The Project Gutenberg EBook of Contes et lgendes, by H. A. Guerber

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Title: Contes et lgendes
       1re Partie

Author: H. A. Guerber

Release Date: July 19, 2006 [EBook #18873]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES ET LGENDES ***




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CONTES ET LGENDES

1RE PARTIE

PAR

H. A. GUERBER

AUTEUR DE "MYTHS OF GREECE AND ROME"

NEW YORK CINCINNATI CHICAGO
AMERICAN BOOK COMPANY

DDI



Roger et Marguerite




PREFACE.


This little collection of Legends and Fairy Tales is intended merely as
an introduction to general French reading. The stories have been told as
simply as possible, with infinite repetition of the same words and
idioms to enable the pupil to obtain a good vocabulary almost
unconsciously. They have also been narrated as graphically as
practicable to arouse an interest in the plot, to stimulate curiosity,
and thereby induce the pupil to read to the end.

With the exception of the first tale of the series, for which I have
purposely selected the common nursery story, "The Three Bears," I have
carefully avoided the tales which are most familiar, or have given them
in some unusual version, so that only by knowing the meaning of the
words the sense of the story can be obtained.

This method has been used with most gratifying results with pupils of
all ages either with or without the accompaniment of a grammar, and it
is very gradual, to facilitate rapid progress in the language.

Of course, the results to be achieved depend greatly upon the
instructor, but I have found that where daily lessons were the rule, the
pupils, at the end of a very short time, were able to read simple
histories and novels at sight with much pleasure and profit.

My own method, which, however, varies greatly according to the age and
the intelligence of the pupils, is, roughly outlined, as follows, taking
the first paragraph of this work as an example:

The first sentence is read plainly by the teacher or written on the
blackboard, and as these stories are intended to be used from the very
first lesson, each word is translated into English. Then the pupils read
the sentence in turn, supplying the translation of the words as they are
rapidly pointed out. A few moments' work of this kind suffices with
average pupils to enable them to memorize the words so that they can
reproduce them verbally or in writing, when the book is shut or after
they have been rubbed off the board.

The next sentence is treated in the same way, the pupils translating the
words previously given and the instructor giving the meaning _of the new
words only_. Then making use of the first idiomatic expression "il y
avait," an explanation is given, showing how it can be changed into the
interrogative form "y avait-il?" and the pupils are questioned rapidly
as follows, using only the words already mastered:

"Y avait-il un ours?"

"Y avait-il deux ours?"

"Y avait-il trois ours?"

"Y avait-il un grand ours?"

"Y avait-il un petit ours?"

"Y avait-il un ours de grandeur moyenne?"

The answers are all given in French, as quickly as possible, ere the
second sentence is written from memory.

Proceeding thus from sentence to sentence, more or less rapidly
according to the class, a stock of words is soon acquired, reading,
writing, and conversation become easy, and in a very short time the
pupils, _encouraged to guess at the meaning of new words_, become
entirely independent of vocabulary or dictionary. In concluding the
lesson, the story is told again by the teacher, quite rapidly, in the
usual conversational tone, or the pupils read or tell it aloud.

A vocabulary and a few notes have been added more as a matter of
convenience for any pupils who should miss a recitation than for
constant use, for the main object of this method is that the pupils
should have all the French they have learned at the tip of their
tongues. If this collection of stories helps to make the study of French
more of a pleasure and less of a bugbear than it has heretofore proved,
I shall feel that one part of my aim has been attained.

                    H. A. GUERBER.




TABLE DES MATIERES.


IRE PARTIE.

Les Trois Ours
Les Quatre Saisons
La Rose Mousseuse
Les Trois Souhaits
Le Chat et le Renard
Blanche-Neige
Les Trois Citrons
La Ville Submerge
Le Poisson d'Or
La Cabane au Toit de Fromage
Le Vrai Hritier
Yvon et Finette
Le Renard et le Loup
La Mauvaise Femme
Baba-Iaga
Les Nez
L'Hospitalit du Pacha
Les Deux Frres
Le Berger et le Dragon
Les Deux Aumnes
L'Amour d'une Mre
Le Cheveu Merveilleux
Un Conte de ma Mre l'Oie
Godefroi le Petit Ermite
Le Grain de Moutarde




CONTES ET LGENDES.




LES TROIS OURS.[1]


[Note 1: The original of this story is the common English nursery
tale, "The Three Bears and Little Silver Hair."]

Il y avait une fois un, deux, trois ours: un grand ours, un ours de
grandeur moyenne, et un petit ours.

Les trois ours demeuraient dans une petite maison, dans une grande
fort.

Dans la maison, il y avait trois lits: un grand lit pour le grand ours,
un lit de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur moyenne, et un petit
lit pour le petit ours.

Il y avait aussi trois chaises: une grande chaise pour le grand ours,
une chaise de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur moyenne, et une
petite chaise pour le petit ours.

Il y avait aussi trois assiettes et trois cuillres: une grande assiette
et une grande cuillre pour le grand ours, une assiette de grandeur
moyenne et une cuillre de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur
moyenne, et une petite assiette et une petite cuillre pour le petit
ours.

Un jour le grand ours dit de sa grande voix: "J'ai faim."

"Oui," dit l'ours de grandeur moyenne de sa voix de grandeur moyenne,
"J'ai faim."

Et le petit ours dit de sa petite voix: "Oui, oui, j'ai faim."

Les trois ours firent la soupe. Alors ils versrent la soupe dans les
trois assiettes. Ils versrent une grande portion dans la grande
assiette pour le grand ours. Ils versrent une portion de grandeur
moyenne dans l'assiette de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur
moyenne, et une petite portion dans la petite assiette pour le petit
ours.

Alors le grand ours prit la grande cuillre, gota la soupe et dit: "La
soupe est trop chaude." L'ours de grandeur moyenne prit la cuillre de
grandeur moyenne, gota la soupe et dit: "Oui, la soupe est trop
chaude," et le petit ours prit la petite cuillre, gota la soupe et
dit: "Oui, oui, la soupe est trop chaude."

Alors le grand ours dit: "Allons nous promener dans la fort." "Oui,"
dit l'ours de grandeur moyenne, "allons nous promener dans la fort;" et
le petit ours dit: "Oui, oui, allons nous promener dans la fort."

Les trois ours partirent. Ils laissrent la porte de la maison ouverte,
et la soupe sur la table. Une petite fille passa. Elle vit la petite
maison, elle vit la porte ouverte, et elle vit la soupe sur la table.
Elle dit: "J'ai faim," et elle entra dans la maison.

Elle prit la grande cuillre, gota la soupe dans la grande assiette, et
dit: "Cette soupe est trop chaude." Alors elle prit la cuillre de
grandeur moyenne, gota la soupe dans l'assiette de grandeur moyenne, et
dit: "Cette soupe est trop froide." Alors elle prit la petite cuillre,
gota la soupe dans la petite assiette, et dit: "Cette soupe est
excellente." La petite fille mangea toute la soupe.

Alors la petite fille dit: "Je suis fatigue, o y a-t-il une chaise?"
Elle vit les trois chaises. Elle alla  la grande chaise, s'assit, et
dit: "Cette chaise n'est pas confortable." Elle alla  la chaise de
grandeur moyenne, s'assit, et dit: "Cette chaise n'est pas confortable."
Alors elle alla  la petite chaise, s'assit, et dit: "Cette chaise est
trs confortable." Alors la petite fille sauta de joie et la chaise se
cassa!

La petite fille dit: "J'ai sommeil, o y a-t-il un lit?" Elle vit les
trois lits. Elle alla au grand lit, se coucha, et dit: "Ce lit n'est pas
confortable." Elle alla au lit de grandeur moyenne, se coucha, et dit:
"Ce lit n'est pas confortable." Alors elle alla au petit lit, se coucha,
et dit: "Ce lit est trs confortable," et la petite fille s'endormit.

Quelques minutes aprs les trois ours arrivrent. Le grand ours regarda
sa grande cuillre et sa grande assiette, et dit de sa grande voix:
"Quelqu'un est entr et a got ma soupe." L'ours de grandeur moyenne
regarda sa cuillre de grandeur moyenne et son assiette de grandeur
moyenne, et dit de sa voix de grandeur moyenne: "Oui, quelqu'un est
entr et a got ma soupe," et le petit ours regarda sa petite cuillre
et sa petite assiette, et dit de sa petite voix: "Oui, oui, quelqu'un
est entr et a mang toute ma soupe."

Le grand ours regarda sa grande chaise et dit de sa grande voix:
"Quelqu'un est entr et s'est assis sur ma chaise." L'ours de grandeur
moyenne regarda sa chaise de grandeur moyenne, et dit de sa voix de
grandeur moyenne: "Oui, quelqu'un est entr et s'est assis sur ma
chaise." Et le petit ours regarda sa petite chaise, et dit de sa petite
voix: "Oui, oui, quelqu'un est entr et a cass ma petite chaise."

Alors le grand ours regarda son grand lit et dit de sa grande voix:
"Quelqu'un est entr et s'est couch sur mon grand lit." L'ours de
grandeur moyenne regarda son lit de grandeur moyenne, et dit de sa voix
de grandeur moyenne: "Oui, quelqu'un est entr et s'est couch sur mon
lit de grandeur moyenne." Et le petit ours regarda son petit lit, et dit
de sa petite voix: "Oui, oui, une petite fille est couche sur mon petit
lit."

Les trois ours s'approchrent: "Oh!" dit le grand ours, "cette petite
fille est jolie." L'ours de grandeur moyenne dit: "Oh, oui, cette
petite fille est jolie," et le petit ours dit: "Oh! oui, oui, cette
petite fille est trs jolie."

A cet instant la petite fille se rveilla. Elle vit le grand ours,
l'ours de grandeur moyenne, et le petit ours. Elle dit: "Oh! J'ai peur,"
et elle sauta du lit et partit vite, vite! "Oh!" dit le grand ours de sa
grande voix: "La petite fille a peur." "Oui," dit l'ours de grandeur
moyenne, "la petite fille a peur." Et le petit ours dit: "Oui, oui, elle
a peur."

La petite fille ne visita plus jamais la maison des ours.




LES QUATRE SAISONS.[2]


[Note 2: This is one of the most popular of the Bohemian folk
stories. It has been translated into many languages, and an elaborate
version of it can be found in Laboulaye's "Fairy Book."]

Il y avait une fois une petite fille. Cette petite fille demeurait dans
une jolie petite maison avec sa mre et sa soeur. La petite fille,
Claire, tait bonne et trs jolie. La soeur de la petite fille, Laure,
tait mchante et laide. La mre tait aussi mchante et laide. La mre
aimait Laure, mais elle n'aimait pas Claire.

Un jour la mchante fille dit  sa mre: "Ma mre, envoyez Claire  la
fort cueillir des violettes. La mre rpondit: "Des violettes, dans
cette saison! C'est impossible, ma fille, dans la fort il y a
seulement de la neige et de la glace."

Mais la mchante fille insista, et la mre dit  Claire: "Allez  la
fort cueillir un bouquet de violettes pour votre soeur." Claire regarda
sa mre avec surprise, et rpondit: "Ma mre, c'est impossible! Dans
cette saison il y a seulement de la neige et de la glace dans la fort."
Mais la mre insista, et la pauvre Claire partit.

Elle alla  la fort, chercha les violettes, et trouva seulement de la
neige et de la glace. La pauvre fille dit: "J'ai froid; o y a-t-il du
feu?" Elle regarda  droite, elle regarda  gauche, et elle vit un grand
feu  une grande distance. Elle alla  ce feu, et vit douze hommes assis
autour du feu.

Trois hommes avaient de longues barbes blanches et de longues robes
blanches; trois hommes avaient de longues barbes blondes et de longues
robes vertes; trois hommes avaient de longues barbes brunes et de
longues robes jaunes, et trois hommes avaient de longues barbes noires
et de longues robes violettes.

La petite fille s'approcha en silence, et elle vit qu'un des hommes 
barbe blanche avait un bton  la main. Cet homme se tourna et dit:
"Petite fille, que cherchez vous dans la fort?" La petite fille
rpondit: "Monsieur, je cherche des violettes." L'homme  barbe blanche
dit: "Ma pauvre petite fille, ce n'est pas la saison des violettes,
c'est la saison de la neige et de la glace. "Oui," dit la petite fille,
"mais ma mre a dit: 'Allez  la fort cueillir un bouquet de violettes
pour votre soeur,' et je suis force d'obir."

L'homme  barbe blanche regarda la petite fille un instant, et dit:
"Chauffez-vous, ma pauvre enfant." Alors il prit son bton, se tourna
vers un des hommes  barbe blonde, lui donna le bton et dit: "Frre
Mai, les violettes sont votre affaire. Voulez-vous aider cette petite
fille?"

"Certainement," rpondit Frre Mai. Il prit le bton et attisa le feu.
En un instant la glace disparut, et la neige aussi. La petite fille
n'avait plus froid, elle avait chaud. Un instant aprs elle vit que
l'herbe tait verte, et bientt elle vit beaucoup de violettes dans
l'herbe.

Alors Frre Mai se tourna vers elle et dit: "Ma chre petite fille,
cueillez un bouquet de violettes, aussi vite que possible, et partez."
La petite fille cueillit un bouquet de violettes, dit: "Merci, mon bon
monsieur Mai," et partit.

Frre Mai donna le bton  l'homme  barbe blanche, il attisa le feu, et
en un instant les violettes et l'herbe avaient disparu, et la glace et
la neige taient l comme avant.

La petite fille alla  la maison et frappa  la porte. La mre ouvrit la
porte et dit: "Avez-vous les violettes?" "Oui, ma mre," rpondit
Claire, et elle donna les violettes  sa mre. "O avez-vous trouv ces
violettes?" dit la mre. "Dans la fort," rpondit Claire, "il y avait
beaucoup de violettes dans l'herbe." La mre de Claire tait trs
surprise, mais elle ne dit rien.

Le lendemain la mchante fille dit  sa mre: "Ma mre, envoyez Claire 
la fort cueillir des fraises." "Des fraises, dans cette saison, c'est
impossible, ma fille," rpondit la mre. Mais Laure insista, et la mre
dit  Claire: "Allez  la fort cueillir des fraises pour votre soeur."
Claire regarda sa mre avec surprise, et dit: "Ma mre, c'est
impossible! Dans cette saison il y a de la glace et de la neige dans la
fort mais pas de fraises." Mais la mre insista, et la pauvre Claire
partit.

Elle alla  la fort, chercha les fraises, et trouva seulement de la
neige et de la glace. La pauvre fille dit: "J'ai froid! o y a-t-il du
feu?" Elle regarda  droite et  gauche, et elle vit un grand feu  une
grande distance. Elle s'approcha de ce feu et vit les douze hommes.

Trois hommes avaient des barbes blanches et des robes blanches, trois
hommes avaient des barbes blondes et des robes vertes, trois hommes
avaient des barbes brunes et des robes jaunes, et trois hommes avaient
des barbes noires et des robes violettes.

La petite fille s'approcha et dit  l'homme  barbe blanche qui avait un
bton  la main: "Monsieur, j'ai froid, voulez-vous me permettre de me
chauffer  votre feu?" "Certainement," rpondit l'homme. "Mon enfant,
que cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Des fraises,
monsieur." "Des fraises," rpta l'homme avec surprise, "ce n'est pas la
saison des fraises. C'est la saison de la glace et de la neige." La
petite fille rpondit: "Ma mre a dit, 'Allez  la fort cueillir des
fraises pour votre soeur,' et je suis force d'obir."

Alors l'homme  barbe blanche donna son bton  un des hommes  barbe
brune, et dit: "Frre Juin, les fraises sont votre affaire. Voulez-vous
aider cette petite fille?"

"Avec le plus grand plaisir," rpondit Frre Juin. Il prit le bton et
attisa le feu. En un instant toute la neige et toute la glace avaient
disparu. La petite fille n'avait plus froid, elle avait chaud. Elle vit
l'herbe verte, et quelques minutes aprs elle vit beaucoup de fraises
dans l'herbe.

Alors Frre Juin se tourna vers elle et dit, "Ma chre petite fille,
cueillez vos fraises, vite, vite, et partez." La petite fille cueillit
les fraises, dit: "Merci, mon bon monsieur Juin," et partit.

Frre Juin donna le bton  Frre Janvier. Il attisa le feu et en un
instant les fraises avaient disparu, et la neige et la glace taient l
comme avant.

La petite fille retourna  la maison et frappa  la porte. La mre
ouvrit la porte, et demanda: "O sont les fraises?" Claire donna les
fraises  sa mre. "O avez-vous trouv ces fraises?" demanda la mre.
"Dans la fort;" rpondit la petite fille, "il y avait beaucoup de
fraises dans l'herbe." La mre tait trs surprise. Elle donna les
fraises  la mchante fille, qui les mangea toutes.

Le lendemain la mchante fille dit  sa mre: "Ma mre, envoyez Claire 
la fort cueillir des pommes." La mre dit: "Ma fille, il n'y a pas de
pommes dans la fort dans cette saison." Mais la mchante fille insista,
et la mre dit  Claire: "Ma fille, allez dans la fort cueillir des
pommes pour votre soeur." Claire regarda sa mre avec surprise et dit:
"Mais, ma mre, il n'y a pas de pommes dans la fort dans cette saison."
La mre insista, et Claire partit.

Elle regarda  droite et  gauche, mais elle ne trouva pas de pommes.
Elle avait froid, et dit: "O y a-t-il du feu?" Dans un instant elle vit
le mme feu et les mmes hommes.

Elle s'approcha et dit  l'homme  barbe blanche qui avait le bton  la
main: "Mon bon monsieur, voulez-vous me permettre de me chauffer  votre
feu?" L'homme rpondit: "Certainement, ma pauvre enfant; que
cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Je cherche des pommes,
monsieur." "C'est la saison de la neige et de la glace, ma pauvre
enfant, ce n'est pas la saison des pommes."

"Oui, monsieur, mais ma mre a dit: 'Allez chercher des pommes,' et je
suis force d'obir," dit Claire.

Alors l'homme  barbe blanche prit son bton, se tourna vers un des
hommes  barbe noire et dit: "Frre Septembre, les pommes sont votre
affaire. Voulez-vous aider cette pauvre petite fille?"

"Certainement," rpondit Frre Septembre. Il prit le bton, attisa le
feu, et dans un instant la petite fille vit un pommier, tout couvert de
pommes. Alors Frre Septembre se tourna vers la petite fille, et dit:
"Ma chre petite fille, cueillez deux pommes, vite, vite, et partez." La
petite fille cueillit deux pommes rouges, dit: "Merci, mon bon
monsieur," et partit.

Frre Septembre donna le bton  Frre Janvier, qui attisa le feu, et 
l'instant le pommier disparut, et les pommes rouges aussi, et la neige
et la glace taient l comme avant.

La petite fille retourna  la maison, elle frappa  la porte. La mre
ouvrit la porte, et demanda: "Avez-vous les pommes?" "Oui, ma mre,"
rpondit la petite fille. Elle donna les pommes  sa mre et entra dans
la maison. La mre donna les pommes  la mchante fille. La mchante
fille mangea les deux pommes, et demanda  Claire: "Ma soeur, o
avez-vous trouv ces grosses pommes rouges?" "Dans la fort, il y avait
un grand pommier tout couvert de pommes rouges," rpondit Claire.

La mchante fille dit  sa mre le lendemain: "Ma mre, donnez-moi mon
manteau et mon capuchon. Je vais  la fort cueillir beaucoup de
violettes, de fraises, et de pommes." La mre donna le manteau et le
capuchon  Laure, qui partit.

Elle alla dans la fort, elle vit de la glace et de la neige, mais elle
ne vit pas de violettes. Elle ne vit pas de fraises, et elle ne vit pas
de pommes. Elle chercha  droite, elle chercha  gauche, en vain. Alors
elle dit: "J'ai froid, o y a-t-il du feu?" Elle regarda  droite et 
gauche, et vit le grand feu et les douze hommes, assis en silence autour
du feu.

Laure s'approcha, et l'homme qui avait le bton dit: "Mon enfant, que
cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Rien," dit la mchante
fille, qui tait aussi trs impolie.

Frre Janvier prit son bton, attisa le feu, et dans un instant la neige
commena  tomber. La mchante fille partit pour aller  la maison, mais
en route elle tomba dans la neige et prit.

La mre dit: "O est Laure?" Un moment aprs la mre prit son manteau et
son capuchon et partit pour chercher Laure. Elle chercha dans la fort,
elle arriva aussi au grand feu et vit les douze hommes.

Frre Janvier dit: "Ma bonne femme, que cherchez-vous dans la fort dans
cette saison?" "Rien," rpondit la mre, qui tait aussi impolie.

Frre Janvier prit son bton, attisa le feu, et  l'instant la neige
commena  tomber. La mre partit pour aller  la maison, mais en route
elle tomba dans la neige et prit aussi.

La bonne fille tait seule dans la maison, mais douze fois par an elle
recevait la visite d'un des douze hommes. Dcembre, Janvier, et Fvrier
apportaient de la glace et de la neige; Mars, Avril, et Mai apportaient
des violettes; Juin, Juillet, et Aot apportaient de petits fruits; et
Septembre, Octobre, et Novembre apportaient beaucoup de pommes. La
petite fille tait toujours trs polie, et les douze mois taient ses
bons amis.




LA ROSE MOUSSEUSE.[3]


[Note 3: The story of the "Moss Rose" has been developed from the
following beautiful lines by Krummacher:--

    "Weary of pleasure,
    And laden with treasure,
    The Angel of flowers
    Had wandered for hours;
    When he sunk to his rest
    With his wings on his breast.
    And the rose of the glade
    Lent her beautiful shade,
    To guard and to cover
    The flower king's slumber.
    When the Angel awoke,
    Then in rapture he spoke:
    "Thou queen of my bowers,
    Thou fairest of flowers,
    What gift shall be mine,
    And what guerdon be thine?"

    "In guerdon of duty
    Bestow some new beauty,"
    She said, and then smiled,
    Like a mischievous child.
    In anger he started,
    But ere he departed,
    To rebuke the vain flower,
    In the pride of her power,
    He flung some rude moss
    Her fair bosom across.
    But her new robes of green
    So became the fair queen,
    That the Angel of flowers
    Mistrusted his powers,
    And was heard to declare
    He had granted her prayer.
]

L'Amour alla un jour se promener dans la fort. C'tait un beau jour au
mois de Juin. L'Amour se promena longtemps, longtemps. Il se promena si
longtemps qu'il se trouva enfin fatigu, bien fatigu.

"Oh!" dit L'Amour, "je suis si fatigu!" Et L'Amour se coucha sur
l'herbe verte pour se reposer. Tous les petits oiseaux de la fort
arrivrent vite, vite pour voir l'Amour. L'Amour tait si joli, si blanc
et rose. L'Amour avait de si jolis cheveux blonds et de si jolis yeux
bleus.

"Oh!" dirent tous les petits oiseaux de la fort. "Regardez le petit
Amour! Comme il est joli! Comme il est blanc et rose! Quel joli Amour!
Quels jolis cheveux blonds! Quels jolis yeux bleus!"

Tous les oiseaux se perchrent sur les branches et commencrent 
chanter en choeur: "Quel joli petit Amour!"

Le petit Amour ferma ses jolis yeux bleus. Le petit Amour s'endormit. Il
s'endormit profondment.

Les petits oiseaux continurent  chanter, "Quel joli petit Amour!"

Alors le Soleil dit: "Les petits oiseaux de la fort chantent tous:
'Quel joli petit Amour!' O est ce joli petit Amour?" et le Soleil entra
dans la fort pour chercher le joli petit Amour.

Le Soleil entra dans la fort, et, guid par le chant des petits
oiseaux, il arriva bientt  la place o le joli petit Amour tait
couch sur l'herbe verte.

"Oh!" dit le Soleil, "Quel joli petit Amour! Comme il est blanc et rose!
Quels jolis cheveux blonds! Quelle est la couleur des yeux de ce joli
petit Amour?"

Le Soleil tait curieux, trs curieux, mais la Rose qui tait l dit:
"Non, non, Soleil, vous tes curieux, trs curieux, mais le joli petit
Amour dort. Partez, mchant Soleil, partez vite. L'Amour dort
profondment, et les petits oiseaux chantent. Partez!

"Oh non!" dit le Soleil. "Je veux voir quelle est la couleur des yeux de
ce joli petit Amour."

"Non, non!" dit la Rose, et elle se pencha sur L'Amour, et elle le
protgea. La Rose protgea le petit Amour, et le Soleil, le Soleil
curieux, resta dans la fort, et dit:

"Je veux voir la couleur des yeux de ce joli petit Amour. Je resterai
ici, dans la fort, et quand l'Amour ouvrira les yeux, je serai content,
trs content."

Le Soleil resta dans la fort, les oiseaux chantrent, la Rose protgea
l'Amour, et l'Amour dormit profondment.

Enfin l'Amour ouvrit les yeux.

"Oh!" dit le Soleil, "j'ai vu la couleur des yeux de l'Amour. L'Amour a
les yeux bleus!"

"Mais oui!" chantrent les petits oiseaux de la fort: "L'Amour a les
yeux bleus!"

"Oui, certainement," dit la Rose, "L'Amour a les yeux bleus!"

L'Amour regarda le Soleil, et dit: "Oh Soleil" pourquoi tes-vous entr
dans la fort?"

"Oh!" dit le Soleil, "j'ai entendu les oiseaux qui chantaient: 'Oh, le
joli petit Amour'; et je suis entr dans la fort pour vous voir."

L'Amour dit au Soleil, "Oh Soleil, vous tes curieux, trs curieux."

"Oui," dit le Soleil, "je suis curieux, mais la Rose vous a protg."

"Merci! chre Rose," dit le joli petit Amour, "merci, merci. Vous tes
bien bonne, chre Rose, et vous tes aussi belle que bonne. Quelle
rcompense voulez-vous, chre Rose, vous qui tes la plus belle de
toutes les fleurs?"

"Oh!" dit la Rose. "Donnez-moi un charme de plus!"

"Comment!" dit l'Amour, surpris. "Vous demandez un charme de plus.
Impossible! Je vous ai dj donn tous les charmes. Je vous ai donn une
forme parfaite. Je vous ai donn une couleur charmante. Je vous ai donn
un parfum dlicat. Je vous ai donn tous les charmes et toutes les
grces, et vous demandez un attrait (charme) de plus. Ce n'est pas
raisonnable!"

"Oh!" dit la Rose, "raisonnable ou pas raisonnable, je vous demande un
attrait de plus, cher Amour. Je vous ai protg. Rcompensez-moi!"

L'Amour dit: "C'est impossible!" Mais la Rose insista. Enfin l'Amour, en
colre, dit: "Rose, vous tes belle, vous tes la plus belle des fleurs,
mais vous n'tes pas sage (bonne)." Et l'Amour prit de la mousse. Il
jeta la mousse sur la Rose, et dit: "Vous ne mritez rien que cela!"

La Rose, couverte de mousse verte, parut plus belle que jamais, et la
Rose dit avec joie: "Merci, mon joli petit Amour! Merci, vous m'avez
donn une rcompense. Vous m'avez donn une grce de plus." "Oui!" dit
l'Amour, surpris. "Je vous ai donn une grce de plus!"

Le Soleil regarda la Rose, et dit aussi: "Mais oui! la Rose a une grce
de plus." Et tous les petits oiseaux chantrent: "Mais oui, le joli
petit Amour a donn une grce de plus  la Rose,  la plus belle des
fleurs."

Et l'Amour partit en chantant aussi: "La Rose mousseuse est la plus
belle des fleurs. Elle est bonne aussi. Elle m'a protg quand le Soleil
est arriv pour voir la couleur de mes yeux qui sont bleus."

Et depuis ce jour la Rose, cette coquette, a toujours port un peu de
mousse verte.




LES TROIS SOUHAITS.[4]


[Note 4: Another version of this story can be found in "Les Contes
de Fes de Charles Perrault," where it is entitled "Les Souhaits
Ridicules."]

Il y avait une fois un homme qui tait trs pauvre. Il demeurait avec sa
femme dans une misrable petite maison. Tous les jours l'homme allait 
la fort pour couper du bois. Un jour il tait dans la fort et dit: "Je
suis bien misrable! Je suis pauvre, je suis forc de travailler tous
les jours. Ma femme a faim, j'ai faim aussi. Oui, je suis bien
misrable!"

A cet instant une jolie petite fe parut, et dit: "Mon pauvre homme,
j'ai entendu tout ce que vous avez dit. J'ai compassion de vous, et
comme je suis fe je vous accorderai trois souhaits. Demandez ce que
vous voulez, et vos trois souhaits seront accords."

La fe disparut aprs avoir parl ainsi, et le pauvre homme resta tout
seul dans la fort. Il tait trs content maintenant, et dit: "Je vais 
la maison. Je vais dire  ma femme qu'une fe m'a accord trois
souhaits."

Le pauvre homme alla  la maison, et dit  sa femme: "Ma femme, je suis
trs content. J'ai vu une fe dans la fort. La fe a dit: 'Mon pauvre
homme, j'ai compassion de vous. Je suis fe, et je vous accorderai trois
souhaits. Demandez ce que vous voulez.' Ma femme, je suis trs content."

"Oh oui," dit la pauvre femme, "je suis trs contente aussi. Entrez dans
la maison, mon cher ami, et nous parlerons ensemble de la fe et des
trois souhaits."

"Certainement," dit l'homme. Il entra dans la maison, s'assit prs de la
table, et dit: "Ma femme, j'ai faim. Je propose de dner. Pendant le
dner nous parlerons ensemble de la fe et des trois souhaits."

Le pauvre homme et la pauvre femme s'assirent prs de la table et
commencrent  manger et  causer (=parler) ensemble. Le pauvre homme
dit: "Ma femme, nous pouvons demander de grandes richesses." "Oui," dit
la femme, "nous pouvons demander une jolie maison." L'homme dit: "Nous
pouvons demander un empire." La femme rpondit: "Oui, nous pouvons
demander des perles et des diamants en grande quantit." L'homme dit:
"Nous pouvons demander une grande famille, cinq fils et cinq filles."
"Oh," dit la femme, "je prfre six fils et quatre filles."

L'homme et la femme continurent ainsi, leur conversation, mais ils ne
pouvaient pas dcider quels souhaits seraient les plus sages.

L'homme mangea sa soupe en silence regarda le pain sec, et dit: "Oh!
j'aimerais avoir une bonne grosse saucisse pour dner." Au mme instant
une grosse saucisse tomba sur la table. L'homme regarda la saucisse avec
la plus grande surprise, la femme aussi.

Alors la femme dit: "Oh, mon mari, vous avez t trs imprudent. Vous
avez demand une saucisse seulement. Un souhait est accord. Maintenant
il reste seulement deux souhaits." "Oui," dit l'homme, "j'ai t
imprudent, mais il y a encore deux souhaits. Nous pouvons demander de
grandes richesses et un empire."

"Oui," dit la femme, "nous pouvons demander encore de grandes richesses
et un empire, mais nous ne pouvons pas demander dix enfants. Vous avez
t si imprudent. Vous avez demand une saucisse. Vous prfrez une
saucisse, sans doute,  une grande famille." Et la pauvre femme continua
ses lamentations et rpta si souvent: "Vous avez t trs imprudent,"
que l'homme perdit patience et dit: "Je suis fatigu de vos
lamentations: je voudrais que cette saucisse ft pendue au bout de votre
nez!"

Un instant aprs la saucisse tait pendue au bout du nez de la pauvre
femme. La pauvre femme tait trs surprise, et l'homme aussi. La femme
commena  se lamenter encore plus, et dit  son mari: "Ah, mon mari,
vous tes bien imprudent. Vous avez demand une saucisse, et maintenant
vous avez demand que cette saucisse ft pendue au bout de mon nez.
C'est terrible. Deux souhaits sont accords. Maintenant il reste
seulement un souhait!"

"Oui," dit l'homme. "Mais nous pouvons demander de grandes richesses."
"Oui," dit la femme, "mais j'ai une saucisse pendue au bout du nez. Je
suis ridicule. J'tais jolie, maintenant je suis laide, et c'est de
votre faute!" et la pauvre femme pleura.

L'homme regarda sa femme, et dit: "Oh, j'aimerais que cette saucisse ne
ft pas ici."  l'instant la saucisse disparut, et l'homme et la femme
taient aussi pauvres qu'avant. La femme se lamenta, l'homme aussi, mais
les trois souhaits avaient t accords, et l'homme se trouva oblig de
manger son pain sec.

Aprs le dner il retourna  la fort pour couper du bois. Il dit: "Je
suis bien bien misrable," mais la fe n'arriva pas, et il resta
toujours pauvre. Il n'avait pas de richesses, il n'avait pas d'empire,
il n'avait pas de perles, il n'avait pas de diamants, il n'avait pas de
fils, il n'avait pas de filles, et il n'avait pas mme une saucisse pour
son dner.

Sa femme continua  pleurer, et elle disait tous les jours  son mari:
"Ah, si vous n'aviez pas t si imprudent, nous serions riches et
contents, et nous aurions une grande famille. Hlas! hlas!"




LE CHAT ET LE RENARD.[5]


[Note 5: A Russian folk story. The cat is considered a foreigner who
has just arrived from Siberia, while the fox, the bear, and the wolf are
quite at home in the forest.]

Un paysan avait un chat qui tait trs mchant et si dsagrable que
tout le monde le dtestait. Le paysan tait fatigu de ce chat, et un
jour il le mit dans un grand sac. Le paysan porta le sac dans le bois
(la fort), et quand il fut arriv  une grande distance de la maison,
il ouvrit le sac, et le mchant chat sortit.

Le chat resta dans la fort, o il trouva une petite cabane. Le chat
demeura dans cette cabane et mangea beaucoup de souris et d'oiseaux. Un
jour le chat alla se promener dans la fort et rencontra Mademoiselle
Renard. Elle regarda le chat avec curiosit, et dit: "Mon beau monsieur,
qui tes-vous? Que faites-vous dans la fort?"

"Je suis le bailli de la fort. Mon nom est Ivan. J'arrive de la Sibrie
pour gouverner cette fort."

"Oh," dit Mademoiselle Renard. "Je vous prie, Monsieur le bailli de la
fort, venez dner avec moi."

Le chat accepta l'invitation, et au dner Mademoiselle Renard dit:
"Monsieur le bailli, tes-vous garon ou mari?"

"Je suis garon," rpondit le chat.

"Et moi, je suis demoiselle. Monsieur le bailli, pousez-moi!"

Le chat consentit  ce mariage, qui fut clbr avec beaucoup de
crmonie. Le lendemain du mariage, le chat dit  sa femme: "Madame
Renard, j'ai faim; allez  la chasse et apportez-moi un bon dner."
Madame Renard partit. Elle rencontra le loup, qui dit: "Oh ma chre
amie, je vous cherche depuis longtemps en vain. O avez-vous t?"

"Chez mon mari, le bailli de la fort, car je suis marie!"

"Vous, marie!" dit le loup avec surprise. "J'aimerais faire visite 
votre mari."

"Trs-bien," dit Madame Renard, "mais comme mon mari est terrible, je
vous conseille d'apporter un agneau. Dposez l'agneau  la porte, et
cachez-vous; sans cela il vous dvorera."

Le loup courut chercher un agneau pour le chat. Madame Renard continua
sa route. Elle rencontra l'ours. L'ours dit: "Bonjour, ma chre amie.
D'o venez-vous?"

"De la maison de mon mari," rpondit Madame Renard. "Mon mari est le
bailli Ivan."

"Oh!" dit l'ours, "permettez-moi de faire visite  votre mari."

"Certainement," rpondit Madame Renard, "mais mon mari a la mauvaise
habitude de dvorer tous les animaux qu'il n'aime pas. Allez chercher un
boeuf. Apportez-le-lui en hommage. Le loup apportera un agneau."

L'ours partit; il alla chercher un boeuf. Il rencontra le loup avec un
agneau. Le loup dit: "Mon ami l'ours, o allez-vous?"

"Chez le mari de Madame Renard. Je lui porte un boeuf. O allez-vous,
mon cher loup?"

"Je vais aussi chez le mari de Madame Renard. Je lui porte un agneau.
Madame Renard dit que son mari est terrible!"

Les deux animaux continurent leur route; ils arrivrent bientt prs de
la maison du chat. Le loup dit  l'ours: "Allez, mon ami, frappez  la
porte, et dites au mari de Madame Renard que nous avons apport un boeuf
et un agneau."

"Oh non!" dit l'ours, "j'ai peur. Allez vous-mme!"

"Impossible," dit le loup, "mais voil le livre, il ira pour nous."

Le livre alla  la cabane. Le loup se cacha sous les feuilles sches,
et l'ours grimpa sur un arbre.

Quelques minutes aprs Madame Renard arriva avec le chat, son mari.
"Oh!" dit le loup  l'ours. "Le mari de Madame Renard est trs petit."

"Oui!" dit l'ours avec mpris, "il est en effet fort petit!"

Le chat arriva. Il sauta sur le boeuf, et dit avec colre: "C'est peu,
trs peu!" "Oh!" dit l'ours avec surprise; "il est si petit, et il a un
si grand apptit! Un taureau est assez grand pour quatre ours. Il est
terrible en effet!"

Le loup, cach sous les feuilles, trembla. Le chat entendit un petit
bruit dans les feuilles. Il pensa qu'une souris tait cache sous les
feuilles, et il courut et enfona ses griffes dans le museau du loup. Le
loup pensa que le chat voulait le dvorer, et il partit vite, vite.

Le chat, qui avait peur du loup, sauta sur l'arbre.

"Oh!" dit l'ours. "Le chat m'a vu, il m'a vu, il va me dvorer!" Et
l'ours descendit rapidement de l'arbre et suivit le loup. Madame Renard,
qui avait tout vu, cria: "Mon mari vous dvorera, mon mari vous
dvorera!" L'ours et le loup racontrent leurs aventures  tous les
autres animaux de la fort, et tous les animaux avaient peur du chat.
Mais le chat et Madame Renard taient trs heureux, car ils avaient
beaucoup de viande  manger.




BLANCHE-NEIGE.[6]


[Note 6: This is the Russian version of the myth of the Snow Maiden,
which appears in the folk tales of all northern nations. Small at the
beginning of the season, the child's rapid growth is emblematic of the
rapid increase of the cold, and her sudden disappearance in the woods is
typical of the melting of the last snows, which linger longest in the
dense forests where the sunbeams cannot penetrate.]

Il y avait un paysan appel Ivan, sa femme se nommait Marie. Ces paysans
n'avaient pas d'enfants, et ils taient trs tristes. Un jour, en hiver,
le paysan tait assis  la fentre. Il vit les enfants du village qui
jouaient dans la neige. Les enfants taient trs occups. Ils faisaient
une bonne femme de neige.

Ivan dit  sa femme: "Ma femme, regardez ces enfants, ils s'amusent, ils
font une bonne femme de neige. Venez dans le jardin, amusons-nous 
faire une bonne femme de neige."

Le paysan et sa femme allrent dans le jardin, et la femme dit: "Mon
mari, nous n'avons pas d'enfants; faisons un enfant de neige."

"Voil une bonne ide!" dit l'homme. Et il commena  faonner un petit
corps, de petites mains, de petits pieds. La femme faonna une petite
tte et la plaa sur les paules de la statue de neige.

Un homme passait sur la route; il les regarda un instant en silence,
puis il dit: "Dieu vous aide."

"Merci," dit Ivan.

"Le secours de Dieu est toujours bon  quelque chose," rpondit Marie.

"Que faites-vous donc?" demanda le passant.

"Nous faisons une fille de neige," dit Ivan. Et en parlant ainsi il fit
le nez, le menton, la bouche et les yeux. En quelques minutes l'enfant
de neige tait finie. Ivan la regarda avec admiration. Tout  coup il
remarqua que la bouche et les yeux s'ouvraient. Les joues et les lvres
changrent de couleur, et quelques minutes aprs il vit devant lui une
enfant vivante.

"Qui tes-vous?" dit-il tout surpris de voir une enfant vivante  la
place de la petite statue de neige.

"Je suis Blanche-Neige, votre fille," dit l'enfant, et elle embrassa
l'homme et la femme, qui commencrent  pleurer de joie. Les parents
conduisirent Blanche-Neige dans la maison, et elle commena  grandir
trs rapidement.

Toutes les petites filles du village arrivrent chez le paysan pour
jouer avec la charmante petite fille. Elle tait si bonne et si jolie.
Elle tait blanche comme la neige, elle avait les yeux bleus comme le
ciel, sa longue chevelure dore tait admirable, et bien que ses joues
ne fussent pas aussi roses que celles des autres enfants du village,
elle tait si douce que tout le monde l'aimait beaucoup.

L'hiver se passa trs rapidement, et Blanche-Neige grandit si vite que
quand le soleil du printemps fit verdir l'herbe, elle tait aussi grande
qu'une fille de douze ou treize ans. Pendant l'hiver Blanche-Neige
avait toujours t trs gaie, mais quand le beau temps arriva elle tait
toute triste. La mre Marie remarqua sa tristesse, et dit: "Ma chre
enfant, pourquoi tes-vous triste? tes-vous malade?" "Non, je ne suis
pas malade, ma bonne mre," rpondit l'enfant, et elle resta tranquille
dans la maison.

Les petites filles du village arrivrent et dirent: "Blanche-Neige,
venez avec nous, venez avec nous, nous allons au bois cueillir des
fleurs."

"Voil une bonne ide!" dit Marie. "Allez au bois avec vos petites
amies, mon enfant, allez et amusez-vous bien!"

Les enfants partirent. Elles allrent au bois, elles cueillirent des
fleurs, elles firent des bouquets et des couronnes, et quand le soir
arriva elles firent un grand feu.

"Maintenant, Blanche-Neige, regardez bien et faites comme nous,"
dirent-elles, et elles commencrent  chanter et  danser. Elles
sautrent aussi l'une aprs l'autre  travers le feu.[7] Tout  coup
elles entendirent une exclamation: "Ah!" Toutes les petites filles
regardrent, et un instant aprs elles remarqurent que Blanche-Neige
n'tait plus l.

[Note 7: Jumping through the fire is a vestige of heathenism.]

"Blanche-Neige, o tes-vous?" crirent-elles, mais Blanche-Neige ne
rpondit pas. Les petites filles cherchrent en vain, elles ne
trouvrent pas leur petite compagne. Ivan, Marie et tous les paysans
cherchrent aussi en vain, car la petite Blanche-Neige s'tait change
en une petite vapeur au contact du feu, et elle s'tait envole vers le
ciel d'o elle tait venue sous la forme d'un flocon de neige.




LES TROIS CITRONS.[8]


[Note 8: One of the Austro-Hungarian folk tales. Different versions
of this story have been given, among others by Wratislaw, in his "Sixty
Folk Tales from exclusively Slavonic Sources," and by Laboulaye in his
well-known "Fairy Book."]

Il y avait une fois un prince beau comme le jour, riche et aimable. Le
roi, son pre, dsirait beaucoup de le voir mari, et tous les jours il
lui disait: "Mon fils, pourquoi ne choisissez-vous pas une femme parmi
toutes les belles demoiselles de la cour?" Mais le fils regardait toutes
les demoiselles avec indiffrence, et refusait toujours de choisir une
femme. Enfin, un jour, fatigu des remontrances de son pre, il dit:

"Mon pre, vous dsirez me voir mari. Je n'aime pas les demoiselles de
la cour. Elles ne sont pas assez jolies pour me plaire. Je propose de
faire un long voyage, tout autour du monde, si c'est ncessaire, et
quand je trouverai une princesse, aussi blanche que la neige, aussi
belle que le jour, et aussi intelligente et aimable qu'un ange, je la
prendrai pour femme, sans hsiter."

Le roi tait enchant de cette dcision, dit adieu  son fils, lui
souhaita un bon voyage, et le prince partit tout joyeux.

Il commena son voyage gaiement, et alla tout droit devant lui. Enfin il
arriva  la mer, o il trouva un beau vaisseau  l'ancre. Il s'embarqua
sur ce vaisseau, et quelques minutes aprs des mains mystrieuses et
invisibles levrent l'ancre, et le vaisseau quitta rapidement le port.
Le prince navigua ainsi pendant trois jours. Alors le vaisseau arriva 
une le.

Le prince dbarqua avec son cheval, et continua son voyage, malgr le
froid intense et la neige et la glace qui l'entouraient de tous cts.
Le prince tait surpris de se trouver dj en hiver, mais il continua
bravement son chemin. Il arriva enfin  une toute petite maison blanche.
Il heurta (=frappa)  la porte, et une vieille dame, aux cheveux blancs,
ouvrit la porte.

"Que cherchez-vous, jeune homme?" demanda-t-elle.

"Je cherche une femme, la plus jolie au monde; pouvez-vous me dire o la
trouver?" rpondit le prince.

"Non, il n'y a pas de femme pour vous dans mon royaume. Je suis l'Hiver,
je n'ai pas le temps de m'occuper de mariages. Mais allez visiter ma
soeur, l'Automne, elle vous trouvera peut-tre la femme idale que vous
cherchez."

Le prince remercia la belle dame aux cheveux blancs, remonta  cheval,
continua son chemin et remarqua bientt que la neige et la glace avaient
disparu, et que les arbres taient tout couverts de beaux fruits. Il
arriva bientt aprs  une petite maison brune, et frappa  la porte.
Une belle dame, aux yeux et aux cheveux noirs, ouvrit la porte, et
demanda d'une voix bien douce:

"Que voulez-vous, jeune homme, et que cherchez-vous ici dans mon
royaume?"

"Je cherche une femme," rpondit le prince sans hsitation.

"Une femme!" rpta la belle dame avec surprise. "Je n'ai pas de femme
pour vous. Je suis l'Automne, et je suis trs occupe, je vous assure,
car j'ai tous les fruits  cueillir. Allez faire visite  ma soeur,
l't, elle aura peut-tre le temps de s'occuper de vous et de vous
trouver une jolie femme."

Le prince, ainsi congdi, continua son voyage. Il remarqua avant bien
longtemps que l'herbe tait haute, que le feuillage tait pais, et que
le bl tait mr. Il n'avait plus froid, au contraire il avait bien
chaud, et il fut trs content d'apercevoir une petite maison jaune, 
peu de distance. Arriv  la porte de cette petite maison, il heurta, et
une jolie femme, aux cheveux bruns et aux joues rouges, ouvrit la porte
en demandant:

"Que voulez-vous, jeune homme, et que cherchez-vous dans mon royaume?"

"Madame," dit le prince avec la plus grande politesse, "j'ai eu
l'honneur de faire visite  vos deux soeurs, l'Hiver et l'Automne. Je
leur ai demand de me trouver une femme, la plus jolie du monde, mais
elles sont trop occupes et m'ont envoy chez vous. Pouvez-vous me
procurer la femme charmante que je cherche depuis si longtemps en vain?"

"Ah, mon prince," rpondit la belle dame aux cheveux bruns et aux joues
rouges, "je suis aussi fort occupe, et je n'ai pas le temps de vous
trouver une femme. Mais allez faire visite  ma soeur, le Printemps,
elle vous aidera certainement."

Le prince la remercia et partit. Quelques minutes aprs il remarqua que
l'herbe tait d'un vert plus tendre, que tous les arbres taient
couverts de fleurs, et vit une petite maison verte, au milieu d'un
jardin, o il y avait une grande quantit de belles fleurs: des tulipes,
des jacinthes, des jonquilles, des violettes, des lilas, des muguets,
etc., etc.

Notre hros heurta  la porte de cette petite maison, et une dame aux
cheveux blonds et aux yeux bleus parut immdiatement. "Que
cherchez-vous, jeune homme," demanda-t-elle?

"Je cherche une femme. Vos trois soeurs, l'Hiver, l'Automne et l't
taient trop affaires pour m'en procurer une, mais j'espre bien que
vous aurez compassion de moi, et que vous me trouverez la personne
charmante que je cherche depuis si longtemps en vain."

"Oui, mon prince, je vous aiderai," rpondit la jolie jeune femme.
"Entrez dans ma petite maison, asseyez-vous l,  cette petite table, et
je vous donnerai  boire et  manger, car vous avez sans doute bien faim
et bien soif."

Le prince accepta cette invitation, entra, s'assit  table et mangea et
but avec plaisir. Quand il eut fini son repas, le Printemps lui apporta
trois beaux citrons, un joli couteau d'argent et une magnifique coupe
d'or, et dit:

"Prince, voici trois citrons, un couteau d'argent et une coupe d'or. Je
vous donne ces objets magiques. Quand vous arriverez tout prs du
chteau de votre pre, arrtez-vous  la fontaine.

"Prenez ce couteau d'argent, coupez le premier citron, et au mme
instant une belle princesse paratra. Elle vous demandera  boire. Si
vous lui donnez immdiatement  boire dans la coupe d'or, elle restera
avec vous et sera votre femme; mais si vous hsitez, mme un instant,
elle disparatra, et vous ne la reverrez plus jamais.

"Si vous avez le malheur de la perdre, coupez le second citron, et une
seconde princesse paratra, qui vous demandera aussi  boire. Si vous ne
lui donnez pas immdiatement  boire, elle disparatra aussi.

"Alors vous couperez le troisime citron, une troisime princesse
paratra; elle demandera  boire, et si vous lui permettez de
disparatre, aussi, vous n'aurez jamais de femme, et vous n'en
mriterez pas, parce que vous aurez t trop stupide."

Le prince couta les instructions de la jolie dame avec beaucoup
d'attention; il prit le couteau d'argent, la coupe d'or et les trois
citrons, monta  cheval, et partit. Il passa  travers le royaume du
Printemps, de l't, de l'Automne, de l'Hiver, arriva au bord de la mer,
trouva le vaisseau, s'embarqua, et arriva au bout de trois jours, au
port o il s'tait embarqu. Quelques jours aprs il arriva  la
fontaine prs du chteau de son pre.

Il descendit de cheval, prit les trois citrons et le couteau d'argent,
remplit la coupe d'or d'eau pure  la fontaine, et quand ces prparatifs
furent tous finis il coupa le premier citron d'une main tremblante. Au
mme instant une princesse, belle comme le jour, se prsenta devant lui,
et dit timidement: "Prince, j'ai soif, voulez-vous, s'il-vous-plat, me
donner  boire?"

Mais le prince tait si occup  l'admirer, qu'il oublia la
recommandation du Printemps, et ne lui donna pas  boire. La princesse
le regarda un instant d'un air de reproche, et puis elle disparut. Le
prince, au dsespoir, pleura et se lamenta. Il dit cent fois, au moins,
qu'il tait bien stupide de laisser chapper une si belle princesse, et
enfin il se dcida  couper le second citron.

Une seconde princesse, plus belle que la premire, se prsenta
aussitt, et dit: "Prince, j'ai soif, donnez-moi  boire,
s'il-vous-plat." Mais le pauvre prince tait si surpris de sa beaut,
qu'il resta l, la bouche ouverte, et oublia de lui donner  boire. La
seconde princesse le regarda d'un air de reproche, et disparut aussi.
Alors le prince pleura et se lamenta, et dit au moins deux cents fois:
"Je suis stupide, trs stupide," mais la princesse avait compltement
disparu.

Aprs avoir pleur longtemps, le prince se dcida  couper le troisime
citron, et une troisime princesse, plus belle que les deux autres, se
prsenta devant lui: "Prince," dit-elle, timidement, "j'ai soif,
donnez-moi  boire, s'il-vous-plat."

Le prince lui donna  boire immdiatement. Alors la princesse s'assit 
ct de lui, et quand il lui demanda si elle voulait bien tre sa femme,
elle rougit, et dit, "Oui."

Le prince la regarda avec admiration, et dit: "Que vous tes belle! Vous
tes la plus belle personne du monde, j'en suis sr! Mais votre robe
n'est pas belle. Elle est trop modeste. Attendez ici, et j'irai au
chteau de mon pre, chercher une belle robe de satin blanc et une
voiture pour vous prsenter  mon pre comme une grande dame."

La princesse tait trs timide; elle avait peur de rester seule, mais
enfin elle consentit  rester prs de la fontaine, et le prince partit.
Il alla au chteau de son pre, dit qu'il avait trouv une princesse,
blanche comme la neige, belle comme le jour, et aimable et intelligente
comme un ange, et promit de la prsenter dans une heure.

Alors le prince alla demander une belle robe de satin blanc  sa soeur
favorite, donna ordre de prparer la plus belle voiture, et fit tous les
prparatifs ncessaires pour recevoir la princesse avec honneur. Quand
tout fut prt, il monta en voiture pour aller chercher la belle
princesse qu'il tait impatient de revoir.

Pendant son absence, la princesse, qui avait peur de rester l toute
seule, grimpa dans un grand arbre, prs de la fontaine, et se cacha dans
le feuillage. Tout son corps tait compltement cach, mais sa jolie
figure tait visible, et se refltait dans l'eau pure de la fontaine,
comme dans un miroir.

Quelques minutes aprs, une ngresse arriva  la fontaine pour chercher
de l'eau. Elle avait une grande cruche, elle se pencha sur l'eau, vit la
jolie figure, et regarda  droite et  gauche pour dcouvrir la personne
 qui cette jolie figure appartenait. Mais elle ne vit personne, et
dcida bientt que l'image qu'elle voyait dans l'eau tait celle de sa
propre figure:

"Oh, que je suis jolie," dit-elle avec joie. "Que je suis jolie. Je suis
aussi jolie qu'une princesse. Ma matresse dit toujours: 'Lucie, vous
tes laide, laide  faire peur,' mais ce n'est pas vrai. Je suis jolie,
et ma matresse est jalouse parce que je suis plus jolie qu'elle. Je
suis trop jolie pour porter de l'eau!" Et la ngresse cassa sa cruche
sur les pierres, et retourna chez sa matresse, qui attendait l'eau avec
impatience.

"O est la cruche?" demanda-t-elle. "O est l'eau que je vous ai dit de
m'apporter?"

"J'ai cass la cruche, je suis trop jolie pour porter de l'eau," dit la
ngresse.

"Vous! Jolie!" dit la dame avec tonnement (surprise), "vous tes laide
 faire peur!" Et la matresse, en colre, battit la pauvre ngresse,
lui donna une autre cruche, et la renvoya, en pleurant  la fontaine.

La ngresse retourna lentement  la fontaine, se pencha sur l'eau, vit
la mme jolie figure, et dit: "Oh, que je suis jolie! Je suis sre que
je suis la plus jolie personne du monde! Je ne porterai pas l'eau pour
ma matresse," et elle cassa la seconde cruche et retourna  la maison
sans eau.

"O est l'eau de la fontaine, esclave?" demanda la matresse
imprieusement.

"L'eau est dans la fontaine, et la cruche est casse. Je ne serai plus
votre servante. Je suis trop jolie. Je suis assez jolie pour pouser le
prince."

Alors la matresse commena  rire, et dit: "Que vous tes absurde,
Lucie; vous tes laide, laide  faire peur; retournez  la fontaine!"

La ngresse retourna  la fontaine avec une troisime cruche et se
pencha sur l'eau. Quand elle vit la jolie figure, rflchie dans l'eau
limpide, elle dit: "Oh, que je suis jolie!" et cette fois elle parla si
haut que la princesse dans l'arbre l'entendit. Amuse par ces
exclamations, elle se mit  rire. La ngresse, surprise, leva la tte,
et vit la jolie princesse: "Ah," pensa-t-elle, "c'est cette personne-l
qui a caus tout mon malheur! Je me vengerai!"

Alors d'une voix bien douce, elle, dit: "Ma jolie dame, pourquoi
tes-vous dans cet arbre?"

"Pour attendre le prince, mon fianc, qui est all au palais du roi, son
pre, chercher une belle robe de satin blanc, et une voiture."

"Ma jolie dame, vos beaux cheveux blonds sont en dsordre, voulez-vous
me permettre de grimper dans l'arbre et de vous les arranger?"

La princesse consentit, la ngresse grimpa sur l'arbre, prit une grande
pingle, et pera la tte de la pauvre princesse, qui jeta un cri
terrible et disparut. La ngresse, surprise, leva la tte et vit un joli
pigeon blanc qui s'envolait en poussant des cris plaintifs. Alors la
ngresse s'assit  la place de la princesse et attendit le retour du
prince.

Quelques minutes aprs le prince arriva avec toute sa suite. Il regarda
 droite et  gauche, et ne vit personne. Il commena  appeler:

"Ma princesse, ma belle fiance, ma bien-aime, o tes-vous?"

"Ici," rpondit la ngresse.

Le prince courut  l'arbre avec empressement. Mais quelle ne fut pas sa
surprise et son chagrin quand il vit la vilaine ngresse, au lieu de sa
charmante fiance.

"O est ma princesse, ma fiance, une dame belle comme le jour et
blanche comme la neige?" demanda-t-il.

"Je suis votre fiance," dit la ngresse; "je suis la belle princesse,
je suis votre bien-aime. Mais pendant votre absence une mchante fe
est venue et m'a change en ngresse, comme vous voyez."

Le prince tait un homme d'honneur, et comme il avait demand la main de
la jolie princesse, il pensa: "Je suis forc d'pouser cette personne,
parce qu'elle dclare qu'elle est ma fiance."

Alors il aida la ngresse  descendre de l'arbre et appela les dames
d'honneur, qui regardrent leur nouvelle souveraine avec dgot. Le
prince leur ordonna de vtir la ngresse, et elles lui donnrent la
belle robe de satin blanc, le voile de marie, et la couronne de fleurs
d'oranger. Mais toute cette belle toilette la faisait paratre plus
laide que jamais.

Quand la toilette de la ngresse fut compltement finie, le prince la
conduisit  la voiture, prit place  ct d'elle, et alla au chteau. Le
vieux roi, anxieux de voir la beaut de sa future belle-fille, la reut
 la porte. Il regarda la ngresse avec surprise, se tourna vers son
fils et dit avec colre:

"Mon fils, tes-vous fou? Vous avez dit que la princesse que vous aviez
choisie tait plus blanche que la neige, plus belle que le jour,
intelligente et aimable comme un ange, et maintenant vous arrivez avec
une vilaine ngresse, qui est laide  faire peur."

Le roi tait si en colre contre son fils qu'il lui tourna le dos, et
alla dans sa chambre, o il pleura de rage.

Le prince conduisit la ngresse  l'appartement qui avait t prpar
pour elle. Il plaa le chteau et tous les domestiques  sa disposition,
et lui dit que leur mariage aurait lieu seulement le lendemain.

Alors le prince alla trouver son pre, lui raconta toutes ses aventures,
et dclara qu'il ne se consolerait jamais de la perte de la jolie
princesse, mais, qu'tant un homme d'honneur, il ne pourrait jamais
refuser d'pouser la ngresse.

Pendant que le prince tait avec son pre, la ngresse, heureuse de
commander aux autres, alla partout dans le palais, donna des ordres 
tous les domestiques, et arriva enfin  la cuisine, o elle dit au chef
de faire beaucoup de bonnes choses  manger.

Pendant qu'elle donnait cet ordre, un joli pigeon blanc vint se poser
sur un arbre, tout prs de la fentre de la cuisine, et poussa un petit
cri plaintif. La ngresse vit le pigeon, le montra au chef, et dit:
"Chef, prenez votre grand couteau, coupez la tte  ce pigeon, et
faites-le rtir pour mon souper."

Le cuisinier prit son grand couteau, alla dans le jardin, et tua le
pauvre petit pigeon blanc. Trois gouttes de sang tombrent  terre, et
le chef porta le pigeon  la cuisine pour le rtir pour le souper de la
ngresse, sa nouvelle matresse.

Le prince avait quitt son pre, et il s'tait retir dans sa chambre
pour pleurer la belle princesse. Il tait prs de la fentre; il vit le
cuisinier tuer le pigeon blanc, et il remarqua les trois gouttes de sang
qui tombrent  terre.

Quelques minutes aprs que le cuisinier fut parti, le prince remarqua
trois petites plantes qui sortaient de terre  la place o les trois
gouttes de sang du pigeon taient tombes. Ces trois petites plantes
poussaient avec une rapidit extraordinaire, et en quelques minutes le
prince vit avec surprise trois arbres, tout couverts de fleurs.

Quelques minutes aprs les fleurs avaient disparu, et le prince remarqua
trois fruits verts. En un instant les fruits taient mrs, et le prince
vit avec surprise que ces fruits taient trois citrons. Il descendit
dans le jardin, cueillit les trois citrons, remonta dans sa chambre,
remplit la coupe d'or d'eau frache, et prit le couteau d'argent.

Le pauvre prince coupa le premier citron, en tremblant; la premire
princesse parut, et demanda  boire, mais le prince dit: "Oh non,
charmante princesse, ce n'est pas vous que je veux pour femme." Il coupa
le second citron, la seconde princesse parut, et il lui refusa aussi 
boire. Mais quand il coupa le troisime citron et que la troisime
princesse parut, il lui donna  boire avec empressement, et elle resta
avec lui, et il l'embrassa avec joie.

La jolie princesse raconta toutes ses aventures au prince, et il dit que
la ngresse serait punie. Mais le prince tait si heureux de revoir sa
chre princesse qu'il dansa de joie. Le roi, entendant le bruit dans la
chambre du prince, arriva en colre, ouvrit la porte, et dit: "Mon fils,
vous tes dcidment fou! Pourquoi dansez-vous maintenant?"

"Oh mon pre," rpondit le prince, "je danse de joie, parce que j'ai
retrouv la chre princesse, la plus jolie femme du monde!" et le prince
prsenta la princesse  son pre, qui la regarda avec admiration, et
dit: "Mon fils, vous avez raison, cette princesse est belle comme le
jour, blanche comme la neige, et je suis sr qu'elle est aussi bonne et
intelligente qu'un ange!"

Alors le roi demanda au prince comment il avait retrouv la princesse,
o elle avait disparu, et quand il eut entendu toute l'histoire, il dit:
"La ngresse est une trs mchante femme. Elle mrite une punition trs
svre."

Alors le roi prit un grand voile, le jeta sur la tte de la princesse,
et la mena dans la grande salle, o tous les courtisans taient
assembls autour de la ngresse, qui portait une robe de satin rose
toute couverte de perles et de diamants.

Le roi s'avana vers la ngresse et dit: "Madame, demain vous pensez
tre la reine de ce royaume. Donnez-moi votre opinion, et dites-moi
quelle punition mrite la personne qui attaquerait la future femme du
prince, mon fils?"

"Une personne qui attaquerait la femme de votre fils mriterait une mort
terrible. Elle mriterait d'tre jete dans un grand four, rtie toute
vive, et je commanderais que ses cendres fussent jetes au vent."

Le roi rpondit: "Madame, vous avez prononc votre propre punition. Vous
tes une femme cruelle! Vous avez voulu tuer cette jolie princesse, la
future femme de mon fils, et vous serez jete dans un four, rtie toute
vive, et je commanderai que vos cendres soient jetes au vent!"

Alors le roi leva le voile de la princesse, et tous les courtisans et
toutes les dames d'honneur s'crirent: "Oh, quelle jolie princesse!"

La pauvre ngresse se jeta  genoux devant le roi, et dit: "Mon roi, mon
roi, ayez compassion de moi, ayez compassion de moi, ne me faites pas
rtir toute vive dans un four. Pardon, mon roi, pardon!"

Mais le roi refusa de pardonner  la ngresse; alors la belle princesse
s'avana, et dit: "Votre majest a promis de me donner un beau cadeau de
noces. Donnez-moi la vie de cette pauvre crature si ignorante!"

Le roi consentit  la demande de la princesse, qui trouva une bonne
place pour la ngresse, et tout le monde dclara que la nouvelle reine
tait aussi bonne que belle.

Le mariage du prince et de la princesse fut clbr le lendemain avec
beaucoup de pompe et de crmonie, et le prince et la princesse furent
heureux tout le reste de leur vie, et regretts aprs leur mort de tous
leurs sujets.




LA VILLE SUBMERGE.[9]


[Note 9: This is one of the Dutch Medival Legends. The only
Stavoren now existing is a little fishing town on the northeast coast of
the Zuyder Zee. This gulf was caused by "the terrific inundations of the
thirteenth century," when thousands of people perished. It was only
after this inundation took place that the city of Amsterdam arose on the
southwest shore of the Zuyder Zee. The story, with the exception of the
inundation, is purely mythical.]

Il y avait une fois, en Hollande, une grande et belle ville appele
Stavoren. Cette ville tait situe prs de la mer, et les habitants
taient trs riches, parce que leurs vaisseaux allaient dans toutes les
diffrentes parties du monde chercher les trsors de toutes les
diffrentes contres.

Les habitants de Stavoren taient trs riches, et ils taient fiers de
leur or, fiers de leur argent, fiers de leurs vaisseaux, et fiers de
leurs grands palais. Ils taient fiers et gostes aussi, parce qu'ils
ne pensaient jamais aux pauvres, qui n'avaient ni or, ni argent, ni
vaisseaux, ni palais.

Il y avait une dame  Stavoren qui tait plus riche et plus fire que
tous les autres habitants; elle tait aussi plus goste et plus cruelle
envers les pauvres. Un jour, cette dame si riche appela le capitaine de
son plus grand vaisseau, et dit:

"Capitaine, prparez votre vaisseau, et quittez le port. Allez me
chercher une grande cargaison de la chose la plus prcieuse du monde."

"Certainement, madame," dit le capitaine, "commandez, et j'obirai. Mais
que voulez-vous, madame? Voulez-vous une grande cargaison d'or,
d'argent, de pierres prcieuses, ou d'toffes? Que voulez-vous?"

"Capitaine," rpondit la dame, "j'ai donn mes ordres. Je demande une
cargaison de la chose la plus prcieuse du monde. Il y a seulement une
chose qui est plus prcieuse que toutes les autres. Allez chercher cette
chose-l et partez immdiatement."

Le pauvre capitaine, qui avait peur de la dame, obit. Il alla au port,
il prpara son vaisseau, et partit. Alors il appela ses officiers et ses
matelots, et dit:

"Camarades, notre matresse a command une grande cargaison de la chose
la plus prcieuse du monde. Elle a refus de dire quelle est la chose la
plus prcieuse du monde. Je ne sais pas quelle est la chose la plus
prcieuse du monde. Savez-vous quelle est la chose la plus prcieuse du
monde?"

"Oui, mon capitaine," rpondit un officier, "la chose la plus prcieuse
du monde, c'est l'or."

"Oh, non, mon capitaine," rpondit un autre officier, "la chose la plus
prcieuse du monde, c'est l'argent."

"Non," dit un autre. "Mes camarades, la chose la plus prcieuse du monde
ce sont les pierres prcieuses, les perles, les diamants, et les rubis."

Un autre matelot dit: "Mon capitaine, la chose la plus prcieuse du
monde ce sont les toffes." Tous les hommes et tous les officiers
avaient une opinion diffrente, et le pauvre capitaine tait trs
embarrass. Enfin le capitaine dit: "Je sais quelle est la chose la plus
prcieuse du monde, c'est le bl. Avec le bl on fait le pain, la chose
la plus prcieuse du monde, parce que le pain est indispensable." Le
capitaine tait content, et tous les hommes taient contents aussi.

Le capitaine dirigea son vaisseau dans la mer Baltique.[10] Il alla  la
ville de Dantzic.[11] L il acheta une grande cargaison de bl
magnifique. Il chargea la cargaison de bl sur son vaisseau, et il
repartit pour Stavoren. Pendant son absence, la dame avait fait visite 
toutes les personnes riches de Stavoren, et avait dit: "J'ai envoy mon
capitaine chercher une cargaison de la chose la plus prcieuse du
monde."

[Note 10: The Baltic Sea, between Germany, Denmark, Scandinavia, and
Russia.]

[Note 11: Dantzic, a city in West Prussia, on the Baltic coast.]

"Ah," rpondaient les personnes riches, "quelle est cette chose?" Mais
la dame refusait de rpondre et disait seulement: "Devinez, mes amis,
devinez."

Naturellement la curiosit de toutes les personnes de Stavoren tait
grande, et elles attendaient le retour du capitaine avec impatience. Un
jour le grand vaisseau arriva dans le port, le capitaine se prsenta
devant la dame qui le regarda avec surprise, et dit:

"Comment, capitaine, dj de retour! Vous avez t rapide comme un
pigeon. Avez-vous la cargaison que j'ai demande?"

"Oui, madame," rpondit le capitaine, "j'ai une cargaison du plus
magnifique bl!"

"Comment!" dit la dame. "Une cargaison de bl! Misrable! j'ai demand
une cargaison de la chose la plus prcieuse du monde, et vous apportez
une chose aussi vulgaire, aussi ordinaire, aussi commune que du bl!"

"Pardon, madame," dit le capitaine. "Le bl n'est pas vulgaire,
ordinaire, et commun. Le bl est trs prcieux. C'est la chose la plus
prcieuse du monde. Avec le bl on fait le pain. Et le pain, madame, est
indispensable."

"Misrable!" dit la dame. "Allez au port, immdiatement, et jetez toute
la cargaison de bl  la mer."

"Oh, madame, quel dommage!" dit le capitaine. "Le bl est si bon! Si
vous ne voulez pas ce bon bl, donnez-le aux pauvres, ils ont faim, ils
seront contents."

Mais la dame refusa, et dit encore une fois: "Capitaine, allez au port,
immdiatement, et jetez toute la cargaison de bl  la mer! J'arriverai
au port dans quelques minutes pour voir excuter mes ordres."

Le pauvre capitaine partit. En route il rencontra beaucoup de pauvres,
et dit: "Ma matresse, la dame la plus riche de Stavoren, a une grande
cargaison de bl. Elle ne veut pas ce bl. Elle a command de jeter
toute la cargaison  la mer. Si vous voulez le bl, venez au port,
peut-tre que ma matresse aura compassion de vous, et vous donnera
toute la cargaison."

Quelques minutes plus tard tous les pauvres de Stavoren taient
assembls sur le quai; la dame arriva, et dit:

"Capitaine, avez-vous excut mes ordres?"

"Non, madame, pas encore!"

"Alors, capitaine, obissez, jetez toute la cargaison de bl  la mer."

"Madame," dit le capitaine, "regardez tous ces pauvres, ils ont faim!
Donnez le bl que vous ne voulez pas aux pauvres!"

"Oh, oui, madame! Nous avons faim, nous avons faim," crirent les
pauvres. "Donnez-nous le bl! Donnez-nous le bl!"

Mais la dame tait trs cruelle, et dit:

"Non, non! Capitaine, j'ai command. Jetez tout le bl  la mer,
immdiatement."

"Jamais, madame!" rpondit le capitaine. Alors la dame fit un signe aux
officiers et aux matelots, et rpta son ordre. Les hommes obirent, et
malgr les cris des pauvres, et malgr leurs pleurs, tout le bl fut
jet  la mer.

La dame regarda en silence, et quand la procession de sacs eut cess,
elle demanda aux officiers et aux matelots:

"Avez-vous jet tout le bl  la mer?"

"Oui, madame," rpondirent les hommes.

"Oui, madame," dit le capitaine d'une voix indigne, "mais un jour
arrivera o vous regretterez ce que vous avez fait! Un jour arrivera o
vous aurez faim! Un jour arrivera o personne n'aura compassion de
vous!"

La dame regarda le capitaine avec surprise, et dit:

"Capitaine, c'est impossible. Je suis la personne la plus riche de
Stavoren. Moi, avoir faim, c'est absurde!"

Alors la dame prit une bague de diamants, la jeta  la mer, et dit:
"Capitaine, quand cette bague de diamants sera place dans ma main, je
croirai ce que vous avez dit!" et la dame quitta le port.

Quelques jours aprs, un domestique trouva la bague de diamants dans
l'estomac d'un poisson qu'il prparait pour le dner de la dame. Il
porta la bague  sa matresse. Elle regarda la bague avec surprise, et
demanda: "O avez-vous trouv cette bague?" Le domestique rpondit:
"Madame, j'ai trouv la bague dans l'estomac d'un poisson!"

Alors la dame pensa aux paroles du capitaine. Le mme jour la dame reut
la nouvelle de la destruction de tous ses vaisseaux, et elle perdit
aussi tout son or, tout son argent, toutes ses pierres prcieuses, et
tous ses palais.

La dame n'tait plus riche, mais elle tait pauvre, trs pauvre. Elle
alla de porte en porte, demander quelque chose  manger, mais tous les
riches et tous les pauvres de Stavoren refusrent de lui donner du pain.
La pauvre dame prit enfin de froid et de faim.

Les autres personnes riches de Stavoren ne changrent pas leurs
habitudes. Alors le bon Dieu, qui n'aime pas les personnes gostes,
envoya un second avertissement.

Un jour, le port de Stavoren se trouva bloqu par un grand banc de
sable. Ce banc empcha le commerce, et dans quelques jours le bl que la
dame avait jet  la mer, commena  pousser, et le banc de sable tait
tout couvert d'herbe verte.

Toutes les personnes de Stavoren regardrent le bl et dirent: "C'est un
miracle, c'est un miracle!" Mais, le bl ne produisit pas de fruit! Le
commerce avait cess; les riches avaient assez  manger, mais les
pauvres taient plus pauvres qu'avant.

Alors Dieu envoya un troisime avertissement. Un jour, un homme arriva
dans la maison o tous les riches taient assembls, et dit; "J'ai
trouv deux poissons dans le puits! La digue est rompue. La digue est
rompue. Protgez la ville, protgez les maisons des pauvres prs de la
digue!"

Mais les riches continurent  danser. La mer entra dans la ville
pendant la nuit, et tout  coup toutes les maisons et tous les palais de
Stavoren furent submergs.[12] Les pauvres prirent, les riches prirent
aussi, et le Zuiderse occupe maintenant la place de la belle ville de
Stavoren, dtruite  cause de l'gosme de ses habitants riches qui
refusaient de donner  manger aux pauvres.

[Note 12: Many dikes are built in Holland to prevent the country
from being submerged, as a great portion of it now lies beneath the
level of the North Sea.]




LE POISSON D'OR.[13]


[Note 13: This is a Russian fairy story. It is a favorite along the
shores of the Baltic Sea.]

Il y avait une le au milieu de l'ocan o il y avait une petite cabane.
Dans cette cabane vivaient un vieillard et sa femme. Ils taient
pauvres, trs pauvres, et le mari avait seulement un filet. Tous les
jours il allait pcher, et lui et sa femme mangeaient les poissons qu'il
prenait dans son filet.

Un jour aprs avoir pch longtemps, il prit un petit poisson d'or qui
avait une voix humaine, et qui dit: "Brave homme, rejette-moi dans la
mer bleue. Je suis si petit, donne-moi la vie, et je ferai tout ce que
tu me demanderas."

Le pcheur eut compassion du petit poisson, et retourna  la cabane sans
rien.

Sa femme demanda, "Eh bien, mon mari, as-tu pris beaucoup de poissons?"

"Non," dit-il, "j'ai pch toute la journe, et j'ai seulement pris un
petit poisson d'or."

"O est-il?" dit la femme.

"Dans la mer," rpondit le pcheur, "il m'a tant pri d'avoir compassion
de lui que je l'ai remis dans l'eau."

La femme tait trs indigne.

"Imbcile!" dit-elle, "tu avais la fortune dans la main et tu as t
trop stupide pour en profiter."

Elle parla tant que le vieillard, fatigu de ses reproches, courut au
bord de la mer, et cria:

"Poisson d'or, poisson d'or! viens  moi, la queue dans la mer, la tte
tourne vers moi!"

Le poisson d'or arriva aussitt, et dit: "Vieillard, que veux-tu?"

"Je veux du pain pour ma femme qui est en colre."

"Va  la maison, vieillard, et tu trouveras du pain en abondance," dit
le poisson.

Le vieillard arriva  la cabane, "Eh bien, ma femme, as-tu du pain en
abondance?"

"Oui," dit la femme, "mais je suis bien malheureuse. J'ai cass mon
baquet, je ne sais o laver mon linge. Va trouver le poisson d'or, et
dis-lui que je veux un baquet neuf."

Le vieillard alla au bord de la mer, et cria:

"Poisson d'or, poisson d'or! viens  moi, la queue dans la mer, la tte
tourne vers moi!"

Le poisson d'or arriva en disant, "Vieillard, que veux-tu?"

"Un baquet neuf pour ma femme, qui n'est pas contente parce qu'elle ne
peut pas laver son linge."

"Va  la maison," dit le poisson d'or, "et tu y trouveras un baquet
neuf."

Le vieillard retourna chez lui, et dit: "Eh bien, ma femme, as-tu un
baquet neuf?"

"Oui," dit la femme, "mais va dire au poisson d'or que notre cabane
tombe en ruine, et qu'il m'en faut une autre."

Le vieillard retourna au bord de la mer et cria:

"Poisson d'or, poisson d'or, viens  moi!"

"Que veux-tu?" demanda le poisson.

"Une cabane neuve pour ma femme, qui est de bien mauvaise humeur."

"Trs-bien, va  la maison, et tu trouveras une cabane neuve!"

Le vieillard arriva chez lui et vit une belle cabane neuve. Sa femme
ouvrit la porte, et dit:

"Imbcile, va dire au poisson d'or que je veux tre archiduchesse, et
demeurer dans un beau chteau, o j'aurai beaucoup de domestiques qui me
feront de grandes rvrences."

Le vieillard retourna au bord de la mer et fit la commission.

"C'est bien," lui dit le poisson d'or, "retourne  la maison; tu
trouveras tout fait."

Arriv  la maison, le vieillard vit un chteau magnifique. Sa femme,
vtue d'or et d'argent, tait assise sur un trne et donnait ses ordres
 une foule de domestiques. Quand elle aperut le vieillard elle dit:

"Qui est ce vieillard-l, ce mendiant?" et elle commanda qu'on le mt 
la porte. Mais bientt elle voulut tre impratrice. Elle fit donc venir
le vieillard et lui dit d'aller trouver le poisson d'or et de lui dire:
"Ma femme ne veut plus tre archiduchesse; elle veut tre impratrice."

Le vieillard obit, et le poisson d'or accorda aussi ce souhait. Enfin
la mchante femme voulut tre reine des eaux et commander  tous les
poissons.

Le vieillard alla donc au bord de la mer, appela le petit poisson d'or
et dit:

"Poisson d'or, ma femme n'est toujours pas contente. Elle dit qu'elle
aimerait tre reine des eaux et commander  tous les poissons."

"Oh, c'est trop," dit le petit poisson d'or, "elle ne sera jamais reine
des eaux, elle est bien trop mchante, et je suis sr que tous les
poissons seraient bien malheureux sous ses ordres."

Le poisson disparut, en disant ces mots, et quand le vieillard arriva
chez lui, il retrouva la pauvre cabane, le baquet cass, la vieille
femme mal vtue, et il fut oblig de reprendre son filet et de pcher.
Mais il eut beau jeter son filet  la mer, il ne retrouva plus le
poisson d'or.




LA CABANE AU TOIT DE FROMAGE.[14]


[Note 14: This is one of the Swedish folk tales; another well-known
version of "Hans and Gretchen."]

Une vieille sorcire demeurait dans une cabane au milieu d'une fort sur
une haute montagne. Cette femme tait trs cruelle, et elle aimait
manger les petits enfants. Elle avait l'habitude de placer tous ses
fromages sur le toit de sa cabane, afin d'attirer tous les enfants du
voisinage. A une certaine distance de cette cabane, demeurait un pauvre
paysan qui avait deux enfants, une petite fille trs stupide et un
garon qui tait bien intelligent.

Un jour le paysan envoya les enfants dans la fort pour cueillir des
fraises. Ils arrivrent bientt  la maison de la sorcire, et comme ils
avaient bien faim, le garon grimpa sur le toit. Il prit un fromage. La
vieille sorcire entendit un petit bruit, et cria: "Qui est l, sur mon
toit?"

"Ce sont de petits anges," rpondit le petit garon d'une voix bien
douce.

La sorcire dit: "Chers petits anges, mangez autant de fromage que vous
voulez," et elle resta assise auprs du feu. Le petit garon prit des
fromages et partit avec sa soeur.

Quelques jours aprs, les enfants revinrent. Le garon grimpa sur le
toit, et la sorcire cria: "Qui est l, sur mon toit?"

Le garon rpondit comme la premire fois: "Ce sont de petits anges!" et
la petite fille, qui aimait beaucoup causer, cria: "Je suis l aussi!"

Alors la sorcire sortit de la maison, et saisit les deux enfants en
disant: "Oh, oui, vous tes deux jolis petits anges et vous ferez un bon
rti. Comment est-ce que votre mre tue ses porcs?" demanda-t-elle.

La petite fille dit: "Elle leur coupe la tte avec son grand couteau."

"Non, non," dit le garon, "elle leur met une corde autour du cou."

La sorcire alla chercher une corde, la mit autour du cou du garon, qui
tomba par terre comme s'il tait mort.

"Es-tu mort, maintenant?" demanda la sorcire.

"Oui," rpondit le garon.

"Oh, non," dit la sorcire; "tu n'es pas mort pour de bon, car tu parles
encore."

Le garon rpliqua: "Je parle encore parce que ma mre engraisse
toujours ses porcs avant de les rtir. Elle dit qu'ils sont bien
meilleurs."

"Une bonne ide!" dit la sorcire.

Elle prit les deux enfants, les mit dans une cage, et dit: "Comment
votre mre engraisse-t-elle ses porcs?"

"Oh, elle leur donne du grain," dit la petite fille.

"Non, non," dit le garon, "ma soeur se trompe, elle est si petite! Ma
mre engraisse ses porcs avec des gteaux et du lait doux."

"Bon," dit la sorcire, "c'est ce que je ferai."

La sorcire leur donna donc beaucoup de gteaux et de lait doux. Un jour
elle arriva  la cage, et dit: "J'ai mal aux yeux et je ne puis pas voir
si vous tes assez gras. Levez le doigt que je le tte."

La petite fille allait faire juste comme la vieille avait dit; mais le
petit garon prit sa place et prsenta un petit bton.

La sorcire le tta, et dit:

"Vous tes bien maigres." Et elle leur donna deux fois plus de gteaux
et de lait doux.

Quelques jours aprs, elle dit de nouveau:

"Levez le doigt, je veux voir si vous tes assez; gras."

Le garon tendit une queue de chou, et la vieille femme dit:

"Oui, vous tes assez gras." Elle porta les enfants dans sa cabane, et
dit  la fille de faire un grand feu dans le four. Quand il fut bien
chaud, elle dit aux enfants: "Maintenant, mettez-vous sur la pelle, l'un
aprs l'autre, et je vous mettrai au four."

La petite fille, toute tremblante, allait obir, quand son frre prit sa
place. Mais quand la vieille prit la pelle, il roula  terre. La
sorcire se mit en colre, mais le garon s'excusa poliment, et dit:

"Madame, nous sommes bien stupides, et bien gauches, je le sais;
montrez-nous comment nous placer sur la pelle!" La sorcire se plaa sur
la pelle, le garon la poussa vite dans le four et ferma la porte.

Alors il prit tous les fromages de la sorcire, et accompagn de sa
petite soeur, il rentra tout joyeux chez son pre. Quant  la sorcire,
elle fut bien rtie, et personne ne pleura sa mort.




LE VRAI HRITIER.[15]


[Note 15: This anecdote is adapted from a story in a French Reader,
"Livre de Morale en Action," by Barrau.]

Julien tait le fils d'un homme trs pauvre. Son pre tomba malade et
mourut, et le pauvre Julien tait seul, tout seul. Julien tait jeune,
et un homme riche dit: "Pauvre enfant, vous avez perdu votre pre et
votre mre, vous tes orphelin, vous tes seul au monde. J'ai piti de
vous!" Et l'homme riche plaa Julien dans une bonne famille, se chargea
de son ducation, et quand il fut assez grand il le plaa en
apprentissage.

Son apprentissage fini, Julien dit adieu  son bienfaiteur, et partit
pour son tour de France. Cinq ans aprs, il arriva  la maison. Il avait
beaucoup voyag, il avait beaucoup travaill, mais il n'avait pas gagn
beaucoup d'argent.

Sa premire pense en arrivant dans sa ville natale fut d'aller faire
visite  son bienfaiteur. Hlas, le pauvre homme tait mort. Julien
trouva tous les hritiers dans la maison. Ils taient tous furieux parce
que leur oncle n'avait pas laiss une aussi grande fortune qu'ils
avaient espr.

Les hritiers dsappoints firent une vente de tous les objets qui
taient dans la maison de leur oncle. Julien alla  la vente, et il vit
avec surprise que les hritiers n'avaient aucun respect pour la mmoire
de leur oncle. Ils vendaient tout. Enfin Julien vit avec indignation
qu'ils vendaient mme le portrait du pauvre mort.

Naturellement Julien acheta les objets que son bienfaiteur avait le plus
aims, et naturellement il acheta aussi le portrait, et il donna tout
l'argent qu'il avait au monde pour l'obtenir. Il porta ce portrait dans
sa chambre, sa misrable petite chambre, et le suspendit contre le mur
par une petite ficelle (corde). Mais la ficelle tait vieille, le
portrait tait lourd, et bientt la ficelle cassa, et le portrait tomba.

Julien examina le portrait avec soin, et trouva le cadre cass. Il
voulut rparer le cadre, et il vit quelque chose de curieux. Il examina
le cadre de plus prs et dcouvrit bientt des diamants, et un papier
sur lequel son bienfaiteur avait crit:

"Je suis sr que mes hritiers sont des ingrats. Je suis sr qu'ils
vendront mme mon portrait. Ce portrait sera peut-tre achet par une
personne  qui j'ai fait du bien. Ces diamants sont pour cette personne;
je les lui donne."

Le papier tait sign, et personne ne put disputer la possession des
diamants  Julien, qui se trouva ainsi le vrai hritier de la fortune de
son bienfaiteur.

Il tait si riche, qu'il pensa aux pauvres enfants de la ville,
orphelins comme lui. Il construisit une grande maison pour eux, et il
leur raconta souvent l'histoire du portrait de son cher bienfaiteur.




YVON ET FINETTE.[16]


[Note 16: Brittany is the most westerly province of France. The
people, who are called Bretons, are descendants of the ancient Celts.
They have a language of their own, are very imaginative, and delight in
extravagant tales like this one, which is one of their special
favorites. Laboulaye also gives a version of this tale in his "Fairy
Book."]

Dans la Bretagne, il y avait autrefois la noble famille des barons
Kerver. Le baron, qui tait aussi brave que bon, avait douze enfants,
six fils, grands et forts comme lui, et six filles, belles comme le
jour, et vraiment adorables. Avec une telle famille vous pouvez
comprendre que le baron Kerver tait fier et heureux, et quand un autre
enfant arriva, il dit: "Vraiment je ne sais pas o je trouverai la place
pour ce garon, le chteau est dj plein!"

Le nouveau-venu fut appel Yvon et bientt il gagna tous les coeurs par
sa franchise, sa bonne humeur et surtout par son courage, car il n'avait
peur de rien. Quand Yvon eut atteint l'ge d'homme il dit  son pre:
"Mon pre, vous avez tant d'enfants qu'il n'y a pas de place dans le
chteau pour moi. Permettez-moi d'aller chercher fortune."

Le baron Kerver refusa d'abord de se sparer de son cher enfant, mais
enfin il consentit au dpart d'Yvon. Le jeune homme dit adieu  ses
parents,  ses frres et  ses soeurs et partit gaiement en rptant la
devise des Kerver: "En avant," chaque fois qu'un obstacle ou un danger
se prsentait. Enfin il arriva  la mer et s'embarqua dans un vaisseau
prt  partir, en criant: "En avant."

Quelques jours aprs, quand le vaisseau tait en pleine mer, une tempte
terrible s'leva, et bientt le vaisseau fut englouti par les vagues, et
Yvon se trouva seul dans l'eau: "En avant," rpta-t-il courageusement,
et il se mit  nager vigoureusement. Il arriva enfin en vue de terre, et
aprs avoir fait beaucoup d'efforts il se trouva sur une plage, o il se
reposa quelques heures avant de continuer son chemin.

Quand il fut un peu repos, il grimpa sur une montagne, et du haut de
cette montagne, il s'aperut qu'il tait sur une le. L'le n'tait pas
dserte, cependant, car Yvon aperut une maison immense  quelque
distance. Il se dirigea vers cette maison, et fut tout surpris en voyant
la grandeur des portes et des fentres qui n'avaient pas moins de
soixante pieds de haut.

Yvon ne se dconcerta cependant pas, et s'approcha de la porte. Le
marteau tait hors de porte. Il prit une grosse pierre et frappa  la
porte. Un gant, qui n'avait pas moins de quarante pieds de haut, ouvrit
la porte, et demanda d'une voix terrible:

"Qui tes-vous, et que voulez-vous?"

"Je suis Yvon, fils du baron Kerver, en Bretagne, et je viens chercher
fortune!" dit Yvon, sans trembler.

"Trs-bien!" dit le gant. "Votre fortune est faite, j'ai besoin d'un
domestique, vous pouvez entrer  mon service. Si vous me servez bien, je
vous rcompenserai bien; mais si vous n'tes pas fidle et si vous ne
faites pas exactement ce que je vous dis, je vous mangerai."

"C'est entendu!" dit Yvon. Alors le gant lui dit:

"Aujourd'hui je suis trs occup. Je vais mener mes troupeaux  la
montagne, je serai absent toute la journe. Pendant mon absence vous
pouvez nettoyer les curies. Je ne vous donne rien de plus  faire, mais
je vous dfends d'entrer dans ma maison!"

Le gant partit en disant ces mots. Yvon le suivit des yeux, et quand il
fut hors de vue, il ouvrit la porte et entra dans la maison, en disant:

"Il est clair qu'il y a quelque chose d'intressant  voir dans cette
maison; sans cela le gant ne m'aurait pas dfendu d'y entrer."

Yvon entra dans la premire chambre; elle tait vide, compltement vide.
Il n'y avait rien qu'une marmite suspendue dans la chemine. Yvon
s'avana et remarqua avec surprise que la marmite contenait une soupe
trange qui bouillait. Comme il n'y avait pas de feu sous la marmite,
Yvon trouva ceci trs extraordinaire.

Il coupa donc une mche de ses cheveux, la trempa dans la soupe, et
quand il l'en retira, il fut trs surpris de voir que les cheveux
taient couverts de cuivre. "Oh!" dit-il, "monsieur le gant a sans
doute un estomac bien solide puisqu'il peut digrer une soupe pareille!"

Yvon alla dans la seconde chambre. Il la trouva exactement pareille  la
premire, et l aussi il trouva une marmite, mais quand il trempa une
mche de cheveux dans la soupe bouillante qu'elle contenait, il remarqua
que la mche tait toute couverte d'une couche d'argent. "Oh," dit-il,
"monsieur le gant a vraiment une digestion admirable, et il faut qu'il
soit riche pour pouvoir se payer des soupes pareilles."

Yvon entra alors dans la troisime chambre, et bien qu'elle ft
exactement pareille aux deux premires, il dcouvrit bientt que la
soupe dans la troisime marmite tait une soupe d'or. Sa curiosit tait
veille, et il courut vite ouvrir une quatrime porte, et entra
hardiment dans une quatrime chambre.

Oh, quelle surprise! Il vit devant lui une charmante jeune fille, qui
s'approcha vivement de lui, et qui lui dit:

"Qui tes-vous? Que faites-vous ici? Partez vite, malheureux, car si le
gant vous trouve ici, il vous tuera!"

Le jeune homme rpondit aussitt: "Je suis Yvon, fils du baron Kerver.
Je suis venu chercher fortune. Je n'ai pas peur du gant que j'ai vu et
qui m'a engag comme domestique."

"Que vous a-t-il donn  faire?" demanda la jeune fille en tremblant.

"Il m'a dit de nettoyer l'curie. C'est bien simple, car je l'ai souvent
vu faire aux domestiques de mon pre. On prend un balai, on balaie, et
voil tout!"

"Oh!" dit la jeune fille, "c'est trs facile dans une curie ordinaire,
mais dans une curie magique comme celle du gant, ce n'est pas si
simple, car toutes les fois que vous jetterez du fumier par la porte il
en entrera plus par la fentre. Mais si vous tournez le balai, et si
vous commencez  balayer avec le manche, l'curie se nettoiera toute
seule."

"Trs-bien!" dit Yvon, "je suivrai votre conseil, et maintenant
asseyons-nous l, cte  cte, et causons."

Le temps passa vite, bien vite; et avant la fin de la journe Yvon avait
non seulement racont toute sa vie  la jeune fille, mais il avait aussi
appris qu'elle s'appelait Finette, qu'elle tait un peu fe, mais
qu'elle tait la captive et la servante du gant, qui tait un homme
cruel. Leur conversation tait si intressante qu'elle dura jusqu' tard
dans l'aprs-midi. Enfin Finette dit: "Mon ami, allez vite nettoyer
l'curie, sans cela le gant arrivera avant que votre tche ne soit
finie."

Yvon la quitta donc et alla  l'curie. Il prit un balai et jeta du
fumier par la porte comme il l'avait vu faire aux domestiques de son
pre, mais au mme instant une quantit de fumier entra par la fentre.
Alors il se rappela ce que Finette lui avait dit. Il saisit le balai et
commena  balayer avec le manche. A l'instant mme l'curie se trouva
toute propre comme par enchantement.

Yvon mit le balai dans un coin, puis il alla s'asseoir sur le banc
devant la porte de la maison du gant. Quand il vit arriver son matre,
il se croisa les jambes, renversa la tte en arrire, ferma les yeux et
commena  siffler nonchalamment.

Le gant arriva, et demanda avec colre: "Eh bien, paresseux, pourquoi
ne travaillez-vous pas?"

Yvon ouvrit les yeux lentement, et dit: "Je n'ai rien  faire!"

"Comment," cria le gant; "je vous ai dit de nettoyer mon curie."

"C'est fait!" dit Yvon tranquillement. Le gant courut  l'curie, et
revint en disant: "Misrable! vous n'avez pas fait ceci tout seul; vous
avez vu ma Finette."

"Mafinette," dit Yvon, "mafinette! Qu'est-ce que c'est que cela? Est-ce
un animal, une personne, ou une chose? Mon matre, montrez-moi a!"

Le gant dit: "Imbcile, vous ne saurez que trop tt ce que c'est. Allez
vous coucher dans la grange, et je vous dirai ce que vous aurez  faire
demain."

Le lendemain avant de partir de nouveau pour toute la journe le gant
dit  Yvon: "Allez  la montagne, attrapez mon cheval noir et mettez-le
 l'curie. Je veux m'en servir demain. Mais n'allez pas dans ma maison,
et ne cherchez pas  dcouvrir ma Finette!"

"Ah, mon matre," dit Yvon, "vous parlez toujours de mafinette.
Qu'est-ce que c'est que mafinette?"

Le gant ne rpondit pas et partit, mais aussitt qu'il fut hors de vue
Yvon courut joyeusement dans la maison pour voir Finette, qu'il aimait
dj beaucoup. Finette lui demanda ce que le gant lui avait donn 
faire.

"Oh!" dit Yvon ngligemment, "c'est quelque chose de trs facile. Il m'a
dit d'aller  la montagne attraper son cheval, de le ramener et de le
mettre  l'curie. Il veut s'en servir demain."

"Oh!" dit Finette, "ce n'est pas aussi facile que vous pensez, mon cher
Yvon, car le cheval du gant est immense, et de sa bouche et de ses
narines jaillit un feu dvorant qui tue toutes les personnes qui
l'approchent."

"Trs-bien!" dit le jeune homme, "je n'irai pas  la montagne, car je
n'ai nulle envie de mourir!"

"Oh!" dit Finette, "si vous prenez la bride magique suspendue derrire
la porte de l'curie, le cheval sera docile comme un agneau, et vous
pourrez le brider et le monter sans danger."

Yvon remercia la jeune fille de ses bons conseils, et aprs avoir caus
avec elle presque toute la journe, il alla chercher la bride magique,
et partit pour la montagne. Arriv l, il entendit bientt un bruit,
comme le tonnerre, et il vit venir au grand galop un cheval monstre, de
la bouche et des narines duquel jaillissait un feu dvorant.

Yvon, qui n'avait peur de rien, secoua la bride, et le coursier vint
s'agenouiller devant lui, doux comme un agneau. Yvon brida le cheval
sans peine, monta sur son dos, retourna  la maison et le mit 
l'curie.

Cela fait, il alla s'asseoir sur le banc, devant la porte, et quand il
vit venir le gant, il se croisa les jambes, ferma les yeux et commena
 siffler.

Le gant s'approcha, et lui dit avec colre: "Eh bien, paresseux,
pourquoi n'avez-vous pas fait ce que je vous ai command?"

"C'est fait, mon matre, votre cheval est  l'curie, et c'est une bien
gentille bte, allez!"

"Mon cheval une gentille bte!" s'cria le gant avec surprise, et il
courut  l'curie pour voir si c'tait vraiment son cheval que le jeune
homme avait ramen de la montagne.

Il revint en quelques minutes en grommelant: "Misrable, vous n'avez pas
fait ceci tout seul. Quelqu'un vous a aid. Vous avez vu ma Finette."

"Mafinette, mafinette!" dit Yvon. "Vous parlez toujours de mafinette,
mon matre; qu'est-ce donc que mafinette?"

"Vous ne saurez que trop tt," dit le gant, et il alla se coucher.

Le lendemain, avant de partir, il dit  Yvon: "Yvon, allez aujourd'hui 
l'abme sans fond, toucher mes revenus!"

"Trs-bien!" dit Yvon, sans paratre le moins du monde surpris, et le
gant partit.

Quand il fut hors de vue, Yvon courut rejoindre Finette, qui lui demanda
anxieusement ce que le gant lui avait command de faire.

"Oh!" dit Yvon, "le gant m'a dit: 'Allez  l'abme sans fond, toucher
mes revenus.' Je ne sais pas o c'est, ni combien le gant veut, mais je
suis sr que vous savez tout, ma Finette chrie, et que vous m'aiderez
de nouveau."

Finette rougit, sourit, et dit: "Oui, Yvon, je sais en effet o est
l'abme sans fond. Prenez cette baguette, allez  la montagne,
frappez-en le grand rocher noir trois fois. Le rocher s'ouvrira, et un
dmon paratra; il vous demandera brusquement: 'Que voulez-vous?' et
vous rpondrez, 'Les revenus du gant!' Alors il dira: 'Combien
voulez-vous?' Vous rpondrez: 'Pas plus que je ne peux porter.'

"Alors le dmon vous fera entrer dans une grotte immense, o vous verrez
des diamants, des rubis, des perles, des meraudes, des topazes, des
amthystes, de l'or et de l'argent en grandes quantits. Vous verrez un
sac par terre. Prenez-le et remplissez-le, sans dire un seul mot, et
sortez en silence."

"Trs-bien," dit Yvon, "je ferai exactement tout ce que vous m'avez dit,
ma chre Finette." Et il s'assit  ct d'elle, et ils causrent
longtemps ensemble. Quand l'aprs-midi arriva, le jeune homme prit la
baguette, et partit pour la montagne. Il trouva le rocher noir sans
peine. Il le frappa trois fois de sa baguette. Le rocher s'ouvrit, et un
dmon parut, qui dit d'une voix terrible:

"Que voulez-vous?"

"Les revenus du gant!" rpondit Yvon sans se laisser dconcerter.

"Combien voulez-vous?" demanda brusquement le dmon.

"Pas plus que je ne puis porter," dit Yvon.

"Entrez!" fit le dmon, et il conduisit Yvon dans une grotte toute
tincelante d'or, d'argent, et de pierreries. Yvon vit un sac  terre;
il le prit et le remplit d'or, d'argent, et de pierreries, et sortit en
silence. Il descendit la montagne, et s'assit sur le banc devant la
porte. Quelques minutes aprs le gant arriva.

"Avez-vous fait ma commission?" dit-il.

"Oui," rpondit le jeune homme, "je suis all  l'abme sans fond, et
j'ai touch vos revenus."

"Avez-vous le compte juste?" demanda le gant.

"Comptez vous-mme, et vous verrez!" dit le jeune homme en montrant le
sac du doigt.

Le gant ouvrit le sac, compta les pierres prcieuses, et dit:
"Misrable, vous n'avez pas fait ceci tout seul; vous avez sans doute vu
ma Finette."

"Ah, mon matre, qu'est-ce donc que mafinette? Vous en parlez sans
cesse; qu'est-ce?"

"Vous ne saurez que trop tt!" grommela le gant, et il partit.

Le lendemain matin il s'en alla  cheval sans dire mot  Yvon. Quand il
fut hors de vue le jeune homme alla trouver Finette.

"Qu'avez-vous  faire aujourd'hui," demanda Finette.

"Rien, absolument rien! J'ai vacance aujourd'hui!" rpondit Yvon.

"Oh," dit Finette, "c'est un mauvais signe. Allez vite vous asseoir sur
le banc, devant la maison, et restez l jusqu' ce que je vienne."

Yvon obit  regret. Quelques minutes aprs le gant revint. Il ne dit
pas un seul mot  Yvon, mais il entra dans la maison et dit  Finette:
"Prenez un couteau, coupez la gorge au jeune homme que vous trouverez
assis devant la porte, et faites-en une bonne soupe. Je vais dormir;
appelez-moi quand la soupe sera prte."

En disant ces mots, le gant alla se coucher, et quelques minutes aprs
il tait profondment endormi, et on l'entendait ronfler par toute la
maison. Finette prit un couteau, alla  la porte, appela Yvon et lui
raconta toute l'histoire.

"Finette!" dit Yvon, "vous n'allez srement pas me couper la gorge."

"Oh non!" dit Finette. "Donnez-moi le doigt." Elle coupa un peu le doigt
d'Yvon, et trois gouttes de sang tombrent sur le pas de la porte.

"Venez avec moi maintenant," dit-elle. Yvon l'accompagna dans la maison.
Ils firent un grand feu. Ils suspendirent une marmite sur le feu. Yvon
remplit la marmite d'eau de la fontaine, et Finette y jeta des oignons,
des carottes, des navets, du persil et des pommes de terre. Puis elle y
jeta une paire de souliers, une paire de bas, une paire de pantalons,
une chemise, une veste, un habit et un chapeau, et quitta la chambre.

Accompagne d'Yvon, elle alla dans la chambre o bouillait l'or. L elle
fit trois boulets d'or. Puis elle alla dans la chambre o bouillait
l'argent. L elle fit deux boulets d'argent. Puis elle alla dans la
chambre o bouillait le cuivre. L elle fit un boulet de cuivre. Puis
elle prit Yvon par la main, et dit:

"Fuyons, fuyons, avant que le gant se rveille," et ils s'enfuirent
tous deux aussi vite que leurs jambes pouvaient les porter. Le gant
dormit longtemps, enfin il se rveilla et cria: "Finette, la soupe
est-elle prte?"

"Non, pas encore, mon matre," dit la premire goutte de sang.

Le gant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit
longtemps. Enfin il se rveilla et cria: "Finette, la soupe est-elle
prte?"

"Non, pas encore, mon matre," dit la seconde goutte de sang.

Le gant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps.
Enfin il se rveilla et cria: "Finette, la soupe n'est-elle pas encore
prte?"

"Non, mon matre, pas encore," rpondit la troisime goutte de sang.

Le gant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps.
Enfin il se rveilla et cria: "Finette, la soupe est-elle prte?" Pas de
rponse. Il cria de nouveau: "Finette, la soupe est-elle prte?"
Toujours pas de rponse.

Il alla  la cuisine. Finette n'y tait pas, mais la marmite tait sur
le feu. La soupe bouillait fort. Le gant prit une cuillre, la plongea
dans la soupe et retira un soulier. "Oh!" dit-il avec dgot.

Il plongea de nouveau la cuillre dans la soupe, et retira un bas. Il
trouva les bas, les souliers, les pantalons, la chemise, la veste,
l'habit, le chapeau; il trouva les navets et tous les autres lgumes,
mais il ne trouva pas de viande frache. Il comprit enfin qu'Yvon et
Finette s'taient chapps, et il se mit  leur poursuite. Il courait si
vite avec ses longues jambes que bientt il vit les fugitifs qui se
dirigeaient vers la mer.

Finette vit aussi le gant; elle jeta le boulet de cuivre  terre, et
dit: "Boulet, sauvez-moi!"

 l'instant la terre s'ouvrit, et un grand prcipice parut entre le
gant et les fugitifs, qui fuyaient toujours. Le gant, furieux de
trouver cet obstacle, arracha un grand arbre, le jeta en travers du
prcipice, et se mit  califourchon pour passer de l'autre ct.

Il arriva enfin de l'autre ct, et continua la poursuite. Pendant ce
temps, Yvon et Finette taient arrivs au bord de la mer, mais il n'y
avait pas de vaisseau en vue. Finette prit un boulet d'argent, le jeta 
la mer en disant: "Boulet, sauvez-moi!" et au mme instant parut un
vaisseau, dans lequel Yvon et Finette s'embarqurent promptement, et qui
fit voile aussitt.

Le gant arriva  la plage (au bord de la mer)  cet instant, et plongea
dans l'eau pour saisir le bateau.

Alors Finette jeta le second boulet d'argent en disant: "Boulet,
sauvez-moi." Au mme instant parut un poisson, un poisson monstre. Le
gant vit le poisson. Il eut peur, et il retourna vite  terre pendant
qu'Yvon et Finette s'loignaient rapidement.

"Nous sommes sauvs," dit Yvon avec joie.

"Ah!" dit Finette, "ce n'est pas encore sr. Le gant a une tante qui
est sorcire; elle essaiera de nous faire du mal, et je ne serai pas
tranquille jusqu' ce que nous soyons maris dans l'glise du chteau de
Kerver, car jusqu'alors elle peut exercer son pouvoir sur nous."

Yvon consola Finette. Le voyage fut trs agrable, et les jeunes gens
dbarqurent enfin prs du chteau de Kerver. Le vaisseau disparut
aussitt, et Yvon dit  Finette:

"Ma chre amie, vous tes la plus belle et la plus charmante des femmes;
il n'est donc pas convenable que vous entriez dans la maison de mon pre
 pied et ainsi vtue. Attendez-moi ici. J'irai au chteau chercher une
belle robe et un bon cheval, et alors vous pourrez vous prsenter d'une
faon convenable."

Finette objecta; elle dit qu'elle avait peur, mais Yvon insista tant
qu'elle consentit enfin  le laisser partir. Elle lui fit promettre
cependant qu'il ne s'arrterait pas en route, qu'il ne mangerait pas et
ne boirait pas avant de revenir la chercher.

Yvon partit, et Finette resta seule au bord de la mer pour attendre son
retour. Le jeune homme arriva bientt au chteau de son pre. Il y
trouva une grande socit, car une de ses soeurs se mariait. On le reut
avec joie, mais il refusa de s'arrter, courut  la chambre de ses
soeurs chercher une belle robe, alla  l'curie, prit deux chevaux, et
se prpara  partir.

A ce moment-l une belle dame aux cheveux d'or s'avana vers lui, une
coupe d'or  la main, et dit: "Monsieur Yvon, vous ne pouvez pas refuser
de boire  ma sant, ce serait trop impoli."

Yvon, sans penser  la promesse qu'il avait faite  Finette, prit la
coupe, salua la belle dame, et but  sa sant. Malheureusement cette
coupe tait une coupe magique, et ds qu'Yvon eut got le vin, il
oublia tout le pass. Il oublia entirement la pauvre Finette, descendit
de cheval, donna la main  la belle dame aux cheveux d'or, et entra dans
la salle de festin, o il prit place  ct d'elle, et mangea et but de
bon apptit.

La pauvre Finette attendit en vain au bord de la mer jusqu'au soir.
Alors elle prit la route du chteau. Elle arriva bientt  une pauvre
petite cabane, o demeurait une vieille femme. Cette vieille femme tait
assise devant sa porte. Elle tait occupe  traire sa vache. Finette
avait bien faim et bien soif. Elle s'approcha donc de la vieille femme,
et dit: "Voulez-vous me donner une tasse de lait, ma bonne femme?"

"Oui!" dit la vieille femme, "je vous donnerai une tasse de lait si vous
remplissez mon seau d'or."

Finette prit un boulet d'or, le jeta dans le seau de la vieille femme,
et  l'instant le seau fut plein, tout plein de belles pices d'or. La
pauvre femme regarda cet or avec la plus grande surprise. Enfin elle dit
avec joie: "Je suis riche! Je suis riche! Ma belle demoiselle, je vous
donne ma maison, ma vache, tout ce que je possde, except ce seau plein
d'or. Je vais  la ville, o je serai une grande dame, car je suis riche
 prsent, bien riche."

La vieille femme partit donc pour la ville, toute joyeuse de se trouver
si riche. Finette se mit  traire la vache, but du lait et entra dans la
maison. La maison tait pauvre et sale, et Finette la regarda avec
dgot. Enfin elle prit le second boulet d'or, le jeta dans le feu et
dit: "Boulet, sauvez-moi." Le boulet se fondit, l'or se rpandit, et en
quelques minutes toute la maison se trouva dore. La maison tait dore,
non seulement  l'intrieur, mais  l'extrieur aussi, et tous les
meubles et tous les ustensiles taient d'or.

Finette se coucha sur le lit d'or, et quelques minutes aprs elle
s'endormit profondment. Pendant ce temps la vieille femme tait arrive
 la ville. Elle rencontra le bailli, qui dit: "Eh bien, la mre, o
allez-vous?"

"Moi, je vais  la ville. Je suis riche maintenant. Regardez mon or; je
vais tre une grande dame!"

Le bailli regarda l'or avec surprise et avec une admiration intense. Il
fit entrer la vieille femme chez lui, et pendant qu'il comptait les
belles pices d'or elle lui raconta comment elle les avait obtenues. Le
bailli rclama plusieurs pices d'or pour sa peine, recommanda  la
vieille femme de ne parler  personne de la belle demoiselle qui lui
avait donn tout cet or, et se coucha, dcid  visiter la jeune fille
le lendemain et  demander sa main en mariage.

Quand Finette ouvrit les yeux, elle vit le bailli au pied de son lit. Il
dit: "Mademoiselle, je suis venu pour vous pouser; levez-vous et
suivez-moi  l'glise!"

"Oh!" dit Finette, "je ne suis pas sre que vous ferez un bon mari!"

"Moi! Je ferai un mari excellent. Venez, venez tout de suite
(immdiatement)."

"Ah," dit Finette, "un bon mari arrange toujours le feu pour sa femme.
Arrangez le feu!"

"Trs-bien!" dit le bailli, "j'arrangerai le feu." Le bailli saisit les
pincettes. Finette dit:

"Tenez-vous les pincettes, mon ami?"

"Oui," rpondit le bailli; "oui, mon amour; je tiens les pincettes!"

"Misrable, que les pincettes vous tiennent, et que vous teniez les
pincettes jusqu'au coucher du soleil," dit Finette, en sortant de la
maison. Au mme instant les pincettes commencrent  danser.

Le pauvre bailli dansa aussi, car il ne pouvait se sparer des
pincettes. Il dansa toute la journe, malgr sa fatigue, malgr ses
cris, malgr ses larmes. Quand le soleil se coucha, il lcha les
pincettes, et les pincettes le lchrent. Il ne resta pas dans la
maison, il ne chercha pas Finette; au contraire, il retourna chez lui,
et alla se coucher, car il tait bien bien fatigu.

Quand le soir arriva, Finette rentra. Elle soigna sa vache, but un peu
de lait et se coucha.

Pendant ce temps la vieille femme avait racont son histoire  une amie
seulement, en secret. L'amie l'avait raconte  une autre, en secret
aussi. Celle-ci l'avait raconte  une troisime, et avant la nuit, tout
le monde parlait de la demoiselle, qui avait donn un seau d'or  la
vieille femme.

Le maire entendit cette histoire. Il se dit: "Quelle bonne chose que je
ne sois pas encore mari. J'irai demain matin pouser cette demoiselle,
et je serai riche, plus riche que cette vieille femme qui cause tant."

Quand Finette ouvrit les yeux le lendemain matin, elle vit le maire, qui
lui dit: "Mademoiselle, levez-vous tout de suite; suivez-moi  l'glise.
Moi, le maire de la ville, je vous fais l'honneur de vous pouser."

"Oh!" dit Finette, "je ne suis pas sre que vous ferez un bon mari."

"Moi! Je ferai un mari excellent!" dit le maire pompeusement.

"Oh!" dit Finette, "un bon mari ferme toujours la porte!"

"Trs-bien," dit le maire, "je fermerai la porte," et il alla la fermer.

"Tenez-vous le pommeau de la porte, cher ami?" demanda Finette.

"Oui, mon amour; je tiens le pommeau de la porte!" rpondit le maire.

"Misrable, que le pommeau vous tienne, et que vous teniez le pommeau
jusqu'au coucher du soleil!" dit la jeune fille, et elle alla au bord de
la mer attendre Yvon.

Le pauvre maire tait attach  la porte, qui s'ouvrait et se fermait
violemment. Le maire tait lanc contre le mur extrieur, et contre le
mur intrieur, et, malgr ses cris, malgr ses larmes, il continua cet
exercice violent jusqu'au coucher du soleil. Alors il lcha la porte,
la porte le lcha, et il rentra chez lui, et se mit au lit, car il tait
bien fatigu.

La nouvelle de la grande fortune de la vieille femme tait arrive aux
oreilles d'un bel officier, qui se dit: "Quelle bonne chose que je ne
sois pas mari. J'irai demain matin, pouser cette belle demoiselle, et
je serai trs riche."

Finette avait vainement attendu Yvon, et quand le soir arriva, elle
rentra, soigna sa vache, but un peu de lait et se coucha. Quand elle
ouvrit les yeux le lendemain matin, elle vit un bel officier, en
uniforme, au pied de son lit.

"Mademoiselle," dit-il, "je suis venu pour vous pouser. Levez-vous et
suivez-moi  l'glise."

"Oh!" dit Finette, "je ne suis pas sre que vous ferez un bon mari."

"Cela n'est d'aucune importance!" dit l'officier. "Suivez-moi, ou je
vous coupe la tte!" et le galant officier tira son sabre.

La pauvre Finette eut peur. Elle sauta du lit, et courut dans l'table.
La vache recula effraye, et s'arrta dans la porte. L'officier ne
pouvait pas entrer pour arriver  Finette. Il prit la vache par la
queue, et commena  tirer. Finette dit: "Tenez-vous la queue?"

"Oh oui!" rpondit l'officier; "je tiens la queue."

"Misrable!" cria Finette, "que la queue vous tienne, et que vous teniez
la queue jusqu'au coucher du soleil, et jusqu' ce que vous ayez fait
le tour du monde ensemble."

Au mme moment la vache partit au grand galop, et l'officier, qui ne
pouvait pas lcher la queue, fut oblig de suivre la vache. Ils allrent
comme le vent. Ils traversrent les montagnes, les valles, les plaines,
les lacs, les rivires, les mers, sans s'arrter un instant. Ils
allrent si vite, qu'ils firent tout le tour du monde et arrivrent chez
Finette au moment o le soleil se couchait. Alors la queue de la vache
lcha l'officier, l'officier lcha la queue, et rentra vite chez lui, o
il alla se coucher, car il tait bien fatigu de son long voyage.

Pendant ce temps Yvon avait entirement oubli la pauvre Finette. Il
faisait la cour  la belle dame aux cheveux d'or, et il avait demand sa
main en mariage. Le jour de la noce (mariage) arriva. Yvon monta dans
une belle voiture, avec la dame aux cheveux d'or et partit pour
l'glise.

Le cocher fit claquer son fouet, les six chevaux s'lancrent en avant,
et un trait se cassa. Le cocher arrta les chevaux. On raccommoda le
trait. Le cocher fit claquer son fouet, les six chevaux s'lancrent en
avant. Le trait se cassa de nouveau. On le raccommoda une seconde et une
troisime fois.

Enfin le bailli, qui tait  cheval dans la procession, s'approcha de la
voiture et dit  Yvon: "Mon jeune matre, voyez-vous cette petite maison
qui brille l, entre les arbres. Dans cette maison il y a une dame.
Cette dame a une paire de pincettes. Je suis sr qu'elle vous les
prterait, et je suis certain que les pincettes tiendraient jusqu'au
coucher du soleil."

Yvon fit un signe. Un domestique alla  la maison de Finette et la pria
de prter ses pincettes d'or  son matre. Quelques minutes aprs le
domestique arriva avec les pincettes. On s'en servit pour raccommoder le
trait cass. Le cocher fit claquer son fouet. Les chevaux s'lancrent
en avant, le trait ne se cassa plus, mais le fond de la voiture tomba!

"Halte, halte-l," cria Yvon. Le cocher arrta ses chevaux. Les
charpentiers arrivrent. Ils replacrent le fond de la voiture, mais
hlas, il tomba de nouveau, et de nouveau.

Enfin le maire s'approcha de la portire et dit: "Monsieur Yvon,
voyez-vous cette petite maison qui brille l, entre les arbres. Dans
cette maison demeure une dame. Elle a une porte merveilleuse. Je suis
sr qu'elle vous prterait cette porte, et je suis certain que la porte
tiendrait jusqu'au coucher du soleil."

Yvon fit un signe. Deux domestiques partirent. Quelques minutes aprs
ils arrivrent avec la porte. Elle fut place au fond de la voiture, et
tint ferme. Le cocher fit claquer son fouet. Les chevaux s'lancrent en
avant, mais la voiture ne bougea pas. On attela huit, dix, douze,
vingt-quatre chevaux  la voiture, mais malgr tous leurs efforts la
voiture ne bougea pas.

Enfin l'officier s'approcha de la portire et dit  Yvon: "Mon matre,
voyez-vous cette petite maison qui brille l, au milieu des arbres. Dans
cette maison il y a une dame. Cette dame a une vache vraiment
remarquable. Je suis sr qu'elle vous prterait sa vache, et je suis
certain que la vache ferait le tour du monde s'il le fallait."

Yvon fit un signe. Deux domestiques partirent. Quelques minutes aprs
ils arrivrent avec la vache. La vache fut attele  la voiture. Elle
partit au grand galop. Elle arriva  l'glise, mais elle ne s'arrta pas
 la porte. Au contraire, elle fit le tour de l'glise vingt fois, puis
elle ramena la voiture au chteau. "Il est trop tard pour le mariage
aujourd'hui!" dit le baron Kerver. "Entrez, mes enfants, entrez. Nous
aurons le festin aujourd'hui, et le mariage demain."

Yvon donna la main  la belle dame aux cheveux d'or; il la conduisit 
table et s'assit  ct d'elle.

Le baron dit: "La dame qui demeure dans la petite maison a t trs
aimable. Elle nous a prt ses pincettes, sa porte, et sa vache. Elle
mrite une rcompense." Alors il appela un domestique, et dit: "Allez 
la petite maison qui brille entre les arbres. Dites  la dame qui y
demeure que le baron Kerver lui fait ses compliments, et la prie de bien
vouloir lui faire l'honneur de venir au festin de noce de son fils
Yvon."

Le domestique partit. Quelques minutes aprs il tait de retour sans la
dame.

"O est la dame?" dit le baron. "Pourquoi n'est-elle pas venue?"

"Mon matre," dit le domestique, "la dame a dit: 'Si le baron Kerver a
vraiment envie que j'accepte son invitation, dites-lui de venir me
chercher.'"

Le baron dit: "Cette dame a raison!"

Il fit venir son cheval, et il alla chercher Finette lui-mme, et
l'escorta au chteau avec autant de crmonie que si elle avait t une
princesse. Quand Finette arriva au chteau, le baron lui donna la place
d'honneur. Tout le monde la regarda avec admiration. Tout le monde
except Yvon, qui n'avait d'yeux et d'oreilles que pour la belle dame
aux cheveux d'or.

Finette regarda tristement Yvon. Enfin elle prit le troisime et dernier
boulet d'or, et dit tout bas: "Boulet, sauvez-moi." Un instant aprs
elle avait une belle coupe d'or  la main.

Elle remplit cette coupe de vin, la donna au domestique, et dit: "Portez
cette coupe  votre jeune matre, et dites-lui que la dame qui demeure
dans la petite maison qui brille l entre les arbres, lui donne cette
coupe et le prie de boire  sa sant."

Le domestique fit la commission. Yvon prit la coupe. Il regarda dans la
coupe, qui tait une coupe magique, et vit comme dans un miroir les
diffrentes scnes de sa vie chez le gant, et son vasion avec Finette.

"Finette, ma chre Finette, o tes-vous?" cria-t-il. "Que fait cette
femme  ct de moi? Pourquoi est elle  la place de ma chre Finette?"
Il leva les yeux, vit Finette, se prcipita dans ses bras, l'embrassa
mille fois, et lui demanda mille fois pardon. Finette lui pardonna de
bon coeur, et le lendemain ils allrent  l'glise ensemble.

Le trait ne se cassa pas, le fond de la voiture ne tomba pas, la voiture
avana rapidement, sans encombre. Ils arrivrent  l'glise  l'heure,
ils furent maris et ils furent toujours heureux, car la belle dame aux
cheveux d'or, qui tait la sorcire, la tante du gant, avait disparu,
et ne revint plus jamais en Bretagne.




LE RENARD ET LE LOUP.[17]


[Note 17: A Russian fable.]

Il y avait une fois un homme et une femme. L'homme tait g, et la
femme aussi. Un jour l'homme alla  la mer pour pcher. L'homme prit
beaucoup de poissons. Il prit de grands poissons, de petits poissons, et
des poissons de grandeur moyenne. Il prit tant de poissons qu'il tait
impossible de les porter tous, et il les mit dans un char pour les
porter  la maison.

En route l'homme vit un renard couch au milieu de la route. L'homme
descendit de son char. Il toucha le renard. Le renard ne bougea pas.
"Oh!" dit l'homme "Le renard est mort. Voil un beau cadeau pour ma
femme!" Il prit le renard. Il jeta le renard dans le char avec le
poisson, et remontant dans le char, il continua son chemin (route).

Mais le renard n'tait pas mort comme le pauvre homme l'avait suppos.
Il jeta tous les poissons du char, l'un aprs l'autre et quand il eut
jet tous les poissons  terre, il descendit aussi.

Arriv  la maison, l'homme dit  la femme:

"Ma femme, regardez le beau cadeau que je vous ai apport."

"O est ce cadeau?" demanda la femme.

"L, dans le char, sur le poisson."

La bonne femme regarda, et dit: "Mon mari, il n'y a ni poissons, ni
cadeau dans le char."

L'homme tourna la tte, et vit que les poissons et le renard avaient
disparu, et naturellement il tait bien dsappoint, car il avait pens
obtenir beaucoup d'argent pour son poisson.

Le renard, qui avait pris tout le poisson, tait trs occup  manger le
poisson quand un loup arriva.

"Bonjour, mon frre," dit le loup.

"Bonjour," dit le renard.

"Donnez-moi des poissons," dit le loup.

"Allez en pcher," rpondit le renard.

"Mais je ne sais pas pcher!" dit le loup.

"C'est trs facile," dit le renard. "Allez sur la glace, prs d'un trou,
plongez votre queue dans l'eau, et dites: 'Venez, venez, petits et gros
poissons,' et dans quelques minutes tous les poissons viendront se
pendre  votre queue."

Le loup, enchant, alla  la rivire. Il alla sur la glace; il trouva un
trou; il plongea sa queue dans l'eau, et dit: "Venez, venez, petits et
gros poissons." Le renard arriva alors, et dit tout doucement: "Que le
ciel soit clair, clair, clair; que la queue du loup gle, gle, gle!"

"Que dites-vous, mon ami?" demanda le loup.

"Je vous aide," dit le renard, et il partit quelques minutes aprs.

Le loup resta l toute la nuit, enfin il voulut partir. Impossible. La
queue tait prise dans la glace. Le loup pensa: "Oh, j'ai pris tant de
poissons qu'il est impossible de les tirer tous hors de l'eau."

Les femmes du village arrivrent au trou pour chercher de l'eau. Quand
elles virent le loup, elles se mirent  crier aussi fort que possible:

"Au loup! Au loup! Tuez-le, tuez-le."

Tous les hommes arrivrent avec de grands btons. Les hommes frapprent
le pauvre loup, qui arracha sa queue du trou et partit en toute hte en
hurlant de douleur.

Pendant que les hommes et les femmes taient occups  battre le pauvre
loup, le renard tait entr dans les maisons, et il avait mang beaucoup
de bonnes choses. Enfin le renard mit la tte dans un seau de pte, se
barbouilla bien, et alla  la rencontre du loup.

Le loup dit: "Mchant renard, regardez ma pauvre queue!"

"Oh!" dit le renard en gmissant, "regardez ma pauvre tte!"

"Oh!" dit le loup. "Les mchantes gens vous ont battu aussi, mon pauvre
petit frre. Vous tes plus malade que moi, montez sur mon dos, je vous
porterai  la maison."

Le renard monta sur le dos du loup, et chanta gaiement:

    "Celui qui a t battu
    Porte celui qui n'a pas t battu."

Mais le loup tait trop stupide pour comprendre, et il pensa seulement:
"Mon petit frre est trs courageux. Il a la tte malade, et il chante
gaiement. Moi, qui ai seulement la queue malade, je ne chante pas, oh
non, je ne chante pas."




LA MAUVAISE FEMME.[18]


[Note 18: A Russian folktale.]

Il y avait une fois une mauvaise femme. Elle tait si mauvaise qu'elle
se querellait avec tout le monde. Elle se querellait surtout avec son
mari, et jamais elle ne faisait ce qu'il lui disait. Quand le mari
disait: "Ma femme, levez-vous, s'il-vous-plat, pour faire le
djeuner," elle restait trois jours au lit. S'il disait: "Ma femme,
couchez-vous tt ce soir," elle restait debout toute la nuit.

Un jour l'homme dit  sa femme: "J'aime beaucoup les crpes; faites-moi
des crpes!"

La femme dit: "Non, misrable; vous ne mritez pas de crpes!"

Alors l'homme dit: "Trs-bien, si je ne mrite pas de crpes, n'en
faites pas." La femme courut  la cuisine et fit beaucoup de crpes.
Elle fora son mari  manger toutes les crpes, et il eut une attaque
d'indigestion.

Fatigu de se quereller avec cette mchante femme, le pauvre homme alla
un jour dans les bois chercher des fraises. Il arriva enfin au milieu de
la fort, et s'assit sous un arbre. En regardant autour de lui il
aperut un trou. Il alla au trou, regarda dedans (dans le trou) et vit
qu'il tait sans fond. Il dit: "Ma femme est si mauvaise, et si
dsagrable, que j'aimerais qu'elle ft dans ce trou-l."

Il retourna  la maison et dit: "Ma femme, n'allez pas  la fort
cueillir des fraises."

La femme se prpara immdiatement  aller dans la fort, et l'homme dit:
"Eh bien, ma femme, si vous allez dans la fort, n'allez pas vous
asseoir sous un grand arbre au centre de la fort."

La femme rpondit: "Mon mari, j'irai  la fort, et j'irai m'asseoir
sous le grand arbre au centre de la fort."

"Eh bien, ma femme, allez si vous voulez, mais ne regardez pas dans le
trou."

La femme dit: "J'irai dans la fort, et je regarderai dans le trou!" La
femme partit. Son mari la suivit. Elle arriva au centre de la fort,
elle s'approcha du trou. Le mari arriva aussi, et poussa sa femme, qui
tomba dans le trou sans fond.

Alors le mari retourna  la maison. Il passa trois jours sans sa femme.
Quand le quatrime jour arriva, il retourna  la fort, s'approcha du
trou, et il regarda dedans. Il avait apport une longue corde. Il
attacha un bout de cette corde  un arbre, et laissa tomber l'autre bout
dans le trou. Aprs quelques minutes il retira la corde, et  sa grande
surprise il trouva un dmon attach  la corde. Le pauvre homme avait
peur. Il trembla, et il aurait rejet le dmon dans le trou si le pauvre
dmon n'avait pas dit:

"Mon cher homme, je suis bien aise (content) de sortir de mon trou. Une
mchante femme est arrive, et elle est si dsagrable que je prfre
rester sur terre. Venez avec moi, et vous aurez une grande fortune.
J'irai dans toutes les villes et dans tous les villages, et je
tourmenterai tant toutes les femmes qu'elles seront dangereusement
malades. Alors vous arriverez avec une mdecine qui les gurira."

Le dmon alla le premier, et toutes les femmes et toutes les jeunes
filles tombrent malades. Alors le paysan arriva avec sa mdecine, et il
gurit toutes les malades. Naturellement tout le monde payait cher cette
mdecine, et le paysan fit une grande fortune en trs peu de temps.

Le dmon dit un jour au paysan: "Maintenant, paysan, je tourmenterai la
fille du roi; elle sera malade, trs malade, mais je vous dfends de la
gurir."

La fille du roi tomba malade. Le roi envoya chercher le mdecin, et dit:
"Gurissez ma fille, ou vous prirez." Le dmon dit: "Ne gurissez pas
la fille du roi, ou vous prirez." Le pauvre paysan se trouvait
naturellement trs embarrass. Il pensa longtemps, puis il alla trouver
tous les domestiques du roi, et dit: "Allez dans la rue, et criez aussi
fort que possible: 'La mchante femme est arrive! la mchante femme est
arrive!'"

Alors le paysan entra dans la maison du roi. Le dmon, qui tait dans la
maison, dit: "Misrable, pourquoi arrivez-vous ici?"

Le paysan rpondit: "Mon pauvre dmon, la mchante femme est arrive."

"Impossible!" dit le dmon. Mais  cet instant-l tous les domestiques
du roi commencrent  crier: "La mchante femme est arrive! la mchante
femme est arrive!"

Le dmon dit au paysan: "Oh! mon ami, j'ai peur de la mchante femme.
Dites-moi o me cacher." Le paysan dit: "Retournez dans votre trou. La
mchante femme n'y retournera srement pas."

Le dmon partit bien vite, et il se prcipita dans le trou, o, hlas,
il retrouva la mchante femme.

Le paysan gurit la fille du roi et reut une grande rcompense pour ses
services.




BABA-IAGA.[19]


[Note 19: One of the folktales so popular among Russian peasants.
All the witches are known as Baba-Iaga in Russia.]

Un homme avait perdu sa femme; il tait donc veuf, et il tait trs
triste. Il avait une fille. Un jour il dit  sa fille: "Mon enfant, je
suis triste, je vais me remarier." En effet il prit une seconde femme,
mais elle n'tait pas bonne du tout. Elle tait trs cruelle, et elle
battait toujours la pauvre fille quand le pre tait sorti. Un jour la
mchante femme dit  la pauvre fille:

"Ma fille, allez vite chez votre tante, ma soeur, et dites-lui de vous
prter une aiguille et du fil, car je veux vous faire une robe."

La jeune fille partit, mais elle alla d'abord visiter sa vraie tante;
car elle avait peur de la soeur de sa belle-mre, qui s'appelait
Baba-Iaga, et qui tait une sorcire renomme.

La vraie tante lui donna toutes les instructions ncessaires, et alors
elle alla chez la sorcire Baba-Iaga. La sorcire tait dans sa
chaumire (petite maison); elle tait trs occupe  filer.

"Bonjour, ma tante," dit la jeune fille. "Ma belle-mre m'a envoye pour
vous prier de lui prter une aiguille et du fil pour me faire une robe."

"Trs-bien," dit Baba-Iaga, "asseyez-vous l, et filez un instant."

La jeune fille s'assit  la place de Baba-Iaga, et commena  filer. La
sorcire alla dans la cuisine, et dit  sa servante: "Allez vite
chauffer un bain, et lavez bien cette jeune fille, car j'ai l'intention
de la manger  dner."

La jeune fille entendit cet ordre cruel. Elle courut  la servante, et
lui dit: "Ma bonne amie, voici un joli mouchoir pour vous, si vous
allumez le feu et si vous versez l'eau dessus (sur le feu)."

Quelques minutes plus tard la sorcire arriva  la fentre, et cria: "Ma
chre enfant, filez-vous?"

"Mais oui, ma tante, je file," dit la jeune fille.

La sorcire partit. La jeune fille donna un morceau de lard au chat, et
dit: "Voulez-vous me dire comment on peut sortir d'ici?"

"Oui," dit le chat. "Voil un peigne et une serviette; prenez-les, et
sauvez-vous vite. La sorcire vous poursuivra, et quand elle sera prs
de vous, jetez la serviette; elle deviendra un large fleuve (rivire).
Si la sorcire passe et s'approche de vous, jetez le peigne; il
deviendra un bois si vaste et si pais qu'elle ne pourra pas le
traverser."

La jeune fille prit le peigne et la serviette, et partit. Les chiens de
la sorcire voulurent l'arrter. Elle leur jeta un morceau de pain, et
ils la laissrent aller. Les portes voulurent aussi arrter la jeune
fille; elle les graissa avec un peu de beurre qu'elle avait apport, et
les portes s'ouvrirent et la laissrent passer. Le chat prit sa place,
et quand la sorcire cria: "Ma chre enfant, filez-vous?" le chat
rpondit: "Mais oui, ma chre tante, je file."

Mais bientt la sorcire arriva. Elle vit que le chat filait, et que la
jeune fille s'tait sauve. La sorcire battit le chat, et dit:
"Pourquoi n'avez-vous pas crev les yeux de la jeune fille?"

"Oh," dit le chat, "je suis  votre service depuis longtemps, et vous ne
m'avez jamais rien donn. La jeune fille m'a donn du lard!"

La sorcire dit  la servante: "Pourquoi avez-vous vers de l'eau sur le
feu? Pourquoi avez-vous permis  la jeune fille de se sauver?"

"Oh," dit la servante, "la jeune fille est bonne; elle m'a donn un
mouchoir; vous ne m'avez jamais rien donn."

La sorcire dit aux portes: "Pourquoi avez-vous permis  la jeune fille
de se sauver?"

Les portes rpondirent: "La jeune fille est bonne; elle nous a graisses
avec du beurre. Nous avons cri depuis des annes, et vous ne nous avez
jamais rien donn."

La sorcire dit aux chiens: "Pourquoi avez-vous permis  la jeune fille
de se sauver?"

Les chiens rpondirent: "La jeune fille est bonne; elle nous a donn du
pain. Vous ne nous avez jamais rien donn."

Alors Baba-Iaga, la sorcire, partit en toute hte pour chercher la
jeune fille; mais la jeune fille mit l'oreille  terre et entendit venir
la sorcire. Elle jeta la serviette derrire elle, et  l'instant une
large rivire commena  couler.

Quand la sorcire arriva  la rivire, elle tait furieuse. Elle
retourna  la maison, conduisit ses boeufs  la rivire, et dit: "Mes
boeufs, buvez l'eau, toute l'eau de la rivire afin que je puisse
traverser."

Quand les boeufs eurent bu toute l'eau de la rivire, la sorcire
continua la poursuite. Mais quand la jeune fille l'entendit venir, elle
jeta le peigne derrire elle, et  l'instant une fort paisse se trouva
entre elle et la sorcire. La sorcire arriva. Elle vit la fort. Elle
tait furieuse, mais elle ne pouvait pas la traverser.

La jeune fille arriva  la maison, et son pre lui demanda:

"O avez-vous t, ma fille?"

"Mon pre, ma belle-mre m'a envoye chez la sorcire Baba-Iaga chercher
une aiguille et du fil pour me faire une robe, et Baba-Iaga voulait me
manger!"

"Ma pauvre fille," dit l'homme, "comment avez-vous fait pour vous
sauver?"

La jeune fille raconta toute l'histoire  l'homme, qui entra dans une
grande colre et renvoya sa femme. Quand la mchante femme fut partie,
il fut trs heureux avec sa fille, qui devint une excellente mnagre.

La jeune fille n'oublia cependant jamais ce que sa vraie tante lui avait
dit, et quand elle fut mre elle rpta bien souvent  ses enfants, en
leur racontant l'histoire de ses aventures chez Baba-Iaga:

"Mes chers enfants, soyez toujours bons envers tous, et tout le monde
sera bon envers vous. Si la sorcire avait bien trait sa servante, son
chat, ses portes et ses chiens, je ne serais certainement pas ici, car
elle m'aurait mange pour son dner."




LES NEZ.[20]


[Note 20: This is one of the Hungarian-Slavonian stories. Different
versions have been given by Slavonic writers. Wratislaw gives a
translation of it in his "Sixty Folk Tales," and Laboulaye has given his
version of it in his "Fairy Book."]

Il y avait autrefois, prs de Prague, un vieux fermier, trs original,
qui avait une fille extrmement belle. Les nombreux tudiants de
l'universit de Prague faisaient souvent de longues promenades  la
campagne, et ils passaient souvent devant la maison, esprant voir la
jeune fille, qui s'appelait Marie, et faire un peu de conversation avec
elle.

Le fermier tant fort riche, plus d'un de ces tudiants aurait bien aim
tre son gendre. Afin de trouver moyen de faire la cour  la jolie
Marie, les tudiants se dguisrent en domestiques, et vinrent offrir
leurs services comme garons de ferme.

Le vieux propritaire, qui tait trs rus, s'aperut bientt de cette
manoeuvre, et il dclara qu'il n'accepterait aucun domestique pour moins
d'une anne, et jura que le garon serait forc de rester  son service
jusqu'au moment o le coucou chanterait au printemps.

Il ajouta qu'il se rservait aussi le droit de couper le nez des
mcontents, en disant qu'on pourrait lui couper le sien, s'il lui
arrivait de se mettre en colre. Malgr ces conditions bizarres,
plusieurs jeunes gens entrrent au service du fermier, mais ils
perdirent tous le nez, vu que le fermier s'amusait  les faire enrager,
et ds qu'ils se montraient mcontents, il les renvoyait aprs leur
avoir amput le bout du nez.

Un jeune tudiant, nomm Coranda, arriva enfin  la ferme bien rsolu
d'pouser la fille du fermier. Celui-ci lui dit qu'il serait oblig de
travailler jusqu'au moment o le coucou chanterait, mais que s'il lui
arrivait une seule fois de se fcher il perdrait le nez.

Coranda consentit  cet arrangement, et commena son service. Le fermier
s'amusa  le tourmenter de toutes les faons possibles. A table il ne le
servit ni au dner ni au souper. Cependant il ne manqua pas de lui
demander plusieurs fois s'il tait parfaitement content.

Coranda rpondit chaque fois avec une bonne humeur que rien ne pouvait
branler, et aprs souper voyant qu'il mourrait de faim s'il ne se
servait pas lui-mme, il prit le plus beau jambon qui se trouvait dans
le garde-manger et une grosse miche de pain et se rgala bien.

La fermire s'tant aperue du vol, alla se plaindre  son mari. Il
plit de colre, et demanda  Coranda comment il avait os se servir
lui-mme.

Coranda rpondit navement que n'ayant rien mang de toute la journe il
avait grand'faim, et ajouta: "Mais si vous n'tes pas content, mon
matre, vous n'avez qu' le dire, et je partirai ds que je vous aurai
amput le bout du nez."

Le fermier, qui n'avait aucune envie de subir cette petite opration,
dclara avec emphase, qu'il tait parfaitement content, mais aprs cela
il n'oublia plus jamais de servir le garon de ferme  table.

Quand vint le dimanche, le fermier annona  Coranda qu'il comptait
aller  l'glise avec sa femme et sa fille, et lui recommanda de faire
la soupe pendant leur absence. "Voil la viande, les carottes, les
oignons, et la marmite, et vous trouverez du persil dans le jardin."

Coranda promit de faire la soupe, et de ne pas oublier le persil, et le
matre partit tout joyeux. Le garon de ferme commena ses prparatifs
culinaires, mit la viande et les lgumes dans la marmite, puis il alla
au jardin pour cueillir du persil. L, il trouva un petit chien, le
favori du fermier, et comme cette petite bte s'appelait Persil, il la
tua et la jeta dans le pot-au-feu.

Au retour de la ville, le fermier se mit  table, et gota la soupe.
Elle avait bien mauvais got, et il fit la grimace. Il n'osa cependant
pas se plaindre, de peur de perdre le nez, et appela le petit chien pour
la lui faire manger.

Bien entendu le chien n'arriva pas, et quand le matre alla  sa
recherche, il trouva la peau toute ensanglante de son pauvre favori.
"Misrable," dit-il  Coranda, "qu'avez-vous donc fait?"

"Moi," dit Coranda, "je vous ai tout bonnement obi. Vous m'avez dit de
mettre du Persil dans la soupe et je l'ai fait; mais si vous n'tes pas
content, vous n'avez qu' le dire, je vous couperai le bout du nez, et
je partirai tout de suite."

"Mais non, mais non," dit le fermier, "je ne suis pas mcontent," et il
s'en alla en soupirant.

Le lendemain le fermier alla au march avec sa femme et sa fille, et
avant de partir il dit  Coranda:

"Restez ici, et faites seulement ce que vous verrez faire aux autres."

Coranda, rest seul, regarda autour de lui et vit que les autres
ouvriers avaient plac une chelle contre une vieille grange afin de
grimper sur le toit pour le dmolir. Il courut donc chercher une chelle
qu'il appuya contre la maison, et il se mit  dmolir le toit neuf avec
tant d'ardeur, que le fermier trouva sa maison expose  tous les vents
 son retour.

Ce spectacle le mit en colre, mais quand Coranda lui dit qu'il lui
couperait le nez s'il n'tait pas content, il sourit avec contrainte et
dclara qu'il se trouvait parfaitement satisfait.

Le fermier, press de se dbarrasser d'un serviteur si incommode,
consulta sa fille pour savoir comment il pourrait le renvoyer sans
perdre le nez.

"Allez vous promener avec lui dans le grand pr derrire la maison," dit
la jeune fille. "Je me cacherai dans les branches du pommier, et je
ferai 'coucou, coucou.' Vous lui direz alors que vous l'avez engag
seulement jusqu'au printemps, et qu'il peut s'en aller puisque le coucou
a chant."

Le fermier, charm de cette bonne ide, alla se promener avec Coranda,
et ds qu'il entendit chanter le coucou il lui donna son cong.

"Trs-bien, mon matre," rpondit Coranda, "mais comme je n'ai jamais vu
de coucou il faut que je voie celui-l." En disant ces mots il courut au
pommier et le secoua si vigoureusement que la jeune fille tomba  terre
comme une pomme mre.

Le fermier arriva en courant, car il croyait que la chute avait tu sa
fille, et s'cria:

"Misrable, partez de suite, si vous ne voulez pas que je vous tue!"

"Partir," reprit Coranda, navement, "pourquoi partir? N'tes-vous pas
content?"

"Non," hurla le fermier en colre. "Je ne suis pas content et..."

"Alors permettez-moi de vous couper le bout du nez..."

"Non, non," dit le fermier, en dtresse, "je veux garder mon nez, cote
que cote. Laissez-le-moi, et je vous donnerai dix moutons!"

"Ce n'est pas assez!" dit Coranda.

"Dix vaches alors."

"Non! je prfre vous couper le nez!" La jeune fille lui demanda alors 
quel prix il consentirait  pardonner  son pre, et quand il dit qu'il
le ferait seulement  condition de l'obtenir pour femme, elle lui donna
la main en rougissant. Coranda invita tous les tudiants  ses noces,
qui furent magnifiques, et il se montra si bon gendre et si bon mari que
le fermier ne regretta jamais de l'avoir reu dans la famille plutt que
de perdre son nez.

Quant  la fille du fermier, elle aima beaucoup son mari, fut une bonne
femme et leva ses enfants bien sagement. Quand ils n'taient pas
contents, elle leur proposait en riant, de leur couper le bout du nez,
une proposition qu'ils n'acceptrent jamais, je vous assure.




L'HOSPITALIT DU PACHA.[21]


[Note 21: An Arabian legend. The Mahometans are the followers of
Mahomet. In Arabia and Turkey God is called Allah. A pacha is the same
as a bashaw. The Koran is the Mahometan Bible.]

Il y avait dans une ville d'Asie un riche marchand, un pacha. Cet homme
tait aussi bon que riche, et il observait tous les commandements du
Koran avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Sa conduite tait si
exemplaire que tout le monde l'admirait beaucoup, et on disait toujours
en parlant de lui: "Il mrite toute la prosprit qu'Allah lui envoie."

Un jour le pacha tait assis dans son jardin. Il fumait sa longue pipe,
et il souriait tout doucement en regardant ses nombreux enfants, qui
jouaient autour de lui, et en admirant la grande beaut de ses femmes,
car il en avait bon nombre comme tous les Mahomtans riches.

Vers le soir les femmes et les enfants retournrent  leurs
appartements, et le bon pacha, rest seul, rendit grces  Allah (c'est
ainsi que les Mahomtans appellent le bon Dieu) de lui avoir accord
tant de bndictions. Tout  coup un serpent arriva en toute hte, en
criant:

"Protection! Protection, au nom d'Allah!"

"Au nom d'Allah et du Prophte je vous donne ma protection," dit le
brave pacha. "Mais qui tes-vous? D'o venez-vous et pourquoi
demandez-vous ma protection?"

"Je suis le roi des serpents, j'ai beaucoup d'ennemis, ils me
poursuivent, et s'ils me trouvent ils me tueront! Cachez-moi, bon pacha,
cachez-moi, au nom d'Allah!"

"Trs-bien," dit le pacha, "j'ai promis de vous protger; allez vous
cacher sous mon divan!"

"Non! non!" dit le serpent. "Je suis sr que mes ennemis me
trouveraient. Ils m'ont vu entrer dans votre maison, et ils seront
bientt ici. Le seul moyen de bien me cacher, et de tenir votre parole
de me protger au nom d'Allah et du Prophte, est celui-ci. Ouvrez la
bouche toute grande, pacha, et permettez-moi de me cacher dans votre
poitrine. Vite, vite; car j'entends mes ennemis qui arrivent en toute
hte."

Le bon pacha pensa: "Le serpent est mon hte, et le Koran commande
l'hospitalit. Or on ne doit jamais refuser  un hte aucune requte,
donc, bien que ce soit fort dsagrable de recevoir ce vilain serpent
dans ma bouche, c'est mon devoir de le protger."

Le pacha ouvrit donc la bouche toute grande, et le serpent se glissa
rapidement dans sa poitrine, juste au moment o ses ennemis entraient
dans le jardin, en criant:

"O est notre ennemi? o est le tratre?  mort,  mort,  mort!"

Le pacha leur demanda pourquoi ils criaient si fort. Ils rpondirent
qu'ils avaient vu le serpent entrer dans la maison du pacha, et
demandrent la permission de le chercher. Le pacha leur dit que sa
maison et son jardin taient  leur service, et ils commencrent 
chercher le serpent.

Ils cherchrent partout, ils allrent partout, ils regardrent dans
tout, mais ils ne trouvrent pas le serpent, et ils partirent enfin en
dclarant que le malin s'tait sans doute chapp. Quand ils furent
partis, le pacha dit au serpent:

"Sortez sans crainte, vos ennemis sont tous partis; sortez vite, car
vous gnez les battements de mon coeur."

"Non; je ne sortirai pas sans avoir une bouche de votre coeur ou de
votre poumon. Choisissez!" dit le serpent cruel.

Le pacha lui reprocha son ingratitude, mais le serpent dit: "Que
voulez-vous, mon cher pacha? C'est ma nature, et je suis vraiment bien
bon de vous donner le choix. Mais, faites vite, car je suis bien
press."

Le pacha dit alors: "Eh bien, puis qu'il n'y a aucune autre alternative,
vous aurez le meilleur morceau de ma chair. Mais, permettez-moi de dire
adieu  mes enfants, et d'arranger les choses de faon  donner  ma
mort l'apparence d'un accident. Car, si on savait que je suis mort parce
que j'ai obi au Koran, les hommes penseraient qu'il ne faut plus
montrer d'hospitalit  personne et ils cesseraient de pratiquer les
vertus que le Prophte recommande."

Le serpent consentit  attendre encore un peu. Le pacha embrassa ses
enfants, il arrangea ses affaires, il fit ses ablutions, puis il alla
seul dans le jardin, et aprs avoir rcit une dernire prire, il dit
au serpent: "Maintenant faites votre volont."

Au mme moment parut un jeune homme d'une beaut resplendissante, qui
dit: "Pacha, confirmez votre foi. Prononcez trois fois le nom d'Allah,
dtachez une feuille de cet arbre, posez-la sur votre bouche, et vous
serez sauv."

"Qui tes-vous donc?" demanda le pacha, tout surpris.

"Je suis l'ange de l'hospitalit, et le Prophte m'a envoy pour vous
sauver!"

En disant ces mots le messager cleste disparut aussi promptement qu'il
avait paru.

Le pacha ne douta cependant pas. Il cueillit une feuille de l'arbre, la
posa sur sa bouche, pronona trois fois le nom d'Allah, et le serpent
sortit de sa poitrine, noirci et calcin par la justice divine, qui ne
permet jamais que la vertu soit punie.

Le bon pacha qui avait t sauv ainsi par un miracle, remercia tous les
jours Allah de l'avoir sauv de ce terrible danger. Il continua  vivre
heureux, au milieu de sa famille, et recommanda tous les jours  ses
enfants de ne pas oublier que le Koran commande l'hospitalit. Cette
recommandation fut rpte par ses enfants  ses petits-enfants, et tous
les descendants du pacha sont renomms pour leur hospitalit.




LES DEUX FRRES.[22]


[Note 22: A Slavonic legend.]

Il y avait une fois un homme, bien pauvre, qui avait deux fils Jozka et
Janko. L'an (=le plus g) de ces deux fils tait trs intelligent, et
un jour son pre lui dit:

"Jozka, il est temps d'aller faire ton tour d'apprentissage."

Le jeune homme, qui tait trs content de voyager, reut la bndiction
de son pre, quelques gteaux de sa mre, et partit gaiement. Il marcha
longtemps, il traversa une montagne sombre, et il arriva enfin dans une
prairie.

Comme il avait faim, il prit un des gteaux que sa bonne mre lui avait
donns, et commena  le manger de bon apptit. Les fourmis arrivrent
aussitt, et crirent au jeune homme:

"Donne-nous un bien petit morceau de ton bon gteau!"

Mais Jozka tait gourmand et goste, et il refusa de leur en donner
mme les miettes. Les fourmis, trs dsappointes, dirent alors:

"Tu n'es certainement pas gnreux, Jozka, et nous ne viendrons jamais 
ton secours quand tu seras dans la misre."

Jozka ne fit aucune attention  cette menace, il finit tranquillement
son repas et continua son voyage. Il arriva bientt au bord d'une
rivire, et vit un pauvre petit poisson qui avait saut hors de l'eau,
sur le rivage, et qui s'efforait vainement de rentrer dans son lment
liquide. Il demanda du secours  Jozka, qui lui donna un coup de pied au
lieu de l'aider.

"Mchant," dit le poisson, "nous ne t'aiderons jamais."

Jozka ne fit pas attention au poisson, et continua son chemin. Enfin il
arriva  un carrefour. L des diables se disputaient et se battaient. Le
jeune homme les regarda tranquillement et ne fit rien pour les sparer.

Les diables lui crirent:

"Tu es un goste, Jozka, et rien ne te russira dans ce monde."

Cette prdiction se vrifia bientt, et Jozka, fatigu de voyager sans
profit, retourna chez son pre o son frre cadet (= plus jeune) lui fit
des reproches, parce qu'il n'apportait rien  la maison.

Le pre dcida alors qu'il tait temps d'envoyer Janko dans le monde, et
il lui donna une petite bouteille, qui contenait une eau magique qui
gurissait toutes les maladies. La mre lui donna une miche de pain, et
il partit gaiement.

Il marcha droit devant lui, traversa la mme montagne sombre que son
frre avait traverse, et arriva dans la mme prairie.

Comme il avait bien faim, il s'assit sous un arbre, prit un morceau de
pain et commena  manger de grand apptit.

Les fourmis arrivrent aussitt, en criant: "Nous avons faim aussi,
donne-nous un peu de ton pain."

"Avec le plus grand plaisir," dit Janko, qui tait bon et gnreux, et
il coupa un morceau de pain qu'il mietta pour les fourmis.

Elles taient si reconnaissantes qu'elles le remercirent bien des fois
et dirent aussi:

"Bon Janko, nous viendrons  ton secours."

Janko continua sa route. Il arriva prs d'un lac. L il vit un pauvre
petit poisson sur le rivage. Il le prit, et le mit dans l'eau en disant:

"Pauvre petit poisson, tu es fait pour vivre dans l'eau, et non sur la
terre."

Le petit poisson, heureux de se retrouver dans son lment, le remercia,
et dit:

"Bon Janko, nous te viendrons en aide!"

Le jeune homme continua son voyage, et arriva avant longtemps au
carrefour, o les diables se disputaient et se battaient. Il les regarda
un instant avec chagrin, puis il les spara et rtablit le bon accord
parmi eux. Les diables le remercirent et partirent, en disant:

"Bon Janko, nous viendrons  ton secours."

Janko nota ce dtail dans sa mmoire, et continua son chemin. Il arriva
 une ville. L il trouva tout le monde en dtresse, car la fille du roi
tait dangereusement malade, et tous les mdecins disaient qu'elle
allait mourir. Janko alla  une auberge (= petit htel), appela
l'aubergiste et dit:

"Allez vite au palais, et annoncez au roi que je suis le premier mdecin
du monde. Je gurirai sa fille malade." L'aubergiste alla bien vite au
palais, et dit au roi:

"Le premier mdecin du monde est  mon auberge. Il dit qu'il gurira la
princesse."

Le roi, enchant, fit venir Janko, et dit: "Monsieur le mdecin, si vous
gurissez ma fille, je vous la donnerai pour femme."

Janko prit sa petite bouteille et donna un peu de son eau magique  la
princesse, qui se trouva mieux aprs la premire dose, et qui au bout de
quelques jours tait compltement gurie.

Mais elle n'avait pas envie d'pouser le mdecin, et dit  son pre:

"Mon pre, je refuse d'pouser ce jeune homme."

Le roi insista, et la princesse rpondit:

"Eh bien, je l'pouserai, mais seulement  condition qu'il accomplisse
les trois choses que je lui dirai."

Janko consentit  cette condition, et dit: "J'accomplirai ces choses si
elles sont possibles et si Dieu m'aide."

La princesse prit deux sacs de graines de pavot et deux sacs de cendres.
Elle mla les graines de pavot et les cendres, appela Janko, et dit
"Janko, si vous sparez les graines de pavot des cendres avant demain
matin, je suis  vous."

Janko tait bien embarrass. Il n'tait pas habile, et il alla dans la
prairie, o il commena  pleurer et  prier Dieu de lui venir en aide.
Tout  coup une quantit de fourmis arrivrent, en disant:

"Ne dsespre pas, Janko; tu nous as aides, maintenant nous
t'aiderons;" et les fourmis sparrent les graines de pavot des cendres.

La princesse tait surprise et dsappointe, et dit  Janko:

"Vous avez accompli une des conditions, mais il faut que vous me
procuriez la perle la plus prcieuse du fond de la mer."

Janko alla au bord du lac, et pleura amrement. Tout  coup un poisson
parut  la surface de l'eau, et dit:

"Janko, pourquoi pleures-tu?"

Le jeune homme confia ses peines au poisson, qui lui promit la perle, en
disant:

"Tu nous as aids, nous t'aiderons."

Quelques minutes plus tard il arriva avec la perle dsire, que la
princesse admira beaucoup. Puis elle dit  Janko:

"Vous avez accompli deux des conditions; maintenant je vous pouserai si
vous me rapportez une rose de l'enfer."

Janko courut au carrefour, o il avait rencontr les diables, et frappa
 la porte de l'enfer. Les diables ouvrirent la porte, et lui donnrent
la rose qu'il demandait.

La belle princesse reut la rose avec grand plaisir et consentit enfin 
pouser Janko, qui invita ses parents  la noce. Le frre Jozka fut
aussi invit, et quand il entendit l'histoire de son frre, il comprit
que l'gosme est un mauvais moyen de faire fortune, et qu'on a souvent
besoin d'un plus petit que soi.




LE BERGER ET LE DRAGON.[23]


[Note 23: A Servian tale.]

Il y avait une fois un berger qui gardait ses moutons sur la montagne.
C'tait en automne, au temps o les serpents vont dormir dans la terre,
et le berger en entendant un petit bruit, leva la tte pour voir quelle
en tait la cause.

Il vit un grand nombre de serpents qui en arrivant prs d'un certain
rocher le touchaient d'une herbe qu'ils tenaient  la bouche. Au moment
o l'herbe touchait le rocher, le rocher s'ouvrait, et les serpents
entraient ainsi, l'un aprs l'autre, dans la montagne.

Le berger appela son chien; il lui confia les moutons, et cueillant un
brin d'herbe il toucha le rocher, qui s'ouvrit. Le berger entra dans une
grotte, dont les murs taient couverts d'or, d'argent et de pierres
prcieuses. Au centre de la grotte il y avait un trne, et sur ce trne
il y avait un serpent immense. Tous les autres serpents groups autour
de lui dormaient comme lui.

Le berger examina la grotte, regarda les serpents, et quand il eut tout
vu il dit: "C'est assez maintenant," et voulut partir. Mais le rocher
tait ferm, et comme il ne pouvait pas sortir il s'enveloppa dans son
manteau, se coucha  terre, et dormit comme les serpents.

Il se rveilla seulement quand il entendit un bruit trange, et quand il
ouvrit les yeux il vit que tous les serpents taient rveills. Ils
taient groups autour du trne, et ils demandaient tous  la fois:

"Est-il temps,  mon roi, est-il temps?"

Le roi des serpents resta immobile encore quelques minutes, puis il dit:

"Il est temps!" En disant ces mots il descendit de son trne, et se
dirigea vers le rocher, suivi de tous les autres serpents. Arriv au
rocher, le roi le toucha. Le rocher s'ouvrit; les serpents sortirent
tous, suivis de leur roi. Mais quand le berger voulut sortir aussi, le
rocher se referma.

"Roi des serpents, laissez-moi sortir!" cria le berger de toutes ses
forces.

"Non, non," dit le roi; "restez-l, mon ami."

"Mais, j'ai assez dormi!" dit le berger. "Mon troupeau m'attend;
laissez-moi sortir."

"Je vous laisserai sortir seulement  condition que vous juriez
solennellement que vous ne rvlerez  personne o vous avez dormi, ni
comment vous tes entr dans la grotte aux serpents!" dit le roi.

Le berger jura trois fois, le rocher s'ouvrit, et il se trouva sur la
montagne. Mais quel changement! Ce n'tait plus l'automne, c'tait le
printemps! Le berger pensa  sa femme, et descendit la montagne aussi
vite que possible, car il avait peur d'tre grond parce qu'il tait
rest si longtemps absent.

Quand il arriva prs de la maison il vit un monsieur  la porte, et il
entendit qu'il disait  la femme:

"Ma bonne femme, votre mari est-il chez lui?"

"Mais non, monsieur," rpondit la femme.

"Il est parti pour la montagne l'automne dernier, et comme il n'est pas
revenu, je crains (j'ai peur) que les loups ne l'aient mang." Et elle
commena  pleurer.

"Les loups ne m'ont pas mang!" cria le berger. "Me voil."

Quand la femme vit le berger, elle cessa de pleurer, et dit:

"Eh bien, paresseux, o avez-vous t tout l'hiver?"

L'homme, n'osant dire la vrit, rpondit: "J'ai t dans le parc aux
moutons o j'ai dormi tout l'hiver!"

"Imbcile," dit la femme, en colre.

Le beau monsieur dit: "Allons donc, berger, ce n'est pas vrai, ce que
vous dites l. Si vous me dites o vous avez pass l'hiver, je vous
donnerai une grande somme d'argent."

Tourment par sa femme et par le beau monsieur, le berger raconta enfin
tout ce qui lui tait arriv. Le beau monsieur, qui tait magicien, le
fora alors  le conduire  la montagne, et  ouvrir le rocher en le
touchant avec l'herbe merveilleuse. Quand le rocher fut ouvert, le
magicien prit son livre et commena  lire. Tout  coup on entendit un
bruit terrible, et un dragon sortit.

Ce dragon tait le vieux serpent, le roi. Il tait furieux contre le
berger, qui avait rvl le secret de la grotte aux serpents. Le
magicien donna vite une corde au berger, en disant: "Jetez-lui ce licol
au cou!"

Le pauvre berger obit malgr lui, et tout  coup il se trouva assis sur
le dos du dragon, qui volait rapidement par-dessus les montagnes et les
mers. Le pauvre berger tait trs effray, car le dragon allait toujours
plus vite, et montait toujours plus haut. Enfin le berger aperut une
petite alouette, et lui cria:

"Alouette, chre petite alouette, oiseau cher  Dieu, allez, je vous en
prie, auprs du Pre cleste; racontez-lui mes peines. Dites-lui qu'un
pauvre berger lui souhaite le bonjour, et qu'il le prie de le secourir."

L'alouette fit la commission du berger. Le Pre ternel eut compassion
du pauvre homme; il crivit un mot, en lettres d'or, sur une feuille
qu'il cueillit d'un arbre dans le Paradis. Il donna cette feuille 
l'alouette, et lui ordonna de la laisser tomber sur la tte du dragon.

L'alouette s'envola, laissa tomber la feuille sur la tte du dragon, et
 l'instant mme le dragon et le berger tombrent  terre. Quand le
berger revint  lui, il vit qu'il tait sur la montagne, et au bout de
quelques minutes il s'aperut qu'il avait eu un mauvais rve, car son
chien tait  ct de lui, les moutons autour de lui, et c'tait en
automne tout comme quand il s'tait endormi quelques heures avant.




LES DEUX AUMNES.[24]


[Note 24: This story is adapted from a legend published in "Le
Magasin Pittoresque," a popular French periodical.]

Une pauvre vieille femme tait assise au bord de la route. Elle avait
froid, car la neige tombait; et elle avait faim, car elle n'avait rien
mang de toute la journe. Elle tait assise l, et elle attendait
patiemment, esprant qu'un voyageur compatissant lui donnerait un peu
d'argent pour acheter du pain et du bois pour faire un peu de feu dans
sa pauvre petite maison o il faisait si froid.

Le premier homme qui passa la regarda avec compassion, et dit: "Pauvre
femme, voil un temps bien dur pour mendier sur la route. Dieu vous
assiste," et il continua son chemin, d'un pas rapide, sans lui donner un
seul sou, car il avait de gros gants, et il aurait t oblig de les
ter pour mettre la main dans sa poche. Il aurait eu froid aux doigts en
dliant les cordons de sa bourse, et il n'eut pas le courage de
s'arrter.

La pauvre vieille femme, toute dsappointe qu'elle tait, remercia
cependant le voyageur de ses bonnes paroles, et quand il lui dit: "Dieu
vous assiste!" elle rpondit: "Merci bien, mon bon monsieur, Dieu vous
le rende."

Peu de temps aprs un second voyageur passa en voiture. Il tait tout
envelopp dans une ample fourrure, il vit la pauvre femme, et, touch de
sa misre, il mit une main dans sa poche et de l'autre baissa la fentre
de la voiture.

"Oh!" dit-il, "quel terrible froid!" et il appela la pauvre vieille
femme, qui arriva aussi vite que possible. Il lui tendit l'argent et
s'aperut seulement alors qu'il s'tait tromp, et que c'tait une pice
d'or et non pas la petite pice blanche qu'il pensait donner. "C'est
beaucoup trop!" dit-il, et il allait retirer la main, mais le froid lui
fit lcher la pice d'or, qui tomba dans la neige.

Il ferma la fentre, la voiture repartit et il se dit philosophiquement:
"C'est trop, mais enfin je suis bien riche, et je puis me payer la
fantaisie de faire une bonne action de temps en temps."

La pauvre mendiante,  genoux dans la neige, cherchait la pice d'or, et
ses mains froides fouillaient sans cesse, car la malheureuse femme tait
non seulement pauvre et ge, mais elle tait aussi aveugle.

Pendant ce temps l'homme riche tait rentr chez lui. Assis devant un
bon feu, aprs avoir bien dn, il dit:

"Il ne fait pas aussi froid que je croyais. J'ai trop donn  cette
pauvre femme. Fera-t-elle bon usage de cette pice d'or? Enfin, ce qui
est fait, est fait. J'ai t gnreux, trs gnreux, et Dieu, sans
doute, me rcompensera, car il aime les bonnes actions."

L'autre voyageur tait arriv  l'auberge o il avait trouv un bon feu
et un bon dner qui l'attendait. Mais la pense de la pauvre femme lui
revint  la mmoire. Il regretta beaucoup de ne pas lui avoir donn un
peu d'argent, et au lieu de s'asseoir devant le feu et de manger la
bonne soupe chaude que le domestique apportait, il lui dit: "Mettez deux
couverts; je reviens  l'instant!" et sortit en toute hte.

Il arriva bientt  l'endroit o il avait vu la vieille femme et la
trouva fouillant dans la neige.

"Que cherchez-vous l, ma bonne femme?"

"Une aumne, qu'un monsieur m'a jete!"

"Oh! elle est perdue dans la neige. Venez avec moi; nous irons 
l'auberge, o un bon feu nous attend, et la soupe aussi."

Le voyageur s'aperut alors pour la premire fois que la vieille femme
tait aveugle, il la prit donc par le bras et la conduisit  l'auberge,
o il l'installa  table, devant le feu, et lui fit manger un bon dner.

Deux anges ce jour-l prirent la plume, l'un pour effacer la mention de
la pice d'or sur le livre o le matre de la voiture inscrivait tous
ses bienfaits, et l'autre pour inscrire sur le livre du piton le bon
dner de la pauvre mendiante.




L'AMOUR D'UNE MRE.[25]


[Note 25: This is a popular tale in Touraine, in Central France. It
is merely the French version of the tale told by every nation, and has
innumerable counterparts. Tours is the capital of the province of
Touraine. The Loire is one of the great rivers in France, which it
divides into two almost equal parts.]

Au centre de la France, au bord de la Loire, et tout prs de la ville de
Tours, demeurait une fois un vigneron appel Jean Bourdon. Il tait bon
travailleur, mais il tait violent de caractre, et il ne supportait pas
patiemment sa pauvret.

Un jour en rentrant de sa vigne, il se disait sans cesse: "Oh! si mon
oncle tait seulement mort, je serais riche, bien riche, et je ne serais
plus oblig de travailler."

Quelques minutes aprs il vit son oncle prs d'une carrire au bord du
chemin. Le dmon lui parla, et dit: "Poussez votre oncle; il tombera
dans la carrire, et sera mort; tout le monde pensera que c'est un
accident, et vous serez riche, bien riche, car vous tes son seul
hritier."

Le vigneron excuta immdiatement cette mauvaise pense, et ce fut
seulement aprs que le crime eut t commis, qu'il comprit qu'il tait
un assassin et qu'il mritait la prison et mme la mort. Il regretta
amrement sa violence, et continua son chemin en tremblant, et en
regardant sans cesse de tous cts pour voir si quelqu'un tait en vue
qui pourrait le dnoncer  la police. Il trembla plus fort encore quand
il sentit une main sur son paule, et quand une voix moqueuse lui dit 
l'oreille:

"Eh bien, votre oncle est mort. Vous l'avez tu pour hriter de sa
fortune. J'ai tout vu, mais si vous me donnez ce que je vous demande, je
ne vous dnoncerai pas."

"Oh oui, je vous donnerai tout ce que vous voudrez, tout. Je vous le
promets," s'cria le pauvre homme, qui avait bien peur.

"Trs-bien, je demande votre fils. Je le rclamerai dans trois jours 
moins que vous ne deviniez mon nom."

En disant ces mots, le dmon--car c'tait un dmon,--disparut, et le
pauvre vigneron rentra chez lui. Mais il tait si triste  la pense de
perdre son fils, et si tourment de remords  la pense de son crime,
qu'il lui fut impossible de manger ou de dormir.

Sa femme, inquite de le voir si ple, lui demanda enfin ce qu'il avait,
et le pauvre homme lui avoua tout. La femme ne lui reprocha pas sa
conduite, mais elle courut toute tremblante  l'glise o elle raconta
toute l'histoire au cur, qui tait un brave homme, et qui avait la
rputation d'un grand savant et d'un grand saint.

Le cur lui parla longtemps, et quand elle revint  la maison, elle dit
 son mari: "Allez  l'endroit o vous avez vu le dmon, et
appliquez-vous  deviner son nom en priant Dieu de vous aider." L'homme
alla  l'endroit o il avait commis son crime, mais le souvenir de ce
crime l'empcha de concentrer assez ses penses. Il rptait sans cesse:
"Oh! que j'aimerais savoir le nom de ce dmon," mais comme il pensait
plus  son crime qu' autre chose, il ne trouva pas le nom du dmon.

Le second jour la femme alla  l'endroit. Elle tait dcide  sauver
son enfant, et elle concentra si bien toute son attention, que bientt
elle entendit une petite voix sous terre, qui chantait tout doucement:

"Dormez, mon enfant, dormez bien. Votre papa, le dmon Rapax, est parti
pour vous chercher un petit compagnon; dormez, dormez bien."

La femme rentra toute joyeuse, et quand le dmon se prsenta le
lendemain pour rclamer son enfant, elle lui cria joyeusement: "Eh,
bonjour, Monsieur Rapax, comment vous portez-vous?"

Le dmon, tout surpris, partit sans l'enfant, et quelques minutes aprs
le vigneron faillit mourir de joie en voyant son oncle, qu'il croyait
avoir tu, et qui venait l'inviter  souper. Le mchant dmon Rapax,
sachant que le vigneron tait violent et envieux, l'avait tromp pour
obtenir l'enfant. Grce  la bonne petite femme il n'avait pas russi,
mais une chose bien certaine c'est que Bourdon ne fut plus jamais
violent, il avait trop peur de commettre un crime, et il savait que le
remords n'est pas une sensation agrable.




LE CHEVEU MERVEILLEUX.[26]


[Note 26: This is one of the Servian national tales; different
versions of it can be found in Wratislaw's "Folk Tales," and in the
"Magasin Pittoresque."]

Il y avait une fois un homme trs pauvre, qui avait beaucoup d'enfants.
Sa famille tait si nombreuse qu'il lui tait impossible de trouver
assez  manger pour ses enfants. Tous les jours il disait  sa femme:
"Ma femme, les enfants ont faim. Il m'est impossible de trouver assez 
manger pour eux. Je pense que la meilleure chose  faire serait de me
tuer avec eux."

"Patience!" disait la pauvre femme; "patience, mon ami, ne vous tuez pas
aujourd'hui."

Une nuit le pauvre homme vit en songe un enfant qui lui disait:

"Pauvre homme, vous tes bien malheureux; mais coutez-moi bien, et vous
serez heureux. Demain matin vous trouverez sous votre oreiller un
miroir, du corail et un mouchoir. Prenez ces trois objets, ne parlez 
personne, et allez dans la montagne. Vous trouverez une petite rivire.
Suivez le cours de la rivire, et vous arriverez  la source.

"L vous verrez une belle jeune fille. La jeune fille vous parlera, mais
ne rpondez pas. Si vous parlez, elle vous changera en poisson ou en un
autre animal. Asseyez-vous  ct de la jeune fille. Elle placera sa
tte sur vos genoux. Alors vous chercherez avec soin. Quand vous aurez
trouv un cheveu rouge, arrachez-le.

"Sauvez-vous immdiatement avec ce cheveu rouge. La jeune fille vous
poursuivra. Jetez le mouchoir, le corail et le miroir, l'un aprs
l'autre, et elle s'arrtera pour les regarder. Continuez votre route,
vous arriverez  la ville, vous vendrez le cheveu  un homme riche pour
une grande somme d'argent, et vous serez assez riche pour lever tous
vos enfants."

Le lendemain matin, quand le pauvre homme s'veilla, il mit la main sous
son oreiller. Il trouva le mouchoir, le corail et le miroir. Il partit
pour la montagne. Il arriva  la rivire. Il suivit le cours de la
rivire, et il arriva  la source. L il vit une belle jeune fille, qui
lui dit:

"D'o venez-vous, brave homme?"

Il ne rpondit rien. Elle rpta la question, mais il ne parla pas. Il
s'assit  ct d'elle sans parler. Elle plaa sa tte sur les genoux de
l'homme. L'homme chercha avec soin et bientt il trouva un cheveu rouge.
Il arracha le cheveu rouge et partit en courant. La jeune fille
poursuivit l'homme. Elle courait plus vite que lui. Quand il vit
qu'elle allait l'atteindre, il jeta le mouchoir. La jeune fille, qui
n'avait jamais vu de mouchoir, s'arrta pour l'examiner, et l'homme
continua  courir.

Quand la jeune fille eut assez examin le mouchoir, elle continua la
poursuite. Quand l'homme vit qu'elle allait l'atteindre, il jeta le
corail. La jeune fille s'arrta pour examiner le corail avant de
continuer la poursuite. Quand l'homme vit qu'elle allait l'atteindre, il
jeta le miroir. La jeune fille s'arrta pour s'admirer, et l'homme
arriva chez lui et raconta toutes ses aventures  sa femme.

Le lendemain l'homme alla  la ville. Il se plaa sur le march, et
commena  crier: "J'ai un cheveu rouge  vendre. J'ai un merveilleux
cheveu rouge  vendre." Quelques minutes aprs un homme arriva et dit:
"Je vous donnerai un sou pour votre cheveu rouge. "Ce n'est pas assez!"
dit l'homme. Un autre homme arriva: "Je vous donnerai le double, deux
sous," dit-il. "Ce n'est pas assez."

Les autres acheteurs arrivrent, et ils commencrent  dire l'un aprs
l'autre: "Je vous donnerai le triple, trois sous."

"J'en donnerai quatre."

"J'en donnerai cinq."

Ils continurent ainsi et un homme dit enfin: "Je donnerai vingt sous,
un franc."

Les enchres continurent, et la foule augmentait toujours. Le prix du
cheveu rouge augmentait rapidement aussi. Enfin le roi arriva et dit:
"Je vous donnerai dix mille francs." L'homme accepta cette somme et alla
 la maison, o il se trouva assez riche pour lever ses enfants. Le roi
porta le cheveu merveilleux dans son palais, le coupa dans sa longueur
et trouva une inscription, qui racontait les choses importantes qui
s'taient passes depuis le commencement du monde, et il ne regretta
jamais d'avoir pay dix mille francs ce cheveu merveilleux.




UN CONTE DE MA MRE L'OIE.[27]


[Note 27: This is one of the folk tales told along the banks of the
Danube. It forms part of the Slavonic folk lore.]

Dans une contre traverse par le Danube il y avait une fois un roi qui
se trouva forc, peu de temps aprs son mariage, de quitter la reine, sa
femme, et de partir pour la guerre. Son absence fut longue, trs longue,
et la reine attendait son retour avec impatience. Elle voulait lui
montrer son fils qu'il n'avait jamais vu, car l'enfant tait n aprs
son dpart.

C'tait dans les temps o il n'y avait ni poste, ni tlphone, ni
tlgraphe, ni chemins de fer, ni bateaux  vapeur, et la pauvre reine
n'avait pas de nouvelles de son mari, et le roi n'avait pas de nouvelles
de sa femme. Enfin la guerre fut termine, et le roi se mit en route
pour son royaume. Un jour il se trouva en grand danger de prir dans un
torrent, et il dit:

"Oh! ma chre femme, je vais prir ici, sans vous revoir!"

Un corbeau arriva et dit: "Roi, promettez-moi que vous me donnerez la
chose que vous avez de plus chre au monde, mais que vous ne connaissez
pas, et je vous sauverai."

Le roi pensa; "La chose qui m'est la plus chre au monde c'est, sans
doute, ma femme. Pour le plaisir de revoir ma femme, je donnerais
volontiers une chose que je ne connais pas!"

Le roi accepta donc la proposition du corbeau, qui dit: "Je suis
gnreux,  mon roi, et je vous laisserai cette chose pendant sept ans
avant de la rclamer."

Le corbeau sauva donc le roi, qui arriva  la maison, o il vit la
reine, et o sa surprise fut grande de trouver un joli petit enfant, qui
tait son fils. Mais son chagrin fut presqu'aussi grand que sa surprise,
quand il pensa  la promesse qu'il avait faite au corbeau.

Le temps passa vite, trop vite, et quand le petit garon eut sept ans,
le corbeau arriva, et disparut aussitt avec l'enfant royal.

Le corbeau transporta le petit prince dans une valle profonde,
inconnue, solitaire, et le donna  un pauvre homme qui demeurait l avec
sa femme et sa petite fille, qui n'avait que cinq ans, mais qui tait
trs avise.

Les deux enfants taient trs heureux ensemble. Le pre et la petite
fille aimaient beaucoup le petit prince, mais la mre ne l'aimait pas,
et elle le maltraitait beaucoup, car elle tait mchante et un peu
sorcire.

Un jour cette femme dit  son mari: "Jean est trop avis; il faut nous
dbarrasser de lui."

L'homme protesta en vain; la femme appela Jean, et dit: "Jean, vous tes
grand maintenant, mais vous ne travaillez pas assez. Il faut que vous
abattiez cette fort, d'ici  demain, et que vous btissiez un pont qui
chantera quand je passerai dessus."

Le pauvre Jean tait trs triste. Il appela sa petite amie Catherine, et
dit: "Catherine, votre mre est bien cruelle! Elle dit qu'il faut que
j'abatte la fort, d'ici  demain, et que je btisse un pont qui
chantera quand elle passera dessus."

"Oh!" dit la petite Catherine; "allez vous coucher, mon cher Jean. Cette
tche n'est pas difficile. Je vous aiderai, mais faites bien attention
de ne pas boire le lait que ma mre vous donnera demain matin."

Jean alla se coucher tranquillement, et la petite fille, qui tait un
peu sorcire aussi, courut  la fort, voqua les esprits, leur commanda
d'abattre la fort et de btir un pont qui chanterait quand sa mre
passerait dessus.

Le lendemain matin Jean se prsenta devant la femme, et dit: "C'est
fait!"

"Ah! trs-bien, mon bon enfant; voici du lait; buvez-le," dit la femme.
Mais Jean, qui n'avait pas oubli la recommandation de Catherine, ne but
pas le lait.

La femme tait fche, et elle dit  son mari: "Mon mari, Jean est trop
avis; il faut nous dbarrasser de lui."

L'homme, qui aimait Jean, protesta, mais en vain, et la femme dit 
Jean:

"Cette nuit vous irez dans l'curie, o vous trouverez six chevaux.
Sellez et bridez ces chevaux, et faites-les trotter."

Jean tait trs content parce qu'il croyait (pensait) que c'tait trs
facile, mais Catherine dit: "Jean, ce n'est pas facile, car un de ces
chevaux est ma mre elle-mme. Mais si vous prenez ces six brides
magiques, la chose sera facile."

Jean prit les brides que Catherine lui donna; il brida et sella les six
chevaux, il les fit trotter toute la nuit, et avant de rentrer il les
conduisit  la forge o il les fit ferrer.

Le lendemain matin quand la mchante femme se rveilla, elle poussa des
cris terribles, car elle avait des fers aux mains et aux pieds. Elle
tait furieuse, et elle dit avec rage: "Ce misrable Jean prira, ce
misrable prira!"

Catherine, en entendant ces menaces, dit  Jean:

"Partons, fuyons, ma mre est furieuse. Si nous restons ici, elle nous
tuera tous les deux!"

Avant de partir Catherine s'arracha trois cils. Elle jeta un cil dans la
chambre, elle jeta un autre cil dans la cuisine, et elle jeta le
troisime cil sur le perron.

Quelques minutes aprs le dpart de Jean et de Catherine, la mre cria:
"Catherine, ma fille, que faites-vous?"

Le premier cil, que Catherine avait jet dans la chambre, rpondit
aussitt: "Ma mre, je suis trs occupe, je fais le lit."

Une deuxime fois la mre demanda: "Que faites-vous donc, Catherine, ma
fille?"

Le deuxime cil rpondit: "Maman, je fais la cuisine."

Enfin la mre cria une troisime fois: "Catherine, que faites-vous
donc?"

"Ma mre, je balaie le perron!" rpondit le troisime cil.

Les deux fugitifs taient dj loin quand la mre s'aperut de leur
fuite. Elle ne pouvait pas les poursuivre, car elle avait des fers aux
mains et aux pieds, mais elle dit  son mari: "Allez chercher les
enfants; ils sont partis."

L'homme obit; il poursuivit les enfants.

Catherine s'arrta tout  coup couta attentivement, et dit  Jean:

"Jean, mon pre arrive. Je vais me changer en un champ de bl; vous
serez le gardien du champ!"

Quand les deux enfants furent dguiss ainsi, le pre arriva. Il ne
reconnut pas Jean, et dit: "Gardien, avez-vous vu passer un jeune homme
et une jeune fille?"

"Oui," dit le gardien, "je les ai vus passer quand on semait ce champ de
bl!"

Alors le pre courut plus vite. Quand il fut parti, Jean et Catherine
reprirent leur forme naturelle et continurent leur fuite. Mais bientt
le pre s'approcha d'eux une seconde fois, et Catherine dit  Jean:
"Vite, vite, Jean, changez-vous en prtre; je serai l'glise, et mon
pre ne nous trouvera pas."

Le pre arriva aussitt que le dguisement eut t accompli. Il
s'adressa au prtre, et dit: "Avez-vous vu passer un jeune homme et une
jeune fille?"

"Oui!" rpondit le prtre, "je les ai vus passer quand on btissait
cette glise!"

L'homme, fatigu et dcourag, abandonna la poursuite. Mais la mre, qui
avait soif de vengeance, monta sur un manche  balai et partit rapide
comme l'clair.

Catherine dit  Jean: "J'entends ma mre qui arrive. Changez-vous en
tang; je me changerai en canard." La mre arriva. Elle s'aperut de la
mtamorphose, et elle ne pensa qu' punir les enfants. Elle commena
donc  boire l'eau, mais elle but si avidement qu'elle mourut.

Alors Jean et Catherine continurent leur route. Ils arrivrent dans une
fort, o ils rencontrrent le roi et toute sa cour  la chasse. Le roi
regarda le jeune homme et la jeune fille. Il les questionna, et bientt
il reconnut son fils, et l'embrassa avec des transports de joie.

Le jeune prince finit par pouser la jolie Catherine, qui continua 
l'aider comme par le pass, et ils furent toujours trs heureux.




GODEFROI, LE PETIT ERMITE.[28]


[Note 28: One of the stories in the collection of Canon Christopher
Schmid, the German writer, who was born in 1768 and died in 1854. These
stories were translated into French by the tutor of the Comte de Paris
in 1842, and have been the delight of French as well as of German
children. In the original version this story is very long indeed, as the
worthy Canon used his stories as vehicles for his religious teachings.
This is a complete outline of the story.]

Il y avait une fois un pauvre homme qui avait une trs grande famille.
Cet homme tait pauvre, mais il tait toujours occup, il tait trs
industrieux. Cet homme avait une petite maison, et comme sa femme tait
aussi trs industrieuse, la maison tait toujours en ordre.

L'homme, qui s'appelait Pierre, avait aussi un petit jardin. Dans ce
jardin il cultivait quelques arbres fruitiers, et il y cultivait aussi
beaucoup de lgumes. Au printemps, en t, et en automne, cet homme
industrieux travaillait dans les champs de ses voisins qui taient plus
riches que lui, et qui le payaient bien.

Il travaillait aussi pour les pcheurs, car sa maison tait prs de
l'eau. En hiver, quand il ne pouvait pas travailler dans les champs, et
quand le temps tait trop mauvais pour aller  la pche, il restait  la
maison, o il fabriquait des filets ou des paniers, qu'il vendait aux
pcheurs ou aux fermiers.

Les enfants de cet homme taient trs industrieux et trs intelligents.
Le plus intelligent tait Godefroi, qui avait douze ans, et qui tait
assez grand pour aider son pre aux champs, au jardin,  la pche, et 
la fabrique de paniers et de filets. Mais Godefroi n'tait pas toujours
sage. Il aimait mieux jouer que de travailler.

Un jour le pre dit  Godefroi: "Mon fils, tu as t sage pendant une
semaine, et maintenant tu mrites une rcompense. Demain matin, si le
temps est beau, nous irons  l'le Verte que tu vois en mer  une grande
distance d'ici. C'est une le o demeurait mon pre. Sur l'le nous
trouverons beaucoup d'osier pour faire nos paniers, et nous trouverons
aussi un grand noyer. Nous cueillerons les noix, et nous les apporterons
 la maison, o tu pourras les manger cet hiver."

Godefroi tait naturellement enchant. Il se leva de bonne heure le
lendemain matin, et quand il vit que le temps tait superbe il s'habilla
vite, et courut djeuner. Aprs djeuner le pre dit: "Maintenant,
Godefroi, aide-moi  faire les prparatifs de dpart. Voici une quantit
d'objets. Porte-les au bateau."

Godefroi vit deux petites haches, un grand manteau d'hiver, deux
paniers, une corde, une marmite, un pot de lait, cinq pains, et de la
viande, et il dit  son pre:

"Toutes ces choses ne sont pas ncessaires. Un pain est assez. Il fait
chaud; pourquoi prendre ce manteau d'hiver?"

"Oh!" dit le pre, "c'est plus prudent. Je suis all  l'le une fois.
Une grande tempte est arrive. J'ai t oblig de rester trois jours
sur l'le. Je n'avais pas assez de provisions et j'avais froid.
Maintenant, si une tempte arrive, nous aurons assez de provisions, et
nous aurons un bon manteau d'hiver pour nous couvrir."

Le petit Godefroi rpondit: "Le temps est magnifique aujourd'hui; il n'y
a pas de signe de tempte; c'est vraiment absurde de charger le bateau
ainsi!" car Godefroi pensait qu'il tait aussi sage que son pre.

Mais le pre insista, et Godefroi porta tous les objets dans le bateau.
La soeur de Godefroi dit: "Voici un chapeau neuf pour toi, Godefroi, un
chapeau que j'ai garni moi-mme. Regarde, j'ai mis un beau ruban vert 
ton chapeau, et je l'ai attach avec des pingles, car je n'avais pas le
temps de le coudre."

Godefroi dit adieu  sa soeur,  ses six frres et  sa bonne mre, et
partit joyeusement avec son pre.

L'le Verte tait  une grande distance; elle tait  une si grande
distance qu'elle paraissait bien petite. Mais bientt l'le parut de
plus en plus grande, et la maison qu'ils avaient quitte de plus en plus
petite.

Quand ils arrivrent  l'le, Godefroi dit  son pre:

"Regarde, mon pre. Notre maison parat si petite maintenant. Elle
parat aussi petite qu'une toute petite pierre blanche!"

"Oui," dit le pre, "nous avons t trois heures en bateau; nous sommes
 une grande distance de la maison. Maintenant, Godefroi, prends une
hache et suis-moi."

Le pre attacha le bateau avec la corde, puis il prit une hache, et alla
couper une grande quantit d'osier. Godefroi coupa de l'osier aussi. Il
arrangea les branches en fagots, et il les porta l'un aprs l'autre dans
le bateau. A midi la provision d'osier tait toute faite, et le pre
dit: "Godefroi, j'ai faim, allons dner."

Le pre et le fils allrent au bateau. Le pre s'assit sous un grand
arbre, et dit  Godefroi:

"Va chercher le pain, le lait, la viande, et le beurre."

Godefroi alla chercher les provisions. Le pre fit du feu. Il mit du
pain, du beurre, et du lait dans la marmite. Il mit la marmite sur le
feu, et dit: "Nous aurons une bonne soupe au lait." Quand la soupe fut
prte, Godefroi et le pre dnrent de bon apptit. Alors le pre dit:
"Godefroi, porte toutes ces choses au bateau, et alors nous irons
cueillir les noix."

"Oh! mon pre," dit Godefroi, "allons maintenant cueillir les noix. Je
porterai les choses dans le bateau plus tard."

"Non," dit le pre, "porte les choses maintenant. Un garon devrait
avoir de l'ordre. Et ce n'est pas de l'ordre, c'est du dsordre de
laisser ces pains, ce beurre, ce lait, cette marmite, cette pierre 
feu, et ce manteau ici sous un arbre."

Godefroi obit  regret. Quand tous les objets furent  leur place, le
pre dit: "C'est bien, mon fils; maintenant prends les paniers et
suis-moi." Le pre alla vers le centre de l'le, et arriva enfin  un
grand noyer tout charg de noix.

Le pre grimpa sur l'arbre. Il secoua l'arbre, et les noix tombrent en
grande quantit. Godefroi remplit ses paniers. Il porta les paniers
pleins de noix au bateau, les vida, et revint les remplir une seconde,
et une troisime fois.

Le pre tait dans l'arbre, occup  faire tomber les noix. Godefroi
tait trs occup  remplir ses paniers. Il ne remarqua pas l'approche
d'une tempte. Son pre ne la remarqua pas non plus. Godefroi tait dans
le bateau.

Il vidait ses paniers pour la quatrime fois, quand une grande vague
arriva et enleva le bateau. Godefroi saisit les rames pour ramener le
bateau  terre, mais les vagues emportrent les rames. Alors le pauvre
garon commena  crier.

Son pre arriva au rivage, juste  temps pour voir disparatre le petit
bateau, qui tait emport par les vagues avec une grande rapidit. Le
pauvre homme pensa: "Mon enfant, mon pauvre enfant est mort. Il a pri
dans les vagues!" Et il pleura beaucoup. La mre de Godefroi avait vu la
tempte, et dit: "Oh, voici une tempte terrible! J'espre bien que mon
mari et Godefroi sont rests sur l'le." Elle pria toute la nuit.

Le lendemain la mer tait calme, mais le pre et Godefroi n'arrivrent
pas. Alors la pauvre femme alla chez un riche voisin appel Thomas et
lui dit que son mari et son fils n'taient pas revenus de l'le Verte.

Le voisin, compatissant, dit: "Ne pleurez pas, pauvre femme. Il est
probable que la tempte a emport le bateau. Mais votre mari et Godefroi
sont, sans doute, sur l'le. Je vais partir immdiatement pour aller les
chercher."

Le brave homme partit immdiatement, et avant la nuit il revint avec le
pauvre pre, qui raconta, en pleurant, que le bateau avait t emport
par la tempte et que le pauvre Godefroi avait sans doute pri. Toute la
famille pleura beaucoup, et la mre resta inconsolable.

Mais Godefroi n'avait pas pri. Le vaisseau, emport rapidement par la
tempte, avait disparu dans l'obscurit. Le pauvre petit Godefroi, ple
d'effroi (de terreur), commena  prier avec ferveur: "Bon Dieu,
sauvez-moi!"

Aprs avoir voyag quelque temps dans l'obscurit, le vaisseau fut jet
sur un rocher. Le choc fut terrible, et Godefroi sortit vite du bateau,
et tomba sur le rocher. Quand la tempte fut finie, le pauvre garon
s'aperut qu'il tait sur une le. Son bateau avait t jet dans une
petite anse (baie) entre deux grands rochers.

Il regarda de tous cts, et ne vit rien que les rochers, et l'immensit
du ciel et de la mer. Aprs quelques minutes, cependant, il aperut
l'le Verte  l'horizon, mais elle tait  une grande distance et ne
paraissait pas plus grande qu'une petite plante.

Godefroi courut  son bateau, en disant: "L'le Verte est l, il faut
que je retourne  l'le Verte!" Mais au bout de quelques minutes il vit
que c'tait impossible. Le bateau tait bris (cass). Il vit que les
rames taient parties aussi. Alors Godefroi commena  pleurer. Mais il
n'y avait personne pour le consoler, personne pour l'aider, et Godefroi
essuya enfin ses larmes.

Il alla prendre du pain et des noix dans le bateau, mangea tristement
son souper, et quand la nuit arriva, il s'enveloppa dans le grand
manteau d'hiver de son pre, se coucha sur le rocher, et s'endormit en
pleurant. Le lendemain matin il se rveilla. Le soleil tait chaud, bien
chaud. "Oh!" dit Godefroi, "j'ai soif! J'ai bien soif; o y a-t-il de
l'eau?"

La mer tait l, mais l'eau de mer est trs dsagrable. Elle est trs
sale, et il est impossible de la boire. Le pauvre Godefroi regarda de
tous cts. Enfin il se dcida  quitter le rocher o la tempte l'avait
jet, et  aller chercher une fontaine dans l'le. Il prit du pain et
des noix dans sa poche, il mit son chapeau sur la tte, il prit une des
petites haches et un bton et partit.

Il marcha longtemps, longtemps, et dcouvrit que l'le tait forme
d'une grande masse de rochers. Au centre de l'le il y avait deux pics
trs levs. Les rochers de l'le taient chauffs par le soleil, et la
soif du pauvre Godefroi tait toujours plus ardente. Il souffrait
beaucoup. Enfin il tomba  genoux en pleurant, et dit:

"Mon Dieu, faites-moi trouver de l'eau, ou je mourrai de soif!"

A cet instant il entendit un petit murmure, et en descendant dans un
petit ravin il trouva une source d'eau claire. Quelle joie pour
Godefroi! Il but avec plaisir, et alors il tomba  genoux, et remercia
Dieu qui lui avait montr cette source d'eau frache.

Alors Godefroi mangea son pain et ses noix, et quand il eut fini ce
dner frugal, il gravit (grimpa) la plus haute des deux montagnes.

Du sommet de la montagne il vit la vaste mer, et prs de l'horizon l'le
Verte, qui paraissait si petite. Godefroi vit aussi beaucoup de
vaisseaux qui suivaient la ligne de l'horizon, mais qui ne
s'approchaient pas de son le, qui tait vraiment dangereuse parce
qu'elle tait entirement compose de rochers.

Godefroi descendit de la montagne, il retourna au bateau, il mangea du
pain et des noix, il s'enveloppa dans son manteau, et passa une seconde
nuit sur l'le dserte, aprs avoir pens  ses parents et aprs avoir
rcit sa prire du soir.

Quand le matin arriva, Godefroi vit avec dtresse que sa provision de
pain tait bien petite: "Oh!" dit-il, "je n'ai que peu de pain. J'ai
examin toute l'le hier, depuis le sommet de la montagne, et je n'ai
pas vu une seule plante ou un seul arbre fruitier. J'ai vu de la mousse
et des sapins, mais il est impossible de manger de la mousse ou du bois
de sapin. Je suis sr que je mourrai de faim ici sur cette le dserte,
car mon pre m'a souvent dit que l'le Verte tait la seule le sur nos
ctes. Il ne sait donc pas que cette le existe, et il ne pensera pas 
venir me chercher ici!"

Le pauvre Godefroi mangea aussi peu que possible, mais hlas! son pain
diminua bien rapidement. Il alla dans toutes les directions pour trouver
des provisions, mais il ne trouva rien, absolument rien. Enfin Godefroi
mangea son dernier morceau de pain, et ses dernires noix, et s'assit
tristement au bord de la fontaine, en pensant qu'il serait bientt mort
de faim.

Son attention fut bientt attire par les poissons qui nageaient dans
l'eau limpide: "Oh!" dit-il, "si j'avais seulement une ligne, des
hameons, et un filet, je pourrais prendre des poissons!"

Tout  coup il vit son chapeau. Le ruban vert que sa soeur avait attach
avec des pingles attira son attention. Il prit une pingle, et la
courba. Puis il effila le ruban. Il tressa les fils avec beaucoup de
soin et fit une ligne. Il attacha l'pingle  une extrmit de la ligne.
Il attacha une branche d'osier  l'autre extrmit. Alors il chercha et
trouva un ver. Il attacha ce ver  son pingle, et jeta son hameon 
l'eau. Quelques minutes aprs Godefroi dansait de joie, car il avait
attrap un poisson!

Il courut au bateau, chercha sa pierre  feu, ramassa de la mousse
sche, et en quelques minutes il eut un bon feu. Alors il suspendit la
marmite sur le feu. Il mit de l'eau frache de la fontaine dans la
marmite, et il mit aussi son poisson dans la marmite.

"Oh!" dit-il, "quelle bonne chose que j'aie port toutes les choses dans
la barque (bateau) aprs notre dner. Si j'avais laiss le pain, le
beurre, la viande, la marmite, la pierre  feu, les haches et le manteau
sous le grand arbre, o j'ai dn avec mon pre, je serais mort de faim
srement. Mon pre avait bien raison; l'ordre est une bonne chose!"

Quand le poisson fut prt, Godefroi le mangea de bon apptit. Le poisson
n'tait pas trs bon, cependant, car Godefroi n'avait pas de sel, mais
bientt il trouva du sel sur les rochers, du sel laiss par les vagues.
Godefroi passa ds lors une grande partie de son temps  pcher.

Il fabriqua un gros hameon avec un clou. Cette opration fut trs
difficile. Godefroi aiguisa (fit une pointe) le clou sur une pierre. Il
le courba aussi sur une pierre. Il effila sa cravate pour faire une
ligne solide, et enfin il attrapa de gros poissons de mer.

Un jour il arriva une grande tempte. Le pauvre Godefroi tait
malheureux. Il ne pouvait pas pcher, car les vagues taient terribles.
Les poissons ne venaient pas  la surface. La pluie tombait, et Godefroi
tait trs inconfortable. Le vent tait froid, trs froid.

Le pauvre Godefroi pleura beaucoup, et quand la tempte fut dissipe,
et quand il eut satisfait son apptit, il dit:

"L'automne arrive. Il est certain que l'hiver arrivera bientt aussi. Il
faut que je trouve une grotte, ou je mourrai de froid!" Godefroi chercha
longtemps parmi les rochers, et enfin il trouva une grotte, prs de la
fontaine. Cette grotte tait si bien cache par deux sapins qu'il ne
l'avait pas vue.

La grotte tait sche. Godefroi scha une grande quantit de mousse sur
les rochers. Il porta cette mousse sche dans la grotte et en fit un bon
lit. Il scha le manteau de son pre, et il le porta aussi dans la
grotte. Il y porta aussi la marmite, les cruches, les haches, la pierre
 feu, la corde, et mme les clous et les planches du bateau, car la
dernire tempte avait compltement dmoli le pauvre bateau.

Alors Godefroi dit: "Si j'avais un rservoir, je pourrais y mettre mes
poissons, et mme quand le temps est mauvais, je pourrais avoir 
manger."

Godefroi chercha beaucoup, et il trouva enfin une bonne place. Il fit
une bonne digue avec des pierres, il conduisit l'eau de la fontaine dans
ce bassin par un petit canal, et il mit dans le bassin une partie des
poissons qu'il attrapait.

Il coupa aussi des sapins avec sa hache, fit des fagots des petites
branches, et des bches des grandes branches. Il porta ce bois dans le
ravin o tait sa grotte, pour y faire du feu en hiver.

L'hiver arriva bientt. Le pauvre Godefroi fit une porte pour sa grotte
en tressant les branches d'osier qu'il avait apportes de l'le Verte.
Il ferma toutes les ouvertures avec de la mousse, et il attacha la porte
 deux grands arbres placs de chaque ct de l'entre de sa grotte.

La neige commena  tomber, et Godefroi, qui ne pouvait pas faire de feu
dans sa grotte  cause de la fume, construisit une petite cuisine dans
la valle. Il prit des pierres et fit un mur. Ce mur et un grand rocher
formaient trois cts de la cuisine. Le quatrime ct tait ouvert, et
le toit tait form des planches du bateau.

Godefroi y passait une partie de la journe, assis prs de son feu. Pour
s'occuper, il fabriqua une table et un banc des planches du vaisseau. Il
arrangea d'autres lignes. Il arrangea un autre hameon. Il prit un clou,
il le chauffa dans le feu comme il avait vu faire au forgeron du
village. Il fit une bonne pointe au clou, car il avait une pierre comme
enclume, et sa hache comme marteau. Il fit aussi deux barbes 
l'hameon.

Enfin le printemps arriva. Godefroi, qui esprait toujours tre sauv,
vit beaucoup de vaisseaux, qui, hlas! passaient toujours loin de l'le,
trop loin pour voir ses signaux dsesprs.

Godefroi trouva une petite anse o il y avait du sable fin, et l il
trouva aussi des moules et des hutres. Il mangea les moules et les
hutres avec plaisir, et il trouva des perles dans les coquilles.

"Oh!" dit-il, "mon pre m'a dit que les perles taient prcieuses. Je
vais trouver autant de perles que possible, et si j'arrive jamais chez
mon pre, je lui donnerai ces perles, et il ne sera plus pauvre."
Godefroi trouva beaucoup de perles; et il trouva aussi des branches de
corail, de corail rouge. Il plaa les perles et le corail dans un petit
panier qu'il tressa lui-mme.

Une anne s'tait passe depuis que Godefroi tait arriv dans l'le,
une anne entire. Les habits du pauvre enfant taient uss, entirement
uss. Godefroi coupa le manteau de son pre, et en fit une espce de
robe, comme celle que portaient les moines qui passaient dans le
village.

Tout l't Godefroi pcha, et coupa du bois, car il voulait avoir une
grande provision de bois pour l'hiver, qui arrivait rapidement. Un jour
il dit, "Aujourd'hui j'irai de l'autre ct du ravin couper du bois."

Il partit, mais quand il arriva  midi dans son ravin, il leva les mains
d'horreur. Le ravin tait en feu! Il avait laiss un peu de feu dans la
cuisine. Le vent avait attis le feu. La provision de bois tait toute
en flammes. Le toit de la cuisine tait brl. Les lignes  pche
taient brles. La porte de la maison, sa table, le banc, tout, tout
tait dtruit!

Le pauvre Godefroi tomba  genoux, et dit: "Hlas! maintenant il faudra
bien mourir. Voici l'hiver, je n'ai plus rien que ma hache et ma robe.
Ma provision de bois que j'ai obtenu par mon travail, mes lignes, mes
pauvres lignes, tout est perdu!" Et il regarda tristement la fume
noire, qui montait vers le ciel. Pauvre petit Godefroi, il tait en
effet bien malheureux.

La veille, le pre de Godefroi avait dit  sa famille: "Il faut que je
visite l'le Verte. Ma provision d'osier est puise." Il partit donc
avec deux enfants, et il promit  sa femme qu'il ne permettrait pas aux
enfants d'entrer dans le bateau sans lui. La pauvre femme les laissa
partir  regret, car elle pensait toujours au pauvre petit Godefroi.

Le pre et les enfants arrivrent  l'le Verte sans accident. Ils
couprent l'osier, et quand la provision fut finie, la petite fille dit
 son pre:

"Papa, viens avec nous sur la montagne. J'aimerais tant gravir une
montagne!"

Le pre consentit. Ils arrivrent bientt au sommet de la montagne, et
ils regardrent leur maison, qui paraissait bien petite. Alors ils se
tournrent et regardrent la mer. Tout  coup la petite fille dit:
"Papa, regarde l-bas. Voil quelque chose qui ressemble  de la fume."
Le pre regarda, et dit:

"C'est de la fume. C'est probablement un vaisseau en feu!"

"Non," dit le petit garon, "ce n'est pas un vaisseau, papa, je suis sr
que c'est un volcan, comme j'ai vu dans ma gographie  l'cole!"

Le pre regarda attentivement, et dit enfin: "C'est curieux, mais je
crois distinguer deux montagnes. On dirait une le. Je n'ai jamais
entendu parler d'une le dans cette direction-l!"

"Oh, papa," dit la petite fille, "s'il y a une le l, peut-tre qu'elle
est habite. Peut-tre que notre frre Godefroi est l, sur cette le,
car c'est dans cette direction-l que la tempte a emport le bateau."

Le pre, qui avait eu la mme pense, commena  trembler. Enfin il dit:
"C'est possible, mon enfant, c'est possible. Rentrons vite  la maison.
Je parlerai au bon voisin Thomas. Il me prtera peut-tre son bateau 
voile, et j'irai  cette le!"

Les enfants descendirent la montagne, et s'embarqurent vite. Arrivs 
la maison, les enfants et le pre racontrent ce qu'ils avaient vu, et
le coeur de la pauvre mre battit plus fort de joie.

"Va vite chez le voisin Thomas," dit-elle  son mari. "Il a un bateau 
voile. Il est compatissant; il nous aidera, j'en suis sre!"

Le pre alla chez Thomas, et lui raconta tout. "C'est possible," dit
Thomas. "Et demain matin, si le temps est favorable, nous partirons,
vous et moi, et mon voisin Jean, et nous irons  cette le."

Le lendemain ils partirent par un temps magnifique, et avant le coucher
du soleil, ils arrivrent tout prs de l'le. L'le paraissait dserte.
Il n'y avait pas un signe d'habitation. Il n'y avait plus de fume.

"L'le est dserte!" dit Thomas tristement. "Elle est compltement
dserte."

Le pre de Godefroi regarda aussi tristement ces rochers inhospitaliers,
mais il dit: "Il est tard; dbarquons, et nous chercherons dans l'le.
Peut-tre que le corps de mon pauvre enfant a t jet ici."

Ils dbarqurent et commencrent  chercher. Enfin ils arrivrent dans
la petite valle, toute noircie par le feu de la veille (jour avant). L
ils virent un moine  genoux. Le pre s'approcha, et dit d'une voix
tremblante: "Mon pre, mon brave ermite, avez-vous vu un petit garon
nomm Godefroi..."

Le pre ne put finir, car le moine s'tait prcipit dans ses bras. Ce
moine, cet ermite, c'tait Godefroi lui-mme!

Aprs quelques minutes de grande motion Godefroi raconta ses aventures
 son pre. Il lui raconta comment il tait arriv  l'le, comment il
avait fabriqu des lignes et des hameons, comment il avait pass le
long hiver. Il lui dit combien il avait travaill pour faire une grande
provision de bois pour son second hiver, et il dcrivit son dsespoir
quand il dcouvrit que le feu avait tout dtruit.

"J'ai pens que Dieu m'avait abandonn," dit Godefroi.

"Oh! mon fils," dit le pre, "au contraire! Car, sans cet accident, ta
petite soeur n'aurait pas remarqu cette le, nous n'aurions pas pens
que peut-tre la tempte t'y avait jet, et nous ne serions pas venus
ici aujourd'hui pour te trouver!"

Le lendemain Godefroi s'embarqua avec Pierre, Thomas et Jean, et avant
le soir il arriva  la maison o il fut reu avec une joie que je vous
laisse imaginer, car il est impossible de la dcrire en quelques mots.

Thomas tait si content du succs de son entreprise qu'il invita toute
la famille et tout le village  dner chez lui. Au dessert Godefroi
raconta toutes ses aventures, et tout le monde admira le courage qu'il
avait montr. Godefroi donna  son pre les perles et le corail, les
seules choses que le feu avait pargnes, et le pre, heureux et fier de
son fils, les montra  tout le monde.

Un marchand de corail offrit d'acheter le corail et les perles, et lui
donna une bonne somme d'argent. Cet argent permit  Pierre de donner une
excellente ducation  tous ses enfants, et surtout  Godefroi qui en
profita bien.

Godefroi alla  l'cole et apprit beaucoup de choses, mais les leons de
patience, de persvrance et de foi, qu'il avait apprises tout seul dans
son le dserte, taient les plus prcieuses de toutes. Il ne les oublia
jamais, et mme quand il fut trs g il disait souvent  ses
petits-enfants: "Il ne faut jamais dsesprer. Dieu fait notre fortune
de nos infortunes. Les choses qui paraissent impossibles  l'homme sont
possibles  Dieu, car rien ne Lui est impossible."




LE GRAIN DE MOUTARDE.[29]


[Note 29: This is one of the Hindu legends. Buddha is one of the
principal Hindu gods and teachers. Those who follow his precepts are
called Buddhists.]

Il y avait une jeune femme dans l'Inde qui avait un petit enfant. Un
jour le petit enfant tomba dangereusement malade, et bientt le pauvre
petit mourut. La pauvre mre prit le petit enfant dans ses bras, et alla
de porte en porte, demandant si personne ne pouvait lui donner de remde
pour son fils.

Les voisins dirent: "La pauvre femme est folle de porter son enfant mort
d'une maison  l'autre!"

Un vieillard vit la pauvre jeune mre, et pensa: "Oh, la pauvre femme
n'a jamais vu la mort. Elle ne sait pas que son petit enfant est mort.
Il faut que je la console."

Le vieillard s'approcha de la pauvre femme, et dit: "Ma pauvre femme, je
n'ai aucun remde pour votre enfant, mais je connais un mdecin qui vous
donnera un remde."

La jeune mre dit: "Dites-moi, je vous en prie, o est le mdecin qui
peut me donner un remde pour mon enfant malade."

"Allez trouver le dieu Bouddha; il vous donnera un remde!" dit le
vieillard.

La pauvre femme remercia le vieillard, et partit en toute hte pour
aller trouver Bouddha. Quand elle arriva dans le temple, elle dit:

"Seigneur et matre, avez-vous un remde pour mon enfant malade?"

"Non, ma bonne femme, mais je sais un remde."

"Quel est ce remde?" dit la mre vivement.

"C'est un grain de moutarde. Allez me chercher un grain de moutarde.
Mais le grain de moutarde doit venir d'une maison o personne ne soit
jamais mort."

La pauvre femme partit, en toute hte, avec son enfant mort dans les
bras. Elle alla de porte en porte, demandant un grain de moutarde. Tout
le monde lui donna ce qu'elle demandait, et quand on lui avait donn le
petit grain, elle disait:

"N'est-il mort personne dans la maison? ni pre, ni fils, ni serviteur?"

Et dans chaque maison on lui disait: "Beaucoup de personnes sont mortes
ici, car les morts sont beaucoup plus nombreux que les vivants."

La pauvre femme visita beaucoup de maisons, mais elle reut toujours la
mme rponse. Sa fatigue tait grande, et elle dit tristement: "Dans
chaque maison que j'ai visite il est mort quelqu'un, ou un pre, ou un
fils, ou un serviteur. Je ne suis pas la seule mre au monde qui ait
perdu un fils."

Alors elle porta son pauvre petit enfant mort dans une fort, o elle
creusa une tombe, et l'enterra. Puis elle alla au temple, et tomba 
genoux devant Bouddha.

"Avez-vous trouv le grain de moutarde?" demanda-t-il  la pauvre jeune
mre.

"Non," dit-elle, "tous les gens du village ont perdu un membre de leur
famille. Ils m'ont tous dit: 'Les morts sont beaucoup plus nombreux que
les vivants.'"

"Oui," dit Bouddha, "cela est vrai. Sur la terre tout passe. C'est la
loi universelle."

La pauvre femme demanda alors la permission de rester dans le temple, et
elle passa le reste de sa vie  faire du bien. Enfin elle mourut aussi
et passa dans l'endroit immortel des Hindous, dans le Nirvana,[30] o
elle ne souffrit plus jamais, et o elle trouva le bonheur complet et le
repos qu'elle cherchait depuis si longtemps.

[Note 30: Nirvana is the Hindu heaven, for the Buddhists imagine
that the virtuous after death pass into a negative state of bliss, while
those who have not yet reached the necessary state of perfection undergo
various transmigrations of soul.]

       *       *       *       *       *




VOCABULARY


a, _has_.

, _to_, _at_, _with_.

abandonn-a, _forsook_;-, _forsaken_;-er, _to abandon_.

abatt-e, _cut down_;-iez, _should_ _cut down_;-re, _to cut down_.

abme, m., _abyss_;--sans fond, _bottomless pit_.

abord, d'--, _at first_.

absolument, _absolutely_.

accept-a,-, _accepted_;-e, _accepts_;-erait, _would accept_.

accompagn-,-e,-s, _accompanied_;-er, _to accompany_.

accompl-i, _accomplished_;-irai, _will accomplish_;-isse, _may
accomplish_.

accord, bon----, _good understanding_.

accord-a,-,-e,-s, _granted_;-erai, _will grant_.

achet-a,-, _bought_;-er, _to buy_;-erait, _would buy_.

acheteur,-s, m., _buyer_.

adieu, m., _farewell_.

admir-a,-,-e,-s,-ait, _admired_;-er, _to admire_.

adress-a,-, _addressed_.

affair-,-e,-s, _busy_.

affaire,-s, f., _business_.

affreu-x,-se, _frightful_.

afin, _so as_.

ge, m., _age_.

g-,-e,-s, _aged_.

agenouiller, s'----, _to kneel_.

agneau, m., _lamb_.

ai, _have_.

aid-a,-,-es,-s, _helped_;-erai,-eras,-era,-erez, erons, _will help_.

aie, aient, _may have_.

aiguille, f., _needle_.

aiguisa, _sharpened_.

ailleurs, _elsewhere_; d'----, _besides_.

aim-a,-,-e,-es,-ait,-aient, _loved_;-e, _loves_;-erais, _would love_
or _like_.

aimable, _amiable_.

an, _eldest_.

ainsi, _thus_.

aise, _ease_; bien----, _very glad_.

ait, _may have_.

ajout-a, _added_;-er, _to add_.

all-a,-ait,-aient,-rent, _went_;-,-e,-s, _gone_;-er, _to go_;-ez,
_go_.

allons, _let us go_;----donc, _come now_, _nonsense_.

allumez, _light_.

alors, _then_.

alouette, f., _lark_.

amrement, _bitterly_.

amthyste, f., _amethyst_.

ami,-e,-s, _friend_, _dear_.

Amour, m., _Love_.

amput, _amputate, cut off_.

amus-a,-ait,-,-e,-es, _amused_;-er, _to amuse_;-ant, _amusing_;-ons,
_let us amuse_.

an, m., _year_.

ancre, f., _anchor_.

ange, m., _angel_.

animaux, m., _animals_.

anne,-s, _year_.

annon-a,-ce,-ce, _announced_;-cez, _announce_.

anse, f., _bay_, _cove_.

anxieu-x, _anxious_;-sement, _anxiously_.

aot, m., _August_.

aper-cevoir, _to perceive_;-ut,-ue,-u, _perceived_.

apparence, f., _appearance_.

appartement, m., _apartment_.

appartenir, _to belong_.

appar-ut, _appeared_;-atre, _to appear_.

appel-a,-ai,-ait,-,-e, _called_;-le,-lent, _call_;-er, _to call_.

apptit, m., _appetite_.

appliquez, _apply_.

apport-a,-ait,-rent,-, _brought_;-era, _will bring_;-er, _to bring_.

apprentissage, m., _apprenticeship_.

appri-s,-t, _learned_; apprendre, _to learn_.

approch-a,-ait,-rent, _drew near_;-e,-ent, _approach_;-er, _to approach
or draw near_.

appuy-a, _leaned_;-er, _to lean_.

aprs, _after_.

aprs-midi, m. and f., _afternoon_.

arbre,-s, m., _tree_.

archiduchesse, f., _archduchess_.

ardente, _burning_.

argent, m., _silver_, _money_.

arrach-a, _pulled out_;-ez, _pull out_.

arrang-e,-ez, _arrange_;-ea, _prepared_;-era, _will arrange_.

arrt-a,-,-e,-rent, _stopped_;-er, _to stop_;-ez, _stop_.

arrire, _back_.

arriv-a,-ait,-rent, _came_;-er, _to come_, _happen_;-era,-erez,
-eront,-erons, _will arrive_;-,-e,-es, _come_.

as, _have_.

assembl,-s, _assembled_.

ass-eoir, _to sit down_;-eyez,-eyons, _sit down_;-is,-irent,-it,
_seated_.

assez, _enough_.

assiette,-s, f., _plate_.

assiste, _help_.

attach-a,-,-e, _fastened_;-er, _to fasten_.

attaque, f., _attack_.

attein-dre, _to reach_;-t, _reached_.

attel-a,-, _harnessed_.

attend,-ez, _wait_;-re, _to wait_;-ait,-aient,-it,-u, _waited_.

attentivement, _attentively_.

attir-,-e, _attracted_;-er, _to attract_.

attis-a,-, _poked_, _kindled_.

attrait, m., _attraction_.

attrap-e, _catches_;-ez, _catch_;-a,-ait,-, _caught_;-er, _to catch_.

auberge, f., _inn_.

aubergiste, m., _innkeeper_.

aucun,-e,-s, _none_, _not any_.

augment-ait, _increased_;-er, _to increase_.

aujourd'hui, _to-day_.

aumne,-s, f., _alms_.

auprs, _near_.

aur-a,-ai,-as,-ez,-ont,-ons, _will have_;-ais,-ait,-aient,-ions,-iez,
_would have_.

aussi, _also_, _as_.

aussitt, _as soon_, _immediately_;----que, _as soon as_.

autant, _as much_, _as many_.

automne, m., _autumn_.

autour, _around_.

autre,-s, _other_.

autrefois, _formerly_.

aux, _to the_, _with the_.

av-ais,-ait,-aient,-ions,-iez, _had_;-ez,-ons, _have_.

avan-a,-ce,-ce, _advanced_.

avant, _before_; en----, _forward_.

avare, m., _miser_.

avec, _with_.

avenir, m., _future_.

aventure,-s, f., _adventure_.

avertissement, m., _warning_.

aveugle, _blind_.

avidement, _eagerly_, _greedily_.

avis-,-e, _smart_.

avoir, _to have_;----... ans, _to be... years old_.

avou-a,-, _acknowledged_, _confessed_.

avril, _April_.

ay-ant, _having_;-ez,-ons, _have_, _let us have_.


bague, f., _ring_.

baguette, f., _wand_.

baie, f., _bay_.

bailli, m., _bailiff_.

bain, m., _bath_.

baiss-a,-, _lowered_, _stooped_.

balai, m., _broom_.

balaie, _sweeps_;-ayer, _to sweep_.

banc, m., _bench_, _bank_.

baquet, m., _tub_.

barbe,-s, f., _beard_, _barbed points_.

barbouilla, _smeared_.

barque, f., _skiff_.

bas, m., _stocking_.

bas,-se, _low_.

bassin, m., _basin_.

bateau,-x, m., _boats_;  voile, _sailboat_;  vapeur, _steamboat_.

bt-i,-issait,-issiez, _built_;-ir, _to build_.

btisse, f., _building_.

bton, m., _stick_.

batt-ait,-aient,-it, _beat_;-u, _beaten_;-re, _to beat_.

battement,-s, m., _pulsation_.

beau, _beautiful, fine_; avoir----jeter, _to throw in vain_.

beaucoup, _much_, _many_.

beau-frre, m., _brother-in-law_.

beaut, f., _beauty_.

belle,-s, _beautiful_; belle-fille, _step-daughter_ or
_daughter-in-law_; belle-mre, _step-mother_ or _mother-in-law_.

bndiction,-s, f., _blessing_.

berger, m., _shepherd_.

besoin, m., _need_; j'ai----, _I need_.

bte, f., _beast_.

beurre, m., _butter_.

bien, _well_, _very_;-aim,-aime, _beloved_;----que, _although_.

bienfait, m., _good deed_.

bienfaiteur, m., _benefactor_.

bientt, _soon_.

bizarre,-s, _odd_.

blanc,-he,-s, _white_.

bl, m., _wheat_.

bleu,-e,-s, _blue_.

blond,-e,-s, _blond_.

bloqu, _blocked_.

boeuf, m., _ox_.

boi-rait, _would drink_;-re, _to drink_.

bois, m., _wood_.

bon,-ne,-s, _good_; pour de----, _for good_.

bonheur, m., _happiness_, _good luck_.

bonhomme, m., _fellow_, _little man_.

bonjour, m., _good day_.

bonnement, _simply_.

bont,-s, f., _kindness_.

bord, m., _edge_.

bouche, f., _mouth_.

bouche, f., _mouthful_.

bougea, _stirred_.

bouill-ait, _was boiling_;-ant,-ante, _boiling_.

boulet, m., _bullet_.

bourse, f., _purse_.

bout, m., _end_.

bouteille, f., _bottle_.

branche,-s, f., _branch_.

bras, m., _arm_.

brave, _brave_, _worthy_.

bravement, _bravely_.

Bretagne, f., _Brittany_.

brid-a,-, _bridled_;-er, _to bridle_;-ez, _bridle_.

bride, f., _bridle_.

brin, m., _bit_.

bris, _broken_.

bruit, m., _noise_.

brl-,-es, _burned_.

brun,-e,-s, _brown_.

brusquement, _suddenly_, _roughly_.

bu, _drunk_;-t, _drank_;-vez, _drink_.

bche, f., _log_.

bcheron, m., _woodcutter_.


a, _that_.

cabane, f., _hut_.

cach-a, _hid_;-e, _hides_;-er, _to hide_;-erai, _will hide_;-ez,
_hide_;-,-e, _hidden_.

cadeau, m., _present_.

cadet,-te, _youngest_.

cadre, m., _frame_.

calcin, _burned_.

califourchon, ----, _astride_.

calme, _calm_.

camarade, m., _comrade_.

campagne, f., _country_.

canard, m., _duck_.

capitaine, m., _captain_.

capuchon, m., _hood_.

car, _for_, _because_.

caractre, m., _character_.

cargaison, f., _cargo_.

carotte,-s, f., _carrot_.

carrefour, m., _cross-road_.

carrire, f., _quarry_.

cass-a, _broke_;-,-e, _broken_;-er, _to break_.

caus-a,-,-e,-rent, _caused_ or _talked_;-er, _to cause_ or _to
talk_;-erai, _will talk_ or _cause_;-ons, _let us talk_.

ce, _this_;-ci, _this_;-la, _that_.

clbr, _celebrated_.

cleste, _heavenly_.

celui, celle,----ci, _this one_.

cendre,-s, f., _ashes_.

cent,-s, m., _hundred_.

centre, m., _center_.

cependant, _however_.

crmonie, f., _ceremony_.

certainement, _certainly_.

ces, _these_.

cess-a,-, _ceased_;-er, _to cease_;-erait, _would cease_.

cesse, f., _ceasing_.

cet,-te, _this_.

chacun,-e, _each_, _every_.

chagrin, m., _grief_.

chair, f., _flesh_.

chaise,-s, f., _chair_.

chambre, f., _room_.

champ, m., _field_.

chang-,-e,-ea,-rent, _changed_;-er, _to change_;-ez, _change_;-era,
_will change_.

changement, m., _change_.

chant-a,-ait,-aient,-rent, _sang_;-,-e, _sung_;-er, _to sing_;-era,
_will sing_.

chant,-s, m., _song_.

chapeau, m., _hat_.

chaque, _each_.

char, m., _cart_.

charge, f., _load_.

charg-,-e, _laden_;-ea, _took charge_;-er, _to load_, _to take
charge_;-e, _load_ or _take charge_.

charmant,-e,-s, _charming_.

charm, _charmed_.

charpentier, m., _carpenter_.

chasse, f., _hunt_.

chasse, _drive away_.

chat, m., _cat_.

chteau, m., _castle_.

chaud,-e, _warm_, _hot_.

chauff-a,-,-es, _warmed_;-er, _to warm_;-ez, _warm_.

chaumire, f., _thatched roof cottage_.

chef, m., _cook_.

chemin, m., _road_;----de fer, _railroad_.

chemine, f., _chimney place_.

chemise, f., _shirt_.

cher, chre, _dear_.

cherch-a,-,-e,-ait,-rent, _sought_;-er, _to seek_;-erez, _will
seek_;-ant, _seeking_;-ez, _seek_.

chev-al,-aux, m., _horse_; ----, _on horseback_.

chevelure, f., _head of hair_.

cheveu,-x, m., _hair_.

chez, _at_, _at the house of_;----lui, _at home_.

chien,-s, m., _dog_.

choc, m., _blow_.

choeur, m., _chorus_.

chois-i,-ie, _chosen_;-ir, _to choose_;-irai,-irons, _will choose_;
-issez, _choose_.

choix, m., _choice_.

chose, f., _thing_.

chou, m., _cabbage_.

chute, f., _fall_.

ciel, m., _sky_.

cil,-s, m., _eyelash_.

cime, f., _peak_.

cinq, _five_.

citron,-s, m., _lemon_.

clair,-e,-s, _light_, _clear_, _transparent_.

claquer, _to crack_; fit----, _cracked_.

clou, m., _nail_.

cocher, m., _coachman_.

coeur, m., _heart_; de bon----_willingly_.

coin, m., _corner_.

colre, f., _anger_; en----, _angry_.

combien, _how much_ or _many_.

command-a,-,-e,-rent, _ordered_;-er, _to order_;-ez, _order_.

commandement, m., _order_.

comme, _like_, _as_.

commen-a,-crent, _began_;-cez, _begin_;-cer, _to begin_;-cerais _will
begin_;-c,-ce, _begun_.

comment, _how_, _what_.

commettre, _to commit_.

commis, _committed_.

commission, f., _errand_, _message_.

commun,-e, _common_.

compagn-e, f.,-on, m., _companion_.

compatissant, _compassionate_.

complet, _entire_, _complete_.

compltement, _completely_.

compos-,-e, _composed_.

compr-endre, _to understand_;-it, _understood_.

compt-a,-ait,-, _counted_;-ez, _count_.

compte, m.,----juste, _right amount_.

concentr-a, _concentrated_;-er, _to concentrate_.

condui-re, _to lead_;-sit,-sirent, _lead_.

conduite, f., _conduct_.

confia, _confided_, _confessed_.

confirmez, _confirm_.

cong, m., _dismissal_.

congdi, _dismissed_.

conn-ais,-aissez, _know_;-atre, _to know_.

conseille, _advise_.

consent-ir, _to consent_;-irait, _would consent_;-it, _consented_.

consol-a,-, _consoled_;-er, _to console_;-erait, _would console_.

construisit, _built_.

consulta, _consulted_.

consumer, _to consume_ or _burn_.

conte,-s, m., _tale_.

contenait, _contained_.

content,-s,-e,-es, _contented_.

continu-a,-rent,-, _continued_;-er, _to continue_.

contrainte, f., _constraint_.

contraire, _contrary_.

contre, _against_.

contre, f., _country_.

convenable, _suitable_.

coquille,-s, f., _shell_.

corail, m., _coral_.

corbeau, m., _crow_.

corde, f., _rope_.

cordons, m., _strings_.

corps, m., _body_.

cte  cte, _side by side_.

ct, m., _side, direction_.

ctes, f., _shores_.

cou, m., _neck_.

couch-a (se),-rent, _lay down_;-,-e,-es, _lain down_.

couche, f., _layer_.

coucou, m., _cuckoo_.

coudre, _to sew_.

couler, _to flow_.

couleur, f., _color_.

coup de pied, m., _kick_.

coup-a,-rent,-ait,-, _cut_;-era,-erez, _will cut_.

coupe, f., _cup_.

cour, m., _court_; faire la----, _to woo_.

courageusement, _courageously_.

courageu-x,-se, _brave_.

cour-ait,-ut,-urent, _ran_;-s,-u, _run_;-ir, _to run_.

courant, m., _current_.

courba, _bent_.

couronne,-s, f., _crown_.

cours, m., _course_.

course, f., _race_.

coursier,-s, m., _steed_.

court,-e,-s, _short_.

courtisans, m., _courtiers_.

cote que cote, _at any cost_.

couteau, m., _knife_.

couvert,-s,-e,-es, _covered_.

couvert,-s, m., _places at table_.

couvrir, _to cover_.

crains, _fear_.

crainte, f., _fear_.

crpe,-s, f., _pancakes_.

creusa, _dug_.

crev, _put out_.

cri,-s, m., _cry_, _scream_.

cri-a,-,-rent,-aient, _screamed_;-ant, _screaming_;-er, _to scream_.

croi-s, _believe_;-rai, _will believe_.

croiser, _to cross_.

croy-ais,-ait, _believed_.

cruche, f., _jar_.

cueill-ant, _picking_;-ez, _pick_;-it,-irent,-i, _picked_;-erons, _will
pick_.

cuillre, f., _spoon_.

cuisine, f., _kitchen_; je fais la----_, I am cooking_.

cuisinier, m., _cook_.

cuivre, m., _copper_.

culinaire, _cooking_.

cultivait, _cultivated_.

cur, m., _priest_.

curieu-x,-se, _inquisitive_.

dame, f., _lady_.

dangereusement, _dangerously_.

dangereu-x,-se, _dangerous_.

dans, _in_.

dans-a,-rent,-, _danced_;-er, _to dance_;-ez, _dance_.

de, _of_, _with_.

dbarqu-a,-rent,-, _landed_;-er, _to land_;-ons, _let us land_.

dbarrasser, _to get rid of_.

debout, _standing up_.

dcembre, _December_.

dcevoir, _deceive_.

dcid-a,-rent,-,-e, _decided_;-eraient, _would decide_;-er, _to
decide_.

dcidment, _decidedly_.

dclar-a, _declared_;-ant, _declaring_.

dconcert-a,-, _disconcerted_.

dcourag-,-e, _discouraged_.

dcouvr-it, _discovered_;-ir, _to discover_.

dcrivit, _described_.

dedans, _within_.

dfend,-s, _forbid_;-u, _forbidden_.

dgot, m., _disgust_.

dguis-a,-,-rent, _disguised_.

dguisement, m., _disguise_.

dehors, _outside_.

dj, _already_.

djeuner, m., _breakfast_.

dliant, _untying_.

demain, _to-morrow_.

demand-a,-ait,-rent,-,-e, _asked_;-er, _to ask_;-ant, _asking_;
-era,-eras, _will ask_.

demeur-aient,-ait,-a,-rent,-, _dwelt_;-er, _to dwell_.

demoiselle, f., _spinster_.

dmoli, _demolished_;-r, _to demolish_.

dmon, m., _demon, genius_.

dnoncerai, _will denounce_.

dpart, m., _departure_.

dposez, _lay_.

depuis, _since_.

dern-ier,-ire, _last_.

derrire, _behind_.

des, _some, of the_.

ds, as _soon_;----que, as _soon as_;----lors, _henceforth_.

dsagrable, _disagreeable_.

dsappoint-,-e, _disappointed_.

descend-ant, _coming down_;-it,-irent, _came down_;-re, _to come down_.

dserte, _deserted_.

dsespr-a, _despaired_;-er, _to despair_;-pre, _despair_;-s,
_desperate_.

dsespoir, m., _despair_.

dsir-e, _wish_;-e, _wished_.

dsordre, m., _disorder_.

dessert, m., _dessert_.

dessus, _on_, _over_.

dtestait, _hated_.

dtresse, f., _distress_.

dtruit,-e, _destroyed_.

deux, _two_.

deuxime, _second_.

devant, _in front of_.

devenir, _to become_.

deviendra, _will become_.

devin-er, _to guess_;-iez, _guessed_.

devise, f., _motto_.

devoir, m., _duty_.

dev-ons, _must_;-rait, _should_.

dvor-er, _to devour_;-ant, _devouring_;-era, _will devour_.

diable, m., _devil_.

diamant,-s, m., _diamond_.

Dieu, _God_.

diffrent,-e, _different_.

difficile, _hard_, _difficult_.

digrer, _to digest_.

digue, f., _dike_.

dimanche, m., _Sunday_.

diminu-a,-rent,-, _diminished_.

dn-a,-rent,-ait, _dined_;-e, _dine_;-er, _to dine_.

dner, m., _dinner_.

dire, _to say_.

dirige-a,-aient, _directed_.

di-s, _say_;-t,-sait,-rent, _said_;-tes, _say_;-rait, _would say_;-rai,
_will say_;-sant, _saying_.

disparatre, _to disappear_.

disparu,-t, _disappeared_.

disput-aient, _were quarreling_;-er, _to quarrel_.

dissip-,-e, _scattered_.

distinguer, _to distinguish_.

dix, _ten_.

doigt, m., _finger_.

doit, _must_.

domestique,-s, m. and f., _servant_.

dommage, m., _damage_; c'est----, _it is a pity_.

donc, _therefore_, _then_, _now_.

donn-a,-ai,-ait,-rent, _gave_;-,-e, _given_;-er, _to give_;-era,
_will give_;-eraient, _would give_.

dont, _of which_.

dore, _golden, gilded_.

dorm-ant, _sleeping_;-ir, _to sleep_;-irai, _will sleep_;-ez, _sleep_.

dort, _sleeps_.

dos, m., _back_.

doucement, _gently_.

douleur, f., _pain_, _sorrow_.

douta, _doubted_.

doute, m., _doubt_; sans----, _undoubtedly_.

doux,-ce, _sweet_, _gentle._.

douze, _twelve_.

droit, _right_, _straight_.

droite, ----, _to the right_.

du, _some_, _of the_;----quel, _of which_;----tout, _at all_.

dur, _hard_, _severe_, _inclement_.

dura, _lasted_.


eau,-x, f., _water_.

branler, _to shake_.

chapp-,-e, _escaped_;-er, _to escape_.

chelle, f., _ladder_.

clair, m., _lightning_.

cole, f., _school_.

cout-a,-rent,-, _listened_;-ez, _listen_.

cri-a,-rent, s', _cried_.

crit, _written_.

crivit, _wrote_.

curie, f., _stable_.

effac-er, _to efface_;-, _effaced_.

effet, en----, _indeed_.

effila, _raveled_.

efforait, _strove_.

effray-,-e,-s, _frightened_.

effroi, m., _terror_.

glise, f., _church_.

gosme, m., _selfishness_.

goste,-s, _selfish_.

eh bien, _well_.

lanc-rent, _sprang_;-er, _to spring_.

elev-a,-rent,-, _brought up_;-er, _to bring up_.

elle,-s, _she_, _they_.

loignaient, s', _were going away_.

embarqu-a,-,-rent, _embarked_.

embarrass-,-e, _embarrassed_.

embrassa, _kissed_.

meraude, f., _emerald_.

mietta, _crumbled_.

empcha, _hindered_.

emphase, m., _emphasis_.

emport-,-rent, _carried away_.

empressement, m., _polite haste_.

en, _in_.

enchant-,-e, _enchanted_.

enchre-s, f., _bid_.

enclume, f., _anvil_.

encombre, f., _hindrance_.

encore, _yet_, _still_, _again_.

endormi, _asleep_; s'endormit, _fell asleep_.

endroit, m., _place_.

enfant,-s, m. and f., _child_.

enfer, m., _hell_.

enfin, _at last_.

enfona, _drove in_.

enfuirent, _fled_.

engag, _engaged_, _hired_.

englouti, _engulfed_.

engraisse, _fatten_.

enleva, _carried off_.

ennemi,-s, m., _enemy_.

norme, _enormous_.

enrager, _to get mad_.

ensanglant-,-e, _bloody_.

ensemble, _together_.

ensuite, _afterwards_.

entend-it,-irent,-u, _heard_;-re, _to hear_.

entendu, _heard_; c'est----, _agreed_; bien----, _of course_.

enterra, _buried_.

ent-ier,-ire, _whole_.

entirement, _wholly_.

entour-aient,-a,-, _surrounded_.

entr-a,-rent,-ait,-,-e, _entered_;-er, _to enter_;-ez, _enter_;
-erait, _would enter_;-era, _will enter_;-ant, _entering_.

entre, _between_.

entre, f., _entrance_.

entretien, m., _conversation_.

envelopp-a,-, _wrapped_.

envie, f., _wish_; j'ai----, _I wish_.

envieux, _envious_.

environs, m., _neighborhood_.

envoie, _sends_.

envol-a,-ait, _flew away_;-, _flown away_.

envoy-a,-rent,-ait,-,-e, _sent_;-er, _to send_.

pais,-se,-ses, _thick_.

pargnes, _spared_.

paule,-s, f., _shoulder_.

pingle, f., _pin_.

pous-ez, _marry_;-er, _to marry_;-erai, _will marry_.

prouver, _experience_.

puis-,-e, _exhausted_.

ermite, m., _hermit_.

es, _art (thou)_.

esclave, m., _slave_.

escorta, _escorted_.

espace, m., _space_.

espce, f., _kind_.

espre, _hope_; espr-,-ait, _hoped_;-er, _to hope_.

esprit,-s, m., _spirit_, _wit_.

essaiera, _will try_.

essuya, _wiped away_.

est, _is_.

estomac, m., _stomach_.

et, _and_.

table, f., _stable_.

tabli, _established_.

tang, m., _pond_.

t-ais,-ait,-aient,-iez,-ions, _were_;-ant, _being_;-, _been_.

t, m., _summer_.

tes, _are_.

tincelant,-e, _sparkling_.

toffe,-s, f., _stuff_.

tonnement, m., _astonishment_, _surprise_.

trange, _strange_.

tre, _to be_.

tudiant,-s, m., _student_.

eu,-t,-rent, _had_.

eux, _them_, _they_.

vasion, f., _escape_.

veill-a,-, _awake_.

voqua, _called up_.

exactement, _exactly_.

exactitude, f., _exactness_.

examin-a,-rent,-ait,-, _examined_;-er, _to examine_.

except, _except_.

excusez, _excuse_.

excut-a,-rent,-, _executed_;-er, _to execute_.

exemplaire, _exemplary_.

exercer, _to exercise_.

existe, _exists_.

expos, _exposed_.

extrieur, m., _outside_.

extraordinaire, _extraordinary_.

extrmement, _extremely_.

extrmit, f., _extremity_.


fabriqu-,-ait, _manufactured_.

fch-,-e, _angry, sorry_; se----er, _to be angry_.

facile, _easy_.

faon, f., _fashion_.

faonn-a,-rent,-, _fashioned_;-er, _to fashion_.

fagots, m., _bundles_.

faible, _weak_.

faillit, _almost_ (_idiomatic_)

faim, f., _hunger_; avoir----, _to be hungry_; avoir grand'----, _to be
very hungry_.

fai-re, _to make_, _do_;-s, _make_;-sait,-saient, _made_;-sons, _let us
make_;-t,-te, _done_;-tes, _do_, _make_.

falloir, _to be necessary_.

famille, f., _family_.

fantaisie, f., _fancy_.

fatigu-,-e,-s, _tired_.

faudra, _will be necessary_.

faut, il----, _it is necessary_, _must_.

faute, f., _fault_; de votre----, _your fault_.

favori,-te, _favorite_.

fe, f., _fairy_.

femme, f., _woman_.

fentre, f., _window_.

fer, _iron_;-s, _shoes_; chemins de----, _railroads_.

fer-a,-ai,-ont,-ez, _will make_ or _do_;-ait,-aient, _would make_ or
_do_.

ferm-a,-rent, _shut_;-er, _to shut_.

ferme, f., _farm_; garon de----, _farm hand_.

fermier,-ire, _farmer_.

ferrer, _to shoe_.

ferveur, m., _fervor_, _warmth_.

festin, m., _feast_.

feu, m., _fire_; en----, _afire_.

feuillage, m., _foliage_.

feuilles, f., _leaves_.

fvrier, _February_.

fianc-,-e, _betrothed_.

ficelle, f., _string_.

fidle, _faithful_.

fier,-s, fire,-s, _proud_.

figure, f., _face_.

fil,-s, m., _thread_.

fil-ait, _was spinning_;-er, _to spin_;-e,-ez, _spin_.

filet, m., _net_.

fille,-s, f., _daughter, girl_.

fils, m., _son, sons_.

fin, f., _end_.

fin-i,-ie,-is, _finished_.

fi-rent,-t, _made, said_.

flamme,-s, f., _flame_.

fleur,-s, f., _flower_.

fleuve, m., _river_.

flocon, m., _flake_.

foi, f., _faith_.

fois, f., _time_; une----, _once upon a time_.

folle, _foolish, crazy_.

fond, m., _bottom_.

fondit, _melted_.

font, _make, do_.

fontaine, f., _fountain_.

for-a,-c,-ce,-crent, _compelled_;-cer, _to compel_;-cerai, _will
compel_.

force,-s, f., _strength_.

fort,-s, f., _forest_.

forge, f., _smithy_.

forgeron, m., _blacksmith_.

form-a,-,-e,-ait, _formed_;-er, _to form_.

forme, f., _shape_.

fort, _very, strong_.

fou, _crazy_.

fouet, m., _whip_.

fouill-ant, _fumbling_;-aient, _were fumbling_.

foule, f., _crowd_.

four, m., _oven_.

fourmis, f., _ants_.

fourrure,-s, f., _fur_.

frache, _fresh_.

frais, _fresh_.

fraises, f., _strawberries_.

franc,-s, m., _franc, twenty cents_.

franchise, f., _frankness_.

frapp-a,-rent,-, _knocked_;-er, _to knock_;-ez, _knock_.

frre,-s, m., _brother_.

froid,-e, _cold_; j'ai froid, _I am cold_.

fromage,-s, m., _cheese_.

fruitier, _fruit (tree)_.

fugitifs, m., _fugitives_.

fuir, _flee_.

fuite, f., _flight_.

fumait, _was smoking_.

fume, f., _smoke_.

fumier, m., _manure_.

furent, _were_.

furieu-x,-se, _angry_.

fut, fus, _was_.

fuy-ons, _let us flee_;-aient, _were fleeing_.


gagn-a,-rent,-ait,-, _won, reached_;-e, _wins, reaches_.

gaie, _gay_.

gaiement, _gayly_.

gant,-s, m., _glove_.

garon, m., _boy, bachelor_.

gard-a,-rent,-ait,-, _kept_;-er, _to keep_.

garde-manger, m., _larder_.

gardien, m., _keeper_.

garni, _trimmed_.

gteau,-x, m., _cake_.

gauche,-s, _awkward_; ----, _to the left_.

gant, m., _giant_.

gle, _may freeze_.

gmissant, _groaning_.

gendre, m., _son-in-law_.

gnreu-x,-se, _generous_.

gnez, _hinder_.

genoux, _knees_; ----, _kneeling_.

gens, _people_.

gentil,-le, _nice_.

glace, f., _ice_.

glissa, _slipped_.

gorge, f., _throat_.

gourmand, _greedy_.

got-a,-, _tasted_;-er, _to taste_.

goutte, f., _drop_.

gouverner, _to govern_.

grce,-s, f., _grce_;----, _thanks to_.

grain, m., _grain_;-es, f., _seeds_.

graiss-a,-,-es, _greased_.

grand,-s,-e,-es, _large_, _big_.

grandeur, f., _size_, _grandeur_.

grandi-r, _to grow tall_;-t, _grew tall_.

grange, f., _barn_.

gras,-se, _fat_.

gravir, _to climb_.

griffes, f., _claws_.

grimace, f., _grimace_; faire des----s, _to make a face_.

grimp-a,-rent,-, _climbed_;-er, _to climb_.

grommel-a, _grumbled_;-ant, _grumbling_.

grond, _scolded_.

gros,-se, _fat_, _large_, _big_, _thick_.

grotte, f., _cave_.

groups, _grouped_.

gur-i,-it,-issait, _cured_;-ira,-irai, _will cure_;-issant,
_curing_,-ir, _to cure_.

guerre, f., _war_.

guise, en----, _like_.


habile, _skillful_.

habill-a,-, _dressed_.

habitant-s, m., _inhabitants_.

habits, m., _clothes_.

habitude, f., _habit_, _custom_.

hache,-s, f., _axe_.

halte, _halt_;----l, _stop_.

hameons, m., _fishhooks_.

hardiment, _boldly_.

hte, f., _haste_.

haut,-e,-s, _high_.

hlas, _alas_.

herbe, f., _grass_.

hrit-er, _to inherit_;-a, _inherited_.

hritier,-s, m., _heirs_.

hros, m., _hero_.

hsit-a,-, _hesitated_;-ez, _hesitate_.

heure-s, f., _hour_;  l'----, _on time_; de bonne----, _early_.

heureu-x,-se, _happy_.

heurta, _rapped_.

hier, _yesterday_.

histoire, f., _story_.

hiver, m., _winter_.

hommage, m., _homage_.

homme,-s, m., _man_.

honneur, m., _honor_.

horreur, f., _horror_.

hors, _out of_.

hospitalit, f., _hospitality_.

hte, m., _guest_.

huit, _eight_.

hutre, f., _oyster_.

humaine, _human_.

humeur, f., _humor_, _temper_.

hurl-a, _howled_;-ant, _howling_.


ici, _here_.

idale, _ideal_.

ide, f., _idea_.

il, _he_;----y a, _there is_, _are_.

le, f., _island_.

ils, _they_.

imaginer, _to imagine_.

imbcile, m., _fool_.

immdiatement, _immediately_.

immense, _immense_.

immobile, _motionless_.

immortel,-le, _immortal_.

imprieusement, _imperiously_.

incommode, _inconvenient_.

inconfortable, _uncomfortable_.

inconnu,-e, _unknown_.

indign-,-e, _indignant_.

industrieu-x,-se, _industrious_.

infortun, _unfortunate_.

ingrat, _ungrateful_.

inhospitalier, _inhospitable_.

inqui-et,-te, _uneasy_.

inscri-re, _to inscribe_;-vit, _inscribed_.

insist-a,-,-rent, _insisted_.

installa, _settled_.

intress-a,-rent,-ait,-, _interested_.

intrieur, m., _interior_.

invit-a,-rent,-ait,-, _invited_;-er, _to invite_.

ir-a,-ai,-ez,-ons,-ont, _will go_.


jacinthe,-s, _hyacinths_.

jaill-it,-issait, _spurted forth_.

jalou-x,-se, _jealous_.

jamais, _ever_; ne... jamais, _never_.

jambe, f., _leg_.

jambon, m., _ham_.

janvier, _January_.

jardin, m., _garden_.

jaune, _yellow_.

je, j', _I_.

jet-a,-rent,-,-e,-ait, _uttered_, _threw_;-erai, _will utter_, _will
throw_;-er, _to utter_, _to throw_.

jeune,-s, _young_;----gens, _young people_.

joie, f., _joy_.

joli,-e,-s, _pretty_.

jonquilles, f., _jonquils_.

jou-aient, _played_;-er, _to play_.

joue, f., _cheek_.

jour,-s, m., _day_.

journe, f., _day_; toute la----, _all day long_.

joyeusement, _joyously_.

joyeu-x,-se, _joyful_.

juillet, _July_.

juin, _June_.

jur-a, _swore_;-ez, _swear_;-erez, _will swear_.

jusque, _until_.

juste, _just_, _right_.


la, _the_, _her_, _it_.

l, _there_; l-bas, _yonder_.

lac, m., _lake_.

lch-a,-rent, _let go_;-er, _to let go_.

laid,-e, _homely_.

laiss-a,-ait,-rent,-,-e, _left_;-er, _to leave_;-era,-erai, _will
leave_.

lait, m., _milk_.

lament-a,-rent,-, _lamented_;-er, _to lament_.

lanc, _thrown_.

lard, m., _bacon_.

large, _wide_.

larme,-s, f., _tear_.

lav-a, _washed_;-er, _to wash_;-ez, _wash_.

le, _the_, _him_, _it_.

leons, f., _lessons_.

lgendes, f., _legends_.

lgumes, m., _vegetables_.

lendemain, m., _morrow_, _next day_.

lentement, _slowly_.

lequel, _which one_.

les, _the_, _them_.

lettres, f., _letters_.

leur, _they_, _them_, _to them_.

lev-a,-rent,-, _lifted_;-ez, _lift_.

lvre, f., _lip_.

licol, m., _halter_.

lieu, m., _place_; au----, _instead_.

livre, m., _hare_.

ligne, f., _line_, _fishing line_.

lilas, m., _lilacs_.

limpide, _limpid_.

linge, m., _clothes_, _linen_.

liquide, m., _liquid_.

li-re, _to read_;-t, _reads_;-s, _read_.

lit, m., _bed_.

livre, m., _book_.

loi, f., _law_.

loin, _far_.

long,-ue,-s, _long_.

longtemps, _a long time_.

longueur, f., _length_.

loup, m., _wolf_.

lourd, _heavy_.

lui, _him_, _her_, _to him_, _to her_.


ma, _my_.

madame, _Mrs._, _Madam_.

mademoiselle, _Miss_.

magicien,-ne, _magician_.

magique,-s, _magic_.

magnifique, _magnificent_.

maigre,-s, _thin_.

main,-s, f., _hand_.

maintenant, _now_.

maire, m., _mayor_.

mais, _but_.

maison, f., _house_.

matre,-sse, _master_, _mistress_.

mal, m., _harm_; faire du----, _injure_, _hurt_;----aux yeux, _sore
eyes_.

malade,-s, _sick_, _sick person_.

malgr, _in spite of_.

malheur,-s, m., _misfortune_.

malheureusement, _unfortunately_.

malheureu-x,-se, _unhappy_.

malin, _malicious_.

maltraitait, _ill-treated_.

manche, m., _handle_.

mang-ea,-eait,-eaient,-rent, _ate_;-er, _to eat_;-erait, _would
eat_;-era, _will eat_;-, _eaten_.

manier, _to handle_.

manoeuvre, f., _manoeuvre_.

manqua, _failed, came near_.

manteau, m., _cloak_.

march-a,-, _walked_.

marchand,-s, m., _merchant_.

march, m., _market_; bon----, _cheap_.

mari, m., _husband_.

mari-a,-,-e,-ait, _married_;-er, _to marry_.

mari-,-e, _bridegroom_, _bride_.

marmite, f., _pot_.

mars, _March_.

marteau, m., _knocker_, _hammer_.

masse, f., _mass_.

matelots, m., _sailors_.

matin, m., _morning_.

mauvais,-e,-es, _bad_.

me, _me_, _I_;----voil, _here I am_.

mchant,-e,-s, _bad_, _wicked_.

mche, f., _lock_.

mcontent, _discontented_.

mdecin, m., _doctor_.

meilleur,-e,-s, _better_.

membre, m., _member_.

mme,-s, _same_, _very_, _even_, _self_.

mmoire, f., _memory_.

mnace, f., _threat_.

mnagre, f., _housekeeper_.

mendiant,-e,-s, _beggar_.

mendier, _to beg_.

mener, _to lead_.

menton, m., _chin_.

mpris, m., _scorn_.

mer,-s, f., _sea_.

merci, _thanks_.

mre,-s, f., _mother_.

mrit-a,-ait,-, _deserved_;-er, _to deserve_;-erez, _will deserve_;
-erait, _would deserve_.

merveilleu-x,-se, _marvelous_.

mes, _my_.

messager, m., _messenger_.

mtamorphose, f., _metamorphosis_.

mets, m., _dishes_.

met-tez, _put_;-tre, _to put_;-trai, _will put_.

miche, f., _loaf_.

midi, _midday_, _noon_.

mien,-s,-ne,-nes, _mine_.

miettes, f., _crumb_.

mieux, _better_.

milieu, m., _middle_.

mille, _thousand_.

miroir, m., _mirror_.

misre, f., _misery_, _poverty_.

mit, _put_; se----, _began_.

moine, m., _monk_.

moins, _less_; au----, _at least_.

mois, m., _month_.

mon, _my_.

monde, m., _world_; tout le----, _everybody_.

monsieur, _Mr._, _sir_.

monstre, m., _monster_.

mont-a,-ait,-,-rent, _mounted_, _climbed_;-er, to _mount_, _to
climb_;-ez, _climb, mount_;-erait, _would climb_ or _mount_.

montagne, f., _mountain_.

montr-a,-rent,-, _shown_;-ez, _show_;-er, _to show_.

moqueuse, _mocking_.

morceau, m., _piece_.

mort,-s, _dead_.

mort, f., _death_; ----, _to death_.

mots, m., _words_.

mouchoir, m., _handkerchief_.

moules, f., _mussels_.

mour-ir, _to die_;-ut, _died_;-rai, _will die_;-rait, _would die_.

mousse, f., _moss_.

mousseuse, _mossy_; rose----, _moss-rose_.

moutarde, f., _mustard_.

mouton, m., _sheep_, _lamb_.

moyen,-s, m., _means_, _way_.

moyenne, _medium_, _middle sized_.

muguet,-s, m., _lily of the valley_.

mur,-s, m., _wall_.

mr,-e,-s, _ripe_.

murmure, m., _murmur_.

museau, m., _snout_.

mystrieuse,-s, _mysterious_.


nag-ea,-eaient, _swam_.

navement, _innocently_.

narine,-s, f., _nostril_.

natal,-e, _native_.

navets, m., _turnips_.

navigua, _sailed_.

ne... pas, _not_.

n,-e, _born_.

ncessaire, _necessary_.

ngligemment, _carelessly_.

ngresse, f., _negro woman_.

neige, f., _snow_.

netto-yer, _to clean_;-iera, _will clean_.

neu-f,-ve, _new_.

nez, m., _nose_.

ni, _neither_, _nor_.

noces, f., _wedding_.

noir,-s,-e,-es, _black_.

noirci, _blackened_.

noix, f., _nuts_.

nom, m., _name_.

nombre, m., _number_.

nombreux, _numerous_.

nomm-ait,-, _named_.

non, _no_;----plus, _neither_.

nota, _noted_.

notre, _our_.

ntre, _ours_.

nous, _we_, _us_.

nouveau,-x, _new_;----venu, _newcomer_; de----, _again_.

nouvel,-le,-les, _new_.

nouvelles, f., _news_.

novembre, _November_.

noyer, m., _nut tree_.

nuit, f., _night_.

nul,-le, _none_, _not any_.


ob-i,-it,-issait, _obeyed_;-irai, _will obey_;-ir, _to obey_;-issez,
_obey_.

objet, m., _object_.

oblig-,-e, _obliged_.

obscurit, f., _darkness_.

observ-a,-rent,-, _noticed_.

obten-ir, _to obtain_;-u, _obtained_.

occup-,-e,-s, _occupied_;-er, _to occupy_.

octobre, _October_.

oeil, m., _eye_.

officier, m., _officer_.

offrir, _to offer_.

oie, f., _goose_.

oignon, m., _onion_.

oiseau,-x, m., _bird_.

on, _one_, _they_.

oncle, m., _uncle_.

ont, _have_.

onze, _eleven_.

oppos-,-e, _opposite_.

or, _now_.

or, m., _gold_.

oranger, m., _orange tree_.

ordinaire, _ordinary_.

ordonna, _ordered_.

ordre,-s, m., _order_, _system_.

oreille,-s, f., _ear_.

oreiller, m., _pillow_.

original, _eccentric_.

orphelin,-s, m., _orphan_.

os-a,-rent,-, _dared_;-ant, _daring_.

osier, m., _willow_.

ter, _to take away_, _remove_.

ou, _or_.

o, _where_.

oubli-a,-rent,-ait, _forgot_;-er, _to forget_;-, _forgotten_.

oui, _yes_.

ours, m., _bear_.

ouvert,-e,-s, _open_.

ouverture, f., _opening_.

ouvr-ez, _opens_;-it,-ait,-irent, _opened_;-ira, _will open_;-irait,
_would open_.

ouvrier,-s, m., _workman_.


pacha, m., _pacha_.

pain, m., _bread_.

paire, f., _pair_.

palais, m., _palace_.

ple, _pale_.

plit, _grew pale_.

panier, m., _basket_.

papier, m., _paper_.

par, _by_;----dessus, _over_.

paradis, m., _paradise_.

par-at, _appears_;-atra, _will appear_; par-aissait,-ut,-u,
_appeared_.

parc, m., _park_;----aux moutons, _sheepfold_.

parce que, _because_.

pardon, m., _pardon_.

pardonna, _forgave_.

pareille,-s, _like_.

parents, m., _parents_.

paresseu-x,-se, _lazy_.

parfait, _perfect_.

parfaitement, _perfectly_.

parfum, m., _perfume_.

parl-a,-rent,-ait,-aient, _spoke_;-, _spoken_;-ant, _speaking_;
-erait, _would speak_;-er, _to speak_; entendu----er, _heard of_.

parmi, _among_.

parole, f., _word_.

part-i,-it,-is,-irent,-ait, _departed_;-irait, _would depart_;-ir, _to
depart_.

partie, f., _part_.

partout, _everywhere_.

pas, _not_.

pas, m., _step_.

pass-a,-,-ait, _passed_;-era, _will pass_;-erait, _would pass_;-er,
_to pass_.

passant, m., _passer-by_.

pte, f., _batter_, _dough_.

patiemment, _patiently_.

pauvre, _poor_.

pauvret, f., _poverty_.

pavot,-s, m., _poppy_.

pay-a,-,-ait,-aient, _paid_;-er, _to pay_; se payer, _to afford_;
paiera, _will pay_.

pays, m., _country_.

paysan, m., _countryman_, _peasant_.

peau, f., _skin_.

pche, f., _fishing_.

pch-, _fished_;-er, _to fish_.

pcheur, m., _fisherman_.

peigne, m., _comb_.

peine, f., _trouble_.

pelle, f., _shovel_.

pench-a,-, _bent over_.

pendant, _during_.

pend-re, _to hang_;-ue, _hanging_, _hung_.

pens-a,-ait,-aient,-rent,-, _thought_;-er, _to think_;-era, _will
think_.

pense, f., _thought_.

per-a, _pierced_;-c, _pierced_.

perchrent, _perched_.

perd-ant, _losing_;-re, _to lose_;-u, _lost_.

pre, m., _father_.

pr-i,-it,-irent, _perished_;-ir, _to perish_.

perle,-s, f., _pearl_.

permet-tre, _to permit_, _enable_;-tez, _allow_; permis, _allowed_.

perron, m., _porch_.

persil, m., _parsley_.

personne, f., _person_; ne----, _nobody_.

perte, f., _loss_.

petit,-s,-e,-es, _small_, _little_;----enfant, m. or f., _grandchild_.

peu, _little_, _few_.

peur, m., _fear_; avait----, _was afraid_.

peut, _can_;----tre, _perhaps_.

philosophiquement, _philosophically_.

pic,-s, m., _peak_.

pice, f., _piece_;----blanche, _nickel_.

pied,-s, m., _foot_.

pierre, f., _stone_;---- feu, _flint_.

pierreries, f., _precious stones_.

piton, m., _pedestrian_.

pincettes, f., _tongs_.

piti, f., _pity_.

pla-a,-c, _placed_;-cer, to _place_;-cera, _will place_.

plage, f., _beach_.

plaindre, _complain_.

plaine, f., _plain_.

plaire, _to please_.

plaisir, m., _pleasure_.

plat, _please_; s'il-vous----, _if you please_.

planche,-s, f., _plank_.

plante,-s, f., _plant_.

plein,-e, _full_.

pleur-a,-rent,-ait,-, _wept_;-ant, _weeping_;-er, _to weep_;-era,
_will weep_.

pleurs, f., _tears_.

plong-ea, _plunged_;-ez, _plunge_.

pluie, f., _rain_.

plume, f., _feather_, _pen_.

plus, _more_.

plusieurs, _several_.

plutt, _rather_.

poche, f., _pocket_.

point, _not_; ne----, _not at all_.

pointe, f., _point_.

poisson,-s, m., _fish_.

poitrine, f., _chest_.

poli, _polite_.

poliment, _politely_.

politesse, f., _politeness_.

pomme, f., _apple_;----de terre, _potato_.

pommeau, m., _knob_.

pommier, m., _apple tree_.

pompe, f., _pomp_.

pompeusement, _pompously_.

pont, m., _bridge_.

porc,-s, m., _pig_.

port-a,-rent,-ait,-, _carried_, _worn_;-era, _will carry_;-ez, _carry,
wear_;-er, _to carry, wear_.

porte, f, _door_.

porte, f., _reach_.

portire, f., _carriage_, _door_.

pos-a,-rent,-, _laid_;-er, _to lay_;-era, _will lay_.

possde, _owns_;-era, _will own_; possd-a,-rent,-ait, _owned_;-er, to
_own_.

possible, _possible_.

poste, f., _post_.

pot-au-feu, m., _soup pot_.

poumons, m., _lungs_.

pour, _for_.

pourquoi, _why_.

pourr-ait, _would be able_, _could_;-ez, _will be able_.

poursuite, f., _pursuit_.

poursuiv-i, _pursued_;-ra, _will pursue_;-re, _to follow_;-irent,
_followed_.

pourtant, _however_.

pouss-ant, _uttering_;-er, to _utter_ _grow_;-ez, _push_.

pouvoir, m., _power_.

pouv-oir, _to be able_;-ez,-ons, _can_.

prairie, f., _prairie_.

pratiquer, _to make_, _to practice_.

pr, m., _meadow_.

prcieu-x,-se, _precious_.

prcipita, _precipitated_, _flung_.

prdiction, f., _prediction_, _prophecy_.

prfre, _prefer_.

prem-ier,-ire, _first_.

pren-ant, _taking_;-dre, _to take_;-ez, _take_;-drai, _will take_.

prpara, _prepared_.

prparatif, m., _preparation_.

prs, _near_.

prsent, _present_; ----, _now_.

prsenta, _presented_.

presque, _nearly_.

press, _hurried_, _in a hurry_.

prt,-e, _ready_.

prt-er, _to lend_;-era, _will lend_;-erait, _would lend_.

prtre, m., _priest_.

pri-e, _prays_;-a,-rent, _prayed_;-era, _will pray_;-er, _to pray_.

prire, f., _prayer_.

prince,-s, m., _prince_.

princesse,-s, f., _princess_.

printemps, m., _spring_.

pri-s,-se, _taken_;-t, _took_.

prison, m., _prison_.

prix, m., _price_, _prize_.

probable, _probable_.

probablement, _probably_.

procession, f., _procession_.

procurer, _to procure_.

produi-re, _produce_;-sit, _produced_.

profit, m., _profit_.

profond,-e, _deep_.

profondment, _deeply_.

promen-a,-rent, _walked_; se promener, _to walk_.

promenades, f., _walks_.

promesse, f., _promise_.

prom-ettre, _to promise_;-ettrez, _will promise_;-is,-it, _promised_.

promptement, _promptly_.

pronon-a,-c, _pronounced_;-cez, _pronounce_.

prophte, m., _prophet_.

propos-er, _to propose_;-,-a, _proposed_.

propre, _own_, _clean_.

propritaire, m., _owner_.

prosprit, _prosperity_.

protg-er, to _protect_;-ea,-, _protected_.

protesta, _protested_.

provision, f., _provision_, _supply_.

puis, _then_;-que, _since_.

puisse, _can_, _may_.

puits, m., _well_.

pun-ir, _to punish_;-ie, _punished_.

punition, f., _punishment_.

put, _could_.


quand, _when_.

quant , _as to_, _as for_.

quantit, f., _quantity_.

quarante, _forty_.

quatr-e, _four_;-ime, _fourth_.

que, _than_, _that_, _as_.

quel,-le,-s, _which_, _what a_.

quelque,-s, _some_, _a few_;----fois, _sometimes_.

querell-er, _quarrel_;-ait, _was quarreling_.

questionner, _to question_.

queue, f., _tail_, _stem_.

qui, _who_, _which_.

quitt-a,-,-e,-rent, _left_;-ez, _leave_;-er, _to leave_.


raccommod-a, _mended_;-er, _to mend_.

racont-a,-ait,-rent,-, _told_;-er, _to tell_.

raison, f., _right_, _reason_; avoir----_to be right_.

raisonnable, _reasonable_.

ramassa, _picked up_.

rame,-s, f., _oar_.

ramen-, _brought back_;-er, _to bring back_.

rappel-a,-rent, _called back_.

rapportez, _bring back_.

ravin, m., _ravine_.

recevoir, _to receive_.

recherch-, _sought after_;-er, _to seek again_.

rcit, m., _account_.

rcit-er, to _recite_;-, _recited_.

rclam-a,-rent, _claimed_;-erait, _would claim_.

recommand-a, _recommended_.

rcompense, f., _reward_.

rcompenserai, _will reward_.

reconnaissant,-e, _grateful_.

reconnut, _recognized_.

re-u,-ut, _received_.

recul-a, _drew back_;-, _drawn back_.

referma, _closed_.

reflta, _reflected_.

refus-a,-, _refused_;-er, _to refuse_.

rgal-a, _treated_;-er, _to treat_.

regard-a,-,-rent,-ait, _looked_;-ant, _looking_;-er, _to look_;
-erait, _would look_.

regret, ----, _regretfully_.

regrett-a,-rent,-, _regretted_.

reine, f., _queen_.

rejet-, _thrown back_;-er, _to throw back_.

rejoindre, _to join again_.

remarier, _to marry again_.

remarqu-a,-rent,-ait,-, _noticed_;-er, _to notice_;-erai, _will
notice_.

remarquable, _remarkable_.

remarquablement, _remarkably_.

remde, m., _remedy_.

remerci-a,-rent, _thanked_.

remis, _put back_.

remonta, _mounted again_.

remontrance, f., _remonstrance_.

remords, m., _remorse_.

rempl-ir, _to fill_;-issait,-it,-i, _filled_;-issez, _fill_.

renard, m., _fox_.

rencontr-a,-rent,-, _met_;-er, _to meet_;-erai, _will meet_.

rend-e, _give back_;-it, _gave back_.

rendormit, se, _fell asleep again_.

renomm, _renowned_.

rentr-a,-rent,-ait, _came in again_;-er, _to renter_;-ant,
_rentering_.

renversa, _overturned_.

renvo-ie, _send back_;-yer, _to send back_;-ya,-yrent,-yait,-y, _sent
back_.

rpandit, _scattered_, _spilled_.

rparer, _to repair_.

repartit, _set out again_.

repas, m., _meal_.

rpt-a, _repeated_;-ant, _repeating_.

replacrent, _put back_.

rpliqua, _retorted_.

rpond-ait,-it,-irent,-u, _answered_;-re, _to answer_;-rai, _will
answer_.

rponse, f., _answer_.

repos, m., _rest_.

repos-er, _to rest_;-, _rested_.

repr-irent,-it, _resumed_.

reproche, m., _reproach_.

requte, f., _request_, _petition_.

rserv-ait, _reserved_.

rservoir, m., _reservoir_, _fish pond_.

rsolu, _resolved_.

respect, m., _respect_.

respectueusement, _respectfully_.

respectueux, _respectful_.

resplendissant,-e, _resplendent_.

ressemble , _looks like_.

rest-a,-rent,-ait,-,-e, _remained_;-er, _to remain_;-ez,
_stay_;-erai, _will remain_.

rtabli, _restablished_.

retir-a, _withdrew_;-, _withdrawn_.

retour, m., _return_.

retourn-a,-,-rent, _returned_;-era, _will return_;-er, _to return_.

retrouv, _found again_.

russ-i, _succeeded_;-ira, _will succeed_.

rve, m., _dream_.

rveilla, _awoke_.

rvl-, _revealed_;-erez, _will reveal_.

revenu,-s, m., _revenues_.

revenus, _come back_.

rvrences, f., _bows_.

reverrez, _will see again_.

revi-ens, _come back_;-nt, _came back_.

revoir, _to see again_; au----, _farewell._

ri, _laughed_;-ant, _laughing_;-re, _to laugh_.

riche, _rich_.

richesses, f., _wealth_.

ridicule, _ridiculous_.

rien, _nothing_.

rivage, m., _shore_.

rivire,-s, f., _river_.

robe,-s, f., _dress_.

rocher, m., _rock_.

roi, m., _king_.

romp-u,-ue, _broken_;-re, _to break_.

ronfler, _to snore_.

rose, f., _rose_.

rose, _pink_.

rt-ie, _roasted_;-ir, _to roast_.

rouge,-s, _red_.

roug-ir, _to blush_;-issant, _blushing_;-it, _blushed_.

roula, _rolled_.

route, f., _road_; en----, _on the way_.

royaume, m., _kingdom_.

ruban, m., _ribbon_.

rubis, m., _ruby_.

rue, f., _street_.

ruine, f., _ruin_.

rus, _sly_, _cunning_.


sa, _her_, _his_.

sable, m., _sand_.

sabre, m., _sword_.

sac,-s, m., _bag_.

sachant, _knowing_.

sage, _wise_; _good_, _well-behaved_.

sagement, _wisely_.

sai-s,-t, _knows_.

sais-ir, _to seize_;-it, _seized_.

saison, f., _season_.

sale, _dirty_.

sal-,-e, _salty_.

salle, f., _hall_.

salua, _bowed_, _greeted_.

sang, m., _blood_.

sans, _without_.

sant, f., _health_.

sapin, m., _pine_.

satisfait, _satisfied_.

saucisse, f., _sausage_.

saurez, _will know_.

saut-a,-,-rent, _jumped_;-er, _to jump_.

sauv-a,-,-rent, _saved_;-erai, _will save_;-er, _to save_;-ez, _save_.

sav-ait, _knew_;-ez, _know_;-oir, _to know_.

savant, _learned_.

scne, f., _scene_.

scrupuleu-x,-se, _scrupulous_.

se, _one's self_.

seau, m., _pail_.

sec,-s, sche,-s, _dry_.

sch-a, _dried_;-er, _to dry_.

secou-er, _to shake_;-ez, _shake_.

secours, m., _help_.

seigneur, m., _lord_.

sel, m., _salt_.

selle, f., _saddle_.

sellez, _saddle_.

semaine, f., _week_.

semait, _was sowing_.

sent-ir, _to feel_;-it, _felt_.

spar-a,-,-rent, _separated_;-er, _to separate_.

sept, _seven_.

septembre, _September_.

ser-a,-as,-ai,-ez,-ons,-ont, _will be_;-ais,-ait,-ions,-iez,-aient,
_would be_.

servante, f., _servant_.

serviette, f., _napkin_.

serv-ir, _to serve_;-it, _served_.

serviteur, m., _servant_.

ses, _his_, _her_.

seule, _alone_.

seulement, _only_.

svre, _severe_.

si, _so_, _if_.

sien,-ne,-s, _his_, _hers_.

siffler, _to whistle_.

signaux, m., _signals_.

signe, m., _sign_.

sign, _signed_.

situ, _situated_.

six, _six_.

socit, f., _society_.

soeur, f., _sister_.

soi, _one's self_.

soie,-s, f., _silk_.

soi-ent,-s,-t, _may be_.

soif, f., _thirst_, _thirsty_; j'ai----, _I am thirsty_.

soigna, _cared for_.

soigneusement, _carefully_.

soin, m., _care_.

soir, m., _evening_.

soixante, _sixty_.

soleil, m., _sun_.

solennellement, _solemnly_.

solide, _solid_.

solitaire, _solitary_.

sombra, _sank to the bottom_.

somme, f., _sum_.

sommeil, m., _sleep_; j'ai----, _I am sleepy_.

sommet, m., _summit_.

son, _his_, _her_.

songe, m., _dream_.

sorcire, f., _witch_.

sort-aient,-ait,-it,-irent, _went out_;-i, _gone out_;-irai, _will go
out_;-ir, _to go out_.

sou,-s, m., _cent_.

souffr-ait,-it, _suffered_.

souhait-a, _wished_;-er, _to wish_.

souhaits, m., _wishes_.

souliers, m., _shoes_.

souper, m., _supper_.

soupirant, _sighing_.

source, f., _source_, _spring_.

souris, f., _mouse_, _mice_.

sour-it,-iait, _smiled_.

sous, _under_.

souvenir, _to remember_.

souvenir, m., _remembrance_.

souvent, _often_.

souveraine, f., _sovereign_.

soy-ez, _be_;-ons, _let us be_.

spectacle, m., _sight_.

subir, _to submit_.

subitement, _suddenly_.

submerg, _flooded_, _submerged_.

succder, _to succeed_.

succs, m., _success_.

suis, _am_; _follow_.

suite, f., _followers_, _retinue_; ainsi de----, _and so forth_.

suivant,-e, _following_.

suiv-i,-it,-irent,-ait,-aient, _followed_;-re, _to follow_;-rai, _will
follow_.

superbe, _superb_.

supportait, _endured_.

suppos, _supposed_.

sur, _on_.

sr,-e, _sure_.

srement, _surely_.

surpris,-e, _surprised_.

surtout, _especially_.

suspend-ue,-irent, _hung_.


ta, _thy_.

table, f., _table_.

tche, f., _task_.

tant, _so much_, _so many_.

tante, f., _aunt_.

tard, _late_.

tasse, f., _cup_.

tt-a,-,_felt_;-er, _to feel_.

taureau, m., _bull._

ta, _thee_, _thy_.

tel,-le,-s, _such_.

tempte, f., _tempest_.

temps, m., _time_, _weather_.

tend-it,-aient, _held out_;-re, _to hold out_;-ez, _hold_.

tendre, _tender_.

tenir, _to hold_.

tenter, _to tempt_ or _attempt_.

termin, _ended_.

terre, f., _land_, _ground_, _earth_.

terreur, f., _terror_.

tes, _thy_.

testament, m., _will_.

tte, f., _head_.

tien,-ne,-s, _thine_.

tien-s, _hold_;-ne,-nent, _hold_;-draient, _would hold_.

timide, _afraid_.

timidement, _timidly_.

tint, _held_;----ferme, _held tight_.

tir-er, _to pull_;-ez, _pull_;-a,-rent, _pulled_.

toilette, f., _toilet_.

toit, m., _roof_.

tomb-a,-ait,-rent, _fell_;-,-e, _fallen_;-e, _falls_;-era, _will
fail_.

tombe, f., _tomb_.

ton, _thy_.

tonnerre, m., _thunder_.

topaze, f., _topaz_.

tort, _wrong_; a----, _is wrong_.

tt, _soon_.

touch-a,-rent,-ait,-, _touched_, _collected_;-er, _to touch_, _to
collect_;-ant, _touching_, _collecting_.

toujours, _always_, _still_.

tour, m., _tour_.

tourment-a,-, _tormented_ or _worried_;-er, to _torment_ or _worry_;
-erai, _will torment_ or _worry_.

tourn-a,-, _turned_;-ez, _turn_;-er, _to turn_.

tout,-e,-s, _all_, _every_;---- coup, _suddenly_;----de suite,
_immediately_.

train, m., _train_; en----, _on the point of_.

traire, _to milk_.

trait, m., _trace_.

tratre, m., _traitor_.

tranquille, _quiet_.

tranquillement, _quietly_.

transport-a, _carried_, _conveyed_;-ez, _carry_, _convey_.

transports, m., _transports_.

travaill-a,-ait,-rent,-, _worked_;-er, _to work_;-ez, _work_.

travailleur, m., _worker_.

travers, , _across_.

travers-a,-ait,-,-rent, _crossed_;-er, _to cross_;-era, _will cross_.

treize, _thirteen_.

trembl-a,-,-rent,-ait, _trembled_;-ant,-ante, _trembling_;-er, _to
tremble_.

trempa, _dipped_.

trs, _very_.

trsors, m., _treasures_.

tress-a, _twisted_, _wove_;-ant, _weaving_.

triomphe, m., _triumph_.

triple, m., _treble_.

triste, _sad_.

tristement, _sadly_.

trois, _three_.

troisime, _third_.

trompe (se), _is mistaken_.

trne, m., _throne_.

trop, _too much_, _too many_.

trotter, _to trot_.

trou, m., _hole_.

troupeau, m., _flock_.

trouv-a,-ait,-,-rent, _found_;-er, _to find_;-era, _will find_;
-eriez, _would find_;-ant, _finding_.

tu, _thou_.

tu-a,-,-rent, _killed_;-er, _to kill_;-e,-ez, _kill_;-eront,-era,
_will kill_.

tulipe,-s, f., _tulip_.


un,-e, _a_, _an_, _one_.

universelle, _universal_.

universit, f., _university_.

usage, m., _use_.

us-e, _wears out_;-s, _worn out_.

ustensiles, m., _utensils_.


va, _go_, _is going_.

vacance, f., _holiday_.

vache, f., _cow_.

vague,-s, f., _wave_.

vain, _vain_.

vainement, _vainly_.

vais, _am going_.

vaisseau,-x, m., _vessel_.

valle,-s, f., _valley_.

vapeur, f., _steam_, _vapor_.

vaste, _extensive_.

veille, f., _day before_.

ven-aient,-ait, _came_;-u,-ue,-ez, _come_;-ir, _to come_;-ant, _coming_.

vend-aient, _were selling_;-rons,-rez, _will sell_;-re, _to sell_;-ant,
_selling_;-u, _sold_.

vengerai, _will revenge_.

vent,-s, m., _wind_.

vente, f., _sale_.

venu,-e, _come_; nouveau----, _new comer_.

ver, m., _worm_.

verdir, _to grow green_.

vrifia, _verified_.

vrit, f., _truth_.

verrez, _will see_.

vers, _towards_.

vers-rent,-, _poured_.

vert,-e,-s, _green_.

vertu, f., _virtue_.

vertueux,-se, _virtuous_.

veste, f., _vest_.

vt-ir, _clothe_;-ue, _clad_.

veu-f,-ve, _widower_.

veu-x, _want_;-t, _wants_.

viande, f., _meat_.

victime, f., _victim_.

vid-a,-ait, _emptied_;-er, _to empty_.

vide, _empty_.

vie, f., _life_.

vieil,-le,-s, _old_;-le, f., _old woman_.

vieillard, m., _old man_.

vien-drons,-dront,-dra, _will come_;-ne, _may come_.

vieux, _old_.

vi-f,-ve, _lively_.

vigne, f., _vine_.

vigneron, m., _vine grower_.

vigoureusement, _vigorously_.

vilaine, _ugly_.

ville, f., _town_.

vin, m., _wine_.

vingt, _twenty_.

vin-rent,-t, _came_.

violemment, _violently_.

visit-a,-rent,-,-e, _visited_;-er, _to visit_.

visites, f., _calls_.

vi-t,-rent, _saw_.

vite, _quickly_.

viv-aient,-ait, _lived_;-re, _to live_.

vivant,-e,-s, _living_.

vivement, _quickly_.

voici, _here is_, _here are_.

voie, _may see_.

voil, _there is_, _there are_; me----, _here I am_.

voile, m., _veil_.

voile, f., _sail_; mit----, _set sail_; bateau ----, _sail boat_.

voir, _to see_.

voisin,-e,-s, _neighbor_.

voisinage, m., _neighborhood_.

voiture, f., _carriage_.

voix, f., _voice_.

vol, m., _theft_.

volant, _flying_.

volcan, m., _volcano_.

volont, f., _wish_, _will_.

volontiers, _willingly_.

vont, _are going_.

vos, _your_.

votre, _your_.

vtre, _yours_.

voudrez, _shall wish_.

voul-ait,-u,-urent,-ut, _wanted_;-ez, _want_;-oir, _to want_;-ant,
_wanting_.

vous, _you_.

voyage, m., _journey_.

voyag-,-ea,-rent, _traveled_;-era, _will journey_;-eant, _journeying_.

voyageur, m., _traveler_.

voy-ant, _seeing_;-ez,-ons, _see_;-ons, _see_, _come_.

vrai,-e, _true_, _real_.

vraiment, _truly_.

vu,-s, _seen_;----que, _as_.

vue, f., _view_; en----, _in sight_.

vulgaire, _vulgar_.


y, _there_; il y a, _there is_, _are_.

yeux, m., _eyes_.


Zuiderse, _Zuyder Zee_.

       *       *       *       *       *




FRENCH TEXTS

ELEMENTARY

                                              PRICE

BACON. Une Semaine  Paris                    $0.50

BRUNO. Le Tour de la France (Syms)              .60

CHATEAUBRIAND. Les Aventures du
       Dernier Abencerac (Bruner)               .30

CONLEY. La Fille de Thuiskon                    .65

DUMAS. Excursions sur les Bords
       du Rhin (Henckels)                       .40

DUMAS. Le Chevalier de Maison-Rouge
       (Sauveur & Jones)                        .40

ERCKMANN-CHATRIAN. Madame Thrse
       (Fontaine)                               .50

FOA. Le Petit Robinson de Paris
       (De Bonneville)                          .45

FONCIN. Le Pays de France
       (Muzzarelli)                             .60

FRANOIS. Easy Standard French                  .40

GOODELL. L'Enfant Espion, and
       Other Stories                            .45

GUERBER. Contes et Lgendes.
       Two Parts. Each                          .60

LA BDOLLIRE. La Mre Michel
       et Son Chat (Josselyn)                   .30

LABICHE and MARTIN.
       La Poudre aux Yeux (Franois)            .30

LABICHE and MARTIN. Le
       Voyage de M. Perrichon (Castegnier)      .35

LEGOUV and LABICHE. La
       Cigale chez les Fourmis (Farrar)         .35

MAIRET. La Clef d'Or, and Les
       Flches Magiques (Healy)                 .35

MAIRET. La Petite Princesse (Healy)             .35

MAIRET. La Tche du Petit Pierre
       (Healy)                                  .35
MAIRET. L'Enfant de la Lune (Healy)             .35

MRIME. Colomba (Williamson)                   .40

SCHULTZ. La Neuvaine de Colette (Lye)           .45

SYMS. Easy First French Reader                  .50

SYMS. Le Chien de Brisquet, and
       Other Stories                            .35

VERNE. Les Enfants du Capitaine Grant
       (Healy)                                  .30

AMERICAN BOOK COMPANY


FRENCH TEXTS

These texts are, in the main, those recommended by the Modern Language
Association, the College Entrance Examination Board, and the New York
State Education Department. Most of the volumes contain notes and a
vocabulary.

INTERMEDIATE

                                               PRICE
AUGIER and SANDEAU. Le Gendre de
         M. Poirier (Roedder)                  $0.40

CAMERON. Tales of France                        1.00

CORNEILLE. Le Cid (Bruner)                       .45

CRMIEUX and DECOURCELLE.
         L'Abb Constantin (Franois)            .35

DAUDET. La Belle-Nivernaise, and Other
        Stories (Jenkins)                        .50

DAUDET. Tartarin de Tarascon (Fontaine)          .45

DUMAS. La Tulipe Noire (Brandon)                 .40

DUMAS. Le Comte de Monte-Cristo (Fontaine)       .40

DUMAS. Les Trois Mousquetaires (Fontaine)        .60

FONTAINE. Douze Contes Nouveaux                  .45

HUGO. Hernani (Bruner)                           .70

HUGO. La Chute (Kapp)                            .35

LA BRTE. Mon Oncle et Mon Cur (White) .50

LAURIE. Mmoires d'un Collgien (Borgerhoff)     .50

MOLIRE. Le Bourgeois Gentilhomme (Roi
         and Guitteau)                           .35

SAND. La Mare au Diable (Randall-Lawton)         .35

SAND. Le Meunier d'Angibault (Kuhne)             .40

SANDEAU. Mademoiselle de la Seiglire (White)    .40

SCRIBE and LEGOUV. Bataille de
         Dames (Eggert)                          .30

SVIGN, MADAME DE.
         Selected Letters (Syms)                 .40

WEILL. French Newspaper Reader                   .50

WEILL. Historical French Reader                  .40


ADVANCED

GONCOURT, EDMOND, and JULES DE.
         Selections (Cameron)                  $1.25

HEALY. La Comdie Classique en France            .50

LA FONTAINE. Fifty Fables (McKenzie)             .40

MOLIRE. Les Femmes Savantes (Eggert)            .40

RACINE. Iphignie (Woodward)                     .60

SHIPPEE and GREENE. Stories
         from French Realists                    .40

TAINE. Les Origines de la France
         Contemporaine (Raschen)                 .60

VOLTAIRE. Selected Letters (Syms)                .75

AMERICAN BOOK COMPANY

SPANISH TEXTS

ALARCN. El Capitn Veneno (Brownell)          $0.50
  El Nio de la Bola (Schevill)                  .90

AVELLANEDA. Baltasar (Bransby)                   .65

BRETN. Quin es Ella? (Garner)                 .70

CALDERN. La Vida es Sueo (Comfort)             .70

FONTAINE. Flores de Espaa                       .45

GALDS. Doa Perfecta (Lewis)                   1.00
  Electra (Bunnell)                              .70
  Marianela (Gray)                               .90

JOHNSON. Cuentos Modernes                        .60

LARRA. Partir  Tiempo (Nichols)                 .40

MORATN. El S de las Nias
         (Geddes & Josselyn)                     .50

TURRELL. Spanish Reader                          .80

VALERA. El Comendador Mendoza (Schevill)         .85
  Pepita Jimnez (Cusachs)                       .90


WORMAN'S SPANISH BOOKS--REVISED

First Spanish Book    $0.40    Second Spanish Book    $0.40.

In their new form these books offer a satisfactory course in spoken
Spanish. The FIRST BOOK teaches directly by illustration, contrast,
association, and natural inference. The exercises grow out of pictured
objects and actions, and the words are kept so constantly in mind that
no translation or use of English is required to fix their meaning. In
the SECOND BOOK the accentuation agrees with the latest rules of the
language.

AMERICAN BOOK COMPANY


A THREE YEAR COURSE IN FRENCH

By L. C. SYMS, B. s L., L. en D., De Witt Clinton High School, New York

First Year in French               $0.50
Second Year in French               1.00
Third Year in French                1.20

This comprehensive course in French teaches pupils not only to read but
also to speak and write the language correctly. In the First Year the
early lessons contain only the names of common objects while the later
ones include short stories which are not intended to be translated into
English. In the Second Year an almost equal amount of time is given to
reading, conversation, translation, and grammar. Particular stress is
laid upon the study of verbs. A short story or description forms the
basis of each lesson, illustrating a grammatical principle and affording
an easy and pleasant subject for conversation. The more difficult
aspects of French grammar and syntax are treated in the Third Year, and
unusual attention is given to all points likely to prove especially
confusing. The progressive reading lessons are such as will prepare the
student to read the masterpieces of French literature. Each book
contains vocabularies.


SYMS'S EASY FIRST FRENCH READER. $0.50

These stories and poems have, for the most part, been selected from the
works of Octave Feuillet, . Laboulaye, Hgsippe Moreau, Flix Gras,
and other well known writers. The text is easy and progressive,
proceeding from the very simple to the more difficult by a regular
gradation. Following the reading material, and based on it, are short
English exercises to be translated into French, vocabularies, etc.


AMERICAN BOOK COMPANY


GERMAN PROSE COMPOSITION

By CARL W. J. OSTHAUS, Professor of German, Indiana University; and
ERNEST H. BIERMANN, Instructor in German, Indiana University.

$0.65

This book is designed for the second and third years in college, and for
the third and fourth years in the secondary school. The work is based on
consecutive prose, and is intended to develop rapidly the student's
sense of independence. The selections are really new and fresh, and
offer a wide range of material, being anecdotal and historical, taken
from Germanic folklore, literature, and real life.

 A portion of the elementary exercises are made up of three parts: a
German selection, a set of questions in German, and an English
paraphrase of the preceding German selection for translation into
German. The German selection forms the basis of the work which follows,
and should be studied thoroughly before the translation is worked out by
the class. In the elementary part most of the selections are preceded by
a statement of the grammatical principles involved, thus making it easy
for the instructor to assign certain portions of grammar for review.

 The questions in German, which are intended to be answered in German,
afford excellent practice work in the transposition of tenses or
persons, and the changing from direct to indirect discourse, etc. As the
selections increase in length, the questions are omitted, and in the
latter portion only English material of higher grade is given.

 Copious footnotes throughout the book provide the needful suggestions
and refer the student to sections of the digest of syntax which follows
the text. This digest, which is intended chiefly for the guidance of the
inexperienced, is to be supplemented by the grammar with which the
student is familiar. There are full German-English and English-German
vocabularies at the end of the book.


AMERICAN BOOK COMPANY


GERMAN TEXTS

ELEMENTARY

                                             PRICE
ARNOLD. Ein Regentag auf dem Lande (Kern)    $0.25

ARNOLD. Fritz auf Ferien (Thomas)              .30

BENEDIX. Der Prozess (Lambert)                 .30

EBNER-ESCHENBACH. Krambambuli, and Klausmann
   Memoiren eines Offizierburschen (Spanhoofd) .25

FAHSEL. Allerlei                               .25

FICK. Dies und Das                             .25

FICK. Neu und Alt                              .30

GERSTCKER. Germelshausen (Busse)              .30

GRIMM. Kinder- und Hausmrchen (Vos)           .45

HAUFF. Das Kalte Herz (Holzwoth & Gorse)       .35

HEYSE. Anfang und Ende (Lentz)                 .30

HEYSE. Das Mdchen von Treppi (Bernhardt)      .30

HEYSE. L'Arrabbiata (Lentz)                    .30

HILLERN. Hher als die Kirche (Daner)          .25

KERN. German Stories Retold                    .30

LEANDER. Trumereien (Hanstein)                .35

MLLER. Neue Mrchen (Little)                  .30

RIES. Easy German Stories (Biermann)           .35

SCHRAKAMP. Deutsche Heimat                     .80

SCHRAKAMP. Ernates und Heiteres.               .35

SEIDEL. Die Monate (Arrowsmith)                .25

SEIDEL. Der Lindenbaum, etc. (Richard)         .25

SEIDEL. Herr Omnia (Mathewman)                 .25

SPANHOOFD. Aus Vergangener Zeit                .50

SPYRI. Rosenresli, and Der Toni von
   Kandergrund                                 .25

STERN. Geschichten vom Rhein                   .85

STOLTZE. Bunte Geschichten                     .30

STOLTZE. Losc bltter                          .30

STORM. Immensee (Dauer)                        .25

Storm. Im Sonnenschein, etc. (Swiggett)        .25

WILDENBRUCH. Der Letzte (Beckmann)             .30

ZSCHOKKE. Der Zerbrochene Krug (Berkefeld)     .25

AMERICAN BOOK COMPANY


GERMAN TEXTS


INTERMEDIATE

                                                               PRICE
BERNHARDT. Deutsche Litteraturgeschichte                      $0.75

BERNHARDT. Freudvoll und Leidvoll                               .65

FOUQU. Undine (Senger)                                         .50

FREYTAG. Die Journalisten (Johnson)                             .35

GOETHE. Hermann und Dorothea (Hewett)                           .60

GROLLER. Inkognito, and Albersdorf. Cand. phil.
    Lauschmann (Lentz)                                          .30

HEINE. Die Harzreise (Kolbe)                                    .50

HEYSE. Er Soll Dein Herr Sein (Haertel)                         .30

HOLLY. German Epics Retold                                      .65

KELLER. Bilder aus der Deutschen Litteratur. Revised           1.00

LESSING. Minna von Barnhelm (Lambert)                           .50

MEYER. Das Amulett (Glascock)                                   .35

MOSER. Der Bibliothekar (Cooper)                                .45

RIEHL. Das Spielmannskind; Der Stumme Ratsherr (Priest)         .35

RIEHL. Der Fluch der Schnheir (Frost)                          .30

RIEHL. Die Vierzehn Nothelfer, and Trost um Trost (Sibler)      .30

ROTH. Ein Nordischer Held (Boll)                                .35

SCHANZ. Der Assistent and Other Stories (Beinhorn)              .35

SCHEFFEL. Der Trompeter von Skkingen (Buehner)                 .75

SCHILLER. Ballads and Lyrics. Selections (Rhoades)              .60

SCHILLER. Die Jungfrau von Orleans (Florer)                     .70

SCHILLER. Wilhelm Tell (Roedder)                                .70

STERN. Geschichten von Deutschen Stdten. In two Parts. Each    .70

STIFTER. Das Heidedorf (Lentz)                                  .25

WILDENERBUCH. Das Edle Blut (Eggert)                            .30


ADVANCED

COLLITZ. Selections from Early German Literature              $1.00

DILLARD. Aus dem Deutschen Dichterwald                          .60

LESSING. Nathan der Weise (Diekhoff)                            .80

PREHN. Journalistic German                                      .50

RANKE. Kaiserwahl Karls V. (Schoenfeld)                         .35

RICHTER. Selections (Collins)                                   .60

SCHEFFEL. Ekkehard--Audifax und Hadumoth (Handschin & Luehke)   .60

SCHILLER. Gustav Adolf in Deutschland (Bernhardt)               .45

WAGNER. Die Meistersinger von Nrnberg (Bigelow)                .70

WILBRANDT. Der Meister von Palmyra (Henckels)                   .80


AMERICAN BOOK COMPANY

A BRIEF GERMAN COURSE

$1.20

By C. F. KAYSER, Ph.D., Professor of German, Normal College of the City
of New York, and FREDERICK MONTESER, Ph.D., First Assistant in German,
DeWitt Clinton High School, New York


Many valuable features differentiate the Brief German Course from the
conventional beginner's book in German. Each lesson contains one or more
topics of grammar, a special vocabulary, and exercises in reading and
writing German, with such suggestions and helps for the student as are
needed. The arrangement of the subject-matter has been determined by
pedagogic considerations and practical experience, which have led to
frequent departures from the usual sequence of topics. The
recommendations of the Modern Language Association have been followed.

 To secure to the pupil variety and interest in his work, and to
facilitate their mastery, the difficulties of declension and
conjugation, instead of being grouped together, as is customary, are
introduced gradually. Elementary syntax is treated from the beginning in
immediate connection with the study of forms. The rational acquisition
of a German vocabulary is facilitated by a unique treatment of word
formation. The transition from disconnected sentences to connected
reading is made simple by the use of real idiomatic German sentences,
often connected in sense.

 Frequent review lessons are given, containing grammatical questions,
interesting reading matter, both prose and verse, and exercises in
conversation. The reading matter, which provides an excellent
application of those grammatical principles, and only those, met in the
previous lessons, is written in an easy, fluent style, and illustrates
German life, history, geography, and literature. The book includes
complete German-English and English-German vocabularies, an appendix of
collected paradigms of declensions and conjugations, and an index.


AMERICAN BOOK COMPANY






End of the Project Gutenberg EBook of Contes et lgendes, by H. A. Guerber

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES ET LGENDES ***

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such as creation of derivative works, reports, performances and
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practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
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     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
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     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
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Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
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opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
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1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
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If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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