Project Gutenberg's Les aventures de M. Colin-Tampon, by Jules Girardin

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Title: Les aventures de M. Colin-Tampon

Author: Jules Girardin

Release Date: April 9, 2005 [EBook #15593]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AVENTURES DE M. COLIN-TAMPON ***




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[Illustration]

GIRARDIN
LES AVENTURES DE COLIN-TAMPON
HACHETTE ET Cie

[Illustration: Le chasseur s'arrte, paule, vise et fait feu (page 19)]






                           LES AVENTURES
                                DE
                          M. COLIN-TAMPON

                               PAR
                           J. GIRARDIN


                      ILLUSTR DE 17 DESSINS
                           DE R. TINANT



QUATRIME DITION
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
70, BOULEVARD SAINT GERMAIN, 70
1896





                           LES AVENTURES
                                 DE
                          M. COLIN-TAMPON




                                     I


M. Colin-Tampon avait cinquante ans; il tait propritaire d'une jolie
villa sur le territoire de Courbevoie, et, par-dessus le march,
conseiller municipal.

Il va sans dire que M. Colin-Tampon avait t jeune dans son temps. Si
nous le prenons  l'ge de seize ans, nous remarquons qu'il s'appelait
alors Colin tout court, qu'il tudiait pendant le jour les mystres de
la mercerie, rue Saint-Denis,  l'enseigne du _Bouton-d'Or_, sous les
auspices de M. Tampon, patron peu endurant; la nuit, il dormait  poings
ferms dans une soupente situe au sixime tage de la maison mme o
habitait son patron. Comme il n'tait point ambitieux, ses rves,
quand par hasard il rvait, ne lui montraient point la jolie villa de
Courbevoie ni les honneurs municipaux; oh, mon Dieu, non! Il rvait
qu'il y avait deux dimanches par semaine au lieu d'un, ou bien que la
morue n'apparaissait qu'une fois par semaine, au lieu de cinq, sur la
table du patron.

N'allez pas conclure de l que le jeune Ernest Colin fut un paresseux
ou un gourmand. Son patron le faisait travailler avec une svrit si
implacable, que le soir les jambes lui rentraient dans le corps. Il
tait donc bien excusable de soupirer aprs le jour du repos. Quant  la
morue, mon intention n'est point d'en dire du mal. C'est un mets exquis
pour ceux qui l'aiment, et encore  condition qu'ils n'en abusent pas.
Ernest en abusait, et il en abusait bien malgr lui, car il avait une
horreur instinctive pour ce mets, cher  M. Tampon.

Arriv  l'ge de vingt-cinq ans, Ernest descendit de la soupente pour
pouser la fille de son patron, lequel s'en alla planter ses choux
 Charenton, tout en conservant un intrt dans les affaires du
_Bouton-d'Or_.

Un peintre en btiments dressa son chelle le long de la devanture
et, devant le mot _Tampon_, peignit le mot _Colin_, ce qui fit
_Colin-Tampon_. Mais comme l'image du _Bouton-d'Or_, qui planait
au-dessus du mot Tampon, ne se trouvait plus au milieu de l'inscription,
le peintre, pour rtablir la symtrie, ajouta,  droite de Tampon, _et
Cie_, ce qui fit _Colin-Tampon et Cie_. Comme cette addition ne pouvait
faire de tort  personne, personne ne rclama.

Vers la quarantaine, M. Colin-Tampon eut un violent accs de goutte.
Dans ses mditations solitaires, qui toujours roulaient sur la mercerie,
il lui vint une inspiration de gnie, et il inventa le _bouton
inamovible_ qui fit sa fortune.

[Illustration: Il apparut en grand quipage aux yeux blouis de sa
femme.]

Devenu riche, il se retira  Courbevoie et fut bientt lu conseiller
municipal. Cependant la goutte le tracassait et l'embonpoint commenait
 l'envahir.

Il consulta ses amis, qui lui enseignrent des remdes de bonnes femmes,
et ne s'en trouva pas soulag. Sur le conseil de son mdecin, il prit un
port d'armes, acheta un harnachement de chasseur et un chien. Puis, un
jour, il apparut en grand quipage aux yeux blouis de sa femme et de sa
servante, fier comme Artaban et beau comme Apollon Pythien.




                                    II


D'un pas martial, il descendit les marches du perron en faisant sonner
les clous de ses souliers. Dj,  grandes enjambes, il se dirigeait
vers la grille du jardin, lorsque Mme Colin-Tampon prouva le besoin
d'ajouter quelques conseils aux nombreuses recommandations qu'elle lui
avait dj prodigues.

Ernest! s'cria-t-elle.

Ernest fit volte-face, et, voyant que sa femme accourait vers lui, il
voulut galamment lui pargner les deux tiers du chemin. Il ne courait
pas il volait, et les trois petites plumes qui ornaient son chapeau
taient rejetes en arrire par la rapidit de sa course.

En le voyant si jeune et si leste, Mme Colin-Tampon sourit. Ernest
arriva comme elle descendait la dernire marche du perron; son mouvement
fut si vif, que le tendre baiser destin  la joue de Mme Colin-Tampon
retentit sur le bout de son nez.

Ernest, dit-elle, tu seras prudent.

--Je te l'ai promis.

--Un malheur est sitt arriv.

--Je ne suis plus un enfant.

--Non; mais tu es si jeune et si ptulant pour un homme de ton ge!

Ce fut au tour de M. Colin-Tampon de sourire; i1 cambra les reins,
tendit les jarrets et se disposait  partir lorsque Mme Colin-Tampon lui
dit:

Je ne te souhaite pas bonne chance, parce que l'on dit que cela porte
malheur; mais je suis bien sre que tu ne reviendras pas le carnier
vide.

--On ne peut pas savoir, rpondit le chasseur avec une feinte modestie.

--Je suis si sre de la justesse de ton coup d'oeil, que Jeannette
n'achtera pas de rti pour le dner; je compte sur toi. Vous entendez,
Jeannette?

--Oui, madame, j'entends, rpondit Jeannette avec un srieux parfait.
Son matre tait si beau dans son costume de chasse qu'il ne pouvait
manquer de faire de nombreuses victimes.

Azor, en son me de chien, se disait: A qui en ont-ils? Est-ce que nous
ne partirons pas aujourd'hui?

[Illustration: Le baiser retentit sur le bout de son nez.]

Un tout petit oiseau, perch sur une branche  quelques pas de l,
chantait  plein gosier; si prs de Paris, les petits oiseaux eux-mmes
deviennent sceptiques et moqueurs comme des gamins de Paris. Celui-l
savait que l'habit ne fait pas le chasseur, et l'apparence martiale de
M. Colin-Tampon l'gayait au lieu de lui inspirer de l'effroi. Si M.
Colin-Tampon et t plus au courant des usages, des moeurs et des
superstitions de l'antiquit, il aurait tir un fcheux prsage du chant
moqueur de ce petit oiseau.

Mais M. Colin-Tampon n'tait point au courant des usages, des moeurs
et des superstitions de l'antiquit. Il y avait  cela d'excellentes
raisons M. Colin-Tampon n'avait point fait d'tudes classiques. Le peu
qu'il savait, il l'avait appris dans le _Moniteur de la Mercerie_, qui
se soucie, comme d'une guigne, de l'antiquit et de ses superstitions.




                                    III


M. Colin-Tampon, le coeur plein d'orgueil et de joie, n'eut pas plus tt
fait claquer la grille derrire lui, qu'il prouva le besoin de sauter,
de danser, ou tout au moins de crier, pour se prouver  lui-mme combien
il tait heureux et fier de s'en aller  travers champs, loin des hommes
et de la civilisation, courir les aventures sous le clair soleil et le
ciel bleu.

Pendant deux cents mtres nanmoins, il dut mettre un frein aux
sentiments tumultueux qui bouillonnaient dans son sein. Car, pour gagner
la pleine campagne, il lui fallait suivre entre deux murs une ruelle qui
rappelait la civilisation par ses cts les moins flatteurs. Les murs
taient tapisss d'affiches de thtre et d'annonces de marchands;  et
la, parmi des tessons de bouteilles casses, se dressaient des herbes
malades et malsaines, s'panouissaient des touffes d'orties menaantes;
de vieux souliers se dcomposaient lentement, couverts d'une mousse
verdtre. Azor filait devant, impatient de quitter ces lieux peu
champtres. Son matre le suivait d'un pas acclr, attendant la fin de
la ruelle pour donner un libre cours  son enthousiasme. En attendant,
il frappait le sol en cadence, serrait son fusil contre sa poitrine et
se disait que l'homme, l'homme arm du fusil, tait bien rellement le
roi de la cration. Il se sentait de taille  affronter les animaux les
plus terribles et  leur faire mordre la poussire.

Au bout de la ruelle commenait un sentier qui serpentait  travers
champs.  gauche, un champ de betteraves s'talait dans toute sa
platitude et sa monotonie;  droite s'levait un maigre bosquet
d'acacias rachitiques. M. Colin-Tampon dirigea ses pas vers le bosquet.

Salut  la nature! s'cria l'inventeur du _bouton inamovible_;
et, pour saluer la nature, il ta son chapeau. Les papillons et les
libellules voltigeaient autour de lui, contemplant d'un oeil surpris ce
mortel trange dont les rares cheveux se dressaient d'enthousiasme. Deux
petits oiseaux se communiquaient leurs remarques; une chenille velue
s'tait laisse choir sur son bras, fascine par l'clat de ses
lunettes. Un limaon philosophe se demandait pourquoi les hommes
adressaient de si pompeux saluts  la nature, car il avait dj entendu
un picier pousser la mme exclamation; et par parenthse, cela n'avait
rien de bien tonnant, puisque l'picier et le conseiller municipal
avaient emprunt cette phrase toute faite au feuilleton du mme journal,
auquel ils taient abonns tous les deux.

[Illustration: Salut  la nature!]

Au bruit des souliers ferrs, les grenouilles rentraient dans leurs
marcages. Azor, affol, prenait des poses de lvrier hraldique, tandis
que dans le lointain deux lapins, rassurs par la tournure de notre
hros, continuaient, sans se dranger, une conversation commence.




                                    IV


Tout  coup M. Colin-Tampon replace brusquement son chapeau sur son
crne pel en s'criant: Pas possible!

D'abord il se lve sur la pointe des pieds, puis il se baisse, ensuite
il penche la tte  droite, et enfin il la penche  gauche. Son oeil
tincelle derrire ses lunettes, et pour la seconde fois il s'crie:
Pas possible!

Son coeur bat, sa main tremble, et, craignant d'tre la dupe d'une
illusion d'optique, il tire de sa poche son foulard  carreaux, essuie
longuement ses lunettes, les remet sur son nez, regarde de nouveau et
s'crie:

C'en est un! Azor, mon bon chien, c'en est un!--Un quoi! semble dire
Azor, qui a lev sur son matre ses deux grands yeux intelligents.

M. Colin-Tampon comprend cette muette interrogation et rpond: Un
livre.

Au seul mot de livre, Azor agite sa queue et bondit sur place. M.
Colin-Tampon est surpris et un peu indign que l'instinct d'Azor ne lui
dise pas o gt le livre.

M. Colin-Tampon a bien le droit de s'indigner. Azor lui a cot trs
cher, et le marchand de chiens de la rue d'Amsterdam le lui a garanti
pour un chien do chasse, foi d'honnte homme. Il a nomm le pre et
la mre d'Azor, et mme son grand-pre et sa grand'mre. Aussi M.
Colin-Tampon a donn 800 francs pour entrer en possession d'Azor.

Le livre gt l-bas, au bout de cette luzerne, au pied de cet arbre
isol, ou plutt il n'y gt pas, mais il danse. Et mme c'est la plus
singulire danse que jamais ait danse un livre de mars au plus fort de
sa folie. Il bondit sur place, il se relve, bondit encore, semblable 
ces marionnettes qui se trmoussent au bout d'un fil.

Un chasseur exerc se ft dfi de ces allures; mais l'inventeur du
_bouton inamovible_ n'tait pas un chasseur exerc. C'tait un de ces
Parisiens de la rue Saint-Denis qui n'ont jamais vu de livres que ceux
qui sont pendus, la tte en bas,  l'talage des marchands de gibier,
ou bien encore les livres savants qui tirent le pistolet et battent du
tambour  la foire aux pains d'pice.

M. Colin-Tampon porte lentement la crosse de son fusil  son paule et
vise sans se presser. Au moment de tirer, il regarde Azor. Azor se dit:
Sur quoi, diable! va-t-il tirer? Et le matre d'Azor, interprtant 
sa faon le langage muet de son chien, se dit: Azor semble croire que
nous ne sommes pas  bonne porte.

A pas de loup, il quitte le bosquet, surveillant du coin de l'oeil
son livre, qui danse toujours comme un possd. En chasseur prudent,
l'inventeur du _bouton inamovible_ se faufile d'abri en abri. A mesure
qu'il approche, le livre saute plus haut, comme pour le narguer. Tout 
coup le chasseur s'arrte, paule, vise et fait feu.




                                     V


Comme tous les tireurs novices, M. Colin-Tampon a ferm les yeux en
pressant la dtente; mais il les rouvre aussitt et regarde de toutes
ses lunettes.

Le livre ne bondit plus; il est mort ou mortellement bless. Le coeur
de M. Colin-Tampon est inond d'une joie immense. Touch, s'crie-t-il,
et dire que c'est mon premier coup de fusil!

Pour clbrer son triomphe, il donne une longue accolade  la bouteille
clisse que sa prudente mnagre a remplie d'un punch gnreux. Ensuite
il brandit son arme et excute sur place une danse de son invention.

Azor cherche  deviner pourquoi son matre danse la pyrrhique en plein
champ; il ne le devine pas, mais, comme un fidle serviteur qu'il est,
il se conforme  la pense secrte de celui qui le loge et le nourrit.
Il danse la pyrrhique  sa manire, en aboyant du haut de sa tte et en
dcrivant de grands cercles autour du vainqueur.

L-bas! mon bon chien, lui dit son matre en dsignant du doigt l'arbre
au pied duquel le livre a t foudroy; l-bas! apporte, apporte.

Plus lger qu'un chevreuil, Azor bondit et arrive en trois sauts au pied
de l'arbre, il flaire le livre  plusieurs reprises, mais au lieu de le
rapporter  son bon matre, il revient, la tte basse, la queue entre
les jambes.

Qu'est-ce  dire? s'crie M. Colin-Tampon d'un ton irrit, le marchand
de chiens se serait-il moqu de moi?

Azor proteste par une srie de petits cris inarticuls.

Ce n'est pas toi que j'accuse, lui dit M. Colin-Tampon. Azor continue
 crier.

Mais, reprend M. Colin-Tampon, puisque je te dis que ce n'est pas  toi
que je m'en prends. Tu ne m'as pas tromp, toi, mon pauvre ami; tu ne
t'es pas vant de savoir ce que tu ne savais pas. Oh! ces marchands de
chiens!

Tout en parlant ainsi, il arpente la luzerne, dont il froisse sans piti
les tiges dlicates sous la dure semelle de ses souliers ferrs.

Dj il entrevoit le poil roux de son livre, qui gt immobile au pied
de l'arbre. Sr dsormais d'avoir bien vis, il s'arrte pour s'ponger
le front, et, tout en s'pongeant le front, il se dit en lui-mme:
J'aime bien l'ami Sauvageot, qui prtendait que pour devenir un vrai
chasseur il faut un long apprentissage! Il m'avait presque inspir des
doutes, ce Sauvageot, et j'avais prouv comme un mouvement d'effroi,
quand ma chre femme m'avait dit qu'elle comptait sur mon adresse pour
le rti. Nous l'avons maintenant, le rti. Puisqu'Azor ne sait pas
rapporter, je le ramasserai moi-mme.

[Illustration: Il recule en poussant un cri de terreur.]

Il avance de quelques pas; le livre lui semble gonfl comme un livre
hydropique, mais qu'importe? c'est probablement l'effet du coup de feu.

Tout  coup il recule en poussant un cri de terreur: le livre
hydropique s'est enlev comme un ballon et a disparu dans les branches
de l'arbre.




                                    VI


M. Colin-Tampon eut bientt l'explication de cet trange phnomne.

Aprs s'tre lev d'un bond jusqu'aux premires branches de l'arbre, le
livre retomba sur le sol avec un son mat.

Alors seulement M. Colin-Tampon reconnut que son livre tait une
vieille peau de livre, bourre de foin. Elle tait attache  une
ficelle qui passait par-dessus l'une des branches. A l'autre bout, il y
avait, ou plutt il y avait eu un gamin factieux qui faisait danser la
peau de livre pour tenter la convoitise des chasseur inexpriments.

Au moment mme o la vieille peau de livre retombait sur le sol, M.
Colin-Tampon entendit un rire moqueur, suivi d'un bruit de sabots qui
s'enfuyaient.

Il aperut un gamin qui disparaissait derrire une clture, il vit la
ficelle et comprit tout.

Attends-moi, polisson, s'cria alors le chasseur, dont la poitrine
tait gonfle d'une lgitime indignation.

Attends-moi un peu, que je te dise deux mots  l'oreille! rpta-t-il
d'une voix forte; mais le gamin, qui sans doute n'tait pas curieux de
savoir ce que M. Colin-Tampon pouvait avoir  lui dire, n'attendit ni un
peu ni beaucoup, et continua  arpenter la plaine.

M. Colin-Tampon frissonna d'horreur  l'ide qu'il aurait pu blesser de
quelques grains de plomb l'auteur de cette indigne comdie. Et alors,
malgr son innocence, on l'aurait tran, lui, conseiller municipal,
devant les tribunaux, et on l'aurait accus de ne pas savoir se servir
d'un fusil.

Payer l'amende n'et rien t, mais de quel front aurait-il abord
dsormais l'ami Sauvageot, aprs avoir donn raison  tous ses
pronostics?

Ayant fait un ferme propos de se dfier  l'avenir des livres
empaills, M. Colin-Tampon, avant de reprendre le cours de ses exploits,
donna une seconde accolade  la bouteille clisse.

Aprs tout, se dit-il en s'essuyant les lvres, ce n'est pas ma faute
si les apparences m'ont du, j'ai tir avec autant de courage que s'il
se ft agi d'un vrai livre!

Il siffla Azor, et s'enfona dans la solitude.

Au bout de deux cents pas, il s'arrta court, essuya les verres de ses
lunettes, et regarda devant lui, le coeur tremblant d'motion.

[Illustration: Un gros oiseau de l'espce la plus bizarre.]

Oui! ce qu'il voyait tait bien un oiseau, et mme un gros oiseau de
l'espce la plus bizarre. On et jur qu'il tait coiff d'un chapeau 
larges bords! M. Colin-Tampon se souvint fort  propos qu'il existe un
oiseau qui se nomme le _casoar  casque_; celui-ci tait peut-tre le
_merle  chapeau_ Pourquoi pas? Il s'approche avec mille prcautions,
s'assure en faisant le tour de l'arbre,  bonne distance, qu'il n'y a
point de gamin cach derrire, paule, vise, ferme les yeux et fait feu.




                                    VII


L'inventeur du _bouton inamovible_ rouvre les yeux et regarde de toutes
ses lunettes. Ses yeux deviennent tout ronds, comme les yeux d'un homme
surpris, et ses lunettes tremblent d'motion sur son nez.

Au fait, je suis peut-tre bien hardi d'oser crire que les lunettes de
M. Colin-Tampon tremblrent d'motion. La posie seule a le droit de
prter la vie et le sentiment aux objets inanims. Je me reprends donc
et je dis: Le nez de M. Colin-Tampon trembla d'motion, et les lunettes
qui le chevauchaient suivirent le mouvement de leur monture. Me voil
en rgle, et je continue.

Le plomb a fait balle, le chapeau aux larges bords tournoie dans
l'espace; le merle dcapit reste perch sur sa branche, comme s'il
avait encore son chapeau sur la tte et sa tte sur ses paules.
Peut-tre une violente contraction nerveuse rive-t-elle les pattes de
l'infortun  la branche de l'arbre?

Quand la contraction nerveuse cessera, le gibier ne peut manquer de
tomber. C'est l'avis d'Azor, qui a franchi d'un bond la clture du
champ, et qui attend, le nez en l'air, la chute du merle  chapeau.

Emport par son ardeur cyngtique, et aussi par sa curiosit, M.
Colin-Tampon franchit la clture  son tour et se prcipite du ct de
l'arbre.

A mesure qu'il s'en approche, ses traits expriment toutes les nuances du
dsappointement. Vu de prs, le merle n'est pas un merle, c'est un amas
informe de chiffons et de brins de paille grossirement enrouls autour
d'un bton transversal. En un mot, le merle  chapeau n'est autre chose
qu'un pouvantail destin  effrayer les moineaux et  les carter du
cerisier  l'poque o les cerises rougissent.

M. Colin-Tampon regarde longuement Azor, et Azor regarde longuement M.
Colin-Tampon. Les yeux d'Azor sont souriants, comme si Azor se rendait
compte de la mystification et en prenait son parti. Les yeux de M.
Colin-Tampon ne sourient pas, ils expriment une violente indignation.

Ne sachant quel parti prendre, il approche de ses lvres la bouteille
clisse.

[Illustration: Il paule, vise, ferme les yeux et fait feu]

Alors la facult de rflchir lui revient. Lui, conseiller municipal, il
est sur le champ d'autrui, aprs en avoir franchi la clture, comme un
gamin qui va voler des pommes; lui, conseiller municipal, il a dtrior
la chose d'autrui, le bien d'autrui. Priv de son chapeau, qui tait
son plus bel ornement, l'pouvantail ne peut plus pouvanter personne.
Sentant toute l'tendue de sa faute, le coupable jette un regard furtif
autour de lui, s'attendant  voir apparatre le propritaire du cerisier
ou le garde champtre. Il siffle Azor, enjambe la clture et se
prcipite  travers champs, press de s'loigner du thtre de son
forfait. Tout en arpentant les gurets  grandes enjambes, il fait des
voeux pour que le premier gibier qu'il rencontrera soit un vrai gibier,
bien vivant et non pas empaill.




                                   VIII


A peine, dans l'innocence de son me, l'inventeur du _bouton inamovible_
a-t-il form ce voeu tmraire, que ses souhaits sont accomplis.

Les anciens l'ont dit avec juste raison, les dieux ne sont jamais plus
cruels envers nous, pauvres mortels ignorants et aveugles, que quand ils
accomplissent nos voeux  la lettre!

Il aperoit  cinquante pas de lui un ours norme qui, le nez au vent,
semble guetter une proie. Ah! malheureux Colin-Tampon! Tu te repens
maintenant de ton imprudence, et tu donnerais tout ce que tu possdes au
monde pour que cet ours ft une vieille peau d'ours, rembourre de foin,
de paille ou de n'importe quoi!

Oh! oui, tu donnerais tout ce que tu possdes en or, en argent, en
valeurs; tu donnerais la gloire d'avoir invent le _bouton inamovible_;
tu donnerais mme ton titre glorieux de conseiller municipal. Mais
l'aveugle destin ne te laisse pas le choix.

Dans cette peau d'ours il y a un ours bien vivant, un ours qui trottine,
un ours qui remue la tte; juste ciel! un ours qui regarde de son ct.

L'homme arm d'un fusil est le roi de la cration! C'tait bon  dire
quand il n'y avait point d'ours  l'horizon. Pour le moment, le roi
de la cration tremble comme la feuille, ses yeux demeurent fixes et
immobiles comme ceux d'une statue, ses cheveux se hrissent sous le dme
de son chapeau, une sueur froide inonde son gilet de flanelle, et, comme
pour se conformer  sa triste pense, les trois petites plumes qui
ornent son chapeau se mettent  pendre dans l'attitude du dcouragement.
Le roi de la cration a la bouche amre et la gorge sche, mais il n'ose
pas porter  ses lvres la bouteille clisse. L'ennemi qui l'observe
pourrait s'offenser du moindre geste et s'imaginer que le roi de la
cration le brave et le provoque.

Le roi de la cration n'a que deux partis  prendre: marcher droit 
l'ennemi et le foudroyer, ou bien battre prudemment en retraite.

Marcher  l'ennemi, il n'y faut pas songer; depuis quand foudroie-t-on
les ours avec le menu plomb destin aux livres et aux perdrix? Faire
feu sur lui! Dieu nous en prserve, ce serait exciter sa colre sans
paralyser ses mouvements.

[Illustration: Il aperoit  cinquante pas un ours norme.]

Volontiers le roi de la cration et battu en retraite. Mais, pour
battre en retraite, il faut pouvoir mettre un pied devant l'autre, et la
terreur paralyse tous ses membres.

Si Azor comprenait mieux son devoir, si Azor avait conserv un souvenir
reconnaissant de toutes les bonts que le roi de la cration a eues pour
lui, Azor pousserait droit  l'ennemi, et, pendant qu'il attirerait son
attention, le roi de la cration pourrait prendre le large. Mais
Azor demeure en arrt, regardant avec un mlange de curiosit et
d'apprhension cette grosse bte dont il ignore le nom. Il arrte, c'est
tout ce qu'on peut demander au chien d'arrt le mieux dress; que le roi
de la cration fasse feu; on verra aprs!




                                    IX


L'inventeur du _bouton inamovible_ serait peut-tre rest dans la mme
pose jusqu'au jugement dernier, si l'ennemi n'et dessin, comme on
dit, un mouvement offensif.

L'instinct de la conservation, si puissant chez tous les tres vivants,
chez le roi de la cration comme chez tous les autres, fit que
l'inventeur du _bouton inamovible_ dessina un mouvement de retraite 
reculons.

L'ours, ayant fait dix pas en avant, s'arrta; le roi de la cration
s'arrta aussi, aprs avoir fait dix pas en arrire.

L'ours se remit en marche, le roi de la cration s'loigna, toujours 
reculons, et s'arrta quand l'ennemi s'arrta. En termes militaires,
cela s'appelle, je crois, se retirer en bon ordre.

Mais n'abusons pas des termes. Si le roi de la cration faisait face 
l'ennemi, c'est qu'il avait une peur Horrible que l'ennemi ne lui sautt
sur le dos dans le cas o il le perdrait de vue un seul instant; s'il
reculait  pas compts au lieu de fuir  toutes jambes, c'est qu'il
craignait qu'un mouvement trop brusque ne ft considr par l'ennemi
comme une invitation  le poursuivre. M. Colin-Tampon avait entendu dire
par sa nourrice que les loups ne se jettent sur les voyageurs que quand
les voyageurs font mine de se sauver. Il pensait que ce qui tait vrai
pour les loups tait peut-tre vrai pour les ours aussi, et il agissait
en consquence.

Un spectateur plus dsintress dans la question et plus matre de
lui-mme que ne l'tait M. Colin-Tampon, aurait peut-tre remarqu que
les regards de l'ours taient fixs sur un objet plac derrire M.
Colin-Tampon, et non pas sur le conseiller municipal lui-mme. Ses
haltes successives tmoignaient, en ralit, que son me d'ours tait en
proie  l'hsitation.

Il souriait par moments, en voyant que le chasseur et le chien, au lieu
de lui barrer le passage et de l'empcher d'atteindre l'objet de sa
convoitise, reculaient peu  peu et semblaient ainsi l'inviter 
s'approcher sans faire tant de crmonies.

M. Colin-Tampon, lui, se figurait que Martin avait soif de sang humain,
tandis que Martin guignait tout le temps les pommes vermeilles d'un
pommier vers lequel M. Colin-Tampon battait en retraite sans le voir,
puisqu'il lui tournait le dos.

[Illustration: Martin se mit sur son sant.]

Quand le chasseur et le chien furent au pied de l'arbre, Martin
s'arrta, se mit sur son sant, passa  plusieurs reprises sa patte
gauche sur son estomac, renifla avec violence et ouvrit une gueule
dmesure d'o sortit un rugissement de joie.

Quels crochets! messeigneurs, quels crochets!

M. Colin-Tampon pensa que sa dernire heure tait venue; ses forces
l'abandonnrent subitement et il tomba en arrire; il avait lch son
arme inutile, et il avait fait voler ses lunettes dans l'espace, par la
violence du coup qu'il avait appliqu sur son chapeau, prs de choir.
Azor, affol, tomba  la renverse comme son matre.




                                    X


De sa vie ni de ses jours, Martin n'avait vu un conseiller faire la
cabriole et montrer au ciel les semelles de ses bottes. Il faut croire
qu'il avait le sens du comique, car il se mit  rire ou du moins il
fit une grimace qui ressemblait  un sourire. Ses lvres s'taient
retrousses, il montrait toutes ses dents, et il clignait ses yeux
clairs d'un air de connaisseur.

Un seul point le tenait embarrass: que signifiait, dans la pantomime
des hommes, cette remarquable culbute? tait-ce une manire  eux
de dire aux ours qu'ils taient les bienvenus  croquer les pommes
vermeilles? tait-ce au contraire une dfense formelle de faire un pas
de plus vers l'arbre qui portait de pareils trsors? Martin se gratta le
mollet gauche et resta, jusqu' plus ample information, dans la position
qu'il occupait. Le poil de son front descendit sur ses yeux clignotants:
signe de perplexit, et sa langue pendit d'un demi-pied: signe de
convoitise.

L'inventeur du _bouton inamovible_ tait demeur quelques instants tout
tourdi de sa chute. Ses ides flottaient vaguement sous la vote de son
crne, et, comme il l'a dit depuis, il ne savait plus o il en tait.
Le pauvre Azor, le voyant inanim, oublia la prsence de l'ours et vint
caresser doucement son matre.

Sentant un museau froid qui frlait sa joue et les poils d'une bte
velue qui lui caressaient l'oreille, l'inventeur du _bouton inamovible_
poussa un cri terrible et, d'un seul bond, se trouva sur ses deux
jambes.

L'ours, pouvant, demeura tout interdit, et mme il poussa un
grognement de terreur, que M. Colin-Tampon prit pour un cri de rage.

Avec une agilit surprenante, le chasseur grimpa dans le pommier. Azor,
qui ne savait pas grimper dans les pommiers, chercha son salut dans la
fuite et se mit  arpenter les gurets, aussi ahuri et aussi rapide dans
sa course que si on lui avait attach une casserole  la queue.

L'ours le regarda fuir avec ddain et se dirigea du ct du pommier.
Quelques pommes pourries taient tombes dans l'herbe; il ne fit point
le dgot, et les dvora pour se mettre en apptit. Quand il ne resta
plus une seule pomme  terre, il s'assit tranquillement, et, levant la
tte vers l'inventeur du _bouton inamovible_, ouvrit la gueule toute
grande. L'inventeur du _bouton inamovible_ comprit cette muette requte,
et, sans se demander  qui appartenait le pommier, il fit pleuvoir les
pommes dans la gueule de Martin.

[Illustration: Il fit pleuvoir les pommes dans la gueule de Martin.]

Les pommes pleuvaient donc, dru comme grle, et Martin les engloutissait
avec une facilit qui donnait la chair de poule au conseiller municipal.
Alors il se dit: Quand il les aura toutes mange (car, au train dont
il y va, elles y passeront toutes), faudra-t-il donc que je suive le
mme chemin? Cette effroyable pense lui faisait courir des frissons
dans le dos, et ses cheveux se dressaient d'horreur.




                                    XI


Prodigue des pommes du prochain, l'inventeur du _bouton inamovible_ les
lanait  toute vole dans la gueule bante de Martin: l'une n'attendait
pas l'autre. Mais comme la main lui tremblait, et qu'il tait dans une
violente agitation nerveuse, le fournisseur de Martin manquait souvent
le but, et Martin recevait les pommes tantt sur l'oeil, tantt sur le
nez. Au commencement, il se contentait de cligner l'oeil ou de froncer
le nez; mais, quand sa premire faim fut assouvie, il se montra plus
difficile, et le jeu lui dplut.

Trouvant qu'on le servait mal, il prit la rsolution de se servir
lui-mme. Ce n'tait pas dj si mal raisonn pour un pais plantigrade.
D'ailleurs il pensait, comme les coliers, que les fruits sont bien plus
savoureux quand on les croque sur l'arbre. Allons, houp! se dit-il
pour s'encourager  se lever. L-dessus il se mit d'abord  quatre
pattes, renifla pour chasser une mouche importune, et se dcida  se
dresser sur ses pattes de derrire. Azor, qui le regardait de loin, la
queue entre les jambes, trembla de tout son corps quand il vit Martin se
redresser lourdement et se diriger vers le tronc du pommier.

Il s'assit tristement et regarda la terre, honteux sans doute de sentir
si dvelopp en lui l'instinct de la conservation.

L'inventeur du _bouton inamovible_, qui le regardait de prs, de trop
prs, hlas! sentit que ses rares cheveux se dressaient sur son crne
pel, et il comprit que sa fin tait proche. Alors il maudit pour la
seconde fois l'audace tmraire qui l'avait lanc dans le vaste monde 
la poursuite du gibier  plume et du gibier  poil.

Que n'aurait-il pas donn pour tre tranquillement assis sous sa
tonnelle ou au coin de son feu, les pieds dans ses pantoufles, lisant
le _Moniteur de Courbevoie_ ou le _Petit Journal_, ou bien faisant une
partie de loto ou de bsigue avec ses voisins de campagne? Il se ft
content  moins; il aurait consenti,  condition d'avoir la vie sauve,
 retourner au _Bouton-d'Or_ et  servir la pratique. Il se ft mme
trouv trop heureux de redevenir le simple apprenti qui couchait dans un
galetas et mangeait de la morue cinq fois par semaine.

[Illustration: Son nouvel ami faisait fausse route.]

Car, aprs tout, mieux vaut tre un pauvre apprenti bien vivant et bien
portant, qu'un riche conseiller municipal mort et enterr. Que dis-je,
enterr? Englouti serait le mot propre, et englouti  la suite de huit
ou dix quarterons de pommes! Quelle spulture pour un inventeur clbre,
pour un conseiller municipal, pour un homme riche qui s'tait fait
construire un tombeau de famille! Il recommanda son me  Dieu; ensuite,
les larmes aux yeux, il donna une dernire pense  sa chre Anastasie,
qui mourrait de chagrin en apprenant son funeste destin. S'il ne pensa
pas  ses enfants, c'est tout simplement parce qu'il n'avait pas
d'enfants.




                                   XII


Dj les griffes de l'ours grinaient sur l'corce de l'arbre, et sa
puissante haleine chauffait les mollets du chasseur en dtresse.

Pouss par l'instinct de la conservation, l'inventeur du bouton
inamovible excuta une laborieuse srie d'exercices gymnastiques, dont
le rsultat fut un changement de front. Dsormais il faisait face 
l'ennemi, et il tournait le dos  l'extrmit de la branche.

L'ours saisit le tronc du pommier entre ses bras puissants et se mit 
grimper prestement. A mesure qu'il grimpait, le chasseur reculait vers
l'extrmit de la branche.

L'ours, qui n'tait pas une bte, comprit que son nouvel ami faisait
fausse route, et que, s'il persvrait dans cette mauvaise voie, la
branche casserait et l'ami se romprait les os. En vain il lui prodiguait
les signes, les clins d'oeil; l'autre, qui se mprenait sur ses
intentions, battait toujours en retraite. Ce qui devait arriver arriva.

La branche cassa, et pour la seconde fois l'chine de M. Colin-Tampon
entra en collision violente avec le sol durci et raboteux. Tout  coup
un nouvel acteur parut sur la scne. L'ours sembla dsagrablement
surpris; M. Colin-Tampon comprit qu'il tait sauv.

Le nouveau venu tait un grand drle effront, vtu d'un costume
exotique en lambeaux, porteur d'une moustache de Palicare et d'une
longue chevelure emmle qui bouffait  tous les vents, sous une
mchante calotte rouge. Le grand drle dguenill tait un montreur
d'ours qui courait depuis deux heures aprs sa bte. Elle s'tait
chappe pendant qu'il buvait de l'eau-de-vie dans un cabaret.

Le devoir du conseiller municipal et t de demander au grand drle si
ses papiers taient en rgle. Vous me croirez si vous voulez, mais il
n'y songea mme pas.

Martin, pas mchant! dit le grand drle d'un air conciliant.

--C'est possible, rpondit le chasseur en se frottant les reins; dans
tous les cas, il est singulirement indiscret.

--Vous, mal aux reins! reprit le grand drle d'un air d'intrt.

--N'en parlons plus, dit M. Colin-Tampon, qui tait trop heureux
d'avoir la vie sauve pour montrer le moindre ressentiment. Et comme il
faisait mine de s'loigner:

Lui faire excuses au monsieur, reprit le grand drle; lui faire le
beau; lui danser pour le monsieur.

[Illustration: Martin coutait avec intrt.]

Martin coutait avec intrt, laissant pendre une de ses pattes, sa
chanette et sa tte dbonnaire. Il remuait les oreilles, il faisait
les yeux doux  M. Colin-Tampon, il mettait de petits reniflements
persuasifs, comme pour donner  entendre qu'il tait tout prt  danser
et  prsenter ses excuses au monsieur qui avait mal dans le dos.

Lui faire le beau, rpta le grand drle; lui danser pour le monsieur.

--Je n'ai pas besoin d'excuses, dit le conseiller municipal; seulement
ne le laissez plus chapper. Et il s'loigna  grands pas.




                                    XIII


Tous les dix pas, l'inventeur du _bouton inamovible_ tournait
furtivement la tte pour voir si Martin ne se serait pas remis  ses
trousses. Vous savez, un ours qui s'est chapp une premire fois peut
fort bien s'chapper une seconde: cela s'est vu.

Pendant que M. Colin-Tampon dtalait, le grand drle et son ours
parlementaient: Joli Martin descendre tout vite! dit le grand drle
d'un ton doucereux.

--Humph! rpondit joli Martin sans se dranger. Traduisez: Il faudra
voir!

Tout vite! tout vite! rpta le grand drle, qui commenait  perdre
patience.

--Humph! rpta Martin sur un ton diffrent. Puis, allongeant le cou,
il sourit d'un sourire narquois. Traduisez: Est-ce que je te drange,
moi, quand tu entres dans les cabarets pour boire de l'eau-de-vie?

Le grand drle saisit  deux mains son bton par un bout, et, avec
l'autre bout, caressa rudement l'pine dorsale de Martin, depuis les
vertbres cervicales jusqu'aux vertbres caudales. Et M. Colin-Tampon
dtalait toujours. Lorsqu'Azor, aprs avoir fait un long circuit,
rejoignit son matre en bondissant de joie, son matre lui fit froide
mine. Capon! lui dit-il avec un sourire amer. Puis rflchissant que,
si Azor s'tait montr capon, le matre d'Azor n'avait pas t d'un
vaillance hroque, il se radoucit et caressa son chien fidle.

Martin cependant, que la rude caresse de grand drle avait froiss dans
sa dignit et dans sa chair, laissa chapper un vritable rugissement
d'ours mcontent et indign.

L'animal! s'cria M. Colin-Tampon en tournant la tte pour regarder
derrire lui. Notez bien qu'en disant l'animal, c'est de l'homme qu'il
parlait, et non pas de la bte.

L'animal! reprit-il d'une voix tremblante d'effroi et d'indignation, il
va mettre cet ours en fureur; et alors, il n'en sera plus le matre, et
alors... Viens vite, Azor, sauvons-nous, mon ami, pendant qu'il en est
temps encore.

[Illustration: Il tombe presque dans les bras du facteur rural]

Et M. Colin-Tampon, homme obse, homme riche et considr, conseiller
municipal, inventeur du _bouton inamovible_, dtala comme dtale un
polisson quand le garde champtre l'a surpris dans le champ d'autrui,
sur le pommier d'autrui, en train de voler les pommes d'autrui.

M. Colin-Tampon dtalait avec une imptuosit si aveugle, qu'au dtour
d'une haie il tomba presque dans les bras du facteur rural, qui faisait
sa tourne. Le facteur rural s'excusa poliment d'avoir t presque
renvers par M. Colin-Tampon, et M. Colin-Tampon, rassur  l'ide qu'il
y avait un facteur rural entre l'ours et lui, modra son allure.




                                   XIV


M. Colin-tampon eut un remords d'honnte homme. Au lieu de laisser
le facteur rural courir au danger, peut-tre  la mort, il aurait d
l'avertir!

Pouss par les reproches de sa conscience, il revint sur ses pas
jusqu'au tournant du chemin. L, abrit derrire une clture en
planches, il promena ses regards sur toute l'tendue de la plaine.

Le facteur rural avait disparu dans un chemin creux qui l'loignait
de l'ours. La conscience de M. Colin-Tampon cessa de lui faire des
reproches, et M. Colin-Tampon poussa un soupir de soulagement. D'autre
part, le grand drle et son ours avaient fait la paix, et s'en allaient
tranquillement, l'un suivant l'autre, par une avenue qui les loignait
tous les deux de M. Colin-Tampon et d'Azor. M. Colin-Tampon poussa un
second soupir de soulagement, plus profond que le premier.

Azor, mon camarade, dit-il, nous pouvons nous vanter de l'avoir chapp
belle!

Azor eut l'effronterie de se prcipiter en aboyant, dans la direction
par o l'ours oprait sa retraite.

Pas de fanfaronnades! lui dit son matre, nous savons ce que nous
savons; soyons modestes.

Ayant alors dbouch sa bouteille clisse, il la porta  ses lvres et
lui donna une longue, longue accolade.

De blme qu'il avait t jusque-l, il redevint frais, rose et souriant.

Quand il se retourna, il aperut, avec un sentiment de vive allgresse,
deux gendarmes qui venaient vers lui. Il tait bien dcidment sauv!

Les gendarmes, voyant un homme bien vtu et d'apparence honnte,
auraient pass leur chemin sans lui rien dire, si l'inventeur du _bouton
inamovible_ ne se fut empress de leur souhaiter le bonjour et de leur
dclarer que le temps tait beau pour la saison.

Cet empressement parut suspect aux deux magistrats arms.

Le brigadier lui demanda s'il avait fait bonne chasse. Au souvenir de
ses msaventures, le chasseur rougit et balbutia.

[Illustration: Le brigadier dressa procs-verbal.]

Vous avez sans doute un port d'armes? reprit le brigadier.

M. Colin-Tampon porte vivement la main  sa poche de ct. Il se souvint
tout  coup qu'il avait oubli son port d'armes dans la poche de sa
redingote.

Le brigadier dressa procs-verbal. Le conseiller municipal songea avec
horreur qu'il lui faudrait comparatre en justice, et soudain une goutte
de sueur froide perla  l'extrmit de chacun de ses cheveux.

Azor, croyant que les gendarmes lui reprochaient sa lchet, baissait
tristement le nez et serrait sa queue entre ses jambes.




                                    XV


Au numro 3 de la rue Gantelet, entre un marchand de vin et un picier,
il y a une boutique de marchand de gibier, bien connue des chasseurs
malheureux. Quand ces messieurs ont t maladroits, ou que rellement
ils n'ont pas vu la queue d'une perdrix ou d'un livre, c'est l qu'ils
viennent arrondir leur carnassire pour chapper aux quolibets et aux
compliments ironiques des gamins; car les gamins sont partout les mmes,
 Courbevoie comme ailleurs.

Mme Grosmajor, la matresse de l'tablissement, tait toujours bien
assortie en gibier; car elle avait une clientle assure: chacun sait
que la maladresse du chasseur de la banlieue est passe en proverbe.
De plus, Mme Grosmajor tait la discrtion mme: ce qui n'est pas
trs surprenant, vu que son intrt bien entendu exigeait qu'elle ft
discrte.

Elle avait un talent particulier pour mettre  leur aise les chasseurs
novices qui entraient pour la premire fois dans son tablissement; d'un
geste bienveillant et d'un sourire maternel, elle leur pargnait la
honte de mentir ou l'embarras de donner des explications.

C'est vers sa demeure hospitalire que l'inventeur du _bouton
inamovible_ dirigea ses pas. Il n'avait nulle intention d'attraper les
flneurs ou d'en faire accroire  sa femme. Dieu merci! il tait la
franchise en personne, et d'ailleurs il avait couru d'assez grosses
aventures pour pouvoir rentrer, sans rougir, le carnier vide. Seulement,
sa femme avait compt sur lui pour le rti, et il rapporterait un rti.

Salut, madame, dit-il  Mme Grosmajor.

--Bien le bonjour, monsieur, lui rpondit Mme Grosmajor avec un sourire
avenant.

--Mon Dieu! madame, reprit l'inventeur du _bouton inamovible_, je vous
avoue franchement que je viens ici pour remplir mon carnier.

--Le gibier est rare, rpondit Mme Grosmajor avec un sourire discret;
les braconniers tuent tout. Il n'est pas surprenant...

--Mon Dieu, madame, reprit M. le conseiller municipal en s'avanant de
trois pas et en posant familirement son coude sur le comptoir, le fait
est que je n'ai rien vu; et  parler franchement, quand mme j'aurais
vu quelque chose, je ne suis pas bien sr que je ne serais pas revenu
bredouille quand mme. J'aurais besoin d'un livre.

[Illustration: Pendant que Monsieur changeait quelques propos affables
avec la patronne....]

--tienne! dit Mme Grosmajor  son garon, un beau livre pour
Monsieur.

tienne dcrocha un beau livre, le montra  Monsieur, qui le trouva 
son got. Pendant que Monsieur changeait quelques propos affables avec
la patronne, tienne, qui tait d'humeur factieuse, glissa dans le
carnier du chasseur un norme homard tout cuit en place du livre.
Monsieur, d'ailleurs, n'tait pas vol, car le homard et le livre
taient tout juste du mme prix.




                                     XVI


L'inventeur du _bouton inamovible_, dans l'innocence de son me,
regagnait d'un pas un peu alourdi sa jolie villa, heureux d'avoir
chapp  une mort affreuse et fier d'avoir  raconter une vritable
aventure.

Il finit par s'apercevoir que les gens s'arrtaient sur son passage
et le regardaient d'un air surpris. Cet homme modeste ft quelque peu
troubl de produire tant d'effet.

Fameux gibier! dit un fantassin  un de ses frres d'armes, qui
regardait le homard, les yeux dilats, et les doigts emptrs dans ses
gants blancs, qui le gnaient aux jointures.

--La bte n'est pas laide! rpondit modestement l'inventeur du _bouton
inamovible_.

Un cuirassier de la garnison de Versailles, qui tait venu voir ses
parents  Courbevoie, en compagnie de quelques autres cuirassiers, cria:
A droite, alignement!

Tous les cuirassiers se mirent en ligne, et portrent vivement la main 
la visire de leur casque.

Pourquoi me saluent-ils comme a? se demanda M. Colin-Tampon. Il ne
pouvait pas se douter que c'tait  cause du homard.

Quelques canotiers d'Asnires, gars dans les parages de Courbevoie, se
mirent en haie pour voir dfiler le chien, le chasseur et le homard.

Eh bien, n'importe, dit un de ces messieurs  ses compagnons de
plaisir, on ne dira pas que ce bourgeois-l cherche  attraper son
monde!

--Oh non, oh non! rpondit le choeur des acolytes, qui avaient
surabondamment djeun.

Ces messieurs se prirent par la main et excutrent une ronde autour de
M. Colin-Tampon.

M. Colin-Tampon sourit, car il se souvenait d'avoir t jeune en son
temps. Ce sourire dsarma les danseurs, qui cessrent de l'entourer
de leur cercle magique et s'enfoncrent dans une ruelle latrale en
beuglant un refrain  la mode.

M. Colin-Tampon sut gr  cette aimable jeunesse d'avoir reconnu qu'il
n'tait point un imposteur et d'avoir rendu justice  la droiture de ses
intentions. Seulement il se creusait vainement la tte pour savoir
ce que son livre avait de particulier, et  quels signes on pouvait
deviner que ce n'tait point un livre de parade et d'ostentation.

[Illustration: Madame Colin-Tampon apparut sur la terrasse.]

Enfin il arriva au coin de la rue des Lilas, en vue de sa coquette
villa, o il savait qu'on l'attendait avec impatience. Il fit un bout
de toilette, cambra les reins, tendit les jarrets et s'avana au pas
acclr.

Quand la grille de fer grina sur ses gonds, Mme Colin-Tampon apparut
sur la terrasse, suivie de sa fidle Jeannette. Mme Colin-Tampon
descendit les marches du perron en agitant son mouchoir. L'inventeur du
_bouton inamovible_ leva de toute la longueur de son bras son chapeau 
dme arrondi, dont les plumes frmissaient gentiment au souffle de la
brise.

Il tait si beau, si anim, si triomphant, que Mme Colin-Tampon ne lui
demanda mme pas s'il avait fait bonne chasse: elle tait trop sre de
lui!




                                    XVII


Pauvre ami! s'cria Mme Colin-Tampon, voyez donc, il est tout en nage;
et, avec le blanc mouchoir qui lui avait servi  faire des signaux de
bienvenue, elle pongeait doucement la sueur qui perlait sur le front et
sur le crne de son poux.

Qu'on est donc bien chez soi! s'cria l'inventeur du _bouton
inamovible_, en se laissant aller voluptueusement dans un grand fauteuil
de jardin. Ses reins endoloris s'appuyaient avec dlices contre le
dossier, et il cartait les jambes comme un homme qui se met tout  fait
 son aise.

Je boirais bien quelque chose! reprit-il en clignant l'oeil droit.

Mme Colin-Tampon lui laissa entre les mains le tissu de batiste pour
qu'il pt se tamponner la tte en attendant son retour, et, plus prompte
que l'clair, disparut dans l'intrieur de la maison.

Elle reparut bientt, tenant d'une main un verre bien large et bien
profond, et de l'autre une bouteille dont les flancs, caresss par le
soleil, avaient des reflets aussi riches que la pourpre d'un vitrail de
cathdrale.

Aprs avoir accroch le fusil de Monsieur en lieu sr, aprs avoir
dpos sous le nez d'Azor une pte apptissante, Jeannette, qui
songeait  son dner, s'en alla du ct de la carnassire de monsieur.

Madame! s'cria-t-elle en tirant le homard, madame, voyez donc ce que
Monsieur a tu!

Madame poussa une exclamation de surprise, et Monsieur, entre deux
gorges de bordeaux, tourna ngligemment la tte.

Quand il aperut le homard, il eut un accs de fou rire qui faillit
l'trangler. Sa femme lui ayant donn quelques tapes dans le dos, il
reprit ses sens. Sa premire parole fut celle-ci: Eh bien, c'est
complet! Voil donc pourquoi l'infanterie tombait en extase! pourquoi la
cavalerie me faisait le salut militaire! pourquoi les joyeux canotiers
dansaient une ronde autour de moi! Complet! complet!

Alors il raconta ses aventures, sans rien omettre et sans rien ajouter,
ce qui prouve bien qu'il n'tait qu'un chasseur pour rire.

[Illustration: Madame! Voyez donc ce que Monsieur a tu.]

Oh! le brave homme, qui ne craignit pas de parler de la peau de livre,
du merle  chapeau, des gendarmes et de Mme Grosmajor. Sa femme trembla
de la tte aux pieds, quand il lui raconta la terrible aventure de
l'ours. Mais il la rassura, en lui disant qu'il avait eu affaire  un
ours trs civilis.

Avec tout cela, dit Jeannette d'un air pensif, je ne puis pourtant pas
mettre cette bte-l  la broche!

--Reportez-la chez Mme Grosmajor, lui dit sa matresse, et prenez un
livre  la place.

--Ma chre, reprit M. Colin-Tampon, les aventures m'ont terriblement
creus l'estomac. Le homard n'est pas de trop; qu'on y ajoute un livre.
Festin complet; on n'chappe pas tous les jours  la dent et  la griffe
d'un ours. Qu'on est donc bien chez soi!




FIN





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and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
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with this eBook or online at www.gutenberg.org

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from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
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- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
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     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
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- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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