The Project Gutenberg EBook of Ce que vaut une femme, by line Roch

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Title: Ce que vaut une femme
       Trait d'ducation morale et pratique des jeunes filles

Author: line Roch

Release Date: August 1, 2007 [EBook #22192]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CE QUE VAUT UNE FEMME ***




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CE QUE VAUT UNE FEMME

TRAIT

D'DUCATION MORALE ET PRATIQUE

DES JEUNES FILLES[1]

_Ouvrage ayant obtenu le prix DOYEN-DOUBLI (partag)_

Par Mlle . ROCH

REIMS

IMPRIMERIE DUBOIS-POPLIMONT

Rue de Vesle, 220

1888

Il faut lever la jeune fille avec la pense
constante qu'elle sera un jour la compagne de
l'homme. (_Mme de Stal_).

Une femme riche et dsordonne entrant
dans une maison l'appauvrit, tandis qu'une
femme pauvre et conome l'enrichit.
(_Mme Doyen_).


APPRCIATION DU JURY

Ouvrage excellent. Esprit moral et lev. Questions pratiques traites
clairement et  fond, sans extensions inutiles.

[Note 1: Ce livre est destin  propager dans les classes
laborieuses les prceptes de l'conomie domestique, et faciliter
l'accomplissement des devoirs familiaux]




TABLE DES MATIRES


Prface.--( Mme Doyen-Doubli).


DUCATION MORALE

La jeune fille dans la famille.

La jeune femme dans son intrieur.--Devoirs envers le mari et les enfants.

Des qualits qu'il faut acqurir.

Rapports avec les voisins.


DUCATION PRATIQUE

Considrations morales sur les vertus pratiques de la femme.

La journe d'une mnagre.--Tenue personnelle et tenue de la maison.

Economie domestique.--La nourriture.--L'habillement.--Quelques chiffres.

Conclusion.




PRFACE

_ Madame DOYEN-DOUBLI_


Parmi les questions qui depuis quinze ans n'ont cess de proccuper les
esprits et les pouvoirs publics, il faut citer l'une des premires, et
peut-tre la premire de toutes, la question de l'enseignement national.
Quel que soit le jugement que l'histoire portera sur notre poque, ce
sera son ternelle gloire d'avoir compris, au lendemain de nos
dsastres, que la condition de notre relvement tait dans un
enseignement fortement organis, et de n'avoir recul pour cela devant
aucun sacrifice. Prenant pour exemple ce qui, aprs Ina, avait si bien
russi  nos vainqueurs, on a pens qu'il fallait, avant tout, combattre
l'ignorance, relever les caractres, fortifier les courages, en un mot
faire des citoyens avant de faire des soldats. Un effort sans prcdent
a t fait sous ce rapport, d'immenses progrs ont t raliss, et on
peut dire, sans crainte de contradiction, que si l'on avait obtenu dans
tous les services les mmes amliorations, notre situation serait
aujourd'hui prpondrante. Faut-il croire cependant que tout a t fait
et qu'il ne reste plus qu' s'endormir sur les rsultats acquis, sans se
proccuper de ce qu'ils pourront produire dans l'avenir.

Dans la ncessit o l'on s'est trouv de crer de toutes pices un
enseignement jusque l trop nglig, on a oubli d'tablir un point de
dpart, c'est--dire de bien prciser dans quel esprit cet enseignement
devrait tre donn. Sans entrer ici dans la question du surchargement
des programmes dans l'enseignement secondaire, question qui,  elle
seule, ferait l'objet d'un volume, nous nous demandons si le but qu'on
s'tait propos a vritablement t atteint, et si la mthode actuelle,
qui consiste  donner trop  l'instruction proprement dite, pas assez 
l'ducation, ne menace pas de nous affaiblir en nous nervant.

S'il est vrai qu'une culture intensive ne saurait convenir  tous les
terrains, il est certain aussi qu'une mme culture intellectuelle ne
pourrait sans inconvnient s'appliquer  tous les individus et qu'il est
des cerveaux que ce moyen ne parviendrait qu' atrophier et
dsquilibrer. L'ducation, qui a plutt pour mission de former le
caractre, de dvelopper les qualits du coeur, ne prsente pas le mme
danger; il serait temps de lui faire, dans nos programmes, une place en
rapport avec son incontestable utilit. N'avons-nous pas vu des
connaissances multiples demeurer sans objet, ne produire aucun rsultat,
parce que l'ducation morale et pratique tant insuffisamment ou mal
dirige, nous manquons de l'objectif, de la force de volont ncessaire
pour les utiliser? C'est ce point qu'il importe de dgager, surtout 
notre poque o les caractres manquent trop souvent de fermet et de
consistance.

Le but de l'enseignement ne doit pas tre de dtourner les individus de
leur vocation premire, mais au contraire de la bien dfinir, de la leur
faciliter en l'largissant. Ce but, en un mot, doit tre, en dveloppant
galement les intelligences et les caractres, de donner  chacun dans
la socit une situation en rapport avec ses aptitudes, et cela pour le
plus grand bien de tous. Si l'enseignement n'atteint pas ce but, il est
incomplet; s'il le dpasse, il est dangereux. Dans le premier cas la
communaut se trouvera prive de concours qui auraient pu lui tre
prcieux; dans le second, des individus, fourvoys dans un milieu qui
n'est pas le leur, formeront une section de dclasss, deviendront une
non-valeur pour eux-mmes, leur famille et la socit.

Si cette situation peut crer un danger pour les garons, combien ce
danger ne sera-t-il pas plus grand en ce qui concerne les jeunes filles.
C'est surtout  elles qu'il importe de donner une ducation en rapport
avec la mission qu'elles sont appeles  remplir. Qu'adviendrait-il de
notre pays le jour o la femme se trouverait dtourne de sa destination
naturelle, o la jeune fille pourrait supposer qu'il existe autre chose
pour elle que la mission noble et sainte d'tre pouse, d'tre mre.
C'est la pense de cette mission, nous dirons plus, de cet apostolat de
la femme dans la famille qui devrait tre l'unique rgle de son
ducation, et rien ne devrait lui tre enseign qui n'ait pour but plus
ou moins direct d'en faire la fille dvoue, la mre sage et prvoyante,
l'pouse tendre et digne, c'est--dire l'ornement, la consolation, le
soutien moral de la famille. C'est  son coeur autant qu' son
intelligence qu'il faut que l'on s'adresse, c'est  en dvelopper les
qualits que doivent s'employer les personnes ayant charge de son
avenir. Aucune connaissance inutile, mais toutes les connaissances
ncessaires, ce programme est assez vaste pour donner un aliment plus
que suffisant  leur activit.

Une femme d'esprit et de coeur demandait que l'on levt la jeune fille
en vue de sa destine future. C'est encore une femme  l'esprit lev,
au coeur gnreux, qui, prs d'un sicle plus tard, a recherch les
moyens pratiques les plus propres  lui faciliter sa tche. S'il est une
femme qui ait rendu d'incontestables services  la famille,  la socit
et par suite au pays, c'est sans contredit la femme suprieure et
distingue dont notre cit s'honore. Tournant toute sa sollicitude vers
les dshrits de la fortune, vers ceux qui doivent demander au travail
les ressources de chaque jour, Mme Doyen s'est mue des souffrances
des classes laborieuses. C'est avec la pense noble et gnreuse de leur
venir en aide qu'elle cra l'cole Professionnelle et Mnagre, qui
restera comme le tmoin de sa sollicitude claire et perptuera sa
mmoire. Pensant avec raison que ceux qui luttent pour l'existence ont
un plus grand besoin de la solidarit intime, de l'union qui fait la
force, Mme Doyen s'est efforce par ses conseils et ses exemples, par
tous les moyens en son pouvoir, d'inspirer plus particulirement  leurs
enfants l'amour du foyer domestique, le dvouement  la famille. Mais
comme il ne saurait suffire que la femme ft aimante et dvoue, et
qu'en certains cas ces vertus doivent donner des rsultats matriels,
elle s'est applique  leur inculquer les principes de travail, d'ordre
et d'conomie dont dpendent son bien-tre et celui des siens. Car, il
faut bien le reconnatre, si l'tat de gne, de misre parfois de
l'ouvrier, provient souvent de l'insuffisance de ses ressources, il est
plus frquemment encore le rsultat de diverses autres causes et plus
particulirement de la gestion mauvaise ou mal entendue dont la femme a
la charge. Plus un budget est restreint, plus il est difficile de
l'quilibrer, plus il faut dployer pour cela de prudence, de sage
conomie, d'adroits calculs. Combien de femmes en sont incapables, faute
d'y avoir t prpares. C'est  cette tche que s'est dvoue Mme
Doyen; elle a rendu ainsi  la masse des travailleurs des services plus
grands que ne l'ont fait beaucoup d'hommes auxquels on a lev des
statues.

Qu'elle soit honore et bnie, la mmoire de celle qui a consacr le
meilleur d'elle-mme  l'mancipation morale de la femme. Elle n'a pas
seulement fait oeuvre de mre, elle a fait acte de patriote. Puissent
d'autres femmes suivre son exemple. L'oeuvre des conqurants prira,
parce qu'elle repose sur la ngation de la justice et des droits de
l'humanit, mais la pense qui a prsid  son entreprise, en apparence
modeste, demeurera et produira des fruits pour le relvement de la
patrie. Les jeunes filles leves d'aprs ses principes deviendront les
mres fortes et sages qui apprendront  leurs fils le culte du pays, le
respect de la proprit et des croyances d'autrui, l'accomplissement des
devoirs sociaux. Elles en feront des hommes courageux, au caractre
fortement tremp, en un mot de bons citoyens et de fiers dfenseurs. Et
l'on saura alors ce que vaut une femme, ce que vaut une Franaise!




DUCATION MORALE




LA JEUNE FILLE DANS LA FAMILLE


Il est de nos obligations et de nos devoirs qui varient suivant la
position sociale  laquelle nous appartenons, mais ce qui ne saurait
varier, ce qui est un devoir strict pour toutes, que nous soyons filles
de prince ou de simple artisan, c'est le dvouement  notre famille,
l'attachement au foyer domestique. Et plus ceux qui nous entourent ont
d peiner et souffrir pour assurer notre existence, plus nous leur
devons de reconnaissance et d'affection. Pour bien connatre la valeur
d'un bienfait, il faut, dit-on, en avoir t priv; n'attendons pas que
nous ayons le malheur d'tre prives ou loignes des ntres pour
comprendre ce que nous devons  leur tendresse,  leur sollicitude.
Abandonnons-nous sans rserve aux douces joies de la famille,
accomplissons-en toutes les obligations, c'est l qu'est le bonheur, le
vrai, le seul, celui que donne le sentiment du devoir accompli.
N'oublions pas que notre mission sur la terre est d'aimer, de nous
dvouer, de nous oublier pour les ntres, et que le plus grand malheur
pour une femme serait de n'avoir personne  qui consacrer ce que la
nature a mis en elle de tendresse et de dvouement.

Aimons d'abord ceux qui nous ont aimes les premiers, qui ont mis en
nous leur espoir avant mme que nous ne fussions nes. Ils taient
jeunes encore lorsque nous tions toutes petites, ont-ils hsit un seul
instant  sacrifier leur jeunesse,  se priver de toute distraction et
parfois mme des choses les plus ncessaires  la vie, pour ne s'occuper
que du cher bb. Leurs joies, c'taient nos premiers pas, c'taient nos
sourires, nos caresses. Quelles angoisses lorsque la maladie nous
menaait et que, penchs sur notre berceau, ils piaient le moindre de
nos mouvements. Quelles privations aussi n'ont-ils pas d s'imposer
pour nous lever sans que nous manquions de rien, et quelle douleur pour
eux quand, malgr leurs efforts, ils ne pouvaient nous procurer tout le
bien-tre ncessaire. Et lorsque nous avons avanc en ge, quels soucis
de tous les instants pour le prsent et pour l'avenir. Ils nous ont fait
ce que nous sommes, veillant sur notre sant, sur notre ducation, sur
notre conduite, s'oubliant eux-mmes en toutes circonstances pour ne
songer qu' nous. Aussi n'insisterons-nous pas sur l'obligation d'aimer
nos parents, il n'existe pas sans doute d'enfant assez dnature  qui
cette recommandation serait ncessaire, mais nous dirons qu'il ne suffit
pas de les aimer platoniquement, qu'il faut leur tmoigner notre
affection par tous les moyens en notre pouvoir en saisissant avec
empressement toutes les occasions de leur tre agrables, en vitant
avec soin tout ce qui pourrait les contrarier, en les entourant
constamment de nos soins, de nos prvenances et de notre respect.
N'oublions pas que de nous seules peuvent leur venir leurs plus grandes
peines comme leurs plus grandes joies, et faisons en sorte de ne leur
donner que des satisfactions en change des sacrifices que nous leur
avons cots.

Ce n'est pas seulement pendant nos premires annes que nous devons les
respecter et les chrir. Si nous pouvions manquer  notre devoir sous ce
rapport, la jeunesse et l'irrflexion seraient notre seule excuse. C'est
au contraire lorsque nous avanons en ge qu'ils doivent pouvoir compter
sur notre reconnaissance et notre affection. Aussitt que nous serons en
situation de pouvoir travailler et que nos parents seront eux-mmes
fatigus par l'ge et le labeur, mettons-nous  l'oeuvre courageusement
pour diminuer leurs peines; c'est notre devoir de travailler pour eux
comme ils l'ont fait pour nous. Rendons-nous utiles autant que nous le
pouvons; si nos occupations ne nous obligent pas  passer la journe au
dehors, soyons pour notre mre un aide constant, ne lui laissons prendre
dans l'intrieur du mnage aucune peine, aucune fatigue que nous pouvons
lui viter. Il serait par consquent peu digne d'une jeune fille que sa
mre ft oblige d'interrompre ses occupations pour prparer le repas de
la famille ou nettoyer la maison, pendant qu'elle-mme gaspillerait son
temps ou s'occuperait de futilits. Il nous est donn parfois d'admirer
et d'applaudir des jeunes filles qui, par leur travail, soutiennent
leurs parents gs ou les aident  lever leurs frres et soeurs plus
jeunes; suivons leur exemple, et qu'en toute circonstance notre famille
puisse compter sur notre dvouement. Nous ne devons, certes, mpriser
personne, mais ce serait un mpris juste et mrit que celui que nous
aurions pour l'enfant assez dpourvu de conscience et de naturel pour
manquer de respect envers ses parents ou leur refuser l'aide et les
secours dont ils auraient besoin.

N'oublions pas que la dfrence  laquelle nous sommes tenues nous
interdit de nous poser en juges de leurs actes, et que ce n'est pas 
nous qu'il appartient de les critiquer. Quels que puissent tre parfois
leurs torts et leurs dfauts, nous n'en devons pas moins les respecter
et les aimer, et nous efforcer de cacher au monde leurs faiblesses. Qui
sait si par notre tendresse nous ne parviendrons pas  les rendre
meilleurs, si la crainte de nous peiner, de nuire  notre avenir,
n'amnera pas en eux de salutaires rflexions, une amlioration dans
leur conduite. Les affections et les exemples de la famille sont de tous
les plus fortifiants. Une femme, une jeune fille, qui sauront crer au
mari, au pre, au frre, un intrieur tout de tendresse, de gaiet, de
confort relatif, auront de grandes chances de les retenir auprs d'elles
et d'viter ces divisions, ces luttes intimes, qui rendent parfois
l'existence en famille si dure et si pnible  supporter.

Il y avait chez mes parents, et j'en ai fidlement gard le souvenir,
quoique je fusse alors trs jeune, un ouvrier que l'on renommait pour
son habilet et ses rares talents. Y avait-il un ouvrage press,
exigeant de l'exprience et de l'adresse, c'tait  lui que l'on avait
recours. Honnte homme, excellent camarade, il tait aim de tous 
l'atelier: malheureusement il avait ce dfaut, si frquent parmi les
ouvriers des tats libres, il s'adonnait  la boisson, et alors adieu le
travail; tant que durait l'argent de la quinzaine, on tait sr de ne
pas le revoir. Que de fois n'avions-nous pas vu sa pauvre femme,
dsespre, venir le jour de la paie supplier qu'on lui remt l'argent
de son mari, et mon pre y consentait de grand coeur, certain que B...
n'oserait pas opposer de rsistance et sachant aussi que c'tait le seul
moyen de le voir revenir le lundi suivant. Depuis, nous l'avions
compltement perdu de vue, nous avions bien entendu dire qu'il avait une
petite fille et nous plaignions la malheureuse femme, laborieuse et
propre pourtant, que l'inconduite de son mari allait, pensions-nous,
plonger dans la misre avec son enfant.

Dernirement, ayant besoin d'un spcialiste pour un ouvrage de peu
d'importance, je m'informai o je pourrais le trouver, et celui que l'on
m'indiqua fut prcisment notre ancien ouvrier. Je m'attendais  trouver
chez lui la dsunion et la misre. Quels ne furent pas mon tonnement et
ma satisfaction en le voyant dans une situation telle que je pouvais 
peine y croire. La maison propre et bien tenue respirait un air de
confort, la mre et la jeune fille paraissaient heureuses et gaies. B...
qui parut me revoir avec plaisir, m'expliqua qu'il s'tait tabli  son
compte et qu'ayant beaucoup d'ouvrage il gagnait sa vie largement. C'est
ma fille qui m'a sauv, me dit-il.--Un jour que j'avais dpens tout
l'argent de ma paie, nous tions sans un sou  la maison lorsque la
petite tomba dangereusement malade. Comment faire pour la soigner, nous
tions endetts dans le quartier et le pharmacien ne me connaissait
pas. Pour la premire fois de ma vie, je compris toute l'tendue de mes
torts et je me fis horreur: si ma fille tait morte, certainement je me
serais tu. Je jurai de ne plus boire, mais combien d'abord ce fut
difficile. Je me conduisais mieux cependant, et plus jamais ne manquais
 l'atelier. Et puis en grandissant ma fillette devenait si caressante
et si gentille, elle avait pour moi tant d'aimables prvenances que je
m'attachai  elle de plus en plus. Je me dis qu'aprs avoir failli ne
pas pouvoir la soigner, il me deviendrait impossible de la bien lever,
de la marier plus tard convenablement. Ds que j'eus fait ces
rflexions, je cessai compltement de boire, et vous, madame, qui m'avez
connu, vous pouvez tre tonne de ce changement, c'est  ma femme et 
ma fille que je le dois. Et je sentais qu' l'affection qu'il leur porte
se mlait une grande reconnaissance.

Cet exemple et beaucoup d'autres que bien certainement vous aurez
rencontrs, prouve combien est forte l'influence de la femme dans la
famille et combien dans la plupart des cas il lui serait facile de
ramener l'homme  l'accomplissement de ses devoirs. Il n'existe pas, 
notre avis, de plus lgitime fiert que celle de l'enfant qui pourrait
avoir cette intime conviction d'avoir moralement sauv ses parents, de
les avoir aids  se relever  leurs propres yeux et  ceux des autres.

Si nous avons des frres et soeurs, aimons-les tendrement,
intressons-nous  tout ce qui les concerne. S'ils sont plus jeunes que
nous, ayons  coeur d'aider nos parents  les bien lever,  leur
inspirer de bons sentiments, ne leur donnons nous-mmes que de bons
exemples. Protgeons-les en toute occasion, et remplaons auprs d'eux
notre mre, si des circonstances malheureuses viennent  les en priver.
S'ils sont nos ans reconnaissons-leur une certaine part d'autorit sur
nous, acceptons leurs conseils; en tous cas vitons de les taquiner, de
leur causer de la peine. N'agissons jamais envers eux avec cette
acrimonie qui amne parfois de si regrettables divisions entre les
enfants d'une mme famille. Habituons-nous de bonne heure  supporter et
 nous pardonner mutuellement nos dfauts de caractre. Que de relations
gtes ou irrmdiablement perdues qui auraient pu tre les meilleures
de notre vie, parce que nous n'avons pas su resserrer les liens d'amiti
que la nature avait crs entre nous, parce que sous le coup de
puriles susceptibilits, nous avons par gosme, par orgueil ou par
jalousie bless ceux que le Ciel nous avait donns pour compagnons de
notre jeunesse, pour amis les plus intimes de toute notre existence.

Ce serait une erreur de croire que les gards, la politesse, les
convenances n'existent que pour tre pratiqus envers les trangers.
Nous n'avons pas l'intention d'numrer ici les rgles du savoir-vivre,
cela nous entranerait trop loin: d'autres, d'ailleurs, l'ont fait avant
nous avec plus de succs que nous n'en pourrions prtendre. Disons
seulement que les usages qu'une bonne ducation nous impose envers les
indiffrents, ne doivent tre suivis qu'avec plus d'empressement dans
l'intrieur de la famille. Nous y gagnerons du reste de toutes faons,
d'abord en nous faisant aimer de notre entourage, ensuite en contractant
l'habitude des bonnes manires qui, sans cela, n'tant pratiques que
momentanment, auraient quelque chose d'affect, c'est--dire de
ridicule.

Lorsque l'on verra une jeune fille respectueuse et dvoue pour ses
parents, polie et bienveillante envers tous, s'occupant avec diligence
des soins du mnage tout en conservant sur elle-mme cette apparence de
propret qui la rend si charmante, l'on sera naturellement dispos
envers elle  l'estime et  la sympathie. C'est alors que ceux qui
dsirent fixer leur avenir porteront leurs vues sur elle, pensant avec
raison que celle qui est bonne fille, bonne soeur, sera bonne pouse et
bonne mre.

De tous les actes de la vie, le mariage est le plus important, celui qui
implique les plus graves consquences et qui demande, par suite, le plus
de rflexion. De l'union que vous contracterez, de la manire dont vous
vous comporterez, dpendent le bonheur et la tranquillit de votre
existence, de celle de vos enfants et de toute votre famille. Nous ne
saurions trop insister sur la ncessit d'arriver  cette poque de
votre vie avec le sentiment absolu et bien dfini de vos devoirs. Le
mariage tant l'tat auquel vous tes destines, il est indispensable
que vous soyez instruites des obligations qu'il impose.

Les prliminaires du mariage ne sont pas les mmes dans toutes les
classes de la socit. Tandis que, dans une situation aise, les parents
s'occupent de l'tablissement de leurs enfants et les mettent
soigneusement  l'abri de toute frquentation dangereuse, les jeunes
filles de la classe ouvrire, forces par leur travail de sortir seules,
jouissant d'une plus grande libert, se trouvent exposes  des
rencontres qui, pour tre parfois invitables, n'en prsentent pas moins
de srieux inconvnients. Nous n'avons pas  nous proccuper ici de
celles qui trouvent au sein de leur famille conseils et protection,
c'est aux jeunes filles qui, prives par la ncessit de la surveillance
de leurs parents, sont obliges de se diriger elles-mmes, que nous
voudrions adresser quelques observations.

Si vous tes soucieuse de votre avenir, si vous tenez  vous marier
honorablement, quoique ne possdant pas de fortune, faites d'abord en
sorte que votre conduite ne donne jamais lieu  la moindre critique, au
plus lger soupon. Si, par la ncessit de votre profession, vous vous
trouvez en rapport avec des jeunes gens, ne vous permettez jamais avec
eux la moindre libert, et sans cesser d'tre aimable et polie, observez
une certaine rserve dans vos manires et votre langage. Ne frquentez
jamais non plus d'autres jeunes filles dont la conduite ne serait pas
irrprochable ou dont le laisser-aller pourrait donner lieu  de
fcheuses suppositions; c'est en vous respectant vous-mme que vous vous
ferez respecter des autres. Mettez toujours au-dessus de toutes choses
le soin de votre dignit, et quelle que soit la situation que puissent
vous crer les vnements, ne vous commettez jamais avec des gens de
moeurs dpraves, d'habitudes et de gots grossiers; faites en sorte de
pouvoir entendre citer sans rougir le vieux dicton: Dis-moi qui tu
hantes, je te dirai qui tu es. Jamais d'ailleurs un homme de quelque
mrite, ne ft-il qu'un ouvrier, ne consentira  donner son nom  une
personne dont les frquentations ou la conduite seraient pour lui un
sujet de honte.

Quelle que soit la position sociale de vos parents, quelles que puissent
tre mme leurs fautes et leurs erreurs, ne songez jamais  vous marier
contre leur volont. C'est l la plus grande peine que vous puissiez
leur faire, le plus complet manque de respect qu'il vous soit possible
de leur infliger. Vos parents qui connaissent la vie, qui en ont
l'exprience, seront meilleurs juges que vous-mme des conditions
propres  assurer votre bonheur. Ils n'ont en vue que le bien de votre
avenir, et s'ils s'opposent  des projets qui vous sont chers, c'est
qu'ils prvoient pour vous de cruelles dceptions. Les unions
contractes dans ces conditions russissent d'ailleurs rarement au gr
des intresss, l'accord des familles tant, en cette circonstance, ce
qu'il y a de plus profitable.

Dans le cas o, au cours de vos absences de la maison paternelle, vous
vous trouveriez recherche par un jeune homme dont les intentions vous
paratraient honntes, faites-en part de suite  vos parents.
Souvenez-vous que vous leur devez compte de vos actions et qu'il vous
est interdit de leur cacher quoi que ce soit. Votre mre, en pareille
circonstance, est tout indique pour tre votre confidente. C'est auprs
d'elle que vous trouverez les utiles conseils dont a besoin votre
inexprience, c'est dans sa tendresse claire qu'elle puisera les
ressources qui loigneront de vous le danger et assureront votre avenir.

N'attachez pas trop d'importance  la situation pcuniaire d'un
prtendant, ni mme  ses avantages physiques; proccupez-vous surtout
de ses qualits morales, de son intelligence, de sa conduite, c'est de
cela que dpend votre bonheur. Disons-le bien haut, du reste,  la
louange de la classe ouvrire, ce n'est pas dans son sein que l'on
rencontre le plus souvent ces associations o la question d'intrt a
tenu plus de place que l'inclination naturelle des futurs poux. En nous
rsumant, nous vous dirons ceci: regardez un bel homme, coutez un homme
d'esprit, mais n'aimez jamais qu'un homme de coeur. C'est l'oiseau rare
que je vous souhaite....




LA JEUNE FEMME DANS SON INTRIEUR.

DEVOIRS ENVERS LE MARI ET LES ENFANTS.


Votre mari a droit  toute votre tendresse, c'est le premier devoir que
le mariage vous impose. Si quelque chose en lui vous dplaisait, si vous
pensiez ne pas pouvoir l'aimer, il et mieux valu en faire part  votre
famille, et refuser de contracter une union dont serait exclu le
sentiment qui en fait le charme et la moralit. Mais du jour o vous
l'avez librement accept, votre existence cesse en quelque sorte de vous
appartenir et doit tre entirement consacre au bonheur de celui dont
vous portez le nom. Vous ne cessez pas pour cela d'tre la fille
respectueuse et dvoue de vos parents, vous ne retirez rien  votre
famille de vos premiers sentiments, mais vous tes marie et  cet tat
nouveau s'attache pour vous des obligations nouvelles.

Vous devez aimer votre mari, vous lui devez, nous le rptons, une
tendresse inaltrable et un dvouement sans bornes. N'objectez pas qu'il
n'est pas tel que vous l'aviez suppos avant votre mariage, qu'il ne
possde pas telle qualit dont vous le croyiez dou, qu'il a tel dfaut
dont il s'tait bien gard de paratre afflig. Vous n'aviez pas, je
suppose, la prtention d'pouser un homme parfait, cette exigence ne se
justifierait pas, n'tant pas vous-mme d'une perfection dfiant la
critique. En effet, ne l'avez-vous pas quelque peu tromp, vous aussi?
Lorsque vous tiez sa fiance, n'avez-vous pas dissimul avec soin vos
petits travers, et fait parade de toutes les qualits que vous pensiez
lui tre agrables? Et si en sa prsence vous aviez laiss brler le
rti, si vous vous tiez laisse aller  quelque accs de mauvaise
humeur, tes-vous bien certaine qu'il vous et pouse?

Ce qui amne le plus souvent de part et d'autre, au lendemain du
mariage, d'amres dceptions, c'est cette ide prconue que l'on va
jouir d'un bonheur sans mlange, que l'on n'aura jamais rien  se
reprocher mutuellement. Et comme la ralit est toujours infrieure au
rve, il arrive que l'on se croit ls, alors que l'on s'tait
illusionn seulement. Si l'on arrivait au mariage avec ce raisonnement
plus pratique, que rien en ce monde ne saurait tre parfait, que
l'existence des poux doit tre faite de concessions rciproques,
peut-tre se trouverait-on plus heureux. Sans doute il a des dfauts,
votre mari, mais s'il est honnte homme et s'il a pour vous de la
tendresse, il faut l'aimer non-seulement parce qu'il vous aime, mais
aussi pour la confiance qu'il vous tmoigne en s'en remettant  vous du
soin de l'honneur de son nom et du bonheur de sa vie.

Songez aussi  ce que serait votre existence sans le mari, qui, avec une
situation rgulire, vous donne appui et protection? Il n'y a pas que du
ridicule et des dangers dans la position de vieille fille. Quels que
puissent tre les motifs qui vous aient loigne du mariage ou les
circonstances qui pour vous l'aient rendu impossible, il viendra
toujours un moment pnible entre tous, le moment cruel de l'isolement,
o vous serez prive de vos parents et o vous regretterez amrement de
n'avoir pas de famille. Et  ce propos laissez-nous vous mettre en garde
contre cette prtention exagre qu'ont parfois les jeunes filles de
trouver un poux d'une condition relativement suprieure  la leur ou 
celle de leur famille. Oh! nous savons bien que ce n'est pas la question
d'intrt qui vous guide: vous ne demandez pas qu'il ait de la fortune,
mais vous le voudriez dou de toutes sortes d'avantages physiques et
intellectuels, gagnant largement sa vie, toutes choses enfin qui se
trouvant runies en un jeune homme, lui permettent d'aspirer  une union
plus brillante et plus fortune. Nous ne saurions blmer en vous ce
sentiment si lgitime et si naturel, propre  toute me bien ne, de
dsirer que votre mari ne ft pas le premier venu. Mais il est certain,
des exemples quotidiens le prouvent, qu'une jeune fille sage doit
souvent renoncer  des partis auxquels elle aurait pu raisonnablement
prtendre et se contenter d'un autre moindre, parce qu'en somme l'homme
reste toujours le matre de la situation, et qu'il vaut mieux tre
modeste dans ses exigences que de renouveler la msaventure du hron,
qui ayant, pour son repas, ddaign le menu fretin, dut, son estomac
criant famine, se contenter d'un limaon.

Nous savons bien qu'il est des circonstances qui rendent difficile, si
ce n'est impossible, l'tablissement d'une jeune fille, et que telle
personne leve en vue d'une certaine position, se rsoudra
difficilement, mme aprs des revers de fortune,  se marier dans des
conditions dont sa fiert souffrirait; mais ce cas est tout--fait
accidentel, et si vous n'en tes pas les victimes, vous n'avez pas  en
subir les consquences. En somme, le mariage, pour n'tre pas toujours
un tat parfait, est encore le moins imparfait que vous puissiez
choisir.

Vous devez aussi a votre mari fidlit et obissance.  des jeunes
filles qui seront d'honntes femmes, nous n'avons rien  dire du premier
point, mais nous appelons votre attention sur le second.

L'obissance que vous devez  votre poux n'est pas celle  laquelle
vous tiez accoutume envers vos parents. Tandis qu'alors vous
n'encouriez aucune responsabilit et qu' ceux-ci vous deviez obir sans
discuter, il vous faudra, dans la soumission que vous accorderez  votre
mari, conserver le sentiment de vos droits, de vos intrts et de ceux
de vos enfants, si parfois il venait  les mconnatre. Faudra-t-il
donc, nous direz-vous, obir aveuglment et toujours? Eh bien,
dussions-nous tre lapide par le sexe fort, nous vous dirons: non, il
ne faut pas obir malgr tout et en toute occasion, mais il ne faut
dsobir que lorsque vous avez cent fois raison de le faire,
c'est--dire dans des cas absolument graves, dans des circonstances
exceptionnelles. Une femme qui, par un sot orgueil, prendrait plaisir 
contrecarrer en toute occurrence les ides de son mari pour faire
prvaloir les siennes, ou qui mconnatrait son autorit au point
d'entrer avec lui en lutte ouverte pour des futilits, sur des questions
de peu d'importance n'impliquant en rien l'avenir, non-seulement cette
personne manquerait  tous ses devoirs, mais elle commettrait la plus
insigne folie, perdrait  tout jamais la paix de son mnage et
s'exposerait aux plus graves dsagrments. D'ailleurs une femme aimant
son mari et possdant quelque peu de tact, sait gnralement, le cas
chant, sauvegarder les intrts communs de la famille sans troubler la
bonne harmonie de son intrieur, et donner  la soumission requise le
caractre qui lui convient.

Pour viter des froissements toujours dsagrables, parfois pnibles et
gros de consquences, nous vous conseillons fort, pendant les premiers
temps de votre mariage, de bien tudier le caractre de celui auquel
vous tes unie. C'est peut-tre cette poque, qu' tort ou  raison l'on
qualifie de lune de miel, qui sera pour vous la plus difficile. En
effet, vous ne connaissez pas encore votre mari, et lui-mme n'a pas eu
le temps de vous apprcier; il faudra vous observer constamment pour lui
donner de vous-mme la meilleure opinion possible et achever par
l'estime de conqurir son coeur. Pendant cette priode d'observation,
vous rencontrerez en lui des qualits srieuses, des dons naturels que
vous pourrez dvelopper encore, et des dfauts dont il faudra bien vous
garder de paratre offusque, ni tmoigner trop tt l'intention de l'en
corriger. N'agissez en ce dernier point qu'avec la plus grande
circonspection, car autrement, la question d'amour-propre s'en mlant,
vous risqueriez de n'y pas russir. C'est graduellement, par le
raisonnement et par l'exemple, qu'il faudra vous efforcer de combattre
ce qui vous dplat en lui. Ne laissez pas paratre, autant que
possible, la diffrence de gots et d'humeur qui pourrait exister entre
vous; allez au-devant de ses dsirs, mme s'ils sont en opposition avec
les vtres, de manire  lui tre agrable en toutes choses, sans vous
trouver dans l'obligation de cder. Il vous sera toujours moins pnible
de sacrifier vos prfrences que de crer un conflit dont vous ne
sortiriez que froisse dans votre amour-propre.

Ce n'est pas seulement  votre mari qu'il faudra vous efforcer de
plaire. Par le fait de votre mariage, ses parents, sa famille
deviendront les vtres, et sous peine des plus grandes perturbations
dans votre intrieur, il faudra, par tous les moyens en votre pouvoir,
chercher  vous les attacher. Pour viter de froisser qui que ce soit,
traitez en tout, au moins en apparence, les parents de votre mari comme
vous le faites des vtres. Soyez avec vos beau-pre et belle-mre ce que
vous tes avec vos parents; coutez leurs avis avec dfrence, et s'ils
vous paraissent sages et conformes  vos intrts, mettez-les  profit.
Si, au contraire, vous croyez devoir n'en pas tenir compte, expliquez
vos raisons de manire  ne les pas blesser, et toujours avec douceur et
amnit. Ces qualits, loin d'exclure une fermet parfois ncessaire, en
attnuent la rudesse et la font plus facilement accepter. En effet, le
respect que vous leur devez ne saurait vous faire oublier que vous tes
matresse dans votre maison, et qu' vous seule en appartient la
direction. Il y a l une nuance qu'il vous faudra observer sans cesse:
condescendre toujours, mais n'abdiquer jamais. Soyez certaine que sous
le bnfice de cette rserve votre mari vous saura gr des gards que
vous aurez pour les siens, ce qui est tout naturel et plaide en sa
faveur. Ne seriez-vous pas vous-mme froisse dans votre amour filial
s'il tmoignait  vos parents de la froideur, s'il les recevait sans
empressement? Ne perdez pas de vue que sa famille, ses amis mme, ayant
sur lui une influence plus ancienne que la vtre, il importe au plus
haut point, quoi qu'il advienne, d'viter de vous en faire des ennemis.

Gardez-vous aussi de cette manie particulire aux femmes de n'tre
jamais satisfaites, de trouver  redire  tout. Rien n'est aussi
dplaisant que d'entendre faire  tout propos des observations, surtout
si elles sont prsentes d'un ton aigre et acrimonieux; le portrait de
Mme Bougon n'a rien du reste de bien sduisant. Il arrivera ceci: ou
votre mari s'y habituera et n'y prtera plus la moindre attention, ou
il en sera nerv, vous rpondra mal et vous imposera silence. Plus vous
saurez supporter patiemment des dsagrments de peu d'importance, plus
vos observations auront de poids et d'autorit dans les circonstances
graves. C'est un de nos torts et une de nos faiblesses de ne voir les
choses que par le petit ct, d'en ngliger souvent la partie srieuse
et d'attacher trop d'importance  des vtilles. Nous avons souvent
remarqu que telle femme qui fait  son mari une scne pour une assiette
casse, est prcisment celle-l qui laissera dilapider sa dot sans rien
dire et qui sera incapable de la dfense la plus lmentaire de ses
intrts.

Une dame de nos amies, femme de beaucoup d'esprit, est marie depuis peu
 un homme qui n'a pas eu  se fliciter de son premier mariage. D'une
nature acerbe et acaritre, sa femme lui faisait  tout propos des
observations dsagrables, de sorte que le calme et la bonne harmonie
taient souvent bannis de leur intrieur. Ayant accept une invitation 
dner chez eux dans les premiers temps de leur union, j'tais au salon
avec la matresse de la maison, lorsque de la salle  manger partit un
grand bruit. C'est moi, ma chre amie, dit le mari  sa femme accourue
en toute hte, c'est moi qui viens de commettre cette maladresse. La
bonne avait mis sur la table un siphon presqu'entirement vide et dont
elle avait nglig de nettoyer la monture; j'ai voulu l'en retirer et
l'ai laiss choir.. En disant cela, il observait malicieusement la
physionomie de sa nouvelle pouse, et il ajouta: Tu vas sans doute me
gronder bien fort. (Il avait quelque raison de craindre cela, avant eu
pendant son premier mariage une forte scne pour un sujet
analogue.)--C'est un petit malheur, rpondit notre amie, et j'aurais
grand tort de gronder un homme qui, en une seconde, gagne quinze
centimes.--Comment cela, dit-il, tout tonn?--Sans doute, reprit-elle,
tu pouvais aussi bien le casser tant plein, et puisqu'il est vide,
c'est autant d'pargn. Le mari se montra fort satisfait de la rponse,
et nous avons constat depuis combien il est heureux de la diffrence de
caractre qu'il rencontre entre elle et sa prcdente pouse, femme
trs-recommandable pourtant et d'un grand mrite sous d'autres rapports.

Nous reviendrons sur la ncessit de surveiller notre humeur, de
pondrer notre caractre, mais en ce qui concerne le mariage nous vous
dirons que les plus minentes qualits ne serviront de rien si elles ne
sont rehausses par l'amabilit qui en fait la grce et le charme. Par
exemple, une femme qui ferait rgner dans son mnage l'ordre et
l'conomie, perdrait le bnfice de ses peines si elle ne savait pas
rendre le sjour auprs d'elle plaisant et agrable. Savoir retenir
votre mari auprs de vous par la seule force de l'estime et de
l'affection que vous lui inspirerez est encore une des formes du
dvouement, car il n'a aucune chance de se trouver nulle part plus
heureux, et s'il tait oblig de chercher ailleurs la tendresse et les
encouragements dont il a besoin, c'est vous seule qui seriez coupable.
Soyez pour lui la compagne aimante et douce, la femme forte et digne qui
soutient l'homme dans l'infortune et dont la fermet du caractre, la
droiture de la conscience, lui donnent force et courage dans les
circonstances les plus difficiles de la vie.

Certaines jeunes femmes, partant de ce principe que l'homme doit
subvenir aux besoins de la famille, pensent, une fois maries, pouvoir
se dispenser de travailler. Elles abandonnent alors la profession dont
leurs parents les avaient pourvues, souvent au prix des plus durs
sacrifices, sans songer que c'est prcisment pendant les premiers temps
de leur mariage, alors qu'elles n'ont pas d'enfant, qu'il leur serait le
plus facile de s'occuper utilement. Elles ne rflchissent pas non plus
au surcrot d'aisance que leur gain, si modeste ft-il, apporterait dans
leur mnage, ni aux longues heures d'ennui qu'elles auront  supporter
pendant l'absence de leur mari, leur maison trop peu considrable ne
pouvant les occuper constamment, ni aux funestes habitudes qui en seront
la consquence. Souvent mme, surtout en pareil cas, une autre erreur
vient s'ajouter  celle-ci: c'est qu'tant maries, elles n'ont plus
besoin de plaire. Ce propos, que nous citons textuellement, combien de
fois ne l'avons-nous pas entendu dans la bouche de femmes dont la tenue
plus que nglige trahissait le dsoeuvrement et l'insouciance. Mais,
nous direz-vous, ces pauvres cratures taient peut-tre malheureuses
dans leur intrieur, et puis une conduite aussi blmable n'est pas celle
de toutes les femmes; la plupart comprennent mieux leurs devoirs et
leurs intrts. Sans doute, nous le savons, ce n'est l qu'une
exception, mais une exception encore trop nombreuse, que l'on rencontre
 chaque pas, et en prsence de laquelle une femme vraiment digne de ce
nom se sent prise d'un insurmontable sentiment de honte pour son sexe.
Sous aucun prtexte, sachez-le bien, la femme ne doit renoncer  la
possibilit de gagner quelque argent; tout au plus serait-elle excusable
si elle avait apport une dot dont le revenu pourrait compenser
l'absence de son salaire. Quant  celle qui arguerait qu'elle n'a plus 
trouver un poux pour se relcher des habitudes de soin et de propret
qu'elle avait ou feignait d'avoir avant son mariage, sa conduite serait
tout simplement ignoble, son mari le lui ferait bien voir.

La Fontaine raconte que de deux chevaux attels  un mme chariot, l'un
ne voulut pas prendre sa part de labeur, de sorte que l'autre, tranant
 lui seul toute la charge, fut bientt extnu et hors d'tat de
travailler. Le conducteur remit alors  sa place dans les limons le
premier cheval; mais celui-ci, que son compagnon trop fatigu ne pouvait
plus aider, succomba  son tour  la peine. Cette comparaison peut fort
bien s'appliquer  un mnage dans lequel le mari travaillerait
consciencieusement, rapporterait  sa femme son salaire, tandis que
celle-ci, au lieu de chercher  contribuer, dans la mesure de ses
forces, au bien-tre commun, gaspillerait son temps en futilits et en
commrages. Or, le temps c'est de l'argent. Habituons-nous donc, ds
notre jeunesse,  nous occuper srieusement,  ne jamais perdre une
minute; aimons le travail pour tous les bienfaits dont il nous comble,
pour tous les maux qu'il carte de nous. Le travail est le plus grand
mdecin du monde, il gurit de la misre, cet ennui matriel, et de
l'ennui, cette misre morale. Si nous sommes pauvres, travaillons pour
amliorer notre situation: depuis que le monde existe, on n'a pas encore
trouv de moyen plus sr. Si nous sommes riches, faisons du travail la
premire de nos distractions, il est de toutes la plus saine. Quelle
qu'en soit la nature ou l'objet, il nous procure des satisfactions
infinies, et c'est toujours  lui que nous reviendrons, car, en mme
temps que la sant, il nous conserve la bonne humeur.

    Travaillez, mes toutes belles,
    Employez bien votre temps;
    Vos maris seront fidles
    Et vos coeurs toujours contents.

La femme qui n'a pas en elle l'amour du travail est vritablement bien 
plaindre. Outre l'intime satisfaction que donne le sentiment du devoir
accompli, dont son coeur est sevr, elle se voit prive de tous les
avantages matriels que le travail procure. Et considrez combien est
juste cette maxime que la paresse, il faut bien l'appeler par son nom,
est la mre de tous les vices, l'on peut ajouter de tous les maux. Quand
une femme travaille elle-mme pour gagner quelque argent, elle en
connat mieux le prix, le dpense moins facilement, de l l'conomie.
Quand une femme est conome et travailleuse, elle prend soin de son
mobilier, de son linge, de ses vtements, fait chaque chose au moment
convenable, de l l'ordre et la propret. Tandis que celle-ci jouit d'un
bien-tre en apparence suprieur  sa position sociale, parce qu'elle
sait, comme disaient nos grand'mres, faire de trois francs cent sous,
telle autre que la paresse afflige sera voue pour toute sa vie  la
misre et  l'abjection. Pendant que l'une, satisfaite d'elle-mme,
fire de son existence bien remplie, est calme et tranquille, l'autre,
malheureuse par sa faute, mcontente de tout, sent gronder en elle les
plus mauvais sentiments.

Voyez ces deux jeunes femmes que la fortune n'a pas favorises. Maries
chacune depuis deux ans, elles habitent dans la mme maison un petit
appartement d'un prix modique, car leurs maris, cavistes tous deux,
n'ont que des gains trs-restreints; mais quelle diffrence vous
observez ds le seuil de leur modeste demeure! Tandis que les deux
pices dont elle se compose sont chez l'une tenues avec la plus exquise
propret, que tout chez elle est clair et luisant, chez l'autre tout est
en dsordre, et les quelques meubles qu'elle possde accusent la
ngligence avec laquelle on les entretient. Tout chez elle crie le
dnment et la misre, pendant que sa voisine, avec cet art propre  la
femme qui aime son infrieur, sait donner  sa maison une apparence de
confort et de gaiet. Travaillant sans relche pour les magasins de
confections et gagnant en moyenne un franc vingt-cinq centimes par jour,
elle a pu acheter le mobilier modeste mais convenable, et aussi le
linge ncessaire au mnage que ses parents, trop pauvres, n'avaient pu
lui donner. Le mari se plat dans sa maison que lui aussi s'ingnie 
embellir; ne craignez pas que la journe termine il s'attarde dans
quelque mauvais endroit. Il s'empresse de rentrer chez lui: n'a-t-il pas
toujours quelques clous  planter, et  soigner les rieurs, presque
toutes rapportes des bois, qui donnent un si coquet aspect  sa
demeure? Il a hte surtout de retrouver sa compagne, toujours gaie,
frache et pimpante dans la petite robe  dix sous le mtre,
confectionne de ses mains. Il aime et estime cette jeune femme auprs
de laquelle, revenu de son travail, il trouve le calme et la tendresse;
il lui est reconnaissant du bonheur qu'elle lui donne, il en est fier;
et lorsque le dimanche elle part  son bras pour Une promenade bien
mrite, il ne changerait pas sa place contre celle d'un empereur. C'est
son plus grand plaisir d'aller ainsi, en compagnie de sa femme,  une
petite campagne voisine, respirer l'air pur des champs ou des bois, ou
bien de s'installer sous les beaux marronniers des promenades pour
entendre la srnade. Au milieu de tout ce monde lgant, auprs duquel
il s'aperoit qu'il ne fait pas tache, il songe  la diffrence de sa
vie tranquille avec celle de beaucoup de ses camarades moins favoriss.
Il se dit qu'avant son mariage lui aussi allait au cabaret, et il se
demande maintenant comment il pouvait s'enfermer dans cet affreux trou
puant et noir, pendant qu'il y a ailleurs de l'air, du soleil, des
oiseaux et des fleurs. Il est ainsi toujours satisfait, parce qu'il n'a
rien  reprocher ni  lui-mme, ni aux autres. Il est sans souci du
lendemain, car l'existence rgulire qui est la sienne lui conserve la
sant, et il sait qu'il y a toujours en rserve chez lui de quoi parer 
toute ventualit.

Le voisin, lui, n'est pas d'aussi bonne humeur. Aussitt rentr de son
ouvrage, on l'entend crier, et ce ne sont pas de tendres paroles qu'il
adresse  sa compagne. C'est le repas, peu confortable, qui n'est jamais
prt  l'heure, ou quelque vtement dont il a besoin qui n'est ni
raccommod ni blanchi. Sa femme inactive et dpensire gaspille l'argent
qu'il gagne avec tant de peine et cre partout des dettes. Parfois un
commerant, perdant patience, s'adresse  lui pour tre pay, et ce sont
alors dans le mnage des scnes sans fin, des querelles  scandaliser
le voisinage. N'ayant rien qui le retienne chez lui, ne ressentant plus
pour sa femme ni affection ni respect, il s'adonne  la boisson.  quoi
bon me gner, dit-il, je n'en aurai jamais davantage. Sur ce il part au
cabaret et revient ivre, aussi l'existence de la malheureuse est-elle la
plus triste que l'on puisse imaginer. Si du moins elle pouvait profiter
de l'exemple que lui donne cette autre jeune femme, si courageuse et si
digne, mais au contraire elle la jalouse, la hait, et pourtant elle
n'est pas ne mchante. En la voyant heureuse et estime de tous, il lui
semble qu'elle lui fait du tort, elle ne veut pas convenir qu'il et pu
en tre de mme pour elle, et qu'en ngligeant ses devoirs elle a caus
sa perte. De l ce sentiment d'envie, de basse jalousie, qui fait de si
cruelles blessures au coeur des femmes.

Voyez l, le dimanche, aprs que son mari, las et dcourag, est parti
en lui adressant de durs reproches. Les cheveux en dsordre, la figure
dcompose, versant des larmes de rage, elle s'installe  sa fentre,
soulve son rideau et pie le moment auquel va partir celle qu'elle
considre comme son ennemie. Elle veut voir sa toilette. Elle sort
enfin au bras de son mari, charmante et distingue dans le frais
costume de coton  bon march qu'elle porte l't depuis son mariage, et
qu'elle-mme a confectionn. Rien dans sa mise n'est ni extravagant ni
coteux, mais tout est agenc avec got et dispos avec art. Elle ne se
doute gure que l, tout prs d'elle, quelqu'un l'observe d'un oeil
malveillant, car elle ne s'occupe pas des voisins et n'a jamais fait de
mal  personne. Puis, pendant qu'elle s'loigne, l'autre s'en va auprs
des voisines. --L'avez-vous vue?... Est-elle d'une coquetterie?... Elle
n'a pas toujours t comme cela... etc., etc. Et les commentaires
d'aller leur train, et les commrages stupides, les inventions odieuses
de continuer jusqu'au moment o il faudra rentrer pour attendre le mari
qui va revenir ivre et abruti. Ainsi, non-seulement cette femme souffre
de tous les maux qu'entrane l'oisivet, mais sous leur influence son
caractre s'aigrit, son coeur devient mauvais. L'envie, la jalousie, la
mdisance, le mensonge font cortge  l'ennui et au dcouragement; elle
devient capable des plus mchantes actions, et l'on frmit en pensant au
gouffre de vices et d'avilissement vers lequel la malheureuse s'achemine
lentement,  moins que quelque circonstance fortuite, un enfant
peut-tre, ne vienne l'en dtourner.

Ce tableau est bien noir, nous direz-vous. Il est triste, nous en
convenons, mais il est vrai, l'exprience de la vie vous le dmontrera.
Sans le travail qui acquiert, sans l'conomie qui conserve, l'ouvrier
est fatalement vou  la misre et forc de renoncer  tout espoir
d'amliorer sa situation matrielle et morale. C'est en cela que
l'influence de la femme se fait le plus directement sentir, influence
bienfaisante si elle est doue de cette qualit indispensable au mnage,
l'conomie, et dsorganisatrice si, par malheur, elle en est prive.
Mme Doyen l'a dit avec beaucoup de raison: une femme pauvre et
conome entrant dans une maison l'enrichit, tandis qu'une femme riche et
prodigue l'appauvrit. En effet, il n'est pas de fortune, si
considrable soit-elle, qui puisse rsister au gaspillage. Que de fois,
parmi les besoigneux, n'avez-vous pas rencontr de gens, autrefois dans
une situation prospre, pendant que d'autres, partis des derniers rangs,
sont, fourmis conomes et laborieuses, parvenus  une honorable
aisance.

L'conomie est une des qualits indispensables  la femme dans toutes
les situations de fortune. Elle est relative, bien entendu, et consiste
 rgler strictement nos dpenses d'aprs les ressources dont nous
disposons. La femme vraiment conome est celle qui, sur ses revenus ou
sur son salaire, sait prlever une part pour parer aux ventualits qui
peuvent se produire. Ne faut-il pas compter, si l'on est commerant,
avec les pertes possibles; si l'on est capitaliste, avec les diminutions
de revenu; si l'on est ouvrier, avec le chmage; et, en tout tat de
cause, avec la maladie, le surcrot de charges et tous les vnements
fcheux impossibles  conjurer? Et o trouvera-t-on les ressources
ncessaires pour y faire face, si on a nglig d'pargner pendant des
temps meilleurs?

Le femme la plus conome n'est pas prcisment celle qui dpense le
moins, c'est celle qui, en raison des ressources dont elle dispose, sait
procurer aux siens le plus de bien-tre et de confort. Par exemple, il
se pourra que de deux femmes dpensant chacune trois francs par jour,
l'une soit trs conome et l'autre trs dsordonne. Si l'une, dont le
mari gagne quatre francs par jour, n'en dpense que trois, elle fera
preuve d'une sage prvoyance pour l'avenir, tandis que si l'autre dont
le mari ne gagne que trois francs les dpense entirement, elle risquera
de se trouver dans une bien pnible situation.

L'conomie nous oblige  avoir de l'ordre; ces deux qualits sont
inhrentes l'une  l'autre. Ainsi, une femme conome, si elle est
commerante, tiendra exactement ses comptes, de manire  ne rien
omettre et  tre toujours renseigne sur l'tat de ses affaires. Si
elle emploie des ouvriers ou des domestiques, elle veillera  ce qu'ils
occupent consciencieusement le temps qu'elle leur paie. Elle ne laissera
pas celui-ci ngliger son service ou tenir l'outillage en mauvais tat,
et supplera son mari si, trop occup, il ne peut avoir l'oeil  tout.
Elle ne permettra pas  celle-l de lui manger ses conserves ou de
prodiguer l'clairage et le chauffage. En aucun cas, elle ne lui
confiera la bourse de la maison, et fera autant que possible ses
provisions elle-mme, de manire  les acheter  des conditions plus
avantageuses; c'est l de l'ordre. Si elle a la chance de pouvoir se
passer d'auxiliaires, elle sera ainsi dbarrasse d'une surveillance
souvent gnante et ennuyeuse, ainsi que d'une onreuse dpense. Une
femme srieuse prfrera toujours tenir elle-mme sa maison,  moins
d'impossibilit absolue, plutt que d'en confier le soin  des
trangers.

N'imitez pas ces petites femmes vaniteuses et sottes qui mettent tout
leur amour-propre  avoir une bonne, dpensant ainsi ce qu'elles
pourraient pargner des gains de leur mari, petit employ gnralement,
ne gagnant pas toujours de quoi mettre du beurre sur le pain de la
pauvre fille, peu surcharge de besogne  la vrit. Laissez-nous vous
mettre en garde contre cette folle vanit qui pousse tant de jeunes
femmes  vouloir vivre d'une faon si peu conforme en tout  leur
position sociale. Combien agissent ainsi par gloriole plutt que par
amour du confortable, se rendant, par leur ostentation, ridicules aux
yeux des gens senss qui se demandent combien de temps cela pourra
durer. Une des maladies de notre sicle, c'est que tout le monde veuille
vivre comme si l'on tait riche, dplorable systme dont le moindre
dfaut est d'empcher qu'on le devienne. Un peu de bon sens et de
rflexion suffirait pourtant pour dissiper cette erreur et nous faire
comprendre cette vrit qu'il ne faut pas manger son bl en herbe ni
confondre le point de dpart avec l'arrive. Il est certain que si nous
voulons vivre d'une manire suprieure  notre situation pcuniaire,
nous ne pouvons rationnellement y arriver qu'en amliorant cette
situation elle-mme. Il est donc indispensable de savoir borner nos
gots  notre position prsente, c'est un des moyens de l'amliorer dans
l'avenir et de jouir d'une vraie tranquillit, de ce bonheur du sage qui
se contente de peu.

Nous reviendrons plus loin sur la ncessit pour la femme de pratiquer
les vertus qui assurent la paix du foyer domestique, mais en ce qui
concerne l'conomie, prenez pour rgle de conduite que le travailleur
n'est assur du ncessaire qu'autant qu'il sait se refuser le superflu.

Ces considrations sur lesquelles nous insistons, vous seront utiles
dans l'avenir, pour soutenir le grand combat de la vie. Elles vous
serviront d'arguments pour ramener  des ides plus saines ce grand
gamin qui est votre mari, dont le coeur n'est pas mauvais, mais dont la
tte, peut-tre un peu folle, s'est laiss garer par les lucubrations
d'crivains sans scrupules ou les extravagances d'orateurs qui
mriteraient qu'on leur jett des pommes cuites et des bottes de foin.
Ils sont bien coupables ces gens qui, dans un but d'intrt personnel,
exploitent la crdulit et l'ignorance de l'ouvrier, et jettent le
trouble dans sa conscience. Peu leur importent les rsultats de leurs
inepties, pourvu qu'ils en profitent; ils savent fort bien, du reste,
que ce n'est pas eux qui en subiront les consquences. C'est  vous,
jeunes femmes, qu'il appartient de combattre les funestes doctrines qui,
si vous n'y preniez garde, iraient jusqu' compromettre l'existence mme
de votre foyer, car ces gens, ennemis de la proprit, sont en mme
temps les dtracteurs de la famille. Si, par malheur, votre mari pouvait
devenir leur dupe, si au lieu des gais propos qu'il apportait autrefois
 la table de la famille, il faisait entendre de folles revendications,
il faudrait user de votre influence pour clairer sa conscience et sa
raison, et le dtourner de la voie prilleuse au bout de laquelle il ne
trouverait que mcomptes et dceptions.

Il vous sera facile de rfuter les ides fausses qu'il aura contractes
par la lecture de journaux qui s'intitulent socialistes, sans que cette
dnomination soit bien comprise de la plupart de ceux qui l'emploient,
ou au sein de certaines assembles de travailleurs ainsi que se
nomment souvent les ouvriers qui ne travaillent pas. Il est de toute
vidence que nous ne pouvons tre tous gaux dans le sens absolu de ce
mot, l'chelle sociale serait ainsi la seule qui n'aurait qu'un chelon.
Cela ne signifie pas que l'ouvrier doive renoncer  amliorer sa
position, mais que de moyens s'offrent  lui plus honntes et plus srs
que celui qui consisterait  dpouiller de leur proprit ceux qui
lgitimement la possdent. Il est un fait prouv, c'est que la fortune
change de mains au bout de cinq gnrations.  quoi cela tient-il, si ce
n'est que l'enfant du riche, habitu au luxe et  l'oisivet, diminue
ainsi son patrimoine et transmet de pre en fils une situation
amoindrie, tandis que l'ouvrier, dsireux de sortir de son infriorit,
conquiert une position meilleure par la seule force de sa volont, de
son travail opinitre, de son conomie. Et lors mme que, par
impossible, le partage des biens parviendrait  s'effectuer entre tous
les citoyens, ainsi que certains le demandent, savez-vous quelle serait
la part de chacun? Les conomistes ont calcul qu'elle s'lverait  la
somme de deux francs soixante centimes, de sorte qu'au lieu de trouver
des capitalistes et des patrons pour faire vivre l'ouvrier, nous serions
tous gaux... dans la misre; c'est l probablement ce qu'on entend par
la suppression du proltariat. Si mme, contestant cette valuation,
l'on admet que le partage puisse produire des rsultats plus
apprciables, il arriverait ceci: c'est qu'au bout de quinze ans, de
vingt ans peut-tre, le grand gnie qui se nomme Travail aurait encore
chang la face de la nouvelle socit. De la part reue les uns
n'auraient plus rien et seraient redevenus misrables, pendant que les
autres se seraient enrichis, de sorte que l'effroyable tuerie serait
toujours  recommencer. Ils se gardent bien, ceux qui prchent le
dsordre et la guerre civile, de faire valoir ces arguments; c'est 
vous, jeunes femmes, qu'il appartient de les produire. Dites  votre
mari,  votre frre, que c'est par la paix et la concorde qu'ils
pourront arriver  la ralisation de leurs voeux, et qu'il faut que les
ouvriers s'unissent, non pour dtruire, mais pour difier.

Un des meilleurs moyens, pour l'ouvrier, d'amliorer sa situation
prsente et d'assurer l'avenir, c'est sa participation aux socits
mutuelles. Fondes pour la plupart par d'anciens ouvriers, hommes
intelligents comprenant la ncessit de l'union et de la solidarit,
elles offrent  leurs adhrents des facilits de toute nature, des
combinaisons diverses qui leur permettent de se mettre  l'abri de la
maladie, du chmage, de la chert de la vie, et d'assurer en mme temps
le pain de leur vieillesse. Le but de ces bienfaisantes associations
n'est pas seulement pratique et humanitaire, il est aussi moral. Ceux
qui en font partie apprennent  se connatre et  s'estimer, en mme
temps qu' s'entr'aider et  se soutenir. Ils forment, dans la grande
famille franaise, une famille d'lite, honorable entre toutes, dont les
membres s'cartent si rarement de la voie du devoir, qu'un de nos
mutualistes les plus distingus, M. H. Maze, dput de Seine-et-Oise,
disait que parmi eux il n'en avait presque pas rencontr ayant un casier
judiciaire. Cela s'explique par le fait que chacun tient  conserver
l'estime de tous, et aussi par la force et la tranquillit que donne
l'assurance du lendemain.

Nous ne saurions trop insister auprs de vous pour vous engager  faire
partie de quelque socit mutuelle, dans votre intrt et celui des
vtres. C'est si peu de chose que d'pargner un ou deux sous par jour,
et on en dpense tant d'autres pour des choses inutiles, parfois
nuisibles. Si modeste que soit votre salaire, un prlvement aussi
insignifiant ne peut vous gner beaucoup, il vous sera au contraire
favorable en vous accoutumant  l'conomie. Des personnes gnreuses
autant qu'claires ont pris, depuis quelques annes, la louable
habitude de distribuer aux lves les plus mritants de nos coles des
livrets de caisse d'pargne ou de quelque socit mutuelle. Vous tes
peut-tre parmi ces heureux laurats, mais si vous n'avez pas eu ce
plaisir, la somme  verser est tellement minime que vous mettrez votre
amour-propre  ne pas vouloir rester en arrire. De grce, ne laissez
pas passer le collecteur sans lui donner l'obole qu'il rclame,
faites-vous  vous-mme l'aumne que vous retrouverez plus tard. Nous
voudrions vous donner sur les socits mutuelles de notre ville, tous
les renseignements ncessaires concernant leur but spcial et leur
fonctionnement, mais cela nous entranerait trop loin et sortirait
quelque peu des limites que nous nous sommes assignes.--Toutefois,
plusieurs de ces socits s'occupant de l'alimentation  bon march,
nous vous engageons vivement  leur donner la prfrence sur les
commerants ordinaires. On ne s'expliquerait pas, en effet, que l'on
allt chez l'picier ou le charcutier payer une marchandise un certain
prix tandis que d'autres tablissements l'offrent  qualit gale ou
meilleure  des conditions plus avantageuses. L'on ne comprendrait pas
davantage que vous attachiez quelque importance  ce fait que ces
commerants peuvent vous offrir quelque crdit, car il faut toujours le
solder (nous ne pouvons supposer que vous ayez l'intention d'agir
autrement), et alors vous en aurez chrement pay l'intrt. Il faut
bien, du reste, qu'il en soit ainsi pour compenser les pertes
occasionnes par les malhonntes gens qui ne paient pas.--Dans tous les
cas, les socits mutuelles ont une influence essentiellement
moralisatrice, puisqu'elles assurent le bien-tre et exigent en change
la probit.

* * *

Une des raisons d'tre de notre existence et qui en consacre l'utilit,
c'est d'tre mre. De mme que sur l'arbre on cherche le fruit, auprs
de la femme on cherche les enfants, sans lesquels il semble qu'il lui
manque quelque chose. Quoi de plus noble et de plus doux que de voir
s'entr'ouvrir ces jeunes intelligences et de les diriger vers le bien?
Si nous ne reconnaissions la ncessit de faire en toutes choses notre
devoir pour les diffrentes raisons que nous venons d'numrer, il
faudrait encore y rester fidle pour les chers petits tres auxquels
nous devons, avec la subsistance, l'exemple d'une vie irrprochable et
digne. Nous n'avons jamais rencontr une mre n'aimant pas ses enfants,
mais nous en connaissons un grand nombre qui croient avoir rempli leurs
obligations maternelles quand elles les ont combls de caresses et
satisfait  tous leurs caprices.

Votre premier devoir envers vos enfants en bas ge est de leur donner
tous les soins propres  leur assurer une bonne sant pour le prsent et
pour l'avenir. Si vos occupations ni aucune autre circonstance ne s'y
opposent, et sauf avis contraire du mdecin, nourrissez-les de votre
lait, votre sant s'en trouvera bien et outre une srieuse conomie,
vous en retirerez des satisfactions de toute nature. Votre enfant sera
ainsi plus avenant et  l'abri de la plupart des causes de mortalit qui
font tant de petites victimes, surtout pendant la priode estivale.
Quelle que soit la manire dont vous les nourrissiez, n'oubliez pas que
la propret, les soins hyginiques et le grand air leur sont
indispensables.

La premire anne est toujours la plus difficile; mais que de douces
joies lorsque le petit tre commence  comprendre,  vouloir vivre! Ses
petites jambes s'agitent, il veut marcher; sa bouche bgaie les mots
qu'il entend le plus souvent, et c'est vous la premire qu'il appelle.
Sans tre partisan de la thorie de Darwin qui nous fait descendre du
singe, il est vraiment intressant d'observer la facult d'imitation
inne chez l'homme ds son berceau. Voyez votre petit enfant encore
incapable de marcher, s'il peut s'chapper de vos bras, ce sera pour se
traner jusqu' l'endroit o vous dposez votre balai, votre essuie,
votre brosse ou tout autre objet dont vous vous servez frquemment, et
pour essayer d'en faire l'usage qu'il vous en voit faire  vous-mme.
Cette disposition naturelle s'accentuera au fur et  mesure qu'il
avancera en ge, c'est pourquoi il importe de ne lui donner que de bons
exemples. Ne faites rien, ne dites rien devant lui que vous ne voudriez
lui voir faire ou lui entendre rpter. tudiez avec soin les premires
manifestations de sa volont naissante, de ce qui sera son caractre
propre; appliquez-vous  le diriger,  en corriger les dfauts.
Gardez-vous de cet excs de sensiblerie qui porte tant de mres 
fausser l'ducation de leurs enfants dans la crainte de leur causer un
lger dsagrment, facile  supporter  cet ge. De mme qu'il est plus
ais d'arracher un bourgeon qu'un vieil arbre, vous extirperez plus
facilement un dfaut ds son apparition, que si vous le laissez
s'enraciner. Ce qui, ds le dbut, n'est qu'un petit dfaut, finit
gnralement par devenir un grand vice; or, les vices sont comme les
gens de mauvaise compagnie, il ne faut leur laisser prendre pied nulle
part, ds qu'ils paraissent, chassez-les au plus tt. Votre enfant vous
saura gr dans l'avenir des efforts que vous aurez faits pour le bien
lever, pour former son caractre et son coeur et lui inspirer de bons
sentiments. Les enseignements d'une mre ne sont jamais perdus.
L'enfant tourdi plutt que mauvais peut parfois n'en pas tenir compte,
mais plus tard, devenu homme, il se souviendra avec attendrissement des
soins dont vous entouriez son enfance, des sages conseils que vous
prodiguiez  sa jeunesse et qui seront dans la vie son guide le plus
sr.

Cette mission, la plus noble que nous puissions tre appeles  remplir,
demande de notre part les plus srieuses rflexions, nous ne saurions y
apporter trop de zle et de sagesse.--Une grande dame romaine se
trouvant au milieu de femmes futiles occupes  se faire voir leurs
bijoux, fut sollicite de montrer aussi les siens. Elle se fit amener
ses trois enfants qu'elle avait levs avec le plus grand soin pour
l'honneur de la patrie et leur dit: Voici mes bijoux, ma plus belle
parure. Imitons l'exemple de cette noble femme, apprenons  nos enfants
 aimer notre France humilie et amoindrie, et  vouloir contribuer 
son relvement, afin que, quand sonnera l'heure de la justice, elle
trouve des dfenseurs prts  la venger. Parlons-leur souvent de son
histoire, de sa gloire passe, de ses malheurs, et inspirons  ces
jeunes coeurs un patriotisme ardent et clair jusqu'au jour o tous les
peuples seront frres par la libert.




DES QUALITS QU'IL FAUT ACQURIR


Pour remplir convenablement les devoirs que la famille nous impose,
ainsi que nos autres obligations sociales, il est indispensable que nous
possdions les qualits morales qui font le charme de la jeune fille, de
la femme, et l'agrment du foyer domestique. Et parmi ces qualits nous
citerons plus particulirement l'amabilit, la bienveillance et
l'galit d'humeur. Nous ne reviendrons pas sur la question de
l'affection et du dvouement que nous devons  ceux qui nous entourent,
mais nous dirons que ces sentiments eux-mmes paratraient imparfaits
s'ils taient pratiqus avec des manires brusques et un air grincheux.
Mais, nous direz-vous, ce sont l des qualits natives que l'on ne
saurait acqurir. C'est une erreur; une femme d'esprit l'a dit avec
beaucoup de raison: l'on apprend tout, mme  tre bon[2]. Non pas que
d'un temprament froid et dissimul l'on puisse faire une nature franche
et gnreuse, nous ne le pensons pas; mais que de fois nos dfauts
sont-ils plus apparents que rels et ne paraissons-nous mauvaises que
parce que nous sommes irrflchies. De mme que par le travail nous
pouvons nous procurer le bien-tre matriel, nous pouvons galement, par
la rflexion, qui est un travail intellectuel, acqurir les qualits
qui, au premier abord, paraissent nous manquer compltement.

[Note 2: Marie Vallire (_Les Heures Grises_).]

Habituons-nous donc  pondrer notre caractre,  surveiller notre
humeur; ne faisons rien par emportement ni par caprice. N'agissons pas
et ne disons rien avant d'avoir mrement pes les consquences de nos
actes et de nos paroles. Croyez-vous que telle jeune femme se laisserait
si facilement aller  la mdisance, si elle rflchissait 
l'inconsquence de sa conduite? Nos pres, dans leur langage imag,
disaient qu'il faut se mordre la langue sept fois avant de parler, pour
indiquer que nous ne saurions trop rflchir avant d'incriminer les
actions de notre prochain; aussi l'obligation de veiller sur notre
langue est-elle la premire que nous devons nous imposer. Toutes les
fois que nous entendons une femme faire sur quelqu'un des observations
dfavorables, nous sommes invariablement porte  supposer qu'elle a
beaucoup de choses  se reprocher, et qu'elle imite ainsi ce charbonnier
qui, pour se nettoyer, se frotte contre le mur; il ne russit pas  se
blanchir, mais seulement  salir le mur. De mme la personne qui n'a
pour les autres que blme et condamnation se fera svrement juger; elle
ne rencontrera aucune sympathie, mme dans les circonstances les plus
pnibles. Que de fois n'avez-vous pas entendu dire: C'est vrai, c'est un
grand malheur qui lui arrive, mais, aprs tout, c'est bien fait pour
elle, elle tait trop mdisante! elle avait une langue de vipre!

Soyons donc, en toutes circonstances, bienveillantes et bonnes; si
quelqu'un devant nous cause inconsidrment, laissons parler et
cherchons, s'il se peut, des excuses  ceux que l'on critique.
Pratiquons envers les autres la tolrance et l'indulgence dont
nous-mme, peut-tre, aurons besoin plus tard. Disons-nous que si telle
personne agit mal, nous ignorons dans quelle situation elle s'est
trouve, quelles difficults elle a rencontres, et ce qu' sa place
nous eussions fait nous-mme. Une femme d'esprit ne trouvera donc aucune
raison pour mdire, et toutes sortes de raisons pour l'viter.

Si nous ne sommes pas doue d'un caractre gal et facile, ce sera un
grand dsagrment pour nous-mme et pour notre entourage, mais il ne
faut pas pour cela dsesprer. En nous observant sans cesse, en nous y
appliquant, nous arriverons facilement  nous corriger de ce dfaut, ne
serait-ce que par amour-propre, pour ne pas donner aux autres le
spectacle d'une girouette tournant  tout vent, ne sachant ni ce qu'elle
veut, ni ce qu'elle a. Rien ne saurait excuser un changement non motiv
dans notre humeur, pas mme l'tat de notre sant. Notez qu'il est
maintenant de trs-mauvais ton d'avoir ses nerfs, c'est ridicule et
compltement dmod.

La bonne humeur nous sera d'un grand secours dans les circonstances
difficiles de la vie, et nous donnera une grande force d'me pour en
supporter les preuves. Jeunes filles qui voulez tre jolies et qui vous
dsolez parfois de ne pouvoir vous procurer une vaine parure, il en est
une que la nature vous offre, c'est le franc et gai sourire qui est, dit
le pote, comme l'panouissement d'une fleur. Prenez garde de vous
laisser aller  faire la _moue_, votre physique n'y gagnerait rien. Nous
connaissons des personnes tellement rageuses, toujours mcontentes des
autres et d'elles-mmes, que lorsqu'un sourire vient par hasard s'garer
sur leur physionomie, il fait l'effet d'une grimace. Est-il rien de plus
dplaisant qu'une femme acaritre, revche, capricieuse, et quel vilain
type que celui de pie-griche!

L'on nous reproche souvent, et non sans raison, d'attacher trop
d'importance  notre toilette, et de trop sacrifier pour la parure.
Aussi sommes-nous intrieurement bien flattes quand, passant auprs de
quelqu'un, nous entendons murmurer discrtement: Voyez cette jeune
personne, est-elle charmante? Ce mot rsume l'une des aspirations les
plus naturelles de la femme: tre charmante, que ne ferions-nous pas
pour cela, et quel plaisir de l'entendre dire. Mais tes-vous bien
certaine que ce compliment s'adresse seulement  votre toilette? Ce
serait vraiment trop de modestie de votre part. L'on vous trouve
charmante pour votre tenue soigne et dcente, pour votre air souriant,
pour l'ensemble de votre personne dont se dgagent l'amabilit, la
gaiet, plaisants attributs de la jeunesse. Essayez de vous montrer avec
une figure maussade et en parlant durement aux personnes de votre
socit, vous verrez si vous obtiendrez le mme succs. Ainsi donc, si
nous n'tions aimable par nature, par devoir ou par raison, il faudrait
l'tre par cette coquetterie inne chez la femme, par cette assurance
que l'amabilit donne plus de grce et de charme  notre visage que la
plus jolie toilette n'en saurait donner  notre corps. Cette qualit
rehausse la moindre de nos actions et donne du prix au plus lger
service. Elle est indispensable au mme titre que la politesse, qui sans
elle paratrait ou froide ou banale. Il faut la pratiquer  tout ge,
dans toutes les positions de fortune, dans toutes les circonstances de
la vie. Elle dispose en notre faveur, aide  aplanir bien des
difficults et sert  nous faire aimer, mme si nous ne sommes pas
jolies et si nous avons cess d'tre jeunes, car elle nous donne
l'apparence de la bont, et il n'y a que la bont qui puisse faire aimer
une vieille femme.

Si  ces qualits nous joignons quelques avantages intellectuels, notre
socit sera ainsi la plus plaisante et la plus agrable que l'on puisse
souhaiter. Notre mari et les autres membres de notre famille n'auront
plus pour nous dlaisser cette excuse, que nous ne savons rien, que nous
sommes incapable de raisonner des questions  l'ordre du jour, qu'en un
mot nous ne sommes pas dans le mouvement, et que pour causer et se
distraire il faut aller au caf. Pour tre une femme distingue, il ne
suffit pas d'avoir bonne tournure; si nous ambitionnons ce titre, il
faut nous appliquer, dans la mesure du possible,  augmenter nos
connaissances,  lever notre niveau intellectuel, de sorte que si
quelqu'un des ntres cause devant nous des grandes questions conomiques
et sociales qui intressent tout le monde, il n'ait pas l'air de parler
grec. Nous en retirerons des avantages de toutes sortes, d'abord en nous
trouvant plus facilement en conformit de vues avec notre mari, ensuite
en devenant capable de comprendre et d'apprcier les volutions et les
progrs qui s'accomplissent autour de nous. Il n'est pas ncessaire pour
cela d'tre savante; l'instruction la plus lmentaire, celle qu'a
consacre l'obtention de notre certificat d'tudes, y suffit largement,
surtout si nous savons l'tendre par la rflexion et d'utiles lectures.
Cela ne saurait nuire  l'accomplissement de nos devoirs familiaux; car,
de mme que l'on peut tre une femme charmante sans connatre la chimie
et une bonne mre sans rien comprendre aux volutions des astres, l'on
peut tre galement bonne fille, bonne pouse, bonne mre en s'occupant
des choses de l'esprit, et on le sera mme d'autant plus que
l'intelligence sera mieux cultive. Car nous devons toujours garder le
sentiment de notre dignit; si la nature et plus encore la ncessit
font de nous la servante de l'homme, nous ne saurions lui permettre de
nous considrer absolument comme une machine  faire la soupe et 
raccommoder les chaussettes.

Si donc nos occupations nous laissent quelques instants de loisir, c'est
sans contredit  la lecture que nous les emploierons le plus utilement.
Gardons-nous de cette littrature frivole, de ces romans plus ou moins
stupides qui fausseraient notre esprit, troubleraient notre coeur sans
aucun profit pour notre intelligence. Donnons la prfrence aux ouvrages
srieux, oeuvres d'auteurs de talent, il n'en manque pas, dont les
observations, quelle qu'en soit la nature, serviront de complment 
notre instruction, ou aux organes de la presse modre, qui refltent le
mieux l'opinion du pays et qui nous tiendront au courant de ce qui se
fait autour de nous. Tirons aussi de l'oubli o souvent nous les
laissons nos livres d'ducation, ce serait une erreur de croire qu'ils
ne peuvent tre ncessaires qu' notre premire jeunesse; nous serons
tout tonnes, en les relisant, du profit que nous en pouvons tirer
encore, et des sages conseils, des utiles remarques qui, autrefois,
avaient chapp  notre inexprience. Ayons sans cesse devant les yeux
le but  atteindre, qui consiste  nous lever en capacits, en
intelligence et en vertu pour tre  la hauteur de la mission que nous
sommes appeles  remplir. La femme moderne ne doit tre ni frivole, ni
vulgaire; il lui faut savoir se tenir  gale distance de ces deux
choses qui la rendraient indigne, et mettre son orgueil  se rendre
utile  elle-mme,  sa famille et  la socit.




RAPPORTS AVEC LES VOISINS


L'on a crit sur le savoir-vivre, la politesse, la faon de se conduire
dans le monde et avec le monde, des ouvrages d'une incontestable
utilit, pleins de bon sens et de raison. Ces ouvrages et les rgles qui
y sont exposes s'adressent gnralement  la classe riche ou aise de
la socit; il n'en existe pas,  notre connaissance, qui puisse servir
de guide dans la plupart des cas aux personnes de la classe ouvrire.
Nous n'avons pas l'intention de faire double emploi avec ces crits,
cela nous entranerait hors de notre sujet; nous ne pouvons que vous
engager  les lire; vous y trouverez de prcieuses indications. Mais il
est une lacune que nous voudrions combler en vous disant quelques mots
des usages que vous ferez bien d'observer dans vos rapports avec le
voisinage.

Tout le monde ne peut avoir une habitation particulire; vous serez
probablement oblige, pour des motifs d'conomie, de vous loger dans une
maison habite par plusieurs locataires, de l une promiscuit souvent
dsagrable et gnante; il faudra vous armer de patience et vous
apprter  supporter philosophiquement les ennuis qui en rsultent. Dans
la plupart de ces maisons, o la place est mesure avec parcimonie et o
l'on ne peut se mouvoir sans incommoder quelqu'un, il faudra vous
resserrer le plus possible et viter en toute occasion de gner les
autres. Quel que soit le tapage qui dchire vos oreilles ou la
malpropret qui offusque vos yeux, il faudra vous rsigner et ne jamais
trouver  redire  quoi que ce soit, pour viter des contrarits sans
cesse renaissantes. Si les dsagrments dont vous souffrez taient
vraiment trop graves, il vaudrait mieux chercher un appartement ailleurs
que de vous exposer  vous faire des ennemis de vos voisins; ce qui
serait pour vous un supplice intolrable. Il faut d'ailleurs savoir se
supporter mutuellement et ne pas faire aux autres ce que nous ne
voudrions pas qu'ils nous fissent  nous-mmes. Certaine socit
mutuelle, qui s'occupe de l'amlioration du logement de l'ouvrier, vous
procurera une habitation saine et  bon march; ce qui vous permettra
d'viter en partie ces inconvnients.

Le meilleur moyen pour rester en bons termes avec vos voisins est
d'observer envers eux la plus grande rserve en mme temps que la plus
exquise politesse. Ne passez jamais auprs d'eux sans les saluer,
adressez-leur  l'occasion quelque parole aimable, rendez-leur service
toutes les fois que vous le pouvez, mais vitez avec soin les
frquentations et les commrages; ils sont dangereux  tous les points
de vue et amnent avec eux des montagnes de dsagrments. Si quelqu'un
d'entre eux parat vouloir entrer dans cette voie, vous trouverez
toujours quelque prtexte poli pour vous en dbarrasser, vos occupations
de mnagre conome et srieuse ne vous permettent d'ailleurs pas de
perdre votre temps. Si c'est une voisine qui vous gne par sa prsence,
vous aurez quelque course  faire au moment opportun, et si c'est une
conversation  laquelle on vous a convie qui menace de se prolonger
outre mesure, vous trouverez toujours une excuse plausible, un travail
pressant  faire ou votre graisse qui risque de brler, pour vous y
soustraire. Il est toujours gnant d'avoir auprs de soi des trangers
qui commentent vos actions; votre mari, qui aime  tre libre chez lui,
s'en montrerait peu satisfait, d'autant plus que ce ne sont pas toujours
de sages conseils ni de bons exemples que vous pouvez en retirer.

Il va sans dire qu'une personne bien leve ne se permettra jamais la
moindre ingrance dans les affaires personnelles de ses voisins, ni la
plus petite observation ayant trait  leur vie prive. Vous devez
feindre d'ignorer ce qui se passe chez les autres, et si vous les blmez
intrieurement, n'en rien laisser paratre. Gardez-vous de vous laisser
aller  l'envie et  la jalousie, c'est l gnralement la cause de la
malveillance avec laquelle les femmes se jugent entre elles. Si vous
tes afflige de ces mauvais sentiments, il faut les dissimuler avec
soin et veiller particulirement  ne jamais manquer de politesse envers
la personne qui en est l'objet, car alors vous feriez preuve de sottise,
de grossiret et d'un manque absolu d'ducation. Nous avons t tmoin
dernirement  ce sujet d'un petit fait qui nous donna une triste
opinion du caractre de celle qui en fut l'auteur.

Nous allions rendre visite  une de nos amies, jeune femme lgante et
distingue, habitant avec sa famille un quartier des plus paisibles de
notre ville, lorsqu'arrive  une petite ruelle trs proche de sa
maison, nous apermes assez loin devant nous sa mre revenant de la
boulangerie. Nous vmes galement une jeune femme que nous avions dj
rencontre  cet endroit et qu' sa tenue nous avions prise pour la
servante d'une ferme voisine. Elle regarda venir la mre de notre amie,
et au moment o elle passait, au lieu de la saluer poliment ou tout au
moins de ne rien laisser paratre, elle rentra en fermant violemment la
porte, sans que cette vieille dame l'et en rien provoque. Et comme
nous en faisions l'observation  notre amie; celle-ci nous dit: C'est
toujours ainsi; croirais-tu, que cette femme, que nous ne connaissons
pas, nous tmoigne en toute occasion de la malveillance. Lorsque je
passe devant sa porte elle sort de chez elle pour me regarder et elle
reoit impoliment les personnes qui par mgarde s'adressent  elle et
demandent notre adresse; que serait-ce donc si nous devions vivre
ensemble dans la mme maison! Mais, rpondmes-nous, frue de notre ide
que ce devait tre quelque domestique, ses matres devraient la tancer
svrement pour son inconvenance.--Ses matres! mais c'est elle qui est
la matresse, c'est mme,  ce qu'il parat, la fille d'un instituteur.
Elle ne nous aime pas, je n'en connais pas la raison. Va, j'en suis bien
dsole, j'en perds l'apptit et srement j'en mourrai, s'cria notre
amie, enfant terrible, avec une mimique  faire clater de rire un
moellon. Nous ne pmes nous empcher de faire cette rflexion que cette
personne avait fort peu profit des leons de biensance que bien
certainement son pre avait d lui donner. vitons donc de nous rendre
ridicules par de pareilles sottises; soyons aimables autant que possible
et polies toujours, mme envers les voisins que nous n'aimons pas, c'est
l un des moyens de nous faire respecter.




DUCATION PRATIQUE




CONSIDRATIONS MORALES SUR LES VERTUS PRATIQUES DE LA FEMME


Nous avons dit quelques mots des qualits morales indispensables 
toutes les femmes dans toutes les classes de la socit, permettez-nous
maintenant d'aborder le chapitre non moins urgent des vertus pratiques
ncessaires  toutes et indispensables aux jeunes filles, aux jeunes
femmes dans une situation peu fortune. Pardonnez-nous si ce sujet, que
nous voudrions traiter pour votre profit, nous entrane  certaines
considrations tout intimes que vous serez tentes de qualifier de
petits dtails. Nous sommes persuade qu'en ce qui concerne notre mnage
il n'y a pas de dtails inutiles, et qu'il en est en tout cas de trs
utiles  rappeler, puisque la plupart des personnes les oublient si
facilement.

Si nous sommes spirituelles, aimables, d'gale humeur, nous serons
certainement charmantes, mais cela ne saurait suffire. Ventre affam n'a
pas d'oreilles, dit-on. Notre pre, notre mari, si sensibles  nos
prvenances,  nos caresses, ne le seront pas moins  un bon dner, 
leur habitation bien tenue. Ils apprcieront mme d'autant mieux les
agrments de notre esprit et de notre caractre que nous saurons les
faire jouir d'un plus grand bien-tre, d'une aisance relative.

Le travail, l'ordre et l'conomie sont les vertus indispensables  toute
femme soucieuse de son bonheur et de celui des siens. Bien souvent, les
gains du chef de la famille sont insuffisants pour subvenir a tous les
besoins; notre devoir est alors vident: il nous faut travailler pour
gagner quelque argent et augmenter nos ressources. Nous vous ferons
remarquer qu'il est prfrable de travailler, mme durement, que de
s'exposer  subir des privations dont les consquences seraient
d'altrer notre sant et d'assombrir notre humeur, car on ne peut tre
ni bien portant, ni gai, quand on manque du ncessaire. Lors mme que
les ressources dont nous disposons pourraient suffire  notre existence,
il faudrait travailler encore pour raliser quelques conomies, ne
serait-ce que pour donner satisfaction au brave travailleur qui ne nous
marchande ni ses sueurs, ni ses peines. L'homme qui gagne convenablement
sa vie n'aime pas  penser qu' la moindre adversit il peut tomber dans
la misre. S'il peut dire: je gagne tant par jour et il n'en reste rien,
ce n'est pas encourageant pour lui; n'est-il pas  craindre qu'il se
croie autoris  dtourner une partie de son salaire,  se relcher de
ses habitudes d'conomie, en arguant, pour ne pas se gner, que nous ne
nous gnons pas nous-mme? Ce raisonnement serait peut-tre excusable de
sa part, si nous y donnions lieu par quelque ngligence dans
l'accomplissement de nos devoirs.

Nous devons donc travailler dans la mesure du possible,  moins que,
surcharges de famille, le soin de nos enfants et de notre mnage ne
nous en laisse pas le temps. Toutefois, nous estimons qu'une femme ayant
moins de trois enfants, doit pouvoir gagner quelque argent. Il ne manque
pas, dans notre grande ville, de mtiers faciles  exercer, mme si nous
n'avons pas de profession, ou si celle-ci, trop minutieuse, ne peut se
concilier avec nos obligations de mre de famille. Ne vous laissez pas
dcourager par la modicit de votre salaire, ne dites pas:  quoi bon se
donner tant de peine pour gagner si peu? Votre gain ne serait-il que de
cinquante centimes par jour en moyenne, cela fait quinze francs par
mois, de quoi payer une petite location, et n'est-ce pas l ce qui,
gnralement, embarrasse le plus les petits mnages? L'on se nourrit
toujours, l'on s'habille comme on peut, mais lorsqu'il faut  jour fixe
trouver l'argent du loyer, que de gne et de contrarit, et quelle
vilaine figure on trouve  son propritaire quand on n'a pu conomiser
de quoi le payer. Si donc vous pouvez par votre travail subvenir  cette
obligation ou  toute autre, vous auriez grand tort de vous en
dispenser.

Le travail acquiert et l'conomie conserve: ces deux qualits nous sont
donc indispensables si nous voulons amliorer notre situation. Nous
ajouterons qu'elles sont inhrentes l'une  l'autre, surtout chez la
femme, moins expose que l'homme aux entranements du dehors. La femme
qui travaille et qui sait combien de peines reprsente une pice de
monnaie, y regardera  plusieurs fois avant de la dpenser inutilement.
De mme si, par extraordinaire, une femme pouvait tre conome sans tre
travailleuse, elle le deviendrait en raison du profit qu'elle en peut
retirer.

La vritable conomie ne consiste pas, comme certaines personnes
paraissent le croire,  nous refuser les choses ncessaires  la vie;
c'est l une erreur qui constitue ce que l'on est convenu d'appeler une
conomie coteuse. Il faut au contraire chercher  nous procurer tout le
bien-tre compatible avec nos ressources,  condition toutefois de ne
les pas absorber compltement, et d'pargner toujours quelque chose pour
la vieillesse et les moments difficiles. Le bien-tre est un besoin inn
chez l'homme, et plus ou moins dvelopp selon son degr d'intelligence
et d'ducation. Il exerce une influence considrable sur notre sant,
notre caractre, nos moeurs et les conditions gnrales de notre
existence. Nous ne pouvons nous le procurer, si nous sommes pauvres,
qu' des conditions dtermines. La premire est de savoir en rgler
galement toutes les parties, car il ne consiste pas seulement  bien
manger,  se bien vtir,  se loger confortablement, mais en toutes ces
choses runies dans la mesure du possible. Si vous dpenser trop pour
l'une d'entre elles, vous serez forcment oblige de vous restreindre
sur les autres, et vous n'aurez pas un bien-tre complet. C'est en cela
que consiste l'art de la vraie mnagre; il lui faut, pour raliser cet
idal, une certaine intelligence et une assez longue pratique du mnage.
Cette exprience pouvant faire dfaut  la plupart des jeunes personnes,
c'est pour y suppler et en vue de faciliter votre tche que nous vous
donnerons plus loin quelques conseils appuys de quelques chiffres.

tablissez donc votre budget de manire  avoir de tout un peu, si vous
ne pouvez davantage, sans oublier de porter une certaine somme  la
rserve. Ne dites pas: j'pargnerai s'il m'en reste; mais, au contraire,
je ne dpenserai que ce qui me restera aprs avoir prlev sur mon
salaire de chaque mois ou de chaque semaine quelque chose pour l'avenir.

Cette question de l'avenir est celle qui sans cesse doit nous
proccuper. Nous ne serons malheureusement pas toujours jeunes et
valides, la vieillesse arrivera, amenant avec elle son cortge
d'infirmits. Peut-tre mme, jeunes encore, serons-nous accabls par la
maladie, par des adversits de toutes sortes; peut-tre aurons-nous 
souffrir du chmage ou d'une diminution de notre salaire. Ce sont l
toutes choses qu'il convient de prvoir, car, il faut bien l'avouer,
l'imprvoyance de l'ouvrier est souvent la cause de ses maux. Combien
parmi eux qui, aprs avoir eu pendant longtemps des gains relativement
levs, se sont trouvs, dans leur vieillesse ou au moindre revers,
prcipits dans la plus profonde misre. Epargnons donc pendant que nous
le pouvons; si nous sommes dans une situation relativement aise,
profitons-en pour raliser des conomies plus apprciables, et si nous
nous trouvons dans une condition difficile, songeons qu'elle peut le
devenir encore davantage. Epargnons toujours si peu que ce soit.

La sage conomie dont vous ferez preuve sera d'un bon exemple pour votre
mari, qui osera moins se permettre des dpenses inutiles. Encourag
d'ailleurs par les bons rsultats de votre prvoyance, il aura  coeur de
contribuer  votre oeuvre, sa conduite sera meilleure, la paix de votre
mnage plus assure. Ainsi, l'conomie, l'ordre et le travail vous
procurent  tous les points de vue d'incontestables avantages.




LA JOURNE D'UNE MNAGRE.--TENUE DE LA MAISON ET TENUE PERSONNELLE


Il ne suffit pas, dit un vieux proverbe, de se lever matin, il faut
arriver  l'heure. Nous ne vous conseillerons donc pas de suivre
l'exemple de certaines personnes qui, debout ds l'aube et se couchant
tard, ne produisent nanmoins qu'une somme de travail tout--fait
insuffisante. Ce rgime ne tarderait pas  altrer votre sant; vous
avez tout intrt  vous occuper srieusement pendant la journe et  ne
pas la prolonger outre mesure. Il sera gnralement suffisant que vous
vous leviez  cinq heures en t,  six heures en hiver, et quant 
continuer fort tard votre travail, nous ne saurions vous y engager.
Votre vue s'affaiblirait bientt et les dpenses de lumire et de
chauffage en hiver qu'occasionneraient vos veilles absorberaient la plus
grande partie de votre supplment de gain, vous auriez ainsi travaill
sans profit; le mieux est de ne pas prolonger votre journe au del de
neuf heures du soir. Vous ne pouvez du reste pas faire davantage, la
force humaine a une limite qu'il ne faut pas dpasser; nous risquerions,
en voulant l'excder, de compromettre notre sant, de contracter quelque
maladie qui coterait fort cher  soigner et nous empcherait de gagner
notre vie. Le soin de notre sant est sans contredit la meilleure
conomie que nous puissions faire; il faut chercher  le concilier avec
nos autres obligations. Il existe une hygine spciale pour tous les
actes de la vie, il faut s'y conformer rigoureusement, c'est le moyen de
conserver ce grand bien, la sant, qui tient lieu de beaucoup d'autres,
et sans lequel les autres ne sont rien. Vous agirez donc sagement en
occupant consciencieusement votre temps, en ne perdant pas une minute
pendant la journe et en prenant d'autre part le repos ncessaire pour
rcuprer vos forces. De cette faon, vous travaillerez mieux et plus
vite.

Votre premire occupation, aprs que vous serez lave et peigne et que
vous aurez pris votre premier repas du matin, sera de vaquer aux soins
de votre mnage. Vous remettrez d'abord en ordre votre literie, qu'en
vous levant vous aurez pris soin d'exposer  l'air, puis vous brosserez
votre parquet, secouerez vos tapis et essuierez vos meubles. Il sera bon
qu'aprs chaque repas vous laviez votre vaisselle, afin d'viter
l'encombrement et de l'avoir toujours propre  votre disposition. Si
votre mnage est entretenu avec soin, il ne vous demandera chaque jour
que peu de temps. Il suffira qu'une fois par semaine, c'est gnralement
le samedi que les mnagres choisissent pour cela, vous fassiez le grand
nettoyage, c'est--dire laver vos carreaux et vos glaces, rcurer vos
cuivres et votre ferblanterie, remettre en cire vos parquets, si telle
est votre habitude. Nous vous engageons  cirer votre plancher plutt
qu' le laver, ce dernier moyen ayant l'inconvnient de donner de
l'humidit et d'clabousser les meubles. L'humidit est ennemie de la
propret autant que de la sant; dans une maison humide, rien ne reste
en bon tat, pas mme notre corps, puisque nous y pouvons contracter
des douleurs et des rhumatismes. C'est pourquoi il faut prendre soin
d'arer le plus possible votre appartement; ne craignez pas, lorsque le
temps le permet, de laisser vos fentres ouvertes, au risque de voir
pntrer chez vous la poussire, ce qui est dsagrable, nous en
convenons, mais de deux inconvnients il faut choisir le moindre. Il
serait superflu de vous dire que les recoins de votre appartement
doivent tre aussi propres que l'endroit le plus visible, et ne doivent
en aucune faon servir de rceptacle  toutes sortes d'objets dont la
place est ailleurs.

Une fois votre mnage remis en ordre, il vous restera gnralement un
peu de temps en attendant l'heure de prparer votre djeuner. Vous
l'emploierez soit a laver,  confectionner ou raccommoder le linge et
les vtements de la famille, soit a exercer votre profession. Ne manquez
jamais d'changer contre des vtements plus convenables ceux qui, sans
tre malpropres, vous servent depuis votre lever pour procder  votre
nettoyage. Il est indispensable que vous soyez en tenue propre et
soigne pour l'heure  laquelle doivent revenir vos parents ou votre
mari, ainsi que pour le cas o vous auriez  sortir pour acheter
quelques provisions. Une jeune fille, une femme qui se respecte, ne se
montrera jamais, ne serait-ce que sur le seuil de sa porte, sans tre
coiffe et vtue proprement. Il n'est pas ncessaire d'tre lgante,
mais si modeste, si pauvre mme que soit votre mise, elle peut, elle
doit tre toujours d'une rigoureuse propret.

Lorsque vous aurez termin votre djeuner et remis en place votre
vaisselle, il vous restera tout le temps de l'aprs-midi pendant lequel
vous pourrez vous occuper srieusement. Ne perdez pas une minute de ce
temps si prcieux et malheureusement si court, songez que l'heure de
prparer le repas du soir arrivera vite. S'il vous est possible de
travailler pour le monde, calculez ce que vous pouvez gagner en ces
quelques heures, et combien cette somme, chaque jour rpte, peut vous
tre utile dans votre maison. Si vous avez beaucoup d'enfants et que
vous perdiez votre temps, songez que ceux-ci seront les premiers  en
souffrir; votre ouvrage ne se fera pas, vous serez dborde; le linge,
les vtements ne seront pas entretenus convenablement; il faudra les
renouveler plus souvent et se priver pour cela d'autres choses non moins
indispensables. Ne manquez pas de prparer le repas pour l'heure 
laquelle doivent rentrer ceux des vtres que leurs occupations appellent
au dehors. Ceux-ci, qui, souvent, reviennent harasses de fatigue, seront
heureux de se rconforter par une bonne nourriture, de se reposer auprs
de vous, aimante et douce, dans leur habitation saine et bien tenue. Ils
vous sauront gr des efforts que vous ferez pour leur procurer ce
bien-tre qui leur donnera du courage et de la force pour recommencer le
lendemain leur pnible labeur.

Aussitt votre repas du soir termin, vous rangerez votre vaisselle,
balaierez votre maison et veillerez soigneusement  ce qu'aucune
manation, soit de cuisine, soit de chauffage, ne s'y concentre; il
faudra pour cela laisser vos fentres ouvertes pendant un certain temps
avant de vous coucher.

Lorsque vous aurez ainsi, pendant toute la semaine, rempli vos
obligations de bonne mnagre, vous aurez mrit de prendre le dimanche
quelque distraction. Choisissez de prfrence une promenade au grand
air, il n'est rien de plus hyginique, mais gardez-vous bien de
dpenser ce jour-l ce que vous avez eu tant de peine  gagner pendant
la semaine. C'est pourquoi nous vous faisons observer qu'il est
prfrable de sortir le dimanche, qui est le jour consacr au repos du
plus grand nombre, et pendant lequel vous trouverez des distractions peu
coteuses.




CONOMIE DOMESTIQUE--LA NOURRITURE L'HABILLEMENT


Trois jeunes sens, excellents camarades pourtant, se querellaient entre
eux. Moi, disait l'an, je vous surpasserai tous, je serai mdecin, je
deviendrai clbre et riche.--Moi aussi, dit le plus jeune, je serai
mdecin, mais comme j'aurai plus de talent que toi, je te prendrai ta
clientle, il ne te restera d'autre ressource que d'essayer de te faire
lire dput.--Vous vous trompez, mes bons amis, dit le troisime, vous
ne ferez rien ni l'un ni l'autre, car moi, je serai cuisinier--Fi donc,
monsieur le gte-sauce, s'crirent en choeur les deux premiers!--Oui,
reprit-il, je serai cuisinier, et puisque vous comptez sur les malades
pour faire votre position, j'empcherai qu'il y en ait. La plupart des
mdicaments, presque toujours rpugnants, que vous rvez, d'imposer 
vos clients, je les donnerai aux gens bien portants sous la forme d'une
nourriture confortable et saine.  vos reconstituants, a vos dpuratifs,
j'opposerai d'excellent bouillon, d'apptissants rosbifs, des plantes
alimentaires sagement employes, je leur conserverai ainsi la sant, ils
n'auront pas besoin de vos soins et il ne vous restera plus  soigner
que les maux de dents et les jambes casses.

Ce jeune homme avait videmment raison, une bonne nourriture dispense
souvent d'aller chez le mdecin, car elle prvient un grand nombre de
maladies, et mme dans bien des cas, la nourriture dirige par une
personne intelligente, ayant quelques notions d'hygine, peut constituer
 elle seule tout un traitement. Cette question des connaissances
hyginiques se rattachant  l'alimentation a,  notre avis, une
importance trs grande, tant au point de vue sanitaire qu' celui de
l'conomie domestique. Par exemple une jeune femme ayant ces
connaissances ne couchera pas ses enfants aprs leur avoir donn pour
dner de la ptisserie ou une tartine de beurre. Elle usera d'autre part
de toute son influence pour proscrire de sa maison l'usage des boissons
alcooliques qui produisent de si funestes rsultats. Elle fera une part
gale aux mets reconstituants, tels que potages gras, viandes
saignantes, et aux plantes dpuratives et rafrachissantes, de manire 
prvenir  la fois l'anmie et l'chauffement.

La nourriture, qui constitue la plus forte dpense du mnage, demande 
tre rgle d'une faon particulirement srieuse; la plupart des jeunes
personnes ne nous paraissent pas y attacher toute l'importance qu'elle
comporte. Mais, nous direz-vous, tout le monde ne peut avoir une bonne
nourriture, pour la raison bien simple que l'on ne peut pas toujours y
mettre le prix. Nous vous ferons remarquer que l'alimentation, pour tre
saine et confortable, n'a pas besoin d'tre compose de mets recherchs;
c'est au contraire la nourriture la plus simple, la plus naturelle, qui
est la meilleure. N'avez-vous pas souvent entendu dire  bien des gens
qu'ils prfrent une fricasse de pommes de terre bien faite  un plat
de viande mal russi, c'est--dire que la nourriture tire son principal
agrment du talent de la cuisinire et de la rgularit avec laquelle
elle est dirige? Il serait en effet trs mauvais  tous les points de
vue que vous fissiez excs de table pendant que votre bourse est bien
garnie, au risque de vous imposer de dures privations en attendant
d'autres ressources.

C'est donc  savoir parfaitement faire la cuisine que toute bonne
mnagre devra s'ingnier. Elle ralisera ainsi d'importantes conomies,
car il est prouv qu'une bonne cuisinire fait mieux  peu de frais
qu'une autre avec une forte dpense. Ce talent n'est pas fort difficile
 acqurir, il suffit d'y apporter quelque attention; si vous n'avez pas
russi quelque mets ou si l'assaisonnement vous en a paru trop coteux,
faites une autre fois d'une manire diffrente et toujours ainsi jusqu'
entire satisfaction. Nous n'avons pas l'intention d'empiter ici sur
les attributions des livres de cuisine, nous nous permettrons nanmoins
de vous donner quelques conseils concernant l'conomie de la nourriture,
conseils que ces publications ne sauraient relater.

Nous l'avons dit, l'ouvrier n'est assur du ncessaire qu'autant qu'il
sait se refuser le superflu; cette rgle, que vous devrez observer en
toute circonstance, il faudra l'appliquer galement  la nourriture.
Bannissez de votre alimentation toutes les choses dont vous pouvez vous
passer sans altrer votre sant; le superflu est d'ailleurs aussi
nuisible en toutes choses que l'insuffisance.

Vous ferez bien de rserver pour votre dner le meilleur morceau dont
vous pourrez disposer, c'est ce repas dont l'influence, bonne ou
mauvaise, se fait le mieux sentir. Pour le repas de midi, une fricasse
de pommes de terre ou de lgumes quelconques, avec ou sans viande, et
autant que possible une salade, constitueront un djeuner suffisant.
Nous vous engageons  choisir de prfrence, pour votre salade, le
pissenlit, le cresson et la laitue, en raison de leurs proprits
particulires. Les lgumes verts ou secs, selon la saison, vous
permettront de servir un plat abondant et peu coteux; vous donnerez
toujours la prfrence  la pomme dterre; il n'est pas de lgume qui
puisse vous fournir un aliment plus sain, plus conomique et d'autant
plus agrable qu'on peut l'assaisonner de tant de manires diffrentes.
Les oeufs et le poisson, au moment o ils sont  bon march, vous
serviront  varier le menu de votre semaine.

Votre dner se composera soit d'un potage gras avec la pice de boeuf,
soit d'un potage maigre avec un plat de viande. Le potage gras se fait
avec du boeuf de premire qualit et de premire fracheur; nous
insistons sur ce dernier point d'autant plus qu'il n'en cote pas plus
cher. Si vous voulez obtenir un excellent bouillon, il est indispensable
de le laisser cuire pendant six heures au moins,  partir du moment
o-vous avez cume; vous trouverez peut-tre votre boeuf trop cuit, mais
on ne peut tout avoir. Si vous n'tes que trs peu de monde, trois
personnes par exemple, vous aurez intrt  faire du bouillon pour
plusieurs jours, il sera ainsi meilleur avec une moindre quantit de
viande. En ce cas, un kilog. de boeuf vous fournira du bouillon de bonne
qualit pour quatre jours, ce qui fait 250 grammes par jour; or, avec
cette quantit employe sparment, il est impossible d'obtenir un
bouillon suffisant. Il est toutefois indispensable, pour le conserver,
de le passer au travers d'une passoire trs fine et de le mettre dans
une soupire de porcelaine; vous le garderez ainsi pendant trois jours
en t et jusqu' six jours en hiver. Il faut bien observer de ne mettre
les lgumes qu'une heure et demie au plus avant de servir.

Il est ncessaire de varier autant que possible votre nourriture afin de
la rendre plus agrable, et dans ce but vous agirez sagement en faisant
des conserves de lgumes au moment opportun. Si vos ressources ne vous
le permettent pas, vous pourrez toujours conserver de l'oseille, un
panier de un franc vingt-cinq centimes suffit  un petit mnage pour
passer l'hiver: vous la ferez cuire  petit feu avec 500 grammes de sel.
Elle vous servira  faire d'excellent potage appritif et nourrissant,
surtout si vous y joignez une pure de pommes de terre. Vous ferez,
aussi des potages aux poireaux,  l'oignon, aux choux. La soupe au lard
ou au jambon avec des choux et autres lgumes, constitue un mets
agrable et peu coteux; si vos enfants ont l'estomac dlicat, vous
pourrez rserver votre plat pour le lendemain  midi et le remplacer par
de la viande. Si vous avez beaucoup de monde  nourrir, nous vous
engageons  faire votre potage pour le soir et le premier repas du
lendemain, il remplacera avantageusement le caf au lait trop
dbilitant et peu convenable pour certains tempraments, ainsi que le
chocolat trop coteux.

Si les ressources dont vous disposez vous permettent d'ajouter quelque
chose  votre ordinaire, le mieux sera de vous procurer un vin de
qualit convenable que vous mettrez en bouteilles; par ce moyen, il
s'amliorera avec le temps au lieu de se dtriorer. Les crus de
l'Hrault, ainsi que le petit Bordelais, le Saint-Georges, vous
fourniront un vin agrable et supportant l'eau, par consquent
conomique, au prix net de cinquante-cinq  soixante centimes le litre.
Il sera bien prfrable que vous buviez du vin  vos repas plutt que de
sacrifier une somme parfois quivalente pour des choses nuisibles telles
que l'alcool, le caf. Il va sans dire, du reste, que vous ne pouvez
risquer cette dpense qu'autant que vos gains vous le permettent.

Nous avons tabli, pour vous servir d'exemple, l'tat des dpenses de
deux mnages composs: l'un, du pre, de la mre et de deux enfants dont
l'an a trois ans, l'autre, un an et demi. L'autre, du pre, de la
mre, de leurs parents et de quatre enfants dont l'an a douze ans, le
plus jeune cinq ans, soit en tout huit personnes. Ces donnes que nous
vous proposons ne sauraient constituer une rgle absolue; mais, soit que
vous puissiez aller au-del, soit qu'il vous faille rester en-de des
chiffres qui y sont consigns, elles pourront vous indiquer d'une
manire gnrale la tenue de votre maison.

* * *

1er.--Le mari, petit employ, gagne cent francs par mois.--Sa femme,
travaillant pour la fabrique, aide d'une apprentie, gagne en moyenne un
franc cinquante centimes par jour, soit par mois, quarante-cinq francs.

Pour logement, une pice sur le devant servant de chambre  coucher, une
autre  la suite faisant office de cuisine, de salle  manger et de
travail, pour quinze francs par mois.

MENU DE LA SEMAINE (EN OCTOBRE)

SAMEDI

_Djeuner._ Pommes de terre au lard, salade.
_Dner._    Potage gras.

DIMANCHE

_Djeuner._ Le reste du boeuf, salade.
_Dner._    Potage gras, veau rti aux carottes.

LUNDI

_Djeuner._ Fricasse de haricots, pches de vigne.
_Dner._    Le reste du potage gras au vermicelle, le reste du veau.

MARDI

_Djeuner._ Omelette au lard, fromage.
_Dner._    Potage poireau, gigot brais.

MERCREDI

_Djeuner._ Choux au lard, noix et raisin.
_Dner._    Potage gras.

JEUDI

_Djeuner._ Fricasse de pommes de terre, salade.
_Dner._    Le reste du potage gras, rosbif.

VENDREDI

_Djeuner._ Harengs, salade.
_Dner._    Potage  l'oseille, foie de veau.

* * *

Voici maintenant le prix approximatif de ce menu:

SAMEDI

_Djeuner._ 1 kil. de pommes de terre
                   longues rouges,          0.15
                 Lard, oignons,             0.15
                 Salade,                    0.15
_Dner._         750 grammes boeuf,          1.35
                 Lgumes,                   0.15  1.95

DIMANCHE

_Djeuner._      Le reste du boeuf,           
                  Salade,                   0.15
_Dner._         Le potage de la veille,      
                 Veau, 1/2 kil.,            1.
                 Carottes, oignons,
                  lard, etc.,               0.40  1.55

LUNDI

_Djeuner._      1 kil. haricots,           0.25
                 Lard, etc.,                0.15
                 Pches,                    0.10
_Dner._         Le reste du potage
                   et du veau, vermicelle,  0.10  0.60

MARDI

_Djeuner._      5 oeufs,                   0.50
                 Lard,                      0.10
                 Fromage,                   0.10
_Dner._         Beurre et poireaux,        0.20
                 375 grammes gigot,         0.90  1.80

MERCREDI

_Djeuner._      Choux,                     0.25
                 Lard, etc.,                0.25
                 Dessert,                   0.15
_Dner._         1/2 kil. boeuf,            0.90
                 Lgumes,                   0.10  1.65

JEUDI

_Djeuner._      Pommes de terre
                   jaunes, 1 kil.,          0.10
                 Lard, farine, etc.,        0.15
                 Salade,                    0.15
_Dner._         Le reste du potage,          
                 375 grammes boeuf
                    1.20,                  0.90  1.30

VENDREDI

_Djeuner._      6 harengs,                 0.45
                 Salade,                    0.15
_Dner._         Beurre, oseille et
                   pure,                   0.25
                 375 grammes foie de
                   veau,                    0.90    1.75
                                                    -----
                                                    10.60

Pour 7 jours, 10 fr. 60, soit
  par jour,                     1.50

Goter de 4 heures,             0.15

Premier repas du matin,
  consistant en chocolat,       0.30
1 kil. de pain,                 0.30
                                ----
                      Par jour, 2.25


Soit par mois,                 67.50

Rserve pour socit mutuelle, 15.

Loyer,                         15.

Chauffage en moyenne,           5.

Eclairage id.                   2.50
                                ----
                    Dpenses, 105.00

                    Gains,    145.
                              ------
                  Il reste     40. fr. par
mois, soit 480 fr. par an, pour l'habillement et les menus frais. Il est
 remarquer que nous vous prsentons un devis d'une nourriture trs
confortable et de premire qualit.

Voici maintenant l'tat des dpenses d'une assez forte famille, d'une
robuste sant. Le pre, menuisier, gagne 4 fr. 50 par jour, soit pour 26
jours de travail 117 fr. par mois. Son vieux pre, ancien ouvrier de la
maison, employ  de petits ouvrages, ne gagne en moyenne que 2 fr.,
soit 60 fr. par mois. La femme, aide de sa mre, gagne en moyenne 1 fr.
25 cent, par jour, soit 37 fr. En tout, par mois, 214 fr.

La famille occupe un petit rez-de-chausse compos d'une pice sur le
devant servant aux parents de chambre a coucher. Une autre pice plus
grande, dans laquelle couchent les enfants sous la garde de leur
grand'mre, et qui sert aussi  la mre pour son travail; le grand-pre
a un lit portatif dans la cuisine. Ce logement cote 25 fr. par mois.

MENU DE LA SEMAINE

SAMEDI

_Djeuner._ Pois au lard, fromage campagne.
_Dner._    Potage gras.

DIMANCHE

_Djeuner._ Fricasse de pommes de terre, salade.
_Dner._    Potage  l'oseille, lapin rti aux pommes de terre.

LUNDI

_Djeuner._ Fricasse de haricots, salade.
_Dner._    Potage gras.

MARDI

_Djeuner._ Pommes de terre au lard, salade.
_Dner._    Potage poireaux, mouton au riz.

MERCREDI

_Djeuner._ Choux au lard, fromage campagne.
_Dner._    Potage gras.

JEUDI

_Djeuner._ Fricasse de poitrine de veau, pommes de terre, fruits.
_Dner._    Soupe au jambon et lgumes.

VENDREDI

_Djeuner._ Pommes de terre au blanc, salade.
_Dner._    Potage  l'oseille, veau rti aux carottes.

PRIX DE CE MENU

SAMEDI

_Djeuner._      Pois,                     0.40
                 Lard, etc.                0.20
                 Fromage,                  0.15
_Dner._         Boeuf, 1 kil.,            1.80
                 Choux et lgumes,         0.25  2.80

DIMANCHE

_Djeuner._      2k500 pommes de terre,    0.20
                 Lard, farine, etc.,       0.20
                 Salade,                   0.30
_Dner._         Lapin, 750 grammes,       1.50
                 Pommes de terre,
                   oignons, lard,          0.30
                 Beurre, oseille et
                   pure pour potage,      0.30  2.80

LUNDI

_Djeuner._      Haricots,                 0.50
                 Lard, etc.,               0.20
                 Salade,                   0.30
_Dner._         Boeuf, 1 kil.,            1.80
                 Lgumes,                  0.25  3.05

MARDI

_Djeuner._      Pommes de  terre
                   rouges, 2 kil. 500,     0.30
                 Lard, oignons,            0.20
                 Salade,                   0.30
_Dner._         Beurre, poireaux,         1.30
                 Mouton, 750 gram.         1.35
                 Riz, lard, farine, etc.,  0.40   2.85

MERCREDI

_Djeuner._      Choux,                    0.30
                 Lard, etc.,               0.30
                 Fromage,                  0.15
_Dner._         Boeuf, 1 kil.,            1.80
                 Lgumes,                  0.20   2.80

JEUDI

_Djeuner._      Poitrine de veau,
                   750 grammes,            1.20
                 Pommes de terre,
                   lard, oignons,          0.30
                 Pommes,                   0.10
_Dner._         Jambon ou lard maigre     0.80
                 Lgumes,                  0.30   2.70

VENDREDI

_Djeuner._      Pommes  de terre
                   jaunes, 2 kil. 500,     0.20
                 Beurre, farine, oeuf,
                   etc.,                   0.30
                 Salade,                   0.30
_Dner._         Beurre, oseille, pure,   0.30
                 Veau, 750 grammes,        1.50
                 Carottes, lard, oignons,  0.50   3.10
                                           ----
                                          20.10


Pour 7 jours, 20 fr. 10, soit
par jour                          2.85

Goter des enfants et supplment
pour les hommes au potage
du matin,                         0.30

3 kil. pain,                      0.90
                                 ------
                        Par jour, 4.05


Soit par mois,                  121.50
Rserve,                         15.
Loyer,                           25.
Chauffage, en moyenne,            5.00
Eclairage,   id.                  2.50
                               --------
  Dpenses,                     169.00

  Gains,                        214.00
                               --------
  Il reste                       45 fr. par
mois, soit 540 fr. par an pour l'habillement
et les menus frais.

Nous avons banni, et pour cause, toute dpense inutile. Il reste le
devis d'une nourriture abondante, confortable et saine. Toutes les
obligations sont remplies. Il reste quelque chose  la rserve qui
pourrait servir en cas d'adversit. Et cela malgr la modicit du
salaire de ces deux mnages.


L'HABILLEMENT

Nous ne pouvons vous offrir, concernant l'habillement, des donnes
absolument prcises, car il est subordonn  diffrentes considrations:
 notre situation sociale et pcuniaire d'abord,  notre profession, 
nos relations dans le monde et aux habitudes que nos parents ont cru
devoir nous faire contracter. Il est vident qu'une ouvrire ne peut ni
ne doit s'habiller comme une personne riche, de mme qu'une jeune fille
employe chez une modiste ou dans un magasin quelconque est oblige 
plus de tenue qu'une personne travaillant en fabrique. Nous devrons
donc, en ce qui concerne cet article de notre budget, consulter avant
tout notre bourse, c'est le plus sr moyen de ne pas nous tromper.
Faisons d'abord la part des choses indispensables, telles que linge,
chaussures, vtements pour ceux des ntres qui vont au dehors, pour les
enfants allant  l'cole. Ne dsirons rien de plus pour eux et pour nous
qu'une absolue propret. Gardons-nous bien de faire, pour notre
toilette, des dpenses en disproportion avec nos ressources. Il est
d'ailleurs facile  une femme intelligente d'tre fort bien habille 
peu de frais. Il est indispensable pour cela que la femme sache
confectionner ses vtements et ceux de sa famille, ce talent fait partie
essentielle des connaissances que doit acqurir toute personne qui veut
tre une mnagre srieuse. Nous raliserons ainsi d'importantes
conomies, car le cot de faon d'une robe dpasse souvent le prix
d'achat; et puis il est une bonne fe qui prend plaisir  allonger entre
nos mains le mtrage de l'toffe, tandis qu'un mauvais gnie le rtrcit
entre celles de nos couturires.... pas toujours cependant, mais si
souvent.... Nous avons vu cet t, au prix de 65 centimes le mtre, un
choix d'toffes de coton, de diffrents dessins, faciles  assortir,
dont avec quelque habilet on et pu faire une toilette ravissante. En
prenant 18 mtres d'toffe pour le costume, y compris la fausse jupe,

Soit                       11.70

Doublure,                   2.

Baleines, crin, cerceaux,
  boutons, etc.,            3.
                           _____
                           16.70

soit pour 17 fr. une toilette que vous porterez facilement pendant deux
ts, et qui sera des plus distingues selon l nuance que vous aurez
choisie, le bon got qui aura prsid  sa confection et  l'assortiment
de tous les objets composant votre habillement. Lorsqu'elle sera hors
d'tat de vous servir comme toilette, vous en ferez une robe d'intrieur
que vous porterez l'aprs-midi, aprs que vous aurez termin votre
mnage, puis un jupon de dessous, puis des doublures; c'est ainsi que
vous utiliserez vos toffes jusqu' usure complte.

Si vous pouvez avoir pour l'hiver une robe de sortie, choisissez-l de
prfrence noire ou de nuance trs fonce: elle sera ainsi toujours 
la mode, surtout si vous avez adopt une faon  la fois lgante et
simple, ne datant pas. Il faudra prendre, autant que possible, pour ce
costume, une toffe de bonne qualit, se brossant bien et pouvant tre
longtemps porte.

toffe noire, largeur 1 mtre 20, 8 mtres,  3 fr.    24.

3 mtres 50 alpaga, pour fausse jupe,  1 fr.,          3.50

Faux ourlet,                                            1.50

Doublure,                                               2.50

Baleines, crin, cerceaux, boutons, etc.,                3.50

50 centimtres velours ou
  fantaisie, pour col et manches,                       4.
                                                      ________
                                                       39.

Soit pour 40 francs un costume solide et srieux.

En vertu de cet axiome qu'il cote moins cher d'entretenir que de btir,
vous raccommoderez soigneusement votre linge et vos vtements, de faon
 ce qu'ils soient toujours propres et  les renouveler le moins souvent
possible. En appliquant il votre habillement la sage conomie avec
laquelle vous rglez les autres dpenses de votre maison, vous arriverez
 remplir exactement vos obligations et vous jouirez d'un vritable
bien-tre.




CONCLUSION


Nous ne savons, chres lectrices, si malgr notre dsir de vous tre
utile, nous avons rpondu d'une manire satisfaisante a l'attente des
personnes autorises qui veulent vous doter d'un livre utile et srieux,
pouvant vous servir de guide dans toutes les circonstances de la vie.
Nous avons pens que le meilleur moyen de vous disposer  bien remplir
tous vos devoirs tait de vous en dmontrer les avantages, ainsi que les
inconvnients qui pourraient rsulter de la ngligence dans leur
accomplissement. Nous nous sommes inspire en cela des ides mmes de
Mme Doyen, trop heureuse si, par notre concours, nous pouvons
apporter une petite pierre  ce grand difice, oeuvre de cette
bienfaitrice de vos familles. Laissez-nous toutefois, en terminant, vous
adresser une prire: Peut-tre y en aura-t-il parmi vous qui, ayant mis
en pratique les sages leons qu'elles ont reues et favorises par les
circonstances, parviendront  une meilleure situation de fortune. Ne
vous refusez pas alors la satisfaction la plus noble et la meilleure qui
puisse exister. Faites le bien, il n'est pas de plaisirs, pas de ftes
qui laisseront dans vos coeurs un sentiment plus rconfortant et plus
doux. Faites le bien, imitez en cela le noble exemple que nous a lgu
Mme Doyen, et rendez  d'autres, s'il se peut, les sages conseils et
les encouragements que vous-mmes avez reus. Il appartient  ceux qui
ont gravi les degrs de l'chelle sociale de tendre la main  ceux qui
restent, c'est la meilleure manire de pratiquer la solidarit. Vous
verrez autour de vous des gens qui, parvenus  une position meilleure,
seront moins heureux que par le pass, parce que leur coeur ne sera pas 
la hauteur de leur intelligence et qu'ils auront cherch le bonheur dans
les apparences trompeuses d'une vie de luxe, dans de vaines
satisfactions d'amour-propre. Peut-tre mme, par cette drogation 
leurs habitudes premires, auront-ils  jamais compromis le fruit de
leurs travaux. Quant  vous, compatissantes et bonnes, vous trouverez,
le bonheur dans le noble usage que vous ferez de votre fortune, selon
cette parole du grand pote V. Hugo, que la plus belle fte, comme le
plus bel autel, c'est l'me d'un malheureux soulag qui remercie Dieu.

. ROCH

IMP. DUBOIS-POPLIMONT, RUE DE VESLE, 220, REIMS.





End of the Project Gutenberg EBook of Ce que vaut une femme, by line Roch

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
