en partie en dsert diversifi par des oasis. Ainsi, le dsert
s'tend bien  l'ouest, au sud et  l'est de Kirman; mais,  une
distance de quelques milles, on trouve de petits hameaux, et sur
certains points des villages, entretenus en vie par des sources
blotties dans les montagnes, et dont l'eau est amene  la plaine par
des _kanats_. Dans certains cas, la premire source peut se trouver 
120 mtres de profondeur, et de nouveaux puits doivent tre creuss 
des distances de quelques mtres. Il est impossible de ne pas admirer
la patiente industrie des paysans, qui russissent  assurer leur
existence au prix des plus grandes difficults. Souvent, une forte
pluie ou une trombe de sable vient, en effet, obstruer les canaux.

Naturellement, les rivires sont sans importance. Le _Halil Roud_
mrite seul d'tre mentionn. Il nat au sud de la grande chane dont
j'ai parl, coule  travers le district de Djiruft, et se jette dans
la rivire de Bampour. On n'a fait jusqu'ici aucune tentative pour
utiliser son eau.

On n'a pris aucune mesure de la chute des pluies dans la province.
Comme elle est de 25 centimtres environ  Thran, on peut admettre
pour Kirman une moyenne de 17 centimtres, ou mme moins. Mais il y a,
 ce point de vue, des diffrences entre les districts. Celui de
Djiruft est le plus favoris.

Dans les hauts plateaux, le commencement du printemps est gt par
d'incessantes rafales et des temptes de poussire venues pour la
plupart du sud-ouest. Les pluies d'orage sont frquentes dans les
bonnes annes.  Kirman, au milieu de l't, les jours sont chauds,
mais les nuits sont agrables, et la brise souffle presque chaque
aprs-midi. Les chaleurs sont passes vers le milieu de septembre.
Aprs l'quinoxe d'automne, un brouillard dense rgne pendant quelques
jours. C'est sans doute la brume dont Marco Polo parle en ces termes:
Et vous devez savoir que lorsque les _Caraonas_ veulent faire une
incursion de pillage, ils ont certains enchantements diaboliques, au
moyen desquels ils rpandent l'obscurit sur la face du jour,  tel
point que vous pouvez  peine reconnatre votre camarade chevauchant 
ct de vous, et ils peuvent faire durer cette obscurit jusqu' sept
jours.

[Illustration: Le Dme de Djabalia, ruine des environs de Kirman,
ancien sanctuaire ou ancien tombeau (page 321).--D'aprs une
photographie.]

 part cette exception, l'automne est dlicieux, quoique les Persans
en trouvent la temprature fivreuse. Cela s'explique, parce qu'ils
mangent trop de fruits. En hiver, il y a de fortes geles, avec des
jours qui sont encore d'une clart admirable. Il y a gnralement un
jour de pluie vers la fin de novembre, et une lgre chute de neige en
dcembre. En janvier, quand l'anne est bonne, on compte trois ou
quatre lourdes chutes d'une neige qui ne tarde pas  fondre dans les
plaines. Ainsi chante le pote Omar Khaygam: L'esprance du monde 
laquelle les hommes mettent leurs coeurs devient cendre ou se ralise;
et de nouveau, comme la neige sur la face poudreuse du dsert,
brillant une petite heure  peine, elle s'en va.

Mais en mme temps, sans les montagnes dans lesquelles les trsors de
la neige sont en rserve pour les temps de trouble, la Perse du
sud-est serait, autant que j'en puis juger, inhabitable. Dans le
Garmsir, les mois d'hiver sont fort agrables; mais, mme en mars, une
tente devient horriblement chaude, et l't est  la fois prouvant et
malsain, quoique, sur beaucoup de points, il y ait des montagnes
fraches, d'un accs facile.

La population de cette grande province compte peut-tre 750000
habitants, qui peuvent se diviser en sdentaires et nomades, ceux-ci
trs nombreux. Les gens des villes et des villages sont, pour la
plupart, des Iraniens. Les hordes des envahisseurs successifs ont
men, presque dans tous les cas, une vie errante, la mme  peu prs
qui nous est dcrite dans le Livre de Job.

Le voyageur qui vient d'Europe trouve la strilit du pays
pouvantable, et, chose triste  dire, elle ne fait que crotre. 
mesure que la population devient plus stable, les provisions de bois
s'puisent, spcialement par la main des charbonniers--il n'y a pas de
mines de houille,--et peu de chanes possdent quoi que ce soit qui
ressemble  une fort. On ne trouve gnralement que des fourrs
disperss; l'un donne la gomme tragacanthe qui est apprcie dans le
commerce; un autre l'_assa foetida_. Les montagnes, m'a-t-on dit,
possdent toutes sortes de plantes alpines.

Voyager dans le sud de la Perse signifie gnralement marcher sur un
sol dont la rverbration est aveuglante, entre des chanes de
montagnes pierreuses. Le voyageur lass salue avec enthousiasme la
moindre petite source; mme un saule rabougri lui semble une chose
admirable, dans une si vaste tendue sans arbres.

[Illustration:  Kirman: le jardin qui est lou par le consulat, se
trouve  un mille au del des remparts (page 320).--D'aprs une
photographie.]

Les principales productions du pays sont le froment, l'orge, l'opium;
les plantes d'automne, sur les plateaux infrieurs, sont le millet, le
coton et la betterave; sur les hauts plateaux et dans les valles, on
cultive beaucoup de pois. Dans le Garmsir, les crales d't sont le
riz et le mas. Le prcieux henn est aussi une source de richesse,
spcialement pour Bam et Khabis. On cultive encore les melons, les
pastques, le raisin, les lentilles, les concombres, les choux, les
laitues, les oignons, etc. Les pommes de terre commencent  acqurir
une certaine popularit. Des fruits de toute espce croissent avec la
plus grande facilit: pommes, poires, abricots, mres, coins,
nectarines, pches, prunes, cerises, figues, grenades, amandes,
avelines, noisettes, noix, pistaches; mais comme on n'en prend aucun
soin, ils sont gnralement d'une saveur mdiocre. Cependant les
oranges et les citrons de Khabis et de Bam sont excellents, et les
pistaches de la province sont renommes.

Les arbres, qui, presque tous, ne peuvent prosprer que par
l'irrigation, sont en petit nombre. Le platane vient au premier rang;
puis viennent le peuplier, le saule ordinaire et le saule pleureur,
l'orme, l'olivier de Bohme, le cyprs, le pin, l'acacia et l'aubpine
 la senteur dlicieuse. Les fleurs les plus rpandues sont les roses,
qui croissent presque  l'tat sauvage, et le jasmin. Les semences
d'Europe sont fort apprcies, les Persans tant trs grands amateurs
de floriculture. On emploie beaucoup d'eau de rose, mme pour en
boire.

En ce qui concerne la faune sauvage, le lopard frquente les
montagnes, mais on le rencontre et on le tue rarement. On peut dire la
mme chose de l'ours. Les moutons sauvages et les bouquetins m'ont
donn l'occasion de plus d'une chasse, et l'on trouve des gazelles
dans toutes les plaines. On rencontre occasionnellement des loups, des
hynes, des chacals, des renards, des chats et des nes sauvages et
des sangliers. Le gibier  plume est reprsent par des perdrix de
diverses espces, des grouses des sables et des pigeons. Les cailles
sont rares, de mme que les canards.

Actuellement encore, comme aux premiers temps de la monarchie perse,
la province est administre par un gouverneur gnral tenu comme
responsable de la rentre des impts, et oblig de payer au shah un
_pichkach_, ou prsent officiel; les ministres reoivent, eux aussi,
quelques gratifications. Grce  la coutume de donner des salaires aux
descendants de presque tous les fonctionnaires et mme  chaque
khan--on m'a parl d'un fonctionnaire recevant 172 salaires pour
lui-mme et pour ses parents,--il arrive que tout le revenu de la
province, qui monte, abstraction faite du _pichkach_ et du bnfice du
gouverneur, etc.,  315000 tonneaux, soit 1575000 francs, est
dpens sur les lieux mmes.

Pour maintenir l'ordre dans la province, il y a deux rgiments
d'infanterie, dont quatre compagnies environ sont toujours sous les
armes. Il y a aussi une poigne d'artilleurs, avec quelques batteries
de campagne. Le Bam et le Narmachir ont ensemble un rgiment, dont une
moiti est en garnison au Baloutchistan. Les soldats ont, en gnral,
bonne faon, et sont durs  la fatigue. Mais leur matriel est
dfectueux, tandis que les brigands possdent gnralement des fusils
Martini.

D'aprs Hrodote, les _Kermanii_ formaient une des douze tribus de la
Perse, et la province de Kirman faisait partie de la quatorzime
satrapie. Strabon la dcrit comme trs fertile. Ainsi que nous le
verrons tout  l'heure, elle fut traverse de l'est  l'ouest par
Alexandre. Je n'ai trouv aucune mention de Kirman  l'poque des
Parthes, mais la province devint fameuse lorsque, aprs la conqute du
Fars, elle fut prise par Ardechis, fils de Papak, fondateur de la
dynastie nationale des Sassanides, qui dura jusqu' la conqute arabe.
Pendant le rgne de cette dynastie, la province, loigne des
frontires de l'ouest et du nord, jouit d'une paix complte.

 l'poque o la secte nestorienne se propagea en Perse, Kirman devint
un diocse dpendant du mtropolitain de Fars. Chose curieuse, la
Perse tait  ce point identifie avec le christianisme, qu'en Chine,
un dcret de l'empereur I-ouen-tsoung parle des glises comme de
temples persans.

[Illustration: Une avenue dans la partie ouest de Kirman.--D'aprs une
photographie.]

Le dernier des rois sassanides, le malheureux Yezdigerd, se retirant
devant les soldats d'Omar, sjourna quelque temps  Kirman, avant de
fuir dans le dsert.

La rvolte qui eut lieu en Perse aprs la mort d'Omar eut pour effet
de resserrer davantage encore les liens de la conqute arabe, surtout
pour les provinces les moins loignes du centre de la domination,
comme l'tait celle de Kirman. Des forts furent construits et des
colonies d'Arabes introduites, spcialement dans le pays chaud, les
fidles de Zoroastre tenant encore les hauts plateaux, trop froids
pour les Arabes.

Nous ne suivrons pas l'histoire du Kirman pendant les deux sicles de
la conqute arabe, et aprs la fondation de dynasties nationales
indpendantes du califat. Ce serait refaire l'histoire entire de la
Perse. Le Kirman lui-mme eut quelques souverains indpendants,
Abou-Ali, un chef de brigands, et la dynastie des Deilamites. Puis,
lors des conqutes des Seldjoucides, qui suivirent la mort du sultan
Mahmoud de Ghazna, Malik-Kaouard, fils de Chakar-Beg, se tailla un
empire dans la province de Kirman; sa dynastie dura un sicle et demi.
Cette priode a vu natre deux historiens, dont les ouvrages n'ont pas
t traduits dans une langue europenne. Les deux souverains les plus
notables de cette dynastie furent Malik Chah et Arslan Chah. Ce
dernier, durant un rgne prospre de quarante ans, fit faire de grands
progrs au Kirman, de telle sorte qu'on put le comparer avec avantage
au Khorassan et  l'Iran; des caravanes venant de toutes les
directions, passaient  travers la province; le Fars et l'Oman taient
soumis au Kirman. Togrou Chah lui succda; mais,  sa mort, les
rivalits de ses trois frres rduisirent la province  un tat
d'anarchie.

Elle fut ensuite envahie par la tribu des _Ghazz_, qui venaient de
piller Merv, et qui la transformrent, en quelques annes, en un
dsert. Cette tribu fut finalement crase par l'arme de l'atabeg
Sad-bin-Zangi, et depuis lors elle ne devait plus relever la tte.
Elle est maintenant reprsente par les Rais, tribu nomade sans
importance.

[Illustration: Les gardes indignes du consulat anglais de
Kirman.--D'aprs une photographie.]

Le Kirman eut le bonheur rare d'chapper aux ravages de la conqute
mongole, la plus terrible dont l'histoire fasse mention. Mais
l'invasion de Gengis-Khan n'en eut pas moins une rpercussion
indirecte sur ses destines. Un officier du khan des Kara-Kita,
Borak-Hadjib, passant par la province, s'en improvisant gouverneur,
demanda et obtint l'investiture de Gengis-Khan. Il mourut en 1234. Il
fut remplac par son cousin et gendre Koutb-ou-Din, qui, aprs s'tre
vu disputer le pouvoir par son beau-frre, devint de nouveau
gouverneur, et mourut en 1258 des suites d'une blessure reue d'un
bouquetin, dans la chane de Djoupar, la mme anne o le calife
Mostasim-Billa tait mis  mort par Houlagou, fils de Gengis-Khan.

 Koutb-ou-Din succda sa veuve, sous laquelle le pays prospra. Elle
fonda des villages et fit creuser des kanats; c'tait elle qui
occupait le trne lorsque Marco Polo passa par la province,  son
voyage de retour. Elle mourut vers l'an 1282. Une autre femme qui
rgna sur le Kirman fut Padchah Katoun; souveraine remarquable; elle
eut aussi une rputation comme potesse. Il est intressant de noter
que, pendant cette priode, l'le d'Ormuz fut tributaire du Kirman.

En 1340, Mobauz-u-Din fonda la dynastie des Mouzaffar, qui rgna
jusqu' Tamerlan. Le conqurant tatare la dtruisit en 1393. La gloire
principale de cette dynastie est peut-tre d'avoir t clbre par le
pote Hafiz. Le Kirman fut alors donn  Amir-Adugui, neveu
d'Amir-Jargui, de la tribu des Barlas, celle mme  laquelle
appartenait le conqurant.

Vers 1450, Djahan-Chah, fils de Kara-Yousouf, et le membre le plus
fameux de la dynastie turkomane des Kara Koinlou ou Moutons Noirs,
envahit l'Iran, conquit Ispahan et ordonna un massacre gnral. Il
envoya son fils Abd-oul-Kasim  Kirman, qui capitula sans rsistance.
L'autorit de ce gouverneur fut bientt si solidement tablie, qu'il
fut capable de rejoindre son pre, occup  conqurir Hrat. Mais les
Moutons Noirs furent  leur tour vaincus par les Moutons Blancs, et le
Kirman fut donn au fils du chef victorieux de cette dynastie,
Onzoun-Hassan. En 1470, la province de Kain fut runie  celle de
Kirman; en 1473, toutes deux furent runies au Fars, sous le
gouvernement de Chah-Kalil.

Plus tard, et aprs la fondation, au commencement du XVIe sicle, de
la grande dynastie des Sefair, la province de Kirman n'a plus
d'histoire, et il est inutile de donner ici la liste de ses
gouverneurs.

Lors de l'invasion de la Perse par l'Afghan Mahmoud, la ville de
Kirman fut vainement assige une premire fois par les envahisseurs;
mais, une seconde fois, en 1720, elle dut capituler. Lorsque, peu de
temps aprs, en 1735, Nadis-Chah, le dernier grand conqurant
asiatique, eut envahi  son tour l'Afghanistan, il fut accompagn par
un dtachement de Kirmanis, que commandait Iman Verdi Beg, et dans
lequel taient reprsents les sectateurs de Zoroastre.

Durant l'anarchie qui suivit son assassinat, en 1747, il semble que
les Afghans pillrent de nouveau Kirman et dtruisirent le quartier de
Zoroastre, imparfaitement protg par un mur  demi construit. Aprs
quoi, Chahrouk-Khan s'empara de la province. En 1758, il fut assassin
par Mourah-Khan.

En 1793, Louth-Ali-Khan s'tant rfugi dans la ville, y fut assig
par Afgha-Mohammed. Sa position tant dsespre, il jeta une planche
sur les fosss et s'chappa  Bam. L, il fut trahi par son hte,
aveugl et finalement mis  mort. La ville dut subir des horreurs dont
elle ne se relvera pas avant un sicle encore. 20000 femmes et
enfants furent emmens en esclavage, et le brutal vainqueur compta
70000 yeux qu'on lui avait apports. Si un seul avait manqu,
j'aurais pris les vtres, dit-il  ses ministres. Pendant de longues
annes, Kirman ne fut plus qu'une ville dsole, peuple d'aveugles.
Elle fut gouverne d'abord par Mohamed Taki, puis par Ibrahim Khan
qui, pendant les vingt annes de son administration, rendit quelque
prosprit  la province puise; il reconstruisit la ville  l'ouest
de son site primitif, creusa des kanats et fonda des villages.

Agha-Khan, nomm gouverneur en 1839, est connu par une rbellion qui
dura trois ans. Le dernier des grands gouverneurs du Kirman est
Mohamed-Ismal-Khan (1860-1869). La province lui doit un renouveau de
prosprit; il construisit la plupart des caravansrails actuellement
existants, les bazars de Kirman et de nombreux villages. Le gouverneur
actuel est Mirza-Mahmoud-Khan, Ala-oul-Moulk, qui fut ambassadeur 
Constantinople, et qui doit trouver que Kirman est bien loin du reste
du monde.

[Illustration: La plus ancienne mosque de Kirman est celle dite
Masdjid-i-Malik (page 321).--D'aprs une photographie.]

En octobre 1894, on me donna la mission de crer un consulat  Kirman
et dans le Baloutchistan persan. Je l'acceptai avec plaisir, bien que
pcuniairement le profit en ft maigre, et je m'y rendis accompagn de
ma soeur, qui a publi ses impressions de voyage et de sjour dans son
ouvrage intitul _Through Persia on a Side Saddle_. Nous nous rendmes
 notre poste par Enzeli, Thran, o nous demeurmes quelque temps,
Koum, Kachan, Yezd, Bahramabad.

 4 milles de Kirman, un gnral vint me souhaiter la bienvenue et
m'offrir le th sous la tente. Les environs de la ville comptent
d'ailleurs quelques maisons de th.  ma grande surprise, je vis
arriver un cheval microscopique, couvert de velours clatant et
harnach d'or. C'est sur cette monture que je devais faire mon entre
en ville. Le _Sahib Divan_ l'avait envoy tout exprs pour moi. Je pus
heureusement me dbarrasser de cette pnible obligation en allguant
que tant revtu de mon uniforme, j'tais oblig de me servir d'une
selle militaire, et que ma selle videmment n'irait pas  un poney
d'aussi petites dimensions.

[Illustration: Membres des cheikhis, secte qui en compte 7000 dans la
province de Kirman (page 322).--D'aprs une photographie.]

Lorsque nous nous fmes entendus sur ces prliminaires, nous nous
mmes en marche vers la ville, avec une lenteur dsesprante, prcds
d'une troupe d'environ deux cents cavaliers et de nombreux chevaux
tenus en laisse. Les commerants hindous et la communaut
zoroastrienne nous souhaitrent la bienvenue en chemin.  la porte
occidentale, une fanfare sonna, et une centaine de _faraches_ et de
porteurs de masses se joignirent au cortge, qui passa lentement le
long des troits bazars, dans lesquels tout trafic tait suspendu.

[Illustration: La Masdjid Djami construite en 1349, une des
quatre-vingt-dix mosques de Kirman (page 322).--D'aprs une
photographie.]

Le jardin qui avait t lou pour le consulat tait  un mille au del
des remparts; mais, avec le temps, nous finmes par l'atteindre. On
nous poussa dans les escaliers pour nous offrir une seconde fois du
th. Aprs quoi,  mon grand soulagement, ceux qui avaient particip 
l'_istikbal_, ou rception, s'en allrent.

La capitale de la province de Kirman a t, ds l'aurore de
l'histoire, un centre important, mais il est certain que l'ancienne
_Karmana_ n'occupait pas le mme emplacement que la ville
d'aujourd'hui. Kirman, qui s'appela d'abord la cit de Bardchii, fut
fond, d'aprs Afzal-Kermani, par Ardechir, fils de Babak.
Abou-Ali-Mohammed ibn Ilias en fit la capitale de la province,  la
place de Sirjan. Son but tait videmment de s'tablir aussi loin que
possible de la trop puissante famille des Deilami, dans la province de
Fars.

Comme c'est souvent le cas des villes de Perse, Kirman dpend des
kanats pour son approvisionnement d'eau. Elle est situe dans une
dpression,  l'altitude de 1730 mtres, au pied d'une chane
calcaire, qui dominait autrefois la ville. Elle est de tous cts
entoure par le dsert, qui est absolument nu, tous les buissons ayant
t dracins pour servir aux fours  briques et aux bains; mais,
comme elle est  la jonction de plusieurs routes, sa position en fait
naturellement un centre de commerce. Le mont Djoupa, qui s'lve 
prs de 4000 mtres,  environ 30 milles au sud-est, forme le trait
principal du paysage; la chane qui forme le bastion oriental du
plateau de l'Iran est  peu prs de mme altitude, mais plus
apparente. Au nord, se dresse la chane, haute et escarpe, de
Kouhpaia; plus loin,  l'ouest, le pic Kouh-i-Chah Timorz. Au
sud-ouest, au sud et au sud-est s'tend une large zone de collines
sablonneuses, qui rendent la vie dsagrable lorsque la brise souffle.
Cela, et peut-tre la raret de l'eau, en mme temps que la haute
altitude, explique la grande salubrit de la ville; mais ce sont
autant d'obstacles  son dveloppement, car, avec si peu de terres en
culture, le pain  bon march est presque hors de question. Mme
l'approvisionnement en fruits de la capitale ne peut venir que de
Djoupar et de Mahoun.

Quand on arrive  Kirman en venant de l'est, la ville prsente une
apparence assez confuse de minarets et de mosques, entours de ruines
presque de chaque ct; l'harmonie est un peu rtablie par les hautes
murailles des glacires,  l'ombre desquelles l'eau est gele. Mais
d'une faon gnrale, comme dans toute l'Asie, les approches de la
ville sont extrmement sordides.

Les deux forts qui dominent la ville taient autrefois le centre de la
vie. Celui qui est connu sous le nom de Kala-Ardechir couvre la crte
et les ramifications d'un rocher, qui se dresse  150 mtres au-dessus
de la plaine. Les murs, construits de briques sches au soleil, de
dimensions colossales, sont encore presque entiers et reposent en
partie sur des fondations de pierre. Au-dessous, sur un peron
occidental, se dresse un second rduit, reli autrefois par une
poterne dont on retrouve quelques traces, avec l'ouvrage principal. Un
chemin qui tourne, en longeant un cours d'eau, monte, du ct du
nord-ouest,  la crte, qui possde une triple ligne de dfense assez
semblable  celle du Kalah-i-Bandar de Chiraz. On y jeta tant de
victimes assassines, que le Vakil-ul-Mulk ordonna qu'il ft combl.

Entre ce fort et le second, plus petit et connu sous le nom de
Kala-i-Dukhtar, ou Fort de la Vierge, s'levaient les principaux
btiments, y compris le palais et la mosque; c'est dans une partie de
ce terrain qu'on a trouv des briques lustres; les gens du pays, qui
viennent prendre la terre des ruines pour en faire de l'engrais, m'en
ont souvent offert, et dans le nombre il y en avait de trs belles.

Le Kala-i-Dukhtar est beaucoup plus bas que l'autre fort; il borde
deux crtes qui se coupent  angle obtus, et il est si troit qu'on
s'en servait seulement comme d'un chemin couvert. Au contraire,
Kala-Ardechir tait trs bien amnag.

Sur l'peron sud de la roche principale, est un rocher dtach. 
partir de la moiti de sa hauteur, un escalier de cent quarante-trois
marches, qui semble relativement moderne, est taill dans le roc. Il
domine l'ancienne ville, dont la muraille partait d'un point situ
immdiatement au-dessous. Plus au sud est le quartier dsert de
Farmitan, avec ses nombreuses maisons en pis, presque intactes.

[Illustration: Dans la partie ouest de Kirman se trouve le
Bagh-i-Zirisf, terrain de plaisance occup par des jardins.--D'aprs
une photographie.]

 l'angle sud de la chane s'ouvre une dpression, avec une
plate-forme terminant le rocher, et surmonte d'une tombe en l'honneur
de Reza Kouli Beg. Au-dessous sont les restes d'un rservoir, que
remplissaient autrefois les eaux du Bahramjird.

Dans la plaine, parmi les ruines nombreuses, on trouve un btiment en
pierre, de forme octogonale, surmont d'un dme en parenthse, avec un
diamtre intrieur de 12 mtres, chaque face mesurant 6 mtres. On le
connat sous le nom de Djabalia, et c'est  peu prs le seul btiment
en pierre de Kirman. Les Persans croient fermement que c'est l le
Dme des Gabrs. On a dit aussi que c'tait la tombe de
Seid-Mohammed-Tabachiri, mais cela est contest. Au sud, tout prs de
la petite chane nue de calcaire, est un groupe de constructions en
pis, connues sous le nom de Tandarustan, et qui sont frquentes en
partie par des disciples de Zoroastre, en partie par des musulmans. On
y expose des offrandes de viandes, et si les _pris_ ou bonnes
divinits les mangent, le voeu qu'on forme en mme temps sera
accompli. C'est peut-tre la survivance corrompue de l'usage parsi de
faire des offrandes aux morts.

En se dirigeant  l'ouest, on approche du Bagh-i-Zirisf, le terrain de
plaisance de Kirman. Il consiste en un certain nombre de jardins, et
couvre une superficie d'environ 250 hectares. Au del, on atteint de
nouveau les anciennes murailles de la ville, et, en les longeant, on
arrive au quartier zoroastrien moderne. Plus loin, au nord, est leur
ancien faubourg, dtruit par les Afghans, et dont la principale ruine
est connue sous le nom de Khana Farang, ou Maison Europenne.
Immdiatement en dehors des murs est le champ de courses, qui a
environ 800 mtres de longueur.

La ville actuelle de Kirman est entoure d'une muraille en bon tat,
qui est perce de six portes, dont l'une, connue sous le nom de
_Sultani_, est cense avoir t l'oeuvre de Chah-Rouk. La forme est
irrgulire, son diamtre tant exactement d'un mille anglais (1609
mtres) de l'est  l'ouest, et un peu plus du nord au sud. Elle est
divise en cinq quartiers, portant les noms de Chahr, Khodja-Khizr,
Koutbabad, Meidan-i-Kala, Chah-Actil. On peut y ajouter les trois
quartiers extra-muraux de Gabri, Mahouni, You-Mouidi.

Touchant aux murs de l'ouest est l'Arche ou Fort, o rside le
gouverneur gnral. On y trouve aussi le bureau du Tlgraphe, les
casernes et l'Arsenal. Ces btiments sont, pour la plupart, de
construction moderne; ils sont beaux et en bon tat. Un grand jardin
entoure les appartements particuliers de Son Excellence.

Les mosques ne sont pas sans intrt. La plus ancienne est la
Masdjid-i-Malik. Elle fut fonde par le Seldjoucide Malik-Touran-Chah,
qui rgna de 1084  1096. L'historien Mohamed Ibrahim, qui vivait au
XVIe sicle, dit qu'il la vit debout, mais en ruines. Depuis lors,
elle a t reconstruite; elle couvre un vaste espace, mais on ne peut
dire qu'elle soit belle.

On peut encore mentionner, parmi les quatre-vingt-dix mosques de
Kirman, la Masdjid Djami, ou Masdjid Mouzaffar, construite en 1349, et
la Masdjid-i-Pa-Minas, construite en 1390. Parmi les six _madarsi_
(pluriel de _mdress_) la plus belle est celle qui fut fonde par le
Zahis-u-Dola. Il y a encore dans la ville cinquante bains et huit
caravansrails.

Jusqu'en 1896, anne o il fut dtruit par un tremblement de terre, le
plus notable des difices de Kirman tait le Kouba Sabz, ou Dme Vert.
C'tait la tombe de la dynastie des Kara Khites, et elle faisait
partie de la mdress de Turkabad. La Kouba tait un curieux btiment
cylindrique, d' peu prs 16 mtres de haut, avec des mosaques d'un
bleu verdtre, le dallage intrieur montrant des vestiges d'une riche
dorure.

Non loin est une pierre, sculpte d'une faon exquise, avec des
versets du Coran en caractres koufiques et _nachk_, insrs dans la
muraille d'un btiment carr et recouvert d'un dme, orn dans le mme
style que la Kouba Sabz. Une vote au-dessous montre videmment que
c'tait une tombe; mais la seule information que je pus obtenir  ce
sujet  Kirman, c'est qu'elle est connue sous le nom de Khodja-Atabeg,
ou Sang-i-Atabeg.

Kirman, que, dans la phrasologie orientale, on nomme _Das-ul-Aman_,
ou demeure de la Paix, peut avoir, avec ses faubourgs, une
population d'un peu moins de 50000 habitants. Au point de vue
religieux, elle est ainsi rpartie entre les diverses sectes:
Musulmans chiites, 37000; Musulmans sunnites, 70; Babis Behai, 3000;
Babis Ezeli, 60; Cheikhis, 6000; Soufis, 1200; Juifs, 70;
Zoroastriens ou Parsis, 1700; Hindous, 20.

Les Babis, disciples de Mirza-Ali-Mohammed, de Chiraz, excut en
1848, font, en secret, beaucoup de proslytes. Ils ont des principes
levs: ils veulent des relations amicales entre tous les hommes,
l'abolition des guerres religieuses, l'tude des sciences utiles, etc.
L'expansion des doctrines du Bab pourrait aider puissamment  la
rgnration de la Perse. Les Babis se sont diviss en Ezeli ou Behai,
selon qu'ils suivent les doctrines de Mirza-Yahya, _Sub-i-Ezel_,
successeur dsign par le Bab lui-mme, ou celles de Mirza-Husein-Ali,
_Beha-Ulla_, son frre an, qui se dclara chef de la secte en 1866.

[Illustration: Les environs de Kirman comptent quelques maisons de th
(page 318).--D'aprs une photographie.]

La secte des Cheikhis a, quoiqu'on ait soutenu le contraire, des vues
identiques  celle des Babis. Elle a t fonde par Cheikh-Ahmad,
d'Ahsa ou Lahsa, dans les les Bahren, qui naquit aux environs de
1750. La secte compte environ 7000 adeptes dans la province de Kirman
et 50000 en Perse. Son chef actuel est Hadji-Mohammed-Khan, un homme
d'apparences distingues, de manires charmantes, possdant une
connaissance du monde extrieur qui rend sa socit trs agrable, et
entirement dgag de tout fanatisme.

Les Juifs de Kirman sont dans une condition misrable; ce sont de
petits commerants, d'une rapacit absurde, assimilant l'extorsion au
profit. C'est un rameau d'une colonie plus nombreuse, tablie  Yezd,
et qui doit tre venue de Bagdad.

Les Zoroastriens, intressants par la survivance d'un trs ancien
culte, le sont aussi par la puret de leur sang. Ce sont des Iraniens
authentiques, sans ce mlange de sang arabe, mongol et turc, que des
invasions successives ont apport en Perse. Ils forment une race plus
belle et plus saine que leurs coreligionnaires musulmans; leurs
coreligionnaires de Bombay offrent un exemple de la dtrioration
physique que produit srement le climat de l'Inde.

Au point de vue industriel, Kirman tait, jusqu' une date toute
rcente, spcialement clbre pour ses chles, mais actuellement elle
l'emporte par les tapis. Ces produits sans rivaux de ses mtiers sont
tisss en soie et laine, et leur finesse, leurs couleurs brillantes,
en font incontestablement les plus remarquables que le monde ait vus;
tout autre parat commun  ct d'eux. Les modles sont trs anciens,
et videmment antrieurs au mahomtisme; des figures humaines y sont
frquemment reprsentes, mais ce sont surtout les fleurs stylises
qui en constituent le dessin; et le mlange de leurs couleurs est
admirable.

[Illustration: Une tour de la mort ou les zoroastriens exposent les
cadavres.--D'aprs une photographie.]

 Kirman mme, on compte environ un millier de mtiers. Chaque tapis
est excut par un matre tisseur et deux ou trois petits garons,
travaillant d'aprs une formule qui est rcite et qui contient
beaucoup de mots archaques; on dit que ces formules ont t
transmises oralement de pre en fils pendant de longs sicles. On
n'emploie ni femmes, ni filles  ce travail. Les couleurs d'aniline,
qui ont presque ruin l'industrie des tapis des nomades, sont
soigneusement vites.

Le chle est tiss de poil de chvre ou de laine. Comme pour les
tapis, les modles sont appris par coeur; le travail est beaucoup plus
fin et ne peut tre excut que par des enfants.

D'autres industries, de moindre importance, sont la fabrication de
feutres, d'_abas_ (la robe de dessus, d'origine arabe, que portent les
Persans), les objets en bronze, etc.

Mon sjour  Kirman a toujours t fort agrable; dans aucune partie
du monde, nous n'aurions pu tre traits avec plus de considration,
et  mon avis les injures lances contre les Persans par des Europens
qui n'avaient jamais appris leur langue sont tout  fait immrites.
Les Persans sont, en gnral, extrmement courtois et spirituels, et
leur esprit de repartie est proverbial. Franais par leur politesse et
leur amour des compliments, ils sont tout  fait Anglais en ce qu'ils
considrent comme le meilleur emploi de leur argent d'acheter de la
nourriture et des vtements.

L'ducation de la jeunesse a t, jusqu'ici, honteusement nglige;
mais on peut remarquer aujourd'hui un mcontentement de bon augure,
grce auquel on pourra plus tard apprendre aux enfants autre chose que
quelques chapitres du Coran, qui, tant crits en arabe, leur sont
incomprhensibles. Aujourd'hui la position d'un matre d'cole est
aussi mauvaise que dans l'Angleterre du XVIIe sicle, et sa paie gale
celle d'un domestique. Il n'est donc pas tonnant d'en voir qui
enseignent encore que Londres est le nom d'un pays dont l'une des
villes est l'ocan Atlantique.

En juin, les nuits commencrent  devenir chaudes, et ma soeur
souffrit beaucoup des attaques des moustiques. Nous nous dcidmes
donc  un changement de rsidence. On nous avait recommand beaucoup
de rgions fraches. Comme je dsirais particulirement retrouver la
route de Marco Polo, nous rsolmes de nous rendre d'abord 
Kouh-i-Hazar, ou montagne de la Tulipe, puis de visiter Sardou, o
j'tais sr que le grand Vnitien avait pass.

En quatre tapes, nous tions au village de Hazar, et nous campions au
coeur des montagnes,  3300 mtres d'lvation. Je fis l des chasses
superbes; la montagne avait t rserve pour le gouverneur gnral,
et l'on n'y avait pas chass depuis plusieurs annes.

Un jour, nous fmes, avec ma soeur, l'ascension du grand pic de
Kouh-i-Chah-Koutb-ou-Din-Haides, ou la Montagne du Saint, l'toile
Polaire de la Foi. C'est le second en altitude des sommets de la
Perse du Sud-Est; il atteint 4180 mtres. Au sommet se trouve une
chsse, avec une collection de monnaies, dont l'une, avec l'effigie de
la reine Victoria, datant de 1837.

Le ciel tait tout  fait clair, le panorama magnifique. Au nord, nous
voyions la chane carre au pied de laquelle est Kirman;  l'est, le
gigantesque Kouh-i-Hazar, qui dpasse 4000 mtres. C'est une montagne
superbe; elle est visible de plus de 100 milles sur la route du
Baloutchistan, et elle a d rjouir les yeux de plus d'un Kermani. Au
sud, se trouvent Sardou, et la succession de grandes chanes, qui,
sous diffrents noms, soutiennent le plateau de l'Iran. Presque dans
chaque direction de l'horizon, nous avions devant nous un pays
rellement inexplor; les routes principales apparaissent seules sur
les cartes, et de chaque ct,  quelques milles de distance, il y a
des rgions entirement inconnues.

De l, nous nous rendmes sur le plateau de Sardou.  Rahbour, nous
visitmes le gouverneur, et nous vmes chez lui un vieillard, de la
tribu des Mehni, qui s'attribuait l'ge de cent vingt-cinq ans. Son
visage tait de la couleur de la cire, ses cheveux semblaient des fils
d'argent.

En quittant Rahbour, nous gardmes approximativement la direction de
l'Est, traversant diffrentes branches du Halil-Roud, dont l'une tait
plus profonde que nous ne l'aurions souhait. La nuit, nous fmes
halte prs d'un jardin, autour duquel campaient une cinquantaine de
familles. C'tait le mois de Moharram, et, pendant des heures, nous
dmes entendre la funbre mlope de la Passion. Elle finit cependant,
et,  notre grande satisfaction, la chose tourna  la comdie,
rappelant les pices de Ladakh, o la mme transformation se produit.
C'est la seule fois que j'aie pu voir en Perse autre chose que la plus
sincre dvotion; mais les nomades sont gnralement considrs comme
moins stricts que les sdentaires dans leurs observances religieuses.

L'tape suivante nous fit traverser le district fertile de Herza, dont
les arbres nombreux contrastent agrablement avec l'ordinaire nudit
des campagnes. Franchissant un col de 2700 mtres, nous arrivmes
graduellement, par des champs onduls de froment,  Dar-i-Mazar,
capitale du Sardou. On y voit un sanctuaire bien entretenu en
l'honneur de Sultan-Seiid-Ahmad-Saghis, descendant de l'imam Mousa. Le
pays environnant est la proprit du sanctuaire, et des paysans
appels _cheiks_ sont  peu prs les seuls habitants permanents du
district, les nomades, au nombre de quatre cent six familles, ne
passant dans ces rgions que les quelques mois d't. Autour du
sanctuaire, on voit une douzaine de boutiques, et une station de bains
y a t rcemment tablie. Quelques Kermani y taient venus jouir d'un
climat admirablement frais.

Nous campmes plus loin prs du col de Sarbizan, o se trouvent les
ruines d'un caravansrail, bti par le septime sultan seldjoucide,
Malik-Mohammed. La chasse tait fort belle, et nous serions volontiers
rests un mois en cet endroit. Mais le _Sahib-Divan_ venait d'tre
renvoy, le _Farman-Fara_ tait de nouveau investi de ses fonctions,
et il nous fallut rentrer  Kirman avant l'arrive de Son Altesse.

Un peu avant Nol 1895, deux Allemands, qui avaient pari de faire le
tour du monde en gagnant leur vie, arrivrent  Kirman. 'aurait t
un grand discrdit pour notre colonie que des Europens demandant
l'aumne; je me crus donc oblig de venir en aide, de toutes faons, 
ces voyageurs. Mais je ne puis dire que j'aie t fch d'apprendre
qu'ils avaient finalement chou dans leur entreprise: de pareils
excentriques, au moins en Orient, ne font que du mal. Les
renseignements qu'ils rapportent ne peuvent tre que sans valeur,
sinon dangereux. En outre, il n'y a pas un Oriental qui ne sente
s'amoindrir l'ide qu'il se faisait des Europens, lorsqu'il en voit
qui voyagent sans domestiques, et couchent dans le premier trou venu.

  (_ suivre._)     _Adapt de l'anglais par_ H. JACOTTET.

[Illustration: Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou Fort de la Vierge, aux
portes de Kirman (page 320).--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--28e LIV.      N 28.--15 Juillet 1905.

[Illustration: Le Farman Farma.--D'aprs une photographie.]




 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE[2]

         [Note 2: _Suite. Voyez pages_ 301 et 313.]

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._

     III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la cte du golfe
     Arabique. -- Histoire et Gographie du Makran. -- Le Sarhad.


     Dans son premier voyage de 1893, le major Sykes partit de Kirman
     pour se rendre  Bouchir, sur le golfe Persique. De l, longeant
     les ctes du golfe, il arriva  Karatchi. Il repartit de ce poste
     pour son second voyage, que nous avons maintenant  raconter. Il
     tait accompagn du major Brazier Creagh, du service mdical de
     l'arme, de sultan Soukhrou, officier de la 3 de cavalerie du
     Pendjab, de deux _sowars_ du corps des guides, et de deux
     domestiques hindous.--Nous lui rendons la parole:

[Illustration: Indignes du bourg d'Aptar, Baloutchistan (page
335).--D'aprs une photographie.]

Partis de Karatchi, notre premire tape fut Gwadour, possession du
sultan de Mascate, o se rfugient de nombreux esclaves persans. Le
lendemain, par un beau temps calme, notre vapeur entra dans la baie de
Chahbar, qui est la plus sre et la plus accessible de la cte. Elle
est abrite de la mousson du sud-ouest par la terre d'Oman, du ct de
laquelle s'allonge le promontoire de Ras-Koulab, tandis qu'au
sud-ouest un long cueil forme un brise-lames naturel. Mais, avec une
entre large de 12 kilomtres et une profondeur d'une vingtaine de
kilomtres, l'ancrage n'est que relativement sr.

Le dbarquement ne s'opra pas sans quelque difficult, au moyen d'une
barque ou _baggala_ indigne. Quand nous fmes dbarqus, nous
transportmes tous nos _impedimenta_ au prochain bureau de tlgraphe.

Avant de raconter notre voyage, quelques notes sur la province o nous
venions d'entrer ne seront pas inutiles. Baloutchistan est le nom,
gnralement admis, d'une rgion vaste, mais faiblement peuple, et
partage entre la Grande-Bretagne et la Perse. Cette province dserte
correspond approximativement  la dix-septime satrapie de Darius,
mentionne par Hrodote. Le grand roi envahit le Hapta Sindou ou
Pendjab, probablement par la route du Baloutchistan, tandis qu'une
flotte commande par l'amiral grec Scylax descendait l'Indus, et, sans
s'effrayer des mares, explorait les rives de la Gdrosie et de
l'Arabie. Cette expdition eut lieu en 512 avant Jsus-Christ, et,
dans un certain sens, elle diminue la gloire d'Alexandre, qui sans
doute ignorait que des Grecs eussent dj navigu dans la mer
rythre,-- supposer qu'ils l'aient fait, ce qui n'est pas prouv.

Au temps d'Alexandre, la cte du Makran tait connue comme le pays des
Ichthyophages, et l'intrieur s'appelait Gdrosie. Sir Thomas Holdich
voit dans le mot Makran, une contraction des deux mots persans _Mahi_
et _Khouran_, qui forment l'exact quivalent d'Ichthyophages. Mais je
crois que le mot est beaucoup plus ancien, et je suggrerais
l'tymologie suivante. Les assyriologues diffrent sur le point de
savoir si le nom de _Magan_ dsigne la pninsule sinatique ou la cte
d'Arabie, derrire les les Bahren et y compris l'Oman; en tout cas,
nous avons le _Maka_ des inscriptions, forme qui se retrouve peu
altre dans les _Mykians_ ou _Mekians_ d'Hrodote. Or, le Makran
tait particulirement connu pour ses mangliers et ses marais, le pays
tant semblable  la cte voisine qu'on appelle le _Ran_ de Katch, mot
provenant du sanscrit _aranya_ ou _irina_, et signifiant un dsert ou
un marais. N'est-il donc pas admissible que l'origine de ce mot fort
discute soit _Maka irina_, ce qui signifie le dsert de Maka? Dans
le Sind, la prononciation moderne est _Makaran_, exactement la forme
que devaient prendre ces deux mots runis.

Physiquement, le Makran s'tend jusqu' la premire chane importante,
formant fate de partage. Jusqu' une trentaine de kilomtres du
littoral, on trouve une plaine sablonneuse, parcourue par plusieurs
cours d'eau, et en maint endroit recouverte de tamaris. Sauf aprs la
pluie, la plupart de ces rivires ne coulent qu'en partie  la surface
du sol. Leur cours devient ensuite souterrain, ce qui a l'avantage de
soustraire leurs eaux  l'vaporation. Ce district devrait tre moins
pauvre qu'il n'est, car le sol est bon et suffisamment arros, et l'on
y trouve d'excellents pturages pour les chameaux. Derrire s'tend
une zone de collines d'argile, basses et arrondies, auxquelles
succdent de rugueuses chanes calcaires, dont les crtes forment le
fate de partage du Makran.

Sir Thomas Haldich dcrit ce paysage en termes excellents dans son
volume _The Indian Borderland_: Une suite monotone et sans vie
d'pines dorsales d'argile lamines, disposes en scie comme les
vertbres d'une baleine, se dressant au-dessus des lignes plus douces
de collines de boue, qui s'inclinent des deux cts, jusqu' l'endroit
o un petit rebord de sel indique une ligne de drainage dans laquelle
l'eau suinte; et un petit dcor fltri de tamaris aux teintes neutres,
refltant les tiges jaunes des herbes oublies de l'anne
prcdente,--tel tait l'aspect sylvestre d'un paysage que nous avions
trop souvent sous les yeux.

Les pontes nord de la chane calcaire plongent dans les rivires de
Bampour et de Mechkil, qui n'arrivent  la mer ni l'une ni l'autre. Au
nord-ouest, le Lout s'tend jusqu' la rivire de Bampour, tandis qu'
l'est de la plaine de Fahradj, les chanes des montagnes persanes qui
allaient du nord-ouest au sud-est, prennent la direction est-ouest qui
est si caractristique dans le Baloutchistan du sud, et qui explique
en partie l'tat arrir de cette rgion, en rendant de la cte son
accs trs difficile. Plus au nord, enfin, est situ le district de
Sarhad, o deux chanes diriges paralllement vers le nord-ouest,
sparent cette rgion leve du Lout  l'ouest et du dsert de Kharan
galement bas  l'est.

[Illustration: Carte du Makran.]

La zone centrale du Baloutchistan est trs montagneuse, mais elle
possde des ressources en eau qui ont t peu utilises jusqu'ici, et
une tendue presque illimite de maigres pturages. La rivire
Bampour, moyennant une faible dpense pour les travaux d'irrigation,
nourrirait facilement une population considrable.

Le Sarhad, qui tait encore il y a quelques annes un vrai nid de
brigands, et qui n'est gure autre chose aujourd'hui, a de grandes
ressources latentes avec ses hautes plaines allant jusqu'au
Kouh-i-Taftan. Cependant le district est presque dpourvu de
population, bien que le creusement des kanats ait dj eu certains
rsultats et qu'on retrouve dans le pays beaucoup de vestiges
d'anciennes cultures. L'ouverture de la ligne de Quetta au Seistan
aura un effet lent, mais sr: le Gouvernement anglais ne peut plus
tre, comme par le pass, indiffrent aux razzias; d'ailleurs, la
Perse y met elle-mme bon ordre, et les razzias ne sont plus ce
qu'elles taient tout rcemment encore, quand les Baloutches tuaient
tous ceux qu'ils faisaient prisonniers, ou, exceptionnellement, les
retenaient en esclavage et les mutilaient pour leur ter l'envie de
retourner chez eux.

[Illustration: Baloutches de Pip, village de deux cents maisons
groupes autour d'un fort (page 334).--D'aprs une photographie.]

Nous ne savons rien de certain sur l'origine des Baloutches, car ils
n'ont pas de livres anciens, sont trs ignorants et en sont fiers,
comme l'taient les barons du moyen ge. Sir Henry Pottinger leur
attribue une origine turkomane; mais, d'aprs le professeur Rawlinson,
le mot Baloutche est driv du nom de Belus, roi de Babylone, qu'on
identifie au Nemrod fils du Kouch de l'criture. Le mot _kouch_ peut
tre l'origine de celui de _kedg_ et peut-tre de _kach_.  l'poque
des Sassanides, le Baloutchistan tait connu sous le nom de
_Koussoun_, qui est peut-tre une forme de kouch. Dans le Chah Nameh
de Firdousi, les Baloutches sont mentionns comme une tribu fixe dans
le Ghilan, sous le rgne de Nochirwan. De l, ils ont d migrer dans
le Baloutchistan, par le Seistan. Trs probablement ils sont de race
aryenne, mais la race a t altre par le croisement avec des
immigrants arabes fuyant les perscutions qui suivirent la mort
d'Hussein. Les chefs se rclament d'anctres arabes, et ils paraissent
appartenir  une race diffrente de celle des paysans. Les Brahouis,
qui forment un autre lment de la population, ont un type trs
distinct: ils sont petits, ramasss et ont la figure ronde, tandis que
les Baloutches sont grands et lancs, avec de longues figures. Les
Brahouis parlent une langue parente du tamoul et doivent tre
d'origine dravidienne.

Il est trs important de noter que plusieurs milliers de Baloutches
vivent en dehors du Baloutchistan; on les trouve jusque dans les
provinces frontires de l'Inde.

Les seules ruines prislamiques que j'aie rencontres sont les
_Gorbasta_ ou barrages d'infidles, qu'on a compares aux murs
cyclopens de la Grce. Ils sont gnralement construits 
l'embouchure d'un dfil, et ils avaient pour but de retenir l'eau
pour l'irrigation. Dans quelques cas, on les trouve sur des pentes,
et, dans le Baloutchistan oriental, il y avait probablement une
nombreuse population dpendant de ces barrages, oeuvres probablement
des Baloutches et des Kouchs.

Mais le colonel Mockler, voyageant  une soixantaine de kilomtres au
nord-ouest de Gwadour, a exhum quelques anciennes constructions en
briques, et a vu galement des barrages en pierre. Il a dcouvert
aussi des os, des poteries, des couteaux de pierre. Dans d'autres
parties du Makran, il a trouv des maisons en pierre, probablement des
tombes, appeles localement _damba-koah_. Mais il ne tire aucune
conclusion prcise de ces dcouvertes, non plus que des fouilles
excutes  Bahren, et o des tombes en pierre ont galement t
exhumes.

Le Baloutchistan fut tributaire de l'ancienne monarchie persane. Il
est certain qu'Alexandre le Grand le traversa de l'est  l'ouest, puis
on le perd de vue pour quelques centaines d'annes. Il n'en est plus
question que sous le rgne de Nochirwan, qui, pour punir les
Baloutches de leurs razzias, on fit de grands massacres. Ils se
tinrent alors tranquilles au moins pendant une gnration, puis
reprirent leurs habitudes de pillage, et leur indpendance ne fut
jamais menace d'une faon durable.

Vinrent les Musulmans; la province de Kirman fut conquise ds les
premires annes de l'Hgire, et le Baloutchistan eut bientt le mme
sort. Mais il est douteux qu'il ait t gouvern d'une faon
permanente par les Musulmans, jusqu' ce qu'il et t dfinitivement
conquis par Yakoub-bin-Lais, de la dynastie des Saffar. Celui-ci rgna
sur un empire qui s'tendait de l'Indus au Chat el-Arab, mais cette
prosprit dura peu, son frre Amz ayant t fait prisonnier par
Ismal, de la famille des Samanides, et mis  mort  Bagdad.

Cependant les Saffar gardrent encore plusieurs sicles le
Baloutchistan, et ils devinrent, dans le cours des temps, une
confdration de chefs. Divers voyageurs arabes, Masoudi entre autres,
Istakhri et Ibn Hankal, nous ont donn un intressant tableau du
Makran  leur poque. Deux sicles plus tard, nous avons les rapports
d'Idrisi et de Benjamin de Tudle.  ce moment, la plus grande ville
du pays tait _Kir_, actuellement un sordide petit hameau de pcheurs
 l'ouest de Chahbar. Idrisi parle d'un grand commerce de sucre; le
Makran se trouvait videmment,  son poque, sur une route frquente.

Lors de l'invasion des Mongols, Djelaleddin de Khiva vint de l'Inde au
Makran pour se mesurer avec les hordes des envahisseurs, et, en 1223,
Djenghiz-Khan ayant dtruit Hrat, envoya Dchagata dvaster le Makran
pour couper les lignes de communication de Djelaleddin.

[Illustration: Des forts abandonns rappellent l'ancienne puissance du
Baloutchistan.--D'aprs une photographie.]

 la fin du XIIIe sicle, Marco Polo,  son retour de Chine, navigua
le long du Makran, mais il est peu probable que le grand Vnitien ait
touch un point quelconque de la cte.

Au commencement du XVe sicle, aprs l'extermination par Timour de la
famille des Mouzaffar, Timour confra le Kirman  l'mir Adagui,
lequel envoya dans le Baloutchistan Djelaleddin Djamchid, qui pilla le
pays jusqu' Kedj. C'est  la fin de ce sicle que les Baloutches
commencent  arriver  Moultan. Un peu plus tard, on les rencontre
dans le Pendjab.

Lors de l'invasion de l'Inde par Nadir Chah, le pays tait gouvern
par Abdoulla Khan. Son second fils, Natiz Khan, revendiqua son
indpendance aprs l'assassinat du Chah; mais il dut, bientt aprs,
reconnatre la suzerainet afghane. Il tendit le plus qu'il put la
domination baloutche, et son pouvoir tait respect jusqu' Bampour.
Mais ses successeurs ne furent plus que les souverains dgnrs d'un
royaume aux dimensions restreintes, et lorsque sir Henry Pottinger le
traversa en 1810, le pays que nous appelons aujourd'hui Baloutchistan
persan tait indpendant.

En 1839, un intelligent voyageur, Hadji Abdoul Nali, nous montre les
diffrents chefs baloutches se livrant  toutes sortes de razzias en
Perse, et se riant des menaces du gouverneur gnral de Kirman.

[Illustration: Chameliers brahmanes du Baloutchistan.--D'aprs une
photographie.]

Mais,  partir de 1844, le Baloutchistan commena  perdre son
indpendance. Aboul-Hassan, puis Ali Khan furent faits prisonniers.
Deux membres de la tribu des Kadjars furent dsigns pour gouverner ce
turbulent district; mais ils ne russirent pas dans leur tche, et ce
fut le mrite d'Ibrahim Khan, fils d'un boulanger de Cam, d'achever la
conqute de ce qui est connu aujourd'hui comme le Baloutchistan
persan. On l'accuse d'avoir t cruel, et il avait, il est vrai, une
certaine propension pour la traite des esclaves; mais il faut tenir
compte de tout l'argent et de tous les prsents qu'on exigeait de lui.
Sir Oliver-Saint-John le dcrit ainsi en 1872: Le redoutable
souverain du Bam, du Narmachir et du Baloutchistan est un petit homme
 figure de Polichinelle(!), qui peut avoir n'importe quel ge, entre
quarante-cinq et soixante ans. Il a une barbe pleine et bien teinte et
de petits yeux perants. Rien dans son visage ne parat indiquer
l'homme rellement suprieur qu'il doit tre, non seulement pour
s'tre lev  sa position actuelle par son simple mrite, sans argent
et sans aide intresse, mais pour avoir rtabli l'ordre et la
tranquillit dans une des rgions les plus turbulentes de l'Asie.
C'est l, fort bien trac, le portrait d'un matre du Baloutchistan.

Ibrahim Khan reut assez mal la commission de dlimitation commande
par sir Frederic Goldsmid pour dlimiter la frontire perso-baloutche,
et, aussitt la mission partie, il se saisit de Kouhak, qui n'avait
pas t attribu  la Perse. Il mourut on 1884, aprs avoir t
pendant trente ans gardien de cette marche du royaume; renvoy 
l'occasion, il tait aussitt rinstall. Son fils mourut quelques
mois aprs lui, et son beau-fils, Zein ul-Abidin Khan, devint
gouverneur; mais il fut remplac en 1887 par un Turc, Aboul Fath Khan,
puis bientt aprs remis  la tte du pays. Il tait l quand j'y
arrivai, en 1893. Je puis ajouter, par anticipation, que Zein
ul-Abidin eut  rprimer deux soulvements des Baloutches, l'un aprs
l'assassinat du chah en 1896, l'autre l'anne suivante.

C'est en partie  l'action du Gouvernement britannique, qui interdit
la vente des fusils, que le Baloutchistan est plus soumis aujourd'hui
qu'il n'a jamais t. Mais les perspectives ne sont pas brillantes. La
paresse, la passivit de ce peuple est telle que, je crois pouvoir le
prdire, dans cent ans sa vie ne diffrera pas plus qu'aujourd'hui de
celle des patriarches.

J'en reviens  notre voyage: grce  M. Lovell, les chameaux taient
prts. Mais les Baloutches n'avaient pas de cordes; aussi fut-il trs
difficile de rpartir les charges. Ils se plaignaient, en outre, de la
lourdeur de ces charges, qu'un muletier persan aurait trouves
lgres. Nous fmes  ce sujet la constatation intressante que chaque
chameau avait un propritaire, et que quelquefois il y avait jusqu'
quatre hommes pour se rpartir les quatre jambes de l'animal.
L'arrangement ordinaire est cependant que le propritaire garde trois
jambes, et donne, en guise de paiement, la quatrime au conducteur.

Nous nous dcidmes enfin  diviser les charges nous-mmes, et nous
partmes tard dans l'aprs-midi, pour marcher jusqu' Tiz, distant de
12 kilomtres. Nous passmes d'abord par le village de Chahbar, habit
par de nombreux commerants hindous, avec ses repaires sordides, que
quelques arbres empchent d'tre absolument hideux; puis nous nous
levmes graduellement sur la chane rocheuse qui le spare du fameux
port mdical de Tiz. Cette dernire localit occupe un emplacement
bien meilleur que Chahbar, tant situ  l'issue de la route
principale qui se dirige vers l'intrieur par Kasakand, et commandant
absolument la route du littoral, qui  l'est descend la montagne en
zigzag, et  l'ouest doit passer par une porte pratique dans un mur
qui va des falaises  la mer.

Il tait trop tard pour parcourir les ruines, qui ne consistent gure
aujourd'hui qu'en un millier de tombes. Nous emes juste le temps de
jeter un coup d'oeil sur l'ancien fort persan, construit il y a vingt
ans environ pour protger Chahbar, conquis par les Persans sur un
cheikh arabe; il fut bientt aprs abandonn par sa garnison.

En 1188 de notre re, Tiz tait videmment un grand port; les
caravanes venant de l'ouest suivaient cette route, lorsque,  la suite
de troubles locaux, celle d'Ormuz tait bloque. Leur itinraire
passait probablement de l'Irak  Kirman, et de l  Bampour, Kasakand
et Tiz; l'autre route possible, par Geh, tant impraticable pour les
caravanes. L'importance de Tiz lui venait en outre, de ce qu'elle
tait le contre du commerce du sucre au Makran, et peut-tre le
dbouch des bls du Seistan; c'tait sans doute la rsidence des
marchands, qui rpugnaient  pousser jusqu' Ormuz. Dans l'oeuvre
d'Afzal Kirmani, le port est appel le Trou de Tiz, et c'est
probablement le _Falmena_ d'Arrien.

Ayant tabli notre camp dans une valle troite o il n'y avait un peu
d'eau que dans quelques trous boueux, nous repartmes le lendemain par
une chaleur atroce, en nous dirigeant vers Parag, un sordide petit
hameau d'ichthyophages. L, nous tournmes le dos  la mer et aussi 
la ligne du tlgraphe, qui, longeant de prs le rivage, souffre
beaucoup de l'humidit. Nos chevaux tant fatigus par leur rcent
voyage en chemin de fer et en bateau, nous nous reposmes quelque
temps  l'ombre des tamaris, et nous ne reprmes notre chemin qu' la
fracheur du soir, traversant une plaine de lave, parseme de quelques
maigres champs de coton.

Notre campement de ce jour se fit au petit hameau de Nour-Mouhamedi.
Le lendemain, sous prtexte que leurs chameaux, arrivs tard dans la
nuit, avaient besoin de se restaurer, nos Baloutches nous
contraignirent  faire halte.

Une nouvelle marche, de 25 kilomtres, nous conduisit  Pich-Mant,
dont le nom signifie Place du palmier nain. Les feuilles de cet
arbre sont employes  divers usages: on en fait des sandales, des
nattes, des corbeilles, des toits, des cordes; on en fait aussi, dit
l'auteur d'_Eastern Persia_, des bonnets, des fourreaux de sabre, des
courroies, etc. Les baies, sches, font des chapelets, les jeunes
pousses sont mangeables, et les racines sont un combustible qui
s'allume toujours, grande ressource dans ce pays o le bois est rare.

Quittant la plaine, qui est d'une formation relativement rcente, nous
entrmes dans une valle pierreuse et dsole, connue sous le nom de
_Pir Ghourik_, ou Dfil herbeux; et de l, franchissant un col bas,
nous arrivmes sur un plateau. Ce jour-l, un essaim de frelons
s'abattit sur notre djeuner, et le mangea pour nous.

[Illustration: La passe de Fanoch faisant communiquer la valle du
mme nom et la valle de Lachar (page 333).--D'aprs une
photographie.]

La journe suivante, un peu plus longue, nous mena jusqu' Ziarat,
sanctuaire construit en l'honneur de Pir Chamil, un saint habitant de
l'Inde, qui mourut ici, il y a  peu prs trois sicles. Nous emes
l'agrable surprise, aprs avoir franchi un vaste plateau, de trouver
de l'eau courante, o nos chevaux s'abreuvrent avec dlices.

Le seul Europen qui nous ait prcds dans cette rgion est le
capitaine Grant, un de ces explorateurs envoys en Perse par Sir John
Malcolm, dans la premire dcade du XIXe sicle. Ses renseignements
sont trs maigres.

 Ziarat, nous avions atteint la limite septentrionale du _Dacht_, ou
District littoral, qui est afferm, nous dit-on, pour environ 5000
francs par an. L'eau de la rivire, qui avait disparu au bout de
quelques milles, reparut un peu en amont, et nous passmes par une
srie de petits hameaux et de bosquets de dattiers, nous arrtant
finalement  Nokinja, o nous pmes nous procurer des bottes de riz
vert pour nos chevaux, et des oeufs et du lait pour nous-mmes.

[Illustration: Musiciens ambulants du Baloutchistan.--D'aprs une
photographie.]

Nous tions sortis enfin des collines arrondies d'argile, et les
chanes par lesquelles nous passions se terminaient en promontoires
effils, au-dessus du lit de la rivire. Immdiatement en amont de
Nokinja, on trouve le confluent du Sirha. Plus haut encore, nous fmes
enchants d'atteindre Geh, la localit principale du district. J'ai vu
des centaines de villages baloutches, mais Geh--le _Bih_ du voyageur
arabe--reste grav dans ma mmoire comme le plus joli. Un magnifique
bosquet de dattiers s'lve  la source de deux fleuves, le Gung et le
Kichi; un vieux fort pittoresque se dresse sur un rocher, et des
collines dsoles, tout alentour, rehaussent le vert d'meraude des
rizires.

L'altitude du village est de 450 mtres environ. Bien que nous
fussions  la fin d'octobre, le thermomtre,  midi, marquait prs de
38.

Geh, Kasakand  l'est, et Bint  l'ouest, forment les trois villes du
Makran persan que le voyageur atteint en venant de la cte. Chacune,
dit-on, possde la mme population, qui ne doit gure dpasser deux
mille habitants, pour autant que nous pmes en juger.

Nous remes la visite de Chakar Khan, frre an de Sardar Hussein
Khan, qui reprsente l'ancien ordre de choses dans la province, et se
rappelle le Baloutchistan  l'poque o il tait indpendant de la
Perse; naturellement, il dsapprouve les changements survenus.
Quelques-uns des habitants parlaient hindoustani, et nous apprmes
qu'ils avaient un petit commerce avec la cte, un des principaux
articles tant le poisson, qu'on vend quand il est dj trs avanc.
En somme, l'tat de la population est misrable, le gouverneur, qui
n'est arrt, comme en Perse, ni par l'opinion publique, ni par le
tlgraphe, la pressurant terriblement. Beaucoup d'habitants migrent
vers Karatchi, Mascate et Zanzibar.

[Illustration: Une halte dans les montagnes du Makran.--D'aprs une
photographie.]

Nous partmes aprs avoir congdi nos chameaux et engag quelques
guides de Lachar, les plus forts et les meilleurs pour les voyages en
montagne. Nous avions  traverser le district inexplor qui nous
sparait du Fanoch. Nous remontmes le lit pierreux du Goung, puis
nous pntrmes dans le bassin du Sirha, dont les deux rives sont
peuples de nombreux villages. Nous fmes halte  Malouran, sur un
tributaire du Rapch. Les habitants, qui n'avaient apparemment jamais
entendu parler d'Europens, nous regardaient avec suspicion;
lorsqu'ils furent  porte de notre voix, nous essaymes du procd
qui nous russissait d'ordinaire, et qui consistait  donner une
roupie  un homme, pour lui montrer que nous entendions payer nos
provisions. Cette fois-ci, il manqua son effet. Une discussion anime
s'engagea; je cherchai, pour ma part,  expliquer que nous paierions
et que nous tions leurs amis; mais le chef de la bande, un coquin
d'une apparence particulirement fcheuse, s'obstinait  refuser.
Finalement, un des hommes de notre troupe sauta sur lui et le jeta
dans la rivire, d'o le malandrin ressortit la bouche pleine de boue;
aussitt les approvisionnements arrivrent. On peut objecter que nous
n'avions pas le droit de recourir  la force majeure; mais je
conseillerai  un de mes contradicteurs de se mettre dans une position
semblable, et je voudrais voir ce qu'il ferait. En fin de compte, les
gens de Malouran devinrent nos trs bons amis pendant la journe que
nous passmes chez eux. Nous constatmes ce trait remarquable qu'ils
sifflaient, talent rare en Orient, o le sifflement passe gnralement
pour tre un langage diabolique.

[Illustration: Baloutches du district de Sarhad.--D'aprs une
photographie.]

Une marche trs rude nous mena jusqu' la rivire de Fanoch, ou Rapch.
De l, nous arrivmes  Fanoch, par un chemin unique en son genre.
Contournant le lit de la rivire, qui coule entre des falaises
appartenant au beau massif du Band-i-Linag, ou chane Bleue, nous
passmes d'abord devant un superbe rocher rouge sang, au pied duquel
est un tang profond; on l'appelle le Giri. Plus loin, les blocs de
rochers, dont quelques-uns pesaient des centaines de tonnes, taient
des plus splendides, variant du blanc clatant au noir de jais; mais
le chemin tait tuant, et nous dmes y traner nos chevaux. Ce fut
donc avec une grande satisfaction que nous atteignmes le sommet de la
gorge, et que nous vmes,  un mille en amont, les dattiers de Fanoch.

Nous fmes reus trs amicalement dans cet endroit, dont les fils de
Chakar Khan taient gouverneurs. Ils exprimrent un immense plaisir 
voir nos fusils.

Dsireux de connatre un peu le pays inexplor qui s'tend  l'ouest,
nous montmes au Kouh-i-Fanoch, ascension laborieuse, qui nous prit
quatre heures. Les 150 derniers mtres sont forms par un rocher de
calcaire blanc, presque perpendiculaire. Du sommet, nous pmes
aisment remonter jusqu' leurs sources les cinq rivires spares qui
forment le Fanoch. Nous joumes en mme temps d'un panorama superbe,
qui nous donna ce que nous dsirions si vivement, une ide du niveau
du pays.  l'ouest, la vue tait en partie borne par de hautes
montagnes; mais au nord, nous emes un coup d'oeil sur le magnifique
Kouh-i-Bazman, qui s'lve solitaire jusqu' 2700 mtres au-dessus de
la plaine (3400 au-dessus de la mer).  l'est, s'tendaient le massif
d'Azabad et le district de Lachar, que nous allions bientt explorer.

Fanoch, o nous nous reposmes un jour, pour manger notre fatigue,
comme disent les Persans, a un aspect beaucoup plus prospre que Geh,
plusieurs de ses maisons tant construites en pierre. Il s'y trouve un
fort, qui parat tre de grande antiquit; mais, comme c'est le cas
ordinaire dans le Baloutchistan, nous ne pmes avoir aucun
renseignement sur son histoire. Les moutons, les volailles, les oeufs,
le lait, l'orge, le riz et le froment sont en abondance, et les dattes
sont fameuses dans tout le Baloutchistan; mais le seul article
manufactur consiste en petites casquettes brodes de soie rouge. Je
demandai si Fanoch se trouvait dans le Makran. On me rpondit que la
frontire est forme par la ligne de faite du Band-i-Linag, au nord de
laquelle se trouve la ville: le Bachkird,  l'ouest, n'est pas
considr comme faisant partie du Baloutchistan.

Nous repartmes par le mme chemin par lequel nous tions venus; mais,
au del de Sartab, nous prmes une direction plus septentrionale,
traversant le Sisha  Tehan, village prospre, d'un millier
d'habitants.

Revenus  Geh, nous trouvmes nos compagnons bien reposs. Deux jours
aprs notre retour, comme nous nous prparions  partir pour Fahradj,
nous fmes agrablement surpris par l'arrive de deux Baloutches, que
le gouverneur du Baloutchistan persan avait envoys pour nous servir
de guides: c'taient Mir-khan-Mohammed, d'Aptar, et Moulla-Bachan.

Nous dmes encore retourner sur nos pas jusqu' Ichan, d'o nous
suivmes d'abord le cours d'un affluent du Sirha. Puis nous arrivmes
au fleuve principal, sur le bord duquel il y avait quelques petits
lambeaux de culture. Nous campmes dans le lit mme de la rivire, et,
le jour suivant, nous trouvmes la plus affreuse route que j'aie
encore jamais vue; en comparaison, les _kotals_ de Bouchi sont des
chausses mtalliques. Un mille en amont, la gorge se rtrcissait
jusqu' n'avoir plus que 30 mtres environ de largeur, et nous
rencontrions des degrs rocheux, en bas desquels la rivire tombait en
cascade. Plus loin, un autre agrment, c'taient des blocs de rochers
de toutes dimensions, de celles d'un omnibus  celles d'une balle de
_foot-ball_. Aprs quoi vint une mare profonde, qui remplissait toute
la largeur de la valle. Au-dessus, un sentier de chvres, o il nous
parut impossible que nos btes charges pussent monter. Cependant, 
ma grande surprise, il n'y eut pas d'accidents.

Nos chevaux taient reints lorsque nous arrivmes  la source de la
rivire, qui se trouve dans le bois de dattiers de Sirha, vaste, mais
entirement nglig. Nous campmes  une altitude de 990 mtres, et ce
fut le premier jour o nous emes une temprature infrieure  30
centigrades. Le lendemain, le temps tait relativement frais; nous
montmes jusqu' la ligne de fate du Makran,  1100 mtres environ,
et de l, nous nous mmes  descendre, contournant les pentes
occidentales de la grande masse de l'Azbag, que nous avions vue du
sommet du Kouh-i-Fanoch. Le soir, nous campions  Pip, la capitale du
Lachar.

Le gouverneur vint nous saluer. Il se montra d'abord trs timide. Son
visage ne s'claircit que quand nous lui emes demand l'histoire de
sa famille. C'tait un garon de seize ans. Pip est un village de deux
cents maisons, qui se groupent autour d'un fort,  une certaine
distance d'un beau bois de dattiers. Dans le Baloutchistan, les
maisons sont toujours construites sur des espaces dcouverts,
probablement parce que le sous-bois des dattiers est employ pour la
culture des crales. Le changement d'atmosphre entre la chaleur
sche du dsert et l'humidit relativement frache des bois de
dattiers est trs agrable, mais de nature, probablement,  donner la
fivre. Cependant, aprs des heures passes dans l'clat sans piti de
la lumire, l'ombre est si bienvenue que nous campions toujours aussi
prs que possible des arbres, et, autant que je sache, aucun de nous
n'en souffrit.

[Illustration: Un fortin sur les frontires du Baloutchistan.--D'aprs
une photographie.]

Mon compagnon et moi, nous tions d'accord pour penser que les
Lacharis taient suprieurs  tous les autres Baloutches que nous
avions rencontrs. Beaucoup mieux physiquement, c'taient des
spcimens sauvages de l'humanit; mais nous les trouvmes toujours
gais et virils, ce qui n'est pas le cas de la gnralit des
Baloutches, qui sont gourmands, vaniteux, peu serviables, et aussi
draisonnables que des chameaux. Il n'est que juste d'ajouter que les
Baloutches sont extrmement honntes, et que si on leur confie des
valeurs ou des lettres, ils les dfendront au pril de leur vie; ils
sont aussi trs moraux, et traitent leurs femmes  peu prs comme
leurs gales. Ils ont un code de l'honneur, et y conforment
gnralement leur vie. On peut citer comme exemple de leur honntet
le fait que, pour payer les employs du tlgraphe, on avait coutume
d'envoyer le long de la ligne un sac de roupies, o chacun prenait 
son tour ses appointements. Une seule fois, un employ abusa de cette
confiance, et il dut quitter son pays, ce qui, pour un Baloutche, est
la plus dure des punitions.

[Illustration: Dans les montagnes du Makran-- des collines d'argile
succdent de rugueuses chanes calcaires (page 326).--D'aprs une
photographie.]

Aprs un jour d'un repos bien gagn, nous continumes  descendre la
fertile valle de Pip.  Ispaka, nous tions arrivs dans le district
de Fahradj, et nous dcouvrions les premiers reprsentants de
l'lment persan, si dtest, sous la forme de deux ou trois soldats
et d'un sergent. Les Baloutches appellent tous les Persans des
_Gagar_, corruption de _Kadjar_, nom de la dynastie rgnante; comme
ils ne voient gure de Persans que les collecteurs de taxes, leur
haine envers eux est quelque chose d'extraordinaire. Je crois
cependant qu'elle a diminu de violence en ces dernires annes.

Le lendemain, nous dirigeant vers la rivire de Bampour, nous
atteignions le village de Kasimabad, dont les habitants sont appels
_Darzada_, nom qui semble indiquer un croisement ngro-baloutche. Ils
sont attachs  la glbe: nominalement, ils reoivent un tiers de la
rcolte; mais, en fait, il semble qu'ils n'aient que juste de quoi se
nourrir.

Ayant travers la rivire  un gu que les sables mouvants rendaient
dangereux, nous atteignmes Bampour. Cette ancienne capitale du
Baloutchistan ne consiste plus qu'en deux centaines de huttes
sordides; le fort tait presque abandonn, le bois de dattiers rduit
presque  rien, et il nous fallut camper sur un tas d'ordures, qui
avait d autrefois tre un jardin.

Zein ul-Abidin Khan, le gouverneur ou _asad-u-Dola_, m'avait crit
qu'il m'attendait  Fahradj, qui se trouve  4 milles de distance, et
qui est beaucoup plus importante, ayant environ deux mille mes, y
compris le garnison. Zein ul-Abidin Khan nous reut sans trop
d'empressement; notre curiosit lui semblait suspecte, comme 
beaucoup d'Orientaux; mais, aprs quelques difficults, nous finmes
par devenir bons amis.

Comme le _Farman Farma_ ne nous annonait son arrive que pour
janvier, nous profitmes du mois que nous avions devant nous pour
explorer le district de Sarhad, en partie encore presque inconnu.

Ayant lou un nombre suffisant de chameaux, nous partmes le 1er
dcembre. Notre premire tape fut Aptar. Nous remontmes ensuite la
valle du Konar Rud. C'est une rgion assez agrable;  de frquents
intervalles, des sources jaillissent dans le lit de la rivire, au
milieu des hautes herbes.  Soran, nous fmes retenus quelques jours
par une attaque de dysenterie de Brazier Creagh.

Quelques jours aprs que nous nous fmes remis en marche, je fis avec
deux chameliers l'ascension du Hamant, afin de bien reconnatre le
pays. Le Hamant est une montagne de 2320 mtres, qu'on a,  tort,
qualifie de volcan. C'est une simple crte en dents de scie. La
monte fut pnible, et la descente le fut plus encore. Du sommet, nous
pmes voir le district inexplor du Sud, qui apparaissait simplement
comme un monotone rseau de montagnes basses; mais, dans toutes les
autres directions, le panorama tait magnifique, bien qu' notre
regret nous ne pussions voir le grand volcan de Sahrad.

Le surlendemain, nous franchissions,  1680 mtres d'altitude, le col
de _Sar-i-Sabra_, qui forme fate de partage des eaux entre les
rivires de Bampour et de Mechkil. Puis nous descendions au village de
Magaz, qui a 2000 habitants environ, et le meilleur climat de tout le
Baloutchistan, et, prenant la direction du nord, nous avions un
premier coup d'oeil sur le volcan du Kouh-i-Taftan, qui, de la
distance d'une centaine de milles o nous le voyions, ressemblait  un
cne blanc.

Deux jours aprs, nous entrions dans le district de Sarhad, qui se
rvla  nos yeux, du col d'o nous le vmes pour la premire fois,
comme une immense tendue de chanes nues, sans un village, sans mme
une tente de nomades. Encore deux jours, et nous tions au fort de
Kivach, capitale actuelle de la rgion,  1350 mtres d'altitude. Le
nom de _kivach_, qui se lit _wacht_, signifie doux et s'applique 
la source d'eau douce, qui jaillit l  21 degrs. Le fort, o vit une
garnison de quatre cent cinquante soldats environ, infanterie et
cavalerie, forme toute la capitale avec quelques tentes noires. Il n'y
a aucune culture aux alentours.

Cet abandon, comme celui de tout le district, est regrettable. Le
Sarhad est la seule rgion, entre Quetta et la province de Kirman, qui
puisse tre considre comme frache. Il a t plus peupl jadis,
ainsi qu'en tmoignent les restes de kanats qui abondent, et l'on peut
esprer qu'au lieu de ne rester habit, comme aujourd'hui, que par
quelques milliers de familles nomades, il deviendra un lieu de passage
important entre Quetta et la Perse mridionale.

De Kivach, malgr les tentatives de mon hte pour me dissuader de mon
projet, je voulus faire l'ascension du Kouh-i-Taftan. Au bout de deux
jours, nous campions,  prs de 2000 mtres d'altitude, au petit
hameau de Ouaradji, et, le lendemain, je grimpais au sommet,
malheureusement sans Brazier Creagh, qui souffrait d'un ulcre au
pied. Les dernires heures de l'ascension furent raides et difficiles:
il fallut d'abord escalader de gros blocs de rochers, puis enfoncer,
pendant les trois cents derniers mtres, dans une couche paisse de
cendre blanche qui, vue de loin, a fait croire que la montagne tait
couverte de neiges persistantes. Nous n'atteignmes le sommet qu'
deux heures de l'aprs-midi, aprs huit heures de grimpade presque
continue. Le Kouh-i-Taftan se termine par deux cimes: celle du nord,
la plus haute, est connue sous le nom de _Ziarat-Kouh_, ou mont du
Plerinage; celle du sud, appele _Mallar-Kouh_, ou montagne Mre
tant le volcan que nous dsirions visiter.

Le cratre, d'o s'chappaient d'aveuglantes colonnes de fume
sulfureuse, a deux ouvertures, chacune d'environ 3 mtres de
circonfrence, et spares  la surface par une distance de 1 mtre.
On ne voyait aucune coule de lave rcente, et l'on ne mentionne
aucune ruption. La vue qu'on avait du sommet tait la plus belle que
j'aie jamais eue en Perse: tous les pics taient clairement visibles,
dans un rayon de 100 milles.

Le volcan est connu, localement, sous le nom de _Kou-i-Chehel-Tan_, ou
Montagne des Quarante tres, qui visitrent, dit-on, le volcan, et
disparurent depuis lors: Taftan, ou _Daftan_, signifie bouillant. La
mme lgende se raconte  Quetta, et elle est commune dans cette
partie de l'Asie. Pour autant que j'ai pu le savoir, les habitants de
la valle ont ador le volcan depuis les temps les plus reculs, et il
est probable qu'ils n'ont pens que plus tard aux Quarante tres en
l'honneur desquels ils font maintenant des sacrifices. D'aprs mes
guides, ces gens s'appellent musulmans, mais ils ne savent rien des
croyances de leur religion.

Nous quittmes notre camp le jour de l'an, et nous nous rendmes au
village de Bazman, o nos bagages devaient nous rejoindre. La marche
fut pnible; notre guide nous avait abandonns, et nous tions, nous
et nos btes, au bout de nos provisions.

Notre voyage nous avait montr que le Sarhad est aujourd'hui  peu
prs inhabit, mais que l'eau y est abondante, et qu'un meilleur
gouvernement, ramenant la scurit, en ferait sans peine un pays
prospre.

  (_ suivre._)     _Adapt de l'anglais par_ H. JACOTTET.

[Illustration: Bureau du tlgraphe sur la cte du Makran.--D'aprs
une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--29e LIV.      N 29.--22 Juillet 1905.

[Illustration: L'oasis de Djalsk qui s'tend sur 10 kilomtres carrs
est remplie de palmiers-dattiers et compte huit villages (page
342).--D'aprs une photographie.]




 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE[3]

         [Note 3: _Suite. Voyez pages 301, 313 et 325._]

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul-gnral de S. M. Britannique au Khorassan._

     IV. -- Dlimitation  la frontire perso-baloutche. -- De Kirman
      la ville-frontire de Kouak. -- La Commission de dlimitation.
     -- Question de prsance. -- L'oeuvre de la Commission. -- De
     Kouak  Kelat.


[Illustration: Femme parsi du Baloutchistan.--D'aprs une
photographie.]

J'tais  Kirman en dcembre 1895. Depuis quelques mois, des
ngociations s'taient engages avec le Gouvernement persan, au sujet
de la dlimitation du tronon de frontire mal dfini qui va de
Kouh-i-Malik-Sia  Kouak; mais l'hiver avait commenc sans que l'on
fut arriv  une solution dfinitive. Cependant, dans les derniers
jours de dcembre, le commissaire persan Ali-Achraf Khan, qui portait
le titre d'_Ikticham-u-Nizara_, passa par Kirman, et, quelques jours
aprs son dpart, on me tlgraphiait de Thran ma nomination au
poste d'assistant-commissaire. Ma soeur, plutt que de profiter d'une
offre que lui fit lady Durand de venir chez elle, prfra braver la
fatigue d'un voyage absolument dpourvu de confort.

Les prparatifs furent compliqus: le voyage tait long, il fallait
prvoir des provisions de fourrage pour la route, des chameaux
supplmentaires prts  le transporter, dterminer les points d'eau,
etc. En outre, nos domestiques taient hostiles  l'ide de voyager
dans le Baloutchistan et avaient besoin de beaucoup d'encouragements.

Il faisait dj trs froid  Mahoun, notre premire tape;  Hanaka,
o le caravansrail est  une altitude de prs de 2400 mtres, la
temprature tait vritablement arctique.  Rain, sur le versant
mridional de la chane du Djoupar, le temps tait heureusement moins
glacial. De Rain, nous longemes la rivire du Sardou, appel ici
rivire de Bam, et nous traversmes le district de Tehroud. L'tape
suivante nous mena  Abarik; elle fut pnible, car nous emes 
traverser un terrain trs accident. Quand nous fmes descendus dans
la rgion chaude, nous nous trouvmes las et incapables d'efforts.
Abarik, battu des vents, et Tehroud sont clbres en Perse; ds vers
connus leur sont consacrs: On dit au vent: O est ta demeure? Il
rpondit: Ma pauvre demeure est  Tehroud, mais je visite quelquefois
Abarik et Sarbistan. Ce dernier village est situ sur la rive droite
de la rivire prs de laquelle je fis halte, en 1894, au milieu d'une
violente tempte.

Une nouvelle marche, trs monotone, le long du lit  sec de la
rivire, nous conduisit  Darzin. Ce village est fameux dans la
lgende locale, comme l'endroit o Faramourz, fils de Rustem, fut
pendu par Bahman. On nous apprit que le nom vritable tait
_Darzanan_, ce qui signifie rection de potence. Pour montrer quels
changements se sont produits dans le pays depuis le XIIe sicle, il
suffit de citer ce passage d'Afzal-Kirman: Nous nous assmes sur le
toit du palais de Darzin, et nous vmes le grand nombre des villages,
tout prs de se toucher les uns les autres, et les arbres aux senteurs
parfumes. Zein-ed-Din, qui tait avec nous, s'cria: On dit
gnralement que le Fars est un grand et fertile pays, connu comme la
moit du Monde. Je l'ai vu tout entier, et je jure que, dans tout le
Fars, je n'ai pas vu un endroit pareil. Hlas! tout est bien chang,
et Darzin s'lve au milieu d'un dsert affreux; cependant, on peut
dj aujourd'hui constater quelques progrs: un des anciens _kanats_ a
t rpar, et l'on peut croire que l'tendue des cultures s'en
accrotra beaucoup.

 Bam, nous trouvmes un abri dans une maison nouvellement btie,
donnant sur un jardin ombrag de palmiers. Bam est, depuis les temps les
plus anciens, une ville clbre en Perse; on trouve ses ruines  un
mille du fort actuel. Au temps de la conqute arabe, la ville, connue
sous le nom de _Nisa_, eut une grande importance, et Mansour-ed-Din en
fit la capitale de la province tout entire. Quelques annes plus tard,
Abdoulla Amir fonda le Masdjid-i-Hazrat-Rasoul, qui s'lve dans les
faubourgs de la ville moderne. Bam a soutenu des siges nombreux, et je
ne crois pas que, sauf une fois,  l'poque des Seldjoucides, o on
manqua la prendre en barrant la rivire, elle ait pu tre rduite
autrement que par un blocus. La description qu'en donne Edrisi est fort
intressante: Bam est grande, commerante et riche; on y cultive la
vigne et le palmier; beaucoup de villages en dpendent. Il y a un
chteau dont les fortifications sont rputes les meilleures de toutes
celles du Kirman; ses habitants se livrent au ngoce et  l'industrie;
on y fabrique quantit de belles toffes de coton, ce qui forme un objet
considrable d'exportation.

 l'poque moderne, la ville fut le thtre de la tragdie qui termina
la lutte des Kadjars et des Zand, lorsque Loutf-Ali Khan, fuyant de
Kirman, fut bassement livr  son ennemi hrditaire par le
gouverneur. Une fois encore, au milieu du XIXe sicle, Bam fut assig
par des troupes mles d'Afghans et de Seistanis. Quand toutes les
munitions eurent t dpenses, et qu'il ne resta plus aucun espoir,
les femmes de Bam, conduites par Banou-Husein-Fatha, chauffrent des
chaudrons d'eau bouillante et firent aux assaillants une rception si
chaude, qu'elles purent tenir jusqu' ce que l'aide leur ft venue de
Kirman.

[Illustration: Carte pour suivre les dlimitations de la frontire
Perso-Baloutche.]

Quelques annes plus tard, Agha Khan s'empara du fort et y fut bloqu
pendant la plus grande partie de l'anne, jusqu' ce qu'une pidmie
eut clat parmi ses soldats, et qu'il se vit contraint de se retirer
aux Indes. C'est aprs cela qu'on commena la construction de la ville
moderne. Elle borde les deux cts de la rivire, et je crois qu'elle
serait expose aux inondations, dans les annes de lourdes chutes de
neige.

Situe  une altitude de 1100 mtres environ, avec une population de
13000 habitants, possdant un sol fertile et un climat galement
favorable  la culture des palmiers et  celle de beaucoup de
productions des hautes terres, elle est le centre d'un riche district.
La chaleur de l't y est tempre par un vent frais du nord, les
villages montagneux de la chane du Djabal-Bariz sont tout prs, et
l'importance de la ville est encore accrue par le fait qu'elle est, 
l'est de la Perse, le dernier centre commercial avant Quetta. Sa
principale richesse lui vient de ce qu'elle est la ville du henn,
presque toute cette prcieuse plante tinctoriale tant produite dans
le district. Les garnisons du Baloutchistan sont composes
gnralement de soldats venus de ce district, et le gouverneur en est
d'ordinaire un Bami.

[Illustration: Nous campmes  Fahradj, sur la route de Kouak, dans
une palmeraie.--D'aprs une photographie.]

Un voyageur dclare que Bam ressemble  une ville indienne. C'est l
une remarque que je n'ai point faite. Peut-tre, il y a trente ans,
poque de ce voyage, ne voyait-on pas de palmiers, et cette impression
s'expliquerait ainsi. Par invitation spciale, nous visitmes le
fameux fort, et nous constatmes que l'ancienne ville tait encore
debout, entoure d'une haute muraille et d'un foss. Par trois
passages et une plate-forme, nous gagnmes le sommet de la forteresse,
qui est la rsidence du gouverneur. De l-haut, on jouit d'une vue
merveilleuse. Derrire nous, nos regards taient attirs par le
Kouh-i-Hazar, avec son manteau de neige frachement tombe, et, de
chaque ct de la valle, les montagnes se dtachaient sur le ciel de
turquoise. Au sud, la chane du Chah-Soouaran n'tait pas moins
brillante. Au-dessous de nous s'levaient les bouquets de dattiers de
Bam, et nous pouvions suivre la rivire de Bam vers le nord-est: nous
voyions aussi indistinctement les taches vertes du Narmachir.

 4 milles de Bam, une raide descente nous amena entre les deux
hameaux qui composent le village de Bora, dont le nom est, dit-on, une
corruption de _Beravat_. Il a une population de 5000 habitants, et
exporte annuellement 120000 livres de henn, outre des grains et des
dattes. Ce n'est pas, d'ailleurs, son seul titre  la rputation. On
raconte que, dans le voisinage, il existe une tribu d'hommes  queues:
il y en avait deux autrefois, les _Dumdar_ et les _Nartigi_; ces
derniers subsistent seuls. Mes lecteurs ignorent peut-tre que, nous
autres Anglais, nous fmes considrs autrefois comme dots de cet
appendice caudal; de la mme faon, tous les jeunes garons chiites
sont convaincus que les Sunnites jouissent d'un avantage semblable.

 Vakilabad, o nous arrivmes en longeant un joli cours d'eau
ombrag, nous avions atteint le district de Narmachir: ce mot est
peut-tre la corruption de _Wariman-Chahs_, ou la ville de Wariman,
arrire-grand-pre de Rustem. Avec ses gracieux tamaris et mimosas, le
pays semble une tranche dtache du Sind et est beaucoup plus chaud
que le district de Bam. Jusqu'au milieu du XIXe sicle, il tait en la
possession des Afghans, et ce n'est qu'aujourd'hui qu'il retrouve
quelque prosprit.

Aprs Vakilabad, nous traversmes un pays bien arros et couvert
d'arbres vritables, puis une jungle immense, d'o nous sortmes
soudain pour entrer dans le dsert; aprs quoi nous retrouvmes la
jungle, au milieu de laquelle se trouve le village de Rigan. Il fait
quelque figure sur la carte, mais il ne consiste en ralit qu'en un
fort en pis, occup par une garnison de dix soldats, et sa population
ne dpasse pas deux cents mes.  Rigan, nous trouvmes un message
dsespr du commissaire persan, que nous avions presque rattrap, et
qui nous suppliait de ralentir notre marche. Nous n'en tnmes aucun
compte.

Entre nous et Bampour s'tendaient 250 kilomtres du dsert de Lout.
Mais comme une pluie abondante tait tombe les deux jours prcdents,
nous emes plus d'eau et de meilleure que ce n'est le cas pour les
voyageurs, en gnral, et nous fmes cette traverse en neuf jours,
presque sans accroc.

 Gazak, aux deux tiers du chemin environ, nous fmes surpris de voir
quelques tentes nomades et un bouquet de palmiers. Finalement, nous
atteignmes la rivire de Bampour  Kouchgardan o j'avais dj pass.
L nous rencontrmes un dtachement de chameliers arms, et j'ai
rarement vu troupe d'aspect plus sauvage et plus irrgulire. Protgs
par cette escorte et par notre cavalerie de petits poneys, nous
atteignmes Bampour, et, de l, Fahradj.  cet endroit, nous fmes
reus avec grande crmonie; la garnison faisait la haie le long de la
route, et la musique jouait l'air national. Le commissaire persan
arriva peu aprs.

Nous loumes ici trente chameaux baloutches, et il fut convenu que je
prendrais une avance d'un jour, pour tre prsent  la frontire quand
arriveraient les Persans. Les jours commenaient  tre trs chauds. 
Soran, un message du colonel Holdich m'apprit qu'il s'approchait du
Pandjgour et qu'il esprait atteindre la frontire au milieu de
fvrier.

[Illustration: C'est  Kouak que les commissaires anglais et persans
s'taient donn rendez-vous (page 341).--D'aprs une photographie.]

 Isfandak, nous trouvmes un charmant bois de dattiers, une rivire
d'eau cristalline, mais point d'habitants. Le chef du village s'tait
senti mal  l'aise  l'ide de rencontrer l'_Asad-u-Dola_, car il
avait t ml  divers pillages et  d'autres forfaits. En
consquence, lui et ses villageois bivouaquaient dans la montagne,
attendant les vnements, et, sans doute, accusant la Commission
d'tre la cause de leur exil.

Nous tions maintenant sur la rive gauche de la rivire Mechked ou
_Mechkil_ (c'est la prononciation baloutche). On reconnat,  son
large lit et  ses bords escarps, que ce fut autrefois un puissant
cours d'eau, tandis qu'aujourd'hui, mme  l'poque des crues, on le
passe facilement  gu aprs le premier flot. Cependant ce proverbe
doit avoir eu sa raison d'tre: Qui s'arrte dans le Mechked pour
attacher la courroie de ses souliers est perdu. Les eaux de la
rivire sont bues par le dsert,  l'est de Djalsk, et entretiennent
en partie des bosquets de dattiers.

Nous n'tions plus qu' deux tapes de notre corps principal; un
messager venait, en effet, de nous annoncer que la Commission
britannique tait arrive. Nous fmes halte au bord d'une mare qui
s'tendait dans le lit de la rivire, puis nous dpassmes Kouak, nous
vmes briller des lumires symtriquement disposes, et enfin nous
pmes serrer la main de compatriotes, aprs un voyage de prs de 1000
kilomtres, accompli principalement  travers des dserts, dans des
conditions de confort trs restreintes, ce qui constitue presque un
record pour une dame marchant avec une caravane.

Il peut tre utile de donner ici quelques dtails sur la Commission
des frontires perso-baloutches, ou, comme l'_Ikticham-u-Nizara_ la
qualifiait plus exactement, sur la Commission perso-kelat.

[Illustration: Le sanctuaire de Mahoun, notre premire tape sur la
route de Kouak (page 337).--D'aprs une photographie.]

Il y a plus de trente ans, lorsqu'il tait question d'une ligne
tlgraphique allant aux Indes par le continent, ce pays perdu fut
explor par sir Frederic Goldsmid, et le rsultat final de son enqute
fut le trac d'une ligne-frontire de Kouak  l'ocan. Kouak,
considre comme une puissante forteresse, tait,  cette poque,
indpendante et le resta; au nord jusqu'au Seistan, le pays tait
inexplor, et de souverainet douteuse; on ne fit donc aucune dmarche
pour fixer la frontire. La Perse avait la chance,  cette poque,
d'avoir un excellent gouverneur, dans la personne d'Ibrahim Khan. Il
fit de son mieux pour qu'on s'abstnt de tracer une frontire; mais,
n'ayant pas russi, il s'empara de Kouak aussitt que le commissaire
anglais fut parti. Cet acte ne fut pas reconnu par notre ministre des
Affaires trangres; mais comme, pendant dix ans encore, nous ne
prmes qu'un faible intrt  notre protectorat sur Kelat, les
affaires restrent en l'tat.

Mais lorsque nous emes des troupes au Pandjgour, les razzias devenant
intolrables, nous suggrmes  Sa Majest Nassered-Din que la partie
encore flottante de la frontire ft fixe dfinitivement, en mme
temps que nous rsoudrions la question de Kouak. Il y eut  ce sujet
une copieuse correspondance; un instant, les ngociations faillirent
tre interrompues, le Chah ne se souciant gure de faire les frais
d'une Commission qui n'aurait pas pour effet d'augmenter ses revenus,
lorsque soudain Naoroz, khan de Kharan, occupa les palmeraies du
Mechkil, visites tout rcemment par l'_Asad-u-Dola_, qui avait
dclar qu'elles appartenaient  la Perse. Quand la nouvelle arriva 
Kirman, le _Farman-Farma_ m'crivit une lettre officielle, me
demandant de repousser ces envahisseurs du sol persan. Dans ma
rponse, je lui fis remarquer que de pareils incidents taient
invitables jusqu' ce que la frontire ft fixe, et que, dans
l'intervalle, il m'tait impossible d'agir. Une copie de cette
correspondance fut envoye par le _Farman-Farma_,  Thran, et Sa
Majest put se rendre compte des dangers de l'inaction. Elle consentit
donc promptement  la nomination d'une Commission qui se runit 
Kouak,  la fin de fvrier.

Notre Commission n'tait pas trs nombreuse: le chef en tait le
colonel, aujourd'hui sir Thomas Holdich; les commissaires-assistants
taient le capitaine A. C. Kemball et moi-mme. Le lieutenant-colonel
R. Wahab dirigeait l'expdition topographique, et le lieutenant C. V.
Price commandait l'escorte, compose de deux compagnies de fusiliers
et de quelques _sowars_.

Nous tions arrivs  Kouak, quatre jours aprs la Commission
britannique, et le commissaire persan tait arriv le jour suivant;
mais, sans notre promptitude, nous n'aurions pu terminer notre travail
pendant la saison froide. Mme  ce moment, le soleil tait beaucoup
trop brlant, aprs dix heures, pour ne pas tre dangereux, et le
temps clair, si ncessaire aux levs topographiques, ne dure que
jusqu' la fin de mars et est suivi de six mois de brumes.

Le lendemain de notre arrive, le commissaire persan et
l'_Asad-u-Dola_ arrivrent, au milieu d'un grand clat de trompettes,
et tablirent leur camp de l'autre ct de la rivire. Aussitt une
question dlicate se posa: qui devait la premire visite? Notre
opinion tait que, puisque nous tions arrivs les premiers, c'taient
les Persans; mais ceux-ci, en se fondant sur leur tiquette, faisaient
le raisonnement inverse. Le colonel Holdich, disaient-ils, n'tait que
le dlgu du vice-roi des Indes, tandis que le commissaire persan
reprsentait le roi des rois lui-mme. Le dbat aurait pu se prolonger
pendant des jours; il fut rsolu par le fait que le commissaire persan
et le gouverneur du Baloutchistan m'avaient fait visite  Kirman et 
Fahradj;  plus forte raison, devaient-ils la mme politesse  mon
suprieur.

Quand les Persans vinrent, nous leur rendmes tous les honneurs
possibles. Mais nous n'emes ensemble qu'une trs courte conversation,
et cela tait d, en partie, au fait que le persan de l'Inde et celui
de l'Iran sont deux langues entirement diffrentes. On n'avait pas
assez tenu compte de cette diffrence aux Indes, de sorte que notre
interprte ou _monnchi_, qui recevait pour ses services un salaire
lev, n'tait pas mme capable de traduire une lettre, et que toute
la tche de l'interprtation retomba sur moi.

Le point de dpart des travaux de la Commission fut sur le Mechkil, en
face de Kouak; un monticule artificiel fut dress sur la rive gauche,
non sans une lgre opposition. Mais pour l'emplacement du second
pilier, la discussion fut plus longue. Si ma soeur n'avait pas gravi
la colline sur laquelle nous dressmes le tas de pierres, jamais le
gros gouverneur du Baloutchistan n'aurait consenti  faire cette
ascension. Une fois l-haut, aprs avoir repris haleine, il devint
revche et dclara que nous lui enlevions un district prcieux et
fertile; en ralit il avait bien 20 ares d'tendue. Le fait que les
limites avaient dj t traces  Thran ne comptait pas  ses yeux,
et nous laissmes ses reprsentants le calmer.

L'infatigable colonel Wahab nous quitta ici afin de jalonner la chane
du Siahan, et nous lui suggrmes l'ide de se faire accompagner par
Soliman Mirza, le reprsentant du _Farman-Farma_. Celui-ci n'y
consentit que de trs mauvaise grce. Il escalada pic aprs pic avec
son collgue anglais, qui se trouvait tre un montagnard accompli.

Les deux Commissions se rendirent ensuite en deux tapes  Isfandak,
et de l  Djalsk, par le col de Bonsaz, au-dessous duquel nous
campmes. L, nous emes un nouvel incident, le commissaire persan
ayant fait dire qu'un pilier-frontire avait t lev  l'ouest du
passage, et que cela excitait beaucoup les esprits. Nous nous
assurmes qu'il n'y avait l qu'un signal pour la triangulation, et
nous exprimmes notre regret d'avoir t souponns d'un tel acte, ce
qui causa beaucoup de confusion chez les Persans.

[Illustration: Cour intrieure du sanctuaire de Mahoun.--D'aprs une
photographie.]

Les deux Commissions taient composes des lments les plus divers,
Anglais, Persans, Baloutches, soldats rguliers et irrguliers; nous
avions aussi beaucoup de chameaux, de mules et d'nes et un troupeau
de moutons et de chvres.

Nous sjournmes  Djalsk une quinzaine, pendant laquelle on leva les
bornes-frontires qui firent passer les palmeraies de Mechkil  Kelat,
ainsi qu'il avait t convenu  Thran. Le district situ plus au
nord n'tait, en somme, qu'un dsert, et le colonel Holdich suggra,
pour viter une nouvelle campagne d'hiver, l'ide d'accepter comme
frontire les chanes courant au sud-est du Kouh-i-Malik-Sia, en se
contentant d'envoyer, pour les explorer, une colonne volante.

Le commissaire persan ayant accept, il ne nous resta plus qu'
dcider de la souverainet sur quelques bouquets de palmiers sans
importance. Comme j'en avais entendu parler dans le Sarhad, en 1893,
et que j'avais quelques notes sur la question, la besogne fut facile.

L'oasis de Djalsk est d'une tendue considrable, une dizaine de
kilomtres carrs. On y trouve partout des palmiers-dattiers, sous
lesquels poussent de l'orge, du froment, des lentilles, et l'on trouve
dans les jardins des grenadiers, des figuiers et de la vigne. Au
centre, se creuse une _nala_ marcageuse, pleine de roseaux, et dans
l'oasis sont disperss huit villages importants. Un phnomne
remarquable, observ par le colonel Holdich, est que les palmeraies du
Mechkil, situes  une quarantaine de mtres  l'est, sont fcondes
par des sources venues de Djalsk et coulant souterrainement jusqu'au
bord du _hamoun_.

Il y a dans l'oasis un certain nombre d'difices, couverts de dmes, et
construits de briques en pis, dans lesquels se trouvent les tombes
d'une race de chefs disparue, connus sous le nom de _Maliks Keianiens_.
Mais c'est l une erreur: ces chefs sont, indubitablement, des membres
de la famille des Saffar, qui rgna plus de cinq sicles sur le
Baloutchistan. Quelques-uns de ces mausoles ne contiennent qu'une
chambre; d'autres possdent une antichambre; une troisime catgorie a
deux tages. On trouve des restes de briques, sous le dme, et, par-ci
par-l, quelques grossiers dessins reprsentant des lphants et des
paons; mais, au point de vue artistique, tout cela tait d'un ordre trs
infrieur.

[Illustration: Le Khan de Kelat et sa cour.--D'aprs une
photographie.]

Le jour de l'an persan (21 mars) survint, d'une faon malencontreuse,
juste avant que se termint notre travail. Le commissaire britannique
voulut faire une visite  son collgue persan, en sa qualit de
reprsentant du chah; mais l'_Asad-u-Dola_ ayant dit: Quelle est ma
place? Nassoulla Khan se trouva de nouveau balanc entre nous deux,
et, comme il tait invitable, nous offensmes le gouverneur du
Baloutchistan, en lui disant que le commissaire persan tait,  nos
yeux, le reprsentant du chah, mais que, s'il le dsirait, lui-mme
aurait plus tard une visite. Ce fut malheureusement sans grand profit
que nous brandmes ainsi le rameau d'olivier. Il tait heureux que nos
travaux fussent si promptement termins, car la brouille entre
l'_Asad-u-Dola_ et l'_Ihticham-u-Nizara_ allait augmentant tous les
jours.  la fin, le premier menaa de laisser le second sans vivres
dans le dsert, s'il acceptait la demande du colonel Holdich, que le
Gouvernement persan ft responsable des incursions de la tribu des
_Yarahmadzai_. Ainsi les ngociations taient arrives  une impasse.
Nous nous en tirmes heureusement, en concluant un arrangement secret,
qui fut sign dans ma tente par les deux commissaires, et en ne
mentionnant, dans la runion solennelle, que les diffrentes
bornes-frontires. L'_Asad-u-Dola_ triomphait, ignorant de notre ruse,
et j'affectai d'avoir l'air ennuy.

Le jour avant notre sparation, on organisa des jeux athltiques, qui,
commencs par une course de chameaux, allrent convenablement
jusqu'aux exercices de lutte. Mais alors il se produisit des dsordres
que nous emes beaucoup de peine  calmer. La foule envahit l'arne,
et se mit  maltraiter les champions malheureux, et pendant un moment,
on se battit  coups de bton et de pierres.  la fin, le tumulte
s'apaisa, grce  l'intervention du colonel Holdich.--Les Baloutches
avaient cru srieusement que la guerre tait dclare, et ils
s'assemblaient en grand nombre, pour nous aider, disaient-ils.

Un incident assez amusant suivit: l'_Asad-u-Dola_ annona son
intention de btonner tout le monde. En consquence, mes tentes,
dresses un peu  l'cart du camp, furent envahies par tout le
rgiment persan, qui venait y chercher asile. L'_Asad-u-Dola_ harangua
ses hommes, mais en vain, puis fit appel  mon assistance. Finalement,
sur la suggestion du colonel Holdich, on dcida qu'on punirait le
principal dlinquant de chaque parti.

[Illustration: Jardins du sanctuaire de Mahoun.--D'aprs une
photographie.]

Nous donnmes un grand banquet pour clbrer le mmorable vnement de
la fixation, opre en un mois, de plus de 300 kilomtres de
frontires. Cela fait, plus que des volumes, l'loge du plan adopt
par les commissaires en chef.  cette occasion, je mentionne un petit
pisode racont dans le livre de ma soeur, _Through Persia on a Side
Saddle_: Fat-Hadji Khan, l'interprte du commissaire persan, s'avana
vers nous, et se mit soudain  chanter le _Highland Laddie_, qu'il
avait appris, nous dit-il, d'une dame anglaise  laquelle il s'tait
tendrement attach durant son sjour  Londres.

Le lendemain, de bonne heure, nous partions de Kouak, aprs le plus
cordial des adieux. Ainsi se terminrent les travaux de la Commission
des frontires perso-baloutches.

Nous avions  traverser, jusqu' Quetta, le Baloutchistan britannique.
Ce pays jusqu'ici n'a pas eu d'historien, bien que les matriaux de
son histoire soient tout prts. Gographiquement, sa partie
occidentale consiste, au nord, en un dsert qui s'tend jusqu'au
Helmand, et, au centre et au sud, en valles longues et troites, se
dirigeant, avec la plus grande rgularit, du nord-est au sud-ouest.
Plus  l'est on entre dans les montagnes baloutches, rameaux du
puissant Hindou-Kouch, et c'est sur le grand plateau qu'elle supporte
que sont situs Kelat et Quetta. Comme on peut le penser, le climat de
la partie occidentale du pays est  peu prs le mme que celui du
Baloutchistan persan, et l'on trouve  Pandjgour des dattes qui sont
parmi les meilleures du monde entier; mais entre Kelat et Quetta, le
froid est parfois intense, et je me rappelle que le colonel Wahab me
montra un endroit o son expdition avait t surprise par une
tempte. Dans l'obscurit, ils avaient pos leurs tentes  l'abri d'un
monticule, qui se trouva, le lendemain, tre compos de boeufs achets
par le commissariat et morts gels. Les populations du Baloutchistan
britannique sont fort diverses. Le Kharan est peupl de Nochirouanis
et de diverses races sujettes, le Pandjgour de Gichkis, le Kelat d'une
population mle de Brahouis, de Rinds, d'Afghans, d'esclaves Dehwar
et d'Hindous.

[Illustration: Dans la valle de Kalagan, prs de l'oasis de
Djalsk.--D'aprs une photographie.]

On ignore gnralement que le premier reprsentant de la
Grande-Bretagne apparut  Pandjgour, il y a moins de vingt ans, dans
la personne de ce grand officier de frontires, sir Robert Sandeman.
Le Gouvernement des Indes, ne voulant pas faire une grosse dpense
inutile, commena par envoyer pendant plusieurs hivers un officier en
expdition dans le pays; mais les Baloutches n'attendaient que son
dpart pour recommencer leurs querelles. En 1891, le major Muir, qui
rendait la justice  distance de sa garde, ordonna imprudemment
l'arrestation de Mir Chahdad, un brigand notoire. Il rsista, avec ses
hommes; un domestique sans armes fut tu, et le major Muir lui-mme
grivement bless, tandis que Chahdad russissait  prendre la fuite.
Mais, inquiet de ma prsence  Kirman, il finit par se soumettre 
Kemball, lorsque celui-ci fit son voyage de 1894  1895. Aprs cet
outrage, on maintint, pour un an ou deux, une petite garnison 
Pandjgour, mais elle fut retire en 1896, le pays s'tant pacifi,
dans une certaine mesure, quoique, on le verra plus tard, la lutte
contre les restrictions que la civilisation apporte  la vie n'y ft
pas encore termine.

 quelques kilomtres de Kouak, la monotonie du voyage fut
agrablement varie par l'apparition de deux ours, les premiers que
j'eusse vus dans le Baloutchistan; ils mirent en fuite Tumbull, qui
les avait rencontrs. Nous partmes pour leur donner la chasse, mais
nous ne pmes que les entrevoir. Les ours doivent tre trs rares dans
le pays, et je n'en ai vu des traces qu'une seule fois, outre
celle-ci.

Nous traversmes le Mechkil, dont les flots, d'un pied de profondeur 
peine, taient couleur de caf, et nous entrmes dans la valle du
Rakchan. Elle est large et peu profonde, et s'tend vers
l'est-nord-est, sur 200 kilomtres.  la seconde tape, nous n'emes
que de l'eau sale, que les plus endurcis de nos soldats trouvaient
imbuvable, et nous regrettmes fort un baril de bire que nous avions
donn  nos collgues persans. Notre farine, d'autre part, tait
moisie et immangeable.

Le lendemain nous conduisit  Pandjgour, ou les Cinq Tombes, ainsi
nomme de ses cinq chefs tus  l'poque de la conqute arabe. C'est
une charmante oasis, qui renferme quelques hameaux et des bois de
dattiers tendus, dont les fruits sont excellents. Cependant, le
district avait  ce moment une fcheuse rputation; car, l'anne
prcdente, un _ghazi_ y avait attaqu, de sang-froid et de la faon
la plus perfide, le lieutenant Parker, qui commandait une section de
batterie de montagne. Le lche assassin semblait dsireux de montrer
l'allure de son cheval; il demanda  Parker de galoper devant lui, et
le poignarda dans le dos. Heureusement, il fut promptement captur par
les canonniers, puis jug et pendu, et son cadavre fut brl. Kemball
ayant fait fonction de juge,  cette occasion, il tait trs probable
qu'on chercherait  se venger de lui; c'est pourquoi on nous avait
interdit de sortir sans escorte, et nous avions pris la prcaution
supplmentaire d'tre toujours arms de fusils, qui imposaient aux
ghazis plus de respect que des revolvers.

Nous fmes halte le dimanche de Pques; le jour suivant nous
dpassmes les tentes dsertes, occupes jadis par des soldats
d'infanterie du mme rgiment que celui qui composait notre escorte.

Nous nous levions constamment, comme le montraient nos baromtres
anrodes. Les marches taient d'une monotonie intense, les jours
succdaient aux jours sans qu'on apert nulle part un signe de vie.
Cependant nous trouvions un certain intrt  spculer sur les causes
qui avaient fait fuir la population de cette valle, dont les versants
taient disposs en terrasses sur des milles, tandis que a et l
s'levaient des monticules bourrs de dbris de poterie. Sans doute,
la guerre y avait t pour beaucoup, mais en outre, dans ce district
comme dans les districts voisins, un dboisement inexorable avait
amen une diminution dans la quantit de pluie tombe, tari les
sources, et finalement mis en fuite la population.

Cependant il est possible de se procurer de l'eau, et des puits
artsiens rendraient sans doute de grands services; mais ce qui me
frappa particulirement, c'est que le pays par o nous passions tait
excellent pour l'lve du chameau. Partout le sol tait recouvert des
fourrs les plus pais, tandis que le climat rappelait celui de
diffrentes parties de l'Afghanistan. Les chameaux qui seraient levs
l supporteraient le service au del des frontires, ce qui n'est pas
le cas pour ceux levs dans les plaines. Mme dans la dernire guerre
afghane, la mconnaissance de cette question a caus, dit-on, la mort
de trente-six mille chameaux, et non seulement cette perte disloqua le
service des transports, mais elle occasionna encore les plus terribles
maladies. Mais, mme si l'on adoptait de meilleures mthodes, il n'en
serait pas moins dplorable qu'on ne pt faire aucun usage de ce pays
dsert, o nous ne vmes pas signe de vie sur 320 kilomtres.

[Illustration: Oasis de Djalsk: des difices en briques abritent les
tombes d'une race de chefs disparus (page 342).--D'aprs une
photographie.]

 Nagha Kelat, o nous restmes deux jours, pour laisser reposer nos
chameaux, nous mmes ce temps  profit pour voir les ruines immenses
qui s'y trouvent. Les plus intressantes taient celles des grands
rservoirs appels, dans le Baloutchistan, _gorbasta_. Aprs cette
halte, nous arrivmes bientt dans le haut pays baloutche. L, les
terres plates n'taient qu'une masse de fleurs, et, grce  la plus
grande altitude, il n'tait plus ncessaire de marcher de nuit.

Vers la fin d'avril, nous atteignmes Kelat, capitale du
Baloutchistan, qui se trouve  l'altitude considrable de 2100
mtres. Un des grands souverains de cette province fut Nasir Khan, qui
accompagna Nadir Chah  Delhi. En revenant  Kelat, il trouva que les
procds tyranniques de son frre avaient ruin le pays, et que les
Hindous avaient fui en masse, pour sauver leurs biens; Nasir Khan tua
son frre, Hadji Mohammed Khan, et reut de Nadir Chah, qui
videmment approuvait ses actes, le titre de Beglerbagi. En quelques
annes, il ramena la prosprit dans le Baloutchistan, et l'on
rapporte que de Pandjgour  Kasarkand tous les chefs se soumirent 
lui et lui payrent tribut.

[Illustration: Indignes de l'oasis de Pandjgour  l'est de Kouak
(page 345).--D'aprs une photographie.]

Quand Nadir Chah eut t assassin, il s'opposa  Ahmed Chah, et
d'abord avec succs. Mais il fut ensuite dfait et forc de se retirer
 Kelat, o il fut de nouveau battu.

Aprs que deux assauts eurent t repousss, la paix fut conclue, et
Nasir Khan s'engagea  fournir des troupes ds qu'on l'exigerait. En
change, on le dispensa de payer le tribut.

Peu de temps aprs, il vint en aide  Ahmed Chah contre la Perse, et
se mit  la tte de ses Baloutches, dans une charge dsespre qui
dcida du sort d'une bataille livre prs de Mechhed. Une autre fois,
 Tabas, il tailla en pices l'arme persane dans une embuscade qu'il
avait prpare. Il revint chez lui en triomphe, son royaume s'tendit
jusqu' Karatchi, et le Baloutchistan entra dans une priode de
prosprit qu'il ne devait pas retrouver plus tard.

Kelat a une population de prs de 50000 habitants, qui varie, il est
vrai, selon les saisons: au milieu de l'hiver, la ville est  peu prs
dserte. Ses bazars sont trs mdiocres, et l'on voit, de toutes
faons, que le peuple qui habite ici est trs infrieur aux Persans
dans les arts de la civilisation.  ce qu'on m'apprit, sa forteresse
est principalement l'oeuvre de Nadir Chah.  l'poque de sa
construction, elle doit avoir t imprenable.

Il semble que ce soit aux Baloutches que nous devions le jeu,
aujourd'hui populaire, du _tent-pegging_, dans lequel un cavalier,
lanc au galop, doit enlever d'un coup de lance un piquet plant en
terre. Ce jeu est mentionn dans le voyage de Pottinger.

Nasir Khan mourut en 1795, et ce fut pendant le rgne de son
successeur que Pottinger visita le pays. Son successeur, Mahmoud Khan,
tait un ivrogne. Il mourut en 1819, et fut remplac par son fils
Mehrab Khan, sous le rgne duquel le pays de Kelat entra en contact
avec le Gouvernement de l'Inde.

En 1838, lors de la premire guerre d'Afghanistan, des officiers
britanniques furent envoys  Kelat, afin d'assurer la coopration du
Khan, dont les territoires furent traverss dans la marche sur
Kandahar. On eut quelques soupons de trahison, et, en novembre 1839,
une force britannique attaqua et prit d'assaut Kelat. Mehrab Khan fut
tu, et les papiers qu'on dcouvrit sur lui montrrent qu'il tait
innocent de toute dloyaut, mais qu'il tait victime d'une intrigue.
Son successeur fut assassin, quelques annes plus tard, en mme temps
que le reprsentant britannique, et l'on nomma chef un second Nasir
Khan, qui fut remplac, en 1857, par Mir-Khoudahad Khan.

Sa carrire fut assez traverse. Pendant vingt ans, il fut en guerre
avec ses _sardars_. En 1877, le Gouvernement britannique fit l'achat
de Quetta, et, dans la guerre afghane qui suivit, Khoudahad rendit des
services avec ses milices. Plus tard ses actes provoqurent du
mcontentement; comme il avait tu le vizir et sa famille d'une
manire assez atroce, il fut dpos, et les troupes britanniques
occuprent de nouveau Kelat.

 cette occasion, le trsor immense qui fut saisi fut plac  intrt,
et il est dpens aujourd'hui pour toutes sortes d'amliorations. La
confiscation de ces caisses de roupies fit grand bruit en Perse, 
cette poque, et le Khan fut vivement plaint. Cette histoire me
rappelle un Armnien, qui se trouvait dans un consulat  l'poque des
massacres; il avait entendu, sans motion apparente, raconter que ses
parents et amis avaient t massacrs. Un peu plus tard, d'autres
messages lui apprirent que le pacha avait saisi tout l'argent d'une
des victimes, et c'est alors, mais seulement alors, que mon ami
s'arracha les cheveux et se lamenta sur les calamits qui avaient
frapp sa nation.

Le fils de Khoudahad Khan, Mahmoud Khan, fut nomm pour lui succder.
Il est maintenant khan de Kelat et beglerbegi du Baloutchistan.

Je reprends mon rcit. Nous franchmes un passage peu lev dans les
montagnes, et nous arrivmes en vue d'un fort, pittoresquement situ,
o les commissaires britanniques furent rejoints par le frre du Khan
et par quelques lanciers, rcemment levs. Notre bivouac fut tabli
prs des btiments, d'aspect misrable, o rside l'agent politique;
mais nous n'avions pas de raisons de murmurer, car le jardin nous
fournit les premiers lgumes que nous eussions gots depuis Djalsk,
o nous avions savour un unique plat de lentilles. Nous tions de
nouveau sur la ligne du tlgraphe, que nous avions quitte  Kharan,
et deux tapes plus loin, par del la dlicieuse valle de Mastang,
nous atteignmes la route de Kelat, en construction alors, et qui n'a
jamais t termine.

 notre dernier campement, nous pmes voir le chemin de fer, presque
compltement achev, du passage de Bolan. Nos domestiques persans,
pour faire talage de leurs connaissances, vinrent nous dire ce que
c'tait. Nos chevaux se reposrent sans plaisir dans ces
cantonnements, et prirent presque le mors aux dents en voyant d'abord
un wagonnet, puis la gare. Quant  nous, nous tions enchants de ces
vertes avenues, et quand nous emes enfin atteint l'agence de Quetta,
nous nous sentmes enclins  nous crier, comme Sadi  Chiraz: Ceci
est vraiment le paradis!

L'aimable accueil de sir James Brown, sa jolie maison d'aspect
britannique, et toute pleine d'un luxe inaccoutum, terminrent
dignement ce voyage trs russi; et ma soeur put justement rclamer ce
titre, d'avoir t la premire femme qui soit alle  cheval de la
Caspienne aux Indes, sur une distance de plus de 3000 kilomtres.

  (_ suivre._)     _Adapt de l'anglais par_ H. JACOTTET.

[Illustration: Camp de la commission de dlimitation sur la frontire
Perso-Baloutche.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--30e LIV.       N 30.--29 Juillet 1905.

[Illustration: Campement de la commission des frontires
Perso-Baloutches.--D'aprs une photographie.]




 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE[4]

         [Note 4: _Suite. Voyez pages 301, 313, 325 et 337._]

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._

     V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --
     Comparaison du Seistan et de l'gypte. -- Excursions dans le
     Helmand. -- Retour par Yezd  Kirman.


[Illustration: Parsi de Yezd.--D'aprs une photographie.]

Une nouvelle campagne de dlimitation tait ncessaire pour complter
l'oeuvre de la Commission anglo-persane, entre l'Afghanistan, le
Baloutchistan et la Perse. Le 2 janvier 1899, nous tions arrivs 
Robat-Klat, tout prs de l'angle sud-ouest de l'Afghanistan, et nous
allions entrer dans le Seistan. Sans recommencer le rcit des travaux
de dlimitation, je dsire faire connatre un peu la gographie de ce
pays si mal tudi jusqu' prsent.

Dans le _Chah-Nanieh_, le Seistan est la patrie de la fameuse famille
de guerriers qui assit la dynastie keianienne sur le trne de Perse.
Son rejeton le plus brillant fut Rustem, dont les actions
incomparables forment le sujet de la grande pope de Firdousi, et qui
est aujourd'hui encore, comme il y a mille ans, le hros national de
la Perse. Tout ce qu'on ne comprend pas lui est attribu; ainsi, par
exemple, les sculptures sassanides sur les rochers,  Perspolis.

 cette poque, le nom de Sagistan (c'tait la forme de Seistan)
dsignait le bas pays  l'ouest de Kandahar, le haut pays tant appel
le Zaboulistan. Si l'on remonte  l'ancienne histoire de la Perse, on
trouve que les Sarangiens, mentionns par Hrodote comme appartenant 
la 14e satrapie, occupaient le Seistan sous le rgne de Darius. Les
historiens grecs, qui racontrent les conqutes d'Alexandre le Grand,
donnrent le nom de Drangiane  ce qui est maintenant, en gros,
l'Afghanistan mridional. Le conqurant la traversa dans sa marche sur
la Bactriane, et son lieutenant Krateros y passa  son tour, en allant
de Karatchi en Karamanie. Mais le plus ancien voyageur qui ait visit
et dcrit ces provinces, bien que trs brivement, est Isidore de
Charax.

Le temps des dynasties des Parthes et des Sassanides n'est marqu
dans la province par aucun vnement notable, mais les conqurants
arabes sont peut-tre responsables--ceci n'est pourtant qu'une
conjecture--de la destruction finale des trs anciennes cits de
Keikobad et de Garchap, et de la fondation de villes arabes  leur
place.

Ce fut du Seistan que la dynastie Saffar sortit pour conqurir un
empire. La contre est dcrite par le grand voyageur Istakhri, qui
donne une description dtaille du Zaranj ou Zirra, province trs
forte  cette poque.

En 1362, celui qui devait tre le clbre Timour envahit la province
en fugitif et s'empara de nombreux villages, mais il fut finalement
battu et dut se retirer sur le Makran. C'est dans cette campagne qu'il
reut la blessure au pied qui lui valut le surnom de _lang_ ou le
boiteux, Timour-Lang, Tamerlan. Il reparut, vingt et un ans plus
tard, mais en conqurant et en massacreur, et s'empara du Zirra, puis
de Zalidan, alors probablement la capitale de la province: la garnison
tout entire de la ville fut passe au fil de l'pe, et ses ruines
livres aux chacals, qui l'habitent encore aujourd'hui. Pour complter
la catastrophe, le grand barrage, alors connu sous le nom de
_Band-i-Rustem_, fut dtruit par Timour, ou, si l'on accepte la
lgende locale, par son fils Chah-Roukh.

Cette destruction changea totalement les conditions matrielles de la
province. Le Seistan, c'est--dire, en somme, le lac et le delta
forms par le Helmand et d'autres rivires, tait,  une poque trs
ancienne, un vaste lac. Les alluvions des rivires formrent des
terres au nord du lac, mais cette partie du pays est maintenant
dserte, tandis que le Seistan habit a t form par l'asschement du
lac lui-mme, en suite de la diminution du volume de la rivire et,
peut-tre, du captage des eaux pour l'irrigation.

[Illustration: Une sance d'arpentage dans le Seistan.--D'aprs une
photographie.]

videmment, la marche d'Alexandre  travers ces pays, avec une grande
arme, tend  prouver que l'Asie n'tait pas,  cette poque, aussi
aride qu'aujourd'hui. J'ai vu dans le Seistan des nalas dessches,
dont les bords s'lvent  plus de 60 mtres.

M. de Khamkoff a t particulirement frapp du fait que la rivire de
Birjand, ou plutt son lit dessch, est trace en travers du Lout, ce
qui prouve que la chute des pluies tait alors beaucoup plus
considrable. Actuellement, il n'atteint mme pas le dsert en temps
de crue.

Le Seistan d'aujourd'hui a de l'eau de trois cts: le Helmand forme
sa frontire orientale, tandis qu'au nord et  l'ouest s'tend le
_hamoun_, la lagune dont je parlerai tout  l'heure. Au sud-est du
Seistan habit, se trouve le _Gand-i-Zirra_ ou Trou de Zirra, dans
lequel les eaux de la lagune sont portes par le Chelag, un cours
d'eau de 350 mtres de largeur, avec des rives hautes de 15 mtres, l
o je le traversai. Le grand bassin lui-mme a au moins 160 kilomtres
de longueur et 50 de largeur; il devait recevoir toute l'eau qu'on
trouve actuellement dans le lac, ou du moins tout l'excdent de ses
anciennes crues; sans cela, il serait impossible d'expliquer sa vaste
tendue. Quand le lac a beaucoup d'eau, le Chelag forme un fleuve
sal, qui coule paralllement au Helmand, dont le sparent des dunes
de sable, mais dans une direction oppose. En gnral, il n'y a gure
plus qu'un marais dans la dpression la plus basse et mme, au
printemps, les eaux ne couvrent pas le dixime de sa superficie.
D'aprs Istakhri, le Helmand ou Hilmend s'coulait dans le lac Zirra.

Avant l'arrive de Tamerlan, le Helmand tait barr par le Band-i-Aok
ou Akoa. De ce barrage, partait le Roud-Hauzdar, un canal large et
profond, destin  irriguer le district au sud du Seistan encore
habit aujourd'hui, et o l'on ne trouve plus que les dbris de
grandes villes. La plus importante tait Hauzdar, l'endroit o,
d'aprs la lgende, le fils de Rustem, Faramurz, fut empal par
Bahram.

[Illustration: Les commissaires persans de la dlimitation des
frontires perso-baloutches.--D'aprs une photographie.]

La branche principale du delta coulait alors, au nord-nord-ouest, par
Chahristan et Zahidan. Mais lorsque, aprs la catastrophe de
l'invasion tartare, Chah-Roukh eut dtruit le grand barrage, le
district du Hauzdar perdit son approvisionnement d'eau, et bien que le
Roud-Nasrou restt la rivire principale, un nouveau canal se forma
prs du barrage moderne, entourant les trois collines de Sehkouha,
ville alors inhabite, mais qui devait devenir la capitale du Seistan.

Pour autant que nous pouvons le savoir, il n'y eut pas de changement
important, jusqu' ce que, il y a de cela une soixantaine d'annes,
d'aprs Conolly, qui visita le pays peu aprs, les eaux renversrent
le barrage moderne et s'unirent pour former un canal  l'ouest de
Nad-i-Ali. En consquence, le Seistan fut laiss sans eau. Prises de
dsespoir, toutes les classes de la population s'unirent pour
construire un barrage, mais la rivire s'en dtourna. Plus tard, entre
1840 et 1850, on construisit le prsent barrage et l'on creusa le
Madar-Ab, ce qui ne fut point une tche facile.

Lorsque sir Frederic Goldsmid eut t dsign comme arbitre entre la
Perse et l'Afghanistan, il fixa la frontire  la rivire, dont le
cours n'avait pas chang. Mais il y a huit ans, sans doute par suite
du dpt d'alluvions, elle se fraya un passage  l'ouest, et, 
l'poque de notre visite, la branche principale du Helmand coulait,
sous le nom de Roud-Perian,  l'est et paralllement au Roud-Nasrou,
ayant dtruit Djahanabad, Ibrahimabad et Djalalabad, le berceau de la
dynastie keianienne. On s'attend  ce que le fleuve, ne rencontrant
pas d'obstacles, reprenne son cours originaire, et, ds maintenant,
les Afghans peuvent justement se plaindre d'tre laisss  sec, la
branche du Nad-i-Ali n'ayant que peu d'eau.

Pour en revenir  l'histoire, le pays fut gouvern, aprs Tamerlan,
par la tribu des Keianiens, qui prtend descendre de la famille royale
des Akhmnides. Son chef fut parfois indpendant, mais lorsque la
dynastie des Saffar fut  son znith, il dut se soumettre et reconnut
naturellement la suzerainet de la Perse.

Lorsque Ispahan eut t assige par les Afghans, Malik-Mahmoud, le
prince rgnant, vint  la rescousse avec 10000 soldats; mais les
envahisseurs lui ayant promis la possession du Khorassan, il laissa la
cit royale  son sort. Peu aprs, il fut pris  Mechhed par Nadir,
qui commenait  se pousser  la premire place, et ses hritiers,
deux frres, soutinrent un sige de sept ans sur le Kouh-i-Khoya, mais
ils furent finalement rconcilis et soumis.

[Illustration: Le delta du Helmand.]

 la mort de Nadir Chah, le royaume d'Afghanistan fut fond par Chah
Ahmed, qui possdait toute la Perse orientale, y compris le Kain et le
Seistan, provinces administres de Hrat. La tribu des Keiani
disparaissait graduellement;  la fin du XVIIe sicle, la tribu des
Nahroui, du Baloutchistan, fut invite  s'tablir dans le Seistan,
pour faire contrepoids aux Chahrekis et aux Sarbandis.

Vers 1850, Ali Khan, le chef des Sarbandis, fit acte d'allgeance
envers la Perse, et reut la main de la fille de Bahram-Marza, un
parent du chah. Mais il fut vaincu et tu par un de ses neveux,
Tadj-Mohammed. Celui-ci fut d'abord reconnu chef, mais ayant t
convoqu par le chah  Mechhed, il fut mis en prison, puis, chappa,
et mena ds lors une existence errante, qui se termina  Quetta.

Aprs cela, le Gouvernement persan prit graduellement possession du
Seistan et commena  occuper des forts de l'autre ct du Helmand.
Mais Chir-Ali, qui, dans l'intervalle, s'tait affermi sur le trne
d'Afghanistan, tait de force  s'opposer  ces tentatives
d'absorption. Pour viter une guerre perso-afghane, le Gouvernement
britannique consentit  faire acte d'arbitre, conformment au trait
de Paris, et il envoya sur les lieux la mission du Seistan, dont le
voyage est racont dans le volume _Eastern Persia_ du gnral
Goldsmid.

La situation tait difficile; l'arbitre avait non pas  dcider entre
des prtentions opposes, mais  fixer le vritable _statu quo_. Or,
l'mir de Kain s'imagina que le Gouvernement britannique essayait de
prendre le plus de territoire possible pour son Gouvernement--car en
Perse on regarde l'Afghanistan comme une province de l'empire des
Indes,--et comme le commissaire persan ne songeait qu' battre
monnaie, il comprit qu'en le confirmant dans son ide, il avancerait
ses propres intrts.

[Illustration: Sculptures sassanides de Perspolis (page
349).--D'aprs une photographie.]

Le gnral Goldsmid, voyant l'impossibilit de procder  une enqute
complte, s'en revint  Thran et rendit sa dcision, par laquelle,
comme je l'ai dit, le Helmand devint la frontire; et la Perse acquit
toute la partie capable de rapporter un revenu. Mais les deux parties
firent appel, et la dcision fut suspendue.

On perdit un peu le Seistan de vue. Mais l'ouverture de la route
Quetta--Nouchki--Khorassan, qui fut l'un des rsultats de la mission
des frontires perso-afghanes, ramena l'attention sur lui, et le
capitaine Webb Ware le visita, en 1897. Un vice-consul russe y fut
nomm, en automne 1898, et,  la mme poque, je reus l'ordre d'y
fonder un consulat britannique, et cela explique ma prsence dans la
rgion.

Je reprends le rcit de notre voyage. Nous arrivmes  la colline
noire et basse de Kouh-i-Malik-Sia, qui n'a d'intrt que d'tre le
point o les empires de Grande-Bretagne et de Perse touchent 
l'Afghanistan.

[Illustration: Un gouverneur persan et son tat-major.--D'aprs une
photographie.]

Je rencontrai Wood et son expdition  la station d'Hourmak, la
dernire o nous dussions trouver de l'eau frache jusqu'au Helmand.
Au del, l'interminable succession de _nalas_ dessches, o nous
avions march pendant des jours nombreux, cessait brusquement, et nous
entrions dans une plaine unie, en apparence sans bornes, dont la vue
tait tout  fait oppressante. Elle produisait sur nous un sentiment
tout semblable  celui qu'on prouve en dbarquant aprs un long
voyage sur mer.

Le lendemain, nous arrivions sur les bords de la Chelag, qui formait
de larges tangs d'eau sale, o s'battaient quelques canards.
Traversant en diagonale le lit large et profond de la rivire, nous
prmes la rive gauche et nous apermes les premires ruines. Nous
tablmes notre camp  Girdi-Chah, o je devais bientt installer mon
poste, prs des ruines de Ramroud, dont les maisons en pis, depuis si
longtemps abandonnes, sont encore presque habitables. Girdi-Chah, le
seul endroit o l'on trouve de l'eau potable,  plusieurs milles  la
ronde, est un point de relche ncessaire pour les caravanes venant de
Perse et d'Afghanistan. Mes _sowars_ y ont sem un peu de grain et
nettoy les sources, de sorte que plus tard un village y pourra
natre, qui sera le plus grand bienfait pour les caravanes.

L'tape suivante nous fit traverser un terrain plein encore de villes
et de villages abandonns. Nous passmes par les ruines de Koundar et
de Hauzdar, et nous campmes  Asak-Chah, o nous trouvmes quelques
sources d'une eau mdiocre, avec de grands troupeaux de moutons dans
le voisinage. Nous tions tout prs du Seistan habit.

Chevauchant  travers une plaine de gazon, nous atteignmes bientt le
premier canal d'irrigation, qui a 4 mtres environ d'lvation, et une
cinquantaine de centimtres de profondeur. Nos chevaux,  la fin, se
sentirent heureux; ils burent avidement jusqu' ce que, par humanit,
nous fmes forcs de les loigner. Longeant les falaises uses par les
eaux, nous entrmes bientt dans Varmal, un grand village, peupl d'un
millier d'habitants. En arrivant  notre camp, nous emes la surprise
d'y trouver des sacs d'orge et de farine: nous tions de nouveau dans
un pays d'abondance.

J'ai t trs frapp par la ressemblance qu'il y a entre le Seistan et
l'gypte, d'un ct, le Sarhad et la Palestine, de l'autre. Le Seistan
dpend tout  fait du Helmand, comme l'gypte du Nil, et les deux
districts sont les greniers des tribus environnantes. De mme, au
Sarhad comme en Palestine, la scheresse rend le pays inhabitable; les
troupeaux de moutons et de chvres meurent faute de nourriture. Quand,
dans le Sarhad, je m'enqurais d'une tribu absente, la rponse
invariable tait: Elle est alle au Seistan.

Ainsi qu'Abraham et Jacob furent contraints de se rendre en gypte
pour assurer l'existence  leurs familles, ainsi les nomades se
rassemblent dans le Seistan et aux alentours. Cependant les squelettes
que nous rencontrmes nous prouvrent que bien des vies s'taient
perdues en route. Pour complter la comparaison: de mme que le
voyageur en gypte traversait le dsert arabe, partiellement en vue de
la Mditerrane, ainsi les bergers en proie  la famine poussent
pniblement  travers le dsert jusqu'au Seistan, et voient le grand
_hamoun_ et le brillant Helmand qui, comme le Nil, garantit le berger
errant et ses troupeaux de la mort par la faim.

Notre premire visite au lac nous montra une grande tendue d'eau,
tout  fait libre et couverte de myriades d'oiseaux sauvages. Ils
faisaient, en s'envolant, un bruit exactement semblable  celui de la
houle battant sur une cte rocheuse. Ils taient hors de la porte de
nos fusils, et nous n'avions aucun bateau pour les atteindre.

Revenus au camp, nous y trouvmes un fonctionnaire que le gouverneur
avait envoy pour nous escorter jusqu' sa rsidence, Nasratabad.
Pendant la marche, plusieurs de nos chameaux tombrent, avec leurs
charges, dans les canaux d'irrigation. Rien n'est pitoyable comme de
voir dans l'eau le pauvre vaisseau du dsert.

 6 kilomtres de Nasratabad, nous fmes rejoints par Mir-Masum Khan,
le gouverneur. Mais aprs quelques salutations et quelque musique,
comme c'tait la nuit qui prcde le Ramadan, on nous laissa dans
notre camp.

Le fort de Nasratabad, autrefois Nasirabad, a t construit par l'mir
de Kain, il y a une trentaine d'annes,  l'poque o la Perse
s'tablit dans le Seistan,  proximit immdiate de Husseinabad,
village important, peupl de vingt mille mes. Il consiste en un
espace clos, d'un peu plus de 50 hectares de superficie, entour de
murs de 9 mtres de haut, et d'une paisseur considrable, que des
tours surmontent,  des intervalles trs rapprochs. Tout autour rgne
un chemin couvert, perc de meurtrires, avec un foss profond, qui
est quelquefois plein d'eau.

 l'intrieur, il y a de cinquante  cent boutiques, occupes
principalement par des soldats qui s'adonnent au commerce, durant leur
sjour dans le Seistan. On voit aussi, par-ci par-l, quelques petits
champs cultivs, et partout des nes.  l'angle nord-ouest, se trouve
l'_Ark_, ou rduit. Il a, autant que j'en puis juger, un profil
semblable  celui du fort, mais le sujet tant sans importance, je ne
fis aucune question, sr que j'tais d'veiller les soupons, la plus
mdiocre tour en pis tant aussi jalousement garde que le
Mont-Valrien.

[Illustration: La passe de Buzi.--D'aprs une photographie.]

La garnison de Nasratabad consiste en deux rgiments, arms des
inutiles _djezail_, bien qu'il y ait  Birjand, si j'ai bien compris,
un approvisionnement de fusils Wernld. Les canonniers viennent de
Tabris, et sont plus considrs; ils profitent de cette considration
pour faire de l'usure et prtent  500 pour 100 _au minimum_.

Mir-Masum Khan, le gouverneur, est un jeune homme de dix-neuf ans,
auquel,  premire vue, j'en donnai vingt-cinq, peut-tre, en partie,
parce qu'il portait des lunettes bleues. Nous allmes le voir le
lendemain de notre arrive. Il est le fils d'Hichmat-oul-Moulk,
lui-mme fils an de l'ancien mir, et il tait gouverneur du
Seistan, depuis six ans, sous la direction d'un vizir. Il avait le
teint blme et l'air assez mal portant. Je le trouvai assez ignorant
et lgrement vaniteux, ayant t toute sa vie entour de
courtisans.  ce moment, il tait en dlicatesse avec Hichmat
oul-Moulk,  cause de l'assassinat d'Abd-ou-Ouahab, son oncle, qui
avait eu lieu peu auparavant; il avait t invit  quitter le
Seistan, mais il s'y refusait. Il devait cependant se soumettre un peu
plus tard.

[Illustration: Les gypsies du sud-est persan.]

Aprs avoir pass quatre jours  Nasratabad, nous retournmes 
Varmal, o j'avais rendez-vous avec la mission Webb Ware. Deux jours
aprs, elle nous quittait. Pour me distraire du sentiment de ma
solitude, je rsolus d'aller visiter le Kouh-i-Khoya.

Le Kouh-i-Khoya, seule montagne du Seistan, a jou un grand rle dans
la priode hroque de la Perse, dont ce pays fut le centre. C'est une
montagne basse, au sommet plat, que l'on appellerait srement la
montagne de la Table, si les Persans avaient des tables.
Gnralement, la montagne est plus ou moins une le. Pour y arriver,
nous dmes naviguer dans des _toutin_, ou radeaux faits de roseaux,
qui ressemblent  des moitis de cigares et qui se tiennent assez bien
en quilibre.

Le Kouh-i-Khoya, qui s'appelait aussi autrefois _Kouh-i-Zor_ ou
_Kouh-i-Rustem_, s'lve  120 mtres au-dessus de la plaine, et n'est
accessible que par le sud et le sud-est. Il est rond comme une pomme,
avec un diamtre d'un kilomtre et demi environ, quoiqu'il ait
gnralement sur les cartes une forme oblongue, avec son grand axe du
nord au sud. Nous abordmes prs des ruines de la ville de Kakkar,
btie sur la falaise, et trs fortifie. Une muraille extrieure est
flanque de bastions et forme encore un ouvrage formidable. Une route
tait construite autrefois sur le devant de la falaise, au sommet de
laquelle se trouve un autre ouvrage, appel _Kouk_, vritable clef de
la position. Ce fut le thtre du premier exploit de Rustem, lorsque,
n'tant qu'un jeune garon, il s'empara du fort et tua le roi Kouk.
Plus loin, une gorge mne au sommet, que commande un petit fort. La
colline est principalement compose de basalte noir, et, par son
absolue strilit et son manque d'eau, elle rappelle un peu l'le
d'Hormuz.

Toute la surface est creuse de fosss, restes de mines, citernes pour
l'eau des pluies, ou bien est couverte de tombeaux forms, soit de
blocs grossirement assembls, soit de dmes en pis, soit de cairns
avec piliers.

 l'extrmit nord, se trouve le sanctuaire de Khoya-Galtoun, un dme
de construction grossire, dans lequel le saint repose, sous une tombe
forme de briques sches au soleil, et de 6 mtres de long. 
l'entre, se trouvent deux poids en pierre. Quand quelqu'un adresse
une demande au Khoya, il doit s'endormir sur les degrs de la porte;
si sa prire est exauce, il sera jet  quelques mtres de distance
par une force surnaturelle; sans cela, rien n'est fait.  l'quinoxe
du printemps, des courses  pied ont lieu prs du sanctuaire.

[Illustration: Sur la lagune du Helmand (page 354).--D'aprs une
photographie.]

Du Kouh-i-Khoya, je me dcidai  gagner Band-i-Seistan sur le Helmand.
 Dolatabad, quartier gnral des Sarbandi, les environs avaient t
inonds, et le village transform en le. Tous les villages du Seistan
sont btis sur des monticules de fumier, et en temps d'inondations,
ils forment autant d'lots. Imaginez une collection de huttes en pis
misrables, en forme de dmes, avec, devant la porte, un tas
d'immondices et un ne, et vous saisirez le type d'un village du
Seistan. On voit aussi des enclos  murs bas, avec des plants de
vignes, des mriers et des grenadiers, mais ces arbres sont encore
tout jeunes, et le Seistan,  l'ouest du Helmand, est encore aussi
dpourvu d'arbres que lorsqu'il fut visit par Conolly.

De Dolatabad, nous arrivmes  Sehkouha, dont les cartes font encore
la capitale du Seistan. Mais aujourd'hui sa population n'est pas mme
de vingt mille habitants, y compris cinquante soldats. Au del de
Sehkouha, nous emes  traverser le canal du Roud-Seistan, ce qui nous
prit la plus grande partie de la journe.  Khodja-Amad, il avait 40
mtres de largeur, et, sur certains points, prs de 2 mtres de
profondeur.

Nous fmes plus d'une visite au Helmand, l'_Etymander_ de la
gographie classique. C'est une belle rivire, paraissant aussi large
que la Tamise devant la Tour de Londres, et, aprs plusieurs mois de
voyage  travers les dserts, elle offrait une vue singulirement
rconfortante.

[Illustration: Couple baloutche.--D'aprs une photographie.]

Le barrage du Band-i-Seistan parat trs peu solide. Mais sa force est
peut-tre dans sa faiblesse, car on le rpare facilement, tandis qu'un
barrage en pierres, construit  cet endroit, pourrait dterminer un
changement du cours de la rivire.  l'poque de la mission du
Seistan, voici quelles taient ses dimensions: longueur totale 220
mtres, plus grande largeur 33 mtres, hauteur 5 mtres et demi. Au
moment de ma visite, sa largeur et sa hauteur avaient beaucoup
diminu, et quoique les eaux fussent basses, elles filtraient au
travers, ou passaient par-dessus. Le seul bois employ tait celui du
tamaris; des pieux, d'une faible paisseur, taient plants dans le
lit de la rivire, et de petites branches enroules autour. Pour
consolider la construction, on ajoute des fascines, grossirement
construites, qui sont dtruites chaque anne. Ainsi le Seistan est,
par le fait, dpourvu d'eau, lorsque les flots provenant de la fonte
des neiges des monts Berbers se sont couls, et il faut que des
milliers de villageois se mettent  la rparation du barrage.

On dit que le Helmand renferme une excellente espce de poisson; mais
ceux que nous prmes se trouvrent tre, pour la plupart, insipides.
Les rives du Madar-Ab (Mre des eaux), ainsi qu'on appelle ce canal,
sont couvertes d'une paisse vgtation de tamaris; c'est l'une des
rares jungles que j'aie vues en Perse.

Nous allmes chasser dans les environs la bcassine et le canard. La
chasse ne fut point mauvaise, mais nous marchions constamment dans
l'eau, et c'tait un travail pnible. Tout ce pays, couvert maintenant
de tamaris et de hauts roseaux, tait cultiv, il n'y a que quelques
annes.

C'est l que se trouvent les ruines de Chahristan, de Zahidan et
d'autres villes. Les plus intressantes sont celles d'une tour,
construite en briques cuites, et d'environ 20 mtres de hauteur. Une
large brche, sur la face sud, menace sa stabilit, et il est 
craindre qu'elle ne s'croule bientt. Cette tour, sur laquelle on lit
deux inscriptions koufiques, tait videmment un minaret appartenant 
une mosque aujourd'hui ruine.

Aprs tre revenu passer quelques jours au camp de Nasratabad, j'en
repartis pour une nouvelle excursion, dans laquelle je me proposais de
visiter la lagune. Autour du village de Hadimi, habite, sur ses rives,
la tribu des Saiads, ou oiseleurs, qui m'intressrent, comme tant
peut-tre une population aborigne. C'est du moins ce qu'ils disent,
et leur aspect semble pareillement l'indiquer. Prs d'eux, mais s'en
distinguant absolument, sont les _Gaudars_, ou gardeurs de vaches,
dont les troupeaux paissent les jeunes roseaux dans la lagune. Les
vaches du Seistan sont, d'ailleurs, renommes.

Les Saiads, d'aprs leur dire, sont les seuls vritables Seistanis, et
cela est possible, car eux seuls peuvent avoir chapp en corps aux
hordes mongoles, en prenant des provisions  bord de leurs radeaux, et
en se cachant dans les herbes. La tribu compte environ quatre cents
familles. Leur principal commerce est celui des plumes dont on
rembourre les oreillers. Deux familles seulement ont pour mtier la
pche.

Les oiseaux sont pris au moyen de filets, qu'on amarre  des pieux, et
dans lesquels ils sont conduits par des avenues pratiques dans les
roseaux; parfois aussi ces filets sont tendus sur des pieux plants
dans l'eau libre.

Nous fmes une excursion de chasse  bord d'un _toutin_. On nous mena
dans une srie de lagunes qui s'ouvrent les unes sur les autres. Nous
tumes quelques canards et nous rencontrmes un pcheur, qui s'en
revenait avec plus de vingt poissons, rcemment pchs. Quelques-uns
pesaient de 3  4 livres et ressemblaient  des barbeaux.

Dans la soire, nous vmes des radeaux, pousss par de tout petits
garons, n'ayant pas 3 pieds de haut, et rapportant  la maison les
roseaux ncessaires  la construction d'un autre bateau. L'oiseleur
qui nous guidait se trouvait tre trs communicatif. Il me raconta,
entre autres faits, que des passagers se rendaient  l'occasion par
cette route  Lach Djouvan, en territoire afghan, et que la traverse
du _hamoun_ exigeait vingt-quatre heures.

 Gazbar, notre prochaine tape, le lac tait tout  fait libre de
roseaux, et sur les bancs de boue, on voyait de grands vols d'oies
sauvages, sur lesquelles nous tirions avec nos carabines, d'une
distance de 400 mtres. Chaque vole en abattait trois ou quatre.

Ayant appris que le canal appel Roud-Perian grossissait, je me
dcidai  le traverser sans plus tarder; sans cela, j'aurais d
m'abstenir de visiter le district qui s'tend entre ce canal et le
vieil Helmand, et qui est connu sous le nom de _Mian-Kangi_.

Nous traversmes Djalalabad, jadis proprit de la tribu des Keians,
mais aujourd'hui localit sans importance. Le nouveau cours de la
rivire a pargn le village, mais dtruit toute la zone cultive.
Nous visitmes les ruines qui bordent le Roud-Nasrou. On trouve l des
dbris de maisons construites en briques cuites, qui appartiennent
toutes  un type d'architecture plus lev que les dmes de pis
ordinaires aujourd'hui. Il est indubitable que Timour et Chah-Rouk
portrent un coup durable  la civilisation persane, un coup qui a
chang le cours de l'histoire.

Une pluie abondante, qui nous avait menacs deux ou trois jours, nous
atteignit au moment o nous tions sur un sol argileux,  peu prs
impermable, et transforma notre camp en lac. Pendant tout un jour,
les chameaux furent empchs d'avancer. Nous traversmes quelques
canaux peu profonds, puis le cours d'eau principal, qui a environ 400
mtres de largeur et 120 centimtres de profondeur.

Nous abordmes dans un marais de tamaris. Mais nous dcouvrmes
bientt que ce n'tait qu'une le, au del de laquelle coulait une
autre branche de la rivire; elle n'avait qu'une soixantaine de mtres
de largeur, mais elle tait presque aussi profonde que la rivire
principale.

[Illustration: Vue de Yezd, par o nous passmes pour rentrer  Kirman
(page 360).--D'aprs une photographie.]

Le pays de Mian-Kiangi (nom qui quivaut  celui de Msopotamie) est
une jungle paisse de tamaris, de quelque 20 mtres de hauteur, qui
s'tend entre le Roud-Perian et le Helmand; les villages s'y lvent
dans des clairires. Le Helmand est,  cet endroit, trs peu profond;
son lit tait mme presque  sec au moment o nous y passmes. Il est
certain que la rivire, avant d'atteindre d'un cours lent le _hamoun_,
dposait ses alluvions le long de la masse des roseaux et des tamaris,
qu'elles ont progressivement recouverts, et maintenant tout ce qui
reste pour marquer la frontire est ce cours d'eau sec et
insignifiant, connu aujourd'hui sous le nom de _Roud-Achoukan_. De
l'autre ct, prs de l'embouchure, se trouve une colline basse, le
_Tapa-i-Tilai_, ou mont d'Or, du sommet duquel on n'apercevait pas un
point d'eau; les yeux erraient  travers un sol dessch, couvert de
racines de roseaux. Quelques nomades de la tribu des Bouzi, qui sont
des Persans, habitent ce dsert, qui s'tend jusqu' Chakansour, et
abreuvent leurs troupeaux  quelques sources; sans cela la
tranquillit de la mort plane sur ce pays.

Les tapes suivantes devaient nous mener  Milak, point o le
Roud-Perian se divise en deux branches.  3 kilomtres au sud-sud-est
de notre camp, nous rencontrmes des ruines tendues, dsignes sous
le nom de _Tackht-i-Poul_ ou Plate-forme du pont. On nous montra
trois petites arches en briques cuites, qui taient, nous dit-on, les
restes d'un pont jet sur le Helmand, mais leurs petites dimensions
suffisaient  montrer l'absurdit de cette supposition.

[Illustration: La colonne de Nadir s'lve comme un phare dans le
dsert.--D'aprs une photographie.]

 Siadak, le chef du village tait rcemment revenu de Quetta, o il
avait vu l'agent du gouverneur gnral. Son voyage lui avait t
profitable, car il se proposait de faire un autre voyage, ds qu'il
aurait assez de laine et de beurre clarifi, principal objet
d'exportation du Seistan.

Prs de Milak, on est en vue du Nad-i-Ali, colline remarquable,
entoure de murs, de l'autre ct du vieux Helmand. Il s'y trouve une
garnison d'une centaine de rguliers de Caboul. L'ancienne ville est
situe, dit-on, au sud. Deux autres collines, au sud, _Sufidak_ et
_Surkhdak_, sont actuellement sans occupants.

Le gouverneur du district, connu sous le titre d'_Akhoundzada_, rside
 Kala-Kang, au sud de Chakansour. On nous dit que la place o peuvent
se faire les plus belles dcouvertes de monnaies et de sceaux est
Amiran, un peu au sud du Nad-i-Ali.

Empchs de marcher par la masse paisse des tamaris, nous emes 
choisir pour route le Helmand, toujours trs peu profond. Nous
entendmes plus d'un rcit sur la tyrannie afghane, trs dure,
compare  la domination persane. Du ct afghan, on ne cultive point
de melons, car ils seraient tous saisis par une soldatesque rapace;
mme le th et le sucre sont presque inconnus, et ne sont transports
par contrebande qu'en petites quantits. Dans ces conditions, le
commerce est littralement jugul, et il n'y a pratiquement aucune
communication avec Kandahar.

Les crivains venus d'Europe ou des Indes sont, en gnral, et  mon
humble avis, beaucoup trop svres en jugeant de l'tat de la Perse.
Pour ne parler que du Seistan, avant que le Gouvernement persan en
prt possession, la vie d'aucun voyageur n'tait sre, comme M.
Ferrier en tmoigne dans ses _Caravan Journeys_. Or, dj  l'poque
de la mission du Seistan, le changement tait considrable: aucune
tentative de spoliation ou de violence n'avait t faite du ct
persan, et aujourd'hui, abstraction faite d'escarmouches de l'autre
ct de la frontire, le district est aussi sr que la plupart des
pays d'Europe. Une immigration constante vient de l'Afghanistan, et
ainsi s'accrot la superficie cultive du pays, qui a quadrupl sous
la domination du chah.

Nous emes ensuite  traverser, avec beaucoup de difficults, le
Roud-Perian, grossi par des pluies rcentes et devenu un torrent
cumeux de 300 mtres de largeur, dont peut-tre 40  50 guables; les
chevaux et les mules pouvaient passer  la nage; quant  nos chameaux,
dbts et munis de six gourdes  la place de leurs charges, ils
taient littralement tous par deux hommes, assis, l'un  la tte et
l'autre  la queue.

Cela nous prit tout un jour d'accomplir ce passage, et nous revnmes 
Nasratabad, en passant  travers les ruines de Zahidan, au milieu
d'une tempte qui remuait fort dsagrablement des colonnes de sable.

Le temps tait devenu chaud, 35 degrs  l'ombre  midi, et nous
commencions  subir la peste des mouches et des moustiques. Le 1er
avril, nous rencontrmes le premier serpent, ce hraut du printemps,
et nous nous trouvmes trs heureux de quitter le Seistan pour la
province plus leve de Kain, par o nous devions revenir  Yezd et 
Kirman.

Mes deux excursions m'avaient fait voir le Seistan tout entier, et je
puis en parler avec quelque connaissance de cause. Il se divise, comme
je l'ai montr, en deux parties, la rgion sans arbres et la jungle.
Dans toutes les deux, le sol est semblable, et il parat consister
gnralement en une argile lgre. Dans quelques rgions, on trouve
des kilomtres carrs de collines de sable, qui pourraient, il est
vrai, tre cultives. Autour de Nasratabad, la terre est sale et
perce de trous innombrables. On trouve en particulier de nombreux
tangs, peu profonds, qui doivent tre d'excellents bouillons de
culture pour les moustiques et les microbes. De fait, sans le vent de
cent vingt jours que l'on appelle le _Bad-i-Sad-u-Bist-Ruz_, le
Seistan serait  peine habitable. Ce vent providentiel souffle d'avril
 juin sur le district; il est chaud et dsagrable, mais il emporte
l'atmosphre de malaria. Quand il tombe, la masse des habitants, qui
me parut tre une race maladive, souffre terriblement de la fivre.
Cependant si l'on prend les prcautions ncessaires, le climat du
Seistan, malgr les tempratures de 45 degrs sous la tente, en t,
peut se comparer favorablement avec celui de diverses rgions du
Bengale, et ses brves priodes de temps froid sont aussi hyginiques
qu'on peut le dsirer.

Lord Curzon, dans son livre sur _la Perse_, traite compltement la
question du Seistan, au point de vue politique. Je me borne  en
parler au point de vue gographique. On a dj remarqu que c'tait
une petite gypte, un grenier pour les tribus avoisinantes. Ce
caractre est encore accentu par la situation du pays,  mi-chemin
entre le territoire russe et le golfe Persique, avec une population
trs clairseme des deux cts; c'est aussi le seul district cultiv
entre Quetta et la province de Kirman. D'autre part, le Seistan
cultivable, avec une population qui ne compte gure que 100000
habitants, y compris environ 7000 nomades, ne consiste, au fond, que
dans le delta du Helmand. Je ne crois pas que les grandes quantits
d'eau, qui se perdent actuellement, puissent tre utilises par une
autre puissance que celle qui tient aujourd'hui le cours suprieur de
cette rivire, et la zone de culture, dans des conditions aussi
troitement limites, ne peut pas s'tendre beaucoup[5].

_Adapt de l'anglais par_ H. JACOTTET.

         [Note 5: Ici se termine le rcit que le major Percy
         Molesworth Sykes a consacr  la Perse orientale dans
         l'ouvrage si document qu'il a publi  Londres (1902) sous
         le titre suivant: _Ten Thousand Miles in Persia_. L'autorit
         de l'crivain qui a vou son existence  un pays dans lequel,
         depuis de nombreuses annes, il reprsente le Gouvernement de
         la Grande-Bretagne, en fait un travail gographique et
         historique de tout premier ordre. C'est une des publications
         les plus intressantes  consulter sur l'tat actuel de la
         Perse.

                                             NOTA DE LA RDACTION.]

[Illustration: Mosque de Yezd.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.


       *       *       *       *       *


TABLE DES GRAVURES ET CARTES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_


  En rickshaw sur la route du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      1

  L'lphant du touriste  Djapour.                                 1

  Petit sanctuaire latral dans l'un des temples djans du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      2

  Pont de cordes sur le Djhilam, prs de Garhi. (Dessin de Massias,
    d'aprs une photographie.)                                       3

  Les Karvas ou plateaux alluviaux forms par les rosions du
    Djhilam. (D'aprs une photographie.)                             4

  Ekkas et Tongas sur la route du Kachmir: vue prise au relais
    de Rampour. (D'aprs une photographie Jadu Kissen,  Delhi.)     5

  Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam  Ouri. (D'aprs une
    photographie.)                                                   6

  Shr-Garhi ou la Maison du Lion, palais du Mahrdja  Srnagar.
    (Photographie Bourne et Sheperd,  Calcutta.)                    7

  L'entre du Tchinar-Bgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de
    Srnagar; au premier plan une dounga, au fond le sommet du
    Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)          7

  Ruines du temple de Brankoutri. (D'aprs une photographie.)        8

  Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen,
     Delhi.)                                                        9

  Le quai de la Rsidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            10

  La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam  Baramoula.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            11

  Nos tentes  Lahore. (D'aprs une photographie.)                  12

  Dounga ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne
    et Shepherd,  Calcutta.)                                       13

  Vichnou port par Garouda, idole vnre prs du temple de
    Vidja-Broer (hauteur 1m 40.)                                    13

  Enfants de bateliers jouant  cache-cache dans le creux d'un
    vieux platane. (D'aprs une photographie.)                      14

  Batelires du Kachmir dcortiquant du riz, prs d'une range de
    peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.)       15

  Campement prs de Palhallan: tentes et doungas. (D'aprs une
    photographie.)                                                  16

  Troisime pont de Srnagar et mosque de Shah Hamadan; au fond,
    le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)    17

  Le temple inond de Pandrethan. (D'aprs une photographie.)       18

  Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  19

  Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthn.
    (D'aprs une photographie.)                                     20

  Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, 
    Delhi.)                                                         21

  Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din,  Vidjabroer. (D'aprs une
    photographie.)                                                  22

  Le temple de Panyech:  gauche, un brahmane;  droite, un
    musulman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                  23

  Temple hindou moderne  Vidjabroer. (D'aprs une photographie.)   24

  Brahmanes en visite au Naga ou source sacre de Valtongou.
    (D'aprs une photographie.)                                     25

  Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosque,
     Houtamourou, prs de Bhavan.                                  25

  Temple ruin,  Khotair. (D'aprs une photographie.)              26

  Naga ou source sacre de Kothair. (D'aprs une photographie.)     27

  Ver-Ng: le bungalow au-dessus de la source. (D'aprs une
    photographie.)                                                  28

  Temple rustique de Voutanr. (D'aprs une photographie.)          29

  Autel du temple de Voutanr et accessoires du culte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  30

  Noce musulmane,  Rozlou: les musiciens et le fianc. (D'aprs
    une photographie.)                                              31

  Sacrifice bhramanique,  Bhavan. (D'aprs une photographie.)      31

  Intrieur de temple de Martand: le repos des coolies employs au
    dblaiement. (D'aprs une photographie.)                        32

  Ruines de Martand: faade postrieure et vue latrale du temple.
    (D'aprs des photographies.)                                    33

  Place du campement sous les platanes,  Bhavan. (D'aprs une
    photographie.)                                                  34

  La Ziarat de Zan-oud-Din,  Eichmakam. (Photographie Bourne et
    Shepherd,  Calcutta.)                                          35

  Naga ou source sacre de Brar, entre Bhavan et Eichmakar.
    (D'aprs une photographie.)                                     36

  Maisons de bois,  Palgm. (Photographie Bourne et Shepherd, 
    Calcutta.)                                                      37

  Palanquin et porteurs.                                            37

  Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche
    miraculeuse. (D'aprs une photographie.)                        38

  Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la valle du Lidar
    au-dessus de Palgm, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          39

  Valle d'Amarnth: vue prise de la grotte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  40

  Pondjtarni et le camp des plerins: au fond, la passe du
    Mahgounas. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                41

  Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et
    Zodji-Pl. (D'aprs une photographie.)                          42

  Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac ecra-Nag.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            43

  Grotte d'Amarnth. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)           43

  Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'aprs une
    photographie.)                                                  44

  Campement de Goudjars  Astan-Marg. (D'aprs une photographie.)   45

  Le bain des plerins  Amarnath. (D'aprs une photographie.)      46

  Plerins d'Amarnth: le Sdhou de Patiala; par derrire, des
    brahmanes, et  droite, des musulmans du Kachmir. (D'aprs une
    photographie.)                                                  47

  Mosque de village au Kachmir. (D'aprs une photographie.)        48

  Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd,
     Calcutta.)                                                    49

  Mendiant musulman. (D'aprs une photographie.)                    49

  Le Brahma Sr et le camp des plerins au pied de l'Haramouk.
    (D'aprs une photographie.)                                     50

  Lac Gangbal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu
    Kissen,  Delhi.)                                               51

  Le Noun-Kl, au pied de l'Haramouk, et le bain des plerins.
    (D'aprs une photographie.)                                     52

  Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs houkas (pipes) et leur
    hangri (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)   53

  Temples ruins  Vangth. (D'aprs une photographie.)             54

  Mla ou foire religieuse  Hazarat-Bal. (En haut, photographie
    par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen,  Delhi.)       55

  La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srnagar. (D'aprs
    une photographie.)                                              56

  Nishat-Bgh et le bord oriental du lac de Srnagar. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          57

  Le canal de Mar  Sridagar. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  58

  La mosque de Shah Hamadan  Srnagar (rive droite). (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          59

  Spcimens de l'art du Kachmir. (D'aprs une photographie.)        60


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.


  La barre de Grand-Bassam ncessite un grand dploiement de force
    pour la mise  l'eau d'une pirogue. (D'aprs une photographie.) 61

  Le fminisme  Adoko: un mdecin concurrent de l'auteur.
    (D'aprs une photographie.)                                     61

  Travail et Maternit ou Comment vivent les femmes de
    Petit-Alp. (D'aprs une photographie.)                       62

   Motso: soins maternels. (D'aprs une photographie.)            63

  Installation de notre campement dans une clairire dbroussaille.
    (D'aprs une photographie.)                                     64

  Environs de Grand-Alp: des hangars dans une palmeraie, et une
    douzaine de grands mortiers destins  la prparation de l'huile
    de palme. (D'aprs une photographie.)                           65

  Dans le sentier troit, montant, il faut marcher en file indienne.
    (D'aprs une photographie.)                                     66

  Nous utilisons le ft renvers d'un arbre pour traverser la M.
    (D'aprs une photographie.)                                     67

  La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'aprs une
    photographie.)                                                  68

  Indignes coupant un acajou. (D'aprs une photographie.)          69

  La cte d'Ivoire.--Le pays Atti.                                 70

  Ce fut un sauve-qui-peut gnral quand je braquai sur les
    indignes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lave,
    d'aprs une photographie.)                                      71

  La rue principale de Grand-Alp. (D'aprs une photographie.)     72

  Les Trois Graces de Mop (pays Atti). (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Femme du pays Atti portant son enfant en groupe. (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Une clairire prs de Mop. (D'aprs une photographie.)           74

  La garnison de Mop se porte  notre rencontre. (D'aprs une
    photographie.)                                                  75

  Femme de Mop fabriquant son savon  base d'huile de palme et de
    cendres de peaux de bananes. (D'aprs une photographie.)        76

  Danse excute aux funrailles du prince hritier de Mop.
    (D'aprs une photographie.)                                     77

  Toilette et embaumement du dfunt. (D'aprs une photographie.)    78

  Jeune femme et jeune fille de Mop. (D'aprs une photographie.)   79

  Route, dans la fort tropicale, de Malamalasso  Daboissu.
    (D'aprs une photographie.)                                     80

  Beni Coam, roi de Betti et autres lieux, entour de ses femmes
    et de ses hauts dignitaires. (D'aprs une photographie.)        81

  Chute du Mala-Mala, affluent du Como,  Malamalasso. (D'aprs
    une photographie.)                                              82

  La valle du Como  Malamalasso. (D'aprs une photographie.)     83

  Tam-tam de guerre  Mop. (D'aprs une photographie.)             84

  Piroguiers de la cte d'Ivoire pagayant. (D'aprs une
    photographie.)                                                  85

  Allou, le boy du docteur Lamy. (D'aprs une photographie.)        85

  La fort tropicale  la cte d'Ivoire. (D'aprs une
    photographie.)                                                  86

  Le dbitage des arbres. (D'aprs une photographie.)               87

  Les lianes sur la rive du Como. (D'aprs une photographie.)      88

  Les occupations les plus frquentes au village: discussions et
    farniente Atti. (D'aprs une photographie.)                    89

  Un incendie  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)           90

  La danse indigne est caractrise par des poses et des gestes
    qui rappellent une pantomime. (D'aprs une photographie.)       91

  Une inondation  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)        92

  Un campement sanitaire  Abidjean. (D'aprs une photographie.)    93

  Une rue de Jackville, sur le golfe de Guine. (D'aprs une
    photographie.)                                                  94

  Grand-Bassam: cases dtruites aprs une pidmie de fivre jaune.
    (D'aprs une photographie.)                                     95

  Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplne. (D'aprs une
    photographie.)                                                  96


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_


  L'le d'Elbe se dcoupe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et
    violtre.                                                       97

  Une jeune fille elboise, au regard nergique,  la peau d'une
    blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs.                   97

  Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100).     98

  Porto-Ferraio:  l'entre du port, une vieille tour gnoise,
    trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots.               99

  Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napolon
    pour se rendre  sa maison de campagne de San Martino.         100

  Porto-Ferraio: la porte de mer, o aborda Napolon.              101

  La teste de Napolon (page 100).                               102

  Porto-Ferraio s'chelonne avec ses toits plats et ses faades
    scintillantes de clart (page 99).                             103

  Porto-Ferraio: les remparts dcoupent sur le ciel d'un bleu
    sombre leur profil anguleux (page 99).                         103

  La faade extrieure du Palais des Mulini o habitait Napolon
     Porto-Ferraio (page 101).                                    104

  Le jardin imprial et la terrasse de la maison des Mulini
    (page 102).                                                    105

  La Via Napoleone, qui monte au Palais des Mulini.              106

  La salle du conseil  Porto-Ferraio, avec le portrait de la
    dernire grande-duchesse de Toscane et celui de Napolon,
    d'aprs le tableau de Grard.                                  107

  La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonne, avec ses
    volets clos et les peintures dcoratives qu'y fit faire
    l'empereur (page 101).                                         107

  Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protge du
    soleil.                                                        108

  Les mille mtres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte
    Giove, dvalent dans les flots de toute leur hauteur.          109

  Un enfant elbois.                                                109

  Marciana Alta et ses ruelles troites.                           110

  Marciana Marina avec ses maisons ranges autour du rivage et
    ses embarcations tires sur la grve.                          111

  Les chtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte
    Giove.                                                         112

  ... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nues
    (page 111).                                                    113

  La Seda di Napoleone sur le Monte Giove o l'empereur
    s'asseyait pour dcouvrir la Corse.                            114

  La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithtre de
    rochers est entoure de sveltes cyprs (page 117).             115

  Voici Rio Montagne dont les maisons rgulires et cubiques ont
    l'air de dominos empils... (page 118).                        115

  J'aperois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nues.  116

  Une des trois chambres de l'ermitage.                            117

  L'ermitage du Marciana o l'empereur reut la visite de la
    comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814.                        117

  Le petit port de Porto-Longone domin par la vieille citadelle
    espagnole (page 117).                                          118

  La maison de Madame Mre  Marciana Alta.--Bastia, signor!--La
    chapelle de la Madone sur le Monte Giove.                      119

  Le coucher du soleil sur le Monte Giove.                         120

  Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino.       121

  L'arrive de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        121

  Le drapeau de Napolon roi de l'le d'Elbe: fond blanc, bande
    orang-rouge et trois abeilles jadis dores.                   122

  La salle de bains de San Martino a conserv sa baignoire de
    pierre.                                                        123

  La chambre de Napolon  San Martino.                            123

  La cour de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        124

  Une femme du village de Marciana Alta.                           125

  Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques
    reprsentant Napolon et Marie-Louise.                         126

  San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes 
    la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles (page 123).    126

  Rideau du thtre de Porto-Ferraio reprsentant Napolon sous la
    figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admte.            127

  La salle gyptienne de San Martino est demeure intacte avec ses
    peintures murales et son bassin  sec.                         127

  Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napolon
    aux Mulini, dont on a fait le trne piscopal de l'vque
    d'Ajaccio.                                                     128

  La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aeule
    portait  la cour des Mulini.                                  129

  ventail de Pauline Borghse, en ivoire sculpt, envoy en
    souvenir d'elle  la signora Traditi, femme du maire de
    Porto-Ferraio.                                                 130

  Le lit de Madame Mre, qu'elle s'tait fait envoyer de Paris 
    l'le d'Elbe.                                                  130

  Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo,
    chauffait,  un petit brasero de terre jaune, ses mains
    osseuses.                                                      131

  L'entre du goulet de Porto-Ferraio par o sortit la flottille
    impriale, le 26 fvrier 1815.                                 132


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes_.


  Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du
    Ksar-el-Benat (page 142). (D'aprs une photographie.)          133

  Le canal de Sleucie est, par endroits, un tunnel (page 140).    133

  Vers le coude de l'Euphrate: la pense de relever les traces de
    vie antique a dict l'itinraire.                              134

  L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que
    l'enceinte, aux flancs du Silpios (page 137).                  135

  Les rues d'Antioche sont troites et tortueuses; parfois, au
    milieu, se creuse en foss. (D'aprs une photographie.)        136

  Le tout-Antioche inonde les promenades. (D'aprs une
    photographie.)                                                 137

  Les crtes des collines sont couronnes de chapelles ruines
    (page 142).                                                    138

  Alep est une ville militaire. (D'aprs une photographie.)        139

  La citadelle d'Alep se dtache des quartiers qui l'avoisinent
    (page 143). (D'aprs une photographie.)                        139

  Les parois du canal de Sleucie s'lvent jusqu' 40 mtres.
    (D'aprs une photographie.)                                    140

  Les tombeaux de Sleucie s'tageaient sur le Kasios. (D'aprs
    une photographie.)                                             141

   Alep une seule mosque peut presque passer pour une oeuvre
    d'art. (D'aprs une photographie.)                             142

  Tout alentour d'Alep la campagne est dserte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 143

  Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifi.                       144

  Balkis veille, de loin et de haut, l'ide d'une taupinire
    (page 147). (D'aprs une photographie.)                        145

  Stle Hittite. L'artiste n'a excut qu'un premier ravalement
    (page 148).                                                    145

  glise armnienne de Nisib; le plan en est masqu au dehors.
    (D'aprs une photographie.)                                    146

  Tell-Erfat est peupl d'Yazides; on le reconnat  la forme des
    habitations. (D'aprs une photographie.)                       147

  La rive droite de l'Euphrate tait couverte de stations romaines
    et byzantines. (D'aprs une photographie.)                     148

  Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indfiniment
    (page 148). (D'aprs une photographie.)                        149

  Srsat: village mixte d'Yazides et de Bdouins (page 146).
    (D'aprs une photographie.)                                    150

  Les Tcherkesses diffrent des autres musulmans; sur leur personne,
    pas de haillons (page 152). (D'aprs une photographie.)        151

  Ras-el-An. Deux jours se passent, mlancoliques, en ngociations
    (page 155). (D'aprs une photographie.)                        152

  J'ai laiss ma tente hors les murs devant Orfa. (D'aprs une
    photographie.)                                                 153

  Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol. (D'aprs
    une photographie.)                                             154

  Vue gnrale d'Orfa. (D'aprs une photographie.)                 155

  Porte arabe  Rakka (page 152). (D'aprs une photographie.)      156

  Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurs sont ports dans le
    bac  force de bras (page 159). (D'aprs une photographie.)    157

  Bdouin. (D'aprs une photographie.)                             157

  Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restes debout.
    (D'aprs une photographie.)                                    158

  Orfa: mosque Ibrahim-Djami; les promeneurs flnent dans la cour
    et devant la piscine (page 157). (D'aprs une photographie.)   159

  Pont byzantin et arabe (page 159). (D'aprs une photographie.)   160

  Mausole d'Alif, orn d'une frise de ttes sculptes (page 160).
    (D'aprs une photographie.)                                    161

  Mausole de Thodoret, selon la lgende, prs de Cyrrhus.
    (D'aprs une photographie.)                                    162

  Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taille (page 165).
    (D'aprs une photographie.)                                    163

  L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit
    corps de lgionnaires romains (page 160). (D'aprs une
    photographie.)                                                 163

  Trappe de Checkhl: un grand difice en pierres a remplac les
    premires habitations (page 166).                              164

  Trappe de Checkhl: la chapelle (page 166). (D'aprs une
    photographie.)                                                 165

  Pre Maronite (page 168). (D'aprs une photographie.)            166

  Acbs est situ au fond d'un grand cirque montagneux (page 166).
    (D'aprs une photographie.)                                    167

  Trappe de Checkhl: premires habitations des trappistes
    (page 166). (D'aprs une photographie.)                        168


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_


  Indignes hbridais de l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat. (D'aprs
    une photographie.)                                             170

  Une case de l'le de Spiritu-Santo et ses habitants. (D'aprs
    une photographie.)                                             171

  Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat, prsente
    une rade magnifique. (D'aprs une photographie.)               172

  C'est  Port-Vila ou Franceville, dans l'le Vat, que la France
    a un rsident. (D'aprs une photographie.)                     173

  Dieux indignes ou Tabous. (D'aprs une photographie.)           174

  Les indignes hbridais de l'le Mallicolo ont un costume et
    une physionomie moins sauvages que ceux de l'le Pentecte.
    (D'aprs des photographies.)                                   175

  Pirogues de l'le Vao. (D'aprs une photographie.)               176

  Indignes employs au service d'un bateau. (D'aprs une
    photographie.)                                                 177

  Un sous-bois dans l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 178

  Un banquet de Franais  Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La colonie franaise de Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La rivire de Luganville. (D'aprs une photographie.)            180


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_


  Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba
    (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         181

  La reine des cloches Tsar Kolokol (page 180). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 181

  Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files
    dans les rues de Moscou (page 183).                            182

  Les paysannes en plerinage arrives enfin  Moscou, la cit
    sainte (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  183

  Une chapelle o les passants entrent adorer les icnes
    (page 183). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         184

  La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se dcouvrir
    (page 185). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        185

  Une porte du Kreml (page 185). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    186

  Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui
    entourent la cit sainte (page 185). (D'aprs une photographie
    de M. J. Cahen.)                                               187

  Deux villes dans le Kreml: celle du XVe sicle, celle d'Ivan,
    et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais
    (page 190).                                                    188

  Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses crneaux, ses tours aux
    toits aigus (page 183). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    189

  Tout prs de l'Assomption, les deux glises-soeurs se dressent:
    les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 189

   l'extrmit de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis
    de ses clochers (page 184). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    190

  Du haut de l'Ivan Vliki, la ville immense se dcouvre (page 190).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    191

  Un des isvotchiks qui nous mnent grand train  travers les rues
    de Moscou (page 182).                                          192

  Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchs moscovites,
    entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent l
    leurs produits (page 195). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        193

  L'isvotchik a revtu son long manteau bleu (page 194). (D'aprs
    une photographie de M. J. Cahen.)                              193

  Itinraire de Moscou  Tomsk.                                    194

   ct d'une picerie, une des petites boutiques o l'on vend le
    kvass, le cidre russe (page 195). (D'aprs une photographie de
    M. J. Cahen.)                                                  195

  Et des Tatars offraient des toffes tales sur leurs bras
    (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         196

  Patients, rsigns, les cochers attendent sous le soleil de midi
    (page 194). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         197

  Une cour du quartier ouvrier, avec l'icne protectrice (page 196).
    (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)                     198

  Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui
    relie la vieille ville  la nouvelle, la citadelle au march
    (page 204). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         199

  Le march tincelait dans son fouillis (page 195). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  200

  Dj la grande industrie pntre: on rencontre  Moscou des
    ouvriers modernes (page 195). (D'aprs une photographie.)      201

  Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    202

  Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent,  tous les
    tages, autour de grandes cours (page 196). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  203

  Le char funbre tait blanc et dor (page 194). (D'aprs une
    photographie.)                                                 204

   Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars,
    Tcherkesses (page 208). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        205

  Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand chle
    (page 214). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        205

  Nous avons travers le grand pont qui mne  la foire (page 205).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    206

  Au dehors, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, 
    l'orientale (page 207). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        207

  Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    208

  Dans les rues, les petits marchands taient innombrables
    (page 207). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         209

  Dans une rue, c'taient des coffres de toutes dimensions, peints
    de couleurs vives (page 206). (D'aprs une photographie de M.
    J. Cahen.)                                                     210

  Prs de l'asile, nous sommes alls au march aux cloches
   (page 208). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)          211

  Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         211

  Dans une autre rue, les charrons avaient accumul leurs roues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         212

  Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchs
    des dbarcadres ou des stations (page 215). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  213

  Le Kreml de Kazan. C'est l que sont les glises et les
    administrations (page 214). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    214

  Sur la berge, des tarantass taient ranges (page 216). (D'aprs
    une photographie de M. Thibeaux.)                             215

  Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs
    (page 213). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        216

   presque toutes les gares il se forme spontanment un petit
    march (page 222). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  217

  Dans la plaine (page 221). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    217

  Un petit fumoir, vitr de tous cts, termine le train
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        218

  Les migrants taient l, ple-mle, parmi leurs misrables
    bagages (page 226). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        219

  Les petits garons du wagon-restaurant s'approvisionnent
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        220

  migrants prenant leur maigre repas pendant l'arrt de leur train
    (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine)           221

  L'ameublement du wagon-restaurant tait simple, avec un bel air
    d'aisance (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 222

  Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibrien.
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                223

  L'glise, prs de la gare de Tchliabinsk, ne diffre des isbas
    neuves que par son clocheton (page 225). (Photographie extraite
    du Guide du Transsibrien.)                                  224

  Un train de constructeurs tait remis l, avec son wagon-chapelle
    (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)          225

  Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur
    la rive droite. (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)      226

  Un point d'migration (page 228). (Photographie de M. A. N. de
    Koulomzine.)                                                   227

  Enfants d'migrants (page 228). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    228

  Un petit march dans une gare du Transsibrien. (Photographie de
    M. Legras.)                                                    229

  La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol (page 230).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    229

  Nous sommes passs prs d'une glise  clochetons verts (page 230).
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                230

  Tomsk a group dans la valle ses maisons grises et ses toits
    verts (page 230). (Photographie de M. Brocherel.)              231

  Aprs la dbcle de la Tome, prs de Tomsk (page 230). (D'aprs
    une photographie de M. Legras.)                                232

  Le chef de police demande quelques explications sur les passeports
    (page 232). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        233

  La cathdrale de la Trinit  Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         234

  Tomsk: en revenant de l'glise (page 234). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 235

  Tomsk n'tait encore qu'un campement, sur la route de l'migration
    (page 231). (D'aprs une photographie.)                        236

  Une rue de Tomsk, dfinie seulement par les maisons qui la bordent
    (page 231). (Photographie de M. Brocherel.)                    237

  Les cliniques de l'Universit de Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         238

  Les longs btiments blancs o s'abrite l'Universit (page 237).
    (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.)           239

  La voiture de l'icne stationnait parfois (page 230). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 240

  Flneurs  la gare de Petropavlosk (page 242). (D'aprs une
    photographie de M. Legras.)                                    241

  Dans les valles de l'Oural, habitent encore des Bachkirs
    (page 245). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        241

  Un taillis de bouleaux entourait une petite mare. (D'aprs une
    photographie.)                                                 242

  Les rivires roulaient une eau claire (page 244). (D'aprs une
    photographie.)                                                 243

  La ligne suit la valle des rivires (page 243). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 244

  Comme toute l'activit commerciale semble frle en face des eaux
    puissantes de la Volga! (page 248.) (D'aprs une photographie
    de M. G. Cahen.)                                               245

  Bachkirs sculpteurs. (D'aprs une photographie de M. Paul
    Labb.)                                                        246

   la gare de Tchliabinsk, toujours des migrants (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. J. Legras.)                    247

  Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251).
    (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)                     248

  Joie nave de vivre, et mlancolie.--un petit march du sud
    (page 250). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)         249

  Un russe dans son vtement d'hiver (page 249). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  250

  Dans tous les villages russes, une activit humble, pauvre de
    moyens.--Marchands de poteries (page 248). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  251

  L, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)         252


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_


  Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse
    promenade. (Photographie Alinari.)                             253

  Porte de la cathdrale Saint-Laurent de Lugano (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        253

  Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de
    San Salvatore. (D'aprs une photographie.)                     254

  La ville de Lugano descend en amphithtre jusqu'aux rives de son
    lac. (Photographie Alinari.)                                   255

  Lugano: faubourg de Castagnola. (D'aprs une photographie.)      256

  La cathdrale de Saint-Laurent: sa faade est dcore de figures
    de prophtes et de mdaillons d'aptres (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        257

  Saint-Roch: dtail de la fresque de Luini  Sainte-Marie-des-Anges
    (Photographie Alinari.)                                        258

  La passion: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260). (Photographie Alinari)                             259

  Saint Sbastien: dtail de la grande fresque de Luini 
    Sainte-Marie-des-Anges. (Photographie Alinari.)                260

  La madone, l'enfant Jsus et Saint Jean, par Luini, glise
    Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari.)     261

  La Scne: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260).                                                    262

  Lugano: le quai et le faubourg Paradiso.
    (Photographie Alinari.)                                        263

  Lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard.
    (D'aprs une photographie.)                                    264


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_


  Les quais sont anims par la population grouillante des Chinois
    (page 266). (D'aprs une photographie.)                        265

  Acteurs du thtre chinois. (D'aprs une photographie.)          265

  Plan de Shangha.                                                266

  Shangha est sillonne de canaux qui,  mare basse, montrent
    une boue noire et mal odorante. (Photographie de Mlle Hlne
    de Harven.)                                                    267

  Panorama de Shangha. (D'aprs une photographie.)                268

  Dans la ville chinoise, les camelots sont nombreux, qui dbitent
    en plein vent des marchandises ou des lgendes extraordinaires.
    (D'aprs une photographie.)                                    269

  Le poste de l'Ouest, un des quatre postes o s'abrite la milice
    de la Concession franaise (page 272). (D'aprs une
    photographie.)                                                 270

  La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville
    chinoise de Shangha (page 268).                               271

  Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment
    l'arrive du client (page 266). (Photographies de Mlle H. de
    Harven.)                                                       271

  Une maison de th dans la cit chinoise. (D'aprs une
    photographie.)                                                 272

  Les brouettes, qui transportent marchandises ou indignes, ne
    peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions
    (page 270). (D'aprs une photographie.)                        273

  La prison de Shangha se prsente sous l'aspect d'une grande cage,
     forts barreaux de fer. (D'aprs une photographie.)           274

  Le parvis des temples dans la cit est toujours un lieu de
    runion trs frquent. (D'aprs une photographie.)            275

  Les murs de la cit chinoise, du ct de la Concession franaise.
    (D'aprs une photographie.)                                    276

  La navigation des sampans sur le Ouang-P. (D'aprs une
    photographie.)                                                 277

  Aiguille de la pagode de Long-Hoa. (D'aprs une photographie.)   277

  Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang.
    (D'aprs une photographie.)                                    278

  Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle
    apparence (page 282).                                          279

  Les jeunes Chinois flnent au soleil dans leur Cit.
    (Photographies de Mlle H. de Harven.)                          279

  Sur les quais du Yang-King-Pang s'lvent des btiments, banques
    ou clubs, qui n'ont rien de chinois. (D'aprs une
    photographie.)                                                 280

  Le quai de la Concession franaise prsente,  toute heure du
    jour, la plus grande animation. (D'aprs une photographie.)    281

  Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entre de la pagode. (D'aprs
    une photographie.)                                             282

  L'omnibus du pauvre (wheel-barrow ou brouette) fait du deux 
    l'heure et cote quelques centimes seulement. (D'aprs une
    photographie.)                                                 283

  Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang. (D'aprs une
    photographie.)                                                 284

  Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai
    chinois de Tou-Ka-Dou. (D'aprs une photographie.)             285

  Chinoises de Shangha. (D'aprs une photographie.)               286

  Village chinois aux environs de Shangha. (D'aprs une
    photographie.)                                                 287

  Le charnier des enfants trouvs (page 280). (D'aprs une
    photographie.)                                                 288


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_


  L'cole maternelle de Hampton accueille et occupe les ngrillons
    des deux sexes. (D'aprs une photographie.)                    289

  Institut Hampton: cours de travail manuel. (D'aprs une
    photographie.)                                                 289

  Booker T. Washington, le leader de l'ducation des ngres aux
    tats-Unis, fondateur de l'cole de Tuskegee, en costume
    universitaire. (D'aprs une photographie.)                     290

  Institut Hampton: le cours de maonnerie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 291

  Institut Hampton: le cours de laiterie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 292

  Institut Hampton: le cours d'lectricit. (D'aprs une
    photographie.)                                                 293

  Institut Hampton: le cours de menuiserie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 294

  Le salut au drapeau excut par les ngrillons de l'Institut
    Hampton. (D'aprs une photographie.)                           295

  Institut Hampton: le cours de chimie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 296

  Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton. (D'aprs
    une photographie.)                                             297

  Institut Hampton: le cours de cosmographie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 298

  Institut Hampton: le cours de botanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 299

  Institut Hampton: le cours de mcanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 300


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._


  Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed.
    (D'aprs une photographie.)                                    301

  Un poney persan et sa charge ordinaire. (D'aprs une
    photographie.)                                                 301

  Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur,
    d'Astrabad  Kirman.                                           302

  Les femmes persanes s'enveloppent la tte et le corps d'amples
    toffes. (D'aprs une photographie.)                           303

  Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravag, une rivire
    presque  sec; au fond, des constructions  l'aspect de fortins.
    (D'aprs une photographie.)                                    304

  Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus
    visits de l'Asie. (D'aprs une photographie.)                 305

  La cour principale du sanctuaire de Mechhed. (D'aprs une
    photographie.)                                                 306

  Enfants nomades de la Perse orientale. (D'aprs une
    photographie.)                                                 307

  Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 308

  Les prparatifs d'un campement dans le dsert de Lout. (D'aprs
    une photographie.)                                             309

  Le dsert de Lout n'est surpass, en aridit, par aucun autre de
    l'Asie. (D'aprs une photographie.)                            310

  Avant d'arriver  Kirman, nous avions  traverser la chane de
    Kouhpaia. (D'aprs une photographie.)                          311

  Rien n'gale la dsolation du dsert de Lout. (D'aprs une
    photographie.)                                                 312

  La communaut Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous
    souhaiter la bienvenue. (D'aprs une photographie.)            313

  Un marchand de Kirman. (D'aprs une photographie.)               313

  Le dme de Djabalia, ruine des environs de Kirman, ancien
    sanctuaire ou ancien tombeau. (D'aprs une photographie.)      314

   Kirman: le jardin qui est lou par le Consulat, se trouve  un
    mille au del des remparts. (D'aprs une photographie.)        315

  Une avenue dans la partie ouest de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 316

  Les gardes indignes du Consulat anglais de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 317

  La plus ancienne mosque de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik.
   (D'aprs une photographie.)                                     318

  Membres des cheikhis, secte qui en compte 7 000 dans la province
    de Kirman. (D'aprs une photographie.)                         319

  La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix
    mosques de Kirman. (D'aprs une photographie.)                320

  Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf,
    terrain de plaisance occup par des jardins. (D'aprs une
    photographie.)                                                 321

  Les environs de Kirman comptent quelques maisons de th. (D'aprs
    une photographie.)                                             322

  Une tour de la mort, o les Zoroastriens exposent les cadavres.
    (D'aprs une photographie.)                                    323

  Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de
    Kirman. (D'aprs une photographie.)                            324

  Le Farma Farma. (D'aprs une photographie.)                    325

  Indignes du bourg d'Aptar, Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 325

  Carte du Makran.                                                 326

  Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupes autour
    d'un fort. (D'aprs une photographie.)                         327

  Des forts abandonns rappellent l'ancienne puissance du
    Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)                     328

  Chameliers brahmanes du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 329

  La passe de Fanoch, faisant communiquer la valle du mme nom et
    la valle de Lachar. (D'aprs une photographie.)               330

  Musiciens ambulants du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 331

  Une halte dans les montagnes du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 332

  Baloutches du district de Sarhad. (D'aprs une photographie.)    333

  Un fortin sur les frontires du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 334

  Dans les montagnes du Makran:  des collines d'argile succdent
    de rugueuses chanes calcaires. (D'aprs une photographie.)    335

  Bureau du tlgraphe sur la cte du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 336

  L'oasis de Djalsk, qui s'tend sur 10 kilomtres carrs, est
    remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages.
    (D'aprs une photographie.)                                    337

  Femme Parsi du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)        337

  Carte pour suivre les dlimitations de la frontire
    perso-baloutche.                                               338

  Nous campmes  Fahradj, sur la route de Kouak, dans une
    palmeraie. (D'aprs une photographie.)                         339

  C'est  Kouak que les commissaires anglais et persans s'taient
    donn rendez-vous. (D'aprs une photographie.)                 340

  Le sanctuaire de Mahoun, notre premire tape sur la route de
    Kouak. (D'aprs une photographie.)                             341

  Cour intrieure du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une
    photographie.)                                                 342

  Le khan de Klat et sa cour. (D'aprs une photographie.)         343

  Jardins du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une photographie.)     344

  Dans la valle de Kalagan, prs de l'oasis de Djalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             345

  Oasis de Djalsk: Des difices en briques abritent les tombes
    d'une race de chefs disparue. (D'aprs une photographie.)      346

  Indignes de l'oasis de Pandjgour,  l'est de Kouak. (D'aprs
    une photographie.)                                             347

  Camp de la commission de dlimitation sur la frontire
    perso-baloutche. (D'aprs une photographie.)                   348

  Campement de la commission des frontires perso-baloutches.
    (D'aprs une photographie.)                                    349

  Parsi de Yezd. (D'aprs une photographie.)                       349

  Une sance d'arpentage dans le Seistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 350

  Les commissaires persans de la dlimitation des frontires
    perso-baloutches. (D'aprs une photographie.)                  351

  Le delta du Helmand.                                             352

  Sculptures sassanides de Perspolis. (D'aprs une photographie.) 352

  Un gouverneur persan et son tat-major. (D'aprs une
    photographie.)                                                 353

  La passe de Buzi. (D'aprs une photographie.)                    354

  Le Gypsies du sud-est persan.                                    355

  Sur la lagune du Helmand. (D'aprs une photographie.)            356

  Couple baloutche. (D'aprs une photographie.)                    357

  Vue de Yezd, par o nous passmes pour rentrer  Kirman. (D'aprs
    une photographie.)                                             358

  La colonne de Nadir s'lve comme un phare dans le dsert.
    (D'aprs une photographie.)                                    359

  Mosque de Yezd. (D'aprs une photographie.)                     360


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES_


  Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses
    votes un peuple de divinits de pierre.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 361

  Emblme dcoratif (art khmer). (D'aprs une photographie.)       361

  Porte d'entre de la cit royale d'Angkor-Tom, dans la fort.
    (D'aprs une photographie.)                                    362

  Ce grand village, c'est Siem-Rap, capitale de la province.
    (D'aprs une photographie)                                     363

  Une chausse de pierre s'avance au milieu des tangs. (D'aprs
    une photographie.)                                             364

  Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la
    montagne sacre. (D'aprs une photographie.)                   365

  Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs. (D'aprs une
    photographie.)                                                 366

  La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomtres de tour;
    c'est un long clotre. (D'aprs une photographie.)             367

  Trois dmes hrissent superbement la masse formidable du temple
    d'Angkor-Wat. (D'aprs une photographie.)                      367

  Bas-relief du temple d'Angkor. (D'aprs une photographie.)       368

  La fort a envahi le second tage d'un palais khmer. (D'aprs
    une photographie.)                                             369

  Le gouverneur rquisitionne pour nous des charrettes  boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    370

  La jonque du deuxime roi, qui a, l'an dernier, succd  Norodom.
    (D'aprs une photographie.)                                    371

  Le palais du roi,  Oudong-la-Superbe. (D'aprs une
    photographie.)                                                 371

  Sculptures de l'art khmer. (D'aprs une photographie.)           372


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_


  La petite ville de Petrozeny n'est gure originale; elle a, de
    plus, un aspect malpropre. (D'aprs une photographie.)         373

  Paysan des environs de Petrozeny et son fils. (D'aprs une
    photographie.)                                                 373

  Carte de Roumanie pour suivre l'itinraire de l'auteur.          374

  Vendeuses au march de Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)   375

  La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit
     Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)                      376

  C'est aux environs d'Arad que pour la premire fois nous voyons
    des buffles domestiques. (D'aprs une photographie.)           377

  Montagnard roumain endimanch. (Clich Anerlich.)                378

  Derrire une haie de bois blanc s'lve l'habitation modeste.
    (D'aprs une photographie.)                                    379

  Nous croisons des paysans roumains. (D'aprs une photographie.)  379

  Costume national de gala, roumain. (Clich Cavallar.)            380

  Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont
    conserv leur type et leurs moeurs. (Photographie Anerlich.)   381

  Un rencontre prs de Padavag d'immenses troupeaux de boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    382

  Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et svres, sous
    le linge blanc. (D'aprs une photographie.)                    383

  En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria. (D'aprs une
    photographie.)                                                 384

  Dans la valle de l'Olt, les castrinza des femmes sont
    dcores de paillettes multicolores.                           385

  Dans le village de Slanic. (D'aprs une photographie.)           385

  Roumaine du dfil de la Tour-Rouge. (D'aprs une photographie.) 386

  La petite ville d'Horezu est charmante et anime. (D'aprs une
    photographie.)                                                 387

  La perle de Curtea, c'est cette superbe glise blanche,
    scintillante sous ses coupoles dores. (D'aprs une
    photographie.)                                                 388

  Une ferme prs du monastre de Bistritza. (D'aprs une
    photographie.)                                                 389

  Entre de l'glise de Curtea. (D'aprs une photographie.)        390

  Les religieuses du monastre d'Horezu portent le mme costume
    que les moines. (D'aprs une photographie.)                    391

  Devant l'entre de l'glise se dresse le baptistre de Curtea.
    (D'aprs une photographie.)                                    392

  Au march de Campolung. (D'aprs une photographie.)              393

  L'excursion du dfil de Dimboviciora est le complment oblig
    d'un sjour  Campolung. (D'aprs une photographie.)           394

  Dans le dfil de Dimboviciora. (D'aprs des photographies.)     395

  Dans les jardins du monastre de Curtea.                         396

  Sinaa: le chteau royal, Castel Pels, sur la montagne du mme
    nom. (D'aprs une photographie.)                               397

  Un enfant des Carpathes. (D'aprs une photographie.)             397

  Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina.
    (D'aprs une photographie.)                                    398

  Vue intrieure des mines de sel de Slanic. (D'aprs une
    photographie.)                                                 399

  Entre Campina et Sinaa la route de voiture est des plus
    potiques. (D'aprs une photographie.)                         400

  Un coin de Campina. (D'aprs une photographie.)                  401

  Les villas de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                402

  Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. -- L'glise du Spiritou
    Nou. -- Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. --
    L'glise mtropolitaine.--L'Universit.--Le palais Stourdza.
    -- Un vieux couvent. -- (D'aprs des photographies.)           403

  Le monastre de Sinaa se dresse derrire les villas et les
    htels de la ville. (D'aprs une photographie.)                404

  Une des deux cours intrieures du monastre de Sinaa. (D'aprs
    une photographie.)                                             405

  Une demeure princire de Sinaa. (D'aprs une photographie.)     406

  Busteni (les villas, l'glise), but d'excursion pour les habitants
    de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                         407

  Slanic: un wagon de sel. (D'aprs une photographie.)             408


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._


   la kermesse.                                                   409

  Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi.      409

  Des boerin bien prises en leurs justins marchent en roulant,
    un joug sur les paules.                                       410

  Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa
    demeure de haut en bas.                                        410

  Emplettes familiales.                                            411

  Les mnagres sont l, galement calmes, lentes, avec leurs
    grosses jupes.                                                 411

  Jeune mtayre de Middelburg.                                    412

  Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du march conduit
     un pont.                                                     412

  Une mre, songeuse, promenait son petit garon.                  413

  Une famille hollandaise au march de Middelburg.                 414

  Le march de Middelburg: considrations sur la grosseur des
    betteraves.                                                    415

  Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites.    416

  Un septuagnaire appuy sur son petit-fils me sourit
    bonassement.                                                   417

  Roux en le dcor roux, l'clusier fumait sa pipe.                417

  Le village de Zoutelande.                                        418

  Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bches
    blanches.                                                      419

  Aussi comme on l'aime, ce home.                                  420

  Les filles de l'htelier de Wemeldingen.                         421

  Il se campe prs de son cheval.                                  421

  Je rencontre  l'ore du village un couple minuscule.            422

  La campagne hollandaise.                                         423

  Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du molen.      423

  Par tous les sentiers, des marmots se juchrent.                 424

  Le pre Kick symbolisait les gnrations des Nerlandais
    dfunts.                                                       425

  Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues.               426

  L'une entonna une chanson.                                       427

  Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux.             428

  Famille hollandaise en voyage.                                   429

  Ah! les moulins; leur nombre droute l'esprit.                   429

  Les chariots enfoncs dans les champs marcageux sont enlevs
    par de forts chevaux.                                          430

  La digue de Westkapelle.                                         431

  Les cluses ouvertes.                                            432

  Les petits garons rdent par bandes,  grand bruit de sabots
    sonores....                                                    433

  Jeune mre  Marken.                                             433

  Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des
    peintres de tous les pays.                                     434

  Avec leurs figures rondes, panouies de contentement, les petites
    filles de Volendam font plaisir  voir.                        435

  Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout.  436

  Les jeunes filles de Volendam sont coiffes du casque en dentelle,
     forme de salade renverse.                                 437

  Deux pcheurs accroupis au soleil,  Volendam.                   438

  Une lessive consciencieuse.                                      439

  Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif.    440

  Les femmes de Volendam sont moins claquemures en leur logis.    441

  Vtu d'un pantalon dmesur, le pcheur de Volendam a une allure
    personnelle.                                                   442

  Un commencement d'idylle  Marken.                               443

  Les petites filles sont charmantes.                              444


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_


  Le lac sacr d'Osiris, situ au sud-est de son temple, qui a t
    dtruit. (D'aprs une photographie.)                           445

  Sti Ier prsentant des offrandes de pain, lgumes, etc. (D'aprs
    une photographie.)                                             445

  Une rue d'Abydos. (D'aprs une photographie.)                    446

  Maison d'Abydos habite par l'auteur, pendant les trois premires
    annes. (D'aprs une photographie.)                            447

  Le prtre-roi rendant hommage  Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une photographie.)          448

  Thot prsentant le signe de la vie aux narines du roi Sti Ier
    (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une
    photographie.)                                                 449

  Le dieu Thot purifiant le roi Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris, mur sud). (D'aprs une photographie.) 450

  Vue intrieure du temple de Ramss II. (D'aprs une
    photographie.)                                                 451

  Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Sti Ier.
    (D'aprs une photographie.)                                    451

  Temple de Sti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle due 
    Ramss II. (D'aprs une photographie.)                         452

  Temple de Sti Ier, mur est, montrant des scnes diverses du
    culte. (D'aprs une photographie.)                             453

  Table des rois Sti Ier et Ramss II, faisant des offrandes aux
    rois leurs prdcesseurs. (D'aprs une photographie.)          454

  Vue gnrale du temple de Sti Ier, prise de l'entre. (D'aprs
    une photographie.)                                             455

  Procession des victimes amenes au sacrifice (temple de
    Ramss II). (D'aprs une photographie.)                        456


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_


  Le bazar de Tackhent s'tale dans un quartier vieux et ftide.
    (D'aprs une photographie.)                                    457

  Un Kozaque de Djarghess. (D'aprs une photographie.)             457

  Itinraire de Tachkent  Prjevalsk.                              458

  Les marchands de pain de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  459

  Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 460

  Un contrefort montagneux borde la rive droite du tchou.
    (D'aprs une photographie.)                                    461

  Le bazar de Prjevalsk, principale tape des caravaniers de
    Viernyi et de Kachgar. (D'aprs une photographie.)             462

  Couple russe de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)           463

  Arrive d'une caravane  Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  464

  Le chef des Kirghizes et sa petite famille. (D'aprs une
    photographie.)                                                 465

  Notre djighite, sorte de garde et de policier. (D'aprs une
    photographie.)                                                 466

  Le monument de Prjevalsky,  Prjevalsk. (D'aprs une
    photographie.)                                                 467

  Des ttes humaines, grossirement sculptes, monuments funraires
    des Nestoriens... (D'aprs une photographie.)                  467

  Enfants kozaques sur des boeufs. (D'aprs une photographie.)     468

  Un de nos campements dans la montagne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 469

  Monte du col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)           469

  Dans la valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)         470

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         470

  La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indignes. (D'aprs
    une photographie.)                                             471

  Au sud du col s'levait une blanche pyramide de glace. (D'aprs
    une photographie.)                                             472

  La valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              473

  Le col de Karaguer, valle de Tomghent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 474

  Sur le col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)              475

  J'tais enchant des aptitudes alpinistes de nos coursiers.
    (D'aprs une photographie.)                                    475

  Le plateau de Saridjass, peu tourment, est pourvu d'une herbe
    suffisante pour les chevaux. (D'aprs une photographie.)       476

  Nous passons  gu le Kizil-Sou. (D'aprs des photographies.)    477

  Panorama du massif du Khan-Tengri. (D'aprs une photographie.)   478

  Entre de la valle de Kachkateur. (D'aprs une photographie.)   479

  Nous baptismes Kachkateur-Tao, la pointe de 4 250 mtres que
    nous avions escalade. (D'aprs une photographie.)             479

  La valle de Tomghent. (D'aprs une photographie.)               480

  Des Kirghizes d'Oustchiar taient venus  notre rencontre.
    (D'aprs une photographie.)                                    481

  Kirghize joueur de flte. (D'aprs une photographie.)            481

  Le massif du Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              482

  Rgion des Monts Clestes.                                       482

  Les Kirghizes mnent au village une vie peu occupe. (D'aprs
    une photographie.)                                             483

  Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente
    glace. (D'aprs une photographie.)                            484

  Valle suprieure d'Inghiltchik. (D'aprs une photographie.)     485

  Valle de Kaende: l'eau d'un lac s'coulait au milieu d'une
    prairie maille de fleurs. (D'aprs une photographie.)        486

  Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangrent, avec leurs
    enfants, sur notre passage. (D'aprs une photographie.)        487

  Le chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)                488

  Nous salumes la valle de Kaende comme un coin de la terre des
    Alpes. (D'aprs une photographie.)                             489

  Femmes maries de la valle de Kaende, avec leur progniture.
    (D'aprs une photographie.)                                    490

  L'lment mle de la colonie vint tout l'aprs-midi voisiner
    dans notre campement. (D'aprs une photographie.)              491

  Un aoul kirghize.                                              492

  Yeux brids, pommettes saillantes, nez pat, les femmes de
    Kaende sont de vilaines Kirghizes. (D'aprs une photographie.) 493

  Enfant kirghize. (D'aprs une photographie.)                     493

  Kirghize dressant un aigle. (D'aprs une photographie.)          494

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         494

  Nous rencontrmes sur la route d'Oustchiar un berger et son
    troupeau. (D'aprs une photographie.)                          495

  Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'taient, pour
    nous recevoir, assembls sur une minence. (D'aprs une
    photographie.)                                                 496

  Le glacier de Kaende. (D'aprs une photographie.)                497

  L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende.                            498

  Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar. (D'aprs des
    photographies.)                                                498

  Kirghizes de Kaende. (D'aprs une photographie.)                 499

  Le pic de Kaende s'lve  6 000 mtres. (D'aprs une
    photographie.)                                                 500

  La fille du chirta (chef) de Kaende, fiance au kaltch de la
    valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.)                   501

  Le kaltch (chef) de la valle d'Irtach, l'heureux fianc de
    la fille du chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)     502

  Le glacier de Kaende.                                            503

  Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende. (D'aprs
    des photographies.)                                            503

  Retour des champs. (D'aprs une photographie.)                   504

  Femmes kirghizes de la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Un chef de district dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une
    pyramide. (D'aprs une photographie.)                          506

  Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Clestes,
    emmenant leur famille avec leurs marchandises. (D'aprs une
    photographie.)                                                 507

  La valle de Zououka, par o transitent les caravaniers de Viernyi
     Kachgar. (D'aprs une photographie.)                         508

  Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du mme nom,
    frquent par les nomades qui se rendent  Prjevalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             509

  Le chaos des pics dans le Kara-Tao. (D'aprs une photographie.)  510

  talon kirghize de la valle d'Irtach et son cavalier. (D'aprs
    une photographie.)                                             511

  Vhicule kirghize employ dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 511

  Les roches plisses des environs de Slifkina, sur la route de
    Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)                         512

  Campement kirghize, prs de Slifkina. (D'aprs une
    photographie.)                                                 513

  Femme kirghize tannant une peau. (D'aprs une photographie.)     514

  Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao. (D'aprs une photographie.)   515

  Tombeau kirghize. (D'aprs une photographie.)                    516


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_


  L'espoir des Fero se rendant  l'cole. (D'aprs une
    photographie.)                                                 517

  Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois.
    (D'aprs une photographie.)                                    517

  Thorshavn apparut, construite en amphithtre au fond d'un petit
    golfe.                                                         518

  Les fermiers de Kirkeboe en habits de fte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 519

  Les poneys feroens et leurs caisses  transporter la tourbe.
    (D'aprs une photographie.)                                    520

  Les dnicheurs d'oiseaux se suspendent  des cordes armes d'un
    crampon. (D'aprs une photographie.)                           521

  Des lots isols, des falaises de basalte ruines par le heurt
    des vagues. (D'aprs des photographies.)                       522

  On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont
    environ 6 mtres. (D'aprs une photographie.)                  523

  Les femmes feroennes prparent la laine.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 524

  On sale les morues. (D'aprs une photographie.)                  525

  Feroen en costume de travail. (D'aprs une photographie.)       526

  Les femmes portent une robe en flanelle tisse avec la laine
    qu'elles ont carde et file. (D'aprs une photographie.)      527

  Dj mlancolique!... (D'aprs une photographie.)                528


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_


  Groupe de Brahmanes lecteurs franais. (D'aprs une
    photographie.)                                                 529

  Musicien indien de Pondichry. (D'aprs une photographie.)       529

  Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu
    compliqu. (D'aprs une photographie.)                         530

  La visite du march est toujours une distraction utile pour le
    voyageur. (D'aprs une photographie.)                          531

  Indienne en costume de fte. (D'aprs une photographie.)         532

  Groupe de Brahmanes franais. (D'aprs une photographie.)        533

  La pagode de Villenour,  quelques kilomtres de Pondichry.
    (D'aprs une photographie.)                                    534

  Intrieur de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.) 535

  La Fontaine aux Bayadres. (D'aprs une photographie.)           536

  Plusieurs rues de Pondichry sont larges et bien bties.
    (D'aprs une photographie.)                                    537

  tang de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.)     538

  Brahmanes franais attendant la clientle dans un bazar.
    (D'aprs une photographie.)                                    539

  La statue de Dupleix  Pondichry. (D'aprs une photographie.)   540


UNE PEUPLADE MALGACHE

LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_


  Les populations souhaitent la bienvenue  l'tranger. (D'aprs
    une photographie.)                                             541

  Femme d'Ankarimbelo. (D'aprs une photographie.)                 541

  Carte du pays des Tanala.                                        542

  Les femmes tanala sont sveltes, lances. (D'aprs une
    photographie.)                                                 543

  Panorama de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)             544

  Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy. (D'aprs une
    photographie.)                                                 545

  Un partisan tanala tirant  la cible  Fort-Carnot. (D'aprs
    une photographie.)                                             546

  Enfants tanala. (D'aprs une photographie.)                      547

  Les hommes, tous arms de la hache. (D'aprs une photographie.)  548

  Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creus, et recouverts
    d'un drap. (D'aprs une photographie.)                         549

  Le battage du riz. (D'aprs une photographie.)                   550

  Une halte de partisans dans la fort. (D'aprs une
    photographie.)                                                 551

  Femmes des environs de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)  552

  Les Tanala au repos perdent toute leur lgance naturelle.
    (D'aprs une photographie.)                                    553

  Une jeune beaut tanala. (D'aprs une photographie.)             553

  Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste lgant et souple.
    (D'aprs une photographie.)                                    554

  Le chant du e manenina,  Iaborano. (D'aprs une
    photographie.)                                                 555

  La rue principale  Sahasinaka. (D'aprs une photographie.)      556

  La danse est excute par des hommes, quelquefois par des femmes.
    (D'aprs une photographie.)                                    557

  Un danseur botomaro. (D'aprs une photographie.)                 558

  La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degr.
    (D'aprs des photographies.)                                   559

  Tapant  coups redoubls sur un long bambou, les Tanala en tirent
    une musique trange. (D'aprs une photographie.)               560

  Femmes tanala tissant un lamba. (D'aprs une photographie.)      561

  Le village et le fort de Sahasinaka s'lvent sur les hauteurs
    qui bordent le Faraony. (D'aprs une photographie.)            562

  Un dtachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana.
    (D'aprs une photographie.)                                    563

  Profil et face de femmes tanala. (D'aprs une photographie.)     564


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_


  Les murailles de Sfax, vritable dcor d'opra.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Salem, le domestique arabe de l'auteur. (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Carte de la rgion du Bou Hedma (sud tunisien).                  566

  Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses. (D'aprs
    une photographie.)                                             567

  L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la
    fivre. (D'aprs une photographie.)                            568

  Le cirque du Bou Hedma. (D'aprs une photographie.)              569

  L'oued Hadedj sort d'une troite crevasse de la montagne.
    (D'aprs une photographie.)                                    570

  Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'annes.
    (D'aprs une photographie.)                                    571

  Un puits dans le dfil de Touninn. (D'aprs une photographie.)  571

  Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sdentaires, qui
    cultivent oliviers et figuiers. (D'aprs une photographie.)    572

  De temps en temps la fort de gommiers se rvle par un arbre.
    (D'aprs une photographie.)                                    573

  Le village de Mech; dans l'arrire-plan, le Bou Hedma. (D'aprs
    une photographie.)                                             574

  Le Khrangat Touninn (dfile de Touninn), que traverse le chemin
    de Bir Saad  Sakket. (D'aprs une photographie.)              575

  Le puits de Bordj Saad. (D'aprs une photographie.)              576


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_


  Aprs avoir crois des boeufs superbes.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 577

  Femme castillane. (D'aprs une photographie.)                    577

  On chemine  travers l'inextricable rseau des ruelles
    silencieuses. (D aprs une photographie.)                      578

  La rue du Commerce,  Tolde. (D'aprs une photographie.)        579

  Un reprsentant de la foule innombrable des mendiants de Tolde.
    (D'aprs une photographie.)                                    580

  Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entres monumentales
    d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              581

  Porte du vieux palais de Tolde. (D'aprs une photographie.)     582

  Fire et isole comme un arc de triomphe, s'lve la merveilleuse
    Puerta del Sol. (Photographie Lacoste,  Madrid.)              583

  Dtail de sculpture mudejar dans le Transito. (D'aprs une
    photographie.)                                                 584

  Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              585

  Madrilne. (D'aprs une photographie.)                           586

  La porte de Visagra, construction massive remontant  l'poque
    de Charles Quint. (Photographie Lacoste,  Madrid.)            587

  Tympan mudejar. (D'aprs une photographie.)                      588

  Des familles d'ouvriers ont tabli leurs demeures prs de
    murailles solides. (D'aprs une photographie.)                 589

  Castillane et Svillane. (D'aprs une photographie.)             589

  Isabelle de Portugal, par le Titien (Muse du Prado).
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              590

  Le palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)        591

  Statue polychrome du prophte lie, dans l'glise de Santo Tom
    (auteur inconnu). (D'aprs une photographie.)                  592

  Porte du palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)  593

  Portrait d'homme, par le Greco. (Photographie Hauser y Menet,
     Madrid.)                                                     594

  La cathdrale de Tolde.                                         595

  Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (glise Santo Tom).
    (D'aprs une photographie.)                                    596

  Le couvent de Santo Tom conserve une tour en forme de minaret.
    (D'aprs une photographie.)                                    597

  Les vques Mendoza et Ximns. (D'aprs une photographie.)      598

  Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia.
    (D'aprs une photographie.)                                    599

  Prise de Melilla (cathdrale de Tolde). (D'aprs une
    photographie.)                                                 600

  C'est dans cette pauvre demeure que vcut Cervants pendant son
    sjour  Tolde. (D'aprs une photographie.)                   601

  Saint Franois d'Assise, par Alonzo Cano, cathdrale de Tolde.  601

  Porte des Lions. (Photographie Lacoste,  Madrid.)               602

  Le clotre de San Juan de los Reyes apparat comme le morceau le
    plus prcieux et le plus fleuri de l'architecture gothique
    espagnole. (Photographie Lacoste,  Madrid.)                   603

  Ornements d'glise,  Madrid. (D'aprs une photographie.)        604

  Porte due au ciseau de Berruguete, dans le clotre de la
    cathdrale de Tolde. (Photographie Lacoste,  Madrid.)        605

  Une torea. (D'aprs une photographie.)                           606

  Vue intrieure de l'glise de San Juan de Los Reyes.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              607

  Une rue de Tolde. (D'aprs une photographie.)                   608

  Porte de l'hpital de Santa Cruz. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     609

  Sur les bords du Tage. (Photographie Lacoste,  Madrid.)         610

  Escalier de l'hpital de Santa Cruz. (D'aprs une photographie.) 611

  Dtail du plafond de la cathdrale. (D'aprs une photographie)   612

  Pont Saint-Martin  Tolde. (D'aprs une photographie.)          613

  Guitariste castillane. (D'aprs une photographie.)               613

  La Casa consistorial, htel de ville. (D'aprs une
    photographie.)                                                 614

  Le patio des Templiers. (D'aprs une photographie.)            615

  Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille lgre.
    (D'aprs une photographie.)                                    616

  Un coin de la Mosque de Cordoue. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     617

  Chapelle de San Fernando, de style mudejar, leve au
    centre de la Mosque de Cordoue. (D'aprs une photographie.)   618

  La mosque qui fait la clbrit de Cordoue, avec ses dix-neuf
    galeries hypostyles, orientes vers la Mecque. (Photographie
    Lacoste,  Madrid.)                                            619

  Dtail de la chapelle de San Fernando. (D'aprs une
    photographie.)                                                 620

  Vue extrieure de la Mosque de Cordoue, avec l'glise
    catholique leve en 1523, malgr les protestations des
    Cordouans. (D'aprs une photographie.)                         621

  Statue de Gonzalve de Cordoue. (D'aprs une photographie.)       622

  Statue de doa Maria Manrique, femme de Gonzalve de Cordoue.
    (D'aprs une photographie.)                                    623

  Dtail d'une porte de la mosque. (D'aprs une photographie.)    624








End of the Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde;  travers la Perse
Orientale, by Various

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throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
